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Lorsque
la mort vint frapper Clovis, il gouvernait en maître à peu près absolu, mais
au nom de l'empereur Anastase, neuf des dix-sept provinces qui formaient
l'ancien diocèse des Gaules, et ces neuf provinces étaient précisément — pour
la plupart au moins — celles qui avaient un territoire étendu, en sorte que,
avec les civitates détachées des autres provinces — telles que la civitates
des Rauraci, qui appartenait à la Maxima Sequanorum —, elles
formaient environ les deux tiers de ce vaste diocèse. Les
fils de Clovis s'occupèrent alors à partager la succession de leur père, et
on eut lieu d'apprécier, en cette occasion, les progrès que le pouvoir des
petits rois saliens avait faits depuis un demi-siècle. Quoique Clovis eût,
malgré tous ses soins, laissé quelques parents qui pouvaient élever des
prétentions au trône, aucun d'eux n'osa réclamer. Thierry, fils aîné du
dernier roi, et auquel la monarchie tout entière aurait, sans doute, convenu,
refusa de porter la main sur ce qui devait revenir à ses frères, bien que
ceux-ci fussent peu en état de se défendre. Quant au droit d'élection de la
part des Francs, on n'en parla pas plus que si ce droit n'eût jamais existé.
Il ne fut pas question non plus de l'incapacité résultant de l'âge, et les
derniers fils de Clovis, qui étaient très-jeunes, eurent leur part dans la
succession, quoique chez les différentes nations barbares la majorité fût
pour les princes celle que la loi de chaque peuple fixait pour tous les
individus qui le composaient. Il est
assez difficile de retrouver les bases sur lesquelles on assit le partage de
544. Nous chercherons tout-à-l'heure à les déterminer ; mais il est un point
que nous regardons comme très-important, et sur lequel nous devons d'abord
appeler l'attention. Nous voulons parler de la nature même de ce partage.
Faut-il y voir, comme beaucoup d'historiens, le démembrement d'une monarchie
indépendante, et la formation de royaumes nouveaux ? Faut-il, au contraire,
n'y reconnaître qu'une division en quelque sorte provisoire et temporaire
d'un grand gouvernement militaire, division qui avait pour but et qui eut
pour résultat, tout en satisfaisant aux prétentions des fils de Clovis,
lesquels pouvaient avoir des droits égaux à sa succession, de faciliter
l'administration du territoire et d'en rendre la défense plus efficace[1] ? Les faits semblent
donner raison à cette dernière opinion. En effet, si l'on examine les
souscriptions des évêques à la suite des canons promulgués par les divers
conciles qui s'assemblèrent dans les Gaules pendant le VIe siècle, on observe
que les prélats ne tenaient aucun compte de la division de cette contrée en
plusieurs royaumes ou départements ; et même comme Us craignaient que
certains évêques n'alléguassent, pour se dispenser d'assister à ces réunions,
qu'ils avaient leurs sièges épiscopaux dans un royaume différent, ils
décidèrent qu'une pareille excuse ne serait jamais admise[2]. Aussi vit-on les évêques
austrasiens, qui n'avaient pas assisté au premier concile d'Orléans, tenu en
514, c'est-à-dire à une époque où l'ancien territoire des Ripuaires était
encore regardé comme un état particulier, figurer dans les conciles d'une date
plus récente, et notamment au cinquième concile d'Orléans (549), où se trouvèrent saint
Nicelius métropolitain de Trèves, Desideratus évêque de Verdun, Alodius
évêque de Toul, Domitianus évêque de Tongres, Ambrosius évêque de Troyes et
l'archidiacre Protadius, délégué de Mappinius métropolitain de Reims[3]. Il y
avait donc partage de la dignité royale et de l'administration entre les fils
du roi défunt, mais il n'y avait pas partage réel, dans le sens que l'on
attache aujourd'hui à ce mot. C'est ce que M. Augustin Thierry a parfaitement
établi dans ses Lettres sur l'histoire de France[4]. C'est ce qui résulte aussi
d'une convention conclue, vers la fin du VIe siècle, entre Childebert I roi
d'Austrasie et Clotaire II roi de Neustrie, convention dont nous parlerons
plus loin, et dans laquelle on tit, entr'autres choses, que les malfaiteurs
qui chercheraient un refuge dans le royaume voisin de celui où ils auraient
commis un crime, seraient poursuivis et livrés au juge du lieu où le crime
avait été consommé. C'est ce qui résulte également de la réclamation que- les
évêques assemblés en concile à Clermont, en 535, adressèrent au roi,
d'Austrasie Théodebert Ier, lequel avait élevé la prétention — il ressort des
termes employés par les prélats qu'elle était nouvelle — de traiter comme des
étrangers les individus domiciliés dans les autres partages, mais qui avaient
des domaines dans son royaume[5]. Le traité conclu, en 587,
entre Childebert Ier roi d'Austrasie et Gontran roi de Bourgogne dispose que
les habitants de l'un des deux partages jouiront librement des biens qu'ils
possèdent dans l'autre ; que les comtes seront tenus de les protéger, et que
l'on pourra passer, sans obstacle et en tout temps, d'un royaume dans
l'autre, soit pour le service du prince, soit pour le commerce, soit pour un
motif différent[6]. Enfin, la nature même des
partages opérés entre les princes mérovingiens achève de démontrer que ces
partages n'avaient pas pour but de constituer des monarchies tout-à-fait
indépendantes. Si on s'était proposé quelque chose de pareil, on aurait formé
avec les neuf provinces administrées par Clovis quatre lots différents, aussi
arrondis que possible et parfaitement délimités ; tandis que les parts
attribuées aux fils de ce prince avaient, au contraire, la configuration la
plus irrégulière, et on peut dire la plus absurde. Chacun des quatre royaumes
avait, à la vérité, une sorte de noyau dans le nord de la Gaule, et
l'Austrasie notamment présentait une masse compacte entre le Rhin et la Mense
et même au-delà de ce dernier fleuve ; mais les pays du centre et du midi
avaient été divisés de la manière la plus arbitraire. On avait fractionné
entre les divers rois les provinces et les civitates elles-mêmes.
C'est ainsi que les cités des Parisii et des Carnutes avaient
été partagées : la première entre trois, et la seconde entre deux rois. Le lot
de chacun des princes mérovingiens portait le nom de sors[7], que l'on appliquait, comme on
sait, au domaine que chacun des membres de l'exercitus Francorum
recevait du roi, pour prix de ses services militaires ; ce qui nous fournit
une nouvelle indication sur la nature des partages dont nous venons de
parler. Il est
maintenant assez difficile de découvrir les motifs qui ont amené les
divisions bizarres dont il était question tout-à-l'heure. Grégoire de Tours
assure[8] que les quatre fils de Clovis
partagèrent son héritage en quatre portions égales (œqua lance) ; mais, comme il est évident
qu'elles ne l'étaient pas, puisque l'Austrasie avait à elle seule, sinon
autant d'étendue, au moins presqu'autant de puissance que les trois autres
sortes réunies, ou a cherché à deviner quelle pouvait être l'égalité dont il
est question dans le texte de Grégoire de Tours. Du Bos et l'abbé le Beuf ont
conjecturé les premiers que, la force principale de la monarchie
mérovingienne consistant, selon toutes les apparences, dans l'exercitus
Francorum, les fils de Clovis avaient divisé entr'eux le territoire de la
Gaule de telle sorte qu'il y avait dans le lot de chacun à peu près la même
quantité de Francs[9]. Mais pour que cette conjecture
ingénieuse fût admise, il faudrait supposer que la tribu des Ripuaires était
bien peu nombreuse, puisque, afin de donner à Thierry autant de guerriers
Francs qu'à chacun de ses trois frères, on aurait été obligé de joindre aux
cités occupées par cette tribu plusieurs autres cités, dont nous indiquerons
tout-à-l'heure les noms, et qui étaient au pouvoir des Saliens ; d'où on
conclurait nécessairement que les Ripuaires étaient aux Saliens dans la
proportion d'un contre sept, ou au plus d'un contre cinq ; conclusion
évidemment erronée ; en effet, nous verrons plus tard que les Ripuaires,
dépouillés de plusieurs des civitates que leurs rois avaient d'abord
possédées, finirent par l'emporter sur la tribu des Saliens, bien que le
royaume de ces derniers eût été notablement agrandi et renforcé par la
réunion de celui des Bourguignons ; nous verrons aussi que le nombre des
Ripuaires était relativement si considérable, que ce fut au territoire qu'ils
habitaient que le nom de Francia fut appliqué d'une manière régulière
et constante[10] ; et il vaut bien mieux
admettre que les enfants de Clovis prirent en considération, dans l'opération
du partage, non seulement le nombre et la position des différentes fractions
des deux tribus Franques, mais encore et surtout la grandeur, la population,
la richesse des civitates, et la distribution territoriale des
anciennes légions, qui, malgré la réduction qu'elles avaient dû éprouver,
présentaient encore une force militaire respectable, et dont il importait de
tenir compte. Quoiqu'il
en soit, on est forcé de reconnaître, nonobstant l'observation de Grégoire de
Tours, que la sors de Thierry, fils aîné de Clovis, était bien plus
considérable que celles de ses frères, et une simple énumération de ce
qu'elle renfermait suffira pour convaincre le lecteur. Ce prince possédait la
Germania Prima, contenant les deux grandes civitates de Cologne
et de Tongres, occupées la première par les Ripuaires, la seconde par les
Saliens ; la Germania Secunda, où se trouvaient les quatre civitates
de Mayence, de Vangiones, de Nemetes, où il y avait quantité de
ripuaires, et d'Argentoratum, dont la population était en partie
formée d'alamanni ; la Belgica Prima, comprenant les quatre civitates
de Trèves, de Metz, de Toul et de Verdun ; les civitates orientales de
la Belgica Secunda, c'est-à-dire les cités de Reims et de Châlons,
auxquelles il faut joindre celle de Laon, qui était, comme nous l'avons dit,
un démembrement de la civitas des Remi, et qui fut bien
certainement attribuée à Thierry. La civitas de Camaracum (Cambray) entra aussi dans le lot de ce
prince ; mais il est bon d'avertir ici qu'elle fut détachée plus tard du
royaume d'Austrasie, auquel elle revint sous le règne de Childebert Ier, pour
en être détachée de nouveau et définitivement sous le règne de Clotaire II,
ainsi que Valois l'a démontré dans les livres VIe et IXe de son grand
ouvrage. On a aussi prétendu que la cité de Troyes avait été attribuée à
l'Austrasie dans le premier partage de la monarchie mérovingienne, et on a
tenté de le prouver par un passage de la vie de saint Fidolus (saint Phal). L'hagiographe rapporte, en
effet, que saint Fidolus, qui appartenait par sa naissance à la civitas
des Arverni, ayant été réduit en captivité lors de l'expédition que
les Austrasiens firent dans cette cité, expédition dont nous parlerons
bientôt, fut conduit dans la cité de Troyes, où siégeait alors l'évêque
Camelianus[11]. L'hagiographe, qui écrivait
assez longtemps après cette guerre, dit, à la vérité, qu'elle eut lieu sous
le règne de Thierry If roi de Bourgogne, à la fin du VIe siècle ou au
commencement du VIIe ; mais, outre que l'histoire ne mentionne aucune guerre
entreprise par Thierry II contre la cité des Arverni, on connaît d'une
manière positive le temps de l'épiscopat de Camelianus, qui assista au
premier concile d'Orléans, en 511, et mourut au plus tard en 526. On est donc
obligé d'admettre qu'en 525, époque de sa première expédition contre les Arverni,
Thierry Ier possédait la cité de Troyes ; mais comme il avait obtenu quelques
débris de la succession de son frère Clodomir, tué, en 524, à la bataille de
Véseronce, on peut croire que la cité dont il s'agit ne lui avait été cédée
qu'à cette époque, et qu'originairement elle était entrée dans le lot de
Clodomir. Cette cité, qui appartenait à la Lugdunensis Quarta, formait
une des extrémités du royaume d'Austrasie. Sur le point opposé, Thierry avait
une autre civitas, celle des Rauraci, qui dépendait de la Maxima
Sequanorum. De la sorte, le noyau de son royaume, si on peut employer une
pareille expression, comprenait seize cités, la plupart très-vastes, et
renfermait tous les pays compris entre la chaîne méridionale des Vosges, le
Rhin, l'Escaut et une ligne tirée des sources de ce fleuve jusqu'aux environs
de Troyes. Outre
les seize cités qui viennent d'être énumérées, Thierry reçut encore dans l'Aquitania
Prima les cités des Lemovices, des Gabali[12], des Arverni, des Ruteni[13], des Cadurci et d'Albiga
(Alby) ; dans la Narbonensis Prima
les cités d'Ucetia (Usez), de Vivarium (Viviers) et de Luteva (Lodève). Il obtint aussi, après la mort
de Clodomir, les cités d'Angers (Andecavi)[14] et du Mans (Cenomani), dans la Lugdunensis Tertia.
