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Si l'on
s'en tenait aux déclamations de plusieurs historiens français, qui ne cessent
de vanter la grandeur des rois mérovingiens, en lui opposant la faiblesse des
empereurs, on resterait persuadé que les premiers avaient hérité de toute la
puissance des anciens maîtres du monde, et que les successeurs de Théodose,
relégués à une des extrémités de l'Empire, étaient réduits à un rang
secondaire et ne prenaient plus aucun intérêt aux évènements dont le reste de
l'univers était le théâtre. Mais ce tableau de la situation de l'Europe au
VIe siècle est entièrement fantastique. Depuis la destruction des monarchies
fondées par les Ostrogoths et les Vandales, les empereurs gouvernaient
directement le partage d'Orient, plus vaste alors qu'il ne l'avait jamais
été, l'Afrique, les provinces méridionales de l'Espagne, l'Illyrie et
l'Italie, avec les îles de Sicile, de Corse et de Sardaigne. Ils étaient
maîtres de Rome ; et, si cette ville avait beaucoup perdu, Constantinople, la
nouvelle capitale de l'Empire, était parvenue au plus haut point de
splendeur. Lorsqu'Athanaric, roi des Goths, y entra pour la première fois, il
fut si frappé de tout ce qu'il apercevait, qu'il s'écria : « L'empereur
est certainement un dieu descendu sur la terre, et l'audacieux qui voudrait
l'attaquer courrait à sa perte[1] ! » Le concours d'étrangers
qui étonnait le roi barbare était devenu immense pendant le VIe siècle ;
Constantinople était alors, comme Paris l'est de nos jours, la capitale de
l'univers, et l'on y voyait arriver les ambassadeurs de toutes les nations
connues, et même des souverains de l'Inde et de la Chine. Le
séjour des empereurs sur les limites de l'Europe et de l'Asie n'avait pas
changé l'idée que l'on se faisait de l'Empire, et il faut se garder de croire
que l'Occident n'eût conservé que peu de relations avec l'Orient, et que l'on
regardât les maîtres de Constantinople comme les souverains d'un état
étranger ou d'un empire grec, différent de la Sacratissima Respublica.
Le latin continuait à être la langue officielle. C'est dans cet idiome que
les lois étaient rédigées pendant le VIe siècle, et saint Chrysostôme avait
déjà remarqué qu'un des principaux moyens de faire fortune, et de s'avancer à
la cour, était de posséder la langue latine[2]. Elle fut même employée dans le
palais impérial jusqu'au IXe ou au Xe siècle, et ce fut seulement l'empereur
Léon(VI)-le-Philosophe (870-911) qui lui substitua la langue
grecque. Ce
n'était pas uniquement dans l'opinion des peuples que l'Empire avait conservé
son unité, et on pourrait citer plusieurs faits prouvant que parfois les
empereurs faisaient encore acte d'autorité dans les pays occupés par les
Barbares. On ne rapportera pas ici les lettres — car elles sont connues de
tout le monde — que saint Avitus écrivit à l'empereur Anastase, au nom de
Sigismond roi des Bourguignons, et dans lesquelles ce prince avoue
formellement qu'il gouverne comme lieutenant impérial. On ne reproduira pas
non plus le passage de la vie de saint Treverius où l'hagiographe assure que
l'autorité de l'empereur Justin Ier était reconnue dans la Gaule. Mais on
rappellera, seulement en deux mots, l'injonction que les rois d'Austrasie
Théodebert Ier et Childebert Ier reçurent de Justinien et de Maurice
d'envoyer des troupes en Italie, et on mentionnera un acte important de l'empereur
Léon L Grégoire de Tours assure que l'archidiacre de l'église de Lyon ayant
guéri la fille de ce prince, qui était ou croyait être tourmentée par
l'esprit malin, Léon accorda à la ville que nous venons de nommer une
exemption perpétuelle des impôts, et que la prescription impériale fut
toujours respectée par les rois bourguignons et mérovingiens[3]. Il ne faut pas oublier non
plus le refus que firent les papes Vigile et Grégoire-le-Grand d'accorder le pallium,
sans l'autorisation impériale, le premier à Auxanius métropolitain d'Arles,
et le second à Syagrius évêque d'Autun. N'oublions pas davantage que, pendant
presque tout le cours du VIe siècle, les ateliers monétaires de la Gaule,
comme on le verra plus loin, frappèrent au nom des empereurs Justin Ier,
Justinien, Justin II et Maurice. Enfin, rappelons que, à l'avènement de
chaque empereur, ses images étaient envoyées à tous les rois des Barbares
fédérés, qui les recevaient avec le plus grand respect, comme celles des
maîtres de l'Empire. On
devine, du reste, aisément que l'étendue de la puissance impériale en
Occident dépendait beaucoup de la renommée des princes qui occupaient le
trône. Quand régnèrent à Constantinople des hommes de mérite, tels que
Justinien Ier, Tibère II, Maurice, Héraclius, Constantin III et Léon III,
leur autorité fut généralement respectée par les Mérovingiens, qui semblent,
au contraire, ne dépendre de personne lorsque l'Empire appartient à des
princes faibles et sans talent. Mais,
quelque fût leur désir d'être indépendants, ils ne s'affranchirent jamais du
respect qu'ils devaient à la majesté impériale. Les preuves de la vérité de
cette assertion sont tellement nombreuses qu'il est impossible de les
rapporter toutes, et nous nous contenterons des principales. Une des
marques de respect qu'ils donnaient aux empereurs était le titre de Dominus,
lequel impliquait l'idée d'une puissance supérieure à toute autre chez
l'homme qui le recevait, et de sujétion dei la part de celui qui l'accordait.
C'est dans ce sens que le pape saint Grégoire-le-Grand employait le mot
Dominus, en écrivant à l'empereur Maurice[4]. On le trouve avec le même sens
dans la lettre que saint Nicetius, métropolitain de Trèves, adressa à
l'empereur Justinien I pour l'engager à renoncer aux erreurs d'Eutychès[5] ; et il ne faut pas que la
sainte liberté avec laquelle s'exprime le prélat nous porte à croire qu'il
regardait Justinien comme un prince étranger, envers lequel il avait à garder
peu de ménagements. Saint Ambroise, Flavien et saint Jean-Chrysostôme avaient
montré, avant lui, autant de courage et d'indépendance à l'égard des
empereurs Théodose et Arcadius. On a même déjà remarqué, et avec beaucoup de
raison, que les papes et les évêques gaulois écrivaient avec respect aux rois
mérovingiens, mais qu'ils employaient des formules beaucoup plus obséquieuses
quand ils s'adressaient aux empereurs[6]. C'est
bien certainement aussi avec le sens de maitre suprême que les rois Francs
donnaient à ces derniers le titre de Dominus. On doit se rappeler ce que nous
avons dit plus haut relativement aux suscriptions des lettres que Théodebert
Ier écrivit à Justinien, et à la correspondance que Childebert Ier entretint
avec l'empereur Maurice. La suscription des lettres de Childebert et de
Brunehaut est celle-ci : Domino glorioso, pio, perpetuo, inclito,
triumphatori, ac semper augusto, patri, Mauricio imperatori[7], et dans le corps même des
épîtres le roi et sa mère emploient sans cesse, pour désigner la personne ou
le pouvoir de Maurice, des expressions telles que les suivantes : clementissima
tranguillitas, summum culmen, tantum culmen, sehnissimi principtaus vestri
clementia, tranguillissima pietas vestra, serenissimus princeps Romanœ
reipublicœ, pater noster augustus, sacratissimus pater noster Imperator et
piissimus Imperator[8]. Dans une de ses lettres,
Brunehaut dit à l'impératrice, en parlant du roi : Est prœdicator et
amator vestri Imperii prœcellentissimus[9]. On est tenté de supposer que
l'empereur, répondant à des lettres aussi soumises, emploie lui-même des
formules très-polies ; mais, pour se convaincre du contraire, il suffit de
lire la suscription suivante : In nomine Domini Dei nostri Jesu Christi,
Imperator Cœsar, Flavius Mauricius Tiberius, Fidelis in Christo, Mansuelus,
Maximus, Beneficus, Pacificus, Alamannicus, Gothicus, Anticus, Alanicus,
Wandalicus, Herulicus, Gypedicus, Africus, Pius, Felix, Inclytus, Victor ac
Triumphator, semper Augustus, Childeberto, viro glorioso, regi Francorum[10]. Ce
n'était pas seulement en écrivant aux empereurs eux-mêmes que les
Mérovingiens prodiguaient les formules obséquieuses. Lorsqu'ils tenaient à
faire réussir une négociation importante, ils montraient (nous l'avons déjà
remarqué) une déférence extraordinaire pour l'impératrice et pour les hauts
fonctionnaires, de la bonne volonté desquels pouvait dépendre le succès de la
négociation. Dans la correspondance d'où nous avons tiré les curieux passages
qu'on vient de lire, on trouve une lettre adressée par Brunehaut à
l'impératrice Anastasie, et la reine d'Austrasie, que l'on nous peint comme
si fière et même si arrogante, ne craint pas de tracer les mots suivants : Domine
gloriosœ, atque inclytœ, augustœ Anastasiœ ; serenissima dominatio vestra ;
tranguillilatis vestrœ supereminentis dignitas, et d'affirmer à
l'impératrice qu'elle offre serenissima gloria suœ officia reverendissime[11]. Il serait peut-être utile,
mais certainement fastidieux, de transcrire toutes les formules que l'on
rencontre dans les lettres destinées à Théodose fils aîné de l'empereur ; au vir
gloriosus et prœcelsus Paulus, père de Maurice ; à Jean-le-Jeûneur,
patriarche de Constantinople ; à l'apocrisiaire Honoratus ; à Domitianus,
évêque de Mélitine ; à Théodore, magister officiorum ; au questeur
Johannes ; au curator Mégantès ; au patrice Venantius, et à quelques
autres[12] ; et il faut remarquer que les
moindres de ces dignitaires reçoivent le titre de vir gloriosus, que
l'empereur donnait au roi des Francs lui-même. Le
langage de la poésie était, comme on doit s'y attendre, plus flatteur encore
que celui des chancelleries barbares. Dans un petit poème adressé à Sigisbert
II, à l'occasion de son mariage avec Brunehaut, et en rappelant l'arrivée
d'une ambassade impériale chargée de féliciter le roi, Fortunat lui dit que
l'envoi de cette ambassade était l'événement le plus heureux qui pût lui
survenir, prosperitas superna[13] ; et le prince Franc ne
s'offusqua nullement d'une pareille exagération. Le même poète ne craignait
pas de déplaire aux rois mérovingiens en présentant à l'empereur Justin II et
à l'impératrice Sophie des vers tels que les suivants : Gloria
summa tibi, rerum Sator atque Redemptor, Qui
des Justinum justus in orbe caput. Rite
super regis dommantem vindicat arœm Cœlesti
regi qui famulando placet. Quam
merito Romæ, Romanoque
imperat orbi Qui
sequitur quod ait dogme cathedra Petri... Dat
tibi Christus opem, tu Christo solvis honorem, Ille
dedit culmen, reddis et ipso fidem. Nil
fuit in terris quod plus daret ille regendi ; Nec
plus quod reddas, quam valet alma fides[14]. On peut
donner comme une autre preuve, non moins concluante, de l'autorité dont les
empereurs jouissaient en Occident les nombreuses ambassades que leur
envoyaient les Mérovingiens. Au VIe siècle, les communications avec
Constantinople étaient encore promptes et faciles, soit par la voie de mer,
soit par l'Illyrie. Le gallo-romain Secundinus avait été dépêché plusieurs
fois (plerumque) dans la capitale de l'Empire
par Théodebert Ier[15] ; Grégoire de Tours parle du
prêtre bordelais Héraclius, qui s'était acquitté d'une mission pour
Childebert fils de Clovis[16] ; plus loin, il mentionne les legati
que le roi de Neustrie Chilpéric avait chargés d'aller complimenter Tibère II,
au sujet de son avènement[17] ; Flodoard Mentionne un leude
nommé Offo, qui avait été envoyé à Constantinople[18] ; enfin, nous avons eu occasion
de parler des diverses ambassades que Childebert Ier adressa à l'empereur
Maurice. Les
détails dans lesquels nous sommes entré relativement aux formules de la
chancellerie austrasienne démontrent que les relations des Mérovingiens avec
les empereurs étaient, si l'on peut employer une expression relativement
moderne, celles de vassaux à l'égard de leur suzerain ; et les termes dont se
servent les historiens et les scribes de la chancellerie royale pour désigner
les sujets des négociations si fréquentes entre les empereurs et les rois
Francs achèvent de prouver l'exactitude de cette assertion. En effet,
Grégoire de Tours, parlant d'une des ambassades envoyées à Maurice par
Childebert[19], dit qu'elle avait pour objet
le bien de l'Empire (pro adjutorio Reipublicœ impertiendo). Dans une lettre adressée par
le même roi au même empereur, on lit les mots illud quod proficiat res
communis[20] ; et, comme res communis
est évidemment synonyme de respublica, et que respublica
signifie l'Empire, on doit en conclure que Childebert regardait son royaume
comme faisant partie intégrante du monde romain. Nous lisons dans une lettre
de Brunehaut à Maurice[21] que les envoyés de Childebert
rapporteront de Constantinople une réponse favorable aux affaires de tous les
fœderati (quod prosit rebus omnibus fœderatis) ; et ces expressions
établissent, à notre avis, que Brunehaut considérait les Francs comme de
simples fédérés ; sans quoi, elle aurait employé le mot socii, qui
aurait placé les Mérovingiens sur la même ligne que les empereurs. Les
phrases analogues se rencontrent en foule daim la précieuse correspondance à
laquelle nous avons déjà fait tant d'emprunts. Tels sont les mots communis
utilitas[22], causa communia utilitatis,
communis utilitatis studium[23], et autres semblables. Le mot fœderati
lui-même figure dans plusieurs passages, et établit clairement que les
Mérovingiens n'entendaient pas méconnaître les clauses du contrat en vertu
duquel ils s'étaient fixés dans la Gaule. On trouve cette expression décisive
dans les lettres de Childebert à Jean-le-Jeûneur, à Paul, père de Maurice, et
à l'évêque Domitianus[24]. La reconnaissance du traité de
fédération résulte plus clairement encore de la lettre de Maurice dont on a
lu plus haut la suscription[25]. Enfin, elle résulte aussi du
titre de pater que Théodebert Ier et Childebert donnent à Justinien et à
Maurice, dans quelques-unes de leurs épîtres. Le mot pax,
que l'on rencontre parfois dans la correspondance de Childebert et dans celle
du pape saint Grégoire-le-Grand[26], est synonyme de fœdus ;
et comme, depuis la mort de Théodebert Ier, les rois d'Austrasie n'ont jamais
été en état de guerre avec les empereurs, il est, en réalité, impossible
d'attacher à cette expression le sens que nous avons coutume de donner au mot
paix, et d'y voir l'indication du rétablissement de la bonne intelligence
entre deux puissances indépendantes, momentanément ennemies. L'idée
de l'unité de l'Empire et de l'indivisibilité du pouvoir avait, comme l'a dit
un historien moderne[27], survécu à la création des deux
partages et à l'établissement des Barbares. Les Mérovingiens ne
tenaient pas beaucoup de compte des avis ou des ordres des empereurs ; mais
ils n'avaient jamais, sauf Théodebert Ier, tâché d'éluder complètement le contrat
de fédération. Les rois des Wisigoths et des Lombards prenaient le surnom de
Flavius, cher au peuple romain, et les Vandales eux-mêmes avaient fini par
rechercher, peu de temps avant la chute de leur royaume, le titre de fœderati.
L'unité extérieure du monde romain n'était donc pas détruite[28]. Les chefs des nations barbares
avaient remplacé les préfets du prétoire et les maîtres de la milice ; mais
le territoire de l'Empire se trouvait intact et même agrandi ; et s'il nous
restait quelqu'un de ces almanachs impériaux qui furent rédigés, au VIe
siècle, dans la même forme que la Notitia Imperii, nous y verrions
bien certainement figurer les Gaules et l'Espagne, avec les royaumes fédérés
qui s'y étaient formés dans le siècle précédent. Saint Nicetius,
métropolitain de Trèves, écrivant à l'empereur Justinien, lui notifie que les
erreurs dans lesquelles il est tombé sont tout-à-fait inconnues du partage
d'Occident, et, pour désigner les régions qui le composaient, il ne mentionne
ni les royaumes des Francs, ni celui des Wisigoths, ni celui des Suèves ;
mais il désigne d'une manière générale, et comme on aurait pu le faire cent
cinquante années auparavant, l'Italie, l'Afrique, l'Espagne et la Gaule[29]. Les Pandectes, publiées
par ordre de Justinien lui-même, renferment un autre indice de semblable
nature ; et un des titres de ce recueil nomme plusieurs cités de l'Espagne et
de la Gaule, notamment Colonia Agrippina, comme si ces villes
faisaient toujours partie de l'Empire[30]. Aux
yeux des Barbares, comme à ceux des Romains, il était donc toujours intact,
et on l'appelait, comme autrefois, respublica ou sacratissima
respublica. Dans les lettres de Childebert et de Brunehaut, il ne porte
pas ou ne porte guère d'autre nom, et Maurice lui-même y reçoit le titre de
princeps Romanœ reipublicœ[31]. Les hagiographes ne tiennent
pas un langage différent. D'après l'auteur de la vie de saint Junianus, abbé
de Mairé, le roi Clotaire Ier demanda à ce vénérable personnage de prier pro
statu regni, c'est-à-dire pour le royaume des Francs, et pro totius
reipublicœ utilitate ; ce qui doit signifier pour l'utilité de
l'Empire tout entier[32]. Le mot respublica garda
longtemps cette acception, et nous le voyons encore employé, avec le sens
d'Empire, dans les diplômes de Louis-le-Pieux, qui sont adressés, pour la
plupart, omnibus Dei fidelibus, episcopis videlicet et abbatibus, regibus,
ducibus, comitibus, vice-dominis, vicariis, teloneariis, et omnibus
rempublicam gubernantibus. Non
contents de respecter l'autorité impériale, les, rois d'Austrasie évitaient
avec soin tout ce qui aurait pu indiquer de leur part quelque prétention à la
suprême puissance. Ils ne portaient pas de vêtements pourpres, couleur
réservée aux empereurs ; ils ne traçaient pas, comme ceux-ci, leur signature
avec du cinabre ; ils se servaient fréquemment du nombre pluriel, en parlant
d'eux-mêmes ; mais ils ne se faisaient donner d'autres qualifications
honorifiques que celles de vir gloriosus, vir inluster, potestas[33] ou celsitudo[34]. On pourrait cependant
rencontrer, dans les hagiographes principalement, des traces de prétentions
plus élevées. L'auteur de la vie de Betharius, évêque de Chartres, voulant
exprimer que le saint homme fut élu par ordre de Clotaire II, dit qu'il prit
le gouvernement de cette église jussu imperatorio[35] ; le roi Childebert, fils de
Clovis, est appelé Augustus dans la vie de saint Carilefus ou saint Calais[36] ; et Clotaire Ier reçoit dans
la vie de saint Médard, évêque de Soissons, le titre de basileus, jusqu'alors
attribué aux seuls empereurs[37]. On découvre même dans les
lettres adressées à Justinien et à Maurice par Théodebert Ier, par Childebert
Ier et par Brunehaut, quelques traces de leur ambition ; et, tout en
prodiguant les formules obséquieuses, ils semblent déjà, jusqu'à un certain
point, se considérer comme les futurs dominateurs du partage d'Occident.
