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Théodebert
n'eut pas plutôt rendu les derniers devoirs à son père, qu'il se livra avec
ardeur aux soins du gouvernement. Il n'eut pas de peine, comme on l'a vu, à
déjouer les manœuvres de ses deux oncles, qui s'étaient disposés à le
dépouiller. Clotaire, naturellement fier et irascible, éprouva un violent
dépit et se tint à l'écart ; mais Childebert, prince à la fois faible et
cruel, crut plus prudent de faire oublier ses projets au roi d'Austrasie. Il
le félicita sur son avènement et conclut avec lui une alliance, où Clotaire
put entrevoir une menace pour l'avenir[1]. Les talents de Théodebert ne
tardèrent pas, d'ailleurs, à lui assurer une prééminence incontestée et bien
propre à donner plus de relief à la suprématie que, selon nous, l'Austrasie
avait sur les autres royaumes Francs. « Dès
que ce prince eut été affermi sur le trône, dit Grégoire de Tours, il se
montra grand et bon. Il gouvernait son royaume selon la justice, respectait
les évêques, enrichissait les églises, soulageait les pauvres et prodiguait
ses bienfaits, en toute circonstance, avec un empressement extraordinaire. Il
consentit même — sans doute pour aider à réparer les ravages que son père
avait commis ou laissé commettre — à ne pas exiger des églises des Arverni
les impôts qu'elles devaient payer au fisc[2]. » Théodebert
commença néanmoins son règne par une action qui causa une indignation presque
générale. Il congédia la fille du roi des Lombards, Wisigarda, avec laquelle
son père avait voulu le marier, et, malgré les murmures des Austrasiens, il
envoya chercher dans la cité des Arverni Deuteria, cette femme méprisable
qu'il avait gardée pendant quelque temps près de lui, et il l'épousa
solennellement, quoique, selon toutes les apparences, elle ne fût pas veuve[3]. C'est
Deuteria, nous le croyons du moins, qui lui procura un de ses principaux
ministres, Parthenius, qui obtint les fonctions importantes de magister
officiorum, mais que nous mentionnerons seulement ici, parce que nous
aurons occasion d'en parler plus tard avec détail. Les autres individus qui
eurent la part principale dans la confiance de Théodebert, et auxquels
reviennent par conséquent l'honneur et la responsabilité de ce qu'il a fait
de bien et de mal, étaient deux gallo-romains nommés Asteriolus et Secundinus[4] ; un comte appelé Condo, que
Fortunat accable d'éloges[5], et qui pouvait bien être
également gallo-romain de naissance ; enfin le mérovingien Givaldus, dont le
père avait été tué par ordre de Thierry. Aussitôt après la mort de ce prince,
Givaldus se hâta de quitter le lieu de son exil et accourut près de Théodebert,
qui non seulement lui rendit ses domaines confisqués ; mais encore le combla
des plus riches présents[6]. Néanmoins, si on excepte
Parthenius, dont le pouvoir ne devint très-grand que vers la fin du règne de
Théodebert, l'homme le plus influent paraît avoir été Secundinus, qui devait
appartenir à la célèbre famille des Secundini de Trèves, ces agentes in
rebus enrichis par un long exercice d'aussi importantes fonctions et par
la faveur de plusieurs empereurs. Formé dans cette savante école
administrative, Secundinus eut l'art de se rendre indispensable et parvint à
la dignité de patrice, la plus élevée après le consulat[7]. Un des
premiers soins de Théodebert fut de mettre fin à la guerre que les Francs
soutenaient dans le midi de la Gaule contre les deux branches de la nation
des Goths. Il est probable que les Wisigoths renoncèrent à disputer au roi
d'Austrasie le territoire qu'il avait conquis, ou, pour mieux dire,
reconquis, et Du Bos conjecture que les Ostrogoths lui firent aussi cession
de quelques cantons sur la rive droite du Rhône[8] ; mais les termes employés par
Cassiodore, dans une lettre que nous avons déjà citée, ne permettent pas, à
notre avis, d'admettre cette assertion[9]. D'après l'Histoire critique
de l'établissement de la monarchie Françoise, la cession faite par les
Ostrogoths aurait eu pour condition le rétablissement de la paix entre les
rois Francs et les Bourguignons, qui se seraient, en même temps, placés dans
une sorte de dépendance envers le successeur de Théodoric-le-Grand. On ne voit
pas trop, cependant, comment une cession de territoire consentie au profit du
roi d'Austrasie aurait pu engager Childebert et Clotaire à se désister d'une
entreprise de laquelle ils espéraient tirer de grands profits, à l'exclusion
de leur neveu. Thierry avait, en effet, refusé, à plusieurs reprises, de
s'associer aux expéditions de ses frères contre les Bourguignons, et ce fut
probablement malgré lui, et peut-être même à son insu, que les Alamanni
firent une incursion malheureuse dans la partie de la Maxima Sequanorum
qui était occupée par les Bourguignons[10]. Théodebert
n'eut pas la même prudence ou fut plus ambitieux que son père. Il ne tarda
pas à céder à l'invitation que ses deux oncles lui adressèrent de joindre ses
armes aux leurs, et, dès l'année 534, une nombreuse armée entra sur le
territoire des Bourguignons. Affaiblis par les guerres précédentes, et
peut-être divisés par l'intérêt ou par la crainte, ils succombèrent
définitivement dans cette campagne. Leur roi Godemar prit la fuite et tomba
plus tard au pouvoir des trois rois Francs, qui se partagèrent les états de
ce malheureux prince[11]. Quelques historiens ont cru
que le roi d'Austrasie n'avait rien obtenu dans ce partage[12] ; mais ils rapportent eux-mêmes
que Théodebert envoya, dans la suite, aux Ostrogoths un corps de dix mille
bourguignons ; ce qui prouve qu'il avait reçu pour sa part quelques-unes des civitates
que ce peuple habitait. Les souscriptions du concile de Clermont, tenu en
535, et auquel ne paraissent avoir assisté que les évêques dont les diocèses
étaient compris dans la sors de Théodebert, démontrent qu'il avait été mis en
possession de la civitas de Vindonissa, dans la Maxima
Sequanorum, et des civitates de Lingones (Langres) et de Cabillonuna (Châlons-sur-Saône), qui appartenaient toutes deux
à la Lugdunensis Prima[13]. Quelques savants ont même
pensé qu'il avait également obtenu les civitates de Lugdunum (Lyon) et de Vienna (Vienne), et que l'on doit reconnaître
les noms de ces deux villes dans les sigles LV et VI qui figurent sur
plusieurs monnaies frappées par ordre de Théodebert. La dislocation du
royaume fondé par les Bourguignons fédérés n'eut pour ce peuple aucune suite
fâcheuse. D'après l'historien byzantin Procope, les rois Francs déclarèrent
que les Bourguignons continueraient à jouir des terres dont ils étaient en
possession en qualité d'hôtes de l'Empire, à condition de demeurer
soumis au service militaire[14] ; et quant aux
Gallo-Romains, leur situation n'éprouva aucun changement. Les
Ostrogoths, dont les Bourguignons avaient précédemment imploré l'appui et
reconnu peut-être la suprématie, assistèrent, sans faire aucun mouvement, à
la ruine d'un royaume fédéré qu'il leur importait de défendre. Toutefois,
leur inaction s'explique quand on se rappelle qu'ils étaient gouvernés par
Théodat, prince aussi incapable que vicieux, et quand on songe que l'empereur
Justinien Ier faisait alors des préparatifs militaires, qui devaient appeler
leur attention sur les rives de la Méditerranée, et non sur les pays situés
au nord des Alpes. Mais, avant d'aborder ce sujet, il faut dire un mot des
relations que l'empereur eut avec Théodebert en 534 ou au commencement de
l'année suivante. La mort
de Thierry Ier avait été notifiée à Justinien, et celui-ci envoya à
Théodebert deux ambassadeurs, nommés Johannes et Missarius, chargés de le
féliciter sur son avènement, ou plutôt de lui donner l'espèce d'investiture
que les rois fédérés devaient recevoir. On possède encore la lettre que le
roi d'Austrasie remit aux deux envoyés pour la déposer aux pieds de
l'empereur, et le style de cette missive est peu propre à confirmer les
assertions des écrivains qui nous représentent les rois Francs comme des
souverains indépendants et pleins de mépris pour l'autorité impériale. La
suscription seule est très-significative : Domino illustri, inclito triumphatori,
ac semper Augusto, Justiniano Imperatori, Theodebertus rex. Après cet
humble début, le roi remercie l'empereur des présents qu'il lui a offerts et
de la bienveillance qu'il lui a témoignée à l'occasion de son avènement.
Théodebert fait ensuite l'apologie de son père que Justinien avait, dans la
lettre que portaient Johannes et Missarius, accusé de diverses fautes,
notamment de mauvaise foi et de tiédeur pour la propagation du christianisme.
Le ton de cette apologie est bien digne d'être remarqué. Théodebert, si fier
et si jaloux de son autorité, ne répond pas à l'empereur qu'il n'a aucun
droit d'attaquer la mémoire de son père, qu'il n'a aucune qualité pour
s'ingérer dans les affaires de l'Austrasie au contraire, il présente
modestement la défense de Thierry et répond successivement aux diverses
accusations dont il était l'objet dans la lettre de Justinien[15]. La
lettre que nous venons d'analyser n'est pas la seule que Théodebert eut
l'occasion d'écrire à l'empereur au commencement de l'année 535. Il reçut
bientôt après une seconde missive, qui lui fut apportée par Théodore, vir
spectabilis, et par un autre envoyé, nommé Solon. Dans cette lettre, qui
ne nous a pas été conservée, Justinien demandait à Théodebert des
renseignements exacts sur l'étendue de ses états ou de son gouvernement,
attendu que l'on n'en avait pas une connaissance bien précise dans la chancellerie
impériale, et qu'il était nécessaire d'avoir à Constantinople une juste idée
des nouvelles frontières de l'Empire, auquel les conquêtes de Thierry étaient
regardées comme incorporées. La réponse de Théodebert n'est pas moins
remarquable que la précédente. Elle est adressée Domino illustri, et
prœcellentissimo Domino et Patri, Justiniano Imperatori, et le roi
commence par remercier humblement l'empereur de ce qu'il daigne s'occuper de
lui et lui témoigner de l'amitié. Il répond ensuite à la question faite au
nom de la chancellerie ; il rappelle la conquête du royaume de Thuringe ; il
ajoute que les Norsavi, peuplade dont l'histoire ne parle pas[16], et un autre petit peuple qui
habitait sur les rivages de la mer du nord[17] ont été subjugués ; que les
Saxons Eucii[18] et les habitants de la Pannonie
se sont soumis volontairement, en sorte que le royaume d'Austrasie s'étendait
depuis les plages de l'Océan jusque dans la vallée du Danube[19]. Les
partisans du système qui attribue à une poignée de Francs tout ce que l'on a
fait de louable dans l'Europe occidentale, ne peuvent comprendre comment
Théodebert se montrait tellement soumis et obséquieux à l'égard de l'empereur
; mais, pour bien apprécier ce qui nous reste à dire, il ne faut pas oublier
que l'Empire était toujours debout, et que les nations fédérées établies dans
les provinces du partage d'Occident se regardaient comme des membres de ce
grand tout que l'on appelait encore la République. D'ailleurs, à
plusieurs souverains nés en Orient, imbus de l'esprit grec, et qui portaient
principalement leur attention sur les affaires de ce partage, venaient de
succéder deux empereurs que l'on doit regarder comme de véritables
représentants de l'esprit romain, et dont les pensées se tournèrent vers la
restauration complète de l'Empire. Justin I ne vécut pas assez longtemps pour
réaliser d'aussi vastes projets, mais Justinien mit la main à l'œuvre, et ce
fut avec succès. Trompés
par les calomnies de Procope et par les doléances de certains jurisconsultes,
chez lesquels un amour aveugle pour les antiquités juridiques a détruit
parfois jusqu'aux plus simples notions du sens commun, quelques historiens
modernes se sont plu à tracer de ce prince un portrait si peu ressemblant que
nous y verrions plutôt une caricature. « Justinien, a dit un écrivain
moderne, Justinien, entre ses deux généraux victorieux et restaurateurs
momentanés de l'Empire, Bélisaire et Narsès ; Justinien, rédacteur, pour ne
pas me servir d'une expression plus honorable, de la législation qui a exercé
la plus grande influence sur le droit moderne ; Justinien, qui a su
développer et perfectionner l'organisation administrative de Byzance, sur
laquelle les monarchies naissantes de l'Europe ont dû se régler ; Justinien,
créateur de la puissante industrie qui a assuré au Bas-Empire de si grandes
richesses, et qui par ces richesses a retardé longtemps sa chute : ce prince,
sans aucun doute, malgré ce qu'un examen attentif retranche de son éclat,
reste un des personnages les plus imposants de l'histoire[20]. » L'empereur
attaqua d'abord les Vandales, lesquels occupaient l'Afrique depuis un siècle
environ et avaient fini, malgré la répugnance des empereurs, par obtenir le
titre de fédérés. Une seule campagne suffit à Bélisaire pour renverser une
monarchie qui paraissait si redoutable, et Justinien tourna alors ses regards
vers l'Italie. Il n'entre pas dans le plan de notre ouvrage de raconter tous
les évènements qui précédèrent la destruction du royaume des Ostrogoths, et
nous nous contenterons de rappeler encore une fois que leurs rois,
possesseurs de la ville de Rome, une des deux capitales de l'Empire, se
regardaient comme investis, en quelque sorte, de la puissance impériale dans
toute l'étendue du partage d'Occident[21], et que leur royaume comprenait
l'Italie, avec les îles de Sicile, de Corse et de Sardaigne, une portion des
provinces gauloises nommées Viennensis, Narbonensis Secunda et Alpes
Maritimœ, quelques cantons de la Rhétie, une partie du Norique, le midi
de la Pannonie, la Dalmatie et l'Illyrie jusqu'à Singidunum, sur les
frontières de la Mœsie. Cette puissance et ces prétentions n'arrêtèrent pas
Justinien, et, en peu de mois (535), Bélisaire chassa les Ostrogoths de la Sicile et
de l'Italie méridionale. Il rencontra néanmoins plus de résistance qu'en
Afrique, et l'empereur comprit que, pour terminer cette nouvelle guerre aussi
heureusement que la première, il fallait obtenir sinon la coopération, au
moins la neutralité des rois Francs et surtout de Théodebert, dont le royaume
était le plus voisin du théâtre des hostilités. Justinien résolut donc de
ménager extrêmement ce prince, dont il connaissait l'humeur irascible, et de
tâcher de gagner par la douceur ce qu'il n'aurait pu arracher par une
invitation trop impérieuse ; d'autant plus que les Barbares fédérés n'étaient
pas à la rigueur forcés, aux termes des conventions qu'ils avaient faites
avec les empereurs, d'aller combattre hors des provinces dans lesquelles on
les avait établis. En conséquence, il feignit d'être satisfait de l'apologie
de Thierry que Théodebert lui avait fait parvenir, et lui promit un subside
s'il consentait à attaquer les Ostrogoths, dans le midi de la Gaule ou au
nord des Alpes, afin d'opérer ainsi une puissante diversion[22]. Le roi d'Austrasie parut
disposé à se prêter aux désirs de l'empereur, et, bientôt après, le comte
Andreas lui apporta l'ordre d'envoyer un contingent de trois mille hommes au
patrice Bregantinus, un des lieutenants de Bélisaire. Théodebert se trouva dans
le plus grand embarras : il ne voulait pas déclarer la guerre aux Ostrogoths,
et, d'un autre côté, il n'osait désobéir à Justinien. Enfin, il prit le parti
d'écrire à l'empereur une lettre, dans laquelle, après avoir employé les
formules les plus obséquieuses, il s'excusait de n'avoir pas envoyé le
contingent de trois mille hommes, parce que l'ordre impérial ne lui étant
parvenu que le 10 avant les calendes d'octobre, c'est-à-dire le 22 septembre,