Valois prétend que Thierry possédait également la civitas de Senones
(Sens) dans la Lugdunensis Quarta[15] ; mais si le roi d'Austrasie en
fut réellement maître, ce dut être seulement après Clodomir et en vertu du
partage de la sors échue à ce malheureux prince. L'énumération
des territoires qui composaient le lot du roi d'Austrasie serait incomplète,
si on ne mentionnait la partie occidentale de la Grande Germanie. Les
Ripuaires n'avaient pas cessé d'occuper la contrée qui reçut plus tard le nom
de Westphalie, et au sud les Alamanni, les Suevi et les Bajuvarii
ou Bajoarii (Bavarois) admettaient la suprématie des rois austrasiens.
Les Bajuvarii s'étendaient sur la rive septentrionale du Danube
jusqu'aux montagnes de la Bohême, et leur territoire confinait à celui des
Abares (Abari
ou Awari),
qui campaient dans les vastes plaines de la Hongrie. Enfin, au nord du cours
inférieur du Rhin se trouvait la petite nation des Frisiones ou Frigiones, qui venait d'occuper le terrain que les
Saliens avaient abandonné pour descendre vers le midi, et il est
vraisemblable qu'elle reconnaissait nominalement l'autorité de Thierry. Le
lecteur a dû voir, en parcourant les pages précédentes, que la véritable
force du royaume d'Austrasie résidait dans les seize cités du nord-est de la
Gaule, et leur position même a fourni à plusieurs historiens un moyen simple
et facile d'expliquer le nom qu'il portait. Austria ou Austrasia,
ont-ils dit, signifie royaume de l'est, et Neutria ou Neutrasia
royaume de l'ouest. Pendant longtemps on s'est contenté, et aujourd'hui
encore on se contente assez généralement de cette étymologie ; mais il n'est
pas inutile d'examiner ici quelle en est la valeur. Il est certain que les
mots Neustria et Austria se rencontrent dans les poésies de
Fortunat et dans les récits de Grégoire de Tours[16], de Frédégaire[17] et du Gesta regum Francorum[18] ; Grégoire de Tours, le
continuateur de la chronique de Marius évêque d'Aventicum[19], l'auteur du Gesta regum[20], le moine anonyme qui a écrit
la vie de saint Amé (Amatus)[21] et d'autres auteurs mentionnent
les Austrasii et ne nomment pas les Neustrasii ; mais ces deux
termes corrélatifs se trouvent dans Frédégaire, dans le Gesta Dagoberti
regis[22] et dans la vie de saint
Colomban par Jonas, moine de Bobbio[23]. A côté de la forme Austria,
qui est latinisée, on rencontre le mot Auster, lequel se rapproche évidemment
du mot germain primitif[24]. Si nous ne nous trompons, ce
mot devait être Austricum ou plutôt Austric, car la finale um
est latine ; on ne trouve pas, à la vérité, Austricum dans les
documents historiques de la période mérovingienne ; mais Frédégaire emploie
le mot Neptria pour désigner la Neustrie[25] ; cette contrée est appelée Neptricum
dans le Gesta Dagoberti regis[26] ; on rencontre la forme Niustrecum
dans un diplôme du roi Thierry III, vers l'année 684[27] ; enfin, le texte du géographe
de Ravenne présente la variante Nustricus, qui ne s'éloigne pas
beaucoup de la précédente[28]. Frappé
de la forme de ces mots Neptricum et Austricum, qui s'éloignent
si fort des mots Neustria et Austrasia, avec lesquels l'usage
nous a familiarisés, l'abbé le Beuf a soutenu — la chose est, du reste,
évidente — que Neustria et Austrasia étaient des expressions
latinisées et par conséquent corrompues, et que les deux royaumes des Saliens
et des Ripuaires se nommaient, en réalité, Neptricum ou Neptric
et Austricum ou Austric. Selon le docte écrivain, Neptricum
n'a jamais signifié royaume occidental, mais bien royaume principal. La
Neustrie, après que les sortes des trois fils de Clovis et de Clotilde
eurent été réunies en un seul état, présentait effectivement une étendue
considérable. L'étymologie ne permet pas, d'ailleurs, de prendre Neptricum
ou Nemptricum dans une acception différente, car ce nom vient des mots
tudesques nept ou nempt, qui signifie principal[29], et ric, rich ou reich,
qui, de l'aveu général, a le sens de royaume. D'après l'abbé le Beuf, Austricum
n'aurait pas voulu dire le royaume oriental, mais le premier royaume, dignissimum
regnum, pour employer ses propres expressions, et ce nom serait formé de ric,
rich ou reich, dont le sens est connu, et du mot tudesque auster,
qui signifie très-digne, et que l'on retrouve dans plusieurs noms
propres, assez communs alors, tels que Austregisilus, Austrebertus,
Austrasius, etc.[30] Si la
conjecture de l'abbé le Beuf est fondée, et nous sommes assez porté à le
croire, il faut admettre que le royaume d'Austrasie jouissait d'une sorte de
primauté, et que le prince mérovingien chargé de le gouverner avait une
autorité, une prééminence quelconque sur l'autre roi ou sur les autres rois.
La précaution que l'on prit, assez généralement, dans les divers partages de
la monarchie mérovingienne d'assigner à chacun des princes des civitates
fort éloignées du centre de son état, et mêlées en quelque manière avec les
cités appartenant à ses copartageants, n'aurait pas suffi et ne suffit pas,
en effet, pour mettre obstacle à la discorde, empêcher la guerre et prévenir
l'anarchie[31]. On crut, sans doute, que l'on
atteindrait ce but plus aisément en donnant une espèce de prépondérance à
l'un des rois, ou pour mieux dire à l'un des royaumes. Cet arrangement, qui
n'avait rien de contraire aux conventions intervenues entre les empereurs et
les rois des Francs fédérés, et qui devait même rendre plus facile à ces
derniers l'accomplissement des conditions attachées au contrat
synallagmatique de fédération, cet arrangement a été peu remarqué jusqu'à
présent par les historiens, et cependant il semble de nature à expliquer
certains faits que l'on n'a peut-être pas parfaitement compris. Quant à son
existence même, elle est incontestable, bien que diverses circonstances
l'aient momentanément dissimulée, et il ne nous sera pas difficile de l'établir.
Ainsi, en premier lieu, nous voyons que les mérovingiens qui réunirent sous
leur sceptre la monarchie entière eurent, presque toujours, le soin de
désigner leur fils aîné pour roi d'Austrasie. Thierry Ier était le fils aîné
de Clovis Ier, Théodebert II le fils aîné de Childebert Ier, Dagobert Ier le
fils aîné de Clotaire II, Sigisbert IV le fils aîné de Dagobert Ier. On peut
alléguer, il est vrai, que Sigisbert II était un des plus jeunes enfants de
Clotaire Ier, et que Childéric II était le second fils de Clovis II ; mais ce
dernier fait n'est pas, en réalité, opposé à notre théorie : Clotaire III,
fils aîné de Clovis, avait, après la mort de son père, pris possession des
trois royaumes d'Austrasie, de Neustrie et de Bourgogne, et lorsque
l'Austrasie voulut avoir un roi à elle, cc fut naturellement le second fils
de Clovis II qui alla régner dans ce pays. Quant à la préférence dont
Sigisbert II fut l'objet de la part de Clotaire Ier, au préjudice de ses
frères aînés, on doit l'attribuer à l'affection particulière que son père
avait pour lui[32], et aux talents militaires du
jeune prince, qui était, plus que ses frères, capable de protéger les
frontières de la monarchie des Francs contre les invasions des Barbares. En
second lieu, dans les monuments contemporains l'Austrasie et ses rois sont
mentionnés comme tenant le premier rang parmi les royaumes et les rois
fédérés. Marius évêque d'Aventicum appelle Théodebert Ier Theudebertus
rex magnus Francorum, lui donnant ainsi une espèce de prééminence sur les
autres mérovingiens[33] ; et quand on a parcouru les
historiens du VIe siècle, on demeure persuadé que ce prince était considéré
comme le chef de la famille mérovingienne, bien qu'il fût seulement le petit-fils
de Clovis Ier, et qu'il y eût encore deux fils de celui-ci. Clovis est lui-même
appelé magnus rex dans la vie de saint Thierry[34], et il semble que ce titre
était réservé par l'usage aux princes qui possédaient soit la monarchie
mérovingienne tout entière, soit au moins le royaume d'Austrasie. La même
idée paraît encore exprimée dans une phrase de la vie de saint Maur, où on lit
que Théodebert Ier regni Francorum apicem gubernabat, et dans une autre
phrase de la même vie où on a l'air de le désigner comme seul roi des Francs,
bien qu'il fût seulement roi d'Austrasie. Plus loin, les mêmes expressions
sont encore employées pour désigner l'autorité de son fils Théodebald, dont
la sors n'était pas plus vaste ; enfin, une dernière phrase de cet écrit
laisse entendre que la mort prématurée de Théodebald procura à Clotaire Ier
l'autorité suprême, jusqu'alors exercée par les trois premiers rois
d'Austrasie[35]. C'est peut-être encore une
pensée semblable que le pape saint Grégoire-le-Grand a voulu rendre lorsqu'il
écrivait à la reine Brunehaut[36] que le royaume d'Austrasie
était le premier de tous — contigit ut cuncta gentium regna prœcelleret
—. Enfin, on ne peut guère comprendre autrement comment l'abbé d'Agaune fut
obligé, lorsqu'il voulut faire transporter et inhumer dans ce monastère les
restes de Sigismond roi des Bourguignons, de sa femme et de ses enfants, qui
avaient été massacrés et précipités au fond d'un puits, dans la civitas
d'Orléans, comment cet abbé, disons-nous, fut obligé d'en demander la
permission à Théodebert, auquel la civitas d'Orléans n'appartint
jamais[37]. Cette
espèce de suprématie que l'Austrasie parait avoir eue, au moins pendant le
VIe siècle, s'explique aisément 'quand on considère :1° que la Neustrie était
presque toujours partagée en deux ou trois royaumes ; 2° que les Bourguignons
possédaient encore, pendant le premier tiers de ce siècle, un territoire fort
étendu, et que les rois d'Austrasie se firent adjuger un lot dans le partage
de leurs dépouilles ; 3° que ces princes avaient obtenu plusieurs des civitates
les plus importantes de la Gaule méridionale ; 4° et enfin qu'ils régnaient,
soit directement, soit indirectement, sur une partie de la Grande Germanie,
d'où ils pouvaient, en cas de guerre, tirer un contingent considérable, et
composé d'hommes que leur force, leur valeur et même leur férocité rendaient
extrêmement redoutables. C'est
là ce qui faisait dire à Frédégaire que l'Austrasie égalait en population et
en étendue les autres royaumes Francs réunis[38]. C'est probablement pour la
même raison que Procope appelle les successeurs de Thierry non rois
d'Austrasie, mais rois de Germanie[39], et que Venance Fortunat
attribue à leurs états le nom de Germania[40]. C'est aussi pour le même motif
que le nom de Francia, qui semblait devoir s'appliquer indistinctement à tout
le territoire occupé par les Francs, ne fut donné dans l'origine qu'au pays
où les rois ripuaires avaient établi le siège de leur autorité[41]. Thierry
— Théoderic, en latin Theodericus ou Theodoricus —, que Clovis avait eu d'une
concubine longtemps avant son mariage avec Clotilde[42], était bien le prince qu'il
fallait pour gouverner de pareils hommes et les tenir en respect. Il était
déjà d'un âge mûr à la mort de son père, et il avait lui-même un fils plus
qu'adolescent, et paraissant posséder, comme Thierry, des talents militaires,
bien nécessaires chez un roi appelé à devenir magister militum. Le
fils aîné de Clovis avait, comme on l'a vu plus haut, joué un rôle assez
brillant dans la guerre contre les Wisigoths, et c'est lui qui avait conquis
les civitates des Albigenses, des Ruteni, des Arverni
et d'autres encore[43]. Forcé de lever le siège
d'Arles et repoussé avec perte par Ibbas, un des généraux de Théodoric roi
des Ostrogoths, il vint retrouver son père dans la cité des Parisii[44], où il resta peu de temps, si,
comme nous le conjecturons, il fut chargé par Clovis d'administrer, en
qualité de vice-roi, le royaume des Ripuaires. Cette
position le désignait naturellement et d'avance comme chef du futur royaume
d'Austrasie ; de plus, parmi les quatre fils de Clovis, il était seul
capable, à raison de son âge et de sa réputation militaire, de contenir les
Thuringiens et les autres peuples de la Germanie, qui ne voyaient pas sans
envie les riches établissements que les Saliens et les Ripuaires avaient
obtenus dans la Gaule. Telles
sont les idées qui, selon nous, ont présidé aux arrangements arrêtés par les
enfants de Clovis. Toutefois, si on prenait à la lettre un passage de la vie
de saint Cloud, on arriverait peut-être à des conclusions un peu différentes.