C'est probablement en cette qualité qu'ils exigèrent un tribut des Lombards ;
et, comme nous en avons déjà fait la remarque, ils proportionnaient leur
soumission à la puissance et à la capacité des empereurs contemporains. En un
mot, leur position vis-à–vis de l'Empire était à peu près celle que les
pachas d'Egypte ont, de nos jours, à l'égard des sultans. Humbles et
respectueux lorsqu'ils étaient faibles, divisés, sans capacité ou engagés
dans des guerres fâcheuses, on voyait les Mérovingiens obéir sans résistance,
et même combattre pour le compte de leur suzerain ou lui envoyer des
contingents. Hardis et ambitieux quand ils étaient unis et forts, et que rien
ne les gênait, ils bravaient quelquefois l'autorité des empereurs et
songeaient même à devenir leurs égaux, en s'appropriant les diverses contrées
qui avaient formé le partage d'Occident. Le
lecteur s'étonnera peut-être cependant de ne pas découvrir dans les
historiens et les hagiographes une reconnaissance plus formelle de la
suprématie impériale et de la sujétion des rois Francs ; mais, en général, il
ne faut pas oublier que les écrivains n'ont pas l'habitude d'entretenir
longuement leurs contemporains de choses qui sont connues de tous, et que
l'on regarde comme trop notoires pour en parler. Les hagiographes n'ont pas,
d'ailleurs, l'intention de faire connaître à la postérité l'histoire politique,
et s'ils l'abordent parfois, ce n'est jamais qu'en passant. Les historiens
proprement dits, et surtout Grégoire de Tours, ne dissimulent pas, lorsque
l'occasion s'en présente, l'aversion que leur inspiraient certains empereurs
et le peu de confiance qu'ils avaient dans le caractère des Grecs ; mais ils
ne disent rien qui ne vienne à l'appui du système que nous tâchons d'établir.
Ainsi, les détails dans lesquels entre Grégoire de Tours relativement aux
guerres contre les Perses, à la mort de Justin II, à l'avènement de Tibère,
aux intrigues de l'impératrice Sophie et au règne de Maurice[38], ces détails, tout inexacts
qu'ils sont, prouvent que l'on s'occupait beaucoup dans la Gaule de la
situation générale de l'Empire. On y attachait l'intérêt que l'on accorde
ordinairement aux affaires de l'état auquel on appartient. Il faut en dire
autant des renseignements que l'on rencontre dans Frédégaire, au sujet de la
catastrophe qui termina la vie de Maurice[39], et dans le Gesta regum
Francorum, qui note avec soin l'avènement des empereurs. Cette précaution,
inutile à l'époque où a été composé ce dernier ouvrage, ne l'était pas au Ve
siècle et au VIe, où l'on s'informait également de la nomination des consuls
; car, à raison de la dépendance où la Gaule se trouvait envers l'Empire, on
conserva, non seulement le calendrier romain, mais l'usage de compter par les
consulats. On voit dans les musées du midi de la France, et notamment à Lyon,
des inscriptions funéraires datées des consulats de Messala[40], de Boëce et d'Avienus[41]. Quelques actes sont datés de
la même manière, et le testament authentique de saint Remi se termine par la
mention suivante : Actum Remis, die et consule prœseripto[42]. La plupart des chroniqueurs de
ce temps comptent aussi par les années des consuls, et nous pouvons citer le
continuateur de Prosper d'Aquitaine, Marius d'Aventicum, l'écrivain
qui a augmenté la chronique de ce dernier et le comte Marœllinus. D'autres,
tels que Prosper d'Aquitaine et Jean de Biclare, datent par les années des
empereurs, et on retrouve le même usage dans la vie de saint Theofredus, abbé
de Carmery[43]. Enfin, le moine Gordianus,
auteur de la vie de saint Placide, dit qu'il a écrit par ordre de l'empereur
Justinien, triumphator[44]. Il est
peut-être inutile de rien ajouter à ce qui précède pour démontrer que la
Gaule continuait à faire partie de l'Empire ; cependant, nous jugeons à
propos de citer encore un article de la Loi des Ripuaires et une formule
conservée dans un manuscrit de la bibliothèque de Saint-Gall[45] et longtemps inédite[46]. Cette formule est intitulée : Carta
ad ingenuis relaxandum extra ecclesiam, et fournit un modèle de
l'affranchissement per cartam ou per epistolam, qui avait été
récemment rangé parmi les modes solennels d'affranchissement. On y lit cette
phrase significative : Propterea ego tibi integram ingenuitatem concedam,
ut sis ingenuus, sicut reliqui ingenui qui sub tale titulum relaxantur ; tibi
vivas, tibi laboras, algue laboratum tuum possideas, portas apertas cives
romani vias, discedendi partibus quaslibet pergas, etc. L'article 1er du
titre LXI de la Lex Ripuariorum
n'est pas moins formel : Si quis servum suum liberum fecerit, et civem
romanum, portasque apertas conscripserit ; si sine liberis discesserit, non
alium nisi fiscum nostrum habeat heredem. Quoique
les rois mérovingiens reconnussent l'autorité impériale comme pouvoir
suprême, ainsi qu'on vient de le démontrer, ils n'en jouissaient pas moins
d'une puissance à peu près absolue. Mais elle se composait de deux éléments
bien divers puisés à une double source, et qu'il importe de séparer nettement
; car cette distinction, que nous avons déjà indiquée, peut expliquer
plusieurs choses que l'on a regardées comme très-obscures. Il ne faut pas, en
effet, confondre le principatus, c'est-à-dire l'autorité exercée sur
les Gallo-Romains en vertu de la délégation impériale, et le regnum ou
le pouvoir qui appartenait aux rois Francs sur leur propre nation. Ce
dernier fut d'abord très-restreint. C'est à peine si les anciens chefs des
Saliens et des Ripuaires portaient le titre de rex, bien peu considéré chez
les Romains, et Ménandre se sert du mot grec ήγεμών
pour désigner le roi d'Austrasie Sigisbert II[47]. Quelquefois même, on donnait
indistinctement aux chefs barbares les titres de rex et de dux,
et le biographe de saint Germain, évêque d'Auxerre, emploie les deux
expressions en parlant d'Eocaricus chef des Alamanni[48]. Mais les Mérovingiens finirent
par s'attribuer exclusivement le titre de rex, et refusèrent de le
reconnaître chez les chefs des peuples germains, qui furent obligés de se
contenter de celui de dux. Au mot rex
correspondait celui de regnum, qui désignait l'autorité du roi[49], et même la couronne, emblème
de cette autorité[50]. Le verbe regnare
exprimait l'exercice du pouvoir qui appartenait au roi sur sa nation[51], et les mots regni monarchia
devaient avoir une signification analogue[52]. Nous
venons de dire que le pouvoir des rois Francs était originairement
très-limité. Les leudes se croyaient d'abord les compagnons du prince, plutôt
que ses sujets. Ils étaient libres de choisir parmi les différents rois ou
chefs celui qui leur plaisait davantage, et l'autorité de celui-ci n'était
guère qu'une espèce de patronage. C'est dans ce sens que Clovis Ier dit aux
Ripuaires, après la mort de Sigisbert Ier et de Clodéric : Convertimini ad
me, ut sub mea sitis defensione[53]. Mais les choses changèrent
bien de face, après que les Francs se furent définitivement établis dans le
nord de la Gaule, et que les rois les eurent mis en possession des bénéfices
militaires et des domaines qui appartenaient au fisc. A partir de ce moment,
les leudes se fixèrent sur les terres qu'on leur avait données, et prirent
l'habitude d'obéir constamment au roi dans la sors duquel leurs possessions
étaient enclavées. L'autorité royale fit de rapides progrès. Le désir
d'obtenir des domaines plus considérables ou mieux placés, et le penchant, si
naturel, qui porte les hommes capables ou ambitieux à rechercher l'élévation
et les honneurs favorisèrent singulièrement les efforts des Mérovingiens pour
accroître leur pouvoir. Ces efforts furent également secondés par trois
autres forces de natures bien différentes : 1° certaines coutumes des
Barbares, 2° la législation romaine, 3° la doctrine de l'Eglise sur la
puissance et la dignité des princes. Un roi
Franc n'était guère, comme on l'a vu, que le protecteur de ses leudes ; mais
les coutumes de sa nation lui permettaient de leur enlever, quand il n'était
pas content d'eux, les domaines dont il les avait gratifiés[54], et même de faire périr les
individus qu'il regardait comme dangereux[55]. Il est inutile d'ajouter que
les rois usèrent fréquemment de ces moyens de domination ; ils se défirent,
dans plusieurs circonstances, des leudes dont l'esprit remuant et ambitieux
leur faisait ombrage ; et, par la menace de la confiscation et la crainte de
la pauvreté, ils tinrent en respect bien des hommes que d'autres
considérations n'auraient pas intimidés. Les
prérogatives exorbitantes que la législation romaine accordait aux empereurs
ne furent pas moins utiles aux rois Francs. Clovis avait été revêtu de la
dignité consulaire, la première de l'Empire, et ses successeurs eurent tous,
plus ou moins expressément, une délégation, qui leur conférait l'exercice des
pouvoirs dont les empereurs jouissaient. Dans l'origine, ces pouvoirs ne
s'étendaient évidemment qu'aux Gallo-Romains ; mais les conseillers des rois
leur représentèrent qu'ils avaient droit d'exiger la même obéissance des
différents peuples qui occupaient le territoire de la Gaule. Les rois
d'Austrasie, que cette doctrine flattait beaucoup, finirent par traiter les
Ripuaires comme ils traitaient les Gallo-Romains, et les leudes Francs, que
la civilisation transformait tous les jours de plus en plus, n'opposèrent
d'abord qu'une molle résistance. Les différentes dispositions du Code
Théodosien qui concernent les prérogatives impériales reçurent force de
loi en Austrasie, comme dans les contrées directement soumises à l'autorité
des empereurs ; et lorsque les compilations de Justinien se répandirent en
Occident, les légistes trouvèrent dans les Pandectes et dans le Code des
armes que Sigisbert II, Childebert Ier, Thierry II et Brunehaut surent
employer habilement[56]. Grégoire de Tours mentionne
expressément le crimen majestatis[57], et l'archevêque de Reims
Hincmar, dans sa vie de saint Remi, parle d'un gallo-romain, appelé Eulogius,
qui avait été convaincu devant Clovis Ier de crimine majestatis. D'un
autre côté, l'Eglise professait que tout pouvoir vient de Dieu, et on
appliqua aux rois barbares, en respectant néanmoins la suprématie impériale,
les principes que contiennent les Livres Saints. On ne pouvait s'habituer à
regarder comme roi une sorte de chef militaire, placé, avec une autorité
limitée, à la tête d'une bande.de Germains, armé et vêtu comme eux. Un roi
devait, selon les idées généralement répandues, siéger sur un trône, la
couronne en tête, le sceptre à la main, et les épaules couvertes d'un riche
manteau, comme on se représentait David, Salomon et les rois de Juda. Les
hommes les plus savants et les plus illustres partageaient à cet égard
l'opinion de la foule, et le pape saint Grégoire-le-Grand écrivait lui-même à
Childebert Ier : Quanto ceteros homines regia dignitas antecedit, tanto
ceterorum gentium regna regni vestri profecto culmen excellit. Esse autem
regem, quia sunt et alii, non mirum est ; sed esse catholicum, quod alii non
merentur, hoc salis est
[58]. Et Prætextatus métropolitain
de Rouen disait à l'affreux Chilpéric Ier : Si quis de nobis, ô Rex,
justitiœ tramitem transcendere voluerit, a te corrigi potest ; si vero tu
excesseris, quis te corripiet ? Loquimur enim tibi ; sed si volueris, audis ;
si autem nolueris, quis te condernnabit, nisi Is qui se pronuntiavit esse
Justitiam ?[59] Perdus,
en quelque manière, au milieu d'une nation qui professait une pareille
doctrine, et cédant à l'empire des autres forces que nous avons énumérées,
les Saliens et les Ripuaires s'habituèrent, plus promptement qu'on n'aurait
pu le penser, à regarder leurs rois comme investis d'un pouvoir
presqu'absolu. Ces hommes fiers, qui autrefois nommaient eux-mêmes leurs
magistrats[60], obéirent, sans trop de
répugnance, aux ducs et aux comtes désignés par le prince, lors même qu'ils
étaient gallo-romains. Les rois, non contents de s'être assuré une
inviolabilité que leurs ancêtres n'avaient pas connue, voulurent étendre ce
privilège à tous les fonctionnaires. Dans le tarif des compositions
pécuniaires, la vie d'un ripuaire n'est estimée que deux cents solidi
aurei[61], tandis que celle d'un comte et
d'un homme placé in truste regis est évaluée six cents aurei[62]. En même temps, les rois
introduisaient dans le code des Ripuaires une disposition aux termes de
laquelle l'ingénu qui, ayant saisi un malfaiteur, l'avait relâché sans
l'autorisation royale, était condamné à une amende de soixante aurei[63]. Un autre article prononça
formellement la peine de mort, sauf rachat, et la confiscation contre tout
individu qui serait infidèle au prince[64]. Une disposition, empruntée
bien certainement aux usages romains, imposa aux Ripuaires l'obligation
d'héberger gratuitement les legati ou legatarii royaux[65]. Il est probable que l'on finit
par assurer à tous les fonctionnaires le privilège dont jouissaient les legati,
et gué les rois s'attribuaient à eux-mêmes, lorsqu'ils se rendaient d'un
palais à un autre, et que la distance était trop considérable pour qu'il leur
fût possible d'arriver le même jour[66]. D'un autre côté, on convoqua
de plus en plus rarement le mallum ou l'assemblée des leudes, et, bien
que l'histoire mentionne quelques-unes de ces réunions, il parait n'y en
avoir eu qu'un très-petit nombre pendant le Vie siècle et les premières
années du VIIe. Enfin, les princes usurpèrent le droit d'arrêter les
poursuites criminelles que des particuliers pouvaient intenter dans le but
d'obtenir une composition pécuniaire[67], et ils interdirent aux leudes
et aux possesseurs de domaines qui avaient appartenu au fisc d'entrer dans un
monastère ou de se faire conférer les ordres sacrés ; et cette interdiction
fut confirmée par un des canons du concile tenu, en Mi, dans la ville
d'Orléans[68]. Possesseurs
de droits aussi étendus, les rois d'Austrasie traitèrent les Francs comme les
empereurs avaient traité autrefois les Gallo-Romains. La mort de Winthrio,
celle d'Obolenus, dont nous parlerons plus loin, et celle de quantité
d'autres personnages importants[69] prouvent avec surabondance que
les Mérovingiens pouvaient, quand ils le jugeaient à propos, répandre le sang
des hommes les plus illustres, disposer librement de la vie de leurs sujets,
et faire mettre à mort les seigneurs Francs eux-mêmes sans aucune forme de
procès, et quand on désespérait de les atteindre autrement. La plupart de ces
meurtres, tant blâmés par les historiens modernes, sont, au reste, de
véritables exécutions judiciaires ; Grégoire de Tours et Frédégaire en font
parfois la remarque, et il ne faut pas que la fréquence des condamnations
nous porte à regarder les rois d'Austrasie comme des princes farouches et
cruels. Les formes nous répugnent, sans doute ; mais l'état de la société ne
permettait pas encore l'introduction d'une procédure régulière, et les
empereurs n'agissaient pas d'une manière différente, malgré la perfection de
la législation romaine : Honorius et Valentinien III, en faisant périr
Stilicon et Aêtius, avaient donné aux Mérovingiens un exemple, que ces
derniers imitèrent bien souvent. Les
droits qu'ils s'étaient attribués peu à peu sur les Saliens et les Ripuaires
leur appartenaient, de plein droit, sur les Gallo-Romains, comme aux
lieutenants des empereurs. Si nous ne nous faisons illusion, nous avons
clairement établi dans les chapitres précédents la réalité de la délégation
dont il s'agit. Nous sommes, du reste, loin de prétendre qu'elle fût
renouvelée à l'avènement de chaque mérovingien, et il suffisait qu'elle eût
été donnée une fois. Consentie primitivement en faveur de Childéric Ier, de
Clovis, de Thierry Ier, de Théodebert, elle passa, de plein droit, à leurs
successeurs. Il est évident qu'une pareille concession, ne pouvait guère être
faite qu'à titre perpétuel, et, d'ailleurs, les empereurs ne se trouvèrent
jamais assez forts pour la révoquer, quand même ils l'auraient voulu. Les
rois Francs employaient, pour exprimer qu'ils étaient lieutenants impériaux,
deux titres différents. Le premier est celui de vir inluster, lequel
désignait, comme on l'a vu, les fonctionnaires romains de l'ordre le plus
élevé, et qui appartenait notamment aux magistri militiœ[70], dont les rois d'Austrasie
avaient recueilli l'héritage et rempli les fonctions. L'autre titre dont ils
se décoraient est celui de princeps, qui, dans l'origine, était réservé aux
empereurs. Quelques-uns des rois fédérés finirent par le prendre, soit par
usurpation, soit régulièrement. Il exprimait la qualité de lieutenant ou
délégué impérial ; on l'opposait à 'celui de rex Francorum ; et de même que
le mot rex avait pour corrélatif regnum, qui signifiait autorité
royale, de même à princeps répondait le mot principatus, lequel était
employé avec le sens de délégation impériale. On
objectera probablement que les historiens et les hagiographes se servent
souvent du mot princeps, non pas dans le sens que nous indiquons, mais d'une
manière vague et indéterminée, comme synonyme de rex et pour désigner le chef
du pouvoir exécutif. Cette observation est très-exacte, et on peut citer, en
effet, nombre de passages où le mot princeps est placé en quelque sorte au
hasard. Nous nommerons, parmi les écrivains qui l'ont employé ainsi, Grégoire
de Tours[71] ; le continuateur de Marius d'Aventicum[72] ; l'auteur de l'Historia
inventionis sanctorum Fusciani, Gentiani et Victorici[73] ; les biographes de saint
Sulpicius, métropolitain de Bourges[74], de saint Prœjectus, évêque de
Clermont[75], et de saint Bonitus, évêque de
la même ville[76], et nous pouvons y ajouter un
édit publié, en 615, par le roi Clotaire II[77]. Mais,
tout en faisant cette concession, nous continuons à soutenir que le princeps
était le lieutenant ou délégué impérial, et que l'expression principatus
désignait l'autorité du lieutenant et même parfois le territoire ou
gouvernement dans l'étendue duquel cette autorité s'exerçait. Les mots
princeps et principatus n'étaient peut-être pas entrés dans le langage
officiel ; mais leur emploi fréquent et alternatif avec les expressions rex
et regnum démontre, à notre avis, que les Mérovingiens portaient simultanément
les deux titres. Du reste, on n'en est pas réduit à des conjectures, plus ou
moins plausibles, pour établir cette assertion. L'auteur
du Gesta regum Francorum, qui, à la vérité, écrivit seulement dans le
Ville ou le IXe siècle, mais qui connaissait certainement les usages de la
chancellerie mérovingienne, qualifie de princeps Romanorum Ægidius, le
dernier gallo-romain qui ait occupé dans les Gaules le poste de magister
militum[78] ; et cette désignation est
exacte, car Ægidius réunissait dans ses mains les pouvoirs civil et militaire
; il était véritablement le délégué et le représentant de l'empereur. Il en
fut de même de Théodoric-le-Grand, roi des Ostrogoths fédérés. Il se
regardait, avec raison, comme ayant été investi par l'empereur Zénon de toute
l'autorité impériale dans l'étendue de la préfecture d'Italie, et il se
donnait, pour marquer cette autorité, le titre de princeps Romanorum[79]. Clovis Ier, contemporain de
Théodoric, avait, on n'en peut douter, pris le même titre afin d'exprimer la
même chose ; et le biographe de saint Maximinus, abbé de Micy, appelle Clovis
princeps et qualifie de principalis indulgentia la clémence qu'il
montra envers les habitants de Verdun[80]. Sous le règne de Thierry I,
fils et successeur de Clovis, un certain Mundericus, qui appartenait à la
famille mérovingienne, tenta de s'emparer du trône, et, pour attirer à lui
les coloni et les esclaves gallo-romains (rustica
multitudo), il
leur disait : Princeps ego sum ; sequimini me, et erit vobis bene[81] ; invoquant ainsi, non pas le
titre de rex, qui ne lui aurait donné pouvoir que sur les Francs, mais celui
de princeps, en vertu duquel il aurait eu le droit de commander aux
Gallo-Romains. Nous trouvons le même titre appliqué à Théodebert Ier, dans la
vie de Sigismond roi de Bourgogne, et il semble opposé à celui de rex
Francorum[82]. Faustus, qui a écrit la vie de
saint Maur, abbé de Glanfeuil, nous offre, en parlant de Théodebald,
successeur de Théodebert, une expression analogue, lorsqu'il dit que le roi
d'Austrasie, enlevé par une mort prématurée, laissa à Clotaire Ier la monarchia
principatus[83]. Le biographe de saint
Droctoveus, abbé de Saint-Vincent de Paris, après avoir fait l'éloge du roi
Childebert, fils de Clovis, ajoute : Quam beata Respublica foret, si tantœ pietatis Principem adhuc
servare valuisset ![84] Nous avons raconté plus haut
l'entreprise de Gondovald, fils de Clotaire Ier, qui fut reconnu dans tout le
midi de la Gaule, avant d'avoir été proclamé roi des Francs ; et lorsque,
après la défaite de ce prince, on inquiéta les évêques qui avaient pris son
parti, Bertchramnus, métropolitain de Bordeaux, disait, pour s'excuser : Non
potui aliud facere, nisi quœ ille, qui omnem principatum Galliarum se
testabatur accipere, imperabat[85] : « Je n'ai pu me dispenser
d'obéir à cet homme qui disait avoir reçu le principatus de toute la
Gaule ». Et il est évident que ce terme désigne la délégation impériale, dont
