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Il y
eut en Austrasie, après la mort de Sigisbert II, un moment de confusion
inexprimable. L'armée était revenue fort en désordre ; la plupart des Francs
se retiraient chez eux, et les contingents envoyés par les peuples de la
Grande Germanie se hâtaient de regagner leur pays, non sans commettre mille
désordres sur la route. Enfin, le duc Gundobaldus arriva, avec le jeune
Childebert, et le fit proclamer roi, le 25 décembre 575. Grégoire de Tours ne
dit pas dans quelle ville eut lieu cette proclamation[1] ; mais tout porte à croire que
ce fut à Metz. Il fallut ensuite organiser une administration, car un enfant
de cinq ans[2] n'était pas en état de
gouverner. En conséquence, les leudes austrasiens se réunirent pour élire un
maire du palais, soit que le personnage qui en remplissait les fonctions du
temps de Sigisbert eût été tué, soit que son pouvoir eût fini avec la vie du roi.
Leur choix tomba sur le duc Chrodinus, homme d'une fidélité éprouvée, d'une
vertu incorruptible, et dont Fortunat[3] et Grégoire de Tours[4] font le plus bel éloge. Mais
Chrodinus refusa. « Il me serait impossible, dit-il, d'entretenir la paix
dans le royaume. Je suis parent de presque tous les grands, et je ne pourrais
ni les châtier, ni les mettre à mort. Ils profiteraient de mon embarras pour
commettre mille violences, et les portes de l'enfer (ce qu'à Dieu
ne plaise !)
se fermeraient sur moi. Prenez donc pour maire du palais celui d'entre vous
qui vous plaira davantage ». Les Austrasiens, ne sachant à qui déférer
l'autorité, choisirent enfin, d'après le conseil de Chrodinus, un leude
appelé Gogo, dont nous avons déjà parlé. C'est lui qui avait été chargé
d'aller demander pour Sigisbert la main de Brunehaut, et le roi d'Austrasie,
probablement pour le récompenser, l'avait nommé nutritius ou
précepteur du jeune Childebert[5]. Gogo
administra l'Austrasie avec zèle et succès pendant plusieurs années, et s'il
ne fit pas plus de bien, c'est parce qu'il en fut empêché. En effet, les
leudes, fatigués du gouvernement despotique des rois précédents, profitèrent
de l'occasion pour restreindre à leur profit l'autorité royale. Ils y
parvinrent en instituant une sorte de conseil de régence, sans l'avis ou le
consentement duquel le maire du palais ne pouvait prendre aucune décision
importante. Cette institution n'avait pas, toutefois, un caractère
révolutionnaire, s'il est permis de parler ainsi, et un passage de Grégoire
de Tours prouve que, pendant la minorité des rois Francs, l'autorité était
parfois confiée à un conseil de régence composé -des seigneurs les plus
puissants[6]. Il est probable, d'ailleurs,
que Gogo parvint à faire entrer dans ce conseil quelques-uns des seigneurs
les plus affectionnés au jeune roi. Tel était le duc Gundobaldus, lequel
l'avait soustrait à la colère de Chilpéric. Tel était le leude Gundulfus, qui
avait accompagné Sigisbert dans sa malheureuse expédition[7], et qui devint major palatii
ou maire du palais, puis évêque de Metz, sous le règne de Théodebert II[8]. Tel était enfin Wandelinus,
qui avait succédé à Gogo comme nutritius ou nutritor de
Childebert[9]. Un des
premiers soins de Wandelinus fut d'éloigner ce prince de la frontière de
l'Austrasie, afin de le mettre à l'abri des entreprises de Chilpéric et de
Frédégonde. Reims, où les rois avaient fréquemment résidé, était beaucoup
trop rapproché de Soissons, et le métropolitain de cette ville, Agidius,
n'inspirait aucune confiance au maire du palais et aux membres du conseil de
régence. Metz, capitale du royaume, ne paraissait pas une retraite assez
sûre, et on finit par conduire Childebert dans une des maisons royales de la
Germania Prima, où la surveillance était beaucoup plus facile et beaucoup
plus efficace. Le
danger diminuait cependant de jour en jour. Les peuples de la Grande
Germanie, qui avaient d'abord semblé disposés à la révolte, furent maintenus
dans le devoir. D'un autre côté, plusieurs des leudes austrasiens dont nous
avons mentionné la défection, entre autres Godinus et le référendaire Siggo,
témoignèrent leur repentir et abandonnèrent la cause de Chilpéric[10]. Ce dernier, content d'avoir
réuni à son royaume les cités du centre, de l'ouest et du midi qui avaient
appartenu à Sigisbert, n'envahit pas les civitates de la Belgica
Secunda, et ce furent les Austrasiens eux-mêmes qui recommencèrent les
hostilités. Dès les premiers mois de l'année 576, les habitants des cités de
Laon, de Chatons et de Reims, conduits par le leude Godinus, entrèrent dans
la sors de Chilpéric, se présentèrent devant la ville de Soissons, dé fendue
par Clovis fils de ce prince, et s'en emparèrent[11]. Le roi de Neustrie, redoutant
probablement d'engager une action dont le succès était incertain, invita les
Austrasiens à se retirer, et, sur leur refus, il les attaqua, leur fit
éprouver un sanglant échec et les rejeta dans leur pays[12]. Il ne
poussa pas plus loin sa victoire, car il craignait d'avoir bientôt à réprimer
une révolte dans son propre royaume. On a vu qu'il avait chargé Mérovée, un
de ses fils, d'aller occuper les cités austrasiennes de l'ouest et du midi.
Le jeune prince les soumit, presque sans coup férir, et revint dans la ville
de Tours pour y passer les fêtes de pâques. Il avait eu, peu de mois
auparavant, l'occasion de voir la reine Brunehaut, et cette femme, qui était
encore jeune et belle, fit sur lui une telle impression qu'il résolut de
l'épouser. Dans ce but, il s'éloigna de Tours, sous un faux prétexte, se
rendit à Rouen, où Brunehaut était prisonnière, obtint son consentement et
fit bénir leur mariage par Prœtextatus métropolitain de cette ville.
Chilpéric, prévenu, accourt à Rouen, entre dans la basilique de Saint-Martin,
où Mérovée et Brunehaut avaient cherché un asile et réussit à les persuader
d'en sortir. Il emmena alors son fils avec lui, et le maire du palais
d'Austrasie ayant demandé la délivrance de Brunehaut, le roi de Neustrie
s'empressa d'y consentir, dans l'espérance que Mérovée finirait par oublier
cette princesse, s'il ne la voyait plus. Il se trompait. Le jeune prince
parvint à se mettre en relation avec la veuve de Sigisbert, et celle-ci ne
fut pas plutôt de retour en Austrasie qu'elle usa de toute son autorité pour
faire déclarer une guerre en règle à la Neustrie. C'est même seulement alors,
selon plusieurs historiens, qu'eut lieu l'entreprise de Godinus sur la ville
de Soissons, et il faut reconnaître que le texte de Grégoire de Tours, bien
que fort obscur, peut recevoir cette interprétation. Quoiqu'il en soit,
Chilpéric fut extrêmement irrité de ce que ses calculs avaient été déjoués ;
il fit raser son fils, ordonna de lui conférer la prêtrise et l'enferma dans
le monastère d'Aninsula (Saint-Calais), près du Mans. Mérovée
s'échappa, et, après diverses aventures dont le récit n'appartient pas à cet
ouvrage, il gagna les frontières occidentales de l'Austrasie ; mais,
craignant sans doute que la présence du prince neustrien n'augmentât leurs
embarras, ou redoutant peut-être de le voir, grâce à son mariage avec
Brunehaut, prendre un ascendant auquel il leur serait difficile de résister,
les membres du conseil de régence le forcèrent à se retirer. Il vécut en
fugitif pendant quelque temps, tantôt repoussant par la force les émissaires
de son père qui tentaient de le saisir, tantôt caché dans des asiles plus ou
moins sûrs. C'était ordinairement dans le royaume de Bourgogne qu'il
choisissait ses refuges. Enfin, Chilpéric apprit par des rapports certains
que son fils se trouvait aux environs de Reims, et pénétra, à main armée,
dans le territoire dont cette ville était le chef-lieu. Il n'y découvrit pas
celui qu'il cherchait ; mais, quelques jours après, des soldats neustriens
s'emparèrent par ruse du malheureux Mérovée, qui, pour éviter la vengeance de
son père, se fit tuer par un de ses compagnons[13]. Grégoire
de Tours n'a pas jugé à propos de nous apprendre combien de temps dura la
guerre entre la Neustrie et l'Austrasie, ni quels en furent les événements.
Une circonstance nous porte à croire toutefois qu'elle fut heureuse pour les
généraux de Childebert ; car nous voyons que, peu d'années après, la ville de
Soissons, première capitale du royaume de Chilpéric, appartenait à
Childebert, et qu'elle était la résidence du duc Rauchingus, dont nous aurons
plus loin l'occasion de parler, et que le conseil de régence avait chargé de
surveiller de près les mouvements du roi de Neustrie. En un mot, Soissons
était devenu le centre d'un ducatus ou grand gouvernement militaire,
semblable à ceux que nous mentionnerons dans un des chapitres suivants, et
nous savons qu'il était formé de la civitas de Soissons et de celle de
Meaux, que Chilpéric avait occupée après l'assassinat de son frère, mais dont
les Austrasiens étaient parvenus à reprendre possession[14]. Brunehaut,
débarrassée, par la mort de Mérovée, d'un époux qu'elle n'avait pris que par
nécessité, et victorieuse dans la guerre qu'elle venait de poursuivre contre
Chilpéric, tourna ses vues vers un double but qu'elle réussit à atteindre.
Elle projeta de s'emparer entièrement du gouvernement de l'Austrasie, et
d'engager Gontran roi de Bourgogne, qui n'avait plus de fils et qui abhorrait
les crimes de Chilpéric, à adopter le jeune Childebert. Elle ne devint
maîtresse en Austrasie qu'après de longs et pénibles efforts ; mais Gontran
consentit très-volontiers à l'adoption qu'on lui proposait, et qui devait
avoir pour résultat, en réunissant dans la même main les deux royaumes
d'Austrasie et de Bourgogne, de procurer à Childebert une force à laquelle la
Neustrie serait incapable de résister. Il y
eut, à cette occasion, et vers le milieu de l'année 577, une entrevue des
deux rois dans un lieu nommé alors Pons Petreus[15] ou Pons Petreius[16] et aujourd'hui Pontpierre ou
Pompierre. Ce lieu, ainsi appelé parce que l'on y traversait le Monzon sur un
pont de pierre, était compris dans la civitas de Toul, mais il se
trouvait sur la limite même du royaume de Bourgogne, et cette circonstance le
fit choisir pour la tenue de l'assemblée. Quand toutes les conditions de
l'adoption eurent été réglées, Gontran embrassa son neveu et lui dit : «
Puisque Dieu, en punition de mes péchés, m'a enlevé mes deux enfants, je veux
que désormais vous me teniez lieu de fils ». Ensuite, il le fit asseoir sur
son trône et ajouta : « Je vous donne tout mon royaume ; à l'avenir, le même
bouclier nous couvrira et la même lance nous défendra. Si Dieu me donne plus
tard des enfants, je vous regarderai toujours comme mon fils, et il y aura
entre vous et moi et nos deux familles une concorde éternelle. » Ils
mangèrent ensemble et se séparèrent[17], mais l'amitié de Gontran et de
Brunehaut ne fut pas de longue durée. Le roi de Bourgogne, en retour de
l'adoption qu'il venait de conférer à Childebert, et conformément aux usages
des Francs, réclama le gouvernement de l'Austrasie[18]. Une pareille prétention ne
plut pas à Brunehaut, laquelle entendait s'emparer elle-même de
l'administration, à titre de mère du jeune roi, et elle engagea sans peine le
maire du palais et les membres du conseil de régence à faire une réponse dont
Gontran feignit de se contenter, mais qui l'indisposa contre son neveu.
Toutefois, ce fut surtout contre Brunehaut qu'il témoigna du mécontentement.
Malgré sa bonhomie et malgré les protestations mensongères de la reine, il
avait deviné l'ambition de cette femme, et il lui témoigna, en plus d'une
circonstance, de l'éloignement et du mépris. A son exemple, les leudes
austrasiens, non contents de surveiller de près toutes les démarches de la
reine-mère, se firent un jeu de la vexer et de l'humilier[19]. Mais elle possédait une
habileté supérieure à celle de ses ennemis ; elle ne cessa pas de tendre à
ses fins par des voies détournées, et cette lutte sourde remplit les années
577, 578, 579 et 580. Avant
d'en faire connaître les résultats, nous mentionnerons ici quelques
évènements se rapportant aux années que nous venons de nommer, mais qu'il est
difficile de rattacher au récit principal. Tel le mariage de la sœur aînée de
Childebert. Sigisbert avait eu trois enfants de son mariage avec Brunehaut,
un fils et deux filles : Ingundis ou Ingonde et Chlodoswinda ou Clodoswinde.
La première, qui pouvait avoir environ treize ans, étant née au plutôt en
567, fut mariée, en 580, à Herménégild fils de Leuvigild roi des Wisigoths.
Brunehaut, qui négocia cette union, en attendait de grands avantages pour
l'Austrasie, et pensait notamment qu'elle pourrait, au moyen des secours
fournis par Leuvigild, recouvrer les cités du midi dont Chilpéric s'était
emparé, après l'assassinat de Sigisbert IL Mais le mariage d'Ingonde et
d'Herménégild eut les suites les plus funestes. Le roi des Wisigoths était un
fervent adepte de l'arianisme, et il eut recours à tous les moyens, même aux
plus violents, pour contraindre sa belle-fille à partager ses erreurs.
Ingonde, qui avait reçu une éducation chrétienne, s'y refusa avec courage, et
l'on finit par savoir à la cour d'Austrasie que la jeune princesse était
traitée en esclave. A cette nouvelle, Childebert et Brunehaut dépêchèrent en-Espagne
des envoyés, chargés d'examiner de près l'état des choses et d'engager
Leuvigild à changer de conduite. Un de ces envoyés était Elafius évêque de
Châlons-sur-Marne, qui mourut en Espagne[20]. Ses compagnons revinrent,
quelque temps après, sans avoir rien obtenu. Ingonde continua à être en butte
à la haine de son beau-père, et Herménégild, qui faisait aussi profession de
la religion catholique, voyant que leur situation ne faisait qu'empirer, prit
le parti de refuser obéissance à son père. Les Romains, qui avaient reconquis
le midi de l'Espagne, secoururent Herménégild, mais faiblement, et Childebert
se trouva dans une impossibilité absolue de venir en aide à sa sœur et à son
beau-frère, car il ne possédait plus rien dans les provinces méridionales de
la Gaule. Cependant, Leuvigild, qui redoutait les Francs et craignait de voir
Gontran et Chilpéric réclamer en faveur de leur nièce, envoya des
ambassadeurs à Childebert et au roi de Neustrie pour les rassurer au sujet
d'Ingonde, en leur dissimulant le véritable état des choses[21]. Chilpéric avait dépêché
lui-même, peu de temps auparavant, des ambassadeurs en Espagne, mais pour une
autre affaire, et, malgré les soins que prit Leuvigild afin de les tromper,
ils avaient fait connaître, à leur retour, ce qui s'était passé[22]. On ne tarda pas à apprendre
que le prince Herménégild était tombé entre les mains de son père, par les
ordres duquel il fut mis à mort, et que la malheureuse Ingonde et son fils
avaient été obligés de chercher un asile chez les Romains de la Bétique. Les
rois Francs furent indignés de voir traiter de la sorte une princesse de leur
famille ; mais leur colère s'épuisa en vaines menaces, et Leuvigild prit la
précaution d'offrir de riches présents à Chilpéric, dont il connaissait la
bassesse, pour l'engager à ne donner aucune assistance à Childebert[23]. Une des causes qui empêchèrent
ce dernier de travailler activement à la délivrance de son beau-frère et de
sa sœur fut, probablement, une maladie contagieuse qui fit alors de grands
ravages dans les Gaules et rendit presqu'impossibles les mouvements des
armées. Cette maladie avait régné une première fois en 580, et Grégoire de
Tours, qui en décrit minutieusement les symptômes, rapporte qu'elle avait
enlevé un nombre immense d'individus. Elle se montra de nouveau bientôt
après, et cette seconde invasion de la maladie fut précédée d'une éclipse de
lune et de l'apparition d'une comète. Une autre comète et divers prodiges,
dont le vulgaire fut extrêmement effrayé, annoncèrent la troisième apparition
du mal qui eut lieu en 582. On entendit le tonnerre et on vit des fleurs sur
les arbres au mois de janvier ; le jour de pâques, une aurore boréale
très-éclatante fut observée dans le nord de la Gaule ; aux environs de Paris,
il tomba une pluie de sang, qui souilla les vêtements des laboureurs qu'elle
surprit dans la campagne[24]. Une
autre cause de l'inaction de Childebert Ier était l'âge peu avancé du prince.
Il n'avait pas quinze ans au moment de la mort d'Herménégild, et il agissait,
en toute circonstance, sous l'inspiration de Brunehaut. Cette dernière aurait
bien voulu secourir sa fille, mais elle rencontrait dans l'intérieur même de
l'Austrasie des obstacles qu'elle surmontait difficilement. Elle était
cependant parvenue à s'emparer de presque toute l'autorité. La mort de
Chrodinus l'avait débarrassée d'un surveillant incommode ; car, bien que cet
illustre ripuaire eût refusé les fonctions de maire du palais, on ne prenait
aucune décision importante sans le consulter. Brunehaut n'avait rien négligé
pour perdre dans l'esprit de son fils le maire Gogo, dont le pouvoir lui
faisait ombrage, et elle n'y réussit que trop bien ; car le jeune roi, trompé
par les artifices de sa mère, finit par le faire périr secrètement, dans les
premiers mois de l'année 584[25]. Grégoire de Tours, en
mentionnant la mort de Gogo, ne dit rien des causes de cet évènement, soit
qu'il les ait ignorées, soit que, tout dévoué à la famille des rois
d'Austrasie — c'était, en effet, Sigisbert II[26] qui l'avait fait nommer
métropolitain de Tours —, il n'ait pas voulu révéler à ses lecteurs une faute
capable de ternir à jamais la réputation de Childebert, si la bonne foi du
prince n'avait pas été surprise. Mais Frédégaire, qui n'était pas retenu par
les mêmes considérations, n'a pas hésité à dire que la mort de Gogo n'avait
pas été naturelle[27], et on a vu plus haut par suite
de quelle circonstance le nom de Sigisbert se trouve substitué à celui de
Childebert dans le récit de ce malheureux évènement. Gogo
fut remplacé, comme maire du palais, par le gallo-romain Florentianus[28], qui devait être une créature
de Brunehaut, et Wandelinus nutritor ou gouverneur de Childebert étant
mort aussi quelque temps après, la reine-mère ne voulut pas qu'on lui donnât
un successeur et déclara qu'elle achèverait elle-même l'éducation de son fils[29]. A partir de ce moment, son
autorité devint prépondérante ; tous ceux qui attendaient des grâces et des
faveurs de la cour s'empressèrent de se déclarer pour elle, et le vertueux
Fortunat lui-même fit un pompeux éloge de la reine et de Childebert[30]. Il y
eut cependant quelques seigneurs austrasiens qui ne cessèrent de résister à
cette princesse. Tels étaient deux leudes fort puissants, nommés Bertefredus
et Ursio. N'osant braver l'autorité royale elle-même, ils s'attaquèrent A une
des créatures de Brunehaut, au gallo-romain Lupus, lequel était duc du pays
que l'on appelait déjà Campania ou Champagne, et qui renfermait les civitates
de Reims, de Laon et de Châlons-sur-Marne. A la nouvelle du danger qui
menaçait Lupus, la reine-mère accourt, se jette hardiment au milieu de la
horde de bandits que conduisaient Bertefredus et Ursio et les somme de
retourner chez eux. Mais le dernier lui dit avec insolence : « Ô femme,
retire-toi Qu'il te suffise d'avoir gouverné pendant la vie de ton mari.
C'est maintenant ton fils qui règne, et c'est à nous, et non à toi, à le
protéger. Retire-toi donc, sans quoi tu seras écrasée sous les pieds de nos
chevaux ! » Brunehaut parvint toutefois à empêcher une lutte qui aurait été
fatale à Lupus. Elle s'éloigna ensuite humiliée, mais avide de vengeance, et
nous verrons bientôt que les deux leudes payèrent chèrement leur hardiesse et
leurs violences. Quant à Lupus, il prit le parti de se réfugier momentanément
dans le royaume de Bourgogne, après avoir mis sa femme en sûreté dans la
ville de Laon, qui passait pour être imprenable. Ses propriétés furent
livrées au pillage par Berthefredus et Ursio, qui déclaraient agir au nom du
roi, et n'enlever l'or et l'argent que pour les porter dans les caisses du
fisc ; mais Grégoire de Tours assure qu'ils trouvèrent plus commode de garder
pour eux les dépouilles de Lupus[31]. Il
n'est pas facile de disposer selon l'ordre chronologique plusieurs des
évènements qui s'accomplirent pendant le règne de Childebert Ier, et on ne
sait pas notamment quelle est la date de l'expulsion du duc de Campania.
Il est probable toutefois qu'il faut la rapporter à l'année 581, car elle est
postérieure, mais de peu de mois probablement, à la mort de Gogo, à laquelle
nous avons assigné pour date le commencement de cette année. Le roi
d'Austrasie était alors en mauvaise intelligence, et même en état de guerre
avec son oncle Gontran, et cette circonstance ne fut, sans doute, pas
étrangère au parti que prit Brunehaut d'ajourner la vengeance qu'elle voulait
tirer d'Ursio et de Berthefredus. On a
vu, dans le volume précédent, que les rois Francs désignaient sous le nom
général de Provincia une région assez vaste renfermant plusieurs des
cités qui composaient plus anciennement la Viennensis, la Narbonensis
Secunda et les Alpes Maritimœ. Cette région était elle-même
divisée en deux parties, qui tiraient leur dénomination de leurs chefs-lieux
: la Provincia Arelatensis et la Provincia Massiliensis[32]. La première dépendait du
royaume de Bourgogne et était administrée par un fonctionnaire qualifié
tantôt duc[33] et tantôt patrice[34]. La seconde appartenait aux
rois d'Austrasie, qui la faisaient gouverner par un rector[35]. Ces deux districts portaient
encore les noms de Prima et de Secunda Provincia, et, chose
extraordinaire, le district qui renfermait la ville d'Arles, ancienne
capitale de la préfecture des Gaules, avait reçu le nom de Secunda[36]. Cette
division anormale d'un pays qui avait eu auparavant une administration et des
intérêts communs, devait être et fut, en effet, une cause de discordes et de
guerres. Nous avons dit plus haut que Sigisbert II avait essayé de s'emparer
de la Provincia Arelatensis, mais qu'il avait vu son entreprise
échouer. Après la mort de ce prince, les régents d'Austrasie avaient, sans
que l'on en connaisse le motif, cédé à Gontran la moitié de la ville de
Marseille, et le roi de Bourgogne, profitant de son titre de père adoptif,
s'était, probablement, emparé, ou à peu près, du reste de la ville[37] et de la province. Dynamius[38], qui en était rector[39], n'opposait aucune résistance,
parce qu'il se flattait d'obtenir plus facilement de Gontran que de
Childebert le pardon des violences qu'il avait commises contre Théodore
évêque de Marseille. Les choses en étaient là, lorsque le roi d'Austrasie ou
plutôt la reine-mère somma Gontran de restituer la moitié de la ville qui lui
avait été abandonnée, et de s'abstenir de toute entreprise sur la Provincia
Massiliensis. Le roi de Bourgogne répondit par un refus, et Brunehaut
chargea le domesticus Gundulfus[40] de se rendre dans le midi de la
Gaule, de replacer Marseille sous l'autorité de Childebert et d'employer à
cet effet la force même, dans le cas où la persuasion ne suffirait pas. Elle
lui conféra le titre de dux, sans lui donner de troupes, et comme la
Bourgogne tout entière séparait l'Austrasie de la Provincia Massiliensis,
Gundulfus se trouva obligé de faire un immense détour pour arriver dans cette
dernière. Il y parvint cependant et se présenta devant une des portes de
Marseille, avec l'évêque Théodore. Dynamius refusa de les recevoir ; mais ils
parvinrent à l'attirer, sous prétexte de conférer avec lui, dans la basilique
de Saint-Etienne, qui était située hors des murs. Dès que le rector
fut entré dans l'église, on en ferma les portes, et on le sépara ainsi de la
troupe de satellites qu'il avait amenée. Il comprit alors la nécessité de
céder, et, après avoir offert de magnifiques présents à Gundulfus et s'être
ainsi concilié la faveur du commissaire royal, il entra avec lui dans
Marseille et obtint de n'être pas dépouillé de son gouvernement. Mais
Gundulfus n'eut pas plutôt quitté la Provincia, que Dynamius, foulant
aux pieds son nouveau serment, fit reconnaître derechef l'autorité de Gontran
et se déclara en état de révolte ouverte contre Childebert. Le roi
d'Austrasie en éprouva un tel ressentiment, qu'il déclara la guerre à son
père adoptif[41]. Brunehaut alla plus loin.