On tit, en effet, dans cette vie que Clovis laissa le gouvernement à sa veuve
Clotilde, laquelle partagea entre ses trois fils : Clotaire, Childebert et
Clodomir, les états du roi défunt[45]. L'agio-graphe emploie pour
désigner le royaume de Clovis les mots monarchiam sui principatus. En
les interprétant dans le sens le plus naturel, et surtout en attribuant à principatus
la signification de gouvernement accordé par l'autorité impériale,
signification que ce mot paraît avoir eu, ainsi que 'nous le démontrerons
plus loin, on serait conduit à penser que les provinces du centre et du
nord-ouest de la Gaule, depuis la Loire jusqu'à l'Escaut et à la Meuse,
constituaient un regnum ou plutôt un principatus particulier,
auquel les fils de Clovis et de Clotilde avaient droit, à l'exclusion de tous
autres. Quant au royaume des Ripuaires, il aurait, avant même la mort de
Clovis, été considéré comme un regnum ou principatus séparé, et
destiné à Thierry que le roi des Saliens avait eu d'une concubine, selon
l'expression de Grégoire de Tours, c'est-à-dire d'une femme qu'il
n'avait épousée ni devant l'Eglise, puisqu'il était encore païen, ni avec les
formalités prescrites par le droit romain, puisqu'il ne suivait d'autre loi
que celle de sa nation. Ne pourrait-on pas même supposer que la
concubine ou la première épouse de Clovis appartenait à la famille des rois
ripuaires ? Si on l'admettait, on comprendrait alors pourquoi
Munderic, dont nous raconterons bientôt l'entreprise, n'élevait de
réclamation que contre Thierry. Ce prince devait être un rejeton de la
famille royale des Ripuaires, et s'il pouvait, comme tel, demander que
Thierry partageât avec lui, il n'avait certainement aucun droit à faire
valoir sur les sortes des trois autres fils de
Clovis, toutes formées avec les civitates composant le royaume
des Saliens. Ce qui donne quelqu'autorité à la conjecture précédente, c'est
que, d'après Grégoire, de Tours, Clotaire Ier et Childebert auraient
partagé seuls la sors de leur frère Clodomir[46]. Bien des savants croient
néanmoins, et nous l'avons admis sur leur autorité, que Thierry partagea avec
ses deux frères consanguins l'héritage de Clodomir, et qu'il obtint les civitates
d'Angers, du Mans, de Troyes et de Sens. Quoiqu'il
en soit, l'unité de la monarchie ne fut jamais précisément rompue, et Thierry
s'empara, comme on l'a vu, de la part principale dans l'autorité. Les
savants ne sont pas d'accord au sujet de la ville dans laquelle il établit le
siège de son gouvernement. Les écrivains messins ont prétendu que ce fut à
Metz[47] ; les historiens rémois, au
contraire, tout en admettant que cette ville fut la capitale du royaume
d'Austrasie depuis la fin du vie siècle, ont soutenu que Thierry Ier,
Théodebert Ier, Théodebald et Sigisbert II avaient habituellement résidé à
Reims, et bien que le sujet de la dispute n'ait pas une grande importance, on
a eu, comme à l'ordinaire, recours aux gros mots. Marlot et Ruinart ont
vivement défendu les droits de Reims, et ils ont été appuyés par Dom Bouquet,
qui était cependant originaire d'Amiens. Marlot allègue les chroniques
d'Isidore de Séville et d'Adon[48], qui ne prouvent pas
grand'chose, parce qu'Isidore, écrivant dans une contrée assez éloignée,
n'était pas très-bien renseigné sur ce qui se passait dans la Gaule, et parce
qu'Adon a rédigé sa chronique vers le milieu du IXe siècle, c'est-à-dire fort
longtemps après les événements dont il parle. Grégoire de Tours fournit des
armes aux deux partis. On rencontre dans l'Historia Francorum[49] un passage bien favorable aux
prétentions des Messins ; malheureusement pour ceux-ci les divers manuscrits
du vieil historien ne sont pas d'accord. La copie que l'on conservait
autrefois dans la bibliothèque de l'abbaye de Saint-Arnoul (à Metz) offrait le mot Metensem
; mais Ruinart n'hésita pas à insérer dans son édition de Grégoire de Tours
le mot Remensem, et à déclarer que le manuscrit de Saint-Arnoul avait
été altéré par quelque polisson (nebulo). Néanmoins, et au risque de
nous attirer la même épithète, nous ferons observer que Du Chesne, lequel
avait collationné le texte de Grégoire de Tours sur cinq manuscrits, a
préféré la leçon Metensem, et que cette même leçon figure dans un
autre manuscrit qui avait appartenu à la bibliothèque de Christine reine de
Suède. On peut ajouter que, si Adon[50], Isidore de Séville, le moine
Roricon et la chronique de Saint-Médard[51] sont favorables aux prétentions
de Reims, Metz invoque avec succès Frédégaire[52], la Généalogie des rois de
France tirée d'un manuscrit qui se trouve en Angleterre[53], Paul Diacre[54], Aimoin[55], ainsi que les chroniques de
Moissac[56], de Saint-Riquier[57], de Saint-Denys[58], de Hermann-le-Contract[59] et la chronique de Verdun
écrite par Hugues de Flavigny[60]. On
comprend, du reste, que l'autorité de la plupart de ces écrivains et de ces
chroniqueurs n'est pas grande ; ils se sont, en effet, copiés les uns les
autres, et le texte de Grégoire de Tours suffirait pour trancher la question,
si les manuscrits étaient d'accord. Mais, comme ils diffèrent, la solution de
la difficulté serait indéfiniment ajournée, si l'on ne trouvait dans quelques
écrits anciens des indices en faveur de l'une des deux opinions. Or, on
rencontre un indice de ce genre dans la vie de saint Thierry, abbé de Hor. On
y lit[61] que la fille du roi d'Austrasie
Thierri Ier étant tombée dangereusement malade, son père, qui avait entendu
parler des vertus de saint Remi — hujus rex expertus plurimorum relatu virtutes
—, lui dépêcha des envoyés pour le prier de se rendre dans le lieu où la
malade se trouvait — pro filia rogaturos.... missos eidem dirigit, obnixe
deprecans ut ad eum veniret. L'hagiographe ajoute que le métropolitain,
ne pouvant y aller lui-même, chargea le saint abbé de le remplacer, et que
les prières de celui-ci ayant été exaucées, le roi, pour leur témoigner à
tous deux sa reconnaissance, donna à saint Remi un domaine appelé Vendera
ou Venderœ[62], et à saint Thierry la villa
nommée Gaugiacum[63]. Les mots que nous avons placés
entre crochets semblent prouver que Thierry Ier ne résidait pas à Reims ; car
s'il avait habité cette ville, il aurait connu les vertus de saint Remi
autrement que par le témoignage de diverses personnes, et il n'aurait pas été
obligé de dépêcher au métropolitain une espèce d'ambassade. On peut aussi,
pour démontrer que Sigisbert II avait conservé à la ville de Metz le rang
qu'elle avait occupé sous ses prédécesseurs, rappeler une particularité
rapportée par Grégoire de Tours. Il dit, en effet, que saint Avitus, ayant
été élu évêque de la cité des Arverni après la mort de Cautinus, se
rendit à Metz pour faire agréer son élection à Sigisbert II, et que le roi
ordonna de le sacrer en sa présence, afin de recevoir de sa main les eulogies[64]. Les
historiens de Reims ont employé le même procédé que nous, et ils ont voulu
d'un fait rapporté par le poète Fortunat tirer la conclusion que cette ville
était la capitale de l'Austrasie. Fortunat raconte, dans la vie de saint
Germain, évêque de Paris, que cet homme célèbre quitta momentanément le
monastère de Saint-Symphorien, où il était simple religieux, pour aller à Châlons-sur-Saône
solliciter en faveur de l'église d'Autun la protection de Théodebert Ier, et
qu'il prédit la mort prochaine du roi. L'hagiographe ajoute que Théodebert
mourut pendant qu'il était en route pour retourner à Reims[65]. Mais on remarquera que ce
passage n'est pas concluant, et le roi d'Austrasie pouvait très-bien
retourner à Reims sans que cette ville fût la capitale de son royaume. A
partir de la mort de Sigisbert II, tout le monde est d'accord pour
reconnaître que Metz jouit du titre de capitale, et on rencontrera dans la
suite de ce livre nombre de faits qui fourniront la preuve de ce que nous
venons d'avancer. Au
reste, étranger à Metz comme à Reims, nous avons niché d'apporter dans
l'examen de la question plus d'indépendance et d'impartialité que l'on n'en
met d'ordinaire à soutenir les droits de sa ville natale. Mais, en nous
prononçant en faveur de Metz, nous n'entendons pas dire que cette ville fut
constamment le séjour des rois d'Austrasie. Le magister officiorum et
les autres ministres y avaient leur résidence et leurs bureaux ; quant aux
rois, ils parcouraient fréquemment les vastes provinces qui composaient leur
royaume ou se fixaient, pour un temps plus ou moins long suivant les
circonstances, tantôt dans une ville, tantôt dans une autre, soit parce
qu'ils s'y plaisaient, soit pour surveiller plus facilement leurs voisins.