le prince mérovingien avait été gratifié par Maurice, avant d'avoir quitté
Constantinople. Si du VIe
siècle nous passons au VIIe, nous trouvons encore les mêmes expressions. Dans
une constitutio de Clotaire II, les rois Francs sont appelés
principes, et leur autorité clementia principalis[86]. Le biographe de saint
Arnulfus, évêque de Metz, racontant que ce prince avait cédé à son fils
Dagobert le royaume d'Austrasie, emploie les termes suivants : Cum
prolem suam, Dagobertum, in principatus culmine sublimasset[87] ; et l'auteur de la vie de
saint Desiderius, évêque de Cahors, après avoir rapporté la mort de Clotaire,
ajoute : Dagobertum filium in principatu reliquit[88]. Pour bien comprendre le sens
du mot principatus, il suffit de recourir à la vie de saint Martin,
abbé de Vertou, dans laquelle le roi d'Austrasie est qualifié Rex
Dagobertus Francorum, Reipublicœ Princeps[89]. L'auteur du Gesta domni
Dagoberti regis, qui parait avoir été contemporain de ce prince,
l'appelle Princeps atque Rex[90]. Un autre document également
contemporain, nous voulons dire un acte de partage rédigé en 631, porte que
les contractants s'engagent à exécuter la convention per Patrem et Filium
et Spiritum Sanctum et per salutem Principum[91], et ce dernier mot doit
s'entendre de l'empereur et du roi, ou de Dagobert et de son frère Charibert,
si ce dernier vivait encore. Le biographe de saint Babolenus dit que le roi
Clotaire III, qui mourut en 670, laissa le principatus à son frère
Thierry III[92]. Childéric II, autre frère de
Clovis, était alors roi d'Austrasie ou de Germanie, comme on s'exprimait
quelquefois, et l'auteur de la vie de saint Prrejectus se sert de la phrase
suivante : Germaniœ regebat principatum[93]. Dans un diplôme accordé au
monastère de Senones, le même roi désigne ses successeurs par les mots regel
et principes[94] ; ce qu'il n'aurait pas fait,
si les rois Francs n'avaient porté d'autre titre que celui de rex. Dans deux
autres diplômes en faveur des abbayes de Stavelo (Stabulaus) et de Montiérender (monasterium
Dervense),
Thierry III, rappelant les fondations faites par ses prédécesseurs Sigisbert
IV et Childéric II, les nomme principes[95]. Enfin, plus tard encore,
l'apôtre de la Germanie, saint Boniface, dans une lettre à Cuthbertus
métropolitain de Canterbury, donne aux rois des Francs le titre de Principes
Francorum et Gallorum[96]. Ajoutons
encore que plusieurs numismates ont interprété par princeps Romanorum
et princeps optimus les sigles PR et PO, que l'on voit sur quelques
tiers de sou frappés par Sigismond roi des Bourguignons et par Théodebert Ier,
roi d'Austrasie. L'autorité
que la délégation impériale avait conférée aux rois Francs, sur les anciens
habitants de la Gaule, était absolue comme celle dont jouissaient les
empereurs eux-mêmes, et les ministres et les jurisconsultes gallo-romains,
que les Mérovingiens consultaient de préférence, n'étaient pas gens à laisser
tomber dans l'oubli quelqu'une des prérogatives de ce pouvoir. Il n'avait, au
reste, rien de choquant pour les provinciales, qui étaient depuis longtemps
gouvernés par des fonctionnaires d'origine barbare, souvent affublés de noms
romains. La délégation impériale empêchait de considérer les rois Francs
comme les chefs d'une nation fédérée, mais étrangère ; et l'on s'était
tellement habitué à les regarder comme les représentants de l'empereur, que
les Pères du concile d'Orléans voulurent soumettre leurs décrets à Clovis Ier,
afin que son autorité leur donnât une nouvelle force, et principalement parce
que les successeurs de Constantin exigeaient cette marque de déférence. Les
Mérovingiens ne se contentaient pas d'exercer à leur profit les droits de la
puissance impériale ; ils lui avaient également emprunté, sans usurper ses
attributs distinctifs, tout ce qui peut frapper l'esprit des peuples et
attirer leur respect et même leur vénération. Il ne faut pas s'imaginer, en
effet, comme l'ont fait plusieurs écrivains modernes épris de systèmes
germaniques maintenant un peu décriés, que les rois Francs fussent des
espèces de chefs barbares, toujours porteurs d'armes offensives et
défensives, vêtus de peaux, offrant aux regards effrayés des Gallo-Romains
une barbe et une chevelure incultes, et habitant, en guise de palais, des
espèces de halles, mal meublées et ouvertes à tout tenant. Il suffit d'avoir
jeté un coup-d'œil sur les historiens et les hagiographes du VIe siècle et du
VIIe pour reconnaître que cette peinture est toute de fantaisie, et que rien
n'est plus éloigné de la réalité. D'après
saint Jean-Chrysostôme, les empereurs ceignaient un diadème ou une couronne
que couvraient des pierres fines du plus grand prix ; ils revêtaient une
longue robe de soie brochée d'or, sur laquelle étaient figurés des dragons,
et par-dessus cette robe une tunique de pourpre, insigne de leur dignité.
Leur trône était d'or massif. Les images qui représentaient l'empereur, et
que celui-ci envoyait, à son avènement, aux rois des nations barbares
fédérées, offraient, au milieu d'un fond d'azur, le maître du monde assis sur
un trône magnifique, ayant à ses côtés ses chevaux et ses gardes, et foulant
aux pieds ses ennemis vaincus. Lorsqu'il sortait du palais, il était monté
sur un char de la plus grande richesse, traîné par des chevaux blancs, et son
cortège mériterait une description, qui ne peut malheureusement trouver place
dans notre livre. Nous
sommes loin de prétendre que les souverains de l'Austrasie aient tenté
d'égaler un pareil faste ; mais nous allons voir qu'ils s'en étaient
rapprochés, autant que le permettait l'énorme distance qui séparait la
dignité des empereurs de celle des rois[97]. Il est inutile, sans doute, de
nous excuser d'avoir emprunté à l'histoire de la Neustrie et de la Bourgogne
quelques-uns de nos renseignements ; car ce qui existait dans un de ces deux
royaumes se rencontrait, à plus forte raison, dans celui d'Austrasie, lequel
était, sinon plus riche, au moins plus vaste et plus puissant. Si on
commence par les palais cet examen comparatif, on acquiert la certitude que
les demeures des Mérovingiens, dont on trouvera plus loin une liste assez
complète[98], n'étaient pas des espèces de
métairies, comme on a voulu le faire croire. Plusieurs diplômes sont datés,
il est vrai, de domaines ruraux peu importants, que les rois habitaient de
temps en temps, pour se livrer, avec commodité, aux plaisirs de la chasse et
de la pèche ; mais leurs demeures ordinaires, soit à ville, soit à la
campagne, étaient de véritables palais. Le maire Gogo, déjà mentionné plus
d'une fois, écrivant à Pierre évêque de Metz, parle des palatia regum[99] ; Venance Fortunat, dans une
pièce de vers adressée au domesticus Condo, lui dit : Florebant
pariter veneranda palatia tecum, Plaudebat vigili dispositore domus[100] ; et le
biographe de saint Maur félicite le gallo-romain Florus, fondateur du
monastère de Glanfeuil, d'avoir sagement gouverné les palais de Théodebert[101]. Un savant, qui a fait une
étude approfondie de l'époque mérovingienne, n'a pas craint de tracer les
lignes suivantes : « Entrons au palais des princes Francs.... C'est une
demeure royale, qui a son faste, son cérémonial impérial, son aspect semi-oriental
et ses usages copiés sur la cour de Byzance. Ainsi se déroule un ensemble
pompeux de salles, de cours et d'avant-cours, un salutatoire, un consistoire,
un trichorium, les deux zéta[102] d'hiver et d'été, des thermes,
un gymnase[103]. » On voyait aussi dans les
habitations royales, même dans celles qui s'élevaient au milieu des
campagnes, des oratoria ou chapelles plus ou moins ornées, et Grégoire de
Tours mentionne celle de Marilegium[104]. Près de plusieurs palais se
trouvaient également des cirques destinés aux combats d'animaux. Grégoire de
Tours parle des arènes qui dépendaient du palais de Metz[105]. On sait que Chilpéric fit
construire des cirques dans les cités de Paris et de Soissons[106] ; le premier s'élevait sur la
rive gauche de la Seine, près de l'abbaye de Saint-Victor, à l'endroit qui
s'appela longtemps le clos des arènes ; et plusieurs antiquaires ont cru
reconnaître le second dans les belles ruines découvertes récemment à
Champlieu, près de Compiègne. L'ameublement
des palais répondait à leur grandeur et à leur beauté. Une des salles
renfermait le trône sur lequel le roi prenait place pour donner audience ; le
biographe de sainte Consortia dit que, la sainte étant entrée dans le palais,
Clotaire Ier se leva de solio suo, pour lui faire honneur[107] ; on lit la même particularité
dans la vie de saint Junianus, abbé de Mairé[108], et on possède encore le trône
de Dagobert Ier. Frédégonde,
effrayée de la maladie et de la mort de ses enfants, demande à Chilpéric à
quoi leur sert d'amasser tant de trésors : Numquid non erant thesauri
referti auro, argento, lapidibus pretiosis, monilibus, vel reliquis
imperialibus ornamentis ?[109] Le biographe de saint
Desiderius, plus tard évêque de Cahors, assure que Dagobert Ier, ayant
reconnu sa probité, lui confia l'administration de son trésor particulier et
le soin du riche mobilier qui garnissait la demeure royale[110] ; et on voit, dans la vie de
saint Martin de Vertou, que le même prince lui donna un disque de marbre
d'une grandeur et d'une beauté extraordinaires, que l'on regardait comme un
des ornements du palais[111]. Les
costumes des rois et même ceux de leurs officiers et des leudes étaient
magnifiques, et nous aurons occasion de citer des particularités qui le
démontrent d'une manière incontestable. Au surplus, le fait est reconnu par
beaucoup d'historiens, qui ont vanté la splendeur de la cour des rois
Théodebert et Dagobert Ier ; seulement la plupart se sont trompés
relativement à l'origine de cette opulence ; elle ne provenait pas, comme ils
l'ont cru, du pillage de la Gaule, mais de la richesse de ce vaste pays, où
la trace des invasions barbares était effacée, et où les métaux précieux
étaient très-abondants. Nous avons décrit plus haut le costume que portait
Théodebert Ier, quand il visita le monastère de Glanfeuil, et dans le siècle
dernier l'abbaye de Münster (au val Saint-Grégoire, en Alsace) conservait encore la couronne
de Dagobert II, et cette couronne, en vermeil, était ornée de pierreries[112]. Le luxe
que les Mérovingiens déployaient dans leurs voyages n'étaient pas moins
remarquable. Brunehaut se faisait traîner sur un char d'argent. L'auteur du Gesta
Domn Dagoberti, parlant de l'entrevue que ce prince eut avec Clotaire II,
assure qu'il se rendit dans le palais de Clippiacum (Clichy) cultu regio, ce qui signifie nec un cortège
splendide[113]. Enfin, toutes les histoires de
France décrivent le char magnifique, attelé de quatre bœufs, lequel servait
aux derniers mérovingiens, et dont ceux-ci avaient bien certainement emprunté
l'usage aux riches gallo-romains, quoiqu'en ait dit le savant Grimm, qui
croyait, au contraire, y reconnaître un trait de mœurs germaniques[114]. Ajoutons
encore que, en 1239, on découvrit dans le chœur de l'église abbatiale de
Saint-Arnoul, à Metz, une vingtaine de tombeaux, dont plusieurs renfermaient
les restes de princes et de princesses appartenant à la dynastie
mérovingienne, et que les témoins furent frappés de la richesse des vêtements
de soie, des anneaux, des sceptres et des couronnes que le temps avait
respectés[115]. Les
rois d'Austrasie avaient institué, pour le service du palais, une foule de
fonctionnaires de tout genre. Les princes wisigoths leur en avaient donné
l'exemple, et on avait vu à Toulouse, puis à Tolède, un comes ou comte
du palais, un comte des trésors, un comte des spathaires, un comte des
notaires, un comte de l'étable, un comte des échansons, et d'autres encore.
Tous ou presque tous les titres des charges créées de la sorte par les rois
barbares étaient empruntés à la cour de Constantinople ; et à Metz, comme
dans la capitale de l'Empire, le mot militia, au sujet duquel il y a
eu quelques discussions entre les savants, désignait le service du palais. De
nombreux passages des compilations législatives de Justinien prouvent que, à
la cour des empereurs, les termes miles, militia, militare
signifiaient serviteur, service, servir[116] ; et il en était de même en
Occident[117]. On joignait parfois au
substantif militia l'adjectif palatina, qui achevait d'en
déterminer le sens. Le biographe de saint Licinius, évêque d'Angers, emploie
les mots militia et militare avec l'acception que nous leur
attribuons[118]. On lit dans la vie d'un autre
saint que, sous le règne de Thierry Ier, Valentinius.... palatinam
militiam, in adolescentia, pro dignitate parentum, administravit[119]. Le biographe de saint Aredius (saint Yriez) se sert des mêmes expressions[120]. Enfin, les mots miles
et militia patatina se trouvent encore, toujours avec le même sens,
dans la vie de saint Hermenlandus[121]. La cour
d'un roi Franc portait le nom d'aula regia, et tous les individus qui
y figuraient, fonctionnaires ou simples courtisans, étaient décorés du titre
d'aulici palatini[122]. Comme nous l'avons dit, ils se
procuraient, à grand prix, des vêtements très-riches, et leurs glaives
étaient soutenus par de magnifiques baudriers[123] ; voulant, comme leur maître,
imiter le faste de la cour impériale, où l'on voyait, au témoignage de saint
Jean-Chrysostôme ; les officiers du palais et les seigneurs couverts de robes
de soie brochée, avec des sandales, des ceintures .et des écharpes ou
baudriers brodés en or. L'officier
auquel les premiers rois mérovingiens avaient confié le soin de gouverner le
palais, et de diriger tous les employés de la cour, portait le titre de major
domus ou major palatii, et l'insigne de ses fonctions était un bracile
ou baudrier, sans doute très-riche[124]. Il n'était originairement que
le chef des domestici. Dans la Loi salique, la composition pécuniaire
que son meurtrier aurait été obligé de payer n'est que de trente-cinq solidi,
comme celle des autres employés du palais[125] ; et il est si vrai que le major
domus n'avait d'abord aucune part dans l'administration de l'état, que
les reines elles-mêmes avaient un major domus pour gouverner leur
maison[126]. Les
Mérovingiens, en créant la charge dont il s'agit, s'étaient bornés à imiter
les empereurs, dans le palais desquels on voyait un officier investi des
mêmes fonctions. On l'appelait curopalate, nom qui indique la nature de son
emploi[127]. Théodoric-le-Grand, roi des
Ostrogoths, qui cherchait à imiter en tout les empereurs, avait institué une
charge semblable à celle du curopalate et du major domus[128]. Le
curopalate ne jouissait, dans les premiers temps, d'aucune autorité en dehors
du palais ; mais, avec les années, les choses changèrent de face ; la dignité
de curopalate finit, en quelque sorte, par devenir la seconde de l'Empire, et
les empereurs, que la grande puissance attachée à cette charge inquiétait,
non sans raison, prirent le parti de la confier d'ordinaire à un de leurs
parents, sur la fidélité duquel ils pouvaient compter. La même transformation
s'opéra dans le palais des rois Francs. Le major domus n'était, dans
l'origine, que le premier des domestici, et le roi, qui l'avait nommé,
le privait de son emploi, quand il le jugeait à propos. Les historiens qui
ont soutenu que le maire du palais était choisi par les leudes, allèguent
l'élection de Chrodinus et celle de Gogo, qui furent désignés, en effet, par
les seigneurs austrasiens ; mais ceci ne prouve rien, parce que Childebert I
avait seulement cinq ans, et que sa mère étant absente, le choix du maire
revenait de droit aux leudes composant le conseil de régence. Au contraire,
nous avons déjà cité et nous pourrions rappeler ici plusieurs autres faits
prouvant que les rois seuls désignaient le major domus. Nous
ajouterons seulement deux faits nouveaux. Clotaire II, après sa victoire sur
Brunehaut, nomma Warnacharius maire du palais de Bourgogne. A la vérité,
Warnacharius exigea du roi la promesse qu'il ne le destituerait jamais, pour
quelque motif que ce fût[129] ; mais cette promesse elle-même
démontre que le roi possédait le droit de congédier le maire, si cela lui
plaisait. Quinze ans plus tard, Dagobert Ier en confia les fonctions au leude
Erchinoaldus, sans que cette nomination ait soulevé la moindre réclamation de
la part des grands[130]. Toutefois, aussitôt après la
mort de Dagobert, ceux-ci profitèrent des circonstances pour s'attribuer
l'élection du major domus, et les maires du palais, imitant l'exemple
des curopalates, s'emparèrent, sous le règne de princes faibles ou enfants,
de la meilleure partie de l'autorité et finirent, comme on le verra dans les
chapitres suivants, par être plus puissants que les rois eux-mêmes[131]. On
aimerait peut-être à trouver ici la liste des maires du palais d'Austrasie ;
mais nous avons déjà mentionné tous ceux dont l'histoire a conservé les noms,
et il y en a eu bien certainement plusieurs autres dont aucun document ne
rappelle le souvenir, en sorte qu'une pareille liste serait nécessairement
incomplète, et par conséquent de peu d'utilité[132]. Nous en dirons autant de
l'énumération des titres divers par lesquels les dignitaires dont il s'agit
sont désignés dans les documents contemporains[133]. Il est bon toutefois de faire
observer que dans les derniers temps les maires du palais, dont le pouvoir
était devenu prépondérant, s'arrosèrent quelquefois le titre de subreguli
; tandis que dans le premier siècle de la monarchie, et lorsque leur autorité
était renfermée dans l'intérieur de la maison royale, ils ne se qualifiaient
souvent que de comites palatii ou de comites domus regiœ. Cette
désignation les a fait confondre par quelques écrivains avec d'autres
officiers du palais qui portaient réellement le titre de comites palatii,
et qui étaient placés sous les ordres des maires. Il est assez difficile de
déterminer quelles étaient les attributions de ces comites palatii ;
mais on peut conjecturer qu'ils furent établis à l'époque où l'autorité des
maires devint plus considérable, et que ceux-ci se déchargèrent sur les comites
des fonctions qu'ils ne pouvaient plus remplir[134]. La création de ces nouveaux
officiers doit remonter au moins à Sigisbert II ; car Grégoire de Tours nomme
le leude Gucilio qui fut comes palatii, sous le règne de ce prince[135]. Sous Childebert Ier, nous
trouvons les comtes du palais Trudulfus[136] et Romulfus[137], et Tacilio remplissait les
mêmes fonctions du temps de Dagobert Ier[138]. M. le Huërou et d'autres
écrivains ont pensé qu'il y avait simultanément plusieurs comices palatii,
et un placitum du roi Childebert III mentionne, en effet, deux comtes
du palais : Bero et Grimbercthus[139] ; mais il y a toute apparence
que l'un était le comes palatii proprement dit, et que l'autre était
revêtu du titre de comes stabuli (ou intendant des écuries royales). L'établissement
de l'intendance des écuries parait assez ancien ; Licinius évêque d'Angers
avait été comes stabuli de Clotaire Ier[140] ; Leudastes avait exercé la
même charge dans le palais de Charibert[141], et Grégoire de Tours parle du comes
stabuli de Childéric[142]. Nous avons raconté plus haut
la conspiration que le comes stabuli Sunnegisilus forma contre
Childebert Ier[143]. Le nom
de ce dignitaire indique suffisamment quel était la nature de son emploi,
nouvel emprunt fait par les Mérovingiens à la cour impériale[144]. Les fonctions du comes
palatii ne sont pas définies d'une manière aussi précise. Il semble que
l'on avait rangé parmi ses attributions le soin d'administrer le trésor
particulier du prince ou la liste civile, comme nous dirions aujourd'hui. Un
des biographes de saint Wandregisilus rapporte, en effet, que ce leude fut
nommé comes palatii par Dagobert Ier[145], et un autre biographe dit que
le saint homme exercebat exacturam commissam sibi[146]. Sous ce rapport, la charge de
comte du palais offrait beaucoup d'analogie avec celle du comes rerum
privatarum, que l'on trouvait dans la maison des empereurs[147]. Quelquefois cependant nous
voyons dans le palais des Mérovingiens un thesaurarius ou procurator
thesaurorum, qui parait distinct du comte du palais. Tel fut l'emploi 1°
de saint Desiderius, qui devint, dans la suite, évoque de Cahors[148] ; 2° de Rado frère de saint
Audœnus (saint
Ouën),
métropolitain de Rouen[149], et 3° d'un leude nommé Tobbo,
dont il est parlé dans la vie de saint Eloy[150]. Un
autre dignitaire de la cour des Mérovingiens était le spatharius ou
porte-glaive. C'étaient les empereurs qui avaient institué les spatharii,
et aussitôt les rois des Ostrogoths[151], des Wisigoths[152] et des Francs avaient voulu en
avoir aussi. Nous avons déjà parlé du leude Grippo qui fut spatharius
de Childebert Ier. Le Gesta Dagoberti nomme l'armiger du prince[153], et cet armiger ne peut être
que le porte-glaive. Enfin, le testament de la matrone Erminethrudis,
testament rédigé au commencement du VIIIe siècle, mentionne le gallo-romain
Scupilio, spatharius du roi[154]. Il y
avait, en outre, dans le palais des rois Francs une foule d'officiers et
d'employés d'un rang secondaire. Tels étaient : 1° Les cubicularii.