Poussée par la soif de la vengeance, elle consentit à oublier les trop justes
griefs qu'elle avait contre Chilpéric, et ménagea contre ce prince féroce et
le jeune Childebert une alliance offensive et défensive. Une ambassade,
composée des principaux seigneurs austrasiens, et conduite par Ægidius
métropolitain de Reims, prélat très-mal famé, alla trouver le roi de Neustrie
dans le palais de Novigentum[42]. Chilpéric, affectant de
montrer des sentiments qui n'étaient pas dans son cœur, témoigna la plus vive
affection pour son neveu. « Dieu m'a privé de mes fils, à cause de la
multitude de mes péchés, dit-il, et je n'ai plus d'autre héritier que le fils
de mon frère Sigisbert. Je lui donne, en conséquence, tout ce que je possède
et posséderai ; je désire seulement en jouir tranquillement pendant le reste
de ma vie. » Les ambassadeurs, trompés par ces paroles, conclurent le
traité conformément aux désirs de Chilpéric et revinrent en Austrasie[43]. Le roi
de Neustrie, dont la femme était jeune encore et pouvait avoir de nouveaux
enfants, n'avait d'autre but, en laissant entrevoir à son neveu un héritage
aussi important, que de l'engager à la neutralité, et, dès que le traité fut
conclu, il chargea le gallo-romain Desiderius, que ses talents militaires
avaient élevé au rang de dux, de gagner, avec une armée, le midi de la
Gaule et d'occuper les cités qui appartenaient à Gontran. Desiderius attaqua
le duc Ragnovaldus, qui y commandait, le battit, le mit en fuite et s'empara
des cités de Petrocorii ou Petrogoricum (Périgueux), d'Aginnum (Agen), et dépouilla le roi de
Bourgogne de tout ce qui lui était échu dans la Première Aquitaine et la
Novempopulanie. Grégoire de Tours fournit quelques détails sur cette guerre,
qui n'appartient pas à notre sujet, et à laquelle Childebert refusa sagement
de prendre part. En effet, quand il connut les rapides succès de Desiderius,
et quand il vit réunir au royaume de Neustrie tant de cités qui devaient lui
revenir après la mort de Gontran, il comprit — ou, pour mieux dire, sa mère
comprit — quelle faute il avait commise en s'alliant à Chilpéric, à raison
des légers sujets de mécontentement que lui avait donnés le roi de Bourgogne.
Pendant que les armées de Gontran et de Chilpéric se choquaient dans le
sud-ouest de la Gaule et sur les limites des cités de Tours et de Bourges, le
roi d'Austrasie avait réuni ses troupes et s'était avancé vers les frontières
septentrionales du royaume de Bourgogne[44]. Les Austrasiens, se trouvant
ainsi assemblés en grand nombre, commencèrent à murmurer contre une politique
qui leur semblait tout-à-fait contraire à leurs intérêts. Ils disaient qu'il
était extrêmement dangereux d'aider un prince tel que Chilpéric à acquérir
une puissance aussi grande, et que Childebert n'aurait jamais dû se déclarer
contre un roi dont il était le fils adoptif, et qui avait promis de lui
laisser tout ce qu'il possédait. Des murmures on en vint aux menaces, et les
Austrasiens montraient surtout beaucoup d'animosité contre le métropolitain
de Reims, Ægidius, qu'ils accusaient d'avoir trahi son maître, an profit du
-roi de Neustrie. Childebert, effrayé par leurs plaintes, ne leur donna pas
l'ordre d'avancer et observa une neutralité parfaite. Mais ce moyen terme ne
satisfit pas la multitude. Un jour, les soldats prennent les armes tumultuairement,
se précipitent vers la tente du roi et le somment de livrer Ægidius, les
ambassadeurs qui avaient négocié, de concert avec lui, le traité dont on se
plaignait, et quelques autres leudes que l'histoire ne nomme pas. Ce ne fut
pas sans peine que le roi et sa mère parvinrent à apaiser cette soldatesque
furieuse, et même ils n'auraient pas sauvé Ægidius, si ce dernier, instruit
des projets des Austrasiens, n'eût fait seller à la hâte des chevaux, sur
lesquels il sauta avec plusieurs de ses familiers. La multitude le
poursuivit, pendant quelque temps, en lui jetant des pierres et en
l'accablant d'imprécations ; mais, comme ses ennemis n'avaient pas de chevaux
sous la main, le prélat évita leur fureur. Sa précipitation fut telle, qu'il
laissa loin derrière lui ses compagnons, dont les chevaux s'étaient fatigués
plus vite que le sien, et qu'une de ses chaussures étant venue à tomber, il
ne s'arrêta pas pour la reprendre. Enfin, après une course probablement fort
longue, car l'armée austrasienne devait camper au midi de la Marne, il gagna
la ville de Reims, dont il fit aussitôt fermer les portes[45]. Ces
événements s'étaient accomplis vers la fin de l'année 583, et Chilpéric,
ayant été battu par les Bourguignons, et n'ayant plus aucune espérance de
voir Childebert exécuter une diversion efficace en sa faveur, fit des
propositions de paix à Gontran, lequel se hâta de les accueillir, puisque le
traité devait lui procurer la restitution de tout ce que les généraux de son
frère lui avaient enlevé. Le roi d'Austrasie demanda à être compris dans ce
traité, qui fut conclu au commencement de l'année 584 ; le roi de Bourgogne
se désista de toute prétention sur la Provincia Massiliensis, et, peu
de temps après, Childebert nomma rector de ce pays le gallo-romain
Nicetius, qui était originaire de la civitas des Arverni[46]. Ce
n'était pas sans regret que le roi de Bourgogne avait fait la guerre à son
neveu. Il préférait de beaucoup ce jeune prince, fils de son frère germain, à
Chilpéric, qui était seulement frère utérin de Sigisbert et de Gontran. De
plus, ce dernier était persuadé, comme tout le monde, que le roi d'Austrasie
était appelé à la plus haute fortune, et il ne voulait rien faire pour y
mettre obstacle. Voici quelle était l'origine de cette croyance. En 570,
Sigisbert II assistait à la messe, le jour de noël[47], et le diacre allait commencer
une leçon tirée du prophète Isaïe, lorsqu'on vit entrer dans l'église un
messager qui venait annoncer l'accouchement de la reine. Au même instant, le
messager, s'acquittant de sa commission, et le diacre, commençant sa lecture,
prononcèrent simultanément les mots : Filius natus est tibi, et tout
le peuple, faisant allusion à la naissance de Jésus-Christ et à celle de
Childebert, s'écria : Gloria Deo omnipotenti[48]. Les
rois d'Austrasie et de Bourgogne, non contents de s'être réconciliés,
résolurent d'unir leurs forces pour obliger Chilpéric à leur rendre les civitates
de l'ouest et du midi qu'il avait usurpées. Il avait bien promis de restituer
à Gontran ce qu'il lui avait pris, mais il différait de jour en jour
l'accomplissement de sa promesse. Il venait d'arranger le mariage de sa fille
Rigunthis avec Reccaredus ou Richaredus fils du roi des Wisigoths, et il se
proposait de lui abandonner, à titre de dot, quelques-unes des civitates
qui avaient autrefois appartenu à Charibert, et dont il avait dépouillé son
neveu. Ce dernier le somma de renoncer à un pareil dessein, en lui faisant
entendre qu'un refus entraînerait immédiatement une déclaration de guerre[49]. Le roi de Neustrie n'avait pas
attendu cette sommation pour prendre des mesures de défense, et les
hostilités allaient commencer, lorsque ce malheureux prince fut assassiné,
dans le palais de Cala (Chelles), par ordre de l'amant de sa femme, au mois
de septembre 584[50]. Sa
fille Rigunthis était partie pour l'Espagne, où elle devait se marier, et
Chilpéric, voulant donner aux Wisigoths une haute idée de sa puissance et de
ses richesses, avait organisé, pour conduire la princesse, un cortège
magnifique, dans lequel il avait fait entrer nombre de gallo-romains,
arrachés, par ses ordres, à leurs familles et à leurs occupations. Il n'avait
pas tardé à s'en repentir. Car, Rigunthis s'étant arrêtée à huit milles de
Paris pour y passer la première nuit qui suivit son départ, cinquante
individus se levèrent en silence, s'emparèrent chacun de deux excellents
chevaux, avec leurs freins d'or ou plutôt dorés, et s'enfuirent vers le roi
d'Austrasie, qui leur donna un asile. Cette scène se renouvela plus d'une
fois pendant la longue route que la princesse devait parcourir, et le cortège
était fort diminué lorsqu'il entra dans la ville de Toulouse. Ce fut là que
Rigunthis apprit la triste fin de son père, et le duc Desiderius, auquel
Chilpéric avait confié le gouvernement des civitates du midi, crut
pouvoir profiter de l'occasion, s'empara de Toulouse, avec une troupe
d'hommes armés, enleva tous les trésors que la princesse emportait avec elle
et se les attribua[51]. La
famille de Chilpéric semblait perdue ; les gouverneurs des cités, fatigués de
la tyrannie qui avait pesé sur eux pendant longtemps, attendaient avec
impatience le moment de reconnaître une autre autorité, et Childebert, dirigé
par une femme d'une habileté supérieure, s'était concilié de nouveau l'amitié
du roi de Bourgogne et avait réuni une armée nombreuse, avec laquelle il se
disposait à venger la mort de son père. Frédégonde restait seule, avec un
enfant de quatre mois, dont la légitimité même était fort douteuse, et elle
jugea ses affaires tellement désespérées, qu'elle se réfugia, avec son fils,
dans la cathédrale de Paris, où elle fut charitablement accueillie par
Ragnemodus évêque de cette ville. Sur les entrefaites, Childebert, qui
n'avait pas perdu un instant, était entré dans la ville de Meaux, et les
trésoriers de Chilpéric lui avaient apporté dans ce lieu les sommes immenses
que Frédégonde avait été contrainte de laisser dans le palais de Chelles. La
ville de Paris elle-même allait être occupée par les Austrasiens, et la veuve
de Chilpéric devait craindre qu'ils ne fussent pas arrêtés par la sainteté de
l'asile qu'elle avait choisi. Mais elle trouva tout-à-coup un appui, sur
lequel ses crimes ne lui donnaient pas le droit de compter. Le bon Gontran
fut ému en apprenant l'assassinat de Chilpéric et le danger que courait le
fils de ce prince. Sa douceur ne lui permettait pas de penser que Frédégonde
avait fait tuer elle-même son mari, et cette femme, aussi rusée que cruelle,
lui avait dépêché un messager pour implorer sa protection. Il résolut donc de
prévenir l'exécution des desseins de Childebert et de Brunehaut, et, dans ce
but, il se rendit précipitamment à Paris, avec les troupes qu'il avait
réunies pour combattre Chilpéric. Il y était à peine installé, lorsque
l'armée austrasienne parut et s'établit sur les deux rives de la Seine. En
même temps, Childebert invita son oncle à lui livrer le passage sur un des
ponts qui donnaient accès dans la cité. On sait que, après la mort de
Charibert, qui avait été maître de Paris, ses trois frères, voulant tous
avoir cette ville, avaient fini par convenir qu'ils la posséderaient par
indivis ; qu'aucun d'eux ne pourrait y entrer sans l'autorisation des deux
autres, et que le contrevenant perdrait ce qu'il avait obtenu dans la
succession de Charibert. En conséquence, Gontran répondit aux envoyés de
Childebert, qui lui rappelaient les crimes de Chilpéric et de Frédégonde, les
usurpations commises au préjudice de la Bourgogne et de l'Austrasie, ainsi
que les promesses par lui faites à leur maître, lorsqu'il l'avait adopté : « Vous
êtes des misérables et des perfides, vous n'avez nul souci de la vérité, et
vous ne tenez jamais ce que vous avez juré. Oubliant tous les serments que
vous m'aviez faits, vous avez traité avec Chilpéric pour envahir et partager
mon royaume. Voilà vos conventions et vos signatures, et maintenant quelle
est votre audace de venir requérir mon appui en faveur de mon neveu Childebert,
lorsque vous avez tout mis en œuvre pour le rendre mon ennemi ! » En
même temps, il leur montrait un des originaux du traité conclu avec
Chilpéric. Les envoyés, étourdis de cette réponse véhémente, se bornèrent à
prier Gontran de ne pas s'emparer des cités qui étaient échues à Sigisbert
II, après la mort de Charibert ; mais le roi de Bourgogne leur dit que, dans
ce moment, les rois d'Austrasie, de Neustrie et de Bourgogne avaient réglé
que celui d'entr'eux qui entrerait à Paris, sans l'autorisation des deux
autres, perdrait sa part dans la sors de Charibert. Il ajouta que, Sigisbert
et Chilpéric ayant successivement contrevenu à cette défense, il était
devenu, par le fait même, seul et légitime héritier. Les
envoyés furent obligés de s'en retourner avec cette réponse ; mais ils
revinrent, bientôt après, demandant à Gontran de leur livrer Frédégonde, afin
qu'elle reçût enfin la punition due à tous ses crimes. Le roi de Bourgogne
leur répliqua qu'il examinerait lui-même l'affaire, et Frédégonde, redoutant
la justice de Gontran, s'éloigna avec précipitation. En même temps,
Landericus maire du palais de Neustrie et quelques autres seigneurs, dévoués
à la famille de Chilpéric, proclamèrent roi, dans les cités qui avaient
appartenu à ce prince, le fils de Frédégonde, que nous désignerons désormais
sous le nom de Clotaire II. La proclamation fut faite avec l'assentiment de
Gontran, et ce prince, après avoir réparé, autant que cela était possible,
les plus criantes injustices de Chilpéric, retourna dans ses états ; mais,
comme sa bonté ne l'empêchait pas d'avoir un peu d'ambition, il réunit à son
royaume toutes les cités qui avaient autrefois obéi à Charibert. Cette
ambition ne plut pas à Brunehaut et à son fils, et, par leurs ordres, le duc
Gararicus se rendit dans l'ouest de la Gaule et fit reconnaître l'autorité de
Childebert dans les cités de Limoges et de Poitiers. H voulut également
occuper celle de Tours, et, comme les citoyens refusaient de proclamer le roi
d'Austrasie à cause des menaces de Gontran, Gararicus sortit de la ville, en
annonçant qu'il reviendrait, avec des troupes ; mais il ne se trouva pas en
état de réaliser sa menace. Peu après, Sicharius et Willacharius, généraux du
roi de Bourgogne, pénétrèrent dans la civitas de Poitiers, et les
villes de l'ouest, qui avaient déjà reconnu Childebert, furent obligées
d'expulser les officiers de ce prince et d'obéir à ceux que Gontran leur
envoya. Cependant, elles avaient d'abord demandé aux généraux bourguignons de
rester neutres, jusqu'à ce que les deux rois eussent conclu un arrangement
définitif. Childebert
espérait encore faire fléchir l'opiniâtreté de son oncle, et, dans ce but, il
lui envoya une ambassade solennelle. Malheureusement, on y voyait figurer, à
côté d'Ægidius métropolitain de Reims, diplomate souple et délié, mais d'une
probité plus que suspecte, Sigivaldus et d'autres seigneurs austrasiens, gens
de main plutôt que de conseil, et notamment Gontran-Boson, dont le nom
reviendra plus d'une fois dans notre récit. Il était facile de prévoir que de
pareils hommes n'étaient guère propres à faire réussir une négociation aussi
délicate. En effet, Ægidius, qui portait la parole au nom de la députation,
n'eut pas plutôt terminé son compliment, que le roi de Bourgogne, parfois peu
maitre de lui-même, s'emporta contre le prélat et lui adressa les plus
sanglants reproches. Le métropolitain, déconcerté par une telle réception,
n'osa rien ajouter, et, comme il était le seul des ambassadeurs capable de
mener à bien la négociation, l'entretien ne tarda pas à prendre une tournure
belliqueuse. Deux des leudes prièrent successivement le roi de rendre à
Childebert les cités qui provenaient de l'héritage de Charibert et de lui
livrer Frédégonde. Ils éprouvèrent un refus formel. Alors Gontran-Boson
s'approcha pour parler à son tour ; mais le prince, ne lui laissant pas même
le temps d'ouvrir la bouche, l'accabla d'injures, en lui reprochant d'être un
des promoteurs de l'entreprise de Gundovaldus, dont nous parlerons
tout-à-l'heure. Gontran-Boson protesté d'abord de son innocence, puis,
s'animant par degrés, il s'écria : « Ô roi, nous prenons congé de toi,
puisque tu ne veux pas restituer ce qui appartient légitimement à ton neveu ;
mais sache bien que la hache qui a fendu la tête de tes deux frères n'est pas
encore ébréchée, et qu'elle entamera bientôt ton propre crâne ! Cela dit, les
ambassadeurs sortirent en tumulte, et le roi, furieux, mais respectant
toutefois leur caractère, se contenta d'ordonner à ses palefreniers de leur
jeter du fumier et des ordures[52]. Les
rois de Bourgogne et d'Austrasie restèrent donc brouillés pendant quelque
temps, et Frédégonde en profita pour affermir le trône de son fils. Elle
tâcha de plus de faire périr Brunehaut, qu'elle regardait, avec raison, comme
son ennemie mortelle. Elle chargea de cette horrible mission un clerc, qui,
se disant persécuté par ses ordres, se rendit en Austrasie et tâcha d'entrer
dans la maison de la reine-mère. Il y parvint ; mais on soupçonna son
dessein, avant qu'il eût le temps de l'exécuter, et on le chassa
honteusement. Frédégonde lui fit couper les pieds et les mains, pour le punir
de son mauvais succès[53], et, afin de perdre au moins de
réputation une rivale qu'elle ne pouvait exterminer, elle répandit que le
meurtre de Chilpéric était l'œuvre de Brunehaut. La
tentative d'assassinat qui vient d'être mentionnée n'est pas la seule que
l'histoire reproche à Frédégonde, et Grégoire de Tours en rapporte une autre,
qui est de peu de temps postérieure. Leuvigild, roi des Wisigoths, avait fait
mourir son fils Herménégild, le 13 avril 585, et la veuve de ce prince,
Ingonde fille de Sigisbert II et de Brunehaut, avait cherché, avec son
enfant, un refuge sur le territoire de l'Empire. L'empereur lui avait assigné
pour résidence la ville d'Hippo-Regius (Hippone), en Afrique[54], où la princesse mourut bientôt
après, et où elle fut inhumée. Gontran et Childebert, irrités tous deux des
outrages qu'elle avait reçus, avaient pris la résolution d'en tirer
vengeance, et Leuvigild, qui craignait, non sans motifs, les armes des Francs,
écrivit à Frédégonde pour l'engager, par de magnifiques promesses, à tromper
Gontran, sur l'esprit duquel elle avait un certain ascendant, et à se défaire
de Childebert, que sa qualité de frère d'Ingonde devait rendre intraitable.
Frédégonde fit alors fabriquer deux couteaux, dont la lame offrait une
profonde cannelure, dans laquelle on coula du poison, afin que, si le coup lui-même
n'attaquait aucun organe essentiel, la blessure n'en fût pas moins
inguérissable. Elle confia ces armes redoutables à deux misérables clercs,
auxquels elle ordonna de se trouver sur le passage de Childebert, de s'en
approcher, de se jeter à ses pieds, en lui demandant l'aumône, et de le
frapper de chaque côté. « Si cet enfant est trop bien gardé, ajouta
Frédégonde, pour qu'il vous soit possible d'exécuter mes instructions,
tâchez, au moins, de me débarrasser de Brunehaut. » Elle leur prodigua les
plus belles promesses, tant pour eux que pour leurs parents, et, voyant
qu'ils hésitaient encore, elle leur donna, selon Grégoire de Tours, un
breuvage, qu'elle leur recommanda de prendre avant de tenter l'entreprise[55]. Les deux clercs se mirent en
route et arrivèrent à Soissons. Le duc Rauchingus, qui y commandait, eut un
soupçon, les fit arrêter, les contraignit d'avouer leur dessein et les mit en
prison. Frédégonde, inquiète de ne pas entendre parler de ses émissaires,
prescrivit à un esclave, qui avait sa confiance, de se rendre en Austrasie et
de chercher à savoir ce qu'ils étaient devenus. Il choisit le même chemin et
il apprit, à Soissons, qu'ils avaient été découverts et incarcérés. Il essaya
alors de communiquer avec eux ; mais il n'eut pas plutôt commencé à parler
aux gardiens de la prison, que ceux-ci, concevant également quelque soupçon,
l'arrêtèrent lui-même. Ensuite, on les conduisit tous trois devant
Childebert, qui les fit mettre à mort, après en avoir tiré les aveux les plus
complets[56]. Les
empereurs paraissent être restés spectateurs, sinon indifférents, du moins
impassibles, de tous les crimes qui faillirent alors anéantir la race
mérovingienne. Accablés d'embarras en Italie, dans la vallée inférieure du
Danube et sur les frontières de la Perse, ils n'étaient pas en état
d'intervenir efficacement dans les affaires de la Gaule, et, d'ailleurs, il
leur importait peu de voir les descendants de Clovis se dévorer entr'eux,
pourvu que les clauses du contrat en vertu duquel les Francs s'étaient
établis dans ce pays continuassent à être observées, et que la suprématie
impériale fût toujours reconnue. Tibère, qui régna de 578 à 582, montra, en
toute circonstance, beaucoup de condescendance dans les relations qu'il
entretint avec les rois mérovingiens. Il espérait les engager à joindre leurs
armes aux siennes pour expulser enfin les Lombards, qui faisaient des progrès
continuels en Italie[57] ; mais, vers la fin de son
règne, il crut avoir rencontré une occasion favorable pour rendre à
l'autorité impériale une partie du prestige qu'elle avait perdu. On sait
que le roi Clotaire Ier avait eu simultanément ou successivement un assez
grand nombre d'épouses et de concubines, desquelles étaient nés plusieurs
enfants. Une femme qui avait vécu, pendant quelque temps, avec ce prince
avait un enfant, nommé Ballomer, qu'elle disait être fils de Clotaire. Elle
lui fit donner une éducation distinguée, laissa croître les cheveux de
Ballomer, selon la coutume des Mérovingiens, et le présenta à Childebert,
frère de Clotaire, en lui disant : « Voilà votre neveu ; je vous supplie de
le protéger, car son père l'a pris en aversion ». Childebert, qui n'avait pas
de fils, l'accueillit avec bonté et en prévint son frère. Celui-ci pria
Childebert de lui envoyer l'enfant, et, l'ayant considéré, il dit : « Ce
n'est pas mon fils », et il lui fit couper les cheveux. Après la mort de
Clotaire, Ballomer laissa de nouveau croître sa chevelure et réussit à se
concilier la faveur du roi Charibert ; mais Sigisbert II, étant parvenu à se
rendre maître de ce jeune homme, le fit tondre derechef et lui assigna pour
résidence la ville de Cologne. Ballomer, qui avait pris le nom de Gundovaldus
ou Gondovald, s'enfuit, se retira en Italie près de Narsès, qui gouvernait
cette contrée au nom de l'empereur, se maria, eut des enfants et finit par aller
habiter Constantinople[58]. Il y vivait en simple
particulier, lorsque les divisions et les crimes des fils de Clotaire Ier
inspirèrent à quelques intrigants l'idée de se servir de lui, pour renverser
les rois Francs et régner sous son nom. Il n'était pas nécessaire pour monter
sur le trône d'être issu d'une épouse légitime — ex justis nuptiis,
comme on disait alors —, et le fils d'une concubine pouvait porter la
couronne. Gondovald, s'il devait réellement le jour à Clotaire Ier, avait
donc le droit de réclamer une part dans la succession de son père. D'un autre
côté, c'était un homme dans toute la force de l'âge ; il ne manquait ni de
courage, ni d'intelligence, et il paraissait bien préférable à Chilpéric,
prince cruel et grossier ; à Gontran, dont la bonté dégénérait souvent en
faiblesse, et même à Childebert, trop jeune encore pour que l'on pût deviner
ce qu'il serait un jour. Les seigneurs qui conçurent le projet de placer
Gondovald sur le trône étaient assez nombreux ; mais l'histoire n'en désigne
guère que trois : Gontran-Boson, Mummolus et le duc Desiderius. Le premier
était d'origine barbare. Homme plein d'ambition et d'un caractère inquiet, il
n'était pas content de sa position et voulait devenir le premier personnage
de l'état. Mummolus, que nous avons déjà mentionné, était parvenu, grâce à
ses talents militaires, au poste de patrice du royaume de Bourgogne ;
néanmoins, il avait encouru le déplaisir de Gontran et s'était retiré, en
580, avec sa femme, ses enfants, ses serviteurs et d'immenses richesses, dans
la ville d'Avignon, une des cités de la Provincia Massiliensis, qui
appartenait au roi d'Austrasie[59]. Desiderius commandait, pour
Chilpéric, dans les provinces du sud-est de la Gaule. C'était un général
habile, mais d'une fidélité très-équivoque, et il craignait probablement que,
sur le moindre soupçon, le roi et Frédégonde ne le sacrifiassent à leur
tranquillité. De plus, Desiderius et Mummolus étaient gallo-romains ; ils
n'auraient pas été fâchés, sans doute, d'avoir dans le gouvernement plus
d'autorité qu'ils n'en avaient eu, et ils pouvaient se flatter de tout
obtenir d'un prince qui leur devrait la couronne. Les principaux moteurs de
cette difficile entreprise comprirent très-bien qu'ils ne manqueraient pas
d'échouer, s'ils laissaient percer l'intention de renverser les trois princes
qui régnaient alors, et ils résolurent de les diviser pour les perdre plus
sûrement. Ils parlèrent secrètement à Brunehaut, lui affirmant qu'ils
voulaient seulement renverser Gontran et Chilpéric, le meurtrier de son mari,
et ils parvinrent à s'assurer la neutralité, et même, jusqu'à un certain
point, le concours de l'Austrasie. La participation, plus ou moins directe,
de Brunehaut aux évènements dont nous allons parler sera suffisamment établie
par notre récit lui-même. Quand
tous les préliminaires de l'entreprise furent achevés, Gontran-Boson partit
pour Constantinople, alla trouver Gondovald et l'engagea vivement à se rendre
dans les Gaules, où il n'aurait qu'à se montrer pour voir les peuples se
déclarer en sa faveur. Gondovald eut quelque peine à se déterminer. Il vivait
tranquille et honoré dans la capitale de l'Empire, et il craignait, non sans
raison, de se fier à des gens dont la conduite antérieure n'était pas propre
à lui inspirer une grande confiance. Mais il fut enfin séduit par la
perspective d'une couronne ; et, d'un autre côté, l'empereur Tibère, qui
l'avait bien accueilli et avait fourni généreusement à toutes ses dépenses,
probablement-afin de se servir, un jour, de lui pour rétablir l'autorité
impériale dans les Gaules, Tibère lui représenta la nécessité de ne pas
repousser les ouvertures de Gontran-Boson, et lui offrit de le faire conduire
jusqu'à Marseille sur une flotte romaine et de lui donner des subsides
considérables. L'histoire ne nous apprend pas quelles conditions l'empereur
mit à une pareille assistance ; mais on doit croire qu'il exigea de Gondovald
la promesse de respecter les ordres impériaux plus que ne l'avaient fait les
fils et les petits-fils de Clovis L Quand le prince mérovingien eut pris une
détermination définitive, il conduisit Gontran-Boson dans les douze
basiliques les plus vénérées de la ville de Constantinople et lui fit prêter
de redoutables serments[60]. La mort de Tibère, arrivée le
14 août 582, n'interrompit nullement les préparatifs qu'il avait ordonnés
pour conduire Gondovald dans les Gaules ; Maurice, qui succéda à Tibère,
adopta la même politique, et la flotte qui portait le prince et ses compagnons
vint jeter l'ancre dans le port de Marseille. Gontran-Boson avait affirmé
qu'il représentait un grand nombre de seigneurs austrasiens, et, en effet,
plusieurs d'entr'eux avaient écrit à saint Théodore, évêque de cette ville,
pour lui recommander de bien accueillir Gondovald, disant que Childebert et
sa mère approuvaient l'entreprise, bien qu'ils n'osassent le déclarer
hautement, afin de ne pas rompre tout-à-fait avec les rois de Neustrie et de
Bourgogne[61]. Théodore se conforma aux
recommandations des seigneurs austrasiens et reçut Gondovald comme un
souverain. Cependant il ne possédait encore, comme on le verra bientôt, que
le principatus ou la délégation impériale ; mais le prestige attaché
au nom de l'Empire était si grand dans les pays gouvernés par les rois
Barbares fédérés, et les ordres venus de Constantinople obtenaient encore une
telle obéissance, que le prince mérovingien fut immédiatement et paisiblement
reconnu dans la Provincia et dans les cités voisines. Mummolus, qui
résidait dans la ville d'Avignon, le pria de s'y rendre et lui livra cette
place importante[62]. Mais, sur ces entrefaites,
Gontran-Boson, qui croyait avoir à se plaindre de Gondovald ou feignait
d'avoir contre lui quelque sujet de mécontentement, lui déroba une partie des
sommes qu'il avait reçues de Maurice, réunit un certain nombre d'hommes armés
et fit arrêter, on ne dit pas de quel droit, l'évêque Théodore, auquel il
reprochait d'avoir trahi son légitime souverain[63]. Gondovald, effrayé de la
tournure que prenaient ses affaires, se retira momentanément dans une des
petites îles voisines de la côte de Provence, et peut-être même dans Ille de
Corse, qui obéissait aux magistrats impériaux[64]. Cette
retraite eut lieu vers la fin de l'année 583. Gontran-Boson, voulant
dissimuler, autant que possible, sa participation à l'entreprise de
Gondovald, interrogea lui-même l'évêque de Marseille, et — chose qui prouve
bien l'exactitude de ce que nous avons dit relativement aux vues de Tibère et
de Maurice — il Lui demanda pourquoi il avait accueilli un homme dont le
dessein était de soumettre directement la Gaule à l'autorité impériale[65]. Gontran le livra ensuite au
roi de Bourgogne, ainsi qu'Epiphanius évêque de Forum-Julii (Fréjus), lequel s'était aussi déclaré
en faveur de Gondovald. Le roi se montra fort irrité contre eux, et, bien
qu'il ne pût les convaincre d'aucune machination contre lui, il les retint
dans une étroite prison, où Epiphanius mourut à la suite des mauvais
traitements qu'il avait endurés. Gontran-Boson, craignant toujours le
ressentiment du roi de Bourgogne, partagea avec lui les trésors qu'il avait
dérobés à Gondovald et obtint, moyennant ce sacrifice, l'autorisation de
transporter dans la civitas des Arverni les sommes qu'il avait
conservées, et qui étaient fort considérables[66]. De là, il se rendit en
Austrasie, où il séjourna peu de temps, et, comme il retournait dans la cité
des Arverni, avec sa femme et ses enfants, il fut arrêté sur le
territoire du royaume de Bourgogne. Le roi, qui avait probablement reçu de
nouveaux renseignements sur l'affaire, le fit amener en sa présence et lui
reprocha d'avoir été le principal coupable et d'avoir fait le voyage de
Constantinople exprès pour en ramener Gondovald. Gontran-Boson essaya de
rejeter toute la responsabilité sur le patrice Mummolus. Mais comme le roi
refusait d'ajouter foi à de pareils discours, Gontran-Boson lui dit de garder
son fils comme otage, et lui offrit de livrer Mummolus. Le roi accepta, et
Gontran-Boson, rassemblant les milices des civitates des Arverni
et des Vellavi, vint mettre le siège devant la ville d'Avignon.