Ainsi, il est évident que plusieurs d'entr'eux ont dû résider souvent à
Reims, lorsque l'état des affaires en Neustrie appelait leur attention. Ainsi
encore, et on en a la certitude, ils séjournaient de temps en temps dans la
ville de Trèves, qui n'était pas aussi déchue que divers historiens l'ont
pensé, et dont le palais, habité momentanément par quelques-uns des derniers
empereurs, avait, sans doute, été restauré. Parfois aussi, les rois allaient
se reposer ou goûter les plaisirs de la chasse et de la pèche dans les belles
villœ qui appartenaient au domaine, et nous verrons plus loin que
Childebert Ier notamment passa une partie de sa vie au milieu des riantes
campagnes de l'Alsace. Mais ces princes revenaient toujours à Metz, où se
trouvait véritablement le centre des affaires, et d'où ils pouvaient plus
aisément que de Reims avoir l'œil sur les mouvements des Barbares. Au
commencement du Ve siècle, Metz possédait un palais impérial. Bien que cette
ville eût considérablement souffert du passage des Huns, elle n'avait pas été
détruite, et le palais subsistait à la mort de Clovis. Grégoire de Tours,
rappelant dans le huitième livre de son Histoire l'habitation des rois
d'Austrasie[66], lui donne le titre de palatium.
Elle est nommée palatia dans une lettre adressée, vers l'année 560, à
Pierre évêque de Metz par Gogus ou Gogo qui fut maire du palais[67]. Cet édifice est encore
mentionné, sous le nom de palatium regium, dans un diplôme de
Pépin-le-Bref[68], et de pareilles expressions
excluent l'idée d'une habitation toute simple et tout ordinaire. On sait,
d'ailleurs, que ce' palais avait de vastes dépendances, qui furent dévorées
par un incendie sous le règne de Dagobert Ier[69]. Lorsque Metz cessa d'être le
séjour des rois, le palais devint la propriété de l'abbaye de Gorze ; dans
une confirmation des biens de ce monastère par Otton Ier[70] il est ainsi rappelé : mansum
infra Mettis, qui dicitur Aurea, et ce nom de cour d'or était comme un
dernier souvenir des richesses qui décoraient l'ancienne demeure des rois
d'Austrasie[71]. Nous pouvons même encore
aujourd'hui contempler quelques restes de l'édifice. Les débris de la cour
d'or sont, en effet, compris dans une vaste maison située rue des
Trinitaires, n° 12, et occupée par les RR. PP. Jésuites[72]. Au-dessous du sol, on admire
des caves, dont les voûtes, d'un travail remarquable, viennent s'appuyer sur
des piliers, et du niveau du sol monte jusqu'au faite de la maison une
muraille offrant un revêtement en petit appareil et des cordons de briques,
qui dénotent une origine romaine, ou peut-être seulement mérovingienne, car
nous démontrerons plus loin que tous les procédés de l'architecture antique
continuèrent à être appliqués pendant les Vie et VIIe siècles. La
situation de Metz était excellente pour une capitale du royaume d'Austrasie.
Placée sur une des principales rivières du nord de la Gaule, à une distance à
peu près égale des frontières orientale et occidentale du royaume, elle
offrait des moyens faciles de communiquer avec les diverses provinces dont il
se composait ; et, d'un autre côté, la ville était trop éloignée des états ou
des gouvernements voisins pour qu'une surprise fût possible. Le cours de la
Moselle et de fortes murailles la mettaient, d'ailleurs, à l'abri de tout
malheur de ce genre. On a vu qu'au moment de l'invasion des Huns elle
possédait une enceinte, qui avait arrêté d'abord la fureur de ces barbares,
lesquels n'entrèrent dans la ville qu'après l'éboulement imprévu d'un pan de
mur. On doit bien penser que, pressés comme ils l’étaient de pénétrer dans l’intérieur
de la Gaule, ils ne s’amusèrent pas à démolir des murailles, qui pouvaient
même leur offrir un refuge, en cas de défaite. Après la retraite des Huns, l’enceinte
de Metz fut soigneusement réparée, et Venance Fortunat, qui visita cette
ville vers l’année 565, rappelle la force de ses remparts dans les vers
suivants : Urbs
munita nimis, quam cinxit murus et amnis[73]. ..........
ubi Mettica mœnia poilent[74]. Ces
deux vers suffiraient pour établir l'existence- de l'enceinte de Metz, qui a
été révoquée en doute il y a peu d'années ; mais d'autres documents ne
laissent pas place à la moindre incertitude. Ainsi, l'hagiographe qui a
écrit, au VIIe siècle, la vie de saint Agitas, premier abbé de Rebais,
mentionne expressément une des portes de Metz ; ce qui suppose l'existence
d'une enceinte[75]. Ainsi, Metz porte dans un
diplôme du roi Chilpéric II le titre d'oppidum, qui était
ordinairement employé pour désigner les villes closes de murs[76]. Ainsi encore, une relation des
faits se rattachait à la fondation de l'abbaye de Saint-Pierre dit qu'elle
fut bâtie infra muros Mediomatricorum[77]. L'histoire et les découvertes
archéologiques ne nous apprennent pas, du reste, quel était le tracé de cette
première enceinte. On pourrait croire cependant qu'elle s'étendait jusqu'au
bras le plus occidental de la Moselle, si on admettait la leçon du manuscrit
de Grégoire de Tours qui appartenait à la reine Christine de Suède, et dont nous
avons déjà parlé. Un des ponts de Metz y est appelé pons mortis[78], et l'on a conjecturé qu'il
représentait le pont des Morts[79] ; mais il faut reconnaître que
cette hypothèse est bien hasardée, quoique la construction de la phrase lui
soit favorable, et l'on avait toujours cru que le pont des Morts avait pris
ce nom des fréquentes exécutions dont il fut le théâtre pendant le moyen-âge. Il y
eut immédiatement après la mort de Clovis un temps de paix dans tout le
partage d'Occident. Théodoric-le-Grand gouvernait les deux royaumes des
Ostrogoths et des Wisigoths, et ne songeait pas à recommencer la guerre, bien
que le dernier traité fût humiliant pour sa nation ; les Bourguignons étaient
trop faibles pour rien entreprendre, et les nations barbares étaient encore
effrayées par la réputation militaire que les Francs avaient acquise sous le
règne du dernier roi. Ce fut néanmoins une de ces nations barbares qui donna
le signal de nouvelles hostilités. En 515, Chlochilaïcus[80], chef danois, un de ces rois de
la mer qui, dans le siècle précédent, avaient conquis la plus grande partie
de l'île de Bretagne, fit une descente sur les côtes de l'Austrasie, non pas
afin de conquérir quelque portion de ce royaume et de s'y établir avec ses
compagnons-, mais dans l'intention de piller le plat-pays et de chercher
aussitôt après un refuge sur ses barques. L'auteur du Gesta regum
Francorum dit que le chef barbare, profitant de la marée, remonta
plusieurs rivières «et dévasta le pagus Attoarios (Attoarius
ou Attuarius)
et quelques autres[81]. Il n'est pas aisé de
déterminer ce qu'il faut entendre par pagus Attoarios. Les Attuarii
figuraient parmi ces petits peuples germains qui, réduits presqu'à rien à la
suite de leurs guerres contre l'Empire et de leurs discordes intérieures,
avaient fini par se fondre dans les confédérations des Ripuaires et des
Saliens. Tout semble prouver que les Attuarii avaient pris place dans
la dernière, et qu'ils avaient occupé, sous le règne de Julien, un des
cantons septentrionaux de la Toxandria, et, selon les apparences, le
plus voisin de l'embouchure de l'Escaut. Grégoire de Tours dit formellement
que la descente des Danois eut lieu dans la Gaule, et on ne peut admettre par
conséquent que les Attuarii fussent encore dans leur ancien pays, et
que la descente ait eu pour théâtre les bords du Weser ou de quelqu'autre
rivière de la Germanie. Les Danois espéraient tirer un grand profit de leur
expédition ; mais ils avaient compté sans l'activité de Thierry. Ce prince ne
marcha cependant pas lui-même contre les pirates, et il confia le soin de les
expulser à son fils Théodebert. Grégoire de Tours fait observer que, au
moment de la mort de Clovis, c'est-à-dire vers la fin de l'année MI,
Théodebert passait pour être elegans et utilis ; et, si on se rappelle
que, dans les compositions du métropolitain de Tours, le mot utilis
signifie viril, on en conclura que le fils de Thierry avait au moins
seize ou dix-sept ans. En 515, il devait en avoir vingt ou vingt-un, et par
conséquent c'était un homme. Il rassembla promptement les corps de l'exercitus
Francorum qui étaient cantonnés dans le voisinage et attaqua les Danois à
l'improviste. Leur roi et beaucoup de ses soldats campaient sur le rivage, en
attendant que la mer, c'est-à-dire le reflux, permît aux barques de
s'éloigner plus aisément de la terre. Théodebert fut victorieux ; le chef
danois fut tué, et ceux de ses soldats qui échappèrent au carnage cherchèrent
un refuge sur leurs embarcations ; mais, avant qu'ils eussent eu le temps de
gagner le large, ils furent assaillis par une flottille, à laquelle Thierry
avait donné l'ordre de suivre les mouvements du corps d'armée que son fils
commandait. Les Danois furent vaincus sur la mer comme sur le rivage ; on les
précipita pour la plupart dans les flots, et le butin entassé dans leurs
bateaux fut rendu aux malheureux qu'ils avaient dépouillés[82]. Il
n'est pas inutile d'appeler l'attention sur l'existence de cette flottille,
qui était bien certainement toute prête à prendre la mer, puisqu'elle put
arriver aussitôt que Théodebert sur le point que les pirates occupaient. Les
empereurs entretenaient continuellement sur le Rhin une flottille destinée à
empêcher les pirates danois et autres d'en remonter le cours, et les Germains
de le franchir pour se jeter Sur les provinces septentrionales de la Gaule.
Une autre flottille, dont la mission était de préserver la vallée de la
Meuse, sillonnait sans cesse les eaux de ce fleuve, et le prœfectus de
la classis, c'est-à-dire du corps d'infanterie chargé de monter sur
les bateaux qui composaient cette flottille, avait pour résidence le locus
Quartensis ou Hornensis, sur la Sambre et dans la Belgica
Secunda[83]. Tout porte à croire que les
premiers mérovingiens avaient conservé les deux flottilles, dont la présence
était plus nécessaire que jamais, et que ce fut celle de la Meuse qui,
descendant rapidement le cours du fleuve, vint attaquer les vaisseaux danois
près des bouches de l'Escaut. La
victoire de Théodebert rendit les Barbares encore plus circonspects, et elle
fut suivie de six nouvelles années de tranquillité, après lesquelles Thierry
se trouva mêlé à une autre guerre, mais de sa propre volonté. Depuis
longtemps les rois des Francs fédérés observaient avec défiance les
Thuringiens, auxquels ils attribuaient, non sans raison, le projet de fondre
sur le nord de la Gaule et de s'y établir. En 621, Thierry trouva une
occasion favorable pour amoindrir le royaume de ces barbares, et la saisit
avec empressement. Leur territoire était alors partagé en trois états
différents, possédés par trois frères nommés Herminfredus, Bertharius et
Badericus, qui vivaient en paix. Mais le premier avait épousé Amalberga,
nièce de Théodoric roi des Ostrogoths, et cette princesse, ambitieuse et
cruelle, ne cessait d'engager son mari à dépouiller ses deux frères.
Herminfredus, cédant à ces détestables conseils, s'attaqua d'abord à
Bertharius, le priva de la part qu'il avait eue dans la succession de leur
père et le mit à mort, sans faire subir toutefois le même sort à ses enfants.