il n'était plus temps d'expédier des troupes au-delà des Alpes, vu qu'au
moment de leur arrivée les armées seraient déjà entrées dans leurs quartiers
d'hiver[23]. Ces
négociations eurent lieu dans le cours de l'année 535, et on doit vivement
regretter que Procope ne nous ait pas conservé des renseignements plus
complets sur une affaire d'une telle importance. Il est malheureusement
impossible de remplir les lacunes de sa narration, et on peut seulement
conjecturer que l'agent principal du roi d'Austrasie fut ce Secundinus de
Trèves, dont nous avons déjà parlé, et qui fut envoyé plusieurs fois en
ambassade à Constantinople, sous le règne de Théodebert[24]. Toutes
ces allées et venues n'avaient pas échappé à Théodat roi des Ostrogoths, et,
avant la fin de l'année 535, ce prince fit des propositions avantageuses aux
rois Francs pour les engager à le secourir, ou du moins à garder la
neutralité. Il leur promit une somme d'argent égale à celle que Justinien
avait offerte, et la cession de tout ce que les Ostrogoths possédaient encore
dans la Gaule[25]. Il leur représenta de plus que
la cause de son peuple était celle de tous les Barbares ; que les empereurs
avaient vu avec déplaisir et méfiance l'établissement des peuples fédérés sur
le sol de l'Empire, et qu'après la destruction, déjà avancée, du royaume des
Ostrogoths, Justinien pourrait bien accabler les Francs à leur tour, ou leur
enlever les portions du territoire de la Gaule qu'ils avaient occupées sans
autorisation. Les
rois mérovingiens, partagés entre la crainte de déplaire à l'empereur et
celle de voir s'écrouler une monarchie qui reposait sur les mêmes bases que
la leur, jugèrent prudent de ne pas se déclarer et d'attendre l'issue de la
guerre que Bélisaire poursuivait avec avantage. En 536, les Ostrogoths,
indignés de la faiblesse de Théodat, le déposèrent et proclamèrent roi
Vitigès, qui s'empressa de renouveler les propositions faites aux princes
Francs par son prédécesseur. Elles furent, cette fois, mieux accueillies, et
Vitigès donna à Théodebert et à ses oncles une somme de cent mille sous d'or (solidi aurei) et leur remit tout ce qu'il
possédait de ce côté-ci des Alpes[26]. La cession comprenait, comme
nous l'avons vu, plusieurs civitates de la Seconde Narbonnaise, de la
Viennoise et des Alpes Maritimes. Ce territoire était, au reste, moins vaste
que du temps de Théodoric ; les Ostrogoths avaient restitué aux Bourguignons
plusieurs cités, au moment où ceux-ci avaient admis la suprématie des maîtres
de l'Italie, et les trois provinces qui viennent d'être nommées n'en
formaient plus que deux : la provincia Arelatensis, qui appartenait
aux Ostrogoths, et la provincia Massiliensis, qui avait reconnu
l'autorité du roi des Bourguignons, mais dont les rois Francs avaient fait
récemment la conquête. C'est ce qui résulte 1° d'un passage de Grégoire de
Tours, où l'on voit que les Bourguignons possédaient la provincia
Massiliensis[27] ; 2° des souscriptions du
concile tenu, en 506, dans la ville d'Agatha (Agde), et où ne figurèrent ni
l'évêque de Marseille, ni quelques-uns des évêques voisins[28] ; 3° enfin, d'une lettre, déjà
citée, dans laquelle Cassiodore nous apprend qu'Amalasonte avait rendu aux
Bourguignons les cités que son père leur avait enlevées autrefois[29]. Outre
la provincia Arelatensis, les Ostrogoths abandonnèrent encore ce
qu'ils avaient conservé entre les Alpes et le Danube, c'est-à-dire une
portion de la Rhétie et quelques cantons du Norique et de la Pannonie, et
Théodebert, qui avait seul des possessions dans la Grande Germanie, réunit ces
provinces à celles qui lui obéissaient déjà[30]. Il est bon de faire observer
aussi que Vitigès, en cédant la ville d'Arles, siège de la préfecture des
Gaules, entendait conférer aux rois Francs tous les droits qui pouvaient être
attachés à la propriété de cette ville, c'est-à-dire, selon Du Bos, les
droits qui appartenaient aux empereurs d'Occident, que Vitigès croyait
représenter, et l'illustre académicien suppose même que l'abandon s'étendait
aux portions de la Grande Germanie que les Romains avaient autrefois
conquises et colonisées[31]. Cet
évènement important s'accomplit dans les premiers mois de l'année 637, et les
envoyés de Vitigès invitèrent Théodebert et ses oncles à expédier
immédiatement un puissant secours aux Ostrogoths ; mais on leur répondit que
les rois Francs avaient récemment conclu un traité avec Justinien ; qu'ils ne
pouvaient par conséquent intervenir d'une manière ouverte, et qu'ils allaient
diriger sur l'Italie, aussi secrètement que possible, un corps de dix mille
hommes, levé dans l'ancien royaume des Bourguignons, et qui feindrait d'agir
pour son propre compte. La crainte de déplaire à Justinien n'était pas, au
reste, le seul motif qui porta les rois Francs à faire cette réponse aux
envoyés de Vitigès. Ils étaient alors fort mal ensemble et croyaient avoir
besoin de toutes leurs forces pour leur propre sécurité. En effet, la guerre
éclata bientôt entr'eux. Théodebert et Childebert résolurent de dépouiller
Clotaire et marchèrent contre lui avec une armée considérable. Celui-ci, dont
les troupes étaient bien moins nombreuses, prit position sur la lisière d'une
grande forêt, à laquelle Grégoire de Tours donne le nom d'Arelaunum.
Plusieurs savants[32] ont cru que cette forêt était
voisine de l'embouchure de la Seine et du vicus de Lotum (Caudebec) ; mais on ne comprend guère
pourquoi Clotaire se serait réfugié dans un lieu si éloigné du centre de ses
états, et on serait peut-être plus près de la vérité si on identifiait la
forêt d'Arelaunum avec la portion de la forêt des Ardennes qui était
située près du vicus d'Orolaunum (Arlon). Quoiqu'il en soit, les deux
armées allaient en venir aux mains, lorsqu'un orage terrible éclata, et les
rois, croyant y voir une marque de la colère divine, conclurent la paix à
l'instant même et s'en retournèrent dans leurs états[33]. Les dix
mille auxiliaires bourguignons qu'ils avaient promis à Vitigès n'arrivèrent
dans les plaines de l'Italie qu'en 538, au moment où les Ostrogoths venaient
de lever le siège de Rome, et où Mundilas, un des lieutenants de Bélisaire,
prenait possession de Milan et des villes voisines. Vraïas, neveu de Vitigès,
qui commandait un corps assez considérable, ordonna aux Bourguignons de le
joindre et se présenta devant Milan, dont toute la garnison se composait
d'une poignée de soldats. Après un siège célèbre, qui se prolongea jusqu'au
commencement de l'année 539, la ville fut prise d'assaut, et les Barbares
massacrèrent les prêtres, les sénateurs et même les plus pauvres habitants,
en sorte que le nombre des morts s'éleva à trois cent mille, d'après Procope,
qui a été probablement mal renseigné[34]. Ce
succès ne rétablit pas les affaires des Ostrogoths, et on put, dès lors,
prévoir que leur monarchie aurait bientôt le même sort que celle des
Vandales. Une pareille perspective n'était pas de nature è plaire beaucoup à
Théodebert. C'était lui qui avait fourni la plus grande partie du contingent
bourguignon, et il devait craindre que l'empereur ne lui fît sentir les
effets de son ressentiment. Il voyait l'Empire reprendre, de jour en jour,
aune vigueur nouvelle, et les royaumes barbares décliner de plus en plus.
Sans parler des petits étais anglo-saxons qui s'étaient formés dans l'île de
Bretagne, quatre grandes monarchies : celles des Vandales, des Ostrogoths,
des Wisigoths et des Francs, s'étaient établies dans le partage d'Occident.
La première avait croulé, en quelques mois, sous les coups de Bélisaire ; la
seconde semblait prête à tomber, et les deux autres, quoique plus éloignées
et plus puissantes, pouvaient craindre d'être, à leur tour, attaquées et
renversées. Bélisaire lui-même, dans une lettre qu'il écrivit plus tard à
Théodebert pour le détourner de se mêler des affaires d'Italie, lui tit
entendre que les forces de l'Empire étaient encore assez considérables pour
que Justinien ne laissât pas impunie une attaque directe ou indirecte,
ajoutant que le roi des Francs pourrait bien se repentir d'être intervenu en
faveur des Ostrogoths. Théodebert savait, d'ailleurs, que dans les Gaules et
en Espagne, comme en Italie et en Afrique, les généraux de Justinien
trouveraient de nombreux auxiliaires parmi les anciens sujets de l'Empire,
qui formaient partout les dix-neuf vingtièmes au moins de la population et se
regardaient comme toujours soumis de droit aux empereurs de Constantinople.
Le monde romain, si l'on peut employer une pareille expression, était encore
debout, même dans les provinces occupées par les Vandales. Près d'un siècle
s'était écoulé depuis l'établissement des Barbares fédérés, et les
Gallo-Romains qui, de même que les habitants des autres provinces, étaient,
au commencement du Ve siècle, plus ou moins mécontents des abus du régime
impérial, avaient eu le loisir de les oublier. Ils regrettaient ce régime,
comme on aspire à une chose que l'on ne connaît pas, et ils désiraient voir
les officiers impériaux remplacer les rois Francs, lesquels gouvernaient, il
est vrai, au nom des empereurs, mais qui étaient des barbares, et dont l'administration
n'était pas toujours très-paternelle. C'est cette disposition d'esprit des
habitants de l'Afrique, de l'Italie et de l'Espagne, qui explique la chute
des royaumes fondés par les Ostrogoths et les Vandales et l'ébranlement de la
monarchie des Wisigoths. Aux regrets que l'ancienne forme de gouvernement
avait laissés se joignait, il faut le dire, le mécontentement produit par les
persécutions que les Goths et les Vandales, tous partisans déclarés de
l'arianisme, exercèrent imprudemment contre les catholiques ; et on peut
certainement ranger au nombre des causes qui empêchèrent la Gaule d'être
soumise, de nouveau et d'une manière directe, à l'autorité impériale, le
parti que Clovis avait pris d'embrasser le catholicisme. Cette détermination
permit aux Saliens et aux Ripuaires de se fondre avec la population
gallo-romaine, et de constituer une véritable nation. Si, au contraire,
l'arianisme, qui avait commencé à se répandre chez eux, était devenu
dominant, le mélange des deux races n'aurait pu s'opérer, et la monarchie
mérovingienne aurait été renversée, tôt ou tard, par quelque général romain,
secondé de l'ancienne population, au milieu de laquelle les Francs étaient
comme noyés, à raison de leur petit nombre, ainsi que nous l'avons déjà
remarqué. Théodebert,
qui ne manquait pas de discernement, avait dû faire ces réflexions ; aussi
éprouvait-il le plus grand embarras, lorsque l'empereur, d'un côté, et
Vitigès, de l'autre, le sommaient de tenir les promesses qu'il leur avait
prodiguées. Enfin, il rassembla son armée et prit, dans les premiers mois de
l'année 539, le chemin de l'Italie, mais sans faire connaître pour qui il
allait se déclarer, et laissant espérer sa coopération à Bélisaire et à
Vitigès. Il n'avait pas moins de cent mille soldats. C'est dire assez qu'il y
avait dans cette armée plus de barbares que de Francs proprement dits ; car,
autant qu'on peut le savoir, il n'y avait pas quinze mille saliens ou
ripuaires répandus dans le royaume d'Austrasie. Quand
il fut descendu dans les plaines de la Gaule cisalpine, il fit annoncer qu'il
marchait au secours des Ostrogoths, et il atteignit ainsi le but qu'il avait
en vue, et qui était de se faire livrer le pont de Ticinum (Pavie), lequel lui était indispensable
pour qu'il pût continuer sa marche. Les Ostrogoths accueillirent avec
empressement l'armée de Théodebert ; mais, au moment où elle commençait à
défiler sur le pont, les barbares dont elle était en grande partie composée se
jetèrent sur les femmes et les enfants de leurs prétendus alliés, les
massacrèrent et les précipitèrent dans le fleuve[35]. On a souvent reproché à
Théodebert et aux Francs cette horrible action[36], qui cependant ne fut pas leur
ouvrage. Ce prince traînait, en effet, après lui une immense cohue d'hommes
ramassés dans la vallée du Danube, dans les forêts de la Thuringe, et presque
tous païens. Il suffit, pour connaître la patrie de la plupart des soldats
que le roi d'Austrasie conduisait, de se rappeler la description que fait
Agathias de leur armement et de leur costume. Les compagnons de Théodebert,
dit-il, étaient les seuls qui eussent des lances et des chevaux. Les soldats
allaient à pied, sans autres armes que des boucliers, des épées et des
haches, et on ne voyait dans toute cette armée ni arcs, ni flèches, ni
javelots[37]. Or, à cette époque, nous le
démontrerons plus loin, les Francs avaient adopté, sinon en entier, du moins
partiellement, l'armement des anciennes légions romaines, dont plusieurs
existaient encore au milieu d'eux et servaient sous les ordres des rois mérovingiens.
D'ailleurs, Procope semble insinuer que le massacre de Pavie avait, en
quelque sorte, un caractère religieux aux yeux de ceux qui s'en rendirent
coupables. Or, on sait que les Francs eurent toujours horreur de ces rites
affreux, qui, au contraire, subsistèrent longtemps chez certaines hordes
fixées dans la vallée inférieure du Danube. Lorsque le duc de Lorraine
Charles IV franchit le Rhin, en 1635, avec une armée composée en partie de
soldats hongrois irréguliers, ceux-ci auraient, si le prince ne les en eût
empêchés, sacrifié, en mémoire de leur passage, un capitaine français qu'ils
avaient fait prisonnier[38]. Théodebert,
après avoir surmonté l'obstacle que lui opposait le cours du Pô, marcha vers
Ravenne. Deux corps d'armée se trouvaient en présence à peu de distance de
cette ville ; les Ostrogoths étaient commandés par Vraïas, et les Romains par
Martinus. Les premiers, ignorant encore ce qui venait d'arriver à Pavie,
accoururent sans défiance au-devant des Austrasiens. Ils croyaient rencontrer
des alliés ; mais ils furent reçus en ennemis, et ils prirent la fuite avec
tant de précipitation et de désordre, qu'ils traversèrent le camp des
Romains, lesquels n'eurent pas même le temps de s'armer pour repousser cette
nuée de fuyards. Dès que les Ostrogoths eurent disparu, Martinus ordonna à
ses soldats de marcher à la rencontre de l'armée de Théodebert, qu'il s'imaginait
être celle de Bélisaire lui-même. A sa grande surprise, il ne fut pas mieux
accueilli que les Ostrogoths, et, se hâtant de traverser l'Apennin, il se
retira en Etrurie et fit prévenir Bélisaire du péril qu'ils couraient tous
deux. Leurs appréhensions ne furent pas, toutefois, de longue durée.
Théodebert, dont les plans n'avaient rien de bien arrêté, se contenta de
piller l'Emilie et la Ligurie et de saccager la ville de Gênes. La disette
régna bientôt parmi ses troupes. Toutes les villes fortifiées étaient
occupées par les Romains ou par les Ostrogoths ; les vivres que les
Austrasiens avaient trouvés dans les deux camps s'épuisèrent ; les troupeaux
de bœufs que l'on avait pris dans la campagne disparurent ; les soldats,
manquant de vin, étaient obligés de boire les eaux malsaines de certaines
rivières, et une contagion terrible enleva plus de trente mille hommes dans
quelques semaines. Bélisaire profita de ce moment pour écrire à Théodebert la
lettre dont nous avons parlé, et dans laquelle il le menaçait de la vengeance
de l'empereur, s'il s'obstinait à rester en Italie. Le roi, qui ne désirait
qu'un prétexte honorable pour battre en retraite, écouta les conseils du
général romain et reprit la route de l'Austrasie, avec les débris de son
armée[39]. Les
Romains, délivrés de la crainte que cette incursion leur avait causée,
poussèrent la guerre avec plus de vigueur, et Vitigès fut contraint de
s'enfermer dans Ravenne, qui passait alors pour une place imprenable.