Mummolus s'attendait depuis longtemps à une attaque et avait pris toutes les
précautions que son expérience militaire lui avait suggérées. Aussi, l'armée
de Gontran trouva-t-elle des difficultés inattendues, et Childebert, ayant su
que cette armée, en partie composée de sujets du roi de Bourgogne, n'avait
pas craint de pénétrer sur un territoire annexé à l'Austrasie, envoya dans la
Provincia Massiliensis le duc Gundulfus, qui y avait déjà une fois
rétabli l'ordre, et qui fit lever le siège d'Avignon, dans les derniers jours
de l'année 583[67]. Le
mauvais succès de la première tentative de Gondovald refroidit un peu le zèle
de Brunehaut et des seigneurs austrasiens, qui avaient promis de lui prêter
aide et secours. Néanmoins, la princesse et son fils évitèrent avec soin
toute démarche susceptible d'être mal interprétée à Constantinople. Ils
avaient alors, plus que jamais, intérêt à ménager l'empereur, à cause de la
princesse Ingonde, de son enfant et de son époux, que l'assistance des
officiers impériaux de la Bétique pouvait encore sauver. L'année
suivante (584), la mésintelligence ne fit que
s'accroître entre les rois mérovingiens. Chilpéric fut assassiné au mois de
septembre ; Gontran et Childebert, un moment réconciliés, se brouillèrent
derechef, et les partisans de Gondovald jugèrent que le moment était favorable
pour faire une seconde tentative. Ils se flattaient, d'ailleurs, d'être,
cette fois, secondés par le roi d'Austrasie, qui voulait se venger de
Frédégonde et faire repentir Gontran d'avoir protégé cette femme criminelle.
En conséquence, Gondovald débarqua de nouveau sur les côtes de Provence, dans
les premiers mois[68] de l'année 585, et l'on vit non
seulement les Gallo-Romains, mais encore les évêques et les officiers royaux
eux-mêmes se déclarer en sa faveur. Le patrice Mummolus, qui occupait
toujours Avignon, lui fut surtout d'un grand secours[69]. Quittant alors la Provincia
Massiliensis, le prétendant s'avança vers le centre de la Gaule, et le
nombre de ses partisans ne cessa d'augmenter. Il n'avait encore d'autre titre
pour se faire obéir que celui de délégué impérial, qui suffisait à l'égard
des Gallo-Romains, mais ne conférait aucun droit sur les Barbares fédérés.
Lorsque Gondovald fut arrivé dans le vicus de Briva-Curretia[70], qui appartenait à la civitas
de Limoges, les chefs de son armée le proclamèrent roi, en l'élevant sur un
bouclier, selon l'usage des Francs ; et on observa qu'il faillit tomber, et
que l'on fut obligé de le soutenir ; circonstance que plusieurs des
assistants regardèrent comme un présage de mauvaise fortune[71]. Rien,
du reste, ne semblait alors annoncer qu'un pareil présage dût se réaliser. La
plupart des cités de l'ouest, du centre et du midi de la Gaule prenaient
parti pour le prétendant, et ses généraux attaquaient et soumettaient celles
qui ne montraient pas le même empressement. Favorisé secrètement par
Childebert, et voulant, d'ailleurs, que leur bonne intelligence ne fût un
mystère pour personne, afin d'augmenter encore la multitude de ses partisans,
il ne se faisait prêter serment de fidélité que dans les civitates
appartenant à Gontran et à Clotaire II, et il exigeait, au contraire, que l'on
prêtât serment à Childebert dans les cités dont ce jeune prince avait été
dépouillé par les rois de Neustrie et de Bourgogne[72]. Le duc
Desiderius, qui avait autrefois reçu de Chilpéric un grand commandement dans
le sud-ouest de la Gaule, et qui venait de dépouiller de ses trésors la
princesse Rigunthis, fille du roi de Neustrie, avait, comme on l'a vu, pris
quelques engagements avec Gondovald, lorsque ce dernier était encore à
Constantinople. Il le rejoignit alors et fit reconnaître son autorité dans
toute l'étendue de son gouvernement[73]. Il fut puissamment secondé par
le duc Bladastes, qui administrait, au nom de Clotaire II, une autre portion
du midi de la Gaule, et par Garacharius comte de la civitas de
Bordeaux[74]. Gondovaldus entra dans la
ville de Tolosa (Toulouse), et Rigunthis, qui n'avait pu retourner encore
près de sa mère, chercha un asile dans la basilique de Sainte-Marie[75]. Bertchramnus métropolitain de
Bordeaux, qui appartenait par sa naissance à la famille royale[76], Palladius évêque de Santones
(Saintes), Ursiéinus évêque de Cadurci
(Cahors), Orestes évêque de Vasates
(Bazas) et plusieurs autres prélats
accueillirent le nouveau roi dans leurs villes épiscopales et se soumirent à
son autorité[77]. Gondovald, de son côté, fit
élire et sacrer des évêques dans quelques lieux, dont il trouva les siéges
épiscopaux vacants par suite de décès ou d'abandon. C'est ainsi que le prêtre
Faustianus fut élu évêque de la ville d'Aquœ Tarbellicœ (Acqs ou Dax), par ordre du prétendant, puis
sacré par le métropolitain de Bordeaux et par les évêques de Saintes et de
Bazas[78]. Dans
l'espace de quelques mois, Gondovald parvint à occuper la plupart des cités
formant la Provincia Arelatensis, la Novempopulania, l'Aquitania
Prima et l'Aquitania Secunda[79]. Il annonçait partout, afin
d'être fidèle aux promesses qu'il avait faites, et de se concilier la faveur
des Gallo-Romains, qu'il entendait gouverner comme lieutenant de l'empereur,
et il ordonna d'inscrire le nom de Maurice sur les monnaies. Nous démontrerons
plus loin que les Mérovingiens n'avaient cessé d'employer pour leurs monnaies
les types impériaux ; mais le nom de l'empereur n'y figurait pas
ordinairement. Gondovald, au contraire, fit frapper dans les ateliers d'Arles
et de Marseille des monnaies d'or offrant, autour du buste de l'empereur, la
légende D. N. MAVRITIVS P.P. AVG[80]. Il est probable que l'on
frappa aux mêmes types dans toutes les cités dont le prétendant se rendit
maitre, et l'on rencontre même parfois des tiers de sou au nom de Maurice
d'un travail tellement barbare, qu'ils semblent avoir été fabriqués dans le
nord de la Gaule, comme si Childebert, pour fournir à l'empereur de nouvelles
preuves de son dévouement, avait imité l'exemple que Gondovald lui donnait
alors[81]. Les
généraux qui commandaient pour Gontran dans les provinces du midi n'avaient
opposé qu'une faible résistance à la marche du prétendant, et le roi de
Bourgogne, oubliant sa bonhomie ordinaire, montrait une véritable fureur
contre un homme qui mettait son autorité en péril et contre les partisans de
cet audacieux. Ce fut sur ces entrefaites que Childebert envoya à son oncle
l'ambassade dont il a été parlé plus haut, et qui fut si mal reçue.
Gontran-Boson figurait, comme on l'a vu, au nombre des ambassadeurs, et le
roi de Bourgogne ne put s'empêcher de lui faire les plus sanglants reproches
au sujet de la part qu'il avait prise aux projets de Gondovald[82]. Childebert, de son côté, fut
outré de la manière dont le roi de Bourgogne avait accueilli ses envoyés, et
de son refus de faire droit à des réclamations qu'il regardait comme
légitimes. Il résolut donc de favoriser, autant qu'il le pourrait, les progrès
de Gondovald, qui devait à-la-fois le venger de son oncle et le débarrasser
de Frédégonde, son implacable ennemie. Cependant
Gontran ne se bornait pas à exhaler sa colère en menaces impuissantes, et il
s'occupait à réunir une armée redoutable, dont il confia le commandement à
Leudegisilus, comes stabuli ou comte des écuries royales, et à Agila,
patrice de Bourgogne[83]. D'un autre côté, comme il
sentait bien que l'appui du roi d'Austrasie, le plus puissant des princes
mérovingiens, était de nature à donner au parti de Gondovald un ascendant
irrésistible, il tenta de se rapprocher de son neveu, qu'il avait adopté, et
auquel il avait toujours porté une affection que ses querelles avec Brunehaut
n'avaient pu éteindre. Une occasion favorable se présentait alors.
Childebert, né le 25 décembre 570, allait avoir quinze ans et devait être
proclamé majeur ; car, chez les nations barbares, la majorité des rois était
celle que la loi de chaque peuple fixait pour tous les individus qui en
faisaient partie[84]. Gondovald,
instruit des préparatifs militaires de Gontran et des avances qu'il faisait à
Childebert, résolut d'entamer une négociation, afin d'obtenir, au moyen d'une
transaction, l'abandon définitif des provinces qui l'avaient reconnu. Il
chargea de ses pouvoirs un Franc appelé Zabulfus et un Wascon auquel Grégoire
de Tours attribue le nom de Zotanus[85]. Ces envoyés, portant des
baguettes consacrées, selon l'usage des Romains[86], se mirent en marche pour se
rendre près de Gontran ; mais ils eurent, pendant leur voyage, l'imprudence
de parler de la mission qu'ils accomplissaient, et les officiers
bourguignons, sans égard pour le caractère dont ces deux personnages étaient
revêtus, les saisirent et les conduisirent, enchaînés, devant le roi de
Bourgogne. Peu de jours auparavant, on avait amené de même devant lui l'abbé
du monastère de Cahors et un autre individu, que Gondovald avait chargés
d'une mission plus difficile : celle d'attirer dans son parti quelques hommes
influents, sur les bonnes dispositions desquels il croyait pouvoir compter.
Gontran avait fait frapper violemment l'abbé de Cahors, l'avait jeté dans une
étroite prison et se tenait en garde contre toutes les entreprises de
Gondovald. Les envoyés de ce dernier ne pouvaient donc se présenter dans un
plus mauvais moment. Ils osèrent toutefois s'acquitter de leur message,
sommèrent le roi d'abandonner à Gondovald la part qui lui revenait dans la
succession de Clotaire Ier, et lui déclarèrent que, en cas de refus de sa
part, le sort des armes en déciderait. Le roi ne rougit pas de les faire
mettre à la torture, et alors il apprit d'eux ce qu'il soupçonnait déjà : que
beaucoup de seigneurs avaient poussé Gondovald à revenir dans la Gaule ; que
Gontran-Boson s'était chargé de toutes les négociations relatives à cette
affaire, et que le duc Desiderius, comptant bien en obtenir plus tard le
remboursement, avait livré au prétendant les trésors dont il avait dépouillé
Rigunthis, fille de Chilpéric[87]. Le roi
de Bourgogne enferma dans une prison les envoyés de Gondovald, et invita
ensuite son neveu Childebert à venir le trouver, lui promettant de le traiter
comme son fils adoptif. Il n'est pas possible de déterminer avec précision la
date de l'entrevue des deux rois. Il y avait eu au mois d'octobre 585, à Belsonancum[88], au milieu de la forêt des
Ardennes, un placitum ou assemblée générale[89], dont nous aurons occasion de
parler un peu plus loin. Il dut y avoir une autre assemblée de même nature
vers la fête de noël, à l'occasion de la majorité de Childebert, et
l'entrevue du jeune prince et de Gontran ne peut avoir eu lieu avant le mois
de janvier ou de février 586. Grégoire de Tours ne nous apprend pas non plus
quel en fut le théâtre ; cependant il résulte de son récit que le roi
d'Austrasie se rendit en Bourgogne[90]. Gontran voulut interroger de
nouveau, en sa présence, les envoyés de Gondovald, et ils firent derechef les
déclarations rapportées ci-dessus. L'historien des Francs remarque même que
plusieurs seigneurs austrasiens n'avaient osé se trouver à l'entrevue, dans
la crainte que le roi de Bourgogne n'obligeât son neveu de les punir pour la
part qu'ils avaient prise à cette affaire. Après
avoir exigé de lui la promesse qu'il ne fournirait aucun secours à Gondovald,
le roi de Bourgogne mit une lance dans la main de Childebert et lui dit : «
Cette lance est le signe de l'abandon que je vous fais de tout mon royaume.
Maintenant, allez, regardez toutes mes cités comme vous appartenant et soumettez-les
à votre pouvoir. En punition de nos fautes, notre famille se trouve éteinte,
et il ne reste plus que vous, fils de mon frère. Soyez donc l'héritier de ce
que j'ai, car j'exclus tous les autres. » Il le prit ensuite en particulier,
lui conseilla de ne pas écouter sa mère et de se défier de plusieurs
personnages, qu'il lui désigna, notamment d'Ægidius métropolitain de Reims,
qu'il accusait de nombreuses trahisons envers Sigisbert II. Immédiatement
après, il donna un festin magnifique, et, pendant le repas, il adressait des
exhortations aux seigneurs d'Austrasie, leur disant : « Vous voyez que mon
fils adoptif est devenu un homme. Gardez-vous donc de le traiter désormais en
enfant. Renoncez à vos anciennes pratiques, et abjurez votre audace ; car
Childebert est vraiment votre roi, et vous devez lui obéir. » Après des fêtes
qui durèrent trois jours, il congédia le jeune prince, l'engageant à
n'entretenir aucune relation avec Gondovald, lui rendant toutes les cités qui
avaient appartenu à Sigisbert et dont il était possesseur, et lui promettant
de restituer celles que le prétendant et ses généraux occupaient encore[91]. Pendant
ce temps, Gondovald résidait à Bordeaux[92], où il se croyait à l'abri de
tout péril, entouré qu'il était d'une multitude de ces gallo-romains du midi,
qui ne pouvaient se résigner à obéir aux rois des Francs fédérés et se
flattaient d'être plus libres avec un prince qu'ils auraient élevé eux-mêmes
sur le trône[93]. Il fut longtemps sans
nouvelles de ses ambassadeurs ; enfin, il apprit qu'ils avaient été mis en
prison ; que la réconciliation de Childebert et de Gontran était parfaite, et
que par conséquent il ne pouvait plus compter sur le secours de l'Austrasie.
Cette nouvelle et celle de la marche de l'armée bourguignonne produisirent
l'effet que Gontran en avait attendu. Le duc Desiderius et plusieurs autres
partisans de Gondovald l'abandonnèrent, et le découragement gagna le plus
grand nombre. Le prétendant fit mine toutefois d'aller au-devant de l'armée
bourguignonne, qui s'avançait à travers l'Aquitania Prima, en
commettant mille désordres[94] ; mais ensuite, comprenant
qu'il n'était pas en état de se mesurer avec l'ennemi, il franchit de nouveau
la Garonne et résolut de se retirer dans la ville appelée Lugdunum
Convenarum ou Convenœ (Comminges), que sa position sur le sommet
d'une montagne rendait presque inexpugnable. Il était accompagné de
l'ex-patrice Mummolus, du duc Bladastes, de Waddo ancien comte de Saintes,
que Chilpéric avait chargé de conduire sa fille en Espagne, de Sagittarius
évêque de Vapincum (Gap), et d'une foule de personnages moins importants. Gontran lui fit
remettre une missive, par laquelle il lui enjoignait, en son nom et au nom du
roi d'Austrasie, de congédier ses soldats, de se rendre à Bordeaux et
d'attendre la décision que l'on prendrait à son égard. Cette
espèce de négociation n'avait pas interrompu les opérations militaires, et la
cavalerie de Gontran, ayant passé la Garonne à la nage, s'empara d'un grand
nombre de chameaux qui portaient une partie des trésors enlevés à Rigunthis
et se dirigeaient vers Convenœ, où Gondovald voulait mettre en sûreté
toutes ses richesses. Les Bourguignons parurent enfin devant la ville et
l'investirent complètement ; mais elle était bien pourvue de défenseurs, de
vivres et de machines de guerre, et le siège aurait pu durer plusieurs
années. Leudegisilus, alors seul chargé du commandement, comprit le péril et
parvint à s'aboucher avec Mummolus et avec d'autres partisans de Gondovald,
qui, moyennant la promesse d'un pardon complet, s'engagèrent à livrer le
malheureux prince. Grégoire de Tours a raconté, fort au long, toutes les
circonstances de cette trahison ; mais un pareil récit nous entraînerait trop
loin, et il nous suffira de dire que Gondovald, abandonné par ceux qui
auraient dû le défendre, fut mis à mort par ordre de Leudegisilus, et que,
bientôt après, Gontran fit subir le même sort à Mummolus et à quelques-uns de
ses complices[95]. Le roi
de Bourgogne exécuta, du reste, fidèlement ce qu'il avait promis à
Childebert, et, la guerre terminée, il partagea avec lui les trésors de
Gondovald et lui restitua toutes les civitates qui avaient appartenu à
Sigisbert II. Le roi, d'Austrasie en forma plusieurs duchés, contenant chacun
deux ou trois civitates, conformément à un usage adopté par les
Mérovingiens, et sur lequel nous reviendrons bientôt. L'un de ces duchés
renfermait les cités des Arverni, des Ruteni et d'Ucetia.
Un autre, dont l'administration fut confiée à un leude nommé Childericus, se
composait de toutes les cités que Childebert possédait dans la Novempopulania[96]. Gontran
montra la plus grande rigueur envers les partisans de Gondovald. Par ses
ordres, un concile s'assembla dans la ville de Matisco (Mâcon), pour procéder au jugement et à
la déposition des évêques qui s'étaient déclarés en faveur de ce prince
infortuné. Les prélats refusèrent de partager l'animosité du roi. Ils
déposèrent, à la vérité, Faustianus, qui avait été élu et sacré évêque d'Aquœ
Tarbellicœ, sur l'injonction de Gondovald ; mais ils renvoyèrent
absous tous les autres accusés, à l'exception d'Ursicinus évêque de Cahors, auquel
ils imposèrent une pénitence de trois ans[97]. Le roi
d'Austrasie, suivant les conseils de sa mère, qui redoutait l'influence de
Gontran, tint une conduite tout opposée à celle du roi de Bourgogne. Il
accueillit très-bien le leude Waddo, qui avait réussi à s'échapper, après la
reddition de Convenœ[98] ; il défendit aux évêques
austrasiens de se trouver au concile de Mâcon[99] ; enfin, il rendit justice à
Théodore évêque de Marseille. Gontran avait voulu le traduire devant les
Pères du concile ; mais Childebert lui représenta qu'il regarderait comme une
offense personnelle tout ce qui serait fait contre le prélat. Le roi de
Bourgogne se décida, en conséquence, à le remettre entre les mains de son
neveu, et Théodore, gardé d'aussi près qu'un véritable criminel, fut amené
devant le roi d'Austrasie, qui était alors dans la ville de Confluentes
(Coblentz). Les conducteurs du prélat le
traitaient avec la dernière rigueur ; ils ne permettaient à personne de lui
parler, et lorsqu'ils furent arrivés à Trèves, ce ne fut pas sans peine que
Magnericus métropolitain de cette ville parvint à l'entretenir et à lui
donner quelques secours. Mais le roi reçut Théodore avec la plus grande bonté
et lui permit immédiatement de retourner à Marseille, où il mourut en paix
huit années plus tard[100]. Ce ne
fut bien certainement pas sans appréhensions que lei rois de Bourgogne et
d'Austrasie attendirent alors des nouvelles de Constantinople. Ils ne
pouvaient se dissimuler que Maurice avait dû apprendre avec un vif
mécontentement la manière dont venait d'être traité un prince qu'il avait
revêtu de la délégation impériale, et ils ne négligèrent rien pour l'apaiser.