La puissance d'Herminfredus se trouva très-accrue par suite de ce crime, et
il résolut de dépouiller son autre frère ; mais, ne se croyant pas en état
d'y parvenir avec ses seules forces, attendu que Badericus se tenait sur ses
gardes, il proposa à Thierry de l'aider dans cette entreprise, en lui
promettant, comme indemnité, la moitié des conquêtes qu'ils feraient
ensemble. Le roi d'Austrasie se hâta d'accourir et conclut un traité formel
avec Herminfredus. Badericus, vaincu, fut tué soit dans le combat, soit
après, et la Thuringe fut réunie dans les mêmes mains. Nous disons : dans les
mêmes mains ; car, dès que Thierry se fut éloigné avec son armée,
Herminfredus, refusant d'exécuter le traité, reprit ce qu'il avait cédé au
roi d'Austrasie et se prépara à lui résister. Celui-ci fut indigné de se voir
joué de la sorte par un prince barbare ; mais il ne jugea pas à propos de
tirer immédiatement vengeance de sa mauvaise foi, et, dissimulant le mieux
qu'il put son ressentiment, il attendit avec patience le moment de punir son
allié d'un jour[84]. On
aurait pu attribuer son inaction au projet de prendre part à la guerre que
ses trois frères consanguins allaient déclarer au roi des Bourguignons ;
mais, comme Du Bos l'a fait observer avec raison[85], rien n'engageait Thierry à
s'associer à leurs projets ; étranger à Clotilde et à sa famille, il n'avait aucun
grief personnel contre le fils de Gondebaud, et il avait même épousé une
fille de Sigismond, en sorte qu'il était intéressé à la conservation plutôt
qu'à la ruine du royaume de ce prince. On sait que Sigismond fut vaincu, en
523, et que, livré aux rois Francs par ses propres sujets, il fut conduit,
avec sa femme et ses enfants, dans la civitas d'Orléans, qui faisait
partie de la sors de Clodomir. Les fils de Clovis regardaient la guerre comme
terminée, lorsque les Bourguignons se révoltèrent, proclamèrent roi Godemar,
frère de Sigismond, et obtinrent quelques secours de Théodoric roi des
Ostrogoths, en lui cédant quatre civitates du midi de la Gaule. Ces
évènements s'accomplirent en 524, et Clodomir, ne voulant pas laisser à
Godemar le temps d'affermir sa puissance, marcha contre lui, après avoir fait
massacrer Sigismond, sa femme et ses enfants. Il n'en pria pas moins le roi
d'Austrasie de l'aider à soumettre de nouveau les Bourguignons ; mais Thierry
resta neutre, comme l'année précédente, et Clodomir fut tué sur le champ de
bataille de Véseronce[86]. Clotaire
et Childebert, frères de ce prince, firent périr ses deux fils aînés et
partagèrent entr'eux les cités qui avaient formé son royaume, et nous avons
remarqué plus haut que Thierry en avait obtenu quelques-unes, bien que
Grégoire de Tours semble dire que Clotaire et Childebert ne voulurent rien
donner à leur frère aîné[87]. Ils ne
cherchaient, au reste, qu'à s'agrandir les uns aux dépens des autres, quand
ils le pouvaient sans péril, et nous ne sommes pas éloigné de croire que
l'expédition faite par Thierry contre la civitas des Arverni,
dans le cours de l'année 525, eut pour principe, comme l'expédition de 532,
quelque tentative de Childebert pour annexer cette cité à son propre royaume,
tentative favorisée par les Arverni eux-mêmes. Quoiqu'il en soit, le
roi d'Austrasie, ayant réuni une armée considérable, s'avança vers le centre
de la Gaule, pénétra dans la civitas rebelle et en assiégea la
capitale. Les habitants, qui craignaient d'être cruellement punis de leur
révolte, opposèrent une vigoureuse résistance ; mais ils furent enfin obligés
de se rendre, et l'évêque saint Quintianus, étant allé se jeter aux pieds du
roi, obtint leur pardon[88]. Les autres villes ne furent
pas traitées avec la même indulgence, et Grégoire de Tours, qui naquit dans
ce pays, une vingtaine d'années après la première expédition de Thierry, a
consigné dans ses divers ouvrages les détails les plus curieux sur les désordres
et les ravages que les soldats du roi d'Austrasie commirent dans nombre de
lieux, notamment à la prise du castrum Lovolautrense ou Novolautrense
(aujourd'hui
Volorre), dans
lequel ils mirent à mort le prêtre Proculus, un des ennemis de saint Quintianus[89]. Les
malheurs de cette invasion, à laquelle avaient dû prendre part beaucoup d'alamanni
et d'autres barbares encore païens, furent tempérés néanmoins par l'heureux
empire que de saints personnages parvinrent à acquérir sur Thierry et ses
soldats. C'est ainsi que l'évêque Quintianus obtint que la ville de Clermont (Arverni) serait épargnée ; c'est ainsi
encore que l'abbé saint Portianus rendit d'autres services aux gallo-romains
qui habitaient dans le voisinage de son monastère[90]. L'estime
que le clergé de la civitas des Arverni inspira à Thierry fut
telle, que ce prince eut l'idée singulière d'enlever un, grand nombre de
prêtres et de les transplanter dans les civitates de l'Austrasie où
l'on manquait d'ouvriers évangéliques, notamment dans la civitas de
Trèves[91]. Parmi ces prisonniers d'un
nouveau genre se trouvait un jeune homme nommé Gallus, qui n'avait pas encore
reçu les ordres sacrés, et que Grégoire de Tours[92] qualifie en conséquence de clericus.
Au bout de peu de temps, et, après qu'il eut été élevé aux fonctions de
diacre, il fut conduit à Cologne, et Thierry le chargea d'exercer son
ministère auprès des ripuaires, dont plusieurs étaient encore attachés aux
erreurs du paganisme. On voyait même dans cette ville, ou plutôt près de ses
murs, un fanum, pour lequel les ripuaires païens avaient une telle
vénération, qu'ils avaient appendu à ses murailles une énorme quantité
d'ex-voto destinés à conserver le souvenir des faveurs et des grâces qu'ils
s'imaginaient avoir obtenues par la protection du dieu ou des dieux honorés
dans ce temple. Gallus essaya d'abord de les amener à la pratique du
christianisme par la voie de la persuasion ; puis, voyant qu'il n'y réussissait
pas et croyant que l'existence du fanum était le principal obstacle à la
conversion des païens, il forma et exécuta le projet d'incendier cet édifice.
Il fut poursuivi de près par les païens furieux, et le roi lui-même eut de la
peine à le soustraire à leurs coups ; mais on ne croit pas que le fanum ait
été rétabli, et sa destruction contribua probablement à la décadence de plus
en plus rapide du paganisme germanique[93]. Cette
digression nous a un peu éloignés de l'expédition de Thierry contre la civitas
des Arverni ; il est toutefois nécessaire d'ajouter que la soumission
de ce peuple fut bientôt complète, et le roi, avant de partir, en confia le
gouvernement, avec le titre de cornes, au sénateur Hortensius, dont
l'administration n'a pas laissé de traces dans l'histoire[94]. Trois
années plus tard, en 528, Thierry entreprit une campagne plus périlleuse et
plus difficile. Il n'avait jamais pardonné au roi des Thuringiens son manque
de foi, et les circonstances paraissant alors favorables, le roi d'Austrasie
résolut de commencer la guerre immédiatement. Il ne s'agissait pas,
d'ailleurs, d'une simple satisfaction d'amour-propre. Les Mérovingiens, en
poursuivant la conquête de la Germanie, ne faisaient que continuer la
politique séculaire de l'Empire, dont ils étaient les représentants. Aussi ne
se bornèrent-ils pas à réparer les forteresses élevées autrefois sur les
frontières par ordre des empereurs, et à repousser les incursions des
Germains ; ils allèrent chercher ces barbares dans leur pays même et finirent
par les dompter, en introduisant la civilisation chez des peuplades dont les
courses troublaient et ruinaient depuis si longtemps la Gaule et l'Italie. En
un mot, les expéditions des rois Francs au-delà du Rhin doivent être
considérées comme la suite et le complément des célèbres expéditions de
Drusus, de Germanicus, de Tibère, de Marc-Aurèle et de Constantin. Thierry,
voulant assurer la réussite de son entreprise, engagea son frère Clotaire,
dont il connaissait la valeur, à l'accompagner dans une guerre qui les
intéressait tous deux. Il emmena aussi son propre fils Théodebert, et son
armée, grossie tant par le contingent de Clotaire que par les renforts que
durent lui amener les ducs des Alamanni et des Bajuvarii, était
fort considérable. Il n'oublia rien néanmoins pour enflammer le courage des
Francs, et il eut bien soin de leur rappeler les atrocités que les Thuringiens
avaient commises dans le pays des Ripuaires, près de quatre-vingts ans
auparavant, lorsqu'ils y avaient pénétré à la suite d'Attila. Excitée par le
désir de la vengeance et par la soif du pillage, l'armée de Thierry, dans
laquelle figuraient probablement les débris des anciennes légions, s'avança
vers la Thuringe. On ne tarda pas à rencontrer les ennemis, qui, craignant,
sans doute, l'impétuosité de leurs adversaires, se tenaient enfermés dans un
camp fortifié avec le plus grand soin. Ils avaient creusé en avant de leurs
retranchements des chausse-trappes, si adroitement couvertes de branchages et
de gazon, que la cavalerie austrasienne ne les aperçut pas et perdit un
certain nombre de cavaliers et de chevaux, qui tombèrent dans ces fosses.
Mais le désordre ne fut pas de longue durée, et les assaillants, étant
parvenus à surmonter ce premier obstacle, abordèrent les Thuringiens avec
vigueur et les enfoncèrent. Herminfredus s'enfuit un des premiers et se
retira dans la direction d'une rivière que Grégoire de Tours appelle Onestrudis,
et qui porte maintenant le nom d'Unstrudt. C'est un des affluents de la
Saale, qui se jette elle-même dans l'Elbe, et le volume des eaux de cette
rivière, ordinairement peu considérable, se trouvant encore diminué par les
chaleurs de l'été, elle n'était pas capable d'arrêter la poursuite des
vainqueurs. Les Thuringiens furent atteints sur les bords de ce petit cours
d'eau, avant même qu'ils eussent eu le temps de le franchir, et ils périrent
en si grand nombre, que, d'après Grégoire de Tours, leurs cadavres formèrent
une sorte de pont sur lequel les Francs purent traverser la rivière. Si on
prenait à la lettre le récit de l'historien, on serait forcé d'admettre que
cette victoire, ou, si l'on aime mieux, cette double victoire termina la
guerre, et que Thierry n rencontra plus aucune résistance ; mais on se
tromperait ; car les hostilités, commencées dans l'été de l'année 528, se
prolongèrent jusqu'en 530, et ce fut seulement après une lutte de deux ou
trois ans que les Thuringiens se résignèrent à subir le joug des Francs. Clotaire
ne parait avoir pris aucune part aux évènements qui suivirent la première
campagne, et Grégoire de Tours rapporte un fait qui, s'il est authentique,
était bien propre à engager ce prince à retourner dans son royaume. D'après
l'historien des Francs, Thierry aurait résolu de faire périr son frère,
probablement afin de ne pas être obligé de partager avec lui les fruits de la
victoire. Comme les troupes des deux rois campaient séparément, Thierry pria
Clotaire de venir le trouver dans sa tente, pour conférer d'une affaire
majeure. Il avait pris d'avance la précaution de placer derrière une
tapisserie plusieurs hommes armés, qui, à un signal convenu, devaient se
précipiter sur le roi de Soissons. Mais la tapisserie étant un peu trop
courte, un des amis ou des serviteurs de Clotaire vit les jambes des sicaires
et en prévint immédiatement le prince, qui se rendit dans la tente de Thierry
avec une troupe de soldats dévoués. Le roi d'Austrasie, devinant que son
projet était dévoilé, entretint son frère d'une affaire indifférente et lui
offrit, afin de le calmer, un magnifique bassin d'argent, qui s'était trouvé
dans le butin, et qu'il ne rougit pas de faire redemander par son fils
Théodebert[95]. Il est
bien difficile de déterminer le degré de confiance qu'il faut accorder à ce
récit de l'historien des Francs, et rien dans la vie de Thierry Ier
n'autorise à croire qu'il fût capable d'un pareil crime. En tout cas, il
n'empêcha pas Clotaire de prendre sa part dans les dépouilles de la Thuringe
; ce prince obtint notamment un certain nombre de captifs, parmi lesquels
deux enfants de Bertharius, qui était tombé, comme on l'a vu, sous les coups
de son frère Herminfredus. On sait que Clotaire épousa plus tard Radegonde,
fille de ce roi malheureux[96]. Nous
avons dit tout-à-l'heure que la lutte entre les Francs et les Thuringiens se
prolongea jusqu'en 530. A cette époque, Herminfredus fut fait prisonnier ou
se rendit volontairement, après avoir acquis la certitude qu'une plus longue
résistance était désormais impossible. Thierry le traita d'abord avec
générosité et le mena à Tolbiacum, ville située à l'occident et à
quelques lieues du Rhin ; mais, un jour, il le conduisit, sous un prétexte
quelconque, sur les remparts autrefois construits par les Romains et toujours
soigneusement entretenus, et au moment où l'ex-roi de Thuringe considérait le
paysage qui les entourait, un homme aposté, et dont le nom est demeuré
inconnu, poussa ce prince si rudement, qu'il tomba dans le fossé et mourut de
sa chute. Grégoire de Tours ajoute, et on le croira sans peine, que Thierry
voulut ainsi se débarrasser d'un roi qui pouvait avoir plus tard l'envie de
retourner dans la Thuringe et d'y recommencer la guerre[97]. La femme et les enfants
d'Herminfredus se réfugièrent en Italie, près du frère de cette princesse,
Théodat, qui devait devenir roi des Ostrogoths quatre années plus tard. Un
prince de la famille royale de Thuringe, fils de Bertharius et par conséquent
frère de Radegonde, parvint aussi à s'échapper et alla demander un asile à
l'empereur Justinien, qui venait de succéder à Justin Ier, son oncle, et dont
le règne devait jeter un si grand éclat[98]. Les
Thuringiens subirent avec résignation le sort que la guerre leur avait fait.