On sait que l'empereur avait à son service une foule d'officiers de ce genre[155], et que la plupart d'entr'eux
étaient eunuques. Nous rechercherons ailleurs[156] si les rois Francs avaient
introduit des eunuques dans leur palais ; mais il est bon de faire observer
tout-de-suite qu'ils avaient attribué aux officiers de la chambre le
nom de cubicularii, qui était seul employé dans le palais impérial. Le
biographe de saint Severinus, abbé d'Agaune, parle de Transoarius cubicularius
de Clovis Ier[157] ; Grégoire de Tours mentionne
Charegisilus cubicularius de Sigisbert II, Ebero cubicularius
de Childebert Ier, ainsi que Faraulfus et Eberulfus cubicularii de
Chilpéric, et Chundo cubicularius de Gontran[158]. Nous trouvons dans Frédégaire[159] Bertharius qui remplissait les
mêmes fonctions auprès de Thierry II, et Childebert Ier chargea
successivement les cubicularii Cothro et Rado d'une mission à
Constantinople[160]. Ces officiers sont quelquefois
aussi désignés sous le titre de camerarii. Frédégaire nous a conservé
le nom de Wandalmarus camerarius de Gontran[161] ; et lorsque Rigunthis, fille
de Chilpéric et de Frédégonde, partit pour l'Espagne, elle était accompagnée
de plusieurs camerarii et d'un paranymphus[162], dont le nom seul nous fait
connaître l'emploi[163]. On
s'est demandé si les mots domestici, famuli[164] et ministeriales, que
l'on rencontre plusieurs fois dans les documents contemporains, ne servaient
pas également à désigner les cubicularii ou camerarii ; mais
nous verrons plus loin que l'expression domesticus avait un sens tout
différent, et quant au mot ministerialis ou minister, il parait
avoir été employé, d'une manière générale, pour désigner les officiers du
palais et les serviteurs du prince[165]. C'est avec cette signification
qu'on le rencontre dans Grégoire de Tours[166] ; dans la vie de saint
Desiderius, évêque de Cahors, écrite par un anonyme presque contemporain[167] ; dans l'exhortation adressée
par saint Amandus au roi d'Austrasie Sigisbert IV[168], et dans quelques autres
documents du VIIe siècle[169]. 2°
Après les cubicularii venaient, comme on dirait aujourd'hui, les officiers
de la bouche. Un des principaux était le mapparius, dont l'emploi
était de présenter au prince une pièce de lin (mappa ou linteus), quand il venait de se laver
les mains, après avoir pris ses repas[170]. Les pincernœ ou
échansons semblent avoir été en assez grand nombre[171] ; ce qui n'a rien d'étonnant,
si l'on se rappelle combien étaient longs et somptueux les festins des
peuples du nord[172]. Les échansons étaient placés
sous les ordres du princeps pincernarum. Saint Hermenlandus et saint
Bonitus devinrent principes pincernarum, après avoir été simples
échansons[173]. La table devant laquelle les
rois Francs s'asseyaient ou, pour mieux dire, se couchaient, selon l'usage
des Anciens, portait le nom de sigma, parce qu'elle avait la forme de
l'antique sigma grec ou d'un C[174]. On la couvrait d'une vaisselle
magnifique, et on lit dans la vie de saint Fridolin que Clovis Ier présenta,
pour boire, à l'évêque de Poitiers un vase taillé dans une pierre de grand
prix dont la couleur imitait celle du verre, et qui était orné d'or et de
gemmes[175]. Pendant les festins, un
orchestre, composé de lyres (chordœ) et de flûtes (tibiœ), exécutait des mélodies,
empruntées probablement au répertoire de l'Antiquité[176]. Enfin, le repas terminé, les
convives se livraient à différents jeux, et notamment à celui que l'on
nommait tabula[177], mot sur le véritable sens
duquel les savants ne sont pas d'accord. 3° A un
degré inférieur dans la hiérarchie, nous trouvons les ostiarii,
huissiers ou portiers[178] ; puis les licteurs (lictores). Grégoire de Tours mentionne un
des licteurs de Chilpéric[179], et on ne peut guère douter
qu'il ne s'agisse d'un officier semblable à ceux dont les empereurs se
faisaient accompagner, si l'on rapproche des paroles de Grégoire de Tours un
passage de la vie de saint Junianus, où il est parlé des faisceaux (fasces) que l'on voyait devant le
palais de Clotaire Ier[180]. 4° Il
faut ranger aussi parmi les ministeriales ou employés du palais les
médecins et les archiatri. Le biographe de saint Severinus, abbé
d'Agaune, nomme le médecin ou un des médecins de Clovis Ier[181] ; Chilpéric en avait plusieurs,
et leur chef est qualifié primus medicorum par Grégoire de Tours[182]. Le bon Gontran envoya au
supplice ses deux médecins, Nicolaüs et Donatus, parce qu'ils n'avaient pu
guérir la reine Austregildis[183]. Leur triste sort n'empêcha pas
de briguer des fonctions aussi dangereuses, et, sous le règne de Thierry II,
il y avait dans le palais de Bourgogne plusieurs médecins, dont le premier,
appelé Petrus, portait le titre d'archiater[184], emprunté à la maison des
empereurs[185]. 5° Nous
ne devons pas oublier les gynécées, grands ateliers dans lesquels des femmes
esclaves fabriquaient des peignes, du savon, etc., et tissaient ou brodaient
les étoffes destinées soit aux vêtements des rois, soit à l'ameublement des
palais, soit aux présents que les Mérovingiens faisaient aux chefs des nations
barbares. L'existence, bien prouvée, des gynécées pendant la période
carlovingienne[186] suffirait pour démontrer que
les rois Francs ont conservé les établissements de ce genre qui existaient au
commencement du Ve siècle ; car ils n'auraient bien certainement jamais songé
à fonder des institutions semblables, si les anciennes avaient disparu. Mais
on n'en est pas réduit à des conjectures et à des probabilités. Grégoire de
Tours parle du gynécée qui dépendait du palais de Manilegium (Marlenheim), situé à quatre lieues de
Strasbourg[187] ; et, dans un autre endroit, il
mentionne une puella palatina[188], expressions qui désignent
évidemment une femme employée dans un gynécée[189]. 6°
Enfin, c'est ici le lieu de donner quelques détails sur les origines d'une
institution pendant longtemps trop peu connue, mais à laquelle les recherches
d'un savant cardinal viennent de rendre sa place dans l'histoire de la
période mérovingienne[190]. Nous voulons parler de l'école
du palais (schola palatina). D'après plusieurs écrivains, elle aurait eu pour origine une
école existant dans le palais des empereurs, et dont les régents étaient
obligés d'enseigner à un certain nombre de jeunes gens choisis les règles de
l'administration et les principes de la jurisprudence[191]. L'école du palais mérovingien
fut dirigée, dans les premiers temps, par l'ecclésiastique chargé de
desservir la chapelle royale. Les Mérovingiens avaient, comme on l'a vu, des
oratoires dans leurs divers palais, et le prêtre qui y célébrait les saints mystères,
et suivait les rois dans leurs changements de résidence, devint naturellement
le maitre et l'instituteur des jeunes gens, de haute naissance, que leurs
parents recommandaient au prince, et qui devaient occuper, un jour,
les premiers emplois de l'état. Ces maîtres prenaient ou recevaient le titre
de rectores scholœ[192]. Les plus anciens ne nous sont
pas connus. Selon Mabillon, le maire Gogo, dans une lettre adressée à Pierre
évêque de Metz, dit que les leçons de saint Fridolin avaient produit le plus
heureux effet dans le palais d'Austrasie[193] ; mais ses paroles sont trop
vagues pour que nous en puissions conclure que saint Fridolin fut réellement rector
scholœ. Il n'est pas même probable qu'il soit ici question de saint
Fridolin, de leçons et d'enseignement, et l'on est plutôt en droit de
supposer que Gogo veut parler d'un architecte qui avait réparé le palais de
Metz, et peut-être quelques autres maisons royales. Quoiqu'il
en soit, l'école d'Austrasie existait certainement dès la première moitié du
vie siècle. Il semble que plus tard cet établissement fut placé sous la
direction et la surveillance d'un leude, lequel donnait aux jeunes gens
l'instruction administrative, qui devait leur être indispensable un jour. Tel
est du moins le sens apparent de ces deux vers adressés par Fortunat à Gogo,
qui fut, dans la suite, maire du palais d'Austrasie : Sive
palatina residet modo Iætus in aula, Cui
schola congrediens plaudit, amore sequax[194]. A
partir de cette époque, les renseignements relatifs à l'école du palais se
multiplient. Pour obtenir les emplois, sous le gouvernement de ces
Mérovingiens que l'on s'est plia à nous représenter comme des barbares, il
fallait posséder une instruction solide et étendue, et les écrivains
contemporains nous peignent l'école palatine comme une sorte de noviciat
administratif[195]. Les fils des riches
gallo-romains y étaient admis, aussi bien que les enfants des seigneurs
d'origine barbare ; et quelques historiens ont même avancé, non sans une
apparence de raison, que, se défiant toujours un peu des dispositions de
l'ancienne population et de son penchant pour le gouvernement impérial, les
Mérovingiens n'étaient pas fâchés de garder ainsi dans leur palais, et en
quelque sorte comme des otages, les fils d'hommes puissants et peu dévoués[196]. Si l'on
voulait examiner avec attention les vies des saints qui ont vécu pendant les
VIe et VII' siècles, on recueillerait les noms de beaucoup de jeunes gens qui
furent ainsi recommandés aux rois Francs et occupèrent ensuite les postes les
plus élevés. Nous mentionnerons seulement saint Ebrulfus (Evroul), abbé d'Ousche[197] ; saint Aridius, que Théodebert
I fit élever avec soin dans l'école du palais, et qui devint chancelier de ce
prince[198] ; saint Faron (Faro), évêque de Meaux[199] ; saint Sigirannus (Cyran), premier abbé de Lonray[200] ; saint Modoaldus,
métropolitain de Trèves, et saint Chunibertus, évêque de Cologne[201] ; saint Bonitus, lequel fut
successivement princeps pincer narrait, référendaire et évêque de Clermont[202] ; saint Arnulfus, évêque de
Metz, un des principaux ministres de Dagobert Ier[203], et saint Hermenfendus, qui fut
abbé d'Aindre, dans le pays des Bretons, après avoir rempli des fonctions
importantes[204]. Quelquefois
même, la recommandation s'exerçait près de seigneurs puissants, qui,
sans doute, recommandaient eux-mêmes leurs protégés au roi, duquel
découlaient, en définitive, toutes les grâces et toutes les faveurs. C'est
ainsi que, selon Grégoire de Tours, saint Patroclus, gallo-romain de
naissance, fut recommandé à un seigneur appelé Nunnion ou Mumion, qui
avait joui d'un grand crédit auprès de Childebert fils de Clovis[205]. C'est encore ainsi que saint
Erminon, qui devint abbé de Lobbes, se recommanda à Madelgarius évêque de
Laon[206]. Quand
on avait acquis, dans l'école du palais, l'instruction nécessaire, on était
pourvu d'une charge, soit dans l'intérieur même de la maison royale, soit
dans la gestion des domaines, soit dans l'administration civile, soit même
dans l'armée. Car bien que la distinction du pouvoir civil et du pouvoir
militaire, si soigneusement entretenue par les successeurs de Constantin,
tendit alors à s'effacer, elle subsistait encore en partie ; et le biographe,
presque contemporain, de saint Hermenlandus dit que, en sortant de l'école du
palais, ce jeune homme fut forcé par ses parents à entrer dans la carrière
des armes[207]. Toutes
les charges que nous avons mentionnées jusqu'à présent, même celle de major
putatif, étaient primitivement des emplois domestiques, si nous pouvons
employer une pareille expression, et il nous reste à parler des
fonctionnaires auxquels étaient confiés l'administration générale de l'état
et le gouvernement des provinces. Le
premier de tous était certainement le magister officiorum. Le mot officium
signifiait bureau dans la langue du Bas-Empire, et le magister officiorum
était, à Constantinople, le ministre dirigeant et le surveillant des nombreux
employés de la police impériale. On ne peut douter que Parthenius, qui fut
revêtu de cette charge par Théodebert Ier, n'ait eu toutes les attributions
du magister officiorum des empereurs, et il était, de plus, ministre
des finances ; mais, après lui, on ne trouve plus en Austrasie aucun
fonctionnaire portant le même titre, et peut-être Théodebert n'avait-il créé
un maitre des offices que pour mieux imiter les empereurs, auxquels, comme
nous l'avons vu, il avait tenté de s'égaler. La
seconde charge, la première même, si l'on suppose que l'existence du magister
officiorum fut éphémère, était celle de chancelier ou cancellarius,
et le biographe de saint Aridius le dit formellement : prior erat militia
palatina[208]. Le titre et les fonctions de cancellarius
semblent avoir été parfois partagés entre plusieurs personnes[209]. Telle est la conclusion que
l'on est tenté de tirer d'un passage dans lequel Grégoire de Tours mentionne
le gallo-romain Claudius, unus ex cancellariis regalibus[210], à moins que l'historien n'ait
voulu désigner un de ces officiers subalternes qui portaient à Constantinople
le nom de cancellarii, et dont l'emploi consistait à empêcher le
public d'assiéger de trop près les cancelli ou bureaux des
secrétaires. Quoiqu'il
en soit, et en laissant de côté Claudius, au sujet duquel on ne possède pas
de renseignements suffisants, on connaît quelques personnages qui ont occupé
la charge de chancelier pendant le VIe siècle et le VIIe. Le plus ancien
parait être saint Aridius, qui fut chancelier vers le milieu du règne de
Théodebert Ier[211] ; il eut pour successeur
Ansebaldus, lequel était en charge au moment où ce prince visita le monastère
de Glanfeuil[212] ; et dans la seconde moitié du
VIIe siècle, les fonctions de cancellarius furent remplies par saint
Ansbertus, plus tard métropolitain de Rouen[213]. Le
chancelier, dont les bureaux portaient, comme à Constantinople, le nom de sacrum
scrinium palatii[214], avait sous ses ordres 1° un procurator,
2° un assez grand nombre de scriptores[215], commentarienses ou notarii,
continuellement occupés à rédiger et à copier les diplômes et les autres
actes de la volonté souveraine, lesquels portaient les noms de testamenta
regalia[216] et de prœcepta regalia[217]. Nous disons que le nombre des
scribes de la chancellerie était considérable, et M. Guérard a eu tort de
prétendre que les Mérovingiens ne pouvaient faire expédier toutes les pièces
nécessaires à l'administration, et employaient ordinairement des messagers
qui transmettaient verbalement les ordres royaux : On écrivait, au contraire,
beaucoup à cette époque, comme dans les siècles précédents. Brunehaut,
voulant enjoindre au leude Alboinus de mettre à mort le maire du palais de
Bourgogne, envoie l'ordre par écrit, quoique ce fût le cas de le faire
parvenir par un messager ; et on ne peut guère refuser de partager notre
opinion, quand on a vu combien les rois Francs donnèrent de diplômes de toute
nature, et combien sont fréquentes les mentions relatives aux scribes de la
chancellerie. Le biographe de saint Maximinus, abbé de Micy, parle des commentarienses
et notarii de Clovis Ier[218]. Le moine Faustus, dans sa vie
de saint Maur, rappelle les scriptores testamentorum regalium[219]. Un notarius, nommé
Eusebius, était attaché, comme secrétaire, à une des ambassades que
Childebert I envoya à Constantinople[220]. Agrestius ou Agresanus, qui
fut moine à Luxeuil, puis à Remiremont, avait commencé par être notarius
du roi Thierry II[221]. Enfin, on voit figurer dans la
vie de sainte Rictrude (Ricthrudis) un notarius, regalium prœceptorum conscribens
edicta[222]. Il est
probable qu'il y avait une distinction entre les scriptores ou simples
scribes et les notarii, qui, à en juger d'après leur nom, devaient
employer pour la transcription de certains actes les notes tironiennes[223], dont on faisait encore
beaucoup d'usage, comme nous le prouverons dans un des chapitres suivants. Il
y a lieu de présumer que c'est à cette classe particulière de secrétaires
qu'était donnée la qualification de silentiarii[224], parce qu'ils étaient obligés
par état de garder le silence le plus complet sur toutes les affaires qui
venaient à leur connaissance. D'où nous concluons que les silentiariti
des rois Francs n'avaient de commun que le nom avec les silentiarii de
Constantinople, dont l'office était de prévenir le moindre bruit dans le
voisinage de l'appartement de l'empereur[225]. Il
n'est pas facile de déterminer quelles étaient les fonctions du procurator
sacri scrinii, et la vie de saint Remacle, qui fut revêtu de ces
fonctions, ne nous apprend pas en quoi elles consistaient. On peut croire
cependant qu'il était chargé de distribuer la besogne aux scriptores
et aux notarii, et de munir la chancellerie de toutes les fournitures
nécessaires à l'expédition des actes, telles que le parchemin et le papyrus,
dont on faisait alors une grande consommation. Un
passage de la vie de saint Maur semble indiquer que les rois Francs avaient
une sorte de conseil d'état[226], devant lequel on traitait
probablement de toutes les affaires importantes, sur le rapport des
référendaires (referendarii). Aucun
texte ne nous fait connaître quelle était au juste la nature des fonctions de
ces derniers. A Constantinople, les référendaires, qui avaient le titre de viri
spectabiles, étaient des officiers chargés de mettre sous les yeux de
l'empereur les demandes de ses sujets[227]. Leur charge avait, par
conséquent, de l'analogie avec celle de maître des requêtes, et comme les
rois barbares fédérés eurent toujours soin, dans leurs rapports officiels
avec l'ancienne population des pays qu'ils gouvernaient, d'employer les
formules de la chancellerie romaine[228], il y a toute apparence que les
référendaires des Mérovingiens avaient les mêmes attributions que ceux de
Constantinople. Les historiens et les diplômes nous ont conservé les noms
d'un assez grand nombre de ces fonctionnaires[229], qui étaient pour la plupart
choisis parmi les gallo-romains, parce que c'était chez eux que l'on trouvait
aisément réunies la culture des lettres et la science du droit. Nous
rappellerons seulement les noms de quelques-uns : Anachalus, lequel
remplissait les fonctions de référendaire sous le règne de Clovis Ier[230] ; Theutharius et Siggo, sous
Sigisbert II[231] ; Asclepiodotus, qui fut
d'abord référendaire de Gontran roi de Bourgogne[232], mais que nous retrouvons
ensuite dans le royaume d'Austrasie[233] ; Gallomagnus, dont nous avons
raconté la conspiration contre Childebert Ier[234] ; Charimeres ou Charimeris, qui
fut au service du même prince et monta sur le siège épiscopal de Verdun,
après la mort de saint Agericus[235], et saint Bonitus, lequel
devint rector de la Provincia Massiliensis, puis évêque de
Clermont[236]. Ajoutons que, d'après
différents textes, un referendarius remplaçait le chancelier absent ou
empêché[237]. C'est,
sans doute, parmi les référendaires, gens plus versés que tous autres dans la
connaissance du droit administratif, que les rois choisissaient les missi
dominici ou inspecteurs, dont il est fait mention dès l'époque mérovingienne[238], et qui remplaçaient les inspectores
et les legati de l'empereur. Différentes
circonstances nous font penser que les rois Francs avaient également conservé
les agentes in rebus, dont l'institution était si utile à l'administration de
la guerre[239] ; mais aucun texte positif ne
permet de l'affirmer. Nous ne
devons pas non plus passer sous silence les patrices, dont le nom se
rencontre de loin en loin dans les monuments historiques de la période
mérovingienne[240]. Les savants ne s'accordent pas
relativement à l'origine de ce titre et aux attributions des personnages qui
le portaient. On a vu ce qu'étaient les patrices dans la hiérarchie impériale[241] ; mais on se tromperait si l'on