Un autre motif encore portait Childebert à rester en bonne intelligence avec
l'empereur : c'était le désir d'obtenir la protection de Maurice pour la
malheureuse Ingonde, qui était toujours à Hippone, et dont on recevait
rarement des nouvelles. Childebert et sa mère avaient tenté, dans le placitum
tenu à Belsonancum, au mois d'octobre 585, d'intéresser les seigneurs
et les évêques austrasiens en faveur de cette princesse ; mais ils n'avaient
pas réussi[101], et il faut avouer que les
circonstances n'étaient pas propices à une intervention en Espagne. Sans
parler des troubles causés par l'entreprise de Gondovald, troubles qui
remplissaient encore le midi de la Gaule, les habitants du ducatus Campaniœ
venaient de se révolter contre leur duc Wintrio, qu'ils avaient momentanément
chassé, on ne sait pourquoi[102] ; et des inondations, amenées
par des pluies extraordinaires, avaient causé la perte d'une partie des
récoltes et produit une grande misère[103], laquelle engendra, à son tour,
une dysenterie, dont les ravages furent terribles dans certaines provinces[104]. Childebert
fut donc obligé de se borner, ou à peu près, à faire des vœux pour sa sœur ;
mais, ayant su que Fronimius, évêque d'Agatha (Agde), avait été persécuté et chassé
de son diocèse par Leuvigild pour avoir engagé la princesse à ne pas
embrasser l'arianisme, il lui donna l'évêché de Vintium (Vence), qui était alors vacant[105]. Le roi de Bourgogne n'eut pas
la même résignation. Après la mort de Gondovald, il ordonna à Leudegisilus de
s'entendre avec le duc Nicetius, qui gouvernait la cité des Arverni et
les pays voisins, et d'envahir la province que les Wisigoths possédaient
encore dans le midi de la Gaule, et que l'on appelait Septimania,
parce que les civitates qu'elle renfermait se trouvaient au nombre de
sept. Le récit de cette guerre n'appartient pas à notre sujet, et nous
rappellerons seulement que les succès furent partagés, et que si les troupes
de Gontran conquirent une partie de la Septimanie, où elles commirent
d'affreux ravages, on vit deux fois Richaredus ou Reccaredus, fils de
Leuvigild, reprendre l'offensive et faire perdre à ses adversaires une partie
du terrain qu'ils avaient gagné[106]. La résistance qu'ils
rencontraient inspira à Childebert l'idée de susciter de nouveaux ennemis aux
Wisigoths, et d'opérer ainsi une diversion favorable. Dans ce but, il chargea
Florentianus, maire du palais d'Austrasie, de se rendre chez les Suèves, qui
occupaient la partie de l'Espagne que l'on appelle aujourd'hui la Galice.
Leuvigild les avait, depuis peu de temps, soumis à son autorité, et
Florentianus devait les engager, moyennant un subside ou des promesses, à se
révolter et à se jeter sur les terres de leurs vainqueurs[107]. On avait donné au maire du
palais quelques vaisseaux, chargés de troupes de débarquement ; mais elles
étaient en trop petit nombre ; les Wisigoths s'emparèrent des navires et
tuèrent ou firent prisonniers les matelots et les soldats[108] ; néanmoins, il parait que,
supposant que l'empereur pourrait bien joindre ses forces à celles des
Francs, ils conçurent des inquiétudes sur le résultat définitif de la lutte ;
car, en 587, Reccaredus, qui venait de succéder à son père, envoya des ambassadeurs
à Gontran et à Childebert, en les suppliant de lui accorder la paix.
Childebert y consentit ; mais le roi de Bourgogne ne voulut rien entendre, et
Reccaredus, afin de le contraindre à traiter, envahit la Provincia Arelatensis,
qui appartenait à Gontran, en ravagea plusieurs cantons et menaça même la
capitale[109]. Pendant
que le roi de Bourgogne consumait ses ressources dans une lutte qui ne devait
lui procurer aucun avantage, le roi d'Austrasie se trouvait engagé dans une
guerre dont les suites ne furent pas plus heureuses. Voici quelle en fut
l'occasion. Les Lombards ne cessaient de faire des progrès en Italie, et les
empereurs, voyant que, malgré tous leurs efforts, ils ne pouvaient éloigner
ces dangereux ennemis, avaient songé à s'adresser aux rois mérovingiens, dans
l'espérance que, attaqués de front par l'armée romaine, et pris à dos par les
Francs qui descendraient des Alpes, les Lombards finiraient par abandonner
une contrée regardée, pendant si longtemps, comme le centre de l'Empire.
Maurice surtout avait vivement poursuivi l'exécution de ce plan. A peine monté
sur le trône, il avait ouvert une négociation avec Childebert ou, pour mieux
dire, avec Brunehaut, et, comme les rois fédérés prétendaient que, aux termes
de leur contrat, ils n'étaient pas obligés de servir l'Empire en dehors du
pays qu'ils occupaient, Maurice avait fait remettre au roi d'Austrasie une
somme de cinquante mille solidi aurei pour prix de sa coopération[110]. Gontran, que l'empereur avait
engagé à aider son neveu dans cette entreprise, mais qui n'avait reçu aucun
subside, fit la sourde oreille. Childebert avait cru, au contraire, que,
après avoir accepté les cinquante mille solidi, il fallait faire au
moins une démonstration, et, en 584, il avait envoyé[111] une armée en Italie, en
ordonnant aux généraux qui la commandaient de combiner leurs opérations avec
celle de l'exarque Smaragdus. Après
un long interrègne, les Lombards venaient d'élire pour roi Autharis, prince
aussi habile que brave, et que l'on doit regarder comme le véritable
fondateur de leur monarchie. Livré lui-même aux erreurs de l'arianisme, qui
était professé par la plupart de ses sujets, il épousa cependant, mais plus
tard, une princesse catholique, Theodelindis fille de Garibaldus duc des Bajuvarii[112], qui avait été fiancée à
Childebert roi d'Austrasie, mais dont Brunehaut empêcha le mariage[113]. D'un autre côté, pour plaire
aux anciens habitants de l'Italie, il faisait battre monnaie au nom de
Maurice[114], et il prenait le surnom de
Flavius, que les empereurs portaient depuis longtemps, et dans lequel on
pouvait voir l'arrière-pensée ou le projet de se donner comme maitre du
pariage d'Occident. L'arrivée des Austrasiens remplit les Lombards
d'épouvante, et Autharis, malgré sa valeur, n'osa hasarder une bataille. Il
ordonna à ses sujets de s'enfermer, avec leurs familles et leurs richesses,
dans les villes fortifiées, et d'abandonner la campagne aux soldats de
Childebert ; mais, en même temps, il offrit à ce prince une somme
considérable, s'il consentait à rappeler son armée. Brunehaut et les
conseillers du jeune roi l'engagèrent à accepter l'arrangement, lui
représentant qu'il valait mieux pour lui avoir pour voisins les Lombards,
dont l'ambition ne s'étendrait jamais au-delà de l'Italie, que les Romains,
auxquels on supposait toujours l'intention de remettre les choses sur
l'ancien pied dans le partage d'Occident. Childebert suivit ces conseils et
rappela ses troupes[115]. Maurice
témoigna le plus vif mécontentement, en apprenant un pareil manque de foi. Il
envoya en Austrasie des ambassadeurs pour sommer le roi de restituer les
cinquante mille solidi, ou de renvoyer ses troupes en Italie.
Childebert, qui ne voulait ou ne pouvait rendre l'argent, ne fit d'abord
aucune réponse[116] ; mais, en 586, il comprit la
nécessité de donner satisfaction à l'empereur, s'il désirait se délivrer des
réclamations continuelles de ce dernier relativement au subside dont nous
venons de parler ; obtenir la délivrance de la princesse Ingonde, que les
Romains retenaient en Afrique, et qu'ils parlaient même de transférer
prochainement à Constantinople, si l'on s'en rapporte à Grégoire de Tours[117], et enfin faire oublier à
Maurice l'abandon dans lequel les Austrasiens avaient laissé Gondovald, après
lui avoir si souvent promis de le secourir. Comme les circonstances ne lui
permettaient pas plus qu'en 584 d'abandonner son royaume, il confia la conduite
de l'armée à plusieurs généraux, dont la mésintelligence sauva les Lombards ;
et on conjecture, non sans fondements, que cette mésintelligence fut le fruit
des intrigues et des présents d'Autharis[118]. Le
mauvais succès de l'expédition et le refus que Gontran avait fait d'y prendre
part achevèrent d'irriter l'empereur, et il ne tarda pas à donner des preuves
de son mécontentement. Voici à quelle occasion. Le roi
de Bourgogne, un peu inquiet des rapports qu'il recevait sur les dispositions
de Maurice, imagina de lui envoyer un ambassadeur, pour lui présenter ses
excuses et lui offrir d'aider les Romains à achever la conquête de l'Espagne,
dont ils avaient récupéré une portion considérable, depuis nombre d'années[119]. Il engagea Childebert à faire
la même proposition[120], et il se flattait de parvenir
ainsi à calmer le mécontentement de l'empereur et à se venger du souverain
des Wisigoths. Les deux rois choisirent pour ambassadeur un gallo-romain, qui
était regardé comme un négociateur fort habile ; et ce choix ne doit pas
étonner, car les Mérovingiens employaient presque toujours les Gallo-Romains
dans les affaires les plus importantes et les plus délicates. Celui dont nous
parlons se nommait Syagrius et appartenait à la célèbre famille Syagria de
Lyon, dont les possessions territoriales étaient immenses, et de laquelle
étaient sortis Ægidius, maitre de la milice des Gaules ; son fils Syagrius,
vaincu par Clovis, et même saint Desideratus évêque de Verdun[121]. Grégoire
de Tours, obéissant à une considération qu'il est facile de deviner, ne dit
pas un mot de l'ambassade, et nous ne la connaissons que par quelques lignes
de Frédégaire[122]. Arrivé à Constantinople, le
comte Syagrius — il était revêtu de ce titre — fit connaître l'objet de sa
mission. Il fut bien étonné lorsqu'il entendit l'empereur lui offrir le titre
de patrice, et lui proposer de jouer dans la Gaule un rôle presque analogue à
celui qui avait si mal réussi à Gondovald. L'ambassadeur eut l'imprudence
d'accepter ; mais, pour bien comprendre quelle était la nature du pouvoir que
Maurice voulait lui donner, il est nécessaire de se rappeler ce que nous
avons dit sur la nature du patriciat. Cette dignité, créée par
Constantin-le-Grand, était la première après le consulat, auquel certaines
personnes la jugeaient même supérieure en ce sens qu'elle était à vie, tandis
que les fonctions des consuls duraient seulement une année. Les patrices
étaient par conséquent des dignitaires d'un ordre plus élevé que les préfets
du prétoire et que les maîtres de la milice, qui cédaient le pas à ces
derniers[123]. Les rois Francs, trouvant ce
titre de patrice établi dans l'Empire, eurent l'idée de le décerner eux-mêmes
à quelques-uns de leurs principaux officiers. Le généralissime des troupes
dans le royaume de Bourgogne était qualifié de patrice, et on verra plus loin
que les rois d'Austrasie donnèrent le même titre à différents personnages.
Mais il ne faut pas les confondre avec les véritables patrices, lesquels se
considéraient et étaient regardés par la chancellerie impériale comme revêtus
d'une dignité bien supérieure à celle des rois barbares fédérés, que l'on
plaçait tout au plus sur la même ligne que les maîtres de la milice. Il est
donc évident que Maurice, en conférant à Syagrius une dignité inférieure seulement
au consulat, voulait faire de ce gallo-romain une espèce de lieutenant
impérial, destiné à surveiller et à diriger les rois mérovingiens. Aussi,
lorsque ces derniers connurent ce qui venait d'arriver, ils ne se méprirent
pas sur la nature du rôle que Syagrius allait jouer, et ils virent bien que
le titre de patrice lui donnait tout pouvoir pour agir au nom de la majesté
suprême. Ils
n'osèrent toutefois témoigner d'abord leur mécontentement, et lorsque ce
personnage revint dans les Gaules, vers la fin de l'année 587, ils le
laissèrent s'installer paisiblement dans les provinces du midi. Telle est, du
moins, et en l'absence de tout renseignement positif, la conclusion que l'on
tire d'une série de monnaies frappées dans plusieurs ateliers de cette partie
de la Gaule. On sait que Gondovald, pendant son règne éphémère, émit des
monnaies présentant l'image et le nom de l'empereur Maurice, et quelques
savants ont cru que toutes les pièces de ce genre devaient lui être
attribuées. Mais un examen attentif des monnaies dont il s'agit, et qui sont
maintenant assez nombreuses dans les collections publiques et particulières,
a conduit les numismates à établir une distinction et à reconnaître que
diverses pièces portant le nom de Maurice ont été frappées postérieurement à
la mort de Gondovald ; et ce ne peut être que par l'ordre du patrice Syagrius[124]. Ces monnaies sortent des
ateliers de Marseille, de Valence, d'Usez, d'Avignon, de Viviers et de Vienne[125]. Les pièces frappées dans cette
dernière ville par le monétaire Laurentius ont même paru offrir une marque
évidente de la part que Syagrius a prise à leur fabrication ; nous voulons
parler d'un S couché, qui coupe en deux le mot MAVRITIVS, et que l'on a
regardé comme l'initiale du nom du patrice[126]. Quoiqu'il
en soit, la puissance de ce dignitaire ne dura pas longtemps. Le roi de
Bourgogne, qui, malgré sa bonté, était parfois violent et toujours jaloux de
son autorité, fit signifier à Syagrius qu'il ne reconnaissait plus sa
délégation ; et comme le patrice n'avait amené personne avec lui de
Constantinople, si ce n'est, peut-être, quelques employés de la chancellerie,
il rentra sans résistance dans l'obscurité d'une condition privée, et
l'histoire ne prononce même plus son nom[127]. Il est
probable que les mesures prises contre Syagrius furent concertées entre
Childebert et Gontran, dans une entrevue célèbre qui eut lieu au mois de
novembre 587. Mais avant de retracer cette entrevue, il est indispensable de
rapporter ici plusieurs évènements, qui sont antérieurs en date, et dont le
principal ne fut certainement pas étranger à la conférence que nous venons de
rappeler. Le plus
ancien est la naissance du fils ainé de Childebert Ier. Ce prince avait dû se
marier avec la célèbre Theodelinda ou Theodelindis, fille de Garibaldus duc
des Bajuvariti ; mais Brunehaut l'en avait détourné, dans la crainte,
vraisemblablement, que Garibaldus ne prit trop d'empire sur l'esprit du roi[128], et il avait fini par épouser
une jeune fille nommée Faileuba, sur l'origine de laquelle l'histoire ne
fournit aucun renseignement, et qui appartenait sans doute à une famille
obscure, comme la plupart des femmes des Mérovingiens. Ce mariage fut célébré
aussitôt après que le roi d'Austrasie eut atteint sa majorité, c'est-à-dire
au commencement de 586, et, la même année, il eut un fils, qui reçut le nom
de Theodebertus ou Théodebert, et dont le parrain fut saint Magnericus,
métropolitain de Trèves. Gontran en éprouva une telle joie, qu'il envoya des
ambassadeurs à Childebert pour le féliciter, disant que Dieu, en accordant un
fils à ce prince, faisait voir qu'il voulait conserver la monarchie des
Francs[129]. L'auteur du Gesta regum
Francorum, s'appuyant sur des discours attribués à Brunehaut, dit que
Théodebert ne devait pas le jour à Faileuba, mais à une concubine[130] ; et ni la joie de Gontran, ni
le règne du jeune prince en Austrasie ne nous forcent à croire qu'il était né
d'un légitime mariage ; car on sait que les Mérovingiens n'étaient pas
scrupuleux sur ce point. On peut ajouter encore que Faileuba accoucha en 587
d'un fils, qui fut nommé Theodericus ou Thierry, et qu'il est difficile de
placer le mariage, les deux grossesses et les deux accouchements de la reine
dans les dix-huit mois environ qui s'écoulèrent entre le premier de ces
évènements et l'époque présumée de la mort du duc Rauchingus, laquelle arriva
postérieurement à la naissance de Thierry, et pendant l'été de l'année 587. Ce fut
donc apparemment vers le mois de juin 587 que naquit le second fils de
Childebert[131] ; et, comme il entrait dans les
vues de ce prince et de Gontran que les royaumes d'Austrasie et de Bourgogne
eussent toujours une existence distincte, Thierry fut dès lors regardé comme
le futur souverain de ce dernier état. C'est pourquoi on lui donna pour
parrain un prélat bourguignon, saint Veranus, évêque de la cité de Cavillo
(Cavaillon), qui faisait partie de la Provincia
Arelatensis. La
naissance des enfants de Childebert, qui avait causé tant de joie à ce prince
et à Gontran, faillit les perdre tous deux. Beaucoup de leudes austrasiens et
bourguignons étaient mécontents de l'humeur despotique de leurs souverains,
de l'autorité dont jouissait Brunehaut et du pouvoir toujours croissant des
Gallo-Romains. Ils se communiquèrent réciproquement leurs griefs et ourdirent
une conspiration, ayant pour but de faire périr Brunehaut, Childebert et
Gontran ; de proclamer les jeunes princes rois d'Austrasie et de Bourgogne,
et de former, dans chacun des deux états, un conseil de régence, où
entreraient les principaux conspirateurs, et qui administrerait sans contrôle
et sans responsabilité. Les historiens ne s'accordent pas sur l'époque à
laquelle il faut rapporter la formation de cette trame redoutable. Les uns
ont cru qu'elle remontait à l'année 585[132] ; mais elle ne peut être aussi
ancienne, puisque Théodebert et Thierry, qui devaient prendre la place de
Childebert et de Gontran, naquirent seulement en 586 et en 587. D'autres
écrivains, au contraire, ont fait descendre la conjuration jusqu'en 590[133] ; ce qui est également
inadmissible, attendu que l'affaire est antérieure à l'entrevue d'Andelot, laquelle
eut lieu-au mois de novembre 587. Tout concourt donc à assigner pour date à
la conspiration l'été de cette même année. Les
seigneurs qui prirent part à ce détestable dessein étaient fort nombreux ;
mais l'histoire ne nomme que les principaux : Rauchingus, duc de Soissons ;
Berthefredus ; Ursio, qui, à en juger par son nom, devait être un
gallo-romain ; Magnovaldus ; Gontran-Boson, que l'on était sûr de rencontrer
partout où il y avait du mal à faire, et enfin Egidius, métropolitain de
Reims, éternel artisan de troubles et de discordes[134]. La plupart des seigneurs que
nous venons de mentionner étaient revêtus du titre de ducs, et, sous prétexte
de travailler à un règlement de limites entre la Neustrie et l'Austrasie, ils
s'assemblèrent, sans éveiller aucun soupçon, et dressèrent le plan de
l'entreprise, Il fut convenu que Rauchingus présiderait le conseil de régence
d'Austrasie, et qu'Ursio et Berthefredus 'seraient les principaux ministres
du jeune Thierry, que l'on conduirait en Bourgogne, dès qu'on se serait
débarrassé de Gontran. Childebert n'eut aucun soupçon de ce qui se tramait
contre lui ; mais le roi de Bourgogne fut secrètement averti, s'empressa
d'informer son neveu et lui demanda une entrevue. Malgré la découverte du
complot, le péril était très-grand, et, par le conseil de Brunehaut,
Childebert résolut de se défaire sans bruit, et le plutôt possible, des chefs
de la conjuration. Le plus dangereux était le duc Rauchingus. On le manda
devant le roi, et il vint sans défiance, croyant que ses desseins étaient
encore inconnus. Il fut introduit dans l'appartement du prince, qui
l'entretint de choses indifférentes ; mais au moment où il se retirait, deux ostiarii
ou huissiers, le saisissant par les jambes, le renversèrent, et des hommes
apostés le mirent à mort sur-le-champ. Ce meurtre eut lieu le 22 ou le 23
octobre[135], et Childebert n'avait pas
attendu qu'il fût consommé pour dépêcher, par la voie de l'evectio publica
ou de la poste, des hommes sûrs, chargés de placer sous le séquestre les
biens de Rauchingus et de rechercher ce qui pouvait jeter du jour sur la
conspiration. Tous
les fils n'en étaient pas encore connus ; car le roi d'Austrasie donna le
duché de Soissons à Magnovaldus, qui était lui-même un des complices. Sur ces
entrefaites, Ursio et Berthefredus, craignant qu'un plus long retard ne fit
échouer leur entreprise, et pensant que Rauchingus pourrait profiter de son
séjour à la cour pour exécuter quelqu'attentat contre la personne du roi,
avaient rassemblé leurs partisans et s'étaient mis en marche vers la ville de
Metz. Arrivés dans le voisinage de Verdun, le 23 ou le 24 octobre, ils
apprirent que tout était découvert, et que Rauchingus venait de subir la
peine due à son crime. Changeant immédiatement de direction, ils cherchèrent
un refuge sur une montagne voisine d'une villa appartenant à Ursio. Le sommet
de cette hauteur portait encore le nom de castrum Wabrense, parce
qu'on y avait vu autrefois un fort ou un camp retranché, et que la montagne
était comprise dans le pagus Vabrensis ou Wabrensis ; mais le
fort ou le camp était détruit depuis longtemps, et il n'y avait plus qu'une
basilique de petites dimensions, consacrée sous l'invocation de saint Martin[136]. Ursio et Berthefredus
s'enfermèrent, avec leurs familles et leurs gens, dans la basilique, qu'ils
mirent en état de défense le mieux qu'ils purent, et ils attendirent la suite
des évènements. Childebert
fit des préparatifs pour aller les attaquer. Ursio était regardé comme bien
plus coupable que Berthefredus, et Brunehaut, qui avait quelqu'affection pour
ce dernier, dont elle avait même tenu la fille sur les fonts de baptême,
voulut le sauver et lui fit donner le conseil de laisser là son complice et
d'implorer la miséricorde du roi ; mais Berthefredus s'y refusa et déclara
que la mort seule pourrait les séparer[137]. Childebert,
instruit de cette réponse, se contenta de faire observer les rebelles par un
corps de troupes et s'achemina, avec sa mère et une foule d'évêques et de
seigneurs, vers le vicus d'Andelaus (aujourd'hui
Andelot), dans
lequel Gontran lui avait donné rendez-vous. Ce vicus appartenait à la civitas
de Langres[138], par conséquent au royaume de
Bourgogne, et le roi d'Austrasie y arriva vers le 20 novembre. Il traînait à
sa suite Gontran-Boson, dont la participation aux complots de Rauchingus,
d'Ursio et de Berthefredus était encore ignorée, mais qui était déjà détenu
pour une autre cause. Il avait, en effet, peu de temps avant la conspiration,
parlé de Brunehaut en termes tellement injurieux, que le roi avait donné
ordre de le poursuivre et de le tuer. Le coupable avait cherché un asile dans
la cathédrale de Verdun, et saint Agericus, évêque de cette ville, lequel
était parrain du roi, alla le trouver et le conjura de pardonner à
Gontran-Boson. Celui-ci fut lui-même conduit devant le prince et se jeta à
ses pieds. Childebert, lui enjoignant de se relever, le confia à la garde du
prélat, qui s'engagea à le représenter dès qu'il en serait requis[139]. Gontran-Boson était encore
accusé d'un autre crime commis récemment par ses ordres. Quelques-uns de ses
serviteurs avaient pénétré dans une église de Metz, où une parente de ce
leude venait d'être inhumée, et avaient violé sa sépulture et enlevé les objets
précieux qui y étaient déposés[140]. Les deux accusations, et le
danger qu'elles lui faisaient courir, n'avaient pas empêché ce personnage
remuant de s'associer aux projets des conjurés, et il comptait tellement sur
sa bonne fortune et son adresse, qu'il ne tenta pas de fuir, pendant qu'il
était sous la garde de saint Agericus, et qu'il se laissa conduire à Andelaus,
où il devait être jugé par Gontran et son neveu. Il sentit bientôt qu'il
était perdu. Le roi de Bourgogne ne pouvait lui pardonner la part qu'il avait
prise à l'expédition de Gondovald, et Childebert, animé par Brunehaut, avait
également résolu de se débarrasser d'un homme aussi dangereux. Gontran-Boson
ne tarda pas à savoir que les rois avaient donné ordre de le tuer, et comme
on n'avait pas permis à saint Agericus de l'accompagner à Andelaus, il
se réfugia dans la maison qu'habitait Magnericus métropolitain de Trèves, en
ferma les portes, et, prenant le prélat en particulier, lui dit : «
Très-saint évêque, je sais quel est votre pouvoir sur les deux rois, et je
suis venu vous trouver pour échapper à la mort ; les assassins sont à la
porte, et si vous ne me fournissez les moyens de fuir, je vous tuerai, puis
je sortirai de votre demeure et je mourrai moi-même. Sachez que nous périrons
ou que nous vivrons ensemble. Saint évêque, vous êtes le parrain du fils ainé
de Childebert, et il vous accordera tout ce que vous lui demanderez. » A ces
mots, il tira son glaive, et le métropolitain, fort embarrassé, lui dit : «
Que puis-je faire si vous me retenez ici ? Laissez-moi sortir, et j'irai
implorer pour vous la miséricorde du roi d'Austrasie. Mais Gontran-Boson s'y
refusa et le pria d'envoyer à sa place les clercs dont il était accompagné.
Les satellites placés autour de la demeure du métropolitain prévinrent
Childebert de ce qui se passait, et le roi, croyant que saint Magnericus
prenait la défense du condamné, s'écria : « Eh bien ! s'il ne veut sortir,
qu'il périsse avec le coupable 1 » Le métropolitain, à qui on rapporta cette
exclamation, envoya quelques-uns de ses clercs exposer à Childebert la
situation dans laquelle il se trouvait ; mais le roi de Bourgogne, qui était
parfois sujet à des accès de fureur, enjoignit de mettre le feu à la maison.