Au reste, Thierry les traita avec modération ; il éteignit chez eux le titre
de rex, qui n'avait pas encore un grand relief, et forma de leur pays un ducatus
attaché au royaume d'Austrasie, imitant ainsi son père, Clovis, qui avait
également forcé le chef des Alamanni à se contenter du titre de dux
et à reconnaître sa suprématie. La
conquête de la Thuringe augmenta considérablement vers l'est le territoire de
l'Austrasie ; il comprenait déjà la Frise et le nord de la Germanie, où
Thierry avait imposé un tribut aux Varnes ou Variniens et à une fraction des
Saxons ; à partir de l'année 530, ce territoire s'étendit jusqu'à l'Elbe,
peut-être même jusqu'à l'Oder ; il finissait, plus bas, au pied des montagnes
de la Bohème ; au sud-ouest de ces montagnes il embrassait une partie de la
vallée du Danube, et, à partir du règne de Théodebert Ier, il ne se termina
qu'à l'entrée des vastes plaines de la Pannonie et de la Dacie, où errait la
nation nomade des Abares, qui le sépara seule des frontières du partage
d'Orient. Celte extension du territoire austrasien dans la direction du
sud-est tenait à la soumission des Bajuvarii ou Bavarois, qui, depuis
la bataille de Tolbiac, avaient consenti à reconnaître la suprématie des
Francs, et dont le chef s'était même résigné à quitter le titre de rex pour
prendre celui de dux, et à demander au roi d'Austrasie la confirmation
de son élection. La
nation des Bavarois eut des rapports si fréquents avec l'Austrasie, surtout
pendant le Ville siècle, qu'il n'est, pas inutile de dire un mot de ses
origines. Après avoir habité la Bohême jusque vers le commencement du Ve
siècle, les Bavarois en étaient sortis, au moment où d'autres nations
barbares s'étaient jetées sur la Gaule. Ils étaient arrivés trop tard, et,
trouvant toutes les places prises, ils s'étaient fixés près des Alamanni, sur
la rive gauche du Haut-Danube, et même au midi de ce fleuve, dans plusieurs
cantons de la Vindélicie, dont quelques autres furent occupés par les
Ostrogoths ; mais, après la chute de la monarchie de ces derniers, ils
envahirent tous les districts orientaux de la Vindélicie et s'établirent même
dans le Norique, que l'empereur Justinien ne jugea pas à propos de réclamer,
quoiqu'il eût reconquis, comme nous le verrons bientôt, toutes les autres
provinces de la préfecture d'Italie. On est
assez porté à se figurer que la Germanie méridionale, que les Romains avaient
possédée pendant plus de quatre siècles, était redevenue, à la suite des
invasions barbares, une contrée sauvage et déserte. C'est une erreur, ainsi
que nous en avons déjà fait l'observation. L'ancienne population
germano-romaine avait eu à souffrir ; mais elle n'avait pas été exterminée,
et les habitants des villes qui s'élevaient dans les vallées du Danube, du
Mein et du Necker avaient conservé leur liberté et leurs biens. Ce pays
avait été colonisé principalement par des vétérans, auxquels les empereurs
avaient concédé, selon l'usage, des bénéfices militaires. Beaucoup de ces
bénéfices n'avaient pas été morcelés, soit que les descendants des anciens
possesseurs en eussent conservé la propriété, soit que plusieurs eussent été
usurpés par des alamanni et d'autres barbares. On les retrouve intacts
pendant la période mérovingienne, et on les désignait par le nom de Beunengüter,
qui signifie domaines fermés, pour les distinguer des Buitengüter,
ou domaines ouverts, que chacun pouvait librement vendre, acheter ou
échanger. Ces domaines fermés ou bénéfices militaires étaient même fort
nombreux dans les cantons de la Grande Germanie les plus rapprochés du Rhin,
et on ne peut douter que les rois d'Austrasie ne les donnassent à des gens de
guerre, lorsqu'ils devenaient vacants par l'extinction des familles qui les
avaient reçus[99]. Quant à l'existence des villes
gallo-romaines, elle est établie par une foule de témoignages. Ammien
Marcellin mentionne Solicinium comme subsistant encore de son temps ;
un autre écrivain de la même époque cite Lupodunum. Dans le Ve siècle,
la ville appelée Batava-Castra (Passau) était toujours occupée par l'ancienne population[100]. L'hagiographe qui a écrit la
vie de saint Gall (Gallus), apôtre de la Rhétie, raconte que le vénérable solitaire trouva
les habitants de cette contrée fixés, à côté des Alamanni, dans
l'enceinte, à moitié démantelée, des cités antiques[101]. Plus tard, lorsque saint
Rupert, évêque de Vangiones ou Wormatia (Worms), prêcha l'Evangile dans le
Norique, il apprit que la ville de Juvavum ou Juvava existait
encore, et qu'il y rencontrerait les descendants, peu nombreux à la vérité,
des colons romains[102]. Enfin, le géographe de
Ravenne, qui rédigeait sa compilation au VIIIe siècle selon les uns, au IXe
selon les autres, toutefois sur des documents remontant au Ve ou au VIe,
mentionne, comme debout à l'époque où il écrivait, non seulement Solicinium,
qu'il appelle Solist, mais encore la plupart des villes de la Pannonie[103] ; tout en faisant observer que
les Barbares avaient bien pu changer les noms de quelques-unes d'entr'elles[104]. Il ne
faut pas croire néanmoins que la Vindélicie, le Norique, et les autres
cantons de la Germanie colonisés par les Romains, aient jamais présenté le
même aspect que la Gaule ; la civilisation n'y avait pénétré que fort
imparfaitement, et les vétérans, souvent d'origine barbare, qui formaient les
colonies romaines, n'étaient pas propres à donner aux Germains une idée
avantageuse des mœurs de leurs maîtres. Le christianisme s'était cependant
répandu dans cette contrée, et on a découvert en plusieurs lieux des
inscriptions funéraires chrétiennes[105] ; mais ses progrès avaient été
ralentis, au IVe siècle, par l'invasion de l'arianisme, qui, profitant de la
protection de quelques empereurs, s'établit en maître dans les villes
romaines situées sur les bords du Danube. Au nord du fleuve, on ne
rencontrait guère que des païens, et ce fut seulement à partir du règne de
Thierry Ier que l'on fit des tentatives pour les convertir. La princesse
thuringienne Radegonde, qui épousa Clotaire Ier, travailla avec zèle à ce
grand ouvrage, sans oublier les Francs eux-mêmes. Voyageant, un jour, dans un
canton habité principalement par des saliens, elle rencontra un temple païen
et n'hésita pas à l'incendier, malgré les menaces de la multitude[106]. Vers le même temps, saint
Fridolin parcourut l'est, le nord de la Gaule, et même quelques Cantons de la
Grande Germanie, convertissant les idolâtres et fondant des monastères, tous
dédiés à saint Hilaire qu'il avait pris pour modèle, ainsi que nous le raconterons
dans un des chapitres suivants. On voit
déjà des traces bien sensibles de cette influence croissante du christianisme
dans les lois des peuples barbares qui furent révisées ou rédigées pour la
première fois par ordre de Thierry. Il disposa que la Loi Salique,
écrite depuis assez longtemps déjà et qui renfermait par conséquent plusieurs
prescriptions contraires à la religion chrétienne, serait revue[107] avec le plus grand soin et mise
en harmonie avec le culte nouveau. Mais la chose ne put réussir, et on fut
obligé, à cause de l'attachement que beaucoup de saliens conservaient pour
les superstitions de la Germanie, de laisser subsister dans leur code certaines
dispositions qui rappelaient les anciennes mœurs[108]. Le roi
d'Austrasie fit aussi rédiger, à la même époque, la Loi des Ripuaires
et les codes des Alarnanni et des Bajuvarii, qui n'avaient été
conservés que par une tradition plus ou moins fidèle[109]. Enfin, il n'est peut-être pas
impossible de faire remonter au même temps la première rédaction d'une autre
loi : celle des Chamaves, peuplade germaine qui était entrée dans la
confédération des Ripuaires, mais avait gardé avec soin ses usages
particuliers, qu'elle désira voir consignés dans un code qui lui fût propre[110]. Nous
aurons, du reste, l'occasion de revenir sur les différents codes barbares,
lorsque nous parlerons des révisions qu'ils subirent par ordre des
successeurs de Thierry, et lorsque nous donnerons un aperçu de la législation
des Ripuaires ; nous nous contenterons donc de faire observer ici que ces
lois n'étaient faites que pour les petits peuples germains dont elles
portaient les noms ; que l'on ne doit pas y voir la législation d'un prétendu
royaume de France qui n'existait pas alors, et que les Gallo-Romains
obéissaient aux constitutions impériales, dont l'empereur Théodose II avait
publié un recueil, que Justinien Ier était sur le point de refondre et de
compléter. Thierry
était tout occupé de ces mesures législatives, lorsqu'il apprit qu'une
révolte venait d'éclater dans la Belgica Secunda. L'auteur de ce
mouvement, sur lequel Grégoire de Tours ne donne malheureusement pas assez de
détails, était un membre de la famille royale. Il se nommait Mundericus, mais
on ne peut guère savoir quel était son degré de parenté avec Thierry. Du Bos
suppose que Mundericus était le fils d'un de ces petits rois Francs que
Clovis avait sacrifiés à sa sûreté[111]. Si l'on réfléchit que vingt
années s'étaient écoulées depuis la mort de ces princes, et si l'on admet
qu'à l'époque à laquelle notre récit est parvenu (530) Mundericus avait vingt-cinq ans
ou environ, on sera tenté de croire que c'était, au moment de l'assassinat de
son père, un enfant, que Clovis aura cru pouvoir laisser vivre sans danger
pour lui-même, et que par conséquent l'hypothèse de Du Bos est fondée. Mais
une circonstance nous empêche de nous ranger à l'avis du savant académicien.