regardait ceux d'Austrasie comme occupant le même rang et décorés des mêmes
honneurs. Dans le royaume de Bourgogne, le patrice était le généralissime de
l'armée et remplissait les fonctions qui furent attribuées au connétable de
France, du temps des Valois. La Loi des Ripuaires fait mention du
patrice, sans nous dire quel était son rôle[242]. Parthenius, qui fut magister
officiorum sous le règne de Théodebert Ier, était décoré du titre de
patrice[243], et on doit croire qu'il
l'avait reçu directement de Théodebert, lequel, s'étant fait proclamer
empereur, voulut probablement user de toutes les prérogatives du rang
suprême. Vers le même temps, un membre de la célèbre famille des Secundini de
Trèves était également revêtu du titre de patrice[244], et comme il s'était rendu
plusieurs fois à Constantinople en qualité d'ambassadeur, nous sommes tout
disposé à croire qu'il l'avait obtenu de Justinien. Plus
tard, c'est-à-dire sous les règnes de Childebert I et de Théodebert II, nous
trouvons encore des patrices ; mais il semble que presque tous ces
personnages étaient en même temps rectores ou gouverneurs de la Provincia
Massiliensis. Tels étaient Jovinus, auquel Fortunat dédia une pièce de
vers[245] ; Dynamius, dont nous avons
parlé plus d'une fois[246] ; Arigius, qui fut, sans doute,
un des successeurs de Dynamius, et à qui saint Grégoire-le-Grand adressa deux
lettres, que nous possédons encore[247] ; enfin Asclepiodotus, lequel
avait exercé les fonctions de référendaire dans le royaume de Bourgogne, de
référendaire et peut-être même de chancelier en Austrasie[248], et qui dut échanger plus tard
cet emploi contre celui de rector de la Provincia[249]. La circonstance que tous les
individus qualifiés patrices, dans la seconde moitié du VIe siècle, étaient rectores
de la Provence, est de nature à faire croire que le titre était purement
honorifique. On accordait aussi parfois à ces fonctionnaires le titre de prœfecti,
parce qu'on les regardait comme successeurs des préfets du prétoire, qui
avaient, en dernier lieu, résidé dans cette contrée. Et ce qui achève de nous
prouver que les historiens employaient souvent le mot patrice sans y attacher
un sens bien précis, c'est que l'auteur du Gesta regum Francorum
appelle patrice Winthrio duc de la Campania[250]. A la
suite des fonctionnaires qui dirigeaient l'administration centrale, il faut
nommer ceux qui gouvernaient les provinces et les cités, et on doit placer en
première ligne les ducs (duces), dont l'autorité s'étendait ordinairement sur
plusieurs civitates. Quoique
les ducs fussent pendant la période mérovingienne des chefs essentiellement
militaires, comme l'étaient les ducs romains du IVe siècle et du Ve, ils
avaient cependant fini par s'emparer du pouvoir civil[251]. Nous avons déjà fait observer
que, soit par nécessité, soit pour simplifier les rouages de
l'administration, les rois barbares fédérés réunirent dans les mêmes mains
les pouvoirs civil et militaire, autrefois complètement séparés. Les
empereurs eux-mêmes avaient, dès la première moitié du VIe siècle et même
antérieurement, donné aux rois Francs l'exemple de cette confusion, que les
dangers de l'Empire rendaient indispensable[252] ; et lorsque Justinien eut
renversé les monarchies des Vandales et des Ostrogoths, il ne rétablit pas la
préfecture d'Italie telle qu'elle se trouvait du temps de Théodose ; mais il
créa deux exarques, résidant l'un à Ravenne, l'autre à Carthage, et ces deux
fonctionnaires jouirent de toute l'autorité partagée précédemment entre le
préfet du prétoire et le magister militum. La
confusion que les Mérovingiens introduisirent de la sorte dans le
gouvernement devint -telle, que l'on vit même parfois des fonctionnaires
purement civils chargés de commandements militaires ; et, sous le règne de
Dagobert I, le référendaire Chadoindus conduisit contre les Wascones
ou Gascons une armée, dans laquelle figuraient non seulement le patrice de
Bourgogne, mais encore une dizaine de ducs[253]. Ces
derniers étaient en assez grand nombre. Le prince les nommait et pouvait les
destituer, quand il avait contre eux quelque sujet de mécontentement[254]. Ils étaient, pour ainsi dire,
partagés en deux classes : les uns gouvernaient les ducatus, les
autres étaient en disponibilité et aux ordres du prince, qui les envoyait
servir où le besoin du royaume l'exigeait[255]. C'est ainsi qu'il y avait dix
duces dans l'armée que conduisait Chadoindus, et vingt dans une des armées
que Childebert Ier dirigea contre les Lombards[256]. Nous comparerions volontiers
la position de ces chefs militaires à celle de nos généraux de division, dont
les uns commandent dans certaines parties du territoire, tandis que les
autres se tiennent à la disposition du ministre de la guerre. Les
ducs qui, pour une raison quelconque, abandonnaient le gouvernement d'un ducatus
conservaient cependant leur titre[257] ; et la chose devait arriver
souvent, car certains duchés mérovingiens étaient des créations tout-à-fait
temporaires, analogues aux tractus militaires de l'Empire. Ils
disparaissaient avec les circonstances qui les avaient fait naître ou
subissaient des démembrements et des remaniements sans nombre. Beaucoup
n'avaient, en effet, rien de commun avec les anciennes circonscriptions
territoriales de la Gaule. La division de cette contrée en dix-sept grandes
provinces fut soigneusement et invariablement conservée dans l'ordre ecclésiastique
; mais il n'en fut pas de même dans l'ordre civil[258], à cause des fréquents partages
qui rangèrent les civitates d'une même province dans les lots de
différents rois. Le mot provincia ne cessait pas néanmoins d'être
employé. On le rencontre notamment dans les articles organiques publiés par
Clotaire II pour assurer l'exécution du pactum qu'il avait conclu avec
Childebert Ier[259], et dans l'article 19 de l'edictum
que le premier de ces deux princes promulgua, en 615[260]. Mais, dans l'une et l'autre de
ces pièces, le mot provincia n'a qu'un sens vague et indéterminé[261], et dans la Lex Bajuvariorum,
où on le trouve aussi[262], il signifie le pays occupé par
les Bavarois, et que les rois d'Austrasie regardaient comme une annexe de
leur royaume. Toutefois,
les anciennes circonscriptions n'étaient pas tombées dans l'oubli, et les
mentions qui les concernent ne sont pas rares. Le biographe de sainte
Salaberge parle de la Belgica en général[263], et Grégoire de Tours nomme la provincia
Belgicœ Secundœ[264]. Les deux Germanies sont
rappelées, la Germania Prima par le même historien[265] et par le biographe de saint
Loup (Lupus) évêque de Troyes[266], et la Germania Secunda
dans la Lex Ripuariorum[267]. La provincia ou Maxima
Sequanorum est mentionnée dans la vie de sainte Salaberge[268], la Lugdunensis ou
Lyonnaise dans une des vies de saint Launomarus ou Lomer[269], la Novempopulania par
Grégoire de Tours[270], et l'Aquitania Prima
par le biographe de saint Desiderius évêque de Cahors
[271]. Mais à
côté de ces noms, qui ne figurent plus guère dans les écrits du temps que
comme des réminiscences historiques, on voit paraître des dénominations
nouvelles, ou peut-être seulement renouvelées, et qui devaient remplacer
bientôt celles qu'avait employées l'administration romaine. Outre le nom de Francia,
lequel, avec l'aide des siècles, finit par s'étendre à la Gaule tout entière,
nous rencontrons dans les documents mérovingiens la Provincia ou
Provence[272] ; la Sapaudia ou Savoie[273] ; le Morvan ou Murvinus[274] ; la Campania ou
Champagne[275], et l'Alesatia ou Elesatia
(Alsace), dont le nom parait venir de la
rivière d'Ill ou Ell, que les anciens appelaient quelquefois Alsa[276]. Plusieurs
des régions désignées sous ces noms nouveaux formèrent les duchés de la
période mérovingienne. La Campania constituait un ducatus, dans
lequel entrèrent les cités orientales de la Belgica Secunda, c'est-à-dire les
territoires de Reims, de Laon et de Châlons-sur-Marne. L'Alesatia, qui
comprenait les civitates de Spire, de Strasbourg, et même une partie
de celle de Basle, détachée de la Maxima Sequanorum, fut également
placée sous les ordres d'un duc, lequel se trouva remplacer le comes
du tractus Argentoratensis. La Provincia Massiliensis,
propriété des rois d'Austrasie, forma aussi un véritable ducatus, bien
que le fonctionnaire qui la gouvernait portât, comme nous l'avons vu, le
titre de rector ou de prœfectus[277]. D'autres
ducs administraient des territoires représentant sinon une des anciennes
provinces tout entière, au moins une partie considérable de cette province.
C'est ainsi qu'il y avait à Vesontio (Besançon) un duc, qui gouvernait la
Maxima Sequanorum[278]. C'est ainsi que l'on voyait à
Metz un autre duc, dont l'autorité s'étendait, probablement, sur les cités de
Metz, de Toul, de Verdun, et peut-être même de Trèves, c'est-à-dire sur toute
la Belgica Prima[279]. Il y avait aussi un ducatus
Germaniœ[280], lequel comprenait la Germania
Secunda, et peut-être les deux cités septentrionales de la Germania Prima. Certains
duchés étaient, comme nous en avons fait la remarque, des créations
temporaires, sujettes à de fréquents changements. Tel était le ducatus
Dentelini, dont nous avons tâché d'éclaircir les origines dans une note
du présent volume[281]. Tel était un autre ducatus
formé par Childebert Ier et composé des cités d'Usez, de Rhodez et de
Clermont[282]. C'est ainsi encore que le même
prince organisa un troisième ducatus avec toutes les civitates
qu'il possédait au-delà de la Garonne[283], et que les civitates de
Tours et de Poitiers, appartenant l'une à la Lugdunensis Tertia,
l'autre à Aquitania Secunda, composaient un quatrième duché[284]. Enfin,
on pourrait ranger dans une dernière classe les quatre duchés habités par les
peuples germains qui reconnaissaient la suprématie des rois Francs. Ces
duchés étaient le ducatus Thuringorum, le ducatus Bajuvariorum,
le ducatus Alamannorum[285], et la Rhœtia, qui passa
des Ostrogoths aux Francs, et dont le gouverneur porta, pendant longtemps, le
titre de prœses, et non celui de dux, sans doute parce que, ce
pays ne faisant pas partie des territoires cédés régulièrement par les
empereurs aux Mérovingiens, ceux-ci ne se crurent pas permis de changer les
formes de l'administration romaine. Les
historiens du VIe siècle ne nous apprennent pas si les ducs avaient un
costume particulier, indiquant leur dignité ; mais Grégoire de Tours dit
qu'ils faisaient porter devant eux des signa et des vexilla[286] : usage emprunté aux Romains,
chez lesquels les magistrats employaient le même moyen pour montrer quels
étaient les honores dont ils étaient revêtus ; et il est bon de rappeler ici
que Grégoire de Tours, à l'exemple des écrivains latins, se sert des mots honores
et honorati pour désigner les fonctions publiques et ceux à qui on les
avait confiées[287]. Il
parait que tous les ducs n'étaient pas de la même classe, ou que, du moins,
le souverain pouvait élever les uns au-dessus des autres. Frédégaire, parlant
d'un leude nommé Arimbertus, qui remplaça le référendaire Chadoindus dans la
conduite de l'armée envoyée contre les Wascones, le qualifie dux
maximus[288], parce qu'il avait sous ses
ordres plusieurs autres ducs. Bien
que le nombre des duchés fût assez considérable, la Gaule n'était pas
entièrement répartie entre une certaine quantité de territoires gouvernés par
des duces. Beaucoup de civitates avaient une existence indépendante,
et par conséquent les corriges ou comtes, qui les administraient,
correspondaient directement avec les ministres. Il semble même résulter d'un
passage de Frédégaire que l'on voyait dans les armées des comtes qui n'obéissaient
pas aux ducs[289], et les auteurs de l'Art
de vérifier les dates[290] pensent que plusieurs comtes
avaient une autorité supérieure à celle de certains ducs, et que parfois ces
derniers échangeaient leur titre contre celui de comes ; assertion
qu'il est difficile d'admettre d'une manière générale et absolue, à moins que
les savants bénédictins n'aient voulu dire que des ducs ont abandonné leur
position pour devenir comites palatii ou comites stabuli ; ce
qui s'explique quand on considère que les emplois de ces dignitaires avaient
une grande importance. Ce
n'était pas seulement dans les ducatus ou provinces que le pouvoir
civil et le pouvoir militaire avaient été concentrés dans les mêmes mains.
Les comtes, qui gouvernaient les civitates ou cités, comme pendant la
période impériale, avaient joint à l'autorité civile, dont jouissaient leurs
prédécesseurs, plusieurs attributions que ceux-ci n'avaient pas, c'est-à-dire
le commandement militaire dans les limites de la civitas, la perception
des impôts et le droit de rendre la justice[291] ; et une pareille confusion
était toute naturelle, puisque les rois Francs, dont les ducs et les comtes
étaient les délégués, réunissaient dans leur personne, comme lieutenants des
empereurs, l'autorité du préfet du prétoire et celle du maître de la milice.
On peut même ajouter que cette concentration des pouvoirs fut imposée aux
empereurs eux-mêmes par la force des choses, et que très-souvent dans
l'Empire, comme dans les royaumes des Barbares fédérés, on vit les comtes
administrer, juger, lever les contributions et commander les troupes[292]. Il y en
avait un dans chaque civitas[293], et, à cause du nombre et de la
variété de ses fonctions, on le trouve désigné tantôt sous le titre de comes,
tantôt sous celui de judex ou judex fiscalis, parfois même par
le nom barbare de grafio[294], qui avait à peu près la même
signification que le mot comte. Le comes
s'occupait seul de l'administration proprement dite et ne se déchargeait
ordinairement sur personne du commandement militaire ; mais il se bornait à
surveiller la rentrée des impôts, et il confiait quelquefois à des substituts
le soin de rendre la justice[295]. Du reste, il connaissait, par
lui-même ou par son représentant, de la plupart des causes civiles et de
toutes les causes criminelles[296]. La curie fut ainsi déchargée
d'une partie de ses anciennes attributions, et elle fut bien plus soulagée
encore par la décision qui avait remis au comes la levée des
impositions. Il
semble résulter d'une formule de Marculf que ce fonctionnaire était obligé de
se rendre lui-même dans le lieu où résidait le souverain, pour verser dans la
caisse du ministre des finances le produit de l'impôt levé sur les habitants
de la civitas[297] ; mais il est évident qu'il ne
pouvait quitter, chaque année, le pays qu'il gouvernait pour aller faire un
pareil versement, souvent à une distance très-considérable. Il est probable,
d'ailleurs, qu'une partie des sommes recueillies par ce fonctionnaire servait
à acquitter sur place les dépenses qui devaient être effectuées dans
l'intérieur de la civitas ; et on voit, par un récit de Grégoire de
Tours[298], que les tribuni, dont
nous parlerons plus loin, étaient parfois chargés d'aller opérer les
versements en question. Le
comte avait donc hérité d'une partie des attributions de la curie, et c'est à
raison de cette circonstance que la charge de comes a été désignée par
le mot municipatus ou municipatum[299]. On s'est demandé si les comtes
n'avaient pas également réuni dans leurs mains les fonctions qui
appartenaient précédemment aux curatores reipublicœ ; mais on n'a pu
répondre à cette question, et il est présumable que l'emploi de curator
avait été définitivement aboli, d'autant plus que les rois d'Austrasie
avaient pris quelques précautions pour en rendre la suppression moins
dangereuse, et avaient notamment défendu aux comtes et à leurs délégués de
recevoir des présents de ceux qui comparaissaient devant leur tribunal[300]. On peut
dire, en thèse générale, que la nomination des comtes appartenait au roi ;
cependant, le prince consentait quelquefois à ce que ce magistrat fût élu par
le peuple de la civitas. Grégoire de Tours en cite un exemple
remarquable[301], et lorsque, au Ville siècle,
Dagobert donna à la Loi des Alamanni sa forme définitive, il prescrivit de
consulter le peuple sur le choix des hommes qui devaient te gouverner et
rendre la justice[302]. Grégoire
de Tours, qui nous apprend que les ducs faisaient porter devant eux des signa
et des vexilla, comme insignes de leur dignité, ne nous dit pas que
les comtes eussent un pareil privilège ; mais plusieurs documents prouvent
que ces magistrats étaient accompagnés, lorsqu'ils exerçaient leurs
fonctions, d'un certain nombre de licteurs, portant des haches et des
faisceaux de verges, comme dans l'Antiquité, et chargés d'exécuter les
jugements que les comtes prononçaient contre les malfaiteurs[303]. Outre
les délégués auxquels les comices confiaient le soin de rendre la justice
dans le chef-lieu de la cité et de lever les impôts, il existait des
magistrats d'un rang inférieur, qui administraient, sous leur direction et
leur contrôle[304], les différentes subdivisions
de la civitas. Ces subdivisions portaient pendant la période
mérovingienne, comme à l'époque gallo-romaine, le nom de pagi[305]. A la vérité, ce mot n'est pas
constamment employé avec la même acception dans Grégoire de Tours et dans
Frédégaire[306]. Tantôt il désigne une civitas
tout entière, tantôt une subdivision de la civitas, et parfois même
une partie de cette subdivision. Mais il ne faut pas se laisser arrêter par
ces manières de parler, qui n'avaient rien d'officiel, et, dans la langue de
l'administration, le pagus était toujours un des arrondissements, si l'on
peut employer cette expression, entre lesquels la civitas était
partagée. Les arguments que l'on a récemment produits pour démontrer que
cette ancienne division de la civitas était oubliée, sous les
Mérovingiens, n'ont aucune valeur. Les savants continuent à employer le mot
pagus pour désigner la subdivision administrative de la cité, et ils y
ajoutent seulement l'épithète de minor, pour bien distinguer l'arrondissement
de la cité elle-même, qu'ils appellent quelquefois pagus major. Nous
nous bornerons à citer, comme preuve de la vérité de notre assertion, 1° un
passage de l'historien des Francs[307], où il est parlé du
gallo-romain Animodus, qui remplissait les fonctions de vicarius dans
un des pagi de la civitas de Tours ; et 2° trois tiers de sou, sur
lesquels on distingue les légendes suivantes, rappelant quelques pagi
mérovingiens : BIAENATE PAGO, BRIENNONE PAGO, VELOCASSINO PAGO[308]. Une des
raisons qui ont engagé un érudit contemporain à soutenir que, au VIe siècle,
le pagus ne constituait plus une division administrative, et que le mot pagus
était toujours employé dans le sens vague de pays ou de région, est bien
certainement la variation que l'on remarque dans l'étendue de ces espèces
d'arrondissements et dans les noms qui servaient à les désigner. Nous
accorderons volontiers que les limites et la grandeur des pagi ont
considérablement varié du Ve au VIIIe siècle. Il y avait, en général, autant
de ces arrondissements que de villes ou de vici dans une civitas,
et, si l'on tient compte de l'accroissement ou de la décadence de ces
chefs-lieux secondaires, on comprend facilement que le nombre et la
configuration des pagi ont dû subir quelques modifications. Cette
instabilité parait moins étonnante encore quand on songe aux continuels
remaniements territoriaux des états modernes. D'ailleurs, la difficulté que
les historiens et les géographes éprouvent à tracer aujourd'hui les limites
des subdivisions administratives de la Gaule tient moins encore à leurs
variations, qu'à la pénurie des documents remontant à l'époque mérovingienne.