Alors les clercs de Magnericus, voyant qu'il n'y avait pas de temps à perdre,
ouvrirent la porte, malgré les efforts de Gontran-Boson, et entraînèrent le
métropolitain. Gontran lui-même voulut les suivre, mais il avait à peine
touché le seuil qu'il reçut un coup à la tête, et, avant qu'il eût eu le
temps de frapper personne, il fut percé par un si grand nombre de lances, que
son cadavre resta debout, soutenu par les hampes de ces armes. On obtint avec
peine des deux rois l'autorisation de lui donner la sépulture[141]. Saint
Agericus témoigna la plus vive douleur, en apprenant la triste fin de ce
seigneur. Il était, comme on l'a vu, parrain de Childebert, et il espérait
que le prince ne refuserait pas d'écouter ses supplications. N'ayant pu
sauver Gontran-Boson, il voulut, au moins, se charger de l'éducation des
enfants qu'il avait laissés, et il regardait cette obligation comme d'autant
plus étroite que, d'après une ingénieuse conjecture de Dom Calmet, le vir valde
nobilis qui donna à l'église de Verdun les domaines d'Arcus et d'Amantia[142], parce qu'il croyait devoir la
vie à saint Agericus[143], n'est autre que Gontran-Boson
lui-même. Le roi
de Bourgogne promit de nouveau tout son héritage à Childebert, rendit à
l'Austrasie quelques-unes des cités qui devaient lui revenir, et qu'il avait
néanmoins gardées jusqu'alors[144], et régla (28 novembre), de concert avec le jeune roi,
toutes les affaires litigieuses dont il a été parlé précédemment. Il
manifestait la joie la plus franche en voyant les deux enfants de Childebert,
et il croyait que Dieu lui avait pardonné toutes ses fautes puisqu'il lui accordait
une pareille félicité. Avant de quitter le roi d'Austrasie, il négocia et
obtint la rentrée en grâce de deux gallo-romains qui avaient été éloignés de
ce pays. Le premier était Dynamius, rector de la Provincia
Massiliensis, qui s'était en quelque sorte révolté contre Childebert,
comme nous l'avons raconté ci-dessus, et avait été obligé de chercher un
asile dans le royaume de Bourgogne. Le second était le fameux Lupus, duc de
la Campania, que les seigneurs austrasiens avaient contraint de tout
quitter pour sauver sa vie, et que Brunehaut n'avait pas rappelé, bien que ce
duc eût été persécuté à cause d'elle[145]. Avant
de se séparer, les rois avaient décidé que les leudes complices de la
dernière conjuration seraient punis avec une extrême rigueur. En conséquence,
Childebert et Brunehaut ne furent pas plutôt retournés en Austrasie, qu'une
petite armée reçut l'ordre d'attaquer le castrum Wabrense et d'en
déloger Ursio et Berthefredus ; et, afin qu'il ne fût possible à personne de
se méprendre sur les principes qui allaient diriger le roi dans son
gouvernement, le commandement de ces troupes fut donné au gendre de Lupus :
Godegisilus, lequel, ayant perdu sa femme, avait épousé en secondes noces
Palatina fille du référendaire Gallirnagnus[146], dont le nom indique
suffisamment l'origine. Il fut alors revêtu du titre de dux. C'était
un général renommé, et il avait commandé les Austrasiens dans la bataille qui
avait coûté la vie à Théodebert, fils de Chilpéric[147]. Après
avoir pillé et dévasté les domaines d'Ursio, de Berthefredus et de leurs
complices, les Austrasiens gravirent la montagne et entourèrent la basilique,
dont les conjurés avaient fait une sorte de forteresse. Ils essayèrent en
vain de la prendre d'assaut et se décidèrent à l'incendier. Mais ils n'eurent
pas le temps d'exécuter ce dessein ; car Ursio, ouvrant brusquement la porte
de la basilique, se précipita sur les assaillants et tua Trudulfus, comte du
palais, et un grand nombre de soldats. Enfin, il fut lui-même blessé d'un
coup de lance à la cuisse, et les Austrasiens, revenant à la charge, le
mirent à mort et repoussèrent ses compagnons dans l'église. Godegisilus
s'écria alors : « Que le carnage cesse à l'instant ; le principal ennemi de
notre prince est mort, et Berthefredus aura la vie sauve l » La résistance
cessa, et les soldats de Childebert se précipitèrent dans la basilique et
commencèrent à piller les objets précieux que les révoltés y avaient apportés
avec eux. Berthefredus, profitant de ce moment de désordre, sauta sur un
cheval, prit la fuite, gagna Verdun et alla se réfugier dans l'oratoire qui
dépendait de la maison épiscopale. Le général de Childebert lui rendit compte
immédiatement de ce qui venait d'arriver, mais sans ajouter, car il
l'ignorait encore, que le complice d'Ursio se trouvait dans l'oratoire de
saint Agericus. « Si Berthefredus a évité la mort, s'écria le roi, Godegisilus
ne l'évitera pas ! » Cette menace fut rapportée au général
austrasien, qui, craignant d'encourir la colère de Childebert, occupa
précipitamment Verdun et somma l'évêque de lui livrer le fugitif. Le prélat
ayant refusé, quelques soldats montèrent sur le toit de l'oratoire et
lancèrent des tuiles sur Berthefredus, qui fut assommé, avec trois de ses
serviteurs. Grégoire de Tours ajoute que, malgré les excuses et les présents
du roi, saint Agericus, parvenu alors à un âge fort avancé, resta
inconsolable et de la mort d'un homme qui lui avait demandé un asile, et de
la profanation du saint lieu[148]. Beaucoup
de leudes austrasiens, qui avaient eu des relations avec Ursio et
Berthefredus ou fait des vœux pour le succès de leur entreprise, redoutèrent
les vengeances de Brunehaut et se retirèrent dans diverses contrées.
Plusieurs ducs, dont la fidélité avait paru suspecte, furent dégradés, et
leurs titres donnés à d'autres[149]. Magnovaldus, qui avait
remplacé Rauchingus comme duc de Soissons, parce que ses liaisons avec les
conjurés n'étaient pas connues, fut attiré à Metz, et un jour que d'une
fenêtre du palais il regardait avec attention un combat d'animaux, un homme
aposté lui fendit la tête d'un coup de hache et jeta son cadavre sur l'arène[150]. Le
principal coupable était encore impuni, et, à force d'adresse et de belles
protestations, il avait réussi à écarter le coup qui le menaçait. Ce coupable
était Egidius, métropolitain de Reims. Le jour du châtiment arriva enfin, et
la rentrée en faveur de Lupus, qu'il regardait comme son ennemi, annonça au
prélat le sort qui lui était destiné. Il voulut faire une dernière tentative
pour s'y soustraire. Dans ce but, et après avoir reçu une espèce de
sauf-conduit, il se rendit à la cour, offrit au roi de magnifiques présents,
parvint à en tirer une promesse de pardon et se réconcilia avec Lupus, du
moins en apparence[151]. Les choses restèrent en cet
état pendant trois années environ ; mais, en 590, Childebert et Brunehaut
résolurent de se débarrasser enfin d'Ægidius, contre lequel ils avaient de
nouveaux griefs. Toutefois, avant de parler de cette affaire, nous
rappellerons divers évènements plus ou moins importants qui s'accomplirent
pendant les années 587, 588, 589, et même en 590. Nous
mentionnerons d'abord, seulement pour mémoire, les calamités qui affligèrent
plusieurs provinces austrasiennes en 587 : des intempéries, dont les récoltes
eurent beaucoup à souffrir ; des inondations, et une maladie contagieuse,
laquelle fit de grands ravages à Metz et aux environs. Le printemps de
l'année 588 fut extrêmement pluvieux, et cette température humide amena une
floraison prématurée des arbres fruitiers et de la vigne ; mais une épaisse
couche de neige couvrit ensuite les campagnes, et le froid devint tellement
vif, qu'il fit périr les hirondelles et quantité d'autres oiseaux, et qu'il
détruisit une partie des récoltes[152]. Ce fut
quelques mois après, c'est-à-dire dans l'automne de l'année 588, que Grégoire
de Tours, qui était sujet du roi d'Austrasie, alla trouver ce prince dans la
ville de Metz. Le roi avait une haute idée de la droiture et de la capacité
du prélat, et il le chargea de se rendre auprès de Gontran, pour terminer
certaines affaires au sujet desquelles les deux rois avaient, comme nous
l'avons dit, pris des arrangements dans l'entrevue d'Andelaus. Grégoire de
Tours était accompagné d'un autre ambassadeur, nommé Félix, qui devait être
ce gallo-romain que le roi de Bourgogne avait lui-même précédemment employé
dans une négociation avec Childebert[153]. Les deux envoyés
s'acquittèrent-avec succès de la mission qui leur avait été confiée, et, le
28 novembre 588, ils conclurent avec Gontran un traité, que l'historien des
Francs a inséré intégralement dans son ouvrage, et dont nous donnerons
seulement un léger aperçu. Childebert, certain d'hériter plus ou moins
prochainement du royaume de Bourgogne, avait recommandé aux négociateurs de
se montrer fort accommodants. En conséquence, ils consentirent, au nom de
leur maitre, à ce que Gontran conservât le tiers de Paris qui avait appartenu
à Sigisbert II, le castrum Dunum ou Dunense (Châteaudun), le castrum Vindocinum (Vendôme), ainsi que les portions des
pagi de Chartres et d'Etampes (pagus Stampensis) dont ce dernier prince avait
été en possession. Moyennant cette concession, le roi de Bourgogne renouvela
l'abandon par lui fait précédemment des cités que Sigisbert avait reçues pour
sa part dans la succession de Charibert, remit à Childebert, ou plutôt à
Brunehaut, la civitas de Cahors dont il dépouillait le jeune Clotaire,
et promit de protéger Brunehaut, Childebert, sa femme, ses deux fils et sa
sœur Chlodoswinda, tant qu'elle ne serait pas mariée[154]. Il
était alors question de donner un époux à la princesse, et les prétendants ne
manquaient pas. Cette même année 588, Chlodoswinda avait été recherchée par
Autharis, roi des Lombards, lequel espérait que, devenu beau-frère du
puissant roi d'Austrasie, il n'aurait plus â redouter les armes des Francs.
Childebert avait d'abord paru accueillir avec faveur la proposition
d'Autharis[155] ; mais il finit par la
repousser, parce que le roi des Lombards faisait profession de l'arianisme,
et qu'il craignait lui-même de mécontenter l'empereur, en s'alliant à un
prince que l'on regardait, avec raison, comme l'ennemi le plus dangereux des
Romains. Ce premier prétendant se trouvait à peine écarté, que la main de la
princesse austrasienne fut demandée par Reccaredus, roi des Visigoths. Le
triste sort d'Ingonde, sœur de Chlodoswinda, qui avait épousé Herménégild
frère de ce prince, était bien propre à faire repousser une pareille requête.
Mais Reccaredus était un prince sage et bien différent de son père Leuvigild.
Il lui eut à peine succédé, qu'il travailla avec succès à faire entrer sa
nation dans le sein de l'Eglise, et dès 587 les Wisigoths avaient abandonné
l'arianisme[156]. La même année, il avait
demandé la paix à Gontran et à Childebert, et bientôt après il témoigna le
désir de s'allier à la famille mérovingienne[157]. Childebert lui fit d'abord une
réponse évasive ; mais les avantages qu'un semblable établissement présentait
à sa sœur l'engagèrent à ne pas rebuter Reccaredus, et lorsqu'il envoya
Grégoire de Tours et Félix négocier avec Gontran l'arrangement dont il vient
d'être parlé, il les chargea de consulter ce prince sur une affaire aussi
délicate. Le roi de Bourgogne leur répondit qu'il n'était pas prudent
d'établir Chlodoswinda dans une famille où sa sœur n'avait rencontré que des
outrages et des persécutions ; puis, il ajouta qu'il laissait Brunehaut et
Childebert prendre la décision qui leur paraîtrait la plus convenable.
Childebert promit sa sœur à Reccaredus, dans les derniers jours de l'année
588[158] ; mais Grégoire de Tours ne
nous apprend pas si le mariage eut lieu réellement. Plusieurs historiens en
ont conclu que le roi des Wisigoths n'a jamais épousé la princesse
austrasienne[159], et ils font observer (ce qui est
vrai) qu'il avait
une autre femme dès la fin de l'année 589, ou au plus tard en 590[160]. Nous pensons toutefois que le
mariage fut célébré, et nous nous appuyons 1° sur un passage de Grégoire de
Tours, où on lit que Brunehaut envoya des présents magnifiques au roi des
Wisigoths eu 589[161] ; ce qui serait
incompréhensible si Reccaredus, rebuté par les tergiversations de Childebert,
s'était décidé à retirer sa demande ; 2' sur une pièce de vers longtemps
inédite et adressée par Fortunat à la reine Brunehaut, quelques mois après la
célébration de cette union[162]. Regia
progenies, prœcelsi et mater honoris, Undique
regnantum cincta decore pio ; Galba
cujus habet genus et Hispania fœtus, Masculus
bine moderans, iode puella regens ; Auspicium
felix sit prosperioribus annis ; Hic
tegat Allobrogas, dirigat illa Getas. Ces
deux textes, le dernier surtout, ne permettent pas, à notre avis, de nier le
mariage de Reccaredus et de Chlodoswinda ; mais il paraît que la princesse
vécut bien peu de temps, puisque le roi des Wisigoths était remarié en 590.
On peut, du reste, admettre sans aucune invraisemblance que l'union de
Reccaredus et de la princesse austrasienne fut célébrée vers le mois de
février 589, et que Chlodoswinda, dont l'histoire ne prononce plus le nom,
mourut, en couches probablement, vers la fin de la même année. La
crainte que Childebert éprouvait de mécontenter l'empereur, crainte qui lui
fit préférer le souverain des Wisigoths à celui des Lombards, provenait de
son vif désir d'obtenir enfin que le prince Athanagild, fils de la
malheureuse Ingonde, fût, rendu à sa famille. Maurice faisait de la remise de
cet enfant le prix et la condition d'une nouvelle expédition des Francs en
Italie. Il y avait eu plusieurs messages échangés à ce sujet[163], et enfin Childebert fit partir
en 588 une ambassade, composée de Jocundus, évêque dont le siège n'est pas
connu, et d'un chambellan (cubicularius) nommé Cothro[164]. Les deux envoyés étaient
porteurs de lettres écrites par le roi d'Austrasie et par sa mère à
l'empereur, à l'impératrice Anastasie, à Paul père de Maurice, à
Jean-le-Jeûneur patriarche de Constantinople, à l'apocrisiaire Honoratus, à
Domitianus évêque de Mélitine, parent et ministre de Maurice, à Théodore
maitre des offices, au questeur Johannes, au curator Megantes, au
patrice Venantius, et à Italica femme ou veuve d'un patrice dont la
suscription de la lettre n'indique pas le nom[165]. La précaution que prirent
Childebert et Brunehaut d'adresser des lettres flatteuses à tant de
personnes, qu'ils supposaient, à tort ou à raison, capables de contribuer au
succès de la négociation, prouve quelle importance ils y attachaient. Il
s'agissait, en effet, d'obtenir de Maurice la confirmation des anciens
traités et la remise du jeune Athanagild, sans prendre aucun engagement
formel relativement à une expédition en Italie. Les ambassadeurs austrasiens
étaient aussi porteurs de lettres du roi et de sa mère pour Athanagild[166], que l'on croyait arrivé à
Constantinople. L'histoire garde le silence le plus profond sur la manière
dont l'empereur reçut les propositions de Childebert ; mais nous savons, par
des lettres de ce prince et de Brunehaut, par une lettre de l'exarque Romanus
et par une épître de Maurice lui-même, que celui-ci envoya au roi d'Austrasie
un ambassadeur nommé Andreas ou André, sans doute pour mettre la dernière
main à la négociation entamée par Cothro et par Jocundus[167]. André partit de Constantinople
dans les premiers jours du mois de septembre 588[168] et dut arriver en Austrasie au
plus tard vers le 1er novembre. Il parait que le traité fut
presqu'immédiatement conclu ; car avant la fin de l'année Childebert dépêcha
lui-même à Maurice trois nouveaux ambassadeurs. Les deux premiers étaient les
gallo-romains Bodegisilus, fils de Mummolenus de Soissons, et Evantius, fils
du rector Dynatnius dont nous avons déjà parlé ; le troisième était un
ripuaire appelé Grippo, qui remplissait à la cour les fonctions de spatharius
ou porte-glaive[169]. On les avait chargés de
plusieurs lettres adressées par le roi et sa mère à Maurice, à l'impératrice
et au patriarche Jean-le-Jeûneur[170], et ils étaient autorisés à
annoncer qu'au printemps l'armée austrasienne descendrait en Italie et
combinerait ses mouvements avec ceux de l'exarque, de manière à expulser les
Lombards. Ils devaient réclamer, en retour, la remise d'Athanagild et la confirmation
des traités qui assuraient aux Francs la possession de la Gaule. Childebert
fut fidèle à sa promesse, et, dès que les passages des Alpes furent libres,
ses troupes pénétrèrent en Italie ; mais Autharis se tenait sur ses gardes.
Il y eut, dans un lieu que l'histoire ne désigne pas, une grande bataille
entre les Lombards et les Francs, et ceux-ci éprouvèrent une défaite
sanglante[171]. Les
débris de l'armée austrasienne venaient à peine de repasser les Alpes,
lorsque le roi reçut des nouvelles non moins fâcheuses de l'ambassade qu'il
dépêchait à Maurice. Les envoyés, ne trouvant pas sans doute la voie de terre
assez sûre, avaient pris le parti de s'embarquer. Ils arrivèrent à Carthage
et y restèrent plusieurs jours, probablement à cause des vents contraires.
Pendant ce temps, un des serviteurs d'Evantius déroba quelque chose à un
marchand et cacha le fruit de son larcin dans le logement des envoyés, sans
en rien dire à ses compagnons. Le marchand ne cessait toutefois de réclamer
son bien, et le voleur, las d'entendre les plaintes de cet homme, le tua et
se réfugia dans sa demeure. Une émeute terrible fut la conséquence de ce
meurtre ; la populace, armée de tout ce qui lui tomba sous la main, massacra
Bodegisilus, Evantius, ainsi que la plupart de leurs domestiques, et Grippo
eut besoin de tout son sang-froid et de tout son courage pour éviter le même
sort. L'exarque d'Afrique, extrêmement embarrassé de ce qui venait de se
passer, tâcha d'apaiser Grippo, et ce dernier prit le chemin de
Constantinople, où il remplit sa mission et demanda vengeance de l'assassinat
commis sur la personne de ses deux compagnons. Maurice ne négligea rien pour
achever de calmer le ressentiment de l'ambassadeur austrasien ; il lui promit
de punir sévèrement les meurtriers de Bodegisilus et d'Evantius, et accorda
tout ce que Childebert demandait, à l'exception néanmoins d'Athanagild, qu'il
jugea à propos de garder jusqu'à ce que le roi eût lui-même accompli ce à
quoi il s'était engagé. Pendant que Grippe reprenait le chemin de
l'Austrasie, l'empereur faisait arrêter et livrait à Childebert douze
habitants de Carthage, que l'on accusait d'être les auteurs principaux de
l'émeute qui avait coûté la vie aux deux ambassadeurs. H laissait au roi le
choix de les faire mettre à mort ou de recevoir, comme prix de la vie de
chacun d'eux, une somme de trois cents solidi aurei. Le prince se
trouva en proie à une grande anxiété, car rien ne démontrait que ces
malheureux fussent plus coupables que d'autres ; Grippo, qui arriva sur les
entrefaites, assurait que la troupe furieuse dont sa demeure avait été
environnée se composait de deux ou trois mille personnes, et Childebert finit
par relâcher les douze prisonniers, dans la crainte de faire tomber la peine
sur des innocents[172]. Grippo
lui rendit compte de ses négociations et du désir que l'empereur éprouvait de
voir les Austrasiens, dont la défaite était déjà connue à Constantinople,
entreprendre une quatrième expédition en Italie. D'un autre côté, le pape.
Pélage II, qu'effrayaient les progrès continuels des Lombards, avait, dès le
5 octobre 588, écrit à saint Aunacharius, évêque d'Auxerre, dont il
connaissait le zèle et les lumières, de ne rien négliger pour déterminer
Gontran et Childebert à seconder l'armée romaine[173], et on ne peut douter que le
prélat n'ait mis tout en-œuvre pour remplir les vues du souverain-pontife.
Malheureusement, le gouvernement du roi d'Austrasie éprouvait alors de grands
embarras. Avant même le retour de Grippo, Childebert avait fait sonder
Gontran pour savoir s'il était disposé à l'aider dans cette entreprise. Il
lui laissait entendre que l'on ne se bornerait pas à secourir les Romains, et
que, si l'on était victorieux, on profiterait de l'occasion pour reprendre et
garder les villes d'Italie qui avaient autrefois appartenu aux Francs. Mais
Gontran ne voulut pas se rendre aux représentations de son neveu ; il dit
qu'une maladie contagieuse d'une nature fort grave régnait au-delà des Alpes,
et qu'il n'enverrait pas ses soldats à une mort certaine[174]. Childebert ne savait à quel
parti s'arrêter, lorsqu'il apprit que le roi des Lombards, désirant
l'empêcher d'expédier de nouvelles troupes en Italie, venait de pousser à la
révolte Garibaldus, duc des Bajuvarii ou Bavarois. Il se flattait de
fixer ainsi le théâtre de la guerre dans la vallée du Danube, et d'éviter les
périls que lui faisaient courir les invasions périodiques des Austrasiens.
Mais ses calculs furent déjoués. Childebert se jeta sur la Vindélicie et le
Norique avec tant de promptitude, que Garibaldus n'eut le temps ni
d'assembler ses soldats, ni de recevoir les secours d'Autharis. Les
Austrasiens pensèrent même s'emparer de la princesse Theodelindis, que le roi
des Lombards allait épouser. Elle fut obligée de traverser les Alpes en toute
hâte, sous la conduite de son frère Gondoaldus, et de se réfugier en Italie,
où son mariage fut célébré[175]. La
révolte de Garibaldus, que plusieurs historiens placent sous l'année 589,
doit être rapportée aux premiers mois de 590, et on ne peut douter que ce ne
soit elle qui ait décidé Childebert à entreprendre une quatrième campagne
contre les Lombards. Il ordonna des préparatifs extraordinaires, et pendant
que les divers corps de troupes qui devaient figurer dans l'expédition se
rassemblaient et s'acheminaient vers les Alpes, il faisait partir pour
Constantinople une nouvelle ambassade. Les envoyés étaient au nombre de trois
: Grippe, revenu récemment de sa première mission ; Ennodius ; qui est
qualifié de primas, et qui était, en réalité, décoré du titre de dux[176], et le chambellan Radanes. On
leur avait adjoint un notarius ou sténographe, nommé Eusebius, lequel
devait remplir les fonctions de secrétaire[177]. Les ambassadeurs prirent,
cette fois, la voie de terre, qu'ils regardèrent comme la plus sûre. Ils
étaient porteurs de lettres adressées à l'empereur, â Théodose son fils aîné,
à Laurentius, patriarche d'Aquilée[178], dont ils devaient traverser le
diocèse, et à d'autres personnages importants, notamment à un lombard,
Grasulfus, duc de Forum Julii[179]. Cet individu, dont l'autorité
était grande dans sa nation, était neveu du célèbre Alboin, et le dépit qu'il
éprouvait de n'avoir pas été jugé digne de succéder à son oncle parait
l'avoir poussé à une défection, sur laquelle l'historien n'a conservé que peu
de détails[180]. Les
envoyés de Childebert, avant de continuer leur route vers Constantinople à
travers l'Illyrie, la Mœsie et la Thrace, invitèrent le patriarche d'Aquilée
à prévenir l'exarque Smaragdus que l'armée austrasienne était peu éloignée
des Alpes et allait bientôt descendre en Italie[181]. Au moment où cette nouvelle
parvenait à Ravenne, l'exarque Smaragdus était rappelé à Constantinople, et
son successeur, Romanus, arrivait, avec des renfort& considérables.
L'avis transmis par le patriarche fut confirmé par André, le diplomate que Maurice
avait envoyé à Childebert en 588, et qui revint seulement alors d'Austrasie.