Cependant Théodebert et ses deux oncles continuaient à voir avec inquiétude
la monarchie des Ostrogoths sur le point de périr, et ils résolurent de faire
quelques efforts pour en empêcher la ruine ; mais, toujours préoccupés de
leur intérêt personnel, ils voulaient que Vitigès leur cédât la moitié de
l'Italie, et ils promettaient, pour prix de cet abandon, une armée de cinq
cent mille hommes. Bélisaire, informé de la négociation, envoya lui-même à
Vitigès des agents chargés de lui représenter qu'il valait bien mieux traiter
avec les Romains qu'avec les rois Francs ; que ceux-ci étaient hors d'état de
fournir le secours qu'ils offraient ; que, fussent-ils capables de le faire,
une pareille armée, composée de barbares indisciplinés et mal armés, ne
pourrait soutenir le choc des troupes romaines, et enfin que la puissance de
ces rois fédérés était bien inférieure à celle de Justinien, puisque leur
territoire ne formait pas la dixième partie de l'Empire. Ces raisons et
d'autres encore firent impression sur l'esprit de Vitigès et des principaux
de sa nation ; ils se rappelaient, d'ailleurs, la conduite perfide de
Théodebert, qui avait tâché de ruiner à-la-fois les Ostrogoths et les
Romains, et ils résolurent de traiter avec l'empereur. Les conditions que
Justinien voulait leur imposer furent jugées trop dures, et, avant de les
accepter, ils offrirent la couronne à Bélisaire, qui la refusa avec
générosité[40]. Nous mentionnons ici ce fait,
qui paraît étranger au sujet que nous traitons, parce que beaucoup
d'historiens se sont mépris, à notre avis, sur la nature de l'offre faite au
général romain. Les Ostrogoths ne songèrent pas, en effet, à lui décerner le
titre de roi d'un peuple fédéré, et d'un peuple vaincu. Bélisaire, investi de
la confiance de Justinien et revêtu des plus hautes charges de l'Empire,
aurait certainement dédaigné de devenir le roi des Ostrogoths, et il se
regardait comme un personnage bien plus considérable. Mais si on n'a pas
oublié que Théodoric-le-Grand et ses successeurs pensaient que, possesseurs
de la ville de Rome, ils avaient hérité de presque tous les droits des
anciens empereurs, et qu'ils avaient, dans différentes circonstances, tenté
plus ou moins heureusement de faire valoir une telle prétention, on demeurera
persuadé que l'on offrit réellement û Bélisaire le titre d'empereur
d'Occident, et le désintéressement de cet illustre général n'en paraîtra que
plus digne d'éloge. Nous
sommes obligé d'interrompre ici, mais pour un instant seulement, l'exposé des
relations amicales ou hostiles de Théodebert et de Justinien pour parler
d'évènements qui n'intéressèrent que le roi d'Austrasie. On a vu plus haut
que, pendant sa dernière campagne contre les Wisigoths, ce prince avait pris
comme concubine une matrone gallo-romaine, appelée Deuteria, et que, après la
mort de Thierry, il avait fait venir cette femme en Austrasie et s'était
marié avec elle, quoiqu'il fût lui-même fiancé avec Wisigarda, fille de Wacco
roi des Lombards, et quoique l'époux de Deuteria vécût encore, selon toutes
les probabilités. Il est impossible de savoir aujourd'hui quelle espèce de
mariage il contracta avec elle. N'y eut-il qu'une de ces unions civiles
autorisées à-la-fois par l'ancienne législation romaine et par les lois des
peuples barbares ? Ou bien Théodebert trouva-t-il des prêtres assez lâches
pour célébrer un pareil mariage ? Les tristes complaisances dont les siècles
suivants furent témoins autorisent malheureusement à regarder la seconde
hypothèse comme la plus vraisemblable. Deuteria
n'était plus très-jeune lorsqu'elle connut Théodebert ; mais, douée d'une
grande beauté et de talents supérieurs, elle n'en obtint pas moins un empire
souverain sur un prince naturellement fougueux et irréfléchi. Elle en profita
pour procurer des emplois considérables à ses amis et à ses parents. C'est à
elle que Parthenius, magister officiorum, fut redevable de sa haute
fortune, et nous sommes bien tenté de croire que Deuterius évêque de Lodève,
qui fut présent au concile de Clermont, en 535, était un parent et peut-être
même le frère de Deuteria[41]. Il paraît qu'elle donna
plusieurs enfants à Théodebert ; c'est du moins ce que l'on doit conclure des
paroles que le roi d'Austrasie adressa au comte Florus : « Supplie ces
pieux personnages — saint Maur et ses compagnons — d'appeler la miséricorde
divine sur moi, sur mes enfants et sur le peuple que le Seigneur m'a confié[42] ». L'histoire ne mentionne
qu'un seul fils né du commerce de Deuteria et de Théodebert ; c'est
Théodebald, qui, ayant treize ans à la mort de son père, arrivée en 548,
avait dû naître en 355 ; mais Théodebert laissa aussi deux filles, qui, sans
doute, devaient le jour à Deuteria. Cette
femme avait eu de son véritable mari une fille dont la beauté menaçait
d'éclipser bientôt celle de sa mère. Deuteria craignit d'être supplantée et
résolut de faire disparaître l'objet de ses inquiétudes. Sa fille avait
coutume, comme les dames gauloises, de se promener dans une de ces lourdes
voitures que l'on appelait basternœ, et qui étaient traînées par des
bœufs. Gagnés par Deuteria, les conducteurs de la basterne substituèrent aux
animaux qui la traînaient ordinairement des taureaux ou des bœufs indomptés,
un jour que la fille de Deuteria devait passer sur le pont de Verdun. Il est
probable qu'elle résidait alors dans cette ville, et le pont dont il s'agit
ne peut être que le pont Sainte-Croix, le seul qui, selon toutes les
apparences, existât au VIe siècle[43]. Effrayés par quelqu'obstacle
disposé d'avance sur leur route, ou pressés trop vivement par l'aiguillon des
conducteurs, ou bien encore, comme on l'a dit, nous ne savons d'après quelle
autorité, tourmentés par une soif terrible que l'on avait fait naître en les
privant de boisson pendant longtemps, les animaux précipitèrent la basterne
dans la Meuse, où la jeune fille périt misérablement[44]. Deuteria voulut faire passer
cette mort pour accidentelle ; mais la vérité fut bientôt connue, et un cri
d'horreur s'éleva de toutes parts. Depuis longtemps les Austrasiens
murmuraient de voir leur roi se livrer sans retenue à une passion
déshonorante, sans qu'il tint aucun compte de leurs plaintes. Enfin, le crime
que Deuteria venait de commettre lui ouvrit les yeux ; il congédia cette
femme, après avoir vécu avec elle pendant sept années environ, et consentit à
épouser Wisigarda. Le mariage dut être célébré en 540[45]. Wisigarda ne paraît pas avoir
donné d'enfants à Théodebert, et son existence fut même assez courte, car le
roi d'Austrasie, lorsqu'il mourut en 548, était marié à une autre femme, dont
Grégoire de Tours ne nous a pas conservé le nom[46], et de laquelle descendaient
peut-être quelques-uns de ces mérovingiens obscurs qui semblent avoir été si
nombreux. Malgré
le silence de l'histoire, on doit présumer qu'un des hommes qui conseillèrent
victorieusement au roi de réparer les scandales qu'il avait donnés fut saint
Nicetius, métropolitain de Trêves. Cet illustre prélat rappelait les vertus
de saint Remi mort depuis peu d'années[47], et il peignit, sans doute, à
Théodebert comme un signe de la colère céleste une maladie contagieuse qui
régna alors en Austrasie, où elle fit de grands ravages[48]. Saint Nicetius, dont nous
aurons encore occasion de parler plus d'une fois, était originaire de la civitas
des Arverni (4)[49] et, après qu'il eut terminé le
cours des études que l'on faisait alors, ses parents, instruits de son goût
pour la vie monastique, le placèrent sous la direction de l'abbé qui
dirigeait le célèbre monasterium Romanum, construit au milieu d'une
ile du lac Larius (aujourd'hui de Como), dans le nord de l'Italie. Il fut jugé digne
de succéder à son maitre, et le roi Thierry Ier, dans la sors duquel Nicetius
était né, le nomma métropolitain de Trèves, après la mort d'Aprunculus,
quoique le clergé et le peuple eussent élu canoniquement le célèbre diacre
Gallus, un des favoris du prince. Les envoyés de Thierry, porteurs du décret
royal que l'on avait fait approuver par le clergé et par le peuple de Trèves,
se rendirent en Italie, arrachèrent Nicetius de son monastère et l'amenèrent
dans son diocèse. Comme ils approchaient de Trèves, ils s'arrêtèrent, pour
passer la nuit, dans un lieu assez désert et s'avisèrent de lâcher leurs
chevaux au milieu d'un champ couvert d'une riche moisson. Cette conduite
révolta saint Nicetius. « Je vais vous excommunier, dit-il aux envoyés du
roi, si vous ne retirez immédiatement vos chevaux du champ de ces pauvres
gens ». Les envoyés lui répondirent : « Vous n'êtes pas encore évêque, et
vous nous menacez déjà de l'excommunication ! » « Le roi, répliqua-t-il,
m'a tiré de mon abbaye pour m'imposer le fardeau de l'épiscopat ; je ferai,
autant que possible, la volonté de Dieu en toutes choses ; mais quant à celle
du roi, je ne l'accomplirai et ne permettrai pas qu'on l'accomplisse quand elle
sera coupable 3. En même temps, il chassa lui-même les chevaux, et les
Barbares ne purent s'empêcher d'admirer cette liberté évangélique. Le saint
prélat ne craignait pas de reprendre Thierry, lorsque le prince commettait
quelque faute, et il ne montra pas moins de fermeté à l'égard de Théodebert.
Un jour, celui-ci entra dans la basilique métropolitaine de Trèves pour y
entendre la messe, avec plusieurs seigneurs auxquels Nicetius avait défendu
d'assister à la célébration des saints mystères. Après que les leçons eurent
été lues, et qu'on eut déposé le pain et le vin sur l'autel, le métropolitain
dit à haute voix : « Nous n'achèverons pas aujourd'hui le saint sacrifice, si
les hommes privés de la communion ne se retirent ». Théodebert voulut forcer
Nicetius à continuer la messe ; mais un énergumène, qui se trouvait dans la
basilique, se mit à louer la conduite du prélat et à parler, avec
imprécations, des crimes du roi. Théodebert ordonna de l'expulser ; alors
Nicetius dit au prince : « Faites sortir plutôt ces hommes criminels que vous
avez conduits dans l'église, et Dieu, n'en doutez pas, imposera silence à ce
malheureux »[50]. Le
métropolitain de Trèves ne ménagea pas davantage, comme nous le verrons,
Justinien lui-même, et on ne peut alléguer, pour diminuer le mérite de la
fermeté dont il fit preuve, que Théodebert avait interrompu ses relations
avec l'empereur. Suspendues un moment, pendant l'excursion des Austrasiens en
Italie, elles furent reprises avec un mutuel empressement. Le roi Franc
craignait de voir toutes les forces de l'Empire se tourner plus tard contre
lui, et il sentait bien qu'il n'était pas en mesure de résister. Il fit les
premières démarches pour arriver à un rapprochement[51], et il envoya à Constantinople,
comme ambassadeur, le gallo-romain Mummolus[52], qui avait pour instructions de
négocier la reconnaissance de la cession que les Ostrogoths avaient faite aux
Francs de tout ce qu'ils possédaient au-delà des Alpes, et notamment de la
ville d'Arles, siège de la préfecture des Gaules. Justinien, de son côté, fut
enchanté de voir Théodebert lui faire des propositions d'accommodement. Les
Ostrogoths, qui avaient, après l'abdication de Vitigès, reconnu l'autorité
impériale, venaient de reprendre les armes et de recommencer la guerre avec
quelque succès, et il importait à l'empereur d'avoir les rois Francs pour
auxiliaires, ou au moins de les empêcher de fournir secrètement des secours
aux ennemis de l'Empire. Rien ne vint donc traverser la négociation, et, vers
la fin de l'année 540 ou au commencement de 541, Justinien confirma, au
profit non seulement de Théodebert, mais encore des autres rois Francs — car
l'Empire ne reconnaissait qu'un seul royaume et ne traitait guère avec chacun
des Mérovingiens en particulier —, Justinien, disons-nous, confirma la cession
consentie par les Ostrogoths[53]. Il ne faut pas se méprendre
sur la nature de cet acte, dont nous ne possédons plus le texte, et on ne
doit pas y voir un abandon complet et définitif de la Gaule, sur laquelle
l'Empire ne se serait réservé aucun droit. Plusieurs faits, que nous aurons bientôt
l'occasion de rapporter, établissent, d'une manière péremptoire, que le
diplôme impérial constatait 'seulement la reconnaissance faite par Justinien
de l'établissement des Francs dans les provinces méridionales de la Gaule, où
ils n'avaient pas été autorisés à fixer leur demeure, et qui avaient été
attribuées autrefois par des concessions formelles à d'autres peuples
fédérés, c'est-à-dire aux Bourguignons et aux Ostrogoths. Le diplôme ne
cédait que les droits dont ces derniers avaient joui régulièrement ;
Justinien n'a jamais entendu détacher la Gaule du territoire de l'Empire[54], et on voit ce prince et ses
premiers successeurs conserver encore dans ce pays une autorité dont
l'exercice ne peut s'expliquer dans le système que nous combattons. Ainsi,
lorsque Justinien eut exilé le pape Silvère, il força les églises des Gaules
à reconnaître Vigile, qu'il lui avait substitué, quoiqu'un parti puissant eût
d'abord refusé d'obéir à ce pontife, comme le prouvent les lettres publiées
sous le nom de saint Amator, évêque d'Autun[55]. Ainsi, lorsque le roi
Childebert, un des co-propriétaires d'Arles — les Mérovingiens s'étaient
partagé les civitates abandonnées par les Ostrogoths —, demanda, en
545, au pape Vigile d'accorder le pallium à Auxanius, qui venait
d'être élu métropolitain de cette ville, le souverain-pontife répondit qu'il
ne pouvait le faire qu'après en avoir obtenu l'autorisation de l'empereur,
et, en effet, il n'envoya le pallium que le 22 mai 545[56]. Ainsi encore, et beaucoup plus
tard, le pape saint Grégoire-le-Grand ne donna le même ornement â Syagrius
évêque d'Autun qu'avec le consentement de l'empereur Maurice[57]. La