On a vu plus haut que les provinces de la Gaule possédées par Clovis avaient
été divisées en deux lots ; qu'un des deux lots avait été partagé par égales
portions entre les trois fils de Clotilde, et que l'autre lot, qui comprenait
notamment l'ancien royaume des Ripuaires, avait été donné à Thierry ; or, il
est certain que Mundericus n'adressa aucune réclamation aux fils de Clotilde
et n'éleva de prétentions qu'à l'égard du royaume de Thierry. Quelle
conclusion faut-il tirer de cette singularité ? Il nous semble qu'on peut en
tirer deux, qui, à la vérité, s'excluent mutuellement. Il est, en effet,
possible d'admettre que Mundericus était fils soit de Clodéric, soit de
quelqu'autre membre de la famille royale des Ripuaires ; et, dans ce cas, on
comprend fort bien pourquoi il réclama seulement le royaume d'Austrasie, dans
lequel l'héritage de ses aïeux était alors confondu. Cependant, comme il
semble résulter des expressions employées par Grégoire de Tours, que ce
prince demandait uniquement à partager avec Thierry, de même que les trois
enfants de Clotilde avaient divisé entr'eux la moitié des états de Clovis,
nous aimons mieux croire, avec Foncemagne[112], que Mundericus était fils de
Clovis et d'une concubine, probablement austrasienne, peut-être même de la
mère de Thierry ; cc qui expliquerait comment il ne se plaignit que de ce
dernier, et comment il n'éleva de prétentions qu'à l'égard de l'Austrasie. La
manière dont il les manifesta mérite aussi d'être remarquée. Il disait à ceux
qu'il voulait entrainer dans son parti qu'il était rex et princeps[113]. Si nos idées sur la nature du
double pouvoir des rois Francs sont fondées, la première partie du discours
s'adressait aux Ripuaires, auxquels Mundericus assurait qu'il était rex au
même titre que Thierry, et la seconde aux Gallo-Romains, sur lesquels il ne
pouvait exercer aucune autorité que comme princeps, c'est-à-dire comme
délégué de l'empereur. Et, malgré le silence de Grégoire de Tours, il n'est
pas trop téméraire de supposer que Justinien, mécontent de Thierry comme nous
le verrons dans le chapitre suivant, avait accordé à Mundericus une
délégation semblable à celle que Clovis avait obtenue, sans lui promettre, du
reste, aucune assistance directe. Les
succès du prétendant ne répondirent pas à ses espérances. Ses discours et ses
promesses séduisirent d'abord un assez grand nombre d'individus, mais
Grégoire de Tours assure que ses partisans étaient recrutés presque tous
parmi les colons et les gallo-romains habitant et cultivant les campagnes (rustica
multitudo) ; ce
qui ne laisse pas que d'appuyer notre conjecture sur la délégation impériale.
Thierry, informé de ce qui se passait, dissimula sa colère et pria Mundericus
de le venir trouver, jurant qu'il ferait droit à toutes celles de ses
réclamations que l'on jugerait fondées. Mundericus ne tomba pas dans un piège
aussi grossier, et Thierry, voyant que sa ruse était inutile, envoya contre
lui des troupes, qui dispersèrent la cohue rassemblée par le prétendant et le
forcèrent à s'enfermer lui-même dans le castrum Victoriacum, que les
meilleurs critiques identifient avec la ville de Vitry[114]. Le siège tira en longueur ;
alors Aregisilus, un des ministres de Thierry, demanda l'autorisation
d'entrer dans le castrum, et, s'adressant à Mundericus, lui représenta avec
tant de force l'impossibilité où il était de résister, que le malheureux
prince finit Par se livrer au roi d'Austrasie, à condition qu'il aurait la
vie sauve. Aregisilus, plaçant la main droite sur un autel, jura tout ce que
Mundericus voulut ; mais ce dernier ne fut pas plutôt sorti du castrum,
que les soldats austrasiens se jetèrent sur lui et le tuèrent. Grégoire de
Tours ajoute que ses domaines furent réunis au fisc royal[115]. Les
chronologistes modernes assignent l'année 530 pour date à l'entreprise que
nous venons de raconter ; mais il ne serait pas impossible de prouver qu'elle
n'eut lieu qu'en 531. L'année d'après, Thierry se trouva engagé dans une
nouvelle affaire, qui l'entraîna loin du centre de son royaume. Les fils de
Clovis vivaient en assez mauvaise intelligence, et ne négligeaient même
aucune occasion de se nuire réciproquement et de s'agrandir les uns aux
dépens des autres. Or, pendant que Thierry, perdu en quelque sorte avec son
armée au milieu des forêts de la Thuringe, était tout occupé d'achever la
conquête de ce royaume, le bruit se répandit qu'il était mort, et son frère
Childebert forma aussitôt le projet de s'emparer de quelques-unes des civitates
qui appartenaient à l'Austrasie. L'occasion était favorable. Les Wisigoths,
momentanément découragés par les victoires de Clovis et de son fils, avaient
repris confiance et tentaient de reconquérir les cités qu'ils s'étaient vus
forcés de céder aux Francs. Leurs premiers efforts furent couronnés de succès
; les troupes de Thierry abandonnèrent avec précipitation la civitas
des Ruteni, ainsi que les pays voisins, et les Wisigoths ne
s'arrêtèrent qu'au pied des montagnes qui limitaient la civitas des Arverni.
Ceux-ci n'avaient pas oublié le rude traitement que le roi d'Austrasie leur
avait fait subir, quelques années auparavant. Voulant se soustraire à sa
domination, sans retomber sous le joug des Wisigoths, qu'ils détestaient à
cause de leur arianisme, ils décidèrent qu'ils engageraient Childebert à
prendre possession de leur cité, et le sénateur Arcadius, petit-fils du
célèbre Sidoine Apollinaire, fut chargé par les mécontents d'aller lui porter
l'expression de ce vœu. Aucune offre ne pouvait lui être plus agréable ; il
possédait la civitas de Bourges, qui confinait à celle des Arverni,
et il voyait là un agrandissement tout-à-fait à sa convenance. Il rassembla
donc aussitôt une armée et pénétra dans le pays dont nous parlons, sans
rencontrer aucune résistance. Le comte Hortensius, qui administrait la civitas
au nom de Thierry, s'était enfermé dans la capitale, que l'on appelle
maintenant Clermont ; mais Arcadius rompit la serrure d'une des portes, et
Childebert fit son entrée dans la ville. E s'applaudissait beaucoup de la
facilité avec laquelle il avait achevé cette usurpation, lorsqu'il apprit que
Thierry vivait et revenait victorieux de son expédition contre les
Thuringiens. Il perdit courage à cette nouvelle, et, feignant d'avoir
seulement voulu traverser la civitas des Arverni, il l'évacua
sur-le-champ et marcha contre les Wisigoths, au roi desquels il reprochait
d'avoir recommencé les hostilités contre les Francs sans aucun motif, et de
maltraiter de la manière la plus cruelle et la plus outrageante son épouse,
fille de Clovis et de Clotilde. Les évènements de cette guerre
n'appartiennent pas à noire sujet, et il doit nous suffire de rappeler que
Childebert ne fut pas inquiété par Thierry pendant le cours de celle campagne[116]. Le roi
d'Austrasie avait, en effet, jugé utile de dissimuler momentanément le
courroux que lui inspirait l'entreprise de son frère ; il- parut croire que
Childebert n'avait eu aucun projet d'usurpation ; mais il résolut de tirer
une vengeance exemplaire et de ce prince et des Arverni.
Malheureusement pour ces derniers, une occasion favorable se présenta
bientôt. Les Bourguignons, souvent vaincus par les Francs, n'avaient jamais
été domptés, et les Ostrogoths, qui craignaient beaucoup le voisinage des
fils de Clovis, avaient toujours fourni, plus ou moins secrètement, des
secours aux Bourguignons, en sorte que la conquête de leur pays était encore
à faire. Vers la fin de l'année 531, Childebert et Clotaire demandèrent à
Thierry de prendre part à une expédition nouvelle qu'ils allaient
entreprendre, et dont le résultat, disaient-ils, devait être extrêmement
avantageux. Le roi d'Austrasie manifesta d'abord quelque désir de répondre
favorablement à leur invitation ; mais il craignait l'ambition de ses frères,
et il n'avait jamais oublié que son épouse était fille de Sigismond ancien
roi des Bourguignons et nièce de Godemar, qui régnait actuellement sur ce
peuple. Le refus de Thierry ne plut pas à la portion de l'exercitus
Francorum qui était cantonnée dans son royaume. On reprochait à ce prince
de trop aimer la paix ; on regrettait le riche butin que l'on n'aurait pas
manque de faire dans les opulentes civitates qui composaient le
royaume de Bourgogne, et on annonçait ouvertement l'intention d'aller servir
sous les enseignes de Childebert et de Clotaire. Les murmures devinrent si
violents, que le roi d'Austrasie crut nécessaire d'assembler les Francs et de
leur annoncer qu'il allait les conduire dans la civitas des Arverni,
où ils trouveraient de l'or et de l'argent en aussi grande abondance qu'ils
pourraient le désirer[117]. Ce discours les calma, et l'exercitus
Francorum prit le chemin du territoire dont le pillage lui était promis[118]. Les Francs ne rencontrèrent de
résistance que dans un petit nombre de lieux défendus par la nature ou par
l'art ; mais ils n'en traitèrent pas moins avec dureté la cité des Arverni.
Il est assez difficile, au reste, de démêler dans les divers récits de
Grégoire de Tours les faits qui sont relatifs à l'expédition de 525 et ceux
qui concernent l'invasion de 532. L'historien des Francs, qui était né dans
le pays dont nous parlons, confond même parfois les deux expéditions, et
c'est à la seconde qu'il rattache l'intervention de saint Quintianns, bien
que le vénérable évêque fût mort dès l'année 527[119]. Néanmoins, c'est sans
hésitation que nous inscrivons à la date de 532 le pillage de la basilique de
Saint-Julien à Brioude[120], et le siège du castrum Meroliacense,
que Valois identifie avec le bourg d'Oliergues. Beaucoup d'Arverni
s'étaient réfugiés dans cette forteresse, et, comme les Francs, irrités de
leur résistance, menaçaient de les massacrer, chacun fut obligé de payer un triens
pour racheter sa vie[121]. Arcadius, le premier auteur de
toutes ces calamités, n'avait pas attendu l'orage et avait cherché un asile
dans la cité de Bourges, qui appartenait à Childebert ; mais Placidina mère
de ce sénateur et Alcima sa tante furent arrêtées dans la cité des Cadurci,
condamnées à un exil perpétuel et dépouillées de tous leurs biens. Thierry
reprit ensuite le chemin de l'Austrasie, en emmenant avec lui les sénateurs
et les citoyens qu'il jugeait capables de rallumer le feu de la révolte.