Comptant rencontrer les Francs au nord du Pô, Romanus prit immédiatement
l'offensive avec vigueur[182] et réduisit les villes de
Modène, de Mantoue et d'Altinum[183]. Les Lombards, obligés de
diviser leurs forces et de laisser une armée sur le versant méridional des
Alpes pour observer les Austrasiens, ne pouvaient opposer nulle part une
résistance efficace. L'exarque se croyait déjà à la veille de détruire leur
royaume ; mais, lorsqu'il s'avança vers les gorges des montagnes, il n'eut
aucune nouvelle de l'armée Franque, et il fut contraint de s'arrêter pour
l'attendre[184]. Voici
quelles étaient les causes d'un retard si préjudiciable à l'Empire. Instruit
des immenses préparatifs que l'on faisait simultanément dans la Gaule et à
Constantinople pour l'accabler lui et son peuple, Autharis avait soumis des
propositions avantageuses à Childebert. Celui-ci ne jugea pas à propos de les
accepter ; mais ces négociations entraînèrent des allées et venues et des
pourparlers qui consumèrent, en partie, le temps le plus convenable pour les
opérations militaires. De plus, le roi, au lieu de donner le commandement de
l'armée à un seul général, lequel aurait tenu à mettre sa responsabilité à
l'abri, confia ce commandement à vingt ducs, dont les uns étaient toutefois
sous les ordres des autres, arrangement propre à engendrer mille jalousies et
mille désobéissances. Un corps d'armée assez considérable, qui était parti de
la Campania, et que conduisaient Winthrio, duc de cette province, et un autre
duc appelé Audoualdus, traversa la cité de Metz et agit dans la capitale de
l'Austrasie presque comme dans une ville prise d'assaut : traitement qui dut
rappeler aux habitants de Metz celui que leurs ancêtres avaient éprouvé de la
part des soldats de Vitellius, cinq cent vingt-et-un ans auparavant[185]. Arrivés
au pied des Alpes, les Austrasiens se divisèrent en deux corps. Le premier,
commandé par Audoualdus et six autres ducs, pénétra en Italie par la vallée
de l'Adda et s'empara sans coup férir de l'importante cité de Milan ; mais il
éprouva deux échecs, quelques jours après : un duc, nommé Olo, ayant attaqué
témérairement une troupe de Lombards qui s'était retirée dans le castrum
de Bilitio[186], fut blessé mortellement ; et
beaucoup de soldats, s'étant répandus sans précaution dans les campagnes pour
les livrer au pillage, furent surpris par les ennemis, lesquels en firent un
grand carnage. Ces échecs furent un peu réparés par un avantage que les
Francs remportèrent près de la ville de Coresium, mais qui n'eut rien
de décisif. Sur ces entrefaites, des envoyés de l'exarque se présentèrent
dans le camp d'Audoualdus et lui annoncèrent qu'il serait joint, sous trois
jours, par un renfort de troupes impériales, dont il attendit vainement
l'arrivée[187]. Pendant
ce temps, l'autre corps entrait en Italie par la route qui menait de la
Rhétie à Vérone, en passant par Tridentinum (Trente). Il était conduit par douze
ducs, qui paraissent avoir obéi à l'un d'entr'eux que Paul Diacre nomme
Cedinus ; que les différents manuscrits de Grégoire de Tours appellent
Cedinus, Cedinius, Chedinius, Chedinus, et qui est désigné sous le nom de
Chenus dans la lettre de l'exarque, orthographe que nous sommes disposé à
préférer[188]. Ce corps d'armée était composé
d'au moins vingt mille hommes et pouvait par conséquent causer aux Lombards
les plus grands embarras ; mais Autharis comprit qu'il ne pouvait tenir tête
à trois armées différentes et distribua tous ses soldats dans les villes
fortifiées et dans les châteaux, abandonnant ainsi la campagne aux Francs et
aux Romains. Il était impossible, au reste, de s'y procurer des ressources
considérables. Les Austrasiens avaient marché avec tant de lenteur que, à
leur arrivée, les récoltes étaient déjà entièrement rentrées, et ils se
trouvèrent immédiatement menacés de la disette ; tandis que les Lombards
vivaient dans l'abondance, à l'abri de leurs remparts. La misère relâcha
rapidement les liens de la discipline. Il y avait, d'ailleurs, dans l'année
austrasienne une multitude de bajuvarii, d'alamanni et de
thuringiens, encore à moitié barbares et ne se faisant nul scrupule de mettre
la main sur le bien d'autrui. On peut deviner aisément quels ravages de
pareils soldats durent commettre, et l'exarque Romanus dit, en effet, dans la
lettre déjà citée et qui nous offre la meilleure relation de cette courte
campagne, que beaucoup d'austrasiens traitèrent en pays conquis les cantons
qu'ils avaient traversés, pillant les maisons, les livrant ensuite aux
flammes et emmenant comme captifs les italiens qui les avaient attendus comme
des libérateurs. La dysenterie
ne tarda pas à se déclarer dans une armée aussi mal pourvue et enleva une
foule de soldats. Chenus ne restait pas toutefois dans l'inaction, et il
s'empara de plusieurs châteaux de peu d'importance (castella), qui
furent presque tous livrés au pillage. Il reçut alors du roi des Lombards
quelques propositions de paix, accompagnées d'offres capables de séduire
Childebert, et l'exarque accuse formellement Chenus d'avoir entamé
sur-le-champ des négociations qui devaient rendre infructueux tous les
efforts de l'armée impériale. Les
troupes d'Austrasie occupaient le territoire de Vérone, et Romanos, sachant à
quelle pénurie elles étaient réduites, leur envoya un convoi de vivres et
vint lui-même s'aboucher avec les ducs Francs, afin de combiner ses
opérations avec les leurs. Il paraît que rien ne fut arrêté dans cette
entrevue ; mais, quelques jours après, les ducs Leufredus, Olfigandus et
Raudingus se rendirent dans le camp romain, et l'exarque, après les avoir
comblés de présents, leur annonça qu'Autharis s'était enfermé dans la ville
de Ticinum (Pavie), que les Lombards regardaient comme leur capitale, et déclara
que le moyen le plus prompt et le plus sûr de terminer la guerre était d'en
former le siège par terre avec les deux armées, tandis qu'une flottille,
composée de dromones ou bateaux légers, que les Romains entretenaient
sur le Pô, investirait la place du côté où les eaux du Tessin baignaient le
pied de ses murailles. Il ajoutait que la prise d'Autharis suffirait
probablement pour désorganiser complètement le royaume/des Lombards, et qu'il
serait ensuite assez facile de rejeter ces barbares du côté du Danube. Chenus
et les autres ducs austrasiens accueillirent froidement la proposition de
l'exarque, et refusèrent mime ensuite de se diriger vers Pavie. Romanus mit
en œuvre, mais inutilement, toutes les ressources de sa diplomatie pour les
engager à céder : il montra dans les discussions une condescendance extrême ;
il offrit même de soumettre le point de la difficulté à la décision du roi
d'Austrasie. Chenus et ses collègues ne voulurent rien écouter, et, après
avoir conclu avec Autharis une trêve de dix mois, ils retournèrent sur leurs
pas, non sans emmener avec eux un immense butin et un grand nombre de
captifs. Mais cette retraite honteuse ne mit pas les Francs à l'abri de la
maladie et de la faim, qui en enlevèrent beaucoup, et Grégoire de Tours
assure même que leur misère était telle, que plusieurs vendaient leurs armes
et jusqu'à leurs vêtements pour se procurer du pain[189]. L'exarque
fut mortifié d'un départ qui renversait tous ses projets, et, soupçonnant que
les ducs austrasiens avaient agi contrairement aux ordres de leur souverain,
il écrivit à Childebert, se plaignant amèrement d'une conduite en apparence
incompréhensible et suppliant le roi d'envoyer, au printemps suivant, une
nouvelle armée en Italie, avec des instructions assez précises pour que ses
généraux n'osassent plus les enfreindre. Il invitait Childebert à rendre
immédiatement la liberté aux Italiens que ses soldats avaient emmenés avec
eux, le menaçant, en cas de refus, de toute la colère de l'empereur. Enfin,
il ajoutait, pour achever de convaincre le roi de la faute commise par les
chefs de son armée, que l'arrivée de cette même armée avait suffi pour répandre
la terreur chez les Lombards ; que les ducs de Parme, de Plaisance et de Regium
(Reggio) avaient fait leur soumission à
l'Empire, en donnant leurs enfants comme otages, et que beaucoup de
particuliers avaient suivi l'exemple de ces trois dignitaires[190]. Romanus écrivit une seconde
fois à Childebert, peu de semaines après, pour le conjurer de nouveau
d'accomplir les promesses qu'il avait faites à Maurice, et pour lui annoncer
que, malgré la retraite des Austrasiens, il n'avait pas craint d'entreprendre
la conquête de l'Istrie, et que Grasulfus, duc de Forum Julii, qui,
nous le croyons du moins, avait été gagné secrètement par l'empereur ou par
Childebert, s'était empressé de dépêcher son -fils Gisulfus vers l'exarque,
afin de lui déclarer qu'il serait à l'avenir un des plus fidèles sujets de
l'Empire[191]. L'arrivée
des deux lettres de Romanus excita de violents débats dans le conseil du roi
d'Austrasie. Les uns objectaient la nécessité d'exécuter la convention
conclue avec l'empereur ; les autres rappelaient que Childebert avait déjà
envoyé quatre armées en Italie, et qu'il avait par conséquent dégagé la
parole donnée à Maurice. Autharis n'avait rien négligé, de son côté, pour
contre-balancer les sollicitations de l'exarque, et, sachant que le roi de
Bourgogne avait désapprouvé la conduite de son neveu, il lui avait envoyé des
ambassadeurs chargés de conclure une paix définitive[192]. Gontran les accueillit
très-bien et les fit conduire en Austrasie, où ils entamèrent aussi une
négociation. Ils représentèrent à Childebert que son intérêt lui commandait
de ne pas détruire le royaume des Lombards, qui lui servait de barrière du
côté de l'Empire ; que les Romains n'avaient pas renoncé au dessein
d'expulser les nations fédérées ; que, dans ce but, ils entretenaient
soigneusement les divisions qui existaient en-Welles, et que la sécurité de
ces dernières leur imposait l'obligation de rester unies. Malgré la force de
ces raisons, le roi d'Austrasie hésitait encore, lorsqu'il apprit la mort
d'Athanagild[193]. Cet évènement, qui le rendait
plus indépendant de l'empereur, lui fit prêter une attention favorable aux
propositions des envoyés lombards, et ceux-ci, pour achever de le décider,
promirent, au nom de leur maitre, de payer annuellement à Childebert ou à ses
successeurs un tribut de douze mille sous d'or. Un traité fut conclu sur ces
bases, dans les premiers mois de l'année 591 ; mais ce ne fut pas Autharis
qui stipula pour les Lombards. Il était mort avant la fin de 590, et ses
sujets avaient laissé à sa veuve Theodelindis le pouvoir de décerner la
couronne au nouvel époux qu'elle choisirait. Elle accorda sa main à Agilulfus
duc de Turin, et c'est avec lui que traita Childebert[194]. Les
deux rois ne négligèrent rien, du reste, pour apaiser le courroux présumé de
l'empereur. Agilulfus témoigna, en toute circonstance, le plus vif désir de
rester en paix avec l'Empire, en obtenant les mêmes droits que les Barbares
fédérés établis dans les Gaules et en Espagne ; et Theodelindis, qui gouverna
comme régente pendant la minorité de son fils Adaloaldus, n'abandonna pas une
aussi sage politique. De son côté, le roi d'Austrasie racheta et renvoya en
Italie les captifs que ses soldats avaient ramenés, et dont l'exarque avait
pressamment réclamé la délivrance. Le peu
de condescendance que Childebert avait montré pour les conseils de Gontran,
pendant le commencement des négociations, ne tenait pas uniquement à la
crainte de blesser l'empereur ; il faut l'attribuer aussi à quelques
brouilleries survenues entre les rois d'Austrasie et de Bourgogne. Ce dernier
regardait les enfants de son neveu comme les siens propres, et il éprouva une
appréhension fort vive quand rainé, Théodebert, faillit mourir des suites
d'un abcès à la gorge ; néanmoins il montra, peu de temps après, beaucoup de
ressentiment de ce que le roi d'Austrasie, cédant à la prière des habitants
de Soissons et de. Meaux, leur avait envoyé cet enfant comme vice-roi.
Gontran crut démêler dans un pareil arrangement le projet de le dépouiller
lui-même des cités qu'il possédait dans le centre de la Gaule, et notamment
de la ville de Paris, à laquelle il tenait beaucoup. Il proférait fréquemment
des invectives contre Brunehaut, qu'il regardait toujours comme son ennemie,
et il prétendait même qu'elle avait attiré près d'elle un fils de Gondovald,
et qu'elle prenait les mesures nécessaires pour le mettre en état d'usurper
le royaume de Bourgogne. Ce ne fut pas sans peine que Childebert et sa mère
parvinrent à dissiper de pareilles préventions[195]. Les
deux rois n'étaient pas encore réconciliés, lorsque l'on découvrit une
conspiration tramée contre Childebert. Il résidait alors dans un palais de la
civitas d'Argentoratum ou Strasbourg[196], que Schœpflin croit être le palatium
de Kœnigshofen[197] : opinion que nous ne pouvons
partager ; car les expressions de Grégoire de Tours — infra terrninum
urbis quam Strateburgum vocant — ne signifient pas nécessairement que le
roi demeurait dans la banlieue de Strasbourg, mais seulement dans la civitas
dont cette ville était le chef-lieu. Ces raisons nous engagent à reconnaître,
avec Grandidier[198], dans l'habitation royale dont
parle l'historien des Francs la villa regia de Marilegium ou Maurolegia
(aujourd'hui
Marlenheim), qui
est nommée par le même écrivain[199] et par Frédégaire[200]. Quoiqu'il
en soit, la reine Faileuba, qui venait d'accoucher d'un troisième enfant,
lequel mourut presqu'aussitôt après sa naissance, connut, on ne sait par
quelle voie, la conspiration dont il s'agit. Elle s'empressa d'en prévenir le
roi, et voici ce qu'il apprit. Une matrone gallo-romaine, appelée Septimina,
nourrice ou, pour mieux dire, gouvernante des enfants de Childebert, avait
formé cette trame, que l'on peut à juste titre qualifier de conspiration de
palais, de concert avec un ripuaire nommé Droctulfus, qui occupait une
position subalterne dans la maison des jeunes princes. Septimina et son
complice voulaient — on ne devine pas trop par quel moyen — engager le roi à
congédier sa mère et à répudier sa femme, et, en cas de refus, empoisonner
Childebert, proclamer rois ses deux enfants et gouverner en leur nom. Ce
projet audacieux était réellement inexécutable, et Childebert n'eut pas de
peine à le déjouer. Les deux coupables furent immédiatement arrêtés et mis à
la torture. Septimina avoua, dans les tourments, que, cédant à sa passion
pour Droctulfus, elle avait fait périr son mari Jovius, et ses déclarations
compromirent Sunnegisilus, comes stabuli ou comte des écuries royales,
et le référendaire Gallomagnus, dont la fille avait épousé le duc
Godegisilus, un des hommes de confiance de Brunehaut. La culpabilité de
Sunnegisilus et de Gallomagnus est fort douteuse ; néanmoins, ces deux
fonctionnaires jugèrent à propos de se réfugier dans une église. Le roi
lui-même alla les trouver et les engagea à comparaître volontairement en
justice (ad judicium), leur promettant la vie sauve lors même qu'ils seraient reconnus
coupables. Ils quittèrent alors leur asile et répondirent aux questions qui
leur furent adressées : que Septimina et Droctulfus leur avaient exposé tout
le plan de la conjuration, et qu'ils en avaient eu horreur. Childebert leur
reprocha d'avoir gardé le silence, mais respecta la sauvegarde qu'il leur
avait remise. Il se contenta de les exiler, après les avoir dépouillés de
tous les biens domaniaux qu'il leur avait donnés, et il consentit même, sur
la demande de Gontran, à les laisser revenir en Austrasie ; toutefois, il ne
leur rendit jamais les domaines dont il les avait privés. Septimina fut
enfermée dans le gynécée de Marilegium et condamnée à tourner la meule
d'un moulin-à-bras. Quant à Droctulfus, on lui coupa les cheveux et les
oreilles, et on le réduisit à la condition de simple vigneron du fisc. Il
prit la-fuite, fut poursuivi et repris, à la diligence de l'actor,
espèce de procureur-général attaché à la personne du roi, et, après avoir été
fustigé, il fut ramené aux occupations qu'il avait tenté de fuir[201]. Ce
danger était à peine éloigné, que Childebert se trouva exposé à un autre
péril. Il entrait, un jour, dans l'oratoire du palais de Marilegium,
lorsque ses gardes aperçurent un homme qui leur était inconnu, et sur les
projets duquel ils eurent immédiatement quelques soupçons. On le saisit, on
l'interrogea. Il finit par avouer qu'il avait été envoyé par Frédégonde, avec
plusieurs sicaires, pour tuer le roi d'Austrasie, et il ajouta que d'autres
assassins étaient entrés dans la ville de Soissons pour mettre à mort le
prince Théodebert, dès qu'ils trouveraient une occasion favorable. Sur les
indications qu'il fournit, on arrêta, dans divers lieux, tous ou presque tous
ces scélérats. On en jeta quelques-uns dans d'affreux cachots ; on en relâcha
plusieurs, après leur avoir coupé les mains, le nez ou les oreilles ;
d'autres se percèrent eux-mêmes de leurs poignards ; d'autres enfin périrent
au milieu des supplices[202]. On
arrêta alors l'ex-comes stabuli Sunnegisilus, que ces misérables
avaient, sans doute, compromis dans leurs interrogatoires. On lui fit subir
d'affreuses tortures, et il déclara qu'il avait été initié aux projets de
Rauchingus, d'Ursio et de leurs complices, et qu'Ægidius, métropolitain de
Reims, n'y était pas étranger, comme on le soupçonnait déjà. Le roi résolut
alors de ne pas différer plus longtemps sa vengeance. Le prélat fut conduit à
Metz, et les évêques austrasiens reçurent l'ordre de se rendre à Verdun, au
commencement d'octobre 590, pour procéder à son jugement. Les évêques, avant
d'obéir, représentèrent à Childebert qu'il était contraire aux usages
d'arrêter et d'emprisonner un homme sans l'avoir entendu, et le roi permit à
l'accusé de retourner à Reims et fixa au 16 novembre l'ouverture du concile.
Il eut lieu à cette date, quoique tes rivières eussent débordé, à la suite de
pluies torrentielles, et que les routes fussent presqu'impraticables. Cc fut
à Metz, et non à Verdun, que les évêques s'assemblèrent, et dès qu'ils eurent
pris séance, Childebert déclara qu'il accusait Ægidius de trahison entre lui
et envers l'état, et qu'il confiait au duc Ennodius le soin de soutenir cette
double prévention. Ce personnage interrogea le prélat au sujet des relations
qu'il avait toujours entretenues avec Chilpéric, constant ennemi des rois
Sigisbert II et Childebert, et allégua, à l'appui de ses reproches, qu'Ægidius
avait reçu plusieurs domaines appartenant au fisc, et situés dans les civitates
que le roi de Neustrie avait enlevées à l'Austrasie. Le métropolitain avoua
qu'il avait eu des relations avec Chilpéric, mais sans manquer à la fidélité
qu'il devait à ses souverains, et quant aux donations qui, d'après
l'accusation, provenaient de Chilpéric, il produisit des diplômes portant
qu'elles avaient été faites ou du moins confirmées par Childebert. Ennodius,
étonné de cette réponse, appela un ripuaire, nommé Otto, qui avait alors
rempli les fonctions de référendaire, et dont les diplômes offraient la
signature. Otto soutint qu'il n'avait jamais écrit ni signé ces pièces, et
qu'elles étaient nécessairement fausses. Ægidius resta confondu. Ennodius,
passant à un autre chef d'accusation, produisit plusieurs lettres échangées
entre le prélat et Chilpéric, et dans l'une desquelles le premier disait que,
« si l'on veut détruire une plante, il faut absolument en arracher la racine »
: phrase qui paraissait concerner la branche des mérovingiens régnant en
Austrasie. Le métropolitain prétendit que toute cette correspondance était
fabriquée ; mais il reçut un démenti formel d'un de ses serviteurs, qui
représenta un registre dans lequel les lettres incriminées se trouvaient
textuellement transcrites en notes tironiennes. Ennodius accusa ensuite le
prélat d'avoir, à l'instigation du roi de Neustrie, introduit dans le texte
d'un traité, qu'il avait été chargé de négocier, une clause par laquelle
Childebert et Chilpéric s'entendaient pour dépouiller Gontran, et d'avoir
ainsi amené entre les princes mérovingiens une rupture, qui avait fait couler
beaucoup de sang et causé la dévastation de plusieurs parties de la Gaule. Ægidius
fut très-embarrassé, car on mit sous ses yeux l'original même du traité, que
l'on avait trouvé dans les archives de Chilpéric, lorsque tout ce que le roi
de Neustrie avait laissé dans le palais de Chelles fut livré aux Austrasiens.
Il essaya toutefois de se défendre ; mais Ennodius fit comparaître
Epiphanius, abbé du monastère de Saint-Remi de Reims et confident du
métropolitain, et ce religieux avoua qu'Ægidius avait reçu deux mille solidi,
ainsi que d'autres valeurs, pour prix de sa trahison, et donna sur cette
affaire des renseignements tellement précis que le malheureux prélat finit
par reconnaître la vérité de l'accusation. Les évêques lui accordèrent alors
un délai de trois jours pour qu'il pût présenter sa défense, s'il le jugeait
à propos. A l'expiration du délai, Ægidius avoua toutes ses trahisons, et les
évêques, qui avaient obtenu pour lui grâce de la vie, le déposèrent, ainsi
que l'abbé du monastère de Saint-Reini. Ægidius fut immédiatement relégué
dans la ville d'Argentoratum, où il termina obscurément ses jours ; et
les prélats, avant de se séparer, élurent métropolitain de Reims Romulfus,
fils du duc Lupus, que le condamné avait toujours poursuivi de sa haine[203]. Romulfus avait d'abord, comme
son frère Johannes, qui fut revêtu du titre de duc, recherché les honneurs
auxquels l'appelait sa naissance, et il était devenu comes palatii[204] ; mais il avait bientôt renoncé
à toute idée d'ambition, et il avait reçu, depuis quelque temps déjà, les
ordres sacrés, lorsqu'il fut appelé à remplacer Ægidius. Son premier soin,
aussitôt après son installation, fut de procéder, avec les commissaires
royaux, au partage des trésors de son prédécesseur. Les propriétés
personnelles de ce dernier furent confisquées ; mais Romulfus obtint la
remise de ce qui appartenait à l'église de Reims[205]. Délivré
de toutes les affaires que nous venons de rappeler succinctement, Childebert
goûta quelques instants de tranquillité. C'est toutefois à l'année 591,
peut-être même aux derniers mois de 590, qu'il faut rapporter une tentative
faite par lui pour se venger enfin de Frédégonde, sa mortelle ennemie. Cette
femme cruelle fit mettre à mort pendant un festin trois saliens appartenant à
des familles puissantes. Les parents de ces malheureux prirent aussitôt les
armes, investirent le palais dans lequel le crime avait été commis et
invitèrent Childebert à envoyer promptement des soldats pour les aider à
s'emparer de Frédégonde, qu'ils promettaient de lui livrer. Winthrio, duc de Campania
ou de Champagne, eut ordre de leur prêter assistance ; mais il ne marcha pas
avec assez de diligence, et lorsqu'il arriva, la veuve de Chilpéric, secourue
par ses partisans, venait de fuir et de se mettre en sûreté[206]. Peu de
temps après cette aventure, c'est-à-dire dans le courant de l'année 591, elle
pria Gontran de se rendre à Paris et d'y tenir sur les fonts sacrés le jeune
roi de Neustrie, qui, étant né vers le mois de juin 584, devait avoir alors
sept ans environ. Le roi de Bourgogne y consentit. A cette nouvelle,
Childebert se bâta de lui envoyer des ambassadeurs, lesquels reprochèrent
vivement à Gontran une démarche qui paraissait donner à Clotaire des droits
sur tout ou partie du royaume de Bourgogne, et ils ajoutèrent que leur maitre
la regardait comme une violation directe des conventions intervenues
entr'eux. Gontran tâcha de les rassurer, renouvela la promesse de laisser son
royaume à Childebert, mais déclara que, à aucun prix, il ne manquerait de
parole à Frédégonde, et le roi d'Austrasie jugea prudent de se contenter de
cette réponse[207]. Le
moment approchait, d'ailleurs, où la riche succession de Gontran allait
s'ouvrir. Accablé d'infirmités précoces, ce prince, qui n'avait guère qu'une
soixantaine d'années, mourut le 28 mars 595[208]. Childebert prit immédiatement
possession du royaume de Bourgogne[209], et se hâta d'en parcourir les
différentes provinces[210]. La
guerre ne tarda pas à éclater entre lui et Clotaire, ou, pour mieux dire,
entre lui et Frédégonde. Gontran avait, en effet, jugé à propos de distraire
de son héritage quelques cités, qu'il donna au roi de Neustrie. Non content
d'avoir acquis de vastes territoires, qui lui assuraient une supériorité et
une suprématie désormais incontestables, Childebert voulut enlever à Clotaire
la petite part qu'il avait obtenue, et l'ambition était encore aiguillonnée
chez lui par le désir de punir Frédégonde de tous ses forfaits. En
conséquence, il rassembla une armée composée d'austrasiens et de bourguignons[211]. Mais, dans sa précipitation,
il ne prit pas le temps de réunir toutes ses forces, et il confia le
commandement de son armée à deux généraux incapables : Winthrio, duc de
Champagne, et Gundobaldus, patrice de Bourgogne. Ces deux généraux, dont l'un
venait de Châlons et l'autre du centre de la Gaule, avaient opéré leur
jonction dans la vallée de la Marne, près du lieu occupé maintenant par la
ville de Château-Thierry, et s'étaient dirigés vers le nord, en suivant une
voie de rang secondaire qui conduisait de ce lieu à Soissons, et dont les
vestiges sont encore parfaitement visibles[212]. Se croyant sûrs d'accabler
aisément les troupes neustriennes, ils marchaient sans prendre aucune des
précautions usitées pendant la guerre, et ils laissèrent même leurs soldats
dévaster la portion méridionale du territoire de Soissons, qui appartenait cependant
à l'Austrasie. Frédégonde, prévenue de leur approche, réunit à la hâte les
Francs Saliens, s'établit dans le palais de Brennacum[213], sur la grande voie de Reims à
Soissons, et, pour relever leur courage, prodigua à tous, même aux plus
obscurs d'entr'eux, les présents et les promesses. Si, comme on n'en peut
guère douter, le palais de Brennacum a donné naissance à la ville de
Braine-sur-la-Vesle, Landericus, maire du palais de Neustrie, qui commandait
l'armée de Frédégonde, n'avait pas craint de prendre l'offensive, car ce lieu
était dans la civitas de Soissons, et par conséquent dans le royaume
d'Austrasie. Il est assez voisin de Soissons, et Landericus pouvait être
inquiété par les garnisons de cette ville et de Laon, tandis qu'il avait en
face l'armée austrasienne, qui venait de camper à Trucciacum (aujourd'hui
Droissy), virus
situé au sud-ouest de Brennacum, et un peu à droite de la voie que
cette armée avait suivie. Frédégonde et Landericus comprirent dans quelle
position dangereuse ils s'étaient placés en s'engageant témérairement sur le
territoire ennemi, et, pour ainsi dire, en présence d'une armée
très-supérieure en force. Ils résolurent donc de réparer leur imprudence par
une manœuvre habile. Par leurs ordres, les soldats neustriens se mirent en
marche à l'entrée de la nuit. Les uns portaient des branches d'arbres
chargées de leur feuillage, afin de dissimuler leur petit nombre ; d'autres
avaient des lanternes ; enfin, on avait garni de sonnettes le harnachement
des chevaux. Ils arrivèrent près du campement des Austrasiens et des
Bourguignons, un peu avant la pointe du jour. Les vedettes, entendant de loin
le son des clochettes, crurent d'abord que ce bruit provenait des chevaux de
leur armée, que l'on avait envoyés au pâturage avant la nuit, après leur
avoir mis des sonnettes au cou, afin de retrouver plus aisément ceux qui
s'écarteraient. Bientôt après, elles furent effrayées en voyant une forêt qui
semblait marcher vers le camp, et au travers de laquelle brillaient de
nombreuses lumières. Elles donnèrent l'alarme, mais trop tard. Les
Austrasiens et les Bourguignons prirent les armes avec précipitation, et la
lutte s'engagea, avant que les chefs eussent eu le loisir de ranger leurs
soldats en bataille. Les Neustriens furent vainqueurs, comme il était facile
de le prévoir ; néanmoins, ils perdirent beaucoup de monde et ils ne purent
atteindre Winthrio et Gundobaldus, qui n'attendirent pas la fin du combat et
cherchèrent leur salut dans la fuite. Landericus profita de sa victoire,
entra dans la Campania, la ravagea jusqu'aux portes de Reims, et,
revenant sur ses pas, occupa la ville de Soissons, dont le prince Théodebert
s'était éloigné au plus vite[214]. Childebert,
rebuté par le mauvais succès de son entreprise, prêta l'oreille aux
propositions d'accommodement qui lui firent faites. Frédégonde, craignant
d'exposer de nouveau sa fortune au sort des combats, restitua la ville de
Soissons, céda la civitas de Cambray, qui avait autrefois dépendu de
l'Austrasie[215], et consentit, an moins d'une
manière générale, à reconnaître la suprématie de Childebert. C'est ce qui
résulte d'un extrait que les Bollandistes ont donné de l'inventio des
saints Fuscianus, Gentianus et Victoriens, extrait où nous voyons le roi
d'Austrasie agir en maure dans une ville appartenant à la sors de
Clotaire[216]. Il
profita de son ascendant pour engager ce dernier, ou plus exactement les
seigneurs neustriens qui gouvernaient de concert avec Frédégonde, à conclure
un traité destiné à rétablir l'ordre public dans la Gaule. Les mesures de
rigueur étaient devenues indispensables, et, dans plus d'une province, les
hommes puissants, profitant de l'affaiblissement de l'autorité qui est la
conséquence des minorités, avaient commis des excès qu'il importait de punir.