cession dont il s'agit, quoique restreinte aux droits dont les Ostrogoths
avaient joui, ne laissa pas d'être fort avantageuse aux rois Francs ; mais,
pour bien le comprendre, il faut se rappeler quelle était l'importance de la
ville d'Arles comme siège de la préfecture des Gaules. Le magistrat revêtu du
titre de préfet était le représentant le plus élevé de l'autorité impériale
dans plusieurs contrées fort vastes, et c'était par son intermédiaire que les
constitutions des empereurs et les instructions des ministres étaient
transmises aux peuples depuis l'extrémité de Ille de. Bretagne jusqu'au fond
de la Mauritanie Tingitane. Aussi les empereurs n'avaient-ils jamais voulu
consentir à laisser les Barbares fédérés occuper cette ville. Lorsque
Théodoric-le-Grand l'eut enlevée aux Wisigoths, qui avaient fini par s'en
emparer, il se hâta de rétablir la préfecture des Gaules[58] ; et, si les Francs ne
voulurent pas se soumettre au nouveau préfet, les Bourguignons ne montrèrent
pas la même répugnance, ainsi que le prouve une lettre de saint Avitus,
métropolitain de Vienne[59]. L'acquisition de la ville
d'Arles augmenta donc, d'une manière notable, sinon la puissance, au moins le
prestige des Mérovingiens. On les vit siéger dans le prétoire de la
préfecture des Gaules, exercer les fonctions attachées à cette haute
magistrature, et, comme préfets, présider aux jeux du cirque[60]. Les jeux dont il s'agit
n'étaient pas un anachronisme, ni une réminiscence de l'Antiquité. De
nombreuses autorités démontrent que, malgré les malheurs de l'Empire, le goût
des jeux et des spectacles n'avait pas disparu. Seulement ils étaient devenus
plus rares, et on en avait retranché ce qui outrageait l'humanité et la
pudeur. Quarante ans après l'époque à laquelle est arrivé notre récit,
Chilpéric Ier faisait construire des cirques ou des théâtres dans les civitates
de Paris et de Soissons[61], et ce dernier existe même
presqu'en entier[62]. Enfin, on sait que, sous le
règne de Pépin-le-Bref, vers le milieu du VIIIe siècle, il y avait encore des
combats d'animaux, dernier vestige et dernier souvenir des anciennes luttes
de l'amphithéâtre. Plusieurs
historiens, interprétant, d'une manière qui ne nous parait pas exacte, le
texte de Procope, ont avancé qu'au nombre des droits concédés par Justinien
se trouvait celui de frapper des monnaies d'or ayant cours dans tout
l'Empire. Les uns ont cru que ces monnaies pouvaient être fabriquées dans les
divers ateliers de la Gaule indistinctement ; les autres, au contraire, que
la permission était restreinte à l'atelier de la ville d'Arles[63]. Mais ces deux sentiments ne sont
pas mieux fondés l'un que l'autre. Pendant la domination des Ostrogoths,
l'atelier d'Arles avait frappé des sous d'or (solidi aurei) et des tiers de sous (trientes) portant les noms et l'effigie
des empereurs Anastase, Justin Ier et Justinien[64]. Or, on ne voit pas que ce
monnayage, qui avait duré jusqu'en 536 au moins, ait subi aucun changement
après l'année 540, et il est impossible de représenter aujourd'hui les sous
et les tiers de sou que Théodebert et ses oncles auraient fait fabriquer dans
l'atelier d'Arles avec leurs noms et leurs effigies. On est donc forcé
d'admettre que Procope a seulement voulu dire que les rois Francs s'étaient
arrogé le droit de frapper des monnaies d'or[65], tandis qu'auparavant on ne se
servait dans la Gaule que des espèces fabriquées dans les ateliers impériaux
; et les monnaies des Mérovingiens ne pouvaient évidemment offrir d'autres
types que ceux de ces dernières espèces. Il est évident pour nous que Justinien
n'a pu accorder à des rois fédérés le privilège d'avoir une monnaie
particulière, car il aurait détruit de la sorte l'unité que l'Empire
conservait encore, du moins extérieurement ; et, en effet, on conserve dans
les collections des tiers de sou frappés à Marseille postérieurement à la
cession faite par Justinien, et offrant les noms de ce prince et de Justin
II, son successeur[66]. Nous reviendrons, au surplus,
sur cette question délicate, et nous nous bornons provisoirement à indiquer
l'interprétation donnée, de nos jours, à un texte de Procope qui a causé tant
de disputes entre les savants. La
bonne intelligence qui s'était rétablie entre Théodebert et l'empereur, à la
suite de l'arrangement dont nous venons de parler, ne dura pas
très-longtemps. Le roi d'Austrasie envoya en Italie des troupes, qui, sous
prétexte d'aider les généraux de Justinien, repoussèrent les Ostrogoths
au-delà du Pô, mais qui forcèrent également les Romains à abandonner la
plupart des villes qu'ils occupaient entre l'Adige et la nier, en sorte que
de ce côté l'empereur ne garda, pendant plusieurs années, que les places situées
sur le rivage de l'Adriatique[67]. Cette nouvelle invasion des
Francs épouvanta les Ostrogoths, lesquels soutenaient avec peine les efforts
des armées impériales, et Totila, qui gouvernait ce peuple, voulant empêcher
un plus grand mal, céda formellement à Théodebert tout ce que ce dernier
avait conquis en Italie. Ensuite, et dans le but d'intéresser le roi
d'Austrasie à la conservation de la monarchie des Ostrogoths, il lui demanda
une de ses filles en mariage ; mais Théodebert, qui ne pouvait se faire
illusion sur le sort réservé à cette nation et ne voulait pas alors rompre
définitivement avec Justinien, répondit à Totila : c Que sa fille était née
pour un roi, et que lui, Totila, ne serait jamais roi d'Italie, puisque,
après avoir pris Rome, il n'avait pu la conserver »[68]. Ces paroles piquèrent le roi
des Ostrogoths, qui parvint à entrer de nouveau dans cette ville et tâcha de
réparer les dommages qu'elle avait éprouvés pendant la guerre. La
chute de ce prince paraissait néanmoins assurée, et Théodebert, partagé,
comme toujours, entre la crainte de voir l'Empire reprendre toutes ses forces
et l'appréhension de se brouiller avec Justinien, résolut de secourir Totila,
sans paraître s'en mêler. A cet effet, il engagea Buccelinus dux des Alamanni
à lever dans la Grande Germanie une armée composée de ses sujets, des
Bavarois et des Thuringiens, et à se rendre en Italie. Comme toutes ces
nations ne dépendaient pas directement du roi d'Austrasie, mais
reconnaissaient seulement sa suzeraineté, il pouvait, en cas de revers,
désavouer l'entreprise et déplorer à l'empereur qu'elle s'était faite sans
qu'il y eût participé. Si, au contraire, Buccelinus avait l'avantage,
Théodebert devait encore en recueillir les fruits, et, dans ce but, il avait
conclu avec Totila un traité secret, par lequel celui-ci s'obligeait à lui
céder, outre ce que les Francs possédaient déjà, plusieurs provinces de
l'Italie que l'histoire ne désigne pas. Elle ne fournit non plus beaucoup de
renseignements sur l'expédition de Buccelinus, mais elle en donne assez
toutefois pour nous apprendre que l'expédition ne fut pas heureuse. Les
bandes mal armées et mal disciplinées qui formaient l'armée du duc des
Alamanni se mesurèrent avec peu de succès contre les troupes impériales.
Théodebert, informé de la position dans laquelle se trouvait Buccelinus, lui
envoya, secrètement sans doute, des renforts conduits par un général
gallo-romain nommé Mummolenus[69]. Ces renforts ne rétablirent
pas les affaires de Buccelinus, qui retourna dans la Germanie ; néanmoins les
troupes de Théodebert n'abandonnèrent pas les villes qu'elles occupaient
entre le Pô et les Alpes[70]. Ces
évènements s'accomplirent en 546. Justinien, quelque désir qu'il eût de
conserver la paix, ne put manquer d'en témoigner un vif déplaisir à
Théodebert, et c'est alors, selon nous, que le roi d'Austrasie, renonçant
enfin à la politique tortueuse qu'il avait si longtemps suivie, prit le parti
de se faire proclamer empereur. Ce
n'est pas sans une sorte d'hésitation que nous écrivons-cette dernière ligne,
et nous devons bien nous attendre à voir une pareille assertion soulever les
réclamations les plus vives. Elle n'a cependant pas entièrement le mérite de
la nouveauté, et les auteurs de l'Art de vérifier les dates n'ont pas
fait difficulté de reconnaître que Théodebert avait pris le titre d'Auguste[71]. Ils n'ont pas, du reste, fixé
l'année de cet évènement ; mais la multitude des monnaies frappées par ordre
de ce prince postérieurement au fait dont il s'agit ne permet pas d'en
descendre la date plus bas que l'année 546. Le
silence que Grégoire de Tours et Procope ont gardé au sujet de l'espèce
d'usurpation commise par Théodebert n'a rien qui doive surprendre. En effet,
à l'époque où Grégoire de Tours écrivait, les Mérovingiens reconnaissaient de
nouveau la suzeraineté impériale, et il était prudent — surtout pendant le
règne d'un empereur tel que Maurice — de ne pas rappeler l'usurpation de
Théodebert. Quant à Procope et aux autres historiens byzantins, il faut faire
observer que l'amour-propre national — s'il est permis d'employer une
pareille expression — et le respect pour la majesté de l'Empire suffisaient
pour les empêcher de parler clairement d'une entreprise qui faillit réussir,
et qui fut toujours détestée à Constantinople. D'ailleurs, plusieurs
d'entr'eux ont vécu bien après cet évènement et ont pu n'en entendre jamais
parler, car Théodebert n'ayant pas obtenu l'unanimitas, qui aurait
seule légitimé sa proclamation, cette dernière n'a été mentionnée,
probablement, dans aucun document officiel. Quant
aux motifs qui l'ont engagé à prendre un parti aussi hasardeux, on peut assez
aisément les découvrir, et on doit ranger en première ligne son humeur
bouillante et emportée, sa puissance, la suprématie qu'il exerçait sur les
autres rois Francs, et que Totila lui-même était tout disposé à reconnaître
pour conjurer le péril qui le menaçait. Ajoutons-y les flatteries des
contemporains, lesquels, éblouis par la noblesse de son caractère et
l'étendue de ses états, le regardaient comme le véritable empereur d'Occident
et lui en attribuaient presque le titre. C'est ainsi que saint Aurélien,
métropolitain d'Arles, écrivant au roi d'Austrasie, vers l'année 545,
c'est-à-dire une année avant l'époque présumée de son usurpation, employait
la suscription suivante : Domino inelito, et ubique gloriosissimo, atque
in Christo piissimo domino et filio, Theudeberto regi[72]. N'oublions pas non plus que,
d'après plusieurs historiens, Justinien aurait, en quelque sorte, adopté le
roi Franc, au commencement du règne de ce dernier. Cette adoption, à laquelle
semble faire allusion le mot Patri qui figure dans les suscriptions de deux
lettres adressées à l'empereur par Théodebert, ne conférait aucun droit à
celui-ci sur les états de l'autre ; mais le prince mérovingien n'y regardait
pas de si près, et il pouvait même se prévaloir, s'il en avait connaissance,
d'une constitution promulguée par Justinien, en 530, et insérée dans le Code[73]. Il faut
encore faire observer que la proclamation d'un empereur n'était pas une
révolte proprement dite et n'entraînait pas une rupture définitive avec
l'empereur actuellement régnant, qui pouvait toujours, en accordant l'unanimitas,
corriger cette irrégularité. Si un roi barbare fédéré s'était déclaré indépendant
sur le territoire qu'il occupait, il aurait brisé l'unité du monde romain ;
mais l'usurpation de la pourpre ne produisait pas le même résultat. Ainsi, la
proclamation de Théodebert comme empereur d'Occident doit être assimilée,
sous tous les rapports, à celles de ces nombreux généraux d'origine romaine
ou barbare, lesquels s'arrogèrent le titre d'empereur pendant les IIIe, IVe
et Ve siècles, et dont plusieurs furent rangés parmi les souverains
légitimes, grâce au succès qui couronna leur audace ; car, si Théodebert
jouissait du pouvoir royal à l'égard des Francs, il n'était, dans ses relations
avec l'Empire, rien de plus qu'un général chargé de défendre et d'administrer
une portion de l'ancienne préfecture des Gaules. Les
preuves directes de notre assertion se tirent de deux vies de saints et de
l'examen des monnaies frappées par ordre de Théodebert. Le
biographe de saint Treverius, parlant de l'arrivée de ce religieux dans le
nord de la Gaule, arrivée qui parait se rapporter à l'année 521, affirme que
cette contrée était alors considérée comme soumise à l'empereur Justin Ier[74]. Thierry Ier régnait dans ce
moment, et il reconnaissait, au moins nominalement, l'autorité impériale.
Plus loin, le même biographe, poursuivant son récit, mentionne le changement
survenu dans l'intervalle et dit que les rois Francs, méconnaissant les
droits de la République, c'est-à-dire de l'Empire, ne voulurent plus dépendre
de personne[75] ; et les expressions de cet
auteur, quoique vagues et peu exactes, font évidemment allusion à
l'usurpation de Théodebert. Le moine Faustus, qui a écrit la vie de saint
Maur, raconte fort au long la visite que ce prince fit aux religieux de
Glanfeuil ; il ne lui donne pas, à la vérité, le titre d'empereur ; mais on
voit que Théodebert en portait le costume : en effet, il tenait un sceptre,
ses épaules étaient couvertes d'un manteau de pourpre[76], et quand on sait avec quelle
jalousie les empereurs revendiquaient l'usage exclusif de la pourpre, on est
amené à conclure que si Théodebert en était revêtu, c'est qu'il avait usurpé
le rang suprême. On peut
tirer un argument bien plus solide encore des légendes inscrites sur les
monnaies frappées pendant les dernières années du règne de ce prince. S'il
s'était cru autorisé, par une fausse interprétation donnée au diplôme de
Justinien concernant la cession d'Arles, à fabriquer des espèces d'or, on
peut être assuré qu'il n'aurait pas employé les types impériaux et qu'il se
serait qualifié rex Francorum, comme dans les expéditions de sa chancellerie.