Avant de partir, il confia l'administration de la cité des Arverni à un de
ses parents, nommé Sigivaldus, qu'il enrichit en lui donnant un certain
nombre de domaines confisqués sur plusieurs grands propriétaires, que l'on
regardait, à tort ou à raison, comme plus coupables que les autres[122]. Telle
fut l'issue de la seconde expédition de Thierry dans la civitas des Arverni
; d'autres auraient dit : de l'expédition de ce prince ; car beaucoup
d'historiens, ne connaissant aucun fait qui ait pu motiver la première, n'en
admettent qu'une et rattachent à la même campagne tous les incidents et
toutes les particularités rapportés soit par Grégoire de Tours, soit par les
biographes de saint Quintianus et de saint Fidolus ; toutefois, comme on est
assez généralement d'accord pour placer l'expédition de Thierry en 532 ;
comme il est certain, d'un autre côté, que saint Quintianus est mort en 527[123], et que l'épiscopat de saint
Camelianus, évêque de Troyes, a dû se terminer avant 532, il nous a paru plus
sûr, après les savants bénédictins qui ont rédigé l'Art de vérifier les
dates[124], d'admettre deux révoltes des Arverni
et deux voyages de. Thierry. Peut-être la découverte de quelqu'inscription
permettra-t-elle plus tard de trancher la question d'une manière définitive,
et de mettre d'accord les historiens futurs. Tous conviennent néanmoins dès à
présent que la guerre dont il vient d'être parlé n'eut pas le caractère d'une
conquête, mais celui d'une punition infligée à une province rebelle. La civitas
des Arverni avait été rangée, d'une manière régulière et avec
l'approbation tacite de l'empereur, dans la sors du roi d'Austrasie,
et ils n'avaient pas le droit de se placer sous la domination d'un autre
prince. Thierry ne commit donc pas, en les punissant, un acte
d'insubordination envers l'autorité impériale, ni une agression contre une
province de l'Empire. Il faut remarquer de plus que, s'il traîna en captivité
ou dépouilla de leurs domaines quelques hommes plus compromis que les autres,
et que si les Austrasiens commirent bien des désordres, le sol resta aux
anciens possesseurs, et que l'on ne voit ici aucune trace de ces
confiscations générales et systématiques qui, d'après divers historiens,
auraient servi à constituer la dotation des guerriers Francs[125]. Il est tellement vrai que le
roi n'entendait pas traiter la cité des Arverni en pays conquis,
c'est-à-dire sans miséricorde, que, avant de partir, il recommanda à
Sigivaldus de gouverner avec douceur et modération. Mais cet homme, fier des
liens de parenté qui l'attachaient à la famille royale et se croyant à l'abri
de tout châtiment, ne tint aucun compte de la recommandation, commit des
exactions de toute nature et permit à ses satellites de satisfaire leur
rapacité. La punition ne se fit pas attendre longtemps : dès l'année 533,
Thierry, informé de l'usage criminel que Sigivaldus faisait de son autorité,
dépêcha dans la ville de Clermont des émissaires, qui le mirent à mort, et il
envoya à son fils Théodebert, qui combattait alors les Wisigoths sur les
confins de la Narbonnaise Première, l'ordre de faire subir le même sort à
Givaldus, fils du gouverneur des Arverni. Grégoire de l'ours nous
apprend, au reste, que Théodebert, qui était naturellement généreux, refusa
d'exécuter cet ordre barbare. Il prévint secrètement Givaldus des
instructions qu'il avait reçues, et l'engagea à se retirer dans une autre
partie de l'Empire jusqu'au moment où la mort de Thierry lui permettrait de
se montrer sans péril. Givaldus suivit le conseil de Théodebert et chercha un
asile d'abord dans la ville d'Arles, qui faisait partie du royaume des
Ostrogoths, puis au-delà des Alpes, où il se crut en sûreté[126]. Pendant
que ces évènements s'accomplissaient, les frères de Thierry poursuivaient,
avec des succès variés, la nouvelle guerre qu'ils avaient entreprise contre
le royaume des Bourguignons, et Childebert, craignant de voir les Austrasiens
profiter de son éloignement pour attaquer son propre partage, fit à leur roi
la proposition de se réconcilier. Thierry se montra disposé à entrer en
arrangement, et les deux rois conclurent, à la fin de 532 ou au commencement
de 533, un traité par lequel ils prenaient l'engagement réciproque de
respecter scrupuleusement les limites de leurs sortes, et, comme garantie de
l'inviolabilité de leur promesse, ils donnèrent des otages, parmi, lesquels
figuraient en assez grand nombre des fils de sénateurs. Ce fut un grand
malheur pour eux, parce que la bonne intelligence entre les deux rois ne dura
pas longtemps, et que les otages furent, au mépris des conditions auxquelles
les Francs s'étaient établis dans la Gaule, réduits en servitude au profit du
fisc[127]. C'est à cette malheureuse
affaire que se rattache l'intéressant épisode des aventures d'Attale, où
Grégoire de Tours a déployé tout son talent de narrateur, mais qui est trop
connu pour être rapporté ici, quoique les aventures de ce jeune homme aient
eu l'Austrasie pour théâtre. La
seconde rupture survenue entre Thierry et Childebert n'entraîna, toutefois,
aucune hostilité ; il est probable seulement qu'on doit lui attribuer un fait
que nous rapporterons tout à l'heure. On a vu plus haut que Théodebert, fils
du roi d'Austrasie, était, en 555, occupé à combattre les Wisigoths sur les
frontières de la Narbonnaise Première. L'origine de cette guerre était, comme
nous l'avons dit, la résolution prise par Amalaric, fils et successeur
d'Alaric II, de recouvrer, en tout ou en partie, les civitates que
Clovis avait autrefois conquises, et les premiers efforts des Wisigoths
avaient été couronnés de succès. Leurs prospérités furent interrompues
momentanément par l'expédition que Childebert fit contre ce peuple, par la
perte d'une grande bataille, par la mort d'Amalaric et par un traité onéreux.
Mais Childebert n'eut pas plutôt regagné son royaume, que les Wisigoths,
encouragés par Theudis, leur nouveau roi, reprirent les armes en l'année 532,
peut-être même à la fin de 531. Secondés en quelques lieux par les
Gallo-Romains, qui s'imaginaient gagner à un changement de domination, ils
repoussèrent les Francs dans la Première et la Seconde Aquitaines. Thierry,
affligé de pareils revers, décida, aussitôt qu'il fut débarrassé de son expédition
contre les Arverni, d'envoyer dans le midi une forte armée, commandée
par son fils Théodebert, dont les talents militaires étaient connus, et il
pria son frère Clotaire, lequel guerroyait alors contre les Bourguignons, de
lui fournir un contingent ; ce qui était d'autant plus juste que plusieurs
des cités occupées récemment par les Wisigoths étaient dans la sors du roi de
Soissons. Clotaire y consentit et chargea son fils Guntharius de diriger le
contingent des Saliens et d'agir d'accord avec Théodebert. Mais Guntharius
n'alla que jusqu'à Ruteni (Rodez) et retourna promptement au nord de la Seine ;
départ précipité qu'il faut attribuer, sans doute, à la nouvelle rupture de
Thierry et de Childebert, laquelle inspira au roi Clotaire le désir d'avoir
son fils près de lui, afin de pouvoir agir selon les circonstances.
Théodebert, sans se laisser décourager par une pareille défection, continua
sa marche, pénétra dans la civitas de Biterrœ (Béziers) et s'empara d'un castrum appelé
Dea ou Deas, qu'il abandonna au pillage[128]. Il se dirigea ensuite vers un
autre castrum nommé Capraria (maintenant Cabrière), et fit sommer les défenseurs
de se rendre, ajoutant que, s'ils n'obéissaient pas, il brûlerait la
forteresse et réduirait en servitude toutes les personnes qui s'y trouvaient.
Au nombre d'entr'elles on voyait une matrone gallo-romaine appelée Deuteria,
dont le mari s'était réfugié dans la ville de Biterrœ. Cette femme,
qui, selon Grégoire de Tours, était utilis valde atque sapiens,
engagea les défenseurs du castrum à capituler et en fit donner avis à
Théodebert. Il voulut en prendre possession lui-même. Deuteria alla à sa
rencontre, et Théodebert fut si épris de sa beauté, qu'il la prit pour
concubine, bien qu'elle fût mariée, et que lui-même eût promis, depuis deux
ou trois ans, d'épouser Wisigarda fille de Wacco roi des Langobardi ou
Lombards[129]. Les
conquêtes de Théodebert ne furent pas aussi rapides qu'il l'avait espéré. Les
Ostrogoths voyaient avec inquiétude et jalousie les progrès continuels de la
puissance des Francs, et, les années précédentes, ils avaient fourni, plus ou
moins secrètement, des secours aux Bourguignons. En 534, ils aidèrent les
Wisigoths, et leur coopération ne fut pas inutile. Théodebert, qui
connaissait leurs desseins, .avait, dès l'année précédente, obligé les
sénateurs de la ville d'Arles à promettre de rester neutres et de livrer des
otages, comme garantie de leur bonne foi ; mais les Ostrogoths, sans aucun
égard pour cet arrangement, firent entrer dans la ville un gros corps de
troupes, et les Austrasiens se trouvèrent dès lors placés entre l'armée des
Wisigoths, qui occupait Biterrœ ainsi que les villes voisines, et ce
corps de troupes, lequel pouvait déboucher d'Arles à l'improviste et les
prendre à dos. Théodebert ne savait comment se tirer d'un pareil embarras,
lorsqu'il apprit que son père, qui était dangereusement malade depuis un
certain temps, touchait à sa dernière heure, et que Clotaire et Childebert se
concertaient déjà pour se mettre en possession du royaume d'Austrasie, et le
priver lui - même de son héritage, comme ils avaient déjà dépouillé du leur
les trois fils de Clodomir. A cette nouvelle, il abandonne le commandement de
l'armée aux duces qui servaient sous ses ordres, traverse la civitas
des Arverni, y laisse Deuteria et la fille de cette femme, arrive, non
sans avoir couru quelques dangers, dans le lieu où Thierry était étendu sur
son tit de mort, et prend immédiatement toutes les mesures nécessaires pour
déjouer les projets ambitieux de ses deux oncles[130]. Il
était temps, car le roi d'Austrasie mourut peu de jours après le retour de
son fils, sans que l'on sache d'une manière précise la date de cet évènement,
qui eut lieu certainement avant les derniers mois de l'année 534. Thierry
était alors sur le point d'accomplir la vingt-troisième année de son règne,
qui avait commencé le 27 novembre 511. On ne connaît pas son âge, et on
ignore dans quelle ville il mourut. Marlot a prétendu qu'il était à Reims
vers le 1er juillet 534[131] ; ce qui porterait à croire
qu'il est décédé dans cette ville. Mais Markt s'est trompé en fixant au mois
de juillet 534 les funérailles de saint Theodericus, auxquelles Thierry parut
en effet. Le saint abbé est mort à la fin de juin 533, et on ne peut former
que des conjectures sur le nom de la ville dans laquelle le roi d'Austrasie
termina sa carrière. Hermann-le-Contract, qui écrivit, à la vérité, bien
longtemps après l'évènement, dit positivement que ce prince fut inhumé dans
la ville de Metz[132], et, d'après Dom Jean François,
on croyait communément que c'était dans l'église des Saints-Apôtres, qui fut
connue, dans la suite, sous le nom de Saint-Arnoul[133]. Les
historiens ne nous apprennent rien non plus sur les causes de sa mort.
Cassiodore seul l'attribue à une mélancolie profonde que lui aurait causée le
peu de succès des armes de son fils Théodebert[134] ; mais une pareille assertion
n'est guère justifiée par ce que l'on connaît du caractère de Thierry. Tous
les historiens le peignent comme un prince ferme, entreprenant et peu
scrupuleux sur le choix des moyens. Il était même, quand il le croyait nécessaire,
d'une sévérité qui touchait à la cruauté. Il possédait, au reste, des
qualités précieuses chez un roi : la prudence, l'esprit de suite et la
valeur. Cassiodore fait l'éloge de sa munificence[135], et, malgré sa rudesse, il
montrait, en toute circonstance, un grand respect pour l'Eglise et ses
ministres. On lui a reproché, il est vrai, les persécutions qu'il fit subir à
saint Desideratus, évêque de Verdun, qui fut obligé d'abandonner momentanément
son siège épiscopal. Mais ces persécutions, qui s'étendirent aux habitants de
Verdun eux-mêmes, n'avaient aucun caractère religieux, et d'ailleurs Grégoire
de Tours assure que Thierry avait été trompé par un de ses ministres, nominé
Sirivaldus, qui s'enrichit des dépouilles du saint prélat[136]. Il ne faut donc tirer de ce
fait isolé aucune conclusion défavorable au roi d'Austrasie. Théodebert, son
fils, écrivant à l'empereur Justinien une lettre sur laquelle nous