Si l'on s'en éloigne d'un siècle seulement ; que l'on descende à la période
carlovingienne, laquelle nous a laissé une grande quantité de diplômes et de
renseignements de toute nature ; que l'on place sur la carte d'une civitas
ou d'un diocèse d'une étendue convenable — celui de Toul ou celui de Metz,
par exemple — les noms de lieux fournis par les documents contemporains, et
que l'on trace ensuite les limites des pagi, on reconnaîtra immédiatement
qu'ils formaient des circonscriptions d'une superficie à peu près égale, au
nombre de huit ou dix, et dont la plupart avaient la dimension de nos
arrondissements. Ce
n'est pas seulement sur le nom et l'étendue des subdivisions de la civitas
qu'il y a eu des discussions entre les savants ; ils se sont également
trouvés en désaccord relativement aux magistrats qui administraient les
subdivisions dont il s'agit. Hontheim[309] et M. le Huërou[310] ont soutenu qu'il y avait des comites
dans certains pagi, et le dernier de ces deux historiens cite, à l'appui de
son opinion, 1° un passage de Grégoire de Tours[311] mentionnant le comes
Dunensis castri, et 2° un endroit de la vie de saint Dalmatius[312], où il est parlé du comes
Brivatensis vici ; citations auxquelles M. le Huërou aurait pu joindre un
fragment de Frédégaire[313], dans lequel se trouve rappelé Ænovalus
comes Sogiontensis, c'est-à-dire comte du pagus Segintensis. Mais
ces trois exemples n'ont rien de démonstratif. En effet, 1° la civitas
de Chartres avait été partagée entre les rois de Neustrie et d'Austrasie ; le
castrum Dunense était devenu le chef-lieu de la portion appartenant au
dernier, et ce prince, qui voulut même y installer un évêque, malgré
l'opposition du prélat diocésain, dut tout naturellement y établir aussi un
comte ; 2° et 3° les administrateurs des pagi Brivatensis et Segintensis
n'ont bien certainement reçu le titre de comes que d'une manière vague,
et comme synonyme de celui de vice-comes qu'on donnait souvent aux vicarii
dans l'usage ordinaire, mais qui n'avait rien d'officiel. C'est ainsi que,
dans la vie de saint Maximinus abbé de Micy, il est fait mention du vice-comes
Aurelianensis[314] ; c'est ainsi encore que, dans
Grégoire de Tours[315], les vicarii sont
désignés sous le nom de judices loci, expression qui équivaut à celle
de judices pagi, car les mots pagus et locus s'emploient fréquemment
l'un pour l'autre[316]. Le
véritable titre de ces magistrats était celui de vicarius. On le
trouve non seulement dans Grégoire de Tours[317], mais encore dans plusieurs
diplômes[318], et même sur une inscription
tumulaire découverte à Trèves[319]. Le
payas n'était pas la seule division de la civitas ; il se partageait
lui-même en un certain nombre de centenœ ou centaines. Plusieurs
savants ont attribué à cette subdivision une origine germanique, parce qu'ils
n'en ont rencontré aucune trace dans les Codes Théodosien et Justinien[320]. M. de Pétigny a donné de
curieux détails sur l'institution dont il s'agit[321] ; mais il n'entre pas dans
notre plan de les reproduire ici, et nous dirons seulement que la centena,
principalement établie pour assurer le maintien de l'ordre et la sécurité
dans les campagnes, était primitivement un assemblage de cent chefs de
famille, constituant une sorte de communauté. Il est
évident que ce nombre ne resta pas longtemps le même, et que beaucoup de
centaines virent augmenter leur population, tandis que celle des autres
diminuait plus ou moins ; du reste, elles avaient, il n'y a pas à en douter,
une superficie déterminée et invariable ; sans quoi, et si la centena
avait dû renfermer toujours précisément cent chefs de famille, il aurait
fallu en changer sans cesse les limites, à cause du mouvement continuel de la
population. Cette organisation, toute vicieuse qu'elle nous paraisse, était
fortement constituée ; elle traversa les âges et les révolutions, et on en
retrouve bien des traces en Austrasie jusqu'au XIVe siècle[322]. Le
magistrat subalterne qui administrait la centena se nommait centenarius
ou centenier. Une de ses principales fonctions était de poursuivre et
d'arrêter les individus qui avaient commis un crime ou troublé la paix
publique, et les membres de la centaine étaient tenus de lui prêter
main-forte, lorsqu'ils en étaient requis. En cas de refus, ils étaient
condamnés à une amende de soixante solidi aurei. La centaine était
responsable du vol commis sur son territoire, lorsqu'on n'avait pas
appréhendé le voleur et saisi le corps du délit, et le causator
ou accusateur public pouvait, à cet effet, actionner à-la-fois la centaine et
le centenier[323]. On tenait tellement à réprimer
les brigandages, que ce dernier était autorisé à poursuivre les délinquants
sur le territoire des centaines voisines[324], et que Clotaire II permit aux
centeniers austrasiens de pénétrer, dans ce but, en Neustrie, sauf la
réciprocité[325]. On a
soutenu récemment[326] que chaque centenarius
ou tunginus — car les Francs donnaient ce nom aux magistrats dont il
s'agit — avait sous ses ordres non seulement dix decani, mais encore
d'autres officiers subalternes. Nous n'avons découvert dans les monuments
historiques du VIe siècle et du VIIe aucune trace de l'existence des decani
; cependant, nous reconnaissons qu'en Angleterre, ce pays où rien ne
s'oublie, on retrouve encore quelque chose d'analogue, puisque le comté (shire) se divise en centaines, et que
la centaine (hundred)
comprend dix cantons, dont chacun porte le titre de dizaine ou tithing. Nous
reconnaissons aussi que la centena mérovingienne renfermait plusieurs
fines ou territoires, bien distincts, quoique limitrophes. Si on s'en
rapportait à divers historiens modernes, que leur imagination emporte
fréquemment au-delà de toutes les bornes, on se représenterait la Gaule du
Vie siècle comme un pays couvert de forêts et de marécages, sans routes,
presque complètement privé de son ancienne population, et parcouru par
quelques bandes de barbares, peu différents des sauvages de l'Amérique du
nord, et qui auraient cependant, chose difficile à comprendre, fondé la
monarchie française. Mais ce tableau de fantaisie s'efface et disparaît
devant un examen impartial et approfondi des monuments historiques ; et on
voit, au contraire, que la Gaule possédait alors une population nombreuse ;
que ses routes étaient entretenues, ses campagnes bien cultivées ; que les
terres en friche n'étaient pas en aussi grande quantité qu'on le pense ; que
les petites divisions administratives et les propriétés les moins considérables
étaient parfaitement connues et délimitées. Nous tirons une des preuves de
cette dernière assertion du nom même que portaient les subdivisions de la
centaine. Les mots finis et marca ou marchia, qui, le
premier dans la majeure partie de la Gaule, le second dans les provinces
voisines du Rhin[327], signifiaient d'abord la limite
d'un territoire, étaient devenus synonymes de territorium[328]. La finis a donné
naissance au village moderne[329]. C'était une circonscription,
plus ou moins vaste, dans laquelle se trouvaient des villœ et des manses
(mansi), ordinairement isolés. Peu à
peu les maisons se rapprochèrent et se groupèrent pour la sûreté commune de
leurs habitants. Mais cette agglomération n'eut même pas lieu partout, et
dans plusieurs cantons, notamment dans les Vosges, l'état de choses primitif
subsiste encore. Dans ces montagnes, la commune est un vaste territoire, sur
lequel les maisons sont éparpillées, souvent à de grandes distances l'une de
l'autre ; et au centre on rencontre l'église, le presbytère, le cimetière, la
mairie et deux ou trois habitations particulières. Au reste, sous les
Mérovingiens, comme de nos jours, on ne s'astreignait pas à une grande
exactitude d'expression, et on employait quelquefois, mais seulement dans le
langage ordinaire, le mot villa pour désigner, non pas une maison de campagne
plus ou moins somptueuse, mais un territoire, une finis, renfermant un
certain nombre de manses[330]. Grégoire de Tours a attaché ce
sens au mot dont nous parlons lorsqu'il a écrit : Dum enim (Viliogundis), cum religuis puellulis, per
stratas villœ, ludum exercendo, diseurreret[331] ; et c'est aussi avec la même
acception que le mot villa a été employé dans un édit célèbre par Childebert,
fils de Clovis[332]. Le
nombre des centenœ et des fines que les documents nous font
connaître n'est pas très-considérable absolument ; mais il l'est
relativement, et quand on voit combien de lieux Grégoire de Tours mentionne
dans les civitates des Turones et des Arverni[333] ; quand on se rappelle les
centaines voisines de la seule ville de Verdun[334] ; quand on songe à la multitude
des ville et des fines nommées sur les monnaies mérovingiennes, dans les
testaments de saint Remy[335], du diacre Adalgise[336] et d'autres personnages, dans
certains diplômes royaux[337], et dans les plus anciennes
chartes de l'abbaye de Gorze[338], on reste persuadé que les
campagnes, loin de présenter l'image de la solitude et de l'abandon, étaient,
au contraire, florissantes et bien cultivées. Ce
serait peut-être ici le lieu de rechercher si la finis, que nous regardons
comme distincte de la dizaine, avait une administration particulière, et si
l'on trouvait dans chacune de ces circonscriptions un magistrat civil, un
prêtre, une basilique et un cimetière. Les, documents nous manquent pour
résoudre cette question ; toutefois, le silence absolu des historiens, des hagiographes
et des diplômes au sujet des magistrats subalternes qui auraient régi les
fines nous porte à croire qu'elles ne possédaient pas une administration
civile séparée[339], et que plusieurs d'entr'elles
étaient placées sous les ordres d'un centenarius ; de même que, sous
l'empire de la constitution directoriale, il n'y avait qu'une seule
municipalité, dans chaque canton. D'un autre côté, les cimetières ruraux de
la période mérovingienne, que l'on a fouillés, et que l'on fouille encore
tous les jours, sont extrêmement vastes, et l'on en a conclu que le nombre
des paroisses rurales était encore bien peu considérable. La grande étendue
de ces divisions ecclésiastiques est, d'ailleurs, démontrée par une foule de
titres anciens, qu'il est impossible de rappeler ici, et notamment par un
document étranger à l'Austrasie quant à son origine, niais qui n'en est pas
moins digne d'attention. Il s'agit d'un prœceptum par lequel saint
Aunacharius, évêque d'Auxerre pendant la seconde moitié du VIe siècle,
introduisit dans son diocèse les prières des Rogations. Or, il résulte de
cette pièce que le diocèse d'Auxerre ne comptait que trente-sept paroisses
rurales ; mais les noms de la plupart de ces paroisses sont suivis des mots cum
suis, qui paraissent désigner les lieux ou fines dépendant de
chacune d'elles[340]. L'histoire, qui nous a conservé tant de renseignements sur les fonctionnaires de tout rang, depuis le patrice et le duc jusqu'au simple centenier, ne nous apprend pas de quelle manière le prince rétribuait leurs services. L'analogie et d'autres raisons encore nous font présumer qu'ils recevaient un traitement en numéraire, comme les magistrats romains qu'ils avaient remplacés. Cependant, rien ne l'établit positivement, et plusieurs historiens ont pensé que les rois accordaient à leurs officiers des bénéfices, c'est-à-dire la jouissance de biens domaniaux, que trop souvent les enfants des fonctionnaires considéraient comme un patrimoine, et dont la perte finit par appauvrir l'état[341]. Ces historiens ont fait observer qu'une pareille manière de rétribuer les fonctions publiques n'avait pas été inconnue aux Romains[342], et ils ont cité, à l'appui de leur opinion, un diplôme de Childebert III, en faveur de l'abbaye de Saint-Denys, et où il est question de la villa Latiniacum, dont les maires du palais Ebroïn, Waratio et Gislemare avaient joui successivement, et qui ensuite était retournée au fisc[343]. On a aussi rappelé que la villa domaniale appelée Vernum s'était d'abord trouvée entre les mains d'Ebroïn, puis entre celles de Grimoald, fils de Pépin d'Héristal, et qui fut aussi maire du palais de Neustrie[344]. Mais la transmission de ces domaines peut s'expliquer également par les fréquentes révolutions qui eurent lieu dans le dernier tiers du VIIe siècle, et par les confiscations dont elles furent suivies. |
[1]
Jornandès, De rebus Geticis, c. 28.
[2]
Contre les détracteurs de la vie monastique, III, édit. Montfaucon, t.
I, p. 84 D.
[3]
V. De gloria Confessorum, c. 63.
[4]
V. notamment l'épître 15 du livre XII. On rencontre même dans Grégoire de Tours
(Hist. Franc., lib. I, c. 8) l'épithète païenne de divas appliquée à un
des fils de Théodose (divus Honorius).
[5]
V. cette lettre, dans Du Chesne, t. I, p. 852 et 853.
[6]
V. M. de Pétigny, Etudes sur l'époque mérovingienne, t. II, p. 433 et
434.
[7]
V. deux de ces lettres dans Du Chesne, t. I, p. 866.
[8]
V. différentes lettres dans Du Chesne, t. I, p. 866, 867, 874 et 878.
[9]
V. ibid., p. 873.
[10]
V. ibid., p. 872.
[11]
V. ibid., p. 867.
[12]
V. ibid., p. 868-870 et 873.
[13]
V. Carmina, lib. VI, 1, édit. Brower, p. 136.
[14]
V. ibid., supplem., 2, même édit., p. 347 et suiv.
[15]
V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. III, c. 33.
[16]
V. ibid., lib. V, c. 37.
[17]
V. ibid., lib. VI, c. 2.
[18]
V. Historia Remensis ecclasiœ, lib. I, c. 25.
[19]
V. ibid., lib. X, c. 2.
[20]
V. la lettre, dans Du Chesne, t. I, p. 866.
[21]
V. cette lettre, ibid.
[22]
V. une lettre de Childebert à Athanagild, ibid., p. 867.
[23]
V. une lettre de Brunehaut à l'impératrice Anastasie, et une lettre de
Childebert au patriarche Jean-le-Jeûneur, ibid., p. 867 et 868.
[24]
V. ces lettres, ibid., p. 868 et 869.
[25]
V. ibid., p. 872 et 873.
[26]
V. notamment lib. XI, 8 et 9.
[27]
V. Histoire des institutions mérovingiennes, par M. le Huérou, p. 231.
[28]
C'est ce qu'exprime Jornandès, dans un passage de la préface du livre intitulé
: De regnorum ac temporum successione.
[29]
V. la lettre de saint Nicetius, dans Du Chesne, t. I, p. 852 et 855.
[30]
V. lib. L, tit. XV,
fr. 8.
[31]
V. ces lettres, dans Du Chesne, passim.
[32]
V. Vita sancti Juniani, abbatis Mariacensis, n° 10, dans les
Bollandistes, au 13 août. V. aussi Vita sancti Droctovei, abbatis basilicœ
Sancti Vincentii, n° 10, ibid., au 10 mars.
[33]
V. Sancti Gregorii Magni Epistolœ, lib. V, 6.
[34]
V. Vita s. Mauri, auctore Fausto, n° 54, dans les Bollandistes, au 15
janvier ; Vita s. Juniani, n° 8, ibid., au 15 août.
[35]
V. Vita sancti Betharii, episcopi Carnotentis, ibid., au 2 août.
[36]
V. Vita sancti Carilefi, abbatis Anisotensis, auctore Siviardo, n° 15,
dans Mabillon, Acta ss., sæc. I.
[37]
V. Vita (secunda) sancti Medardi, Suessionensis episcopi, n° 13, dans
les Bollandistes, au 8 juin. Cet opuscule n'a été composé qu'au IXe siècle. Le
biographe de saint Jean de Réomé (v. Vita sancti Joannis, abbatis Reomaensis,
dans Mabillon, Acta ss., sæc. I) et l'auteur des Translationes et
miracula sancti Joannis (v. ibid.) semblent même insinuer que les
successeurs de Clovis ne reconnaissaient pas l'autorité des empereurs ; mais
différentes circonstances, notamment l'emploi de l'épithète christianissimi
appliquée à Clotaire Ier et à son frère Childebert par le dernier de ces deux
écrivains (v. n° 41), nous font penser qu'ils ne sont pas aussi anciens que le
croyait Mabillon.
[38]
V. Hist. Franc., lib. IV, c. 39, lib. V, c. 19 et 31, lib. VI, c. 30.
[39]
V. Chronic., c. 23.
[40]
V. Du Chesne, t. I, p. 514.
[41]
V. le Correspondant, juin 1858, p. 301 et 303. Deux de ces inscriptions
ont été découvertes à Briord, près de Belley.
[42]
Ce consul était l'empereur Justinien lui-même. V. Pardessus, Diplomata,
t. I, p. 83.
[43]
V. Vita sancti Theofredi, abbatis Calmeliacensis, n° 1, dans Mabillon, Acta
ss., sæc. III, part. I.
[44]
V. Vita et passio sancti Placidi, prolog., dans Mabillon, ibid.,
sæc. I.
[45]
N° 550.
[46]
Elle a été récemment publiée, par M. E. de Rosière, dans la Bibliothèque de
l'école des chartes, 3e série, t. IV, p. 470.
[47]
V. les extraits de Ménandre, dans Bouquet, t. II, p. 72, ou dans les Excerpta
de legationibus, édit. du Louvre, p. 110.
[48]
V. Vita sancti Germani, episcopi Autissiodorensis, auctore Constantio,
lib. Il, c. 5, dans les Bollandistes, au 31 juillet.
[49]
V. De la signification du mot regnum dans quelques historiens du Bas-Empire,
surtout dans ceux qui ont écrit de la Monarchie Françoise, par l'abbé de
Vertot, dans les Mém. de l'acad. des inscr., 1re série, t. I, Hist., p.