Or, il ne nous reste aucune monnaie d'or sur laquelle Théodebert soit appelé
rex Francorum, tandis que l'on en possède un assez grand nombre où il figure
comme empereur. Le type le plus ordinaire de ses solidi est le suivant
: droit : buste impérial en costume militaire et vu de face, absolument
semblable à celui que l'on remarque sur les solidi de Justin Ier et de
Justinien ; légende : D(ominus) N(oster) THEODEBERTVS VICTOR ; revers :
la victoire vue de face, tenant de la main droite une croix longue et de la
gauche un globe surmonté d'une croix ; légende : VICTORIA AVCCCI (Augusti). D'autres solidi, plus
rares que ceux-là, offrent les mêmes types ; mais la légende du droit est
plus explicite encore que la précédente ; on y tit en effet : D(omini) N(ostri) THEVDEBERTI P(atris) P(atriœ) AVC(usti). Il est inutile d'insister sur
l'importance de ces légendes, et les savants conviennent que les titres de Dominus
noster, de Pater patriœ et d'Augustus ont toujours été
exclusivement réservés aux empereurs. Les légendes des tiers de sous ou trientes
frappés par ordre de Théodebert ne s'éloignent pas beaucoup de celles des solidi[77] ; mais les types sont
différents ; on voit d'un côté le buste impérial (tête nue), tourné à droite, et au revers
la victoire de profil. Enfin Millingen a publié un denier offrant au droit la
légende DN TEOD(ebertus), et au revers le mot AMENITAS au milieu d'une
couronne de laurier, entourée elle-même d'un cercle de perles[78]. Ces
diverses monnaies ont été frappées dans plusieurs ateliers, ainsi que
l'indiquent les monogrammes et les sigles inscrits sur la plupart
d'entr'elles. On y reconnaît la désignation des villes de Metz, Trèves,
Reims, Toul, Monzon (Mosomum), Laon (Lugdunum-Clavatum), Clermont (Arverni), Cologne et Antunnacum (Andernach)[79]. D'autres monnaies présentent
le sigle BO, qui peut rappeler Bonconica, mais dans lequel on a cru
reconnaître les initiales de la ville de Bononia ou Bologne, située en
Italie, un peu au midi du Pô, et qui a bien pu appartenir à Théodebert. On
comprend que ce prince a dû frapper des monnaies en Italie pour établir les
droits qu'il croyait posséder sur un pays regardé toujours, et avec raison,
comme le véritable centre du partage d'Occident. Certains historiens ont cru
que Théodebert avait formé le projet de s'emparer de Rome et de Ravenne, qui
étaient les deux capitales de l'Italie et de ce partage, et ses intentions
paraîtront encore plus claires, si l'on observe que le revers de ses solidi
représente la victoire de face, exactement comme les sous d'or que Théodoric-le-Grand
faisait fabriquer au nom de l'empereur Anastase. D'autres
monnaies de Théodebert portent les sigles LV et VI[80]. Nous pensons qu'on doit y voir
l'indication de Lugdunum-Clavatum et de Virodunum (Verdun). Mais si, comme plusieurs
savants l'ont pensé, les sigles en question rappellent Lugdunum (Lyon) et Vienna (Vienne), il faut admettre ou que
Théodebert avait obtenu les civitates de Lyon et de Vienne (ce qui est peu
vraisemblable), ou
que le roi mérovingien (Childebert sans doute) possesseur de ces deux cités
avait été obligé d'y battre monnaie au nom du nouvel empereur d'Occident. La
rareté des textes contemporains ne permet pas malheureusement de savoir si
les deux oncles de Théodebert l'ont formellement reconnu comme empereur. La
chose est probable cependant[81], et une pareille reconnaissance
n'aura pas peu contribué à augmenter la considération dont ce prince
jouissait, et qui a laissé bien des traces dans les documents que les siècles
ont épargnés. Sa suprématie dut être également avouée par les débris de la
nation des Ostrogoths, et par les peuples barbares qui habitaient la partie
orientale de la Grande Germanie ; mais on n'en a pas la preuve, et il est non
moins impossible de savoir si Théodebert, revendiquant les mêmes droits que
Théodoric, a désigné en 546, 547 et 548 des consuls pour le partage
d'Occident[82]. Les
monnaies que le prince austrasien fit frapper, après son usurpation, offrent
une particularité qui a donné lieu à plus d'un commentaire. Nous voulons
parler du mot CONOB, lequel se tit à l'exergue. Il est inutile de rappeler
ici les différentes interprétations que ce mot a reçues ; mais si l'on doit —
comme nous le pensons — y déchiffrer les termes CON(stantinopoli) OB(signatum), il faut nécessairement
admettre que Théodebert voulait seulement donner à ses monnaies un aspect qui
leur permît de circuler dans tout l'Empire ; car on ne peut raisonnablement
voir dans les sigles en question une allusion quelconque à ses projets sur
Constantinople. Théodebert
avait, en effet, conçu le dessein irréalisable d'aller détrôner Justinien[83]. La plupart des historiens ont cru
que cette idée lui avait été inspirée par un puéril désir de vengeance.
Justinien, se conformant à un usage adopté depuis longtemps par les
empereurs, prenait dans l'intitulé de ses constitutions le titre de Francicus[84], et on a prétendu que
Théodebert s'en était toujours trouvé humilié, et qu'il avait résolu
d'entreprendre une expédition aussi lointaine et aussi périlleuse dans le but
de punir Justinien d'avoir employé un titre que ses prédécesseurs avaient
porté, sans que les rois des Francs fédérés y eussent jamais trouvé à redire.
Il nous semble beaucoup plus naturel de penser que Théodebert, désespérant
d'obtenir l'unanimitas et poussé, d'ailleurs, par son ambition et son
humeur aventureuse, voulut imiter ces généraux qui, après s'être fait
proclamer empereurs, ne se contentèrent pas de régner sur les provinces où
leur autorité se trouvait établie, et tentèrent, avec plus ou moins de
succès, de détrôner le véritable empereur, dans la crainte d'être renversés
eux-mêmes. L'année 547 fut consacrée aux préparatifs de cette grande
entreprise. Il n'était pas difficile à Théodebert de rassembler une armée de
cent cinquante mille hommes, en y comprenant, à la vérité, beaucoup de ces
barbares de la Germanie, qui, étrangers à la discipline et presque tous mal
armés, étaient peu en état de se mesurer avec des troupes régulières. D'un
autre côté, son royaume s'étendait très-loin dans la direction du sud-est, le
long du Danube, et son armée pouvait franchir une partie de la distance qui
séparait l'Austrasie de la Thrace en suivant la voie militaire construite le
long du fleuve que nous venons de nommer. En prenant ce chemin, Théodebert
devait rencontrer sur les confins de l'Empire les Gépides, établis à Sirmium
et dans la Dacie, et les Lombards, auxquels Justinien avait permis de se
fixer dans la Pannonie et dans les cantons du Norique qui n'étaient pas
encore occupés par les Bavarois. Les Gépides et les Lombards avaient été
décorés récemment du titre de fœderati ; ce qui ne les empêchait pas
de faire des incursions fréquentes dans les provinces vraiment romaines[85], et Théodebert ne désespéra pas
de les engager à marcher avec lui. A cet effet, il leur fit représenter
qu'une expédition heureuse dans une contrée jusqu'alors respectée par la
guerre pouvait les enrichir à jamais, et qu'ils trouveraient dans la Thrace et
la Macédoine des terres plus fertiles que les leurs. On ajoute qu'il tacha
aussi d'exciter leur ressentiment, en leur représentant que Justinien se
parait des titres de Gepidicus et de Langobardicus, bien qu'il
ne les eût pas vaincus. Cette circonstance n'était pas toutefois de nature à
faire beaucoup d'impression sur des nations barbares ; et ce qui nous porte à
penser que Théodebert n'eut pas recours à un pareil moyen, c'est que nous ne
connaissons aucune constitution dans laquelle Justinien ait pris les titres
de Gepidicus et de Langobardicus. On ne
sait pas trop quel accueil fut fait aux propositions de Théodebert par les
Gépides et les Lombards ; mais le moment paraissait favorable pour attaquer
le partage d'Orient. Justinien était obligé de laisser une armée dans la
vallée de l'Euphrate et dans l'Arménie, pour surveiller les mouvements des
Perses ; des troupes nombreuses gardaient l'Afrique, menacée par les Maures ;
enfin, des forces considérables achevaient péniblement la conquête de
l'Italie. L'entreprise du roi d'Austrasie aurait cependant échoué, car il
avait calculé les chances de succès sans tenir compte des difficultés
imprévues, sans penser à la famine qui pouvait, qui devait même décimer une
armée aussi considérable et vivant au jour le jour, sans songer aux épidémies
qui enlèvent quelquefois des myriades d'hommes dans l'espace de deux ou trois
semaines, et sans avoir aucune idée des obstacles qu'aurait présentés le
passage du mont Hœmus. En
attendant qu'il pût se mettre en route, il ordonna au duc Lanthacarius, qui
commandait le corps d'austrasiens chargé de garder le nord de l'Italie, de
prêter main-forte aux Ostrogoths. Lanthacarius obéit, mais il éprouva une
sanglante défaite et périt lui-même dans le combat[86]. Théodebert n'eut peut-être pas
connaissance de ce revers, car il mourut vers le même temps, c'est-à-dire
dans le courant de l'année 548[87]. Il existe trois versions bien
différentes au sujet de son décès. Agathias, historien en général bien
renseigné, mais qui écrivait loin de l'Austrasie, raconte que ce prince,
étant un jour à la chasse, rencontra un taureau sauvage ou aurochs, d'une
grandeur extraordinaire. Le prince s'arrêta pour le percer de son javelot,
mais l'aurochs, se détournant à l'improviste, donna un coup si violent à un
arbre qu'il le rompit, et une des branches vint frapper à la tête Théodebert,
qui tomba, fut transporté dans son palais et expira avant la fin de la
journée[88]. Fortunat, dans sa vie de saint
Germain, évêque de Paris, rapporte, au contraire, que le prince traversant la
ville de Châlons-sur-Saône, le saint, qui était alors simple religieux dans
le monastère de Saint-Symphorien d'Autun, alla le trouver pour solliciter sa
protection en faveur de l'église de cette dernière ville ; il obtint ce qu'il
demandait et il prédit ensuite que Théodebert n'avait plus que bien peu de
temps à vivre. Le biographe ajoute, en effet, que, peu de jours après, le
roi, s'étant dirigé vers Reims, mourut en route[89]. Enfin, Grégoire de Tours
assure que Théodebert succomba après une longue maladie[90]. Tout porte à croire qu'il fut
inhumé à Reims, et le prêtre Adalgise, cité par deux historiens modernes,
assure que les obsèques furent célébrées par le métropolitain Romanus[91]. Avec
Théodebert s'évanouirent tous ses projets d'invasion et de conquête, et les
successeurs de ce prince, pour la plupart jeunes et incapables, ne songèrent
jamais à les reprendre pour leur compte. D'un autre côté, l'Empire, qui avait
paru si faible sous les règnes de Zénon et d'Anastase, fut administré,
pendant tout le cours du VIe siècle et une partie du VIIe, par des hommes de
mérite : Justin Ier, Justinien, Justin II, Tibère, Maurice, Héraclius, et,
comme nous en avons déjà fait l'observation, il reprit une vigueur inattendue
et jeta un éclat tout nouveau. Théodebert
laissa trois enfants : un fils, qui lui succéda, et deux filles :
Reginthrudis et Bertoara ou Berta-Hara. Il ne reste de la première aucune
trace dans l'histoire. La seconde semble avoir embrassé la vie monastique, et
Fortunat fait un grand éloge de cette princesse, qui avait généreusement
fourni à Sidonius évêque[92] de Mayence les moyens de
reconstruire le baptistère de cette ville[93]. Le Père Brower, commentateur
de Fortunat, suppose que Bertoara vivait dans un monastère de femmes, lequel
existait depuis longtemps à Mayence[94] ; ce qui pourrait toutefois
inspirer des doutes, c'est qu'il est fait mention dans la vie de saint
Austregisilus, métropolitain de Bourges, d'une abbaye de femme fondée, dans
le diocèse dont cette ville était le chef-lieu, par une femme de race
illustre nommée Bercoara ou Bertuara, que nous pensons être la fille de
Théodebert[95]. Presque
tous les écrivains du Vie siècle se sont accordés pour louer ce prince.
Marius, évêque d'Aventicum, en parle avec respect[96]. Fortunat lui a consacré ces
beaux vers : .....
patri te, Theodeberte, reformans, Rexisti
patriam qui pietate patris. Et,
comitante fide, revocasti ex hoste triumphos, Sed
capti precio mox rediere tuo. Ecclesiœ
fultor, laus regni, pastor egenum, Cura
sacerdotum, promptus ad omne bonum. Cujus
dulce jugum nullus gemuisse fatetur, Vivis
adhuc meritis, Rex, in amore tuis[97]. Grégoire
de Tours renchérit encore sur ces éloges[98], et c'est dans son Historia
Francorum[99] que l'on trouve le récit
suivant. Saint Desideratus, évêque de Verdun, avait été persécuté et exilé
par Thierry Ier, et les habitants de la ville avaient également souffert de
la colère du roi. Rappelé par Théodebert, l'évêque trouva les négociants
verdunois presque ruinés par les rigueurs dont ils étaient devenus l'objet.
Il s'empressa d'exposer l'état des choses à Théodebert, qui lui fit remettre
sept mille sous d'or (aurei). Cette somme, répartie entre les négociants, leur
suffit pour rétablir leurs affaires, et, au bout de quelque temps, saint
Desideratus rapporta au roi les sept mille sous d'or. Mais Théodebert refusa
de les recevoir et répondit au prélat : « Ne sommes-nous pas assez
heureux, vous d'avoir rencontré l'occasion de soulager vos diocésains, et moi
de ne l'avoir pas laissé échapper ? » Il
témoigna toujours un grand respect pour l'Eglise et les monastères, et le
biographe de Saint-Mate nous a conservé les détails les plus curieux sur la
visite que ce prince, accompagné de son fils Théodebald, fit aux religieux de
Glanfeuil (Glannafolium). Il entra dans l'abbaye, revêtu de la pourpre et le sceptre à la
main ; à peine fut-il en présence des moines qu'il se mit à fondre en larmes
et à les supplier de prier pour lui. Ensuite, oubliant tout-à-fait la dignité
royale,11 se prosterna devant saint Maur et ses compagnons, demanda à être
inscrit au nombre des religieux, les embrassa l'un après l'autre, parcourut
le monastère, en approuva la distribution, déposa sur l'autel de saint Pierre
une croix d'or, des lampes magnifiques et un pallium très-précieux. Puis,
appelant Ansebaldus directeur de la chancellerie, il lui ordonna de rédiger
deux diplômes, dont l'un confirmait la fondation de l'abbaye, et l'autre
assurait aux moines la propriété d'un domaine nommé Boscus, qu'il démembra du
fisc impérial[100]. Le
monastère de Glanfeuil ou Saint-Maur-sur-Loire avait été fondé, dans la civitas
d'Angers, par Florus, comte de cette ville et un des favoris du roi
d'Austrasie. Quoique gallo-romain d'origine, il avait un tel crédit auprès de
ce prince, qu'il en obtenait toutes les grâces qu'il pouvait désirer[101]. Théodebert, dont certains
historiens ont voulu faire une espèce de conquérant barbare et qu'ils ont
peint comme un ennemi de l'Empire et de la civilisation, Théodebert aimait à
s'entourer de gallo-romains, et ses principaux ministres furent Asteriolus et
Secundinus, dont nous avons déjà parlé, et surtout Parthenius, qui vit son
crédit augmenter continuellement jusqu'à la mort du prince. Né dans
la ville d'Arles et fils d'une sœur de saint Ennodius, évêque de Pavie,
Parthenius, après avoir d'abord étudié dans sa patrie, se rendit à Rome, où
il eut pour condisciple son cousin germain Lupicinus, fils d'une autre sœur
du saint prélat, et pour maître Deuterius, qui avait d'abord enseigné à
Milan, et que nous croyons être le même personnage que Deuterius plus tard
évêque de Lodève, et, sans doute, frère ou proche parent de la concubine de
Théodebert. Il fit de grands progrès sous la direction de ce rhéteur, revint
dans sa ville natale et fut, chargé par ses concitoyens d'une mission vers
Théodoric roi des Ostrogoths. L'on ajoute qu'il s'en acquitta avec tout le
succès possible. Ce fut pendant son séjour à Ravenne qu'il se lia avec le
poète Arator, sous-diacre de l'église romaine, qui avait lui-même une mission
du souverain-pontife. Arator et Parthenius cultivaient ensemble les lettres
dans leurs moments de loisir, et le second engagea le premier à ne plus
s'occuper que de la poésie sacrée. Telle fut l'origine du poème sur les actes
des apôtres[102] qu'Arator écrivit, assez
longtemps après, et qu'il envoya à Parthenius, en le priant de le répandre
dans les Gaules. Celui-ci était alors de- venu un personnage très-important[103], et nous pensons qu'il était
redevable de sa fortune à son maître Deuterius, qui le recommanda
probablement à sa parente. Il parait toutefois que Parthenius s'était d'abord
fait connaître en Austrasie par ses leçons d'éloquence ; c'est du moins ce
que l'on doit conclure d'une lettre adressée par le ripuaire Gogo, qui fut
maire du palais sous le règne de Sigisbert II, à un personnage nommé
Trasericus, dans lequel on a cru reconnaître Trisoricus évêque de Toul[104]. Protégé par ses disciples et
par la favorite, Parthenius s'éleva rapidement aux postes les plus importants
; il devint patrice et magister officiorum. Dom Rivet a prétendu, à la
vérité, que l'ami du poète Arator et le magister officiorum étaient
deux personnages différents[105] ; mais, outre que l'on ne peut
guère admettre avec vraisemblance qu'il y eût alors deux hommes célèbres
portant le même nom, on rencontre une preuve directe de notre assertion, et
par conséquent de l'erreur de Dom Rivet, dans l'épître en vers qu'Arator adressa
à Parthen.ius pour lui recommander son poème. Elle porte l'intitulé : Domino
Inlustri, niagnificentissirno arque prœcelso Parthenio, Magistro Officiorum atque
Patricio, et elle contient les vers suivants : Tu,
facunde, sonas Rhodani Rhenique catervis, Regia
duleisonum te probat aula virum. Te,
multis opulenta quidem, Germania[106] doctum Suspicit,
et patrio gaudet amore tibi[107]. Quel
est le rhéteur auquel un poète, si emphatique et si boursouflé qu'on le
suppose, tiendra jamais de pareils discours ? Quel est l'homme de lettres qui
serait devenu, au VIe siècle, vir inluster, patrice et magister
officiorum sans que l'histoire eût fait connaître les causes d'une
élévation aussi surprenante ? Et, d'ailleurs, si Parthenius était resté dans
le midi de la Gaule, comment Arator aurait-il pu lui dire qu'il exerçait une
grande influence dans la Germanie ? Il est
impossible de faire connaître les différentes péripéties de la fortune de
Parthenius ; mais on sait qu'il remplit avec succès plusieurs emplois. C'est
ce que démontrent ces deux vers d'Arator : Cingula
plura geris, sed quæ tu grandia reddis, Nam
tibi quisquis datur mox sibi erescit honor[108]. Il devint
magister officiorum, c'est-à-dire chef des bureaux (officia) ou ministre de la police
générale. Nous devons même admettre qu'il fut aussi revêtu du titre de
ministre des finances, car il encourut la haine des Francs pour avoir voulu
les contraindre et pour les avoir obligés, en effet, à payer des impôts, eux
qui, d'après les arrangements ci-dessus mentionnés, n'étaient astreints qu'au
service militaire. Grégoire de Tours, qui n'a pas vu Parthenius et qui en
parle d'après les rapports passionnés des leudes Francs, en fait un assez
triste portrait. Si l'on peut ajouter foi à un récit dont la source est
évidemment suspecte, le ministre de Théodebert, enivré de sa faveur et de sa
puissance, affectait un tel mépris et des bienséances et des seigneurs austrasiens,
avec lesquels il se trouvait souvent, que strepitus ventris, absque ulla
auditorum reverentia, in publico emittebat[109]. Quoiqu'il en soit de cette
dernière particularité, il nous répugne de croire que Parthenius fût un homme
méprisable ; Ruricius évêque de Limoges en fait l'éloge dans une de ses
lettres[110] ; il est appelé illustrissimus
vir dans la seconde vie de saint Césaire, métropolitain d'Arles[111], et Théodebert n'eût pas
accordé toute sa confiance à un ministre qui n'en aurait pas été digne. Ce fut
toutefois sur ce malheureux ministre que tomba la responsabilité des fautes
que son maitre avait pu commettre. Théodebald, fils et successeur de
Théodebert, était monté sur le trône sans aucune difficulté, et sans que ses
grands-oncles Childebert et Clotaire eussent fait aucune tentative pour le
frustrer de son héritage ; mais c'était un enfant de treize ans, faible,
valétudinaire, et qui n'eut pendant longtemps d'autres volontés que celles
des gens dont il fut entouré. Il avait été élevé par le comes Condo,
qui, après avoir joui de la confiance de Théodebert, puis de celle de
Théodebald, devint domesticus sous le règne de Clotaire Ier.