C'est ainsi que les deux fils de Waddo, un des partisans de Gondovald,
s'étaient livrés à mille brigandages dans la civitas de Poitiers. Ils
avaient mis à mort quelques-uns de leurs ennemis, dépouillé des marchands et
même assassiné un tribun militaire, sans que le comte de cette ville fût en
état de réprimer leurs violences. Les auteurs de ces crimes avaient fini
néanmoins par être châtiés[217] ; mais Childebert comprenait la
nécessité de donner aux officiers royaux les moyens de prévenir de semblables
crimes, ou au moins de traiter les coupables avec une juste sévérité. La
convention dont nous venons de parler porte le titre de Pactum pro tenore
pacis. Elle avait pour but la répression des crimes commis dans les trois
royaumes d'Austrasie, de Bourgogne et de Neustrie, ainsi que l'établissement
d'une sorte de parcours pour les magistrats, et du droit d'extradition à
l'égard des brigands qui se réfugiaient d'un état dans l'état voisin[218]. Mais comme une convention de
cette nature est nécessairement conçue en termes généraux et d'une façon
laconique, il fut réglé que chacun des deux princes publierait dans son
royaume des articles organiques, pour développer ce qui existait seulement en
germe dans le traité proprement dit. Il fut
conclu vers l'automne de l'année 593, puisqu'il est postérieur à la bataille
de Trucciacum, qui fut livrée dans le cours de l'été, et les articles
organiques destinés aux royaumes d'Austrasie et de Bourgogne ne furent
promulgués qu'en 595[219]. Le retard vint de ce que
Childebert ne voulut ou n'osa pas les rédiger et les mettre à exécution avant
d'avoir demandé, au moins pour la forme, l'assentiment des prélats et des
leudes austrasiens, des optimates comme on disait alors. Tel fut l'objet de
deux placita, ouverts le premier à Trajectum-ad-Mosam, le 1er
mars 594, le second à Colonia Agrippina, le 1er mars 595. On joignit
aux dispositions arrêtées dans ces deux assemblées quelques statuts rédigés
dans un autre placitum, qui avait été tenu dans le palatium d'Attiniacum
(Attigny), le 1er mars 593, et le decretum
contenant la rédaction définitive des dispositions approuvées par les optimates
austrasiens, dans ces trois assemblées, fut publié, dès le 2 mars 595 — ce
qui prouve qu'il n'y avait pas eu de discussion sérieuse —, par le
référendaire Asclepiodotus[220]. On s'attend à ne trouver dans
le decretum dont il s'agit que des prescriptions relatives au maintien
de la paix publique ; mais on se trompe, et, à côté de règlements de cette
nature, on rencontre plusieurs articles concernant le droit privé. On peut
même dire que tous ceux qui ont été rédigés dans le placitum d'Attigny
présentent ce dernier caractère, et on ne doit pas en être surpris,
puisqu'ils sont antérieurs en date au Pactum pro tenore pacis. Le
premier article démontre combien la législation romaine faisait alors de
progrès chez les Francs. Il a pour but, en effet, d'appeler les
petits-enfants à la succession de leur aïeul, concurremment avec leurs
oncles, et par représentation de leur père mort avant l'aïeul, représentation
que tous les codes barbares s'accordaient à prohiber, si ce n'est dans le cas
où l'aïeul avait formellement appelé ses petits-enfants à la succession[221]. Les articles deux et trois ne
sont pas moins propres à nous révéler les progrès de la législation impériale
: celui-là met au rang des crimes capitaux les mariages entre proches
parents, mariages interdits aux Gallo-Romains par la loi civile, mais tolérés
par les codes barbares ; et celui-ci introduit dans les lois des Francs
Saliens et Ripuaires la prescription, mode d'acquérir et de se libérer qu'ils
ignoraient complètement. Cette dernière disposition fut arrêtée seulement
dans l'assemblée de Trajectum, et c'est aussi dans la même réunion que
furent adoptés les articles quatre, cinq, six et sept du Decretum. Le
quatrième prononçait contre le rapt la peine de mort, défendait au juge
d'admettre le coupable à payer une composition, et réglait que si la
femme enlevée consentait à épouser le ravisseur, ils seraient bannis tous
deux. Une disposition particulière abolissait à l'égard de ce crime le droit
d'asile, et enjoignait aux évêques de livrer les accusés qui auraient cherché
un refuge dans les églises. Aux termes de l'article cinq, le meurtre devait
âtre puni de mort, et la composition était presque complètement
supprimée en pareille matière. « Il convient, en effet, dit le Decretum,
que celui qui a appris à tuer injustement apprenne à mourir justement. »
L'article six menaçait de la peine capitale les individus qui auraient commis
des farfalii ou violences dans l'assemblée du mallum, et le
juge qui ne les aurait pas immédiatement réprimées. La même peine était
prononcée dans l'article sept contre les voleurs et les malfaiteurs
convaincus par le serment de cinq ou de sept hommes libres, et contre le juge
accusé d'avoir sciemment relâché un voleur. Il
n'est pas nécessaire de faire ressortir les innovations importantes contenues
dans les articles précédents. Elles bouleversaient complètement l'ancienne
législation pénale des Saliens et des Ripuaires, 1° en supprimant dans une
foule de cas la composition pécuniaire, qui était la base de cette
législation, et 2° en plaçant les Barbares et les Gallo-Romains exactement
sur la même ligne[222]. Les
statuts adoptés dans le placitum de Colonia, et qui forment les
articles huit à quatorze du Decretum, sont conçus dans le même esprit.
Ainsi, d'après l'article neuf, on était obligé, sous peine d'une amende de
soixante solidi aurei, d'accompagner les centenarii lorsqu'ils
poursuivaient les criminels. Ainsi, l'article onze rendait les membres de la centena
responsables du vol commis sur son territoire. Ainsi encore, aux termes de
l'article huit, le voleur devait être immédiatement pendu, sur l'ordre et sous
les yeux du juge, si ce voleur était une debilior persona ; et s'il
était un Francus, on le conduisait devant le roi, qui prononçait la
condamnation. Cette dernière disposition a paru à quelques savants maintenir
et consacrer la séparation établie entre les Gallo-Romains et les Barbares,
depuis l'établissement des nations fédérées sur le territoire de l'Empire ;
mais une semblable interprétation est formellement repoussée par des textes
positifs. Le Factum pro tenore pacis, dont le Decretum n'est
que l'application, dispose que tous les voleurs devaient être mis à mort,
quelle que fût leur race[223]. Le mot debilis ou debilior
n'était pas synonyme de gallo-romain ; il désignait une personne pauvre.
C'est avec ce sens qu'il est employé dans le Code Théodosien[224] et dans un récit de Grégoire de
Tours[225]. Enfin, le mot Francus
servait à marquer un ingenuus ou un homme opulent, gallo-romain,
salien ou ripuaire, et c'est évidemment cette acception qu'il faut lui donner
dans l'article treize du Decretum[226]. Ce
monument législatif, qui nous fait voir combien la législation romaine
gagnait de terrain sur les codes barbares, atteste aussi les progrès du
mélange qui s'opérait entre les différentes races fixées dans les Gaules,
ainsi que l'augmentation du pouvoir royal. L'accroissement
de la puissance des Mérovingiens est également démontré par la tranquillité
intérieure dont Childebert jouit pendant le reste de sa vie. En effet, depuis
le moment où la paix fut rétablie entre lui et Clotaire II, nous n'avons plus
à mentionner jusqu'en 596 que des faits de peu d'importance. Vers la fin de
l'année 593, Childebert créa duc des Bajuvarii un seigneur nommé
Tassillon, en remplacement de Garibaldus, que ses étroites liaisons avec les
Lombards avaient justement rendu suspect au roi d'Austrasie. L'année
suivante, ce prince eut une guerre de courte durée à soutenir contre les
Varnes ou Variniens. Cette peuplade barbare s'était arrêtée depuis longtemps
sur les bords de l'océan germanique, entre le pays des Frisons et
l'embouchure de l'Elbe, et, vaincue autrefois par Théodebert Ier, elle avait
reconnu, pendant une soixantaine d'années, la suzeraineté des rois
d'Austrasie. On crut, mais sans en avoir la preuve, qu'elle avait, en se
révoltant, obéi aux suggestions secrètes de Frédégonde, qui, malgré une
apparente réconciliation, aurait bien voulu susciter des embarras à
Childebert, dont elle redoutait la puissance. Ses calculs furent déjoués, car
les Varnes furent défaits et presque complètement exterminés[227], et leur nom ne reparaît même
plus dans l'histoire, parce que les misérables restes de cette petite nation
se mêlèrent aux peuples voisins et se confondirent avec eux. La même
année (594), on vit à Constantinople des
ambassadeurs du roi d'Austrasie. Ils se nommaient Boson et Betto ou Berton,
et si ce dernier est, comme nous le pensons, le père de saint Lupus,
métropolitain de Sens, il appartenait à la famille mérovingienne[228]. Admis devant l'empereur
Maurice, les deux envoyés lui exposèrent que leur maitre était tout disposé à
entreprendre une campagne contre les Abares, qui inquiétaient toujours les
frontières de la Mœsie et de l'Illyrie, si Maurice consentait à lui accorder
un subside. Mais l'empereur n'avait pas oublié le peu de fruit qu'il avait
retiré du subside de cinquante mille solidi remis antérieurement à
Childebert, pour qu'il aidât l'exarque à chasser les Lombards de l'Italie,
et, après avoir fait de riches présents aux ambassadeurs, il leur répondit
que les Romains n'avaient pas coutume de payer des subsides aux Barbares
fédérés[229]. Le roi
d'Austrasie, peu satisfait d'une pareille réponse, tourna ses armes contre
les Bretons, qui refusaient de reconnaître l'autorité des rois mérovingiens
et se trouvaient même alors en guerre avec eux[230]. En 587, Waroch II, comte des
Bretons, fils de Macliau et petit-fils de Waroch Ier[231], avait ravagé la civitas
de Namnetes (Nantes), qui appartenait à Gontran. Trois ans plus tard, et à
l'instigation de Frédégonde, il fit de nouvelles incursions dans la sors du
roi de Bourgogne, lequel envoya contre lui une armée commandée par les ducs
Beppolenus et Ebracharius. Ces deux généraux franchirent la Vicinonia (Vilaine) et l'Ulda (Oust) ; mais ils eurent l'imprudence
de se séparer. Waroch, profitant de cette faute, défit les troupes de
Beppolenus. Ebracharius, plus heureux ou plus habile, pénétra jusqu'à Veneti
(Vannes) et contraignit le chef breton à
se soumettre, du moins en apparence, au roi de Bourgogne. Mais Ebracharius
n'avait pas encore repassé la Vilaine, que Chanaon, fils de Waroch, tomba sur
l'arrière-garde des Francs et la mit en déroute[232]. Childebert, devenu maître du
royaume de Bourgogne, avait résolu de ne pas laisser impuni un pareil manque
de foi. En conséquence, il envoya une armée sur les frontières du pays des
Bretons, vers la fin de 594 ou plutôt au commencement de 595. Cette armée,
sans doute peu nombreuse et mal commandée, fut vaincue, et Waroch s'empara
des cités de Nantes et de Rennes[233]. Childebert
aurait probablement cherché à tirer vengeance d'un pareil affront, si la mort
lui en avait laissé le temps. Mais ce prince, qui venait seulement
d'accomplir sa vingt-sixième année, mourut subitement en 596[234]. Son épouse Faileuba décéda le
même jour, et un événement aussi extraordinaire fournit matière aux plus
affreuses accusations. Les ennemis de Brunehaut ne craignirent pas d'affirmer
que cette princesse altière, voyant que son fils, probablement à l'instigation
de Faileuba, ne voulait plus suivre aveuglément ses conseils, eut recours au
poison pour se débarrasser de lui et de sa femme, et Paul Diacre s'est rendu
l'écho de ces bruits[235], dont nul autre écrivain n'a
jugé à propos de faire mention. Il est bien vraisemblable, en effet, que la
mort de Childebert et de Faileuba fut purement naturelle ; et s'il fallait
absolument y voir le résultat d'un crime, on ne devrait pas hésiter à le rejeter
sur Frédégonde, qui avait déjà cherché plusieurs fois à faire périr le roi
d'Austrasie. Childebert
disparut de la scène du monde trop tôt pour les deux royaumes qui lui
obéissaient. Il possédait la plupart des vertus de son père, et il avait su
se garantir presque complètement de cette passion pour la débauche qui
déshonora la plupart des Mérovingiens. On ne dit pas qu'il ait jamais eu
d'autre enfant naturel que Théodebert, et encore il n'est pas absolument
impossible que ce prince soit fils de Faileuba ; car l'auteur du Gesta
regum Francorum est un écrivain trop récent, pour que son témoignage ait
un grand poids. Outre les deux princes Théodebert et Thierry, Childebert
laissa une fille, nommée Theudelanis ou Theudelana, qui vivait encore en 613[236], et que l'on perd de vue depuis
cette époque. Les
libéralités du fils de Sigisbert en faveur des établissements religieux
furent probablement assez nombreuses ; mais on n'en connaît plus que deux ou
trois. Il donna à l'église de Verdun divers domaines, entre lesquels
l'historien Bertaire désigne[237] Sampiniacum (Sampigny), Modinum (Moulin-sur-Moselle), Marceium (Marcey), Commeniœ (Commenières), Carnacum (Charny), Nova-villa (Neuvilly), Mercasti-villa (Marchainville) et Hairici-villa (Harville). C'est aussi à Childebert que
l'on doit partiellement attribuer la dotation d'une abbaye que le vénérable
Leobardus venait de fonder, ou plutôt de reconstruire, à peu de distance du
palais de Marilegium, et qui prit plus tard le nom de Maurus, un des
successeurs de Leobardus, et fut appelée Mauri-monasterium et ensuite
Marmoutier[238]. Enfin, Childebert rendit à
l'église métropolitaine de Reims plusieurs domaines dont elle avait été
dépouillée, et cette restitution eut lieu à la demande de Sonnatius
archidiacre de cette église, et qui succéda, en 594, au métropolitain
Romulfus[239]. Le pape saint Grégoire-le-Grand, qui gouvernait alors l'Eglise, professait une grande estime pour le roi d'Austrasie. Il lui écrivait de temps en temps, ainsi qu'à sa mère Brunehaut, pour leur recommander soit les intérêts de la religion elle-même, soit les économes auxquels le souverain-pontife avait confié l'administration des riches domaines que l'église de Rome possédait dans les Gaules. Il faut ranger dans cette dernière classe les lettres qu'il adressa au roi et à Brunehaut pour solliciter leur protection en faveur du duc ou patrice Dynamius et du prêtre Candidus, qui furent successivement chargés de la gestion des biens dont il s'agit[240]. On doit, au contraire, placer dans la première classe les épîtres relatives à la légation de Virgile, métropolitain d'Arles. Le roi d'Austrasie avait demandé au pape que le prélat fin nommé légat pour les Gaules. Grégoire y consentit, et notifia cette décision à tous les évêques dont les diocèses se trouvaient compris dans les deux royaumes de Childebert. Il écrivit aussi au nouveau légat, en l'engageant à ne rien négliger pour bannir de la Gaule la simonie, qui y faisait des progrès alarmants. Enfin, il s'adressa au roi lui-même, et, tout en décernant à sa piété les éloges dont elle était digne, il l'invita, avec une noble liberté, à ne plus donner les sièges épiscopaux à des laïques puissants, lesquels négligeaient presque toujours le soin de leurs églises ; à ne pas recevoir d'argent pour conférer les dignités ecclésiastiques à des clercs qui ne les méritaient pas, et à réformer une foule d'abus et de désordres intolérables dans un état chrétien[241]. |
[1]
V. Historia Francorum, lib. V, c. 1.
[2]
Childebert était né, comme nous l'avons dit, le 25 décembre 570. V. Grégoire de
Tours, ibid., lib. VIII, c. 4.
[3]
V. Carmin, lib. IX, 16.
[4]
V. Historia Francorum, lib. VI, c. 20.
[5]
V. Frédégaire, Gregorii Turonensis historia Francorum epitomata, c. 58
et 59. On lit, à la vérité, dans les diverses éditions de Frédégaire, et
probablement par suite d'une faute de copiste, que cette élection eut lieu in
infantia Sigiberti. Mais il est évident qu'il faut lire : in infantia
Childeberti. Sigisbert II, qui était né en 535, avait environ vingt-six ans
lorsqu'il succéda à Clotaire Ier, et il était par conséquent sorti de l'enfance
depuis longtemps. On lit dans le même ouvrage de Frédégaire (c. 59) que
Brunehaut parvint à rendre Gogo odieux à Sigisbert, et que ce prince le fit
périr ; or, il est certain que Gogo survécut à Sigisbert, et il faut lire ici,
comme dans le chapitre 58, Childebertus et non Sigibertus. V. aussi Grégoire de
Tours, Hist. Franc., lib. V, c. 47.
[6]
V. Hist. Franc., lib. VIII, c. 31. Le plus souvent, à la vérité, la
régence appartenait à la reine-mère.
[7]
V. la lettre adressée à Brunehaut par saint Germain évêque de Paris, dans Du
Chesne, t. I, p. 835-857. V. aussi la note XXIX, à la fin de notre tome III.
[8]
V. Vita sancti Metensis episcopi, auctore coœve, n° 4, dans Mabillon, Acta
ss., sæc. II.
[9]
V. Grégoire de Tours, ibid., c. 22. Le métropolitain de Tours semble
dire (ibid., lib. VI, c. 1) que Wandelinus n'avait été nommé nutritor
de Childebert qu'après la mort de Gogo ; mais il est évident qu'il y a ici
quelque confusion, car ce dernier n'avait pu conserver les fonctions de nutritor
en devenant maire du palais.
[10]
V. idem, ibid., lib. V, c. 3.
[11]
Ou, du moins, essayèrent de s'en emparer. Le texte de Grégoire de Tours
présente ici quelqu'obscurité.
[12]
V. idem, ibid. Grégoire de Tours ajoute que Godinus, promoteur de cette
malheureuse entreprise, fut le premier à chercher son salut dans la fuite.
[13]
V. idem, ibid., lib. V, c. 2, 14 et 19.
[14]
V. idem, ibid., lib. VIII, c. 19 ; lib. IX, c. 7 et 36.
[15]
V. idem, ibid., lib. V, c. 18.
[16]
Cette seconde forme nous est fournie par un triens mérovingien,
appartenant à M. Gillet, vice-président du tribunal de première instance de
Nancy.
[17]
V. Grégoire de Tours, ibid.
[18]
V. idem, ibid., lib. VII, c. 13.
[19]
V. idem, ibid., lib. IX, c. 8.
[20]
V. idem, ibid., lib. V, c. 41.
[21]
V. idem, ibid., lib. VI, c. 18.
[22]
V. idem, ibid.
[23]
V. idem, ibid., c. 40.
[24]
V. idem, ibid., lib. V, c. 35 et 42, lib. VI, c. 14.
[25]
V. idem, ibid., lib. VI, c. 1.
[26]
V. Vita sancti Gregorii, episcopi Turonensis, auctore Odone, n° 11, dans
le Grégoire de Tours de Ruinart.
[27]
V. Gregorii Turonensis Hist. Franc. epitomata, c. 59.
[28]
V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. IX, c. 30.
[29]
V. idem, ibid., lib. VIII, c. 22.
[30]
V. Carmina, lib. X, 10, 11 et 12.
[31]
V. Hist. Franc., lib. VI, c. 4.
[32]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. VIII, c. 50, lib. X, c. 23. La Provincia
Arelatensis et la Provincia Massiliensis représentaient à peu près
la portion de la Gaule qui avait appartenu aux Ostrogoths.
[33]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. VIII, c. 30.
[34]
Le gouverneur de la Provincia Arelatensis est appelé patrice dans
Frédégaire (Chronicon, c. 5) et dans une lettre de saint
Grégoire-le-Grand.
[35]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. VIII, c. 45. Ce fonctionnaire est
cependant appelé præfectus par l'auteur de la Vita sancti Boniti,
Arvernorum episcopi (c. 1, dans les Bollandistes, au 15 janvier), et
patrice dans une lettre de saint Grégoire-le-Grand.
[36]
V. Vita sancti Boniti, ibid.
[37]
Quelques historiens pensent qu'il possédait déjà l'autre moitié.
[38]
Ce personnage est le Dynamius qui écrivit à Villicus évêque de Metz et à un
anonyme deux lettres imprimées dans Du Chesne, t. 1, p. 850 et 861.
[39]
Les rectores qui avaient administré avant lui la Provincia Dfassiliensis
se nommaient Ilecca (v. Vita sanctœ Consortiœ, virginis, dans Mabillon, Acta
ss., sæc, I) et Childéric (v. Grégoire de Tours, De gloria Confessorum,
c. 71).
[40]
Quelques savants croient que ce domesticus n'est pas le même personnage
que le leude Gundulfus dont nous avons parlé plus haut, et que ce dernier était
déjà lieutenant du maire du palais. Mais cette conjecture ne nous parait pas
fondée.
[41]
V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. VI, c. II.
[42]
Aujourd'hui Saint-Cloud, près de Paris.
[43]
V. idem, ibid., c. 1, 3 et 31.
[44]
C'est, du moins, la conclusion que l'on a tirée d'un passage de Grégoire de
Tours (ibid., c. 51), lequel offre beaucoup d'obscurité.
[45]
V. Grégoire de Tours, ibid., c. 12 et 31.
[46]
V. idem, ibid., lib. VI, c. 33, lib. VIII, c. 43.
[47]
V. la note VIII, à la fin du tome I.
[48]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. VIII, c. 3 et 4.
[49]
V. idem, ibid., lib. VI, c. 41 et 45.
[50]
V. idem, ibid., c. 46.
[51]
V. idem, ibid., lib. VI, c. 45, lib. VII, c. 9.
[52]
V. idem, ibid., lib. VII, c. 4, 5, 6, 7, 13, 14 et 24.
[53]
V. idem, ibid., c. 20.
[54]
V. la note IX, à la fin du volume.
[55]
Ce breuvage devait être une décoction analogue à celle que le Vieux de la
Montagne donnait à ses sicaires.
[56]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. VIII, c. 28 et 29.
[57]
V. idem, ibid., lib. VI, c. 2.
[58]
V. idem, ibid., lib. VI, c. 24., lib. VII, c. 36.
[59]
V. la chronique de Marius d'Aventicum, dans Du Chesne, t. I, p.
216.
[60]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. VII, c. 56.
[61]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. VII, c. 56.
[62]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. VII, c. 56.