162 et suiv.
[50]
V. Du Cange, Glossar., v° Regnum.
[51]
V. Vita sancti Vedasti, Atrebatensis episcopi, dans les Bollandistes, au
6 février.
[52]
V. Vita sancti Walarici, abbatis, dans Mabillon, Acta ss., sæc.
II.
[53]
V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. II, c. 40. V. aussi Marculf, Formulœ,
lib. I, n° 24.
[54]
Nous voyons dans Grégoire de Tours (ibid., lib. VIII, c. 22) Childebert
Ier réunir de nouveau au fisc royal les riches domaines dont il avait gratifié
le leude Wandelinus.
[55]
Nous avons rapporté, d'après Frédégaire (Greg. Tur., Hist. Franc. epitomata,
c. 58), la réponse de Chrodinus aux seigneurs austrasiens, qui lui offraient la
régence, pendant la minorité de Childebert Ier. — V. aussi la Lex
Bajuvariorum, tit. II,
c. 8, art. 1.
[56]
V. Pandectes, lib. XLVIII, tit. IV, Ad legem Juliam majestatis ; lib. XLIX, tit. XVI, De re militari
; Code Justinien, lib. XII, tit. XXXVI. Citons seulement, pour exemple, deux
fragments des Pandectes. —Lib. XLVIII, tit. IV, fr. 11. — Lib. XLIX, tit. XVI, fr.
3, n° 15.
[57]
V. Hist. Franc., lib. IX, c. 13.
[58]
V. Epistolœ, lib. V, 6.
[59]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib, V, c. 19.
[60]
V. Tacite, Germania, n° 12.
[61]
V. Lex Ripuariorum, tit. VII.
[62]
V. ibid., tit. XI
et LIII.
[63]
V. ibid., tit. LXXIII.
[64]
V. ibid., tit. LXIX,
art. 1.
[65]
V. ibid., tit. LXV,
art. 3.
[66]
V. M. Naudet, De l'état des personnes en France sous les rois de la première
race, dans les Mém. de l'académie des inscriptions, 2e série, t.
VIII, p. 503.
[67]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. IX, c. 27.
[68]
V. Sirmond, Concilia antiqua Gallica, t. I, p. 177.
[69]
V. notamment Frédégaire, Chronic., c. 21.
[70]
V. la Notitia Imperii ; Code Justinien, lib. I, tit. XXIX, c. 1.
[71]
V. notamment Hist. Franc., lib. V, c. 33.
[72]
Dans Du Chesne, t. I, p. 216.
[73]
Dans les Bollandistes, au 11 janvier.
[74]
V. Vita sancti Sulpicii Pii, episcopi Bituricensis, auctore anonymo fere
coœvo, lib. I, n° 9, dans Mabillon, Acta ss., sæc. 11.
[75]
V. Vita sancti Prœjecti, Arvernoram episcopi, dans les Bollandistes, au
25 janvier.
[76]
V. Vita sancti Boniti, Arvernorum episcopi, ibid., au 15 janvier.
[77]
V. art. 3, 7 et 16, dans Pardessus, Diplomata, t. I, p. 195-197.
[78]
V. Gesta regum, dans Du Chesne, t. I, p. 695.
[79]
V. la lettre de Théodoric à Gemellus, vicaire du préfet du prétoire des Gaules,
dans Cassiodore, Epistolœ, lib. III, 16.
[80]
V. Vita sancti Maximini, confessoris, dans Du Chesne, t. I, p. 531.
[81]
V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. III,
c. 14.
[82]
V. Vita sancti Sigismundi, Burgundionum regis. N° 10, dans les
Bollandistes, au 1er mai.
[83]
V. Vita sancti Mauri, abbatis, dans les Bollandistes, au 15 janvier, ou
dans Du Chesne, t. I, p. 541. L'expression monarchia principatus est
aussi employée, pour désigner le royaume de Clovis, dans la vie de saint
Chlodoaldus (saint Cloud), fils de Clodomir. V. Vita sancti Chlodoaldi,
presbyteri, dans les Bollandistes, au 7 septembre.
[84]
V. Vita sancti Droctovei, abbatis basilicœ Sancti-Vincentii, n° 12, dans
les Bollandistes, au 10 mars.
[85]
V. Grégoire do Tours, ibid., lib. VIII, c. 2.
[86]
V. cette constitutio, dans Pardessus, t. I, p, 120-122.
[87]
V. Vita sancti Arnulfi, episcopi Metensis, auctore monacho anonymo coœvo,
n° 16, dans Mabillon, Acta ss., sæc. II.
[88]
V. Vita sancti Desiderii, Cadurcensis episcopi, auctore anonymo fere coœvo,
c. 3, dans Bouquet, t. III, p. 528.
[89]
V. Miracula et translatio sancti Martini, abbatis Vertavensis, n° 6,
dans Mabillon, Acta ss., sæc. I. On lit Rex Dagobertus Francorum, et
Romani populi princeps, dans le manuscrit d'après lequel Du Chesne a donné
un extrait de la vie de saint Martin (v. t. I, p. 655). Nous ne savons quelle
est la meilleure des deux leçons. L'auteur de ce petit livre est un peu récent,
mais il a écrit d'après une relation ancienne, composée par l'archidiacre
Siginus.
[90]
V. n° 23, dans Du Chesne, t. I, p. 579.
[91]
V. cet acte, dans Pardessus, Diplomata, t. II, p. 10-12.
[92]
V. Vita sancti Baboleni, abbatis, dans les Bollandistes, au 26 juin.
[93]
V. Vita sancti Prœjecti, Arvernorum episcopi, ibid., au 25 janvier.
[94]
V. ce diplôme, dans Calmet, Hist. de Lorr., édit., t. I, preuv., col.
258 et 259. Ces deux mots se trouvent déjà réunis de la même manière (a
regibus et principibus) dans un diplôme de saint Germain, évêque de Paris ;
v. Pardessus, t. I, p. 128.
[95]
V. ces diplômes, dans Pardessus, ibid., t. II, p. 189, 190, 196 et 197.
[96]
V. cette lettre (elle porte le n° 105), dans la Maxima bibliotheca veterum
Patrum, t. XIII, p. 114.
[97]
Cette espèce d'usurpation n'eut lieu que graduellement et avec prudence. On
sait que jusqu'à Leuvigild les rois des Wisigoths fédérés n'osèrent porter ni
le manteau royal, ni le sceptre, ni la couronne.
[98]
V. la note XVIII, à la fin du volume.
[99]
V. cette lettre, dans Du Chesne, t. I, p. 864.
[100]
V. Carmina, lib. VII, 16.
[101]
V. Vita sancti Mauri, abbatis, auctore Fausto, dans les Bollandistes, au
15 janvier.
[102]
V. Du Cange, Glossarium, v° Zeta.
[103]
V. Histoire de saint Léger, évêque d'Autun, par le cardinal Pitra, p.
14. Le docte cardinal n'a guère fait que traduire ici la description d'un
palais des rois Francs, que l'on trouve dans le Chartarium Farfense, et
que Mabillon a publiée dans sa Diplomatique (y. Supplément, p. 50). Il
est bon de faire observer que le mot publica, ordinairement employé pour
qualifier une maison royale, ne veut pas dire que chacun y pouvait librement
entrer et séjourner. Cette épithète, que Nerva avait fait placer sur le palais
des empereurs à Rome (v. Pline, Panegyricus Trajani, n° 47-49), et que
les Mérovingiens affectaient d'employer également, n'était plus qu'une formule.
Les empereurs avaient fini par introduire dans leur palais une étiquette tout
orientale ; Justinien inséra dans le code qui porte son nom (v. lib. XI, tit. LXXVI, c. 1) une
constitution ayant pour objet d'augmenter le respect que l'on devait avoir pour
les résidences impériales, et nous ne doutons pas que les Mérovingiens n'aient
appliqué à leurs propres demeures la disposition dont il s'agit.
[104]
V. Hist. Franc., lib. X, c. 18.
[105]
V. ibid., lib. VIII, c. 36.
[106]
V. idem, ibid., lib. V, c. 18.
[107]
V. Vita sanctœ Consortiœ, virginis, dans Mabillon, Acta ss., sæc.
I.
[108]
V. Vita sancti Juniani, abbatis Mariacensis, n° 10, dans les
Bollandistes, au 15 août. Nous omettons à dessein quelques autres citations.
[109]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. V, c. 35.
[110]
V. Vita sancti Desiderii, Cadurcensis episcopi auctore anonymo fere coœtaneo,
c. 5, dans Bouquet, t. III, p. 528.
[111]
V. Miracula et translatio sancti Martini, abbatis Pertavensis, n° 8,
dans Mabillon, Acta ss., sæc. I.
[112]
V. Schœpflin, Alsatia illustrata, t. I, p. 797 et 798, et pl. I
d'antiquités franques, n° 1.
[113]
V. n° 13, dans Du Chesne, t. I, p. 576.
[114]
V. Deutsche Rechstalterthümer, p. 262.
[115]
Les auteurs de l'Histoire de Metz (v. t. I, p. 411) ont mentionné cette
curieuse découverte d'après un procès-verbal contemporain, que l'on conservait
en copie dans les archives de l'abbaye (Cette copie, qui ne remonte pas au-delà
du XVIIe siècle, se trouve maintenant dans les archives du département de la
Moselle, fonds H, 1, h, abbaye de Saint-Arnould). Au nombre des
cercueils découverts en 1239 se trouvaient ceux de quatre petits enfants, qui
avaient été soigneusement enveloppés dans des pièces de fin lin (bisso).
Le rédacteur du procès-verbal fait observer que les chevelures des princesses
descendaient jusqu'à leurs genoux.
[116]
V. aussi Code Théodosien, lib. X, tit. XIV, c. 2.
[117]
V. Du Cange, Glossarium, v° Miles, Militare, Milites et Militia.
[118]
V. Vita sancti Licinii, Andecavorum episcopi, dans les Bollandistes, au
15 février.
[119]
V. Vita sancti Valentini, presbyteri, ibid., au 4 juillet.
[120]
V. Vita sancti Aredii, Lemovicensis abbatis, ibid., au 25 août.
[121]
V. Vita sancti Hermenlandi, abbatis, n° 3 et 5, dans Mabillon, Acta
ss., sæc. III, part. I.
[122]
V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. X, c. 29.
[123]
D'après Grégoire de Tours, le patrice Mummolus et même un simple gallo-romain
de Tours, nommé Commotus, portaient des baudriers couverts d'or (v. ibid.,
lib. VII, c. 22 et 38), et l'orfèvre saint Eligius avait une ceinture ornée de
pierreries, lorsqu'il se présenta à la cour de Clotaire II.
[124]
V. Frédégaire, Greg. Tur. Hist. Franc. epitomata, c. 59.
[125]
V. Lex Salica, tit. XI, art. 6.
[126]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. VII, c. 27. Lorsque Childebert Ier
envoya son fils Théodebert comme vice-roi à Soissons et dans les cités
voisines, il nomma pour l'accompagner plusieurs officiers, au nombre desquels
figure un major domus. V. idem, ibid., lib. IX, c. 36.
[127]
V. Code Théodosien, lib. VI, lit. XIII ; Ammien Marcellin, lib. XIV et
XXX, passim.
[128]
V. Le Huërou, Hist. des institutions mérovingiennes, p. 385.
[129]
V. Frédégaire, Chronic., c. 42.
[130]
V. Gesta regum Francorum, n° 42, dans Du Chesne, t. I, p. 717.
[131]
V. Schœne, Die Umtsgewalt ber Fraensifcben majores domus ; Bonnell, De
dignitate majoris domus regum Francorum a Romano sacri cubiculi prœposito
ducenda.
[132]
V. cependant Du Cange, Glossarium, v° Major domus.
[133]
Le savant M. Pertz s'est, d'ailleurs, donné la peine de dresser celle liste. v.
Die Geschichte der Merowingschen Hausmeier.
[134]
V. cependant Code Justinien, lib. I, tit. XXXIV, et lib. XII, tit. XIII.
[135]
V. Hist. Franc., lib. V, c. 19.
[136]
V. idem, ibid., lib. IX, c. 12.
[137]
V. idem, ibid., lib. IX, c. 50 ; Miracula sancti Martini, lib.
IV, c. 6.
[138]
V. Gesta domni Dagoberti, regis Francorum, n° 57, dans Du Chesne, t. I,
p. 585.
[139]
V. ce placitum, dans Félibien, Histoire de l'abbaye royale de
Saint-Denys, pièces justif., n° XXVI, p. XIX.
[140]
V. Vita s. Licinii, Andecavorum episcopi, dans les Bollandistes, au 13
février.
[141]
V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. V, c. 49.
[142]
V. ibid., c. 40.
[143]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. IX, c. 38. Il y avait aussi un comes
stabuli dans le royaume de Bourgogne. V. Frédégaire, Chronic., c. 2,
30 et 42.
[144]
V. les textes cités par Du Cange, Glossarium, v° Comes stabuli.
[145]
V. Vita sancti Wandregisili, abbatis Fontanellensis, dans les
Bollandistes, au 22 juillet.
[146]
V. Alia vita sancti Wandregisili, ibid.
[147]
V. Code Justinien, lib. I, tit. XXXIII.
[148]
V. Vita sancti Desiderii, Cadurcensis episcopi, c. 2, dans Bouquet, t.
III, p. 527.
[149]
V. Vita sancti Audoeni, Rotomagensis episcopi, c. 3, dans les Bollandistes, au
24 août ; Vita sancti Agili, abbatis Resbacensis, n° 14, dans Mabillon, Acta
ss., sæc. II.
[150]
V. Vita sancti Eligii, Noviomensis episcopi, dans d'Achéry, 1re édit.,
t. V, 2e édit., t. II.
[151]
V. le fragment d'un panégyrique de Théodat, publié par M. H. d'Arbois de
Jubainville, dans la Bibliothèque de l'école des chartes, 5e série, t.
III, p. 139-141.
[152]
V. Du Cange, Glossarium, v° Spatharius.
[153]
V. n° 14, dans Du Chesne, t. I, p. 576.
[154]
V. ce testament, dans Pardessus, Diplomata, t. II, p. 255-258.
[155]
V. Code Justinien, lib. XII, tit. V.
[156]
V. la note XXXV, à la fin du t. III.
[157]
V. Vita sancti Severini, abbatis Agaunensis, auctore Fausto, ejus discipulo,
n° 2 et suiv., dans Mabillon, Acta ss., sæc. I.
[158]
V. Hist. Franc., lib. IV, c. 52, lib. VII, c. 13, 18 et 21, lib. X, c.
10.
[159]
V. Chronic., c. 38.
[160]
V. une lettre de l'empereur Maurice à Childebert, et une lettre de ce dernier à
Maurice, dans Du Chesne, t. I, p. 866 et 872.
[161]
V. Chronic., c. 38.
[162]
V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. VI, c. 45.
[163]
V. Du Cange, Glossarium, v° Paranymphus.
[164]
V. deux petits poèmes de Fortunat, dans les Notices et extraits des
manuscrits, t. XII, 2e part., p. 100.
[165]
Le mot ministerium signifiait la domesticité royale en général.
[166]
V. Vitœ Patrum, c. X, 2.
[167]
V. Vita sancti Desiderii, Cadurcensis episcopi, c. 1, dans Bouquet, t.
III, p. 527.
[168]
V. la note XXX, à la fin de notre tome III.
[169]
V. notamment Vita sancti Arnulfi, Metensis episcopi, n° 5 et 6, dans
Mabillon, Acta ss., sæc. II ; Placitum de Childebert III, dans
Pardessus, t. II, p. 233 et 234.
[170]
V. Vita sancti Austregisili, Bituricensis episcopi, dans Mabillon, Acta
ss., sæc. II.
[171]
V. Vita sancti Fridolini, abbatis, lib. I, n° 21, dans Bouquet, t. III,
p. 388 ; Vita sancti Sigiranni, abbatis Longoretensis, n° 1, dans
Mabillon, ibid.
[172]
V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. IX, c. 20.
[173]
V. Vita sancti Hermenlandi, abbatis, dans Mabillon, Acta ss.,
sæc. III, part. I ; Vita sancti Boniti, Arvernorum episcopi, c. 1, dans
les Bollandistes, au 15 janvier.
[174]
On voit encore des tables de cette forme sur la fameuse tapisserie de Bayeux.
[175]
V. Vita sancti Fridolini, lib. 1, n° 21, dans Bouquet, t. III, p. 388.
[176]
V. Vita sancti Ansberti, episcopi Rolomagensis, n° 7, dans Mabillon, ibid.,
sæc. II.
[177]
V. Frédégaire, Chronic., c. 27.
[178]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. VIII, c. 11, lib. IX, c. 9.
[179]
V. ibid., lib. VI, c. 35.
[180]
V. Vita sancti Juniani, abbatis Mariacensis, n° 8, dans les
Bollandistes, au 13 août.
[181]
V. Vita sancti Severini, abbatis Agaunensis, dans Mabillon, ibid.,
sæc. I.
[182]
V. Hist. Franc., lib. VII, c. 25.
[183]
V. Marius d'Aventicum, Chronic., dans Du Chesne, t. I, p. 216.
[184]
V. Frédégaire, Chronic., c. 27.
[185]
V. Code Justinien, lib. XII, tit. XIII.
[186]
V. dans Baluze, Capitularia, le capitulaire de Villis, c. 48, et
le second capitulaire de l'année 813, c. 19.
[187]
V. Hist. Franc., lib. IX, c. 38.
[188]
V. Miracula sancti Martini, lib. II, c. 14. V. aussi Lex Alamannorum,
tit. LXXX, art.
4.
[189]
V. la note XIX, à la fin du volume.
[190]
V. Histoire de saint Léger, évêque d'Autun et martyr, par le cardinal
Pitra, p. 14 et suiv.
[191]
V. Code Justinien, lib. III, tit. I, c. 13, § 8 et 9 ; Symmachus, Epistolœ,
lib. IX, 52.
[192]
Qu'il ne faut pas confondre aven le titre de rector palatii, employé par
quelques écrivains pour désigner le maire du palais lui-même. Gundulfus, maire
du palais d'Austrasie sous le règne de Théodebert Il, est qualifié de rector
palatii par Umnon. V. Vita sancti Arnulfi, Metensis episcopi, dans
les Bollandistes, au 18 juillet.
[193]
V. cette lettre, dans Du Chesne, t. I, p. 864.
[194]
V. Carmina, lib. VII, 4. On pourrait supposer que Gogo fut remplacé par
le comte Sigoaldus, homme lettré que Sigisbert II chargea de servir de guide à
Fortunat, lorsqu'il arriva d'Italie. Le poète lui dédia deux pièces de vers (v.
Carmina, lib. X, 22 et 23), et, dans la dernière, Fortunat félicite
Sigoaldus d'être l'aumônier du roi, fonction qui convenait très-bien au
directeur de l'école palatine.
[195]
V. Vita sancti Aridii, abbatis Lemovicensis, n° 3, dans les
Bollandistes, au 25 août ; Vita sancti Desiderii, Cadurcensis episcopi,
c. 1, dans Bouquet, t. III, p. 527.
[196]
Le biographe de saint Aridius (ibid.) dit formellement que ce jeune
homme fut obligé, à cause de la noblesse de sa famille et de son propre mérite,
de se rendre auprès du roi d'Austrasie.
[197]
V. Vita sancti Ebrulfi, abbatis Uticensis, n° 3, dans Mabillon, Acta
ss., sæc. I.
[198]
V. Vita sancti Aridii, n° 1 ; Grégoire de Tours, Hist. Franc.,
lib. X, c. 29.
[199]
V. Vita sancti Faronis, Meldensis episcopi, n° 11, dans Mabillon, Acta
ss., sæc. II.
[200]
V. Vita sancti Sigiranni, abbatis, n° 1, dans Mabillon, ibid.
[201]
V. Vita sancti Modoaldi, Trevirensis episcopi, dans les Bollandistes, au
12 mai.
[202]
V. Vita sancti Boniti, Arvernorum episcopi, c. 1, dans le même recueil,
au 15 janvier.