Cependant, à aucune époque, il ne paraît avoir exercé une puissante influence
sur la marche des affaires[112]. Un historien moderne[113] avance, sans en donner aucune
preuve, que la tutelle du jeune prince et l'administration du royaume avaient
été laissées à Buccelinus et à son frère Leutharis, qui étaient simultanément
ducs des Alamanni. Nous n'en croyons rien ; mais ce qui est certain c'est que
les ministres de Théodebald, effrayés par les clameurs des ennemis de
Parthenius, lui enjoignirent de résigner tous ses emplois et le reléguèrent
dans la ville de Trèves. C'était l'envoyer à la mort. Il y avait dans cette
ville et dans les environs une multitude de ripuaires, attendant avec
impatience le moment de se venger d'un homme qui avait eu l'audace de leur
faire payer des impôts. On ameuta aussi contre lui la populace, exaspérée par
les souffrances d'un hiver rigoureux que l'on venait de traverser[114]. On fit circuler contre le
malheureux ministre les rumeurs les plus propres à le perdre. On l'accusait
d'être l'auteur de la famine qui régnait alors ; on prétendait qu'il se
livrait lui-même chaque jour à des orgies, ajoutant que, pour en faire
disparaître les traces, il prenait de l'aloès, drogue fort rare et fort chère
à cette époque ; enfin on soutenait qu'il avait fait périr sa femme
Papianilla et son ami Ausanius, et que, la nuit, les ombres de ses deux
victimes lui apparaissaient et lui reprochaient tous ses crimes. Averti de la
disposition des esprits, Parthenius pria deux prélats qui ne peuvent être que
saint Nicetius et Mappinius métropolitain de Reims ou Villicus évêque de
Metz, de le conduire jusqu'à Trèves, dans l'espérance que le caractère sacré
de ses guides en imposerait à la fureur de la multitude. Ils entrèrent
secrètement dans la ville ; mais, voyant que l'exaspération du peuple était
plus grande encore qu'on ne l'avait annoncé, les deux évêques menèrent
Parthenius dans l'église métropolitaine et le cachèrent au fond d'un coffre
sous des vêtements sacerdotaux. La foule, instruite de l'arrivée du magister
officiorum et soupçonnant le lieu de sa retraite, fit une exacte visite
de l'église. L'inutilité de leurs recherches rebuta les séditieux, et ils
allaient se retirer lorsque l'un d'eux s'avisa d'examiner le contenu du
coffre et découvrit Parthenius. Le malheureux fut aussitôt saisi, accablé des
plus mauvais traitements, poussé hors de l'église, attaché à une colonne et
lapidé[115]. Les meurtriers ne furent pas
poursuivis, et l'impunité d'un pareil crime engagea les habitants de Verdun à
se venger de Sirivaldus, qui les avait opprimés et dépouillés, sous le règne
de Thierry. Leur évêque saint Desideratus était mort depuis peu de temps, et
rien ne put modérer leur fureur. Conduits par Syagrius, fils du saint prélat —
qui avait été marié avant sa promotion à l'épiscopat —, quelques-uns
d'entr'eux se rendirent, plus ou moins secrètement, à Floriacum, dans
la civitas de Langres, où résidait leur ancien persécuteur, le
surprirent dans sa villa et le mirent à mort[116]. Ces
actes de vengeance ne furent probablement pas les seuls qui furent accomplis
au commencement du règne de Théodebald, et l'ordre était à peine rétabli
lorsqu'on vit arriver en Austrasie un envoyé de Justinien. Les diverses
incursions que les Francs avaient faites dans le nord de l'Italie, pendant la
vie de Théodebert, ne laissaient pas que d'inquiéter l'empereur, et il
chargea le sénateur Leontius d'aller trouver Théodebald, ou pour mieux dire
les régents d'Austrasie, de se plaindre de la conduite que le feu roi avait
tenue en plusieurs circonstances et d'exiger que les Francs remissent aux
officiers impériaux la portion de l'Italie qu'ils occupaient encore[117]. On ne sait pas trop quelle
réponse les régents firent aux demandes de Leontius. Ils le payèrent
probablement de belles paroles ; mais ils conservèrent le nord de l'Italie,
et nous n'en voulons d'autre preuve qu'une lettre adressée, vers 550, à saint
Nicetius, métropolitain de Trèves, par Florianus religieux du monasterium
Romanum, situé dans une île du lac Larius, afin d'implorer en faveur des
habitants de cette abbaye la protection du roi Théodebald[118]. Ce
dernier abandonna, du reste, complètement les idées d'indépendance que son
père avait presque toujours caressées ; il reconnut l'autorité impériale et
fit frapper à Reims, et sans doute dans d'autres ateliers, des solidi
offrant les légendes D(omini) N(ostri) IVSTINIANI PPC et VICTORIA
AVCCC(Augusti)[119]. Le
revirement de la politique austrasienne causa de vives inquiétudes aux chefs
des Ostrogoths, dont la ruine était alors presque complète. Ils envoyèrent à
Théodebald, en 550, des ambassadeurs, qui adressèrent au roi, et surtout aux
principaux seigneurs, une harangue dont Agathias nous a conservé sinon la
forme, au moins le fond. Après avoir représenté que les Francs avaient
intérêt à ne pas souffrir que la puissance des Romains redevînt ce qu'elle
était précédemment, ils ajoutèrent : «
Aussitôt que la ruine des Ostrogoths sera achevée, les Romains emploieront
contre vous les discours de leurs orateurs et les armes de leurs soldats, et
on verra recommencer les anciennes guerres. Ils ne manqueront jamais de
prétextes spécieux pour dissimuler leur avidité. Ils allègueront pour
justifier leurs entreprises les victoires des Marius, des Camilles et des
Césars, qui ont autrefois combattu les Germains et occupé leur pays. Ils ne
paraîtront même pas commencer une guerre injuste, puisque, à les entendre,
ils redemanderont seulement leur bien et ne réclameront que les possessions
de leurs ancêtres. Ils ne nous reprochent à nous-mêmes autre chose que
d'avoir occupé l'Italie sans titre suffisant, et cependant notre roi
Théodoric n'y a conduit son peuple qu'après avoir obtenu l'agrément de l'empereur
Zénon. Théodoric n'a rien enlevé aux Romains, car Odoacre était alors le
maître réel de l'Italie, et sa mort a conféré à notre roi un droit
incontestable sur cette contrée. Ne négligez donc pas l'occasion qui s'offre
aujourd'hui d'arrêter les progrès des Romains, en empêchant notre ruine.
Envoyez-nous une armée, nous lui fournirons d'excellents guides, et bientôt
l'ennemi commun sera forcé de fuir[120]. » Les
ambassadeurs persuadèrent, mais n'entraînèrent, pas les régents d'Austrasie,
et ceux-ci, pressés d'un côté par les missives de l'empereur, qui leur
enjoignait d'évacuer le nord de l'Italie et même d'envoyer un contingent è
ses généraux ; sollicités d'un autre côté par les députés des Ostrogoths,
lesquels plaçaient dans l'intervention des Francs leur seule espérance de
salut[121], prirent le parti d'entamer une
négociation directe avec Justinien. On ignore quelles étaient les instructions
des ambassadeurs, et la réalité de leur mission elle-même n'est attestée que
par une lettre dont les chargèrent les évêques d'Italie. Le pape Vigile et
Datius métropolitain de Milan étaient alors retenus à Constantinople par
l'empereur, qui voulait les forcer à terminer selon ses désirs la fameuse
affaire des Trois Chapitres, et le clergé italien, fidèle défenseur de
l'orthodoxie, avait résolu de s'adresser à Justinien pour le prier de mettre
fin à l'injuste persécution dont le souverain-pontife était la victime[122]. Il
parait que la négociation n'eut pas un résultat satisfaisant, et les régents
d'Austrasie, renouvelant une ancienne manœuvre de Théodebert, se décidèrent à
secourir les Ostrogoths, sans rompre avec l'empereur. A cet effet, Buccelinus,
qui avait déjà fait une campagne assez malheureuse en Italie, et son frère
Leutharis rassemblèrent une armée d'environ soixante-et-quinze mille hommes,
entièrement composée d'alamanni, de bajuvarii, de thuringiens
et d'autres barbares. En cas de succès, Théodebald n'avait rien à craindre de
la colère de l'empereur. En cas de revers, il pouvait désavouer les ducs des
Alamanni, et soutenir qu'ils avaient été guidés par la soif du pillage et par
cet esprit aventureux qui avait poussé tant de nations sur le sol de
l'Empire. Ce fut
seulement en 555 que Buccelinus et Leutharis franchirent les Alpes et
descendirent en Italie. Les Ostrogoths venaient alors d'essuyer une sanglante
défaite près du Vésuve ; leur roi Téia avait péri sur le champ de bataille,
et l'eunuque Narsès, qui avait remplacé Bélisaire, pressait vivement les
places dans lesquelles les débris de l'armée ennemie s'étaient enfermés. Le
général de Justinien apprit bientôt l'arrivée des Barbares, et, tout occupé
lui-même du siège de Lucques, il chargea Fulcaris, un de ses lieutenants, de
prendre une position avantageuse dans les environs de Bononia et de surveiller
les mouvements de Buccelinus et de Leutharis. Mais Fulcaris, emporté par sa
valeur, n'eut pas la patience d'attendre que les maladies et la disette
eussent affaibli l'armée de ses adversaires, qui avaient traversé le P6 et
s'étaient emparés de la ville de Parme. Il marcha droit à eux avec un faible
corps de troupes et s'engagea imprudemment dans l'amphithéâtre de cette
ville, où Buccelinus avait caché un grand nombre de soldats. Les Romains,
surpris, furent accablés et tués presque tous, ainsi que leur chef, qui ne
voulut pas survivre à sa défaite. Ce désastre ranima le courage des
Ostrogoths, qui accoururent en foule se joindre aux Barbares, et les troupes romaines
campées dans l'Æmilia et les défilés de l'Apennin rétrogradèrent
jusqu'à Faventia (Faënza), afin de pouvoir, au besoin, se replier sur Ravenne. Narsès,
réparant la faute qui venait d'être commise, ferma de nouveau les défilés des
montagnes et mit le reste de son armée en quartiers d'hiver dans les places
les plus fortes. Le froid commençait à se faire sentir, et l'habile général
voulut attendre, pour lutter sérieusement contre les Barbares, que les
chaleurs humides du printemps eussent affaibli leurs corps habitués au climat
rigoureux de la Germanie. Cette tactique devait lui réussir ; mais elle livra
momentanément une partie de l'Italie à Buccelinus et à Leutharis, dont
l'armée se répandit, comme un torrent, dans les provinces voisines de l'Adriatique
et livra au pillage les campagnes et les villes trop faibles pour se
défendre. Les deux chefs germains traversèrent ainsi les provinces appelées Æmilia,
Flaminia et Picenum. Parvenus dans le Samnium, ils se séparèrent.