[63]
Grégoire de Tours dit plus loin (lib. VIII, c. 12) que l'évêque Théodore fut
arrêté par ordre d'un duc nommé Ratharius, que le roi d'Austrasie avait envoyé
à Marseille.
[64]
V. idem, ibid., lib. VI, c. 24.
[65]
V. Grégoire de Tours, ibid.
[66]
V. Grégoire de Tours, ibid.
[67]
V. idem, ibid., lib. VI, c. 26.
[68]
Frédégaire (Chronicon, c. 2) place l'expédition de Gondovald au mois de
novembre ; mais il est impossible que les évènements dont nous allons parler se
soient accomplis dans le peu de temps qui s'écoula entre le mois de novembre
585 et la mort de Gondovald.
[69]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib, VII c. 10.
[70]
Aujourd'hui Brive-la-Gaillarde.
[71]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib, VII c. 10.
[72]
V. idem, ibid., c. 26 et 32.
[73]
V. idem, ibid., c. 27.
[74]
V. idem, ibid., lib. VIII, c. 6.
[75]
V. idem, ibid., lib. VII, c. 10.
[76]
V. idem, ibid., lib. VIII, c. 2.
[77]
V. idem, ibid., lib. VIII, c. 2 et 20.
[78]
V. idem, ibid., c. 20.
[79]
V. idem, ibid., lib. VII, c. 27, 28 ,30 et 31.
[80]
Cette légende est diversement altérée sur plusieurs des monnaies dont il
s'agit. V. Histoire de Gondovald, prétendu fils de Clotaire Ier, pour servir
d'explication etc., par Bonamy, dans les Mémoires de l'académie des
inscriptions, 1re série, t. XX, p. 184-210 ; Revue numismatique,
année 1836, p. 92 ; année 1840, p. 110 ; année 1854, p. 310-312, et planche
XIII, n° 1-5 ; Notice des monnaies françaises composant la collection de M.
J. Rousseau, par M. de Longpérier, p. 30 ; Du Cange, Glossarium med. et
inf. lat., édit. Henschel, v° Moneta.
[81]
V. Revue numismatique, année 1858, p. 433 ; Bulletin de la société
des antiquaires de France, année 1859, p. 188.
[82]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. VII, c. 14.
[83]
V. Frédégaire, Chronicon, c. 2.
[84]
V. Pardessus, Diplomata, t. I, prolég., p. 201, note. V. aussi la
troisième dissertation du même auteur sur la Loi Salique, dans son
édition de cette loi, p. 453, et Le Beuf, Dissertations sur l'histoire
ecclésiastique et civile de Paris, t. III, p. 5-7. Le titre LXXXI de la Loi des
Ripuaires fixait la majorité à quinze ans, et Clovis avait cet âge
lorsqu'il succéda à son père Childéric.
[85]
Le mot Zotanus ou, pour mieux dire, Zutano appartient à la langue
basque ; mais il signifie un tel. Il est donc permis de supposer que le
narrateur auquel Grégoire de Tours a emprunté ce passage, ne connaissant pas le
nom de l'envoyé de Gondovald, l'a désigné vaguement par ce mot que l'on emploie
encore aujourd'hui avec la même acception.
[86]
V. Pandectes, lib. I, tit. VIII, fr. 8. C'est à tort que Grégoire de Tours avance que cette
coutume venait des Francs.
[87]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. VII, c. 30 et 32.
[88]
Aujourd'hui Bastogne. C'était alors une villa appartenant au fisc.
[89]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. VIII, c. 21.
[90]
Un passage assez obscur du chapitre 13 du livre VIII pourrait porter à croire
que l'assemblée eut lieu dans la ville de Troyes.
[91]
V. idem, ibid., lib. VII, c. 33.
[92]
V. idem, ibid., c. 31.
[93]
Ils avaient déjà, peu d'années auparavant, favorisé la tentative que Sigulfus,
qui gouvernait la partie méridionale de l'Aquitaine au nom de Sigisbert II,
avait faite pour se rendre indépendant. V. idem, ibid., c. 27.
[94]
V. idem, ibid., lib. VII, c. 10 ; De gloria Martyrum, c. 105 ; Vitœ
Patrum, c. VIII, n° 11.
[95]
V. idem, Hist. Franc., lib. VII, c. 34-40.
[96]
V. idem, ibid., lib. VIII, c. 18.
[97]
V. idem, ibid., c. 20.
[98]
V. idem, ibid., lib. VII, c. 43.
[99]
V. idem, ibid., lib. VIII, c. 13.
[100]
V. idem, ibid., c. 12, 13 et 20.
[101]
V. idem, ibid., c. 21.
[102]
V. idem, ibid., c. 18.
[103]
V. idem, ibid., c. 23.
[104]
V. idem, ibid., lib. IX, c. 13.
[105]
V. idem, ibid., c. 24.
[106]
V. idem, ibid., lib. VIII, c. 28, 30 et 38.
[107]
V. idem, Miracula sancti Martini, lib. IV, c. 7.
[108]
V. idem, Hist. Franc., lib. VIII, c. 35.
[109]
V. idem, ibid., lib. IX, c. 1 et 7.
[110]
On a récemment trouvé à Cologne, dans le voisinage de l'église Saint-Géréon,
une pièce d'or à l'effigie de Maurice, qui doit avoir figuré dans le subside
remis à Childebert, à moins qu'elle ne soit une des monnaies frappées en
Austrasie au nom de l'empereur.
[111]
Grégoire de Tours dit que Childebert alla lui-même (abiit) en Italie ;
mais il est évident que ce prince, âgé alors de moins de quatorze ans, ne
quitta pas la Gaule dans un moment où les affaires étaient fort embarrassées.
[112]
V. Paul Diacre, De gestis Langobardorum, lib. III, c. 29, dans Muratori,
Scriptores rerum Italicarum, t. I, part. I, p. 449 et 450.
[113]
V. Frédégaire, Chronicon, c. 34.
[114]
V. Revue numismatique, année 1838, p. 184.
[115]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. VI, c. 42 ; Paul Diacre, De gestis
Langobardorum, lib. III, c. 16 et seq., dans Muratori, ibid., p. 444
et suiv. ; Théophane, Chronographie, édit. du Louvre, p. 220.
[116]
V. Grégoire de Tours, ibid.
[117]
V. ibid., lib. VIII, c. 18.
[118]
V. idem, ibid. ; Jean de Diclare, Chronicon, dans Du Chesne, t.
I, p. 218.
[119]
Gontran espérait probablement que les portions de l'Espagne dont les Romains et
les Francs feraient la conquête seraient données à Athanagild.
[120]
V. une lettre de Childebert à son neveu Athanagild, fils d'Ingonde, dans Du
Chesne, t. I, p. 867.
[121]
V. Etudes sur l'époque mérovingienne, par M. de Pétigny, t. III, p. 82.
[122]
V. Chronicon, c. 6.
[123]
V. Zosime, liv. II ; Cassiodore, Epistolœ, lib. VI, 2.
[124]
V. Revue numismatique, année 1849, p. 35 ; année 1854, p. 318 et 319.
[125]
V. ibid., année 1854, p. 312-314, 316, 317, 319 et 320, et pl. XIII, n°
6-12.
[126]
V. Du Bos, Hist. crit., t. IV, p. 41 ; Revue numismatique, année
1854, p. 316.
[127]
V. Frédégaire, Chronic., c. 6.
[128]
V. idem, ibid., c. 34.
[129]
V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. VIII, c. 37.
[130]
V. n° 37 et 38, dans Du Chesne, t. I, p. 714 et 715. L'auteur du Gesta regum
emploie cependant plus loin le mot germani pour désigner Théodebert et
Thierry ; ce qui semble prouver qu'il ajourait peu de foi aux bruits dont il
s'est rendu l'écho.
[131]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. IX, c. 4. Frédégaire (Chronic.,
c. 6) recule la naissance de Thierry jusqu'en 588 ; mais c'est évidemment une
erreur ; puisque cet évènement a précédé la révolte des leudes austrasiens, qui
eut lieu bien certainement en 587.
[132]
V. Hist. ecclésiastique de la province de Trèves, par M. l'abbé Clouet,
t. I, p. 468 et 469.
[133]
V. Calmet, Hist. de Lorraine, 1re édit., t. I, col. 322-324.
[134]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. IX, c. 9.
[135]
C'est ce qui résulte du récit de Grégoire de Tours (ibid.), où on lit
que l'épouse de Rauchingus apprit la mort de son mari le jour de la fête des
saints Crépin et Crépinien, laquelle se célèbre, comme on sait, le 25 octobre.
Childebert résidait alors dans le palais de Metz, et l'esclave qui prévint
l'épouse de Rauchingus ne dut pas employer plus de deux ou trois jours pour
aller à Soissons ; car, au rapport de Grégoire de Tours, il fit la plus grande
diligence (cursu veloci evolans).
[136]
V. la note X, à la fin du volume.
[137]
V. Grégoire de Tours, ibid.
[138]
Un historien moderne justement estimé (M. le Huérou) a cru que l'entrevue dont
nous parlons a eu lieu dans le village d'Andlau en Alsace ; mais c'est
évidemment une erreur. V. Valois, Notitia Galliarum, p. 17.
[139]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. IX, c. 8.
[140]
V. idem, ibid., lib. VIII, c. 21.
[141]
V. idem, ibid., lib. IX, c. 10.
[142]
Arches-sur-Meuse (?) et Amance (?).
[143]
V. Bertaire, Historia episcoporum Virdunensium, dans Calmet, Hist. de
Lorr., 1re édit., t. I, preuv., col. 195.
[144]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. VIII, c. 45, lib. IX, c. 11.
[145]
V. idem, ibid., lib. IX, c. 11 ; Frédégaire, Chronic., c. 7.
[146]
V. Fortunat, Carmina, lib. VII, 6.
[147]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. IV, c. 51.
[148]
V. idem, ibid., lib. IX, c. 12. Saint Agericus mourut de chagrin, peu de
mois après cet évènement, et fut remplacé par le référendaire Charimeres. V. idem,
ibid., c. 23.
[149]
V. idem, ibid., c. 12.
[150]
V. idem, ibid., lib. VIII, c. 36.
[151]
V. idem, ibid., lib. IX, c. 14.
[152]
V. idem, ibid., c. 5, 13 et 17.
[153]
V. idem, ibid., lib. VIII, c. 13.
[154]
V. idem, ibid., lib. VIII, c. 13 et 20.
[155]
V. idem, ibid., c. 25 ; Paul Diacre, De gestis Langobardorum,
lib. III, c. 27, dans Muratori, Scriptores rerum Ital., t. I, part. I,
p. 449.
[156]
V. Grégoire de Tours, ibid., c. 15.
[157]
V. idem, ibid., c. 16.
[158]
V. idem, ibid., c. 20 et 25.
[159]
V. notamment Vaissette, Hist. de Languedoc, t. I, p. 341 et 312 ;
Calmet, Hist. de Lorraine, 1re édit., t. I, col. 314. Le premier élève
cependant quelques doutes.
[160]
Cela résulte de la souscription du roi des Wisigoths et de la reine Baddo à une
profession de foi catholique, formulée la quatrième année du règne de
Reccaredus, lequel avait succédé à Leuvigild en 586.
[161]
V. ibid., c. 28. Il est vrai que, dans le même chapitre, l'historien
semble dire que le mariage n'eut pas lieu.
[162]
Cette pièce de vers, qui se trouve, avec plusieurs autres, dans un manuscrit de
la bibliothèque impériale, coté S.-Germain lat. 844 (olim 665), a été
publiée par M. Guérard dans les Notices et extraits des manuscrits, t.
XII, 2e partie, p. 100.
[163]
Tout ce que nous dirons au sujet des relations diplomatiques de Maurice et de
Childebert, pendant les années 588, 589 et 590, sera tirée d'une série de
lettres publiée par Du Chesne et ensuite par d'autres savants. Ces lettres,
comme la plupart de celles qui ont été écrites pendant le Ve siècle et le VIe,
et que nous possédons encore, ne sont malheureusement pas rangées selon l'ordre
chronologique, et il est fort difficile de rapporter chacune d'elles à la
négociation qu'elle concerne.
[164]
V. une lettre de Maurice à Childebert dans Du Chesne, t. I, p. 872 et 873.
[165]
V. toutes ces lettres, ibid., p. 867-870.
[166]
V. ces lettres, ibid., p. 867.
[167]
V. ces lettres, ibid., p. 866 et 870-873.
[168]
C'est ce qui résulte de la lettre impériale dont il était porteur, et qui est
datée des calendes de septembre. V. la lettre de Maurice, ibid., p. 872
et 873.
[169]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. IX, c. 25, lib. X, c. 2.
[170]
V. ces lettres, dans Du Chesne, t. I, p. 875 et 874.
[171]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. IX, c. 25 ; Paul Diacre, De gestis
Langobardorum, lib. III, c. 28, dans Muratori, Scriplores rerum
Italicarum, t. I, part. I, p. 449.
[172]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. X, c. 2 et 4.
[173]
V. la lettre du pape, dans Sirmond, Concilia antiqua Galliœ, t. I, p. 375 et
376, ou dans Labbe, Concilia, t. V, col. 939 et 940. Il y a eu quelques
difficultés entre les savants relativement à sa date, qui est indiquée de la
manière suivante : Datum iij novas octobres, imperante domno Tiberio
Constantinopoli Augusto, anno vij. Il est évident pour nous qu'il s'agit de
l'empereur Maurice, et non de Tibère II, son prédécesseur, 1° parce que le
premier, qui était gendre du second, prenait souvent le nom de Tiberius ; 2°
parce que le règne de Tibère dura seulement quatre ans, et que l'on ne peut par
conséquent rencontrer une mention de la septième année. Maurice a succédé à
Tibère le 16 août 582 ; la sixième année de son règne fut accomplie le 14 août
588 ; donc le troisième jour avant les nones d'octobre de la septième année est
nécessairement le 5 octobre 588.
[174]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. IX, c. 20.
[175]
V. Frédégaire, Chronic., c. 34 ; Paul Diacre, De gestis Langobardorum,
lib. III, c. 29, dans Muratori, Script. rer. Ital., t. I, part. I, p.
449 et 450.
[176]
Il est appelé Sennodius dans la lettre adressée à Maurice par Childebert
et confiée aux ambassadeurs (v. cette lettre, dans Du Chesne, t. I, p. 866) ;
mais ce personnage est évidemment le même que le duc Ennodius, dont Grégoire de
Tours parle en plusieurs endroits, et que l'on verra bientôt figurer dans le
procès d'Ægidius, métropolitain de Reims.
[177]
V. la lettre citée dans la note précédente et une autre lettre écrite par
Childebert à Théodose fils aîné de l'empereur (ibid., p. 873). Dans
cette dernière lettre, Radanes est appelé Babo ; mais, comme dans les deux
lettres ces mots sont employés à l'accusatif (Radanem et Babonem)
et offrent par conséquent une sorte de ressemblance, il est bien possible qu'il
n'y ait là qu'une faute de copiste.
[178]
V. la note XI, à la fin du volume.
[179]
V. plusieurs de ces lettres, ibid., p. 866 et 873-875.
[180]
La lettre que les envoyés austrasiens devaient lui remettre, et qui était
écrite, au nom du roi, par le notarius Gogo, est fort obscure ; mais le
fait même de la remise de cette lettre, au moment où les Francs allaient
attaquer les Lombards, semble établir la défection de Grasulfus.
[181]
V. la lettre de Childebert au patriarche d'Aquilée, ibid., p. 874.
[182]
On lit dans l'Art de vérifier les dates, t. I, p. 413, que ce fut
Smaragdus qui commença la campagne et prit les villes désignées dans le texte ;
cependant la lettre de l'exarque Romanus, citée plus bas, ne paraît pas
autoriser cette interprétation.
[183]
Ou Altinona, ville ancienne située un peu au nord de Venise.
[184]
V. une lettre de l'exarque Romanus à Childebert, ibid., p. 871 et 872.
[185]
V. Tacite, Historiœ, lib. I, n° 62.
[186]
Aujourd'hui Bellinzona.
[187]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. X, c. 3.
[188]
Ce duc est mentionné trois fois dans la lettre dont il s'agit ; car nous
reconnaissons le nom de ce personnage dans le passage suivant : etuno viro
magnifico viginti millibus prope Veronensem civitatem residente, qu'il faut
lire ainsi : Cheno viro magnifico etc. Le copiste a été trompé par la
ressemblance des mots etuno et cheno, qui offrent à peu près le
même aspect. Le nom de Chenus n'est pas sans analogie avec celui de Chlenus :
qui a été porté par un prince mérovingien.
[189]
V. la lettre de l'exarque, ibid. ; Grégoire de Tours, ibid. ; Paul
Diacre, De gestis Langobardorum, lib. III, c. 50, dans Muratori, Script.
rer. Ital., t. I, part. I, p. 450 et 451.
[190]
V. la lettre de l'exarque, ibid.
[191]
V. cette seconde lettre, ibid., p. 871 et 872.
[192]
V. Paul Diacre, ibid., c. 33, dans Muratori, ibid., p. 452 ;
Grégoire de Tours, ibid.
[193]
V. Grégoire de Tours, ibid.
[194]
V. Paul Diacre, ibid., c. 34, dans Muratori, ibid., p. 453.
[195]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. IX, c. 29, 32 et 36.
[196]
V. idem, ibid., c. 36.
[197]
V. Alsatia illustrata, t. I, p. 701.
[198]
V. Histoire de l'église de Strasbourg, t. I, p. 332.
[199]
V. Hist. Franc., lib. IX, c. 38, lib. X, c. 18. Dans ce dernier passage,
Grégoire de Tours l'appelle Mariligensis domus.
[200]
V. Chronic., c. 43.
[201]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. IX, c. 38.
[202]
V. idem, ibid., lib. X, c. 18.
[203]
V. idem, ibid., c. 19. Ils s'occupèrent aussi des troubles survenus dans
le monastère de femmes de Sainte-Croix, à Poitiers ; mais cet épisode
n'appartient pas à notre sujet. V. idem, ibid., lib. IX, c. 39, 40, 41,
42, 43, lib. X, c. 20.
[204]
V. idem, ibid., lib. IX, c. 50.
[205]
V. idem, ibid., lib. X, c. 19.
[206]
V. idem, ibid., c. 27.
[207]
V. idem, ibid., c. 28. Nous avons plusieurs fois, avant cette époque,
donné au jeune prince le nom de Clotaire, mais il ne le reçut, en réalité,
qu'au moment de son baptême, ainsi que cela résulte du texte de Grégoire de
Tours.
[208]
V. Frédégaire, Chronic., c. 14.
[209]
V. Gesta regum Francorum, dans Du Chesne, t. I, p. 714.
[210]
V. Grégoire de Tours, Miracula sancti Martini, lib. IV, c. 37.
[211]
L'auteur du Gesta regum Francorum (ibid.) y ajoute les Franci
superiores. Nous avons dit plus haut quel sens il faut, selon nous, donner
à cette expression.
[212]
Nous tenons ce renseignement de M. Bretagne, directeur des contributions
directes à Nancy, qui a examiné attentivement la voie dont il s'agit sur
plusieurs points de son parcours.
[213]
Les savants ne sont pas d'accord sur la position de ce palais. Mabillon le
place à Braine, à trois ou quatre lieues de Soissons, vers l'orient. Le Beuf
prétend le retrouver dans le village de Bergni, à treize ou quatorze lieues de
Paris, sept de Soissons, six de Compiègne et cinq de Meaux. Il soutient, de
plus, que ce palais avait appartenu momentanément à Sigisbert II, après la mort
de Charibert ; et que Chilpéric l'avait enlevé Childebert, qui l'avait
récupéré, après la mort du roi de Neustrie. Tout récemment, l'opinion de
Mabillon a trouvé un défenseur habile dans la personne de M. Stanislas Prioux,
auteur d'une intéressante Étude historique sur la villa Brennacum.
[214]
V. Frédégaire, ibid. ; Gesta regum Francorum, ibid.
[215]
V. Valois, Notitia Galliarum, p. 68 et 69.
[216]
V. la note XII, à la fin du volume.
[217]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. X, c. 21.
[218]
V. ce traité, dans Pardessus, Diplomata, t. I, p. 166-168. Il y a eu
quelques discussions entre les savants relativement à la date et aux auteurs du
Pactum pro tenore pacis. On a soutenu que les contractants devaient être
Childebert et Clotaire Ier, tous deux fils de Clovis, et on s'est basé, pour
défendre l'opinion dont il s'agit, sur les mots germanitas, germanitatis
vinculum, nos germanos fratres et germanus, que l'on trouve dans les
différentes copies du Pactum (v. notamment un ms. de la bibliothèque impériale,
fonds Notre-Dame, n° 252, olim F, 9, et un ms. de la bibliothèque royale
de Munich) et dans les articles organiques promulgués, en 596, par le roi
Clotaire. Ces mots ont paru désigner deux rois fils du même prince ou deux
frères. Mais ce système est généralement abandonné aujourd'hui. Clotaire et
Childebert, il ne faut pas l'oublier, étaient cousins germains, et c'est ce
qu'ils ont voulu rendre par les expressions germanus, germanitas,
germanitatis vinculum, nos germanos fratres. De plus, les rois avaient
alors la coutume de se donner le titre de frères, et l'on voit dans Grégoire de
Tours (ibid., lib. II, c. 35) Clovis Ier qualifier de la sorte Alaric
II, roi des Wisigoths.
[219]
V. ces articles organiques, dans Pardessus, ibid., p. 171-174.
[220]
Ou Asclipiodotus ou Asclepiodatus. Ce personnage obtint plus tard le titre de
patrice, ainsi que cela résulte d'une lettre du pape saint Grégoire-le-Grand.
V. Epist., lib. VII, 125. Il devait descendre du gallo-romain
Asclepiodotus, un des principaux ministres de l'usurpateur Sylvain, et qui fut
mis à mort, en 555, dans la ville de Cologne, d'où il était probablement
originaire.
[221]
V. Marculf, Formulœ, lib. II, 10.
[222]
On lit, en effet, à la fin de l'article sept : Et hoc disciplina in populo
modis omnibus observetur.
[223]
V. art. 4, dans Pardessus, ibid., p. 466.
[224]
V. lib. VII, tit. XX, c. 4.
[225]
V. Hist. Franc., lib. IX, c. 30. Frédégaire (Chronic., c. 28)
emploie même le mot debilitas dans le sens de pauvreté. V. aussi M.
Naudet, De l'état des personnes en France sous les rois de la première race,
dans les Mém. de l'accad. des inscriptions, 2e série, t. VIII, p. 472.
[226]
V. aussi les additions à la Lex Salica, dans Pardessus, Diplomata,
t. I, p. 48.
[227]
V. Frédégaire, Chronic., c. 15.
[228]
V. Vita sancti Lupi, episcopi Senonensis, dans les Bollandistes, au 1er
septembre.
[229]
V. Théophylacte Simocatta, Histoire de l'empereur Maurice, liv. VI, c.
3, édit. du Louvre, p. 147. Cet historien byzantin donne, par erreur, le nom de
Théodoric ou Thierry au roi Childebert.
[230]
Ils reconnaissaient cependant, d'une manière quelconque, la suprématie de
l'Empire, puisque leurs chefs battaient monnaie au nom des empereurs, ainsi que
M. Ch. Lenormant l'a récemment démontré.
[231]
Grégoire de Tours ne dit pas que Waroch II fût le petit-fils de Waroch Ier ;
mais la chose est très-probable ; car, à cette époque, on donnait fort souvent
au petit fils le nom de l'aïeul.
[232]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. IX, c. 18, lib. X, c. 9.
[233]
V. Frédégaire, Chronic., c. 15.
[234]
On ne connaît pas le jour de son décès ; toutefois on peut affirmer qu'il est
postérieur au 28 mars, puisque, d'après Frédégaire (ibid., c. 16), il y
avait plus de trois ans que Childebert avait succédé à Gontran, lequel est mort
le 28 mars 595.
[235]
V. De gestis Langobardorum, lib. IV, c. 12, dans Muratori, Script.
rer. Ital., t. I, part. I, p. 457.
[236]
V. Frédégaire, ibid., c. 42.
[237]
V. Bertaire, Hist. episc. Virdun., dans Calmet, Hist. de Lorr.,
1re édit., t. I, preuv., col. 195.
[238]
V. Grandidier, Hist. de l'église de Strasbourg, t. I, p. 330 et 551. Ce
que nous disons de la dotation de Marmoutier repose malheureusement sur un
diplôme de Thierry IV dont la fausseté a été démontrée (v. ce diplôme, dans
Pardessus, t. II, p. 342 et 343) ; mais les faits qu'il relate n'en paraissent
pas moins authentiques, et ils sont encore rappelés dans une inscription qui
remonte au règne de l'empereur Louis-le-Pieux, et que l'on voyait dans l'église
de l'abbaye. Elle a été publiée pour la première fois par Volcyr, dans L'histoire
et Recueil de la triumphante et glorieuse victoire obtenue contre les seduyetz
et abusez Luteriens mescreans du pays Daulsays etc., f° LXXVI r°.
[239]
V. Flodoard, Historia Remensis ecclesiœ, lib. II, c. 4.
[240]
V. Epistolœ, lib. II, 53, lib. V, 5, 6, 10, 51 et 57. Ce Dynamius est le
personnage dont nous avons déjà parlé plusieurs fois, et qui fut rector
de la Provincia Massiliensis. Il était natif d'Arles, mais il avait des
relations en Austrasie, ainsi que le prouve sa lettre à Villicus évêque de
Metz. V. cette lettre, dans Du Chesne, t. I, p. 861.
[241]
V. idem, ibid., lib. IV, 50, 52 et 53.