[203]
V. Vita sancti Arnulfi, Metensis episcopi, n° 4, dans Mabillon, Acta
ss., sæc. II.
[204]
V. Vita sancti Hermenlandi, abbatis, n° 3, dans Mabillon, ibid.,
sæc. III, part. I.
[205]
V. Vitœ Patrum, c. IX, 1.
[206]
V. Vita sancti Erminonis, abbatis Laubiensis, n° 2, dans Mabillon, ibid.
[207]
V. Vita sancti Hermenlandi, n° 3, dans Mabillon, ibid.
[208]
V. Vita sancti Aridii, abbatis, n° 5, dans les Bollandistes, au 25 août.
[209]
V. cependant la Lex Ripuariorum, tit. LXXXVIII.
[210]
V. Miracula sancti Martini, lib. IV, c. 28.
[211]
V. Vita sancti Aridii, n° 3.
[212]
V. Vita sancti Mauri, abbatis, auctore Fausto, dans les Bollandistes, au
15 janvier. Nous plaçons Ansebaldus après Aridius, parce que la visite de
Théodebert aux religieux de Glanfeuil doit se rapporter aux dernières années de
son règne.
[213]
V. Vita sancti Ansberti, Rotomagensis episcopi, auctore Aigrado, monacho
Fontanellensi, fere æquali, n° 7, dans Mabillon, Acta ss., sæc. II.
[214]
V. Vita sancti Bercharii, dans Bouquet, t. III, p. 588.
[215]
V. Vita sancti Mauri, dans les Bollandistes, au 15 janvier.
[216]
V. Vita sancti Mauri, dans les Bollandistes, au 15 janvier.
[217]
V. Vita sancti Valentini, presbyteri, dans les Bollandistes, au 4
juillet ; Vita sanctœ Rictrudis, abbatissœ Marcianensis, n° 15, dans
Bouquet, t. III, p. 539.
[218]
V. Vita sancti Maximini, abbatis Miciacensis, dans Mabillon, Acta ss.,
sæc. I.
[219]
V. Vita sancti Mauri, dans les Bollandistes, au 15 janvier.
[220]
V. une lettre de ce prince à l'empereur Maurice, dans Du Chesne, t. I, p. 866.
[221]
V. Vita sancti Eustasii, abbatis Luxoviensis, auctore Jona, n° 6, dans
Mabillon, Acta ss., sæc. II.
[222]
V. Vita sanctœ Rictrudis, n° 15, dans Bouquet, t. III, p. 539.
[223]
V. cependant Code Justinien, lib. XII, tit. VII.
[224]
V. Vita sancti Angilberti, auctore Hariulfo, c. 1, dans les
Bollandistes, au 18 février ; Vita sancti Audani, Rotomagensis episcopi,
auctore Fridegodo, c. 5, ibid., au 24 août.
[225]
V. Code Théodosien, lib. VI, tit. XXIII, c. 1 et 4 ; Code Justinien,
lib. XII, tit. XVI
; Ammien Marcellin, lib. XX, n° 4 ; Fabretti, Inscriptionum antiquarum
explicatio, n° 512. Les silentiarii mérovingiens recevaient même
quelquefois les noms d'auricularii et d'apocrisiarii, qui avaient
la même signification. V. Vita sancti Audoeni, Rotomagensis episcopi, c.
5, dans le même recueil, au 24 août.
[226]
V. Vita sancti Mauri, n° 54, dans les Bollandistes, au 15 janvier. V.
aussi Vita sancti Geremari, abbatis Flaviacensis, dans le même recueil,
au 24 septembre ; Vita sancti Remacli, Trajectensis episcopi, auctore
Notgero, c. 2, dans le même recueil, au 3 septembre ; Vita sancti
Audoeni, Rotomagensis episcopi, c. 2, dans le même rec., au 24 août.
[227]
V. les Novelles de Justinien, X.
[228]
C'est ce qui ressort clairement des lettres de Cassiodore et de saint Avitus
métropolitain de Vienne.
[229]
V. Mabillon, De re diplomatica, p. 118 ; Pardessus, Diplomata, t.
I, p. 244, t. II, p. 32 et 33.
[230]
V. Pardessus, Diplomata, t. I, p. 32.
[231]
V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. V, c. 5, lib. IX, c. 33 ; Miracula
sancti Martini, lib. III, c. 17. Theutharius devint évêque.
[232]
V. Sirmond, Concilia antiqua Galliœ, t. I, p. 379.
[233]
V. Pardessus, ibid., t. I, p. 174.
[234]
V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. IX, c. 58.
[235]
V. idem, De gloria Confessorum, c. 95 ; Vita sancti Medardi,
Noviomensis episcopi, dans les Bollandistes, au 8 juin.
[236]
V. Vita sancti Boniti, Arvernorum episcopi, ibid., au 15 janvier.
[237]
V. Vita sancti Agili, abbatis Resbacensis, n° 14, dans Mabillon, Acta
ss., sæc. II ; diplôme de Dagobert Ier dans Pardessus, t. I, p. 228 et 229.
[238]
V. notamment la Lex Alamannorum, tit. XXX.
[239]
V. Code Justinien, lib. XII, tit. XX, XXI et XXII.
[240]
V. Grégoire de Tours, De gloria Martyrum, c. 77, et les Formules
de Marculf.
[241]
V. Code Justinien, lib. XII, tit. III.
[242]
V. tit. I, art.
1.
[243]
V. une lettre du poète Arator â Parthenius, dans la Maxima bibliotheca
veterum Patrum, t. X, p. 141 et 142.
[244]
V. Liber miraculorum sancti Joannis Reomaensis, n° 2, dans Mabillon, Acta
ss., sæc. I.
[245]
V. Carmina, lib. VII, 11. Dans l'édition de Brower, cette pièce de vers
ne porte pour titre que les mots Ad Jovinum rectorum Provinciœ ; mais
dans le manuscrit de la bibliothèque impériale coté Saint-Germain, lat.,
844, le titre est ainsi conçu : Ad Jovinum inlustrem ac patricium et
rectorem Provinciœ.
[246]
V. chapitre VI, passim, et Grégoire-le-Grand, Epistolœ, lib. II,
33.
[247]
V. lib. V, 57, lib. XII, 12.
[248]
V. Pardessus, Diplomata, t. I, p. 474.
[249]
V. Sancti Gregorii Magni Epistolœ, lib. VII, 125.
[250]
V. Gesta regum, dans Du Chesne, t. I, p. 714.
[251]
V. Lex Ripuariorum, tit. LXXII, art. 2 ; v. aussi Code Justinien, lib. I, tit. XL.
[252]
V. Code Justinien, lib. I, tit. XLV, XLVI
et XLIV ; Novelles,
XXIV-XXXI.
[253]
V. Frédégaire, Chronic., c. 78.
[254]
V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. VIII, c. 18, lib. IX, c. 7 et
12.
[255]
V. idem, ibid., lib. VI, c. 11.
[256]
V. idem, ibid., lib. X, c. 3.
[257]
V. idem, ibid., lib. VIII, c. 22, lib. X, c. 19 ; Fortunat, Carmina,
lib. VII, 5.
[258]
V. Du Bos, Histoire critique de l'établissement de la monarchie Françoise,
t. IV, p. 48-50.
[259]
V. Pardessus, Diplomata, t. I, p. 168-170.
[260]
V. cet edictum, ibid., p. 195-197.
[261]
C'est aussi de la même manière qu'il est employé dans une lettre de Gogo au duc
Chamingus. V. cette lettre, dans Du Chesne, t. I, p. 860.
[262]
V. tit. II, art.
1.
[263]
V. Vita sanctœ Salabergœ, Laudunensis abbatissœ, auctore fere coœvo,
dans Mabillon, Acta ss., sæc. II.
[264]
V. Miracula sancti Juliani, c. 32.
[265]
V. idem, De gloria Confessorum, c. 79.
[266]
V. Vita sancti Lupi, Trecensis episcopi, dans les Bollandistes, au 29
juillet.
[267]
V. tit. XXXI,
art. 5. Elle est désignée, à la vérité, sous le nom de provincia Ripuaria,
parce que les Ripuaires en avaient occupé la plus grande partie. V. aussi tit. XXX, art. 2 et tit. XXXI, art. 1.
[268]
V. Vita sanctœ Salabergœ, dans Mabillon, ibid.
[269]
V. Vita sancti Launomari, abbatis Curbionensis, auctore monacho Curbionensi,
n° 2, dans Mabillon, ibid., sæc. I.
[270]
V. Hist. Franc., lib. I, c. 25.
[271]
V. Vita sancti Desiderii, Cadurcensis episcopi, c. 1, dans Bouquet, t.
III, p. 527.
[272]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. II, c. 32 ;
Frédégaire, Chronic., c. 3 ; Valois, Notitia Galliarum, p. 458.
[273]
V. saint Prosper, Chronic., à l'année 439 ; Valois, ibid., p. 503
et 504.
[274]
V. Fortunat, Vita sancti Germani, episcopi urbis Parisiacœ, dans
Mabillon, Acta ss., sæc. I.
[275]
V. Grégoire de Tours, Miracula sancti Juliani, c. 52 ; De gloria
Confessorum, c. 67. Nous omettons nombre d'autres citations.
[276]
V. Vita sancti Arbogasti, Argentoratensis episcopi, auctore Uthone dans
les Bollandistes, au 21 juillet. Nous préférons cette étymologie, admise par
Schœpflin (Alsatia illustrata, t. I, p. 622), à celle que donne
Grandidier, lequel dérive le mot Alesatia du nom de la ville d'Helvetus,
qui était une des plus considérables de la Germania Prima. V. Histoire de
l'église de Strasbourg, t. I, p. 120. L'Alsace est mentionnée pour la
première fois par Frédégaire sous les noms d'Alesaciones, Alsacii
et Alesatia (Chronic., c. 57 et 43). Un triens du VIIe
siècle, publié par M. A. de Barthélemy (Manuel de numismatique moderne,
n° 30) offre la légende ALSEGAVVID, qui semble présenter le nom germanique de
cette province.
[277]
V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. IV, c. 44, lib. VIII, c. 43 ; De
gloria Confessorum, c. 71 ; Fortunat, Carmina, lib. VII, 5 et 11.
[278]
V. Vita sancti Columbani, auctore Jona, n° 22, dans Mabillon, Acta ss.,
sæc. II.
[279]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. VIII, c. 21.
[280]
V. Fortunat, Carmina, lib. VII, 5. Il ne peut s'élever aucun doute
sérieux sur la composition de ce duché, puisque le ducatus Alesatiœ
renfermait les deux cités méridionales de la Germania Prima. D'ailleurs,
Fortunat félicite Bodegisilus, qui était dux Germaniœ, de connaître à
fond le code des Ripuaires et d'en appliquer avec sagacité les décisions :
Qui patrias
leges intra tua pectora condens,
Implicitœ
cause solvere fila potes.
Eloge duquel il résulte que Bodegisilus gouvernait le
pays occupé par les Ripuaires, c'est-à-dire la Germania Secunda.
[281]
V. la note XIII.
[282]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. VIII, c. 18 et 28.
[283]
V. idem, ibid. Parfois, au contraire, des duchés avaient très-peu
d'étendue, et l'on pourrait en citer qui ne se composaient que d'une civitas.
[284]
V. idem, ibid., c. 26.
[285]
Les ducs qui gouvernaient ces trois duchés étaient nommés non par les rois
d'Austrasie, mais par le peuple lui-même. V. Lex Bajuvariorum, tit. II, c. 1.
[286]
V. ibid., lib. VI, c. 11.
[287]
V. notamment ibid., lib. IV, c. 47.
[288]
V. Chronic., c. 78.
[289]
V. Chronic., c. 78.
[290]
V. t. I, p. 532 et 533.
[291]
V. Marculf, Formulœ, lib. I, 8.
[292]
V. Code Justinien, lib. I, tit. XLV, lib. XII, tit. XII et XIV.
[293]
V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. VI, c. 22.
[294]
V. Pardessus, Diplomata, t. I, p. 47 et 227 ; Lex Ripuariorum,
tit. I et LIII. M. de Pétigny
croit même que les sagibarones de la Loi Salique ne sont autres
que les comtes. V. Etudes sur l'époque mérovingienne, t. III, p. 266 et
267.
[295]
On trouve dans les œuvres de Fortunat (Carmina, lib. VII, 10) une pièce
de vers adressée à un jurisconsulte nommé Magnulfus, lequel exerçait les
fonctions de judex dans une des cités voisines du Rhin, et qui ne paraît
pas avoir été comes. V. aussi Grégoire de Tours, ibid., lib. VII,
c. 47.
[296]
V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. VIII, c. 18, lib. X, c. 5 ; Vitœ
Patrum, c. V, n° 8 ; Miracula sancti Martini, lib. III, c. 53 ; Miracula
sancti Juliani, c. 16.
[297]
V. Formulœ, lib. I, 8.
[298]
V. De gloria Confessorum, c. 41.
[299]
V. Vita sancti Prœjecti, Arvernorum episcopi, dans les Bollandistes, au
25 janvier.
[300]
V. Lex Ripuariorum, tit. LXXXVIII.
[301]
V. Hist. Franc., lib. V, c. 48.
[302]
V. Lex Alamannorum, tit. XLI, art. 1.
[303]
V. notamment Vita sancti Desiderii, Cadurcensis episcopi, c. 4, dans
Bouquet, t. III, p. 528 ; Vita sancti Satvii, episcopi, ibid., p. 647 ; Vita
sancti Audoeni, Rotomagensis episcopi, dans les Bollandistes, au 24 août.
[304]
En effet, les comtes faisaient des tournées, plus ou moins fréquentes, dans les
divers pagi. V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. VIII, c.
18.
[305]
Grégoire de Tours emploie une fois le mot vicus comme synonyme de pagus.
V. Miracula sancti Martini, lib. IV, c. 42. Le pagus portait,
mais rarement, le nom germanique gau, gauu, gouu ou gouue dans
les provinces voisines du Rhin.
[306]
V. Chronic., c. 67.
[307]
V. Hist. Franc., lib. X, c. 5.
[308]
V. la liste des monétaires dans la Revue numismatique, n° 226, 256 et
1442.
[309]
V. Prodromus Historiœ Trevirensis, t. I, p. 266.
[310]
V. Histoire des institutions mérovingiennes, p. 324.
[311]
V. Hist. Franc., lib. VII, c. 29.
[312]
V. Vita sancti Dalmatii, Rutenensis episcopi auctore perantiquo, dans
Bouquet, t. III, p. 420.
[313]
V. Chronic., c. 87.
[314]
V. Vita sancti Maximini, abbatis Miciacensis, n° 27, dans Mabillon, Acta
ss., sæc. I.
[315]
V. Hist. Franc., lib. V, c. 50, lib. VII, c. 47.
[316]
V. Fabretti, Inscriptionum antiquarum explicatio, p. 657 ; Orelli, Inscriptiones
latinœ selectœ, n° 857.
[317]
V. Hist. Franc., lib. X, c. 5.
[318]
On lit, en effet, dans plusieurs de ces actes : Omnibus episcopis,
abbatibus, comitibus, centenariis, vicariis et cœteris agentibus....
[319]
Le vicaire dont elle conserve le souvenir se nommait Hlodericus. V. Inscriptions
chrétiennes de la Gaule, par M. le Blant, t. I, p. 369 et 370. Les mots in
suo genere primas que présente l'inscription semblent prouver que les vicarii
étaient divisés en plusieurs classes, comme les sous-préfets actuels.
[320]
Le mot centenarii se rencontre plusieurs fois dans le Code Théodosien,
mais avec une autre signification. Cependant cette subdivision pouvait bien
avoir été empruntée aux Romains, comme semble l'indiquer le passage suivant
d'un ouvrage intitulé : De limitibus : Duo jugera, juncta in unum
quadratum, agrum officiunt, quod sint in omnes actus bini. Hunc modum quidam
appellatum dicunt sortem, et centies duelum centuriam. V. les Agrimensores,
édition Rigault, p. 337.
[321]
V. Etudes sur l'époque mérovingienne, t. II, p. 671, t. III, p. 490-494.
[322]
V. la note XX, à la fin du volume.
[323]
V. les articles organiques publiés par Childebert Ier pour l'exécution du pactum
conclu avec Clotaire Il, art. 9 et 11, dans Pardessus, Diplomata, t. I,
p. 173.
[324]
V. ibid., art. 12, ibid.
[325]
V. les articles organiques de Clotaire II, art. 8, ibid., p. 170.
[326]
V. Hist. des institutions mérovingiennes, par M. le Huërou, p. 328 et
329.
[327]
V. Schœpflin, Alsatia illustrata, t. I, p. 651 et 652 ; Grandidier, Hist.
de l'église de Strasbourg, t. I, p. 275. V. aussi Lex Ripuariorum,
tit. LX, art. 5
; Lex Alamannorum, tit. XXXIV.
[328]
On trouve aussi quelquefois le mot terminus, qui signifie également limite,
employé dans l'acception de territoire. Il en est de même du mot ager.
V. Grégoire de Tours, Miracula sancti Martini, lib. III, c. 9.
[329]
En Lorraine, on emploie encore le mot finage pour désigner le territoire d'une
commune.
[330]
V. M. Guérard, Polyptique d'Irminon, t. I, prolég., p. 45 ; De l'état
des personnes en France sous les rois de la première race, par M. Naudet, dans
les Mém. de l'académie des inscriptions, 2e série, t. VIII, p. 538. Le
mot colonisa parait avoir eu le même sens. V. le testament de saint
Remy, dans Pardessus, Diplomata, t. I, p. 83.
[331]
V. Miracula sancti Martini, lib. IV, c. 18.
[332]
V. cet édit ou cette constitution, dans Pardessus, ibid., p. 113.
[333]
V. aussi le récit de la chute du mons Taurotunensis dans la chronique de Marius
d'Aventicum, à l'année 463.
[334]
V. la note XX, à la fin du volume.
[335]
V. ce testament, dans Pardessus, Diplomata, t. I, p. 81-84.
[336]
V. ce testament, dans les Mém. de la société philomatique de Verdun, t,
III, p. 337-345.
[337]
V. notamment le diplôme de Childéric II en faveur de l'abbaye de Senones, dans
Pardessus, ibid., t. II, p. 118 et 119, et dans Calmet, Hist. de
Lorraine, 1re édit., t. I, preuv., col. 258 et 259.
[338]
Il existe des exemplaires du cartulaire de cette abbaye à la bibliothèque
impériale, dans la bibliothèque de Metz et dans celle du grand-séminaire de
Nancy. V. aussi l'opuscule intitulé : Quelques pagi de la Première Belgique,
par M. H. d'Arbois de Jubainville.
[339]
Cependant, il existait, dès cette époque, des biens communaux, si l'on peut
employer, une pareille expression. Nous en donnerons la preuve un peu plus
loin.
[340]
V. Gesta pontificum Autissiodorensium, dans Le Beuf, Mémoires pour
servir à l'histoire d'Auxerre, 2e édit., t. IV, p. 2. Il en était de même
en Austrasie. Jusqu'à une époque comparativement récente les paroisses rurales
étaient extrêmement vastes, et, pour citer un seul exemple, celle de
Laître-sous-Amance comprenait, à la fin du XIe siècle, outre cet endroit,
Lay-Saint-Christophe, Eumont, Blanzey, Amance et Séchamp, villages qui forment
aujourd'hui six grandes paroisses. V. une charte de Pibon, évêque de Toul, dans
Calmet, Hist. de Lorraine, 1re édit., t. I, preuv., col. 476 et 476.
[341]
V. De la formation de l'état social, politique et administratif de la France,
par M. Guérard, dans la Bibliothèque de l'école des Chartes, 5e série,
t. II, p. 8 ; De l'état des personnes en France, par M. Naudet, dans les
Mém. de l'acad. des inscr., 2e série, t. VIII, p. 445.
[342]
V. Code Théodosien, lib. X, tit. XIV, c. 2, lib. XI, tit. I, c. 9, tit. XX, c. 5 et 6.
[343]
V. cette pièce, dans Pardessus, Diplomata, t. II, p. 286 et 287.
[344]
V. le même diplôme, ibid.