Leutharis, côtoyant la mer Adriatique, ravagea l'Apulia et s'avança
jusqu'à Hydruntum (Otrante). Ce fut le terme de ses succès ; les chaleurs du
printemps engendrèrent de nombreuses maladies parmi ses soldats, et il reprit
le chemin de la Germanie, en emportant un immense butin. Ce butin, qui
retardait la marche des Barbares, causa leur perte. Ils éprouvèrent un échec
considérable près de Fatum Fortunœ (Fano), perdirent tous leurs captifs et la plus grande
partie des richesses qu'ils avaient enlevées à l'Italie ; enfin, lorsqu'ils
eurent réussi à franchir le Pô et qu'ils purent se reposer sur un territoire
dépendant du royaume d'Austrasie, une maladie contagieuse les enleva presque
tous, ainsi que Leutharis, qui mourut dans des transports de rage. Il
avait, avant de commencer sa retraite, engagé Buccelinus à le suivre ; mais
ce dernier, retenu par les promesses qu'il avait faites aux Ostrogoths, et
bercé par l'espérance de devenir roi d'Italie, continua la guerre. Réduit à
trente mille hommes par les combats, les fatigues et les maladies, il vint camper
près de Capoue, sur les bords du Casilinus (Volturno). Narsès s'établit, avec
dix-huit mille soldats, de l'autre côté de la rivière. Après quelques
escarmouches, les Romains incendièrent une tour en bois que Buccelinus avait
élevée pour garder le pont, traversèrent le Casilinus et présentèrent
la bataille aux Barbares, qui l'acceptèrent. Agathias entre dans les détails
les plus minutieux sur cette action mémorable ; mais nous nous contenterons
de dire que les Romains triomphèrent, grâce à leur excellente discipline et
aux talents militaires de leur chef. Buccelinus périt dans le combat, et le
carnage de ses soldats fut si affreux, que, d'après l'historien byzantin, cinq
d'entr'eux seulement survécurent à leur défaite. Quelques jours après, on
connut à Rome la mort de Leutharis et la destruction de son armée, et
l'Italie se flatta de respirer enfin, après tant de luttes et de désastres. Théodebald
s'empressa, sans doute, de déclarer qu'il n'avait pris aucune part à
l'expédition de Buccelinus et de Leutharis, et peut-être s'était-il, en
effet, trouvé hors d'état de s'y opposer. Mais il ne pouvait nier que les
ducs des Alamanni ne fussent ses sujets ou du moins ses vassaux, et
que les Austrasiens, qui occupaient la Ligurie et le pays des Veneti,
n'eussent aidé les Barbares dans leur entreprise. Aussi, méprisant les
protestations plus ou moins hypocrites du roi d'Austrasie, Narsès envoya un corps
d'armée pour repousser les Francs au-delà des Alpes. Ce corps d'armée fut
battu, et les généraux de Théodebald franchirent même le P6 et commirent
quelques ravages dans les provinces voisines ; mais Narsès, s'étant rendu
lui-même sur le théâtre des hostilités, mit les Austrasiens en déroute et les
contraignit à repasser les Alpes. Il paraît toutefois qu'ils conservèrent
deux ou trois petites places dans le voisinage des montagnes ; car les
Lombards furent obligés de leur payer un tribut, lorsqu'ils s'établirent en
Italie[123]. La
conduite que Narsès tint en cette circonstance prouve que Justinien ne
redoutait plus de voir les Austrasiens descendre en Italie ; mais il est
probable que l'empereur ne songea pas, au moins sérieusement, à rétablir dans
les Gaules l'autorité directe de l'Empire. Les difficultés qu'il avait
rencontrées en renversant le royaume des Ostrogoths lui firent craindre, sans
doute, de s'engager dans une guerre interminable, et il rencontra précisément
dans ce moment une occasion favorable d'employer les troupes qui venaient de
conquérir l'Italie. La monarchie des Wisigoths, qui avaient occupé l'Espagne
comme fédérés, semblait frappée d'une caducité précoce, et, soit faiblesse,
soit indifférence, leurs rois n'avaient fourni aucun aide aux Ostrogoths,
malgré la parenté des deux peuples. Attaqués en 531 par Childebert, en 543
par le même prince et par Clotaire, les Wisigoths avaient été facilement
vaincus, et Justinien, qui avait peut-être encouragé les deux rois à
entreprendre ces expéditions, afin d'occuper chez elle-même une nation dont
il se défiait, devina sa décadence et résolut d'en profiter. En 554,
Athanagild, seigneur wisigoth, s'étant révolté contre le roi Agita, implora
le secours de l'empereur, en promettant de lui céder une partie de l'Espagne.
Le patrice Liberius mit immédiatement à la voile, avec une flotte nombreuse,
et joignit Athanagild. Agila fut vaincu près d'Hispalis (Séville), et les Romains furent, selon
le traité, mis en possession de la Bétique et d'une portion considérable de
la Lusitanie. Les Wisigoths, craignant d'avoir bientôt le même sort que les
Ostrogoths et les Vandales, firent périr Agila, reconnurent tous son
compétiteur et essayèrent d'expulser les Romains. Ils furent défaits, et
Liberius, profitant habilement du désir que les anciens habitants de
l'Espagne éprouvaient de rentrer sous l'autorité directe de l'empereur,
étendit ses conquêtes et côtoya avec sa flotte les rivages septentrionaux de
la Tarraconnensis ; puis, continuant sa navigation vers le nord, il
fit une descente dans l'Aquitania Secunda et attaqua, mais sans
succès, la ville de Burdigala (Bordeaux). Les rois Francs, à qui cette
ville appartenait, ne considérèrent pas l'apparition des Romains comme une
déclaration de guerre, soit qu'ils voulussent éviter à tout prix une rupture
avec l'empereur, soit que Bordeaux ayant, dans l'origine, été assignée aux
Wisigoths, et la ville n'ayant jamais été formellement reconnue pour
appartenir à ta monarchie des Mérovingiens, il fût impossible de voir dans
l'entreprise de Liberius une invasion du territoire cédé régulièrement à ces
derniers[124]. Théodebald
était mort lorsque s'accomplit ce dernier évènement. Mais, avant de parler de
son successeur, nous devons rapporter deux faits antérieurs à l'avènement de
Clotaire Ier comme roi d'Austrasie. Le plus important, sans contredit, est la
réunion d'un concile qui fut assemblé à Toul, vers l'année 552, pour statuer
sur la validité de l'excommunication prononcée par saint Nicetius,
métropolitain de Trèves, contre plusieurs seigneurs Francs ou Gallo-Romains.
Ces seigneurs avaient, si l'on peut employer une pareille expression,
contracté des mariages incestueux selon la discipline ecclésiastique, bien
qu'ils fussent peut-être autorisés ou du moins tolérés par les codes
barbares. Théodebald, cédant aux clameurs des coupables, ordonna que les
évêques se réuniraient, dans la ville indiquée, le jour des calendes de juin
et traiteraient cette affaire avec la maturité convenable. C'est ce que nous
apprend une lettre adressée à saint Nicetius lui-même par Mappinius
métropolitain de Reims. Mappinius approuve, console son collègue, lui annonce
que les ordres royaux étaient trop positifs pour que les prélats aient pu se
dispenser de se rendre à Toul, et ajoute qu'il a voulu néanmoins attendre une
nouvelle lettre du roi avant de se mettre en route, que la lettre est arrivée,
mais un peu tard, et que la session du concile était finie quand il s'est
présenté[125]. On ne sait rien de plus
relativement à cette assemblée ; mais on peut croire que la conduite de saint
Nicetius ne fut l'objet d'aucune censure, puisqu'il retourna paisiblement à
Trèves. Le
second fait dont nous voulons faire mention est le mariage de Théodebald.
Malgré sa jeunesse, le roi d'Austrasie avait épousé Waldrada fille de Wacco
roi des Lombards, et sœur de Wisigarda femme de Théodebert Ier[126]. Frappé de cette incurable
faiblesse de tempérament si fréquente chez les Mérovingiens, Théodebald ne
laissa pas de postérité, ou du moins ses enfants ne lui survécurent pas.
Atteint de paralysie, il mourut en 555[127], et on ne possède aucun
renseignement sur son tombeau. Les historiens ne nous apprennent également
que peu de choses sur sa vie. Parvenu à la royauté vers l'âge de treize ans,
mort avant d'avoir accompli sa vingtième année, il ne sortit pour ainsi dire pas
des mains de ses tuteurs et n'eut jamais l'occasion de faire aucune action
mémorable. Tout porte à penser qu'il était pieux et de bonnes mœurs. Il avait
hérité de la vénération de son père pour les moines de Glanfeuil. Mes visita
après le décès de saint Maur, et il donna à l'abbaye deux domaines, nommés Vosda
et Villa Fabrensis ou peut-être Wabrensis[128]. Clotaire
Ier attendit à peine le dernier soupir de Théodebald pour prendre possession
du royaume d'Austrasie. Plusieurs historiens ont paru s'étonner de ce qu'il
n'avait eu aucun égard aux droits des filles de Théodebert ; d'autres ont
fait observer qu'il fallait voir dans l'exclusion de ces deux femmes une
première application de la prétendue loi salique[129]. Ils auraient, à notre avis,
bien mieux fait de dire que les rois Francs étant, au moins à un certain
point de vue, des magistrats romains, et les usages de l'Empire, ainsi que le
bon sens, ne permettant pas de confier à des femmes les fonctions publiques
et surtout les charges militaires, les filles de Théodebert n'avaient rien à
réclamer. Elles ne réclamèrent riens en effet ; mais Childebert, qui était
parent du roi défunt au même degré que Clotaire, aurait pu demander que
l'Austrasie fût partagée entr'eux. Tout fait présumer qu'il le demanda[130] ; mais Clotaire, plus
hardi et plus méchant que son frère, ne voulut rien lui accorder. Il ne se
contenta même pas du royaume de Théodebald ; il prit encore sa femme,
quoiqu'il en eût probablement déjà plusieurs[131]. Toutefois, les représentations
des évêques l'empêchèrent de la conserver, et, pour s'en débarrasser, il la
fit épouser à Garibaldus dite des Bajuvarii[132]. Il y
avait longtemps que Clotaire désirait devenir roi d'Austrasie. Il aurait bien
voulu en prendre le titre en 534, aussitôt après la mort de son frère Thierry
Ier, et une de ses femmes, appelée Ingundis, ayant mis un fils au monde,
l'année suivante, il lui donna le nom de Sigisbertus, nom cher aux Ripuaires,
qui n'avaient pas oublié leur vieux roi Sigisbert-le-Boiteux. La mort
prématurée de Théodebert, la santé chancelante de Théodebald entretinrent ou
réveillèrent ses espérances, et le succès couronna enfin son ambition. Mais
ce titre, qu'il avait si vivement désiré, devint pour lui une source de
périls et de fatigues. Les Saxons, craignant l'humeur belliqueuse de Thierry
et de Théodebert, avaient consenti à reconnaître leur autorité, et l'habitude
les avait, maintenus dans cet état pendant le règne de Théodebald. A la
nouvelle de sa mort, ils se révoltèrent, et Clotaire fut obligé de rassembler
une armée considérable pour réprimer leur rébellion. Il y eut, sur les bords
du Weser (Wisera),
une bataille terrible, dans laquelle périrent beaucoup de Francs et de
Saxons. Les derniers se jugèrent vaincus et se soumirent[133]. Mais ce n'était qu'une feinte,
et, dès le printemps de l'année 556, ils reprirent les armes et entraînèrent
dans leur révolte les Thuringiens, qui, comme eux, supportaient avec
impatience le joug des Austrasiens. Selon Grégoire de Tours, la seconde campagne
de Clotaire ne fut pas heureuse[134] ; d'après Marius et le
continuateur de Marcellinus, au contraire, les Francs firent essuyer aux
Saxons une nouvelle défaite et ravagèrent la Thuringe[135]. Ce qui doit porter à admettre
que les succès de Clotaire ne furent pas très-brillants, c'est que, l'année
d'après, les Saxons, poussés par Childebert et par Chramne fils de Clotaire,
prirent les armes une troisième fois et s'avancèrent, en commettant mille
ravages dans la partie orientale du pays des Ripuaires, jusqu'à la petite
ville de Divitia (Deutz), située sur la rive droite du Rhin, vis-à-vis de Cologne.
Clotaire accourut de nouveau, et tette fois avec des troupes si nombreuses
que les Saxons, intimidés, sollicitèrent le pardon du roi et offrirent de
livrer la moitié de leurs troupeaux, comme indemnité des dévastations dont
les Francs se plaignaient. Clotaire était d'avis d'accueillir la proposition
; mais ses soldats, animés par le désir de la vengeance et ne croyant pas que
rien pût leur résister, forcèrent le prince à repousser l'offre des Saxons.
On en vint aux mains, et les Francs furent vaincus et perdirent beaucoup de
monde[136]. L'histoire
garde le silence sur les suites de cette guerre, et il est probable que les
Saxons, effrayés eux-mêmes de leur victoire, s'en retournèrent chez eux et
reconnurent derechef, au moins nominalement, l'autorité du roi d'Austrasie ;
car, l'année suivante (558), on le voit s'occuper exclusivement des affaires intérieures de
la Gaule. Childebert n'avait pu lui pardonner de l'avoir frustré de la part
qui lui revenait dans les possessions de Théodebald, et, pour en tirer
vengeance, il avait engagé les Saxons à recommencer les hostilités et secondé
la révolte de Chramne, fils de Clotaire. Rassemblant lui-même une armée, il
envahit et ravagea te pays que l'on appelait alors Campania Remensis,
et qui, selon plusieurs érudits, comprenait non seulement la civitas
de Reims, mais encore les civitates de Châlons et de Troyes, que ces
érudits regardent comme des démembrements de la première, et la civitas
de Lugdunum-Clavatum, qui bien certainement en avait fait partie[137]. Le roi d'Austrasie se
disposait â punir son frère et son fils, lorsque Childebert, qui était malade
depuis longtemps, mourut le 23 décembre 558, et Clotaire devint le seul
maitre de la monarchie des Francs[138]. L'Austrasie
n'eut pas beaucoup à se louer de son gouvernement. C'était un prince d'un
caractère dur et despotique, et ses vices l'avaient rendu odieux à tous les
gens de bien. Saint Nicetius ne tarda pas à éprouver les effets de son
ressentiment. Le métropolitain de Trèves s'était attiré plusieurs fois, pour
sa fermeté et son courage, la colère d'hommes puissants, qui avaient essayé,
mais en vain, de le perdre dans l'esprit de Théodebert et de Théodebald.
Cette fois, il ne ménagea pas le roi lui-même : il le traita en pécheur
public et le priva de la communion, à cause de l'infamie de ses mœurs et des
violences qu'il commettait ou laissait commettre. Clotaire furieux chassa le
prélat de sa ville épiscopale. Saint Nicetius, abandonné par son clergé et
suivi d'un seul diacre, qui lui demeura fidèle, chercha un asile dans un lieu
que l'histoire ne nomme pas, mais qui était peu éloigné de Trèves[139]. L'illustre évêque, qui fut, en
quelque sorte, l'âme et la lumière des conciles tenus à Clermont en 535, à
Orléans en 549, à Paris en 555, l'illustre évêque, que l'on peut comparer,
sous le triple rapport de la sainteté, du courage et du talent, aux plus
célèbres prélats de son siècle, resta enseveli dans la retraite jusqu'à la
mort de Clotaire Ier. Cet évènement ne se fit pas beaucoup attendre. Le roi des Francs termina sa carrière, dans le palais de Compendium (Compiègne), le 10 novembre 561, une année environ après qu'il eut exilé saint Nicetius[140]. Avant de rendre le dernier soupir, il chargea son fils Sigisbert d'achever la basilique qu'il avait lui-même commencée à Croiciacum (Crouy), près de Soissons, pour y placer le corps de saint Médard, évêque de Noyon[141] ; et, selon nous, l'injonction faite à ce prince de bâtir une église dans une autre sors que la sienne prouve que le royaume d'Austrasie, dont Sigisbert allait être mis en possession, avait une prééminence réelle sur les divers royaumes Francs. |
[1]
V. Grégoire de Tours, Historia Francorum, lib. III, c. 24.
[2]
V. Grégoire de Tours, Historia Francorum, lib. III, c. 25. Florus auteur
de la vie de saint Maur parle également de Théodebert avec admiration. V. Vita
sancti Mauri, abbatis, dans les Bollandistes, au 15 janvier.
[3]
V. Grégoire de Tours, Historia Francorum, lib. III, c. 23.
[4]
V. Grégoire de Tours, Historia Francorum, lib. III, c. 33.
[5]
V. Carmina, lib. VII, 16.
[6]
V. Grégoire de Tours, ibid., c. 24.
[7]
V. Liber miraculorum sancti Joannis, Reomaensis abbatis, auctore Jona,
n° 2, dans Mabillon, Acta ss., sæc. 1.
[8]
V. Hist. crit., t. III, p. 516-517.
[9]
V. Epistolœ, lib. XI, 1.
[10]
V. Cassiodore, Epist., lib. XII, 28.
[11]
V. Marius d'Aventicum, Chronicon, dans Du Chesne, t. I, p. 213 ;
Procope, Guerre des Goths, liv. I, c. 13.
[12]
V. notamment M. de Pétigny, Etudes sur l'époque mérovingienne, t. III,
p. 29.
[13]
V. les actes du concile de Clermont, dans Sirmond, Concilia antiqua Galliœ,
t. I, p. 241-245 ; Fortunat, Vita sancti Germani, episcopi urbi, Parisiacœ,
dans Mabillon, Acta ss., sæc. 1.
[14]
V. Procope, Guerre des Goths, liv. I, c. 13.
[15]
La lettre de Théodebert est imprimée dans Du Chesne, t. I, p. 862, et dans
Bouquet, t. IV, p. 58. Du Bos a cru, mais à tort, que Théodebert défend, dans
cette lettre, la mémoire de Clovis, et non celle de Thierry (v. Hist. crit.,
t. III, p. 359-362). En effet, le mot genitor, employé par Théodebert,
signifie père et non aïeul. D'un autre côté, Du Bos ne peut se
prévaloir de ce que les annalistes du VIe siècle ne disent rien des relations
que Thierry entretint avec les empereurs. Un tel silence est fâcheux pour
l'histoire, mais il ne prouve nullement que ce prince n'eut pas de rapports
avec Constantinople.
[16]
A moins qu'il ne s'agisse des Normands.
[17]
Le nom de ce peuple est altéré dans la lettre, mais nous pensons qu'il est
question des Varnes.
[18]
Du Chesne propose de lire Eudesii, leçon qui ne vaut guère mieux.
[19]
V. la lettre de Théodebert, dans Du Chesne, t. I, p. 362 et 363, et dans
Bouquet, t. IV, p. 59.
[20]
V. Questions historiques (Ve-IXe siècles), par M. Ch. Lenormant, 1re
partie, p. 265.
[21]
V. Du Bos, ibid., t. III, p. 529-536.
[22]
Il paraît que la même proposition fut faite à Childebert et à Clotaire, et que
les trois rois reçurent immédiatement un présent assez considérable. V.
Procope, Guerre des Goths, liv. I, c. 5.
[23]
V. la lettre de Théodebert, dans Du Chesne, t. I, p. 362, et dans Bouquet, t.
IV, p. 59.
[24]
V. Grégoire de Tours, Historia Francorum, lib. III, c. 33.
[25]
V. Procope, ibid., liv. I, c. 13 ; Grégoire de Tours, ibid., c.
31.
[26]
V. Procope, Guerre des Goths, liv. I, c. 13.
[27]
V. Grégoire de Tours, Historia Francorum, lib. II, c. 32.
[28]
V. les actes de ce concile, dans Sirmond, Concilia antiqua Galliœ, t. I,
p. 160-174.
[29]
V. Epistolœ, lib. XI, 1.
[30]
V. Agathias, liv. I.
[31]
V. Histoire critique, t. IV, p. 10 et suiv.
[32]
V. notamment Valois, Notitia Galliarum, p. 40. Cet écrivain croit que la
forêt dont il s'agit est la forêt de Brotonne.
[33]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. III, c. 28.
[34]
V. Guerre des Goths, liv. II, c. 21 ; Marius, Chronicon, dans Du
Chesne, t. I, p. 213.
[35]
V. Procope, ibid., liv II, c. 25.
[36]
V. notamment Le Beau, Histoire du Bas-Empire, t. X, p. 66.
[37]
V. Agathias, liv. II. Procope (ibid., liv. II, c. 25) s'exprime à peu
près de la même manière.
[38]
V. Dom Calmet, Histoire de Lorraine, 1re édit., t. III, col. 306.
[39]
V. Procope, ibid., liv. II, c. 25 ; Marius, Chronicon, dans Du
Chesne, t. I, p. 213 ; Grégoire de Tours, ibid., lib. III, c. 32.
[40]
V. Procope, ibid., c. 28 et 29.
[41]
V. les souscriptions du concile de Clermont, dans Sirmond, Concilia antiqua
Galliœ, t. I, p. 24.
[42]
V. Vita sancti Mauri, dans les Bollandistes, au 15 janvier.
[43]
V. Hist. de Verdun, par M. Clouet, p. 160.
[44]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. III, c. 26.
[45]
V. Grégoire de Tours, ibid., c. 27.
[46]
V. Grégoire de Tours, ibid., c. 27.
[47]
V., dans Du Chesne, t. I, p. 863, 865 et 866, deux lettres (l'une de Rufus
évêque d'Octodurum, l'autre d'un anonyme) renfermant un éloge complet du
saint évêque. V. aussi Fortunat, Carmina, lib. X, 9.
[48]
V. Liber miraculorum sancti Joannis Reomaensis, n° 4, dans Mabillon, Acta
ss., sæc. I.
[49]
Il était né dans un bourg nommé Lemovicum, et on croit qu'il descendait
d'un arverne appelé Nicetius, que Sidoine Apollinaire loue (Epist., lib.
VIII, 6).
[50]
V. Grégoire de Tours, Vitœ Patrum, c. VI, n° 5, c. XVII, n° 1 et 2 ; De
gloria Confessorum, c. 94 ; Hist. Franc., lib. X, c. 29.
[51]
V. Procope, Guerre des Goths, liv. III, c. 33.
[52]
V. Grégoire de Tours, De gloria Martyrum, c. 51.
[53]
V. Procope, ibid., liv. III, c. 33 et 37, liv. IV, c. 24.
[54]
M. Augustin Thierry a interprété à peu près de cette manière le texte de
Procope. V. Lettres sur l'histoire de France, 5e édit., p. 28.
[55]
On sait que les lettres en question sont apocryphes, mais elles n'en
établissent pas moins le fait dont nous parlons.
[56]
V. les épîtres du pape Vigile, n° 6 et 7 ; Gallia Christiana, t. I, col.
337.
[57]
V. Gallia Christiana, t. IV, col. 546.
[58]
V. Cassiodore, Epistolœ, lib. III, 16, 17, 52, 54, 58 et 40-44.
[59]
V. Epistolœ, 32.
[60]
V. Procope, ibid., liv. III, c. 33.
[61]
V. Grégoire de Tours, Historia Francorum, lib. V, c. 18.
[62]
Il est situé près de Champlieu (dans le département de l'Oise), village qui
appartenait autrefois à la civitas de Soissons. Plusieurs antiquaires
prétendent, à la vérité, que le théâtre de Champlieu remonte à la période
gallo-romaine, et ils fondent leur opinion sur les caractères de la bâtisse.
Mais nous démontrerons plus loin que les procédés de l'architecture n'ont subi
aucun changement important pendant la période mérovingienne, et on a,
d'ailleurs, trouvé dans le théâtre de Champlieu des chapiteaux qui ne peuvent
remonter plus haut que le VIe siècle.
[63]
V. Revue numismatique, année 1837, p. 433.
[64]
V. Essai de classification des suites monétaires byzantines, par M. de
Saulcy, p. 8 ; Notice des monnaies françaises composant la collection de M.
J. Rousseau, par M. de Longperrier, p. 63.
[65]
V., dans la Revue numismatique, année 1848, p. 184, l'interprétation
donnée par M. Ch. Lenormant au texte de Procope.
[66]
V. Revue numismatique, année 1853, p. 112-115 et 278.
[67]
V. Procope, ibid., liv. III, c. 33, liv. IV, c. 24.
[68]
V. Procope, ibid., liv. III, c. 37.
[69]
V. Liber miraculorum sancti Joannis Reomaensis, n° 4, dans Mabillon, Acta
ss., sæc. 1.
[70]
V. Grégoire de Tours, Historia Francorum, lib. III, c. 32 ; Procope, ibid.,
liv. IV, c. 24 ; Agathias, liv. I.
[71]
V. t. I, p. 535.
[72]
V. cette lettre, dans Du Chesne, t. I, p. 857 et 838.
[73]
V. Code Justinien, lib. VIII, tit. XLVIII, c. 10, n° 3.
[74]
V. Vita sancti Trevorii, monachi, dans les Bollandistes, au 16 janvier.
[75]
V. Vita sancti Trevorii, monachi, dans les Bollandistes, au 16 janvier.
[76]
V. Vita sancti Mauri, abbatis, dans les Bollandistes, au 15 janvier.
[77]
Quelques-uns offrent, au droit, la légende D(ominus) N(oster)
TIEODEBERTVS P(rinceps) O(ptimus) ; sur d'autres on lit : DN
THEODBERTVS O(ptimus). Sur le revers d'un triens on voit la
légende VICTORIA AVCVSTORVN (Augustorum), qui semble signifier que
Théodebert ne désespérait pas d'obtenir l'unanimitas. V. Revue
numismatique, année 1841, pl. V, n° 3.
[78]
Ce revers est assez semblable à celui d'une pièce de Justin II. V. Essai de
classification des suites monétaires byzantines, par M. de Saulcy, pl. III,
n° 1.
[79]
V. Etudes numismatiques sur une partie du nord-est de la France, par M.
Robert, p. 92 et suiv. ; Revue numismatique, année 1848, p. 188 et
suiv., et pl. IX, n° 1 à 6.
[80]
V. Revue numismatique, année 1847, p. 20, et pl. I, n° 8.
[81]
Elle semble même résulter des termes employés par le biographe de saint
Treverius et cités plus haut. Le biographe dit, en effet, que les rois Francs
ne reconnaissaient plus l'autorité de l'empereur de Constantinople.
[82]
Justinien avait, à la vérité, supprimé le consulat en 541, mais cette dignité
fut rétablie quelque temps après.
[83]
V. Agathias, liv. I.
[84]
V. notamment différentes constitutions de Justinien insérées dans le Corpus
Juris.
[85]
V. Procope, Guerre des Goths, liv. III, c. 33.
[86]
V. la chronique de Marius d'Aventicum, dans Du Chesne, t. I, p. 213.
[87]
V. la chronique de Marius d'Aventicum, dans Du Chesne, t. I, p. 213.
[88]
V. liv. I.
[89]
V. Vita sancti Germani, episcopi urbs Parisiacœ, dans Mabillon, Acta
ss., sæc. I.
[90]
V. Historia Francorum, lib. III, c. 36.
[91]
V. Hist. de Metz, par deux bénédictins, t. I, p. 290. C'est évidemment
une erreur, car Romulus était mort depuis plusieurs années, et 19appinius était
alors métropolitain de Reims.
[92]
On verra plus loin pourquoi nous n'avons pas écrit métropolitain.
[93]
V. Carmina, lib. II, 12.
[94]
V. Notœ P. Broweri ad Venantii Fortunati Opera, p. 31 et 55 ; Annales
Trevirenses, par le même, t. I, p. 318 et 319.
[95]
V. Vita sancti Austregisili, episcopi Bituricensis, dans les
Bollandistes, au 20 mai.
[96]
V. sa chronique, dans Du Chesne, t. I, p. 213.
[97]
V. Carmina, lib. II, 12.
[98]
V. Historia Francorum, lib. III, c. 25 ; Vitœ Patrum, c. XVII, n°
2 ; De gloria Confessorum, c. 93.
[99]
V. lib. III, c. 34.
[100]
V. Vita sancti Mauri, abbatis, dans les Bollandistes, au 15 janvier.
[101]
V. Vita sancti Mauri, abbatis, dans les Bollandistes, au 15 janvier.
[102]
Ce poème est intitulé Historia Apostolica.
[103]
L'envoi du poème ne peut être, en effet, antérieur à l'année 544, époque à
laquelle il fut présenté par l'auteur au pape Vigile.
[104]
V. cette lettre, dans Du Chesne, t. I, p. 861.
[105]
V. Histoire littéraire de la France, t. III, p. 234-236.
[106]
Germania est, comme on l'a vu plus haut, synonyme d'Austrasia.
[107]
L'épître d'Arator est imprimée dans la Maxima bibliotheca veterum Patrum,
t. X, p. 141 et 142. Tous les détails que nous avons donnés sur la vie de
Parthenius sont tirés de cette épître.
[108]
V. Épître d'Arator, dans la Maxima bibliotheca veterum Patrum, t. X, p.
141.
[109]
V. Hist. Franc., lib. III, c. 33 et 36.
[110]
V. Epistolœ Ruricii, episcopi Lemovicensis, lib. II, 36.
[111]
V. n° 37, dans les Bollandistes, au 27 août.
[112]
V. Fortunat, Carmina, lib. VII, 16.
[113]
V. Bertholet, Histoire du duché de Luxembourg, t. I, p. 28. Cet écrivain
avait, sans doute, en vue un passage d'Agathias (liv. I) ; mais l'historien
byzantin dit seulement que Buccelinus et Leutharis étaient fort puissants.
[114]
V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. III, c. 37.
[115]
V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. III, c. 36.
[116]
V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. III, c. 35.
[117]
V. Procope, Guerre des Goths, liv. IV, c. 24.
[118]
V. cette lettre, dans Du Chesne, t. I, p. 852.
[119]
V. Revue numismatique, année 1853, p. 279 et 280, et pl. XII, n° 1.
[120]
V. Agathias, liv. I.
[121]
V. Procope, Guerre des Goths, liv. IV, c. 24.
[122]
V. la lettre des évêques italiens, dans Sirmond, Concilia antiqua Galliœ,
t. I, p. 294, et dans Labbe, Concilia, t. V, col. 407-410.
[123]
V. Agathias, liv. I et II ; Procope, ibid., liv. IV, c. 21 et 26 ;
Marius d'Aventicum, dans Du Chesne, t. I, p. 214 ; Grégoire de Tours, Historia
Francorum, lib. III, c. 32, lib. IV, c. 9, lib. IX, c. 20 ; Paul Diacre, De
gestis Langobardorum, lib. II, c. 2, dans Muratori, Scriptores rerum
Italicarom, t. I, part. I, p. 425 et 426. Ce dernier historien parle (ibid.)
d'un duc Franc ou Germain nommé Hamingus, qui fut également vaincu et tué par
les Romains ; mais les renseignements qu'il donne et ceux que l'on trouve dans
l'appendice à la chronique du comte Marcellinus et dans le livre I de Ménandre
(v. Du Chesne, t. I, p. 217 et 247) sont si vagues qu'il est bien difficile,
pour ne pas dire impossible, de rattacher l'expédition de Hamingus à celle de
Buccelinus, quoiqu'elles paraissent avoir été faites vers le même temps. C'est
bien certainement à ce duc que fut adressée par Gogo, seigneur austrasien, une
lettre que l'on voit dans Du Chesne (t. I, p. 850) et ailleurs, et qui porte
l'intitulé suivant : Domino suo Chamingo Duci Gogo.
[124]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. IV, c, 8 ; Paul Diacre, ibid.,
lib. III, c. 28, dans Muratori, Scriptores rerum Italicarum, t. I, part.
I, p. 449 ; Isidore de Séville, Chronicon, lib. IV.
[125]
V. l'épître de Mappinius, dans Du Chesne, t. I, p. 858 et 859.
[126]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. IV, c. 9 ; Appendice à la chronique
de Marcellinus, dans Du Chesne, t. I, p. 217.
[127]
V. Grégoire de Tours, ibid. ; Chronique de Marius d'Aventicum,
dans Du Chesne, t. I, p. 214.
[128]
V. Vita sancti Mauri, dans les Bollandistes, au 15 janvier.
[129]
V. notamment Histoire de Metz, par deux bénédictins, t. I, p. 294 et
295.
[130]
V. Agathias, liv. I.
[131]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. IV, c. 9 ; Chronique de Marius
d'Aventicum, ibid.
[132]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. IV, c. 9.
[133]
V. la chronique de Marius d'Aventicum et l'appendice à la chronique
de Marcellinus, dans Du Chesne, t. I, p. 214 et 217. V. aussi Grégoire de
Tours, ibid., lib. IV, c. 10.
[134]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. IV, c. 14.
[135]
V. Du Chesne, ibid.
[136]
V. Grégoire de Tours, ibid., c. 16, et l'appendice à la chronique
de Marcellinus, dans Du Chesne, t. II, p. 217.
[137]
V. Grégoire de Tours, ibid., c. 17, et l'appendice à la chronique
de Marcellinus, dans Du Chesne, t. I, p. 218.
[138]
V. Grégoire de Tours, ibid., c. 20.
[139]
V. Grégoire de Tours, Vitœ Patrum, c. XVII, n° 2 et 3.
[140]
V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. IV, c. 21.
[141]
V. les différentes vies de saint Médard, dans les Bollandistes, au 8
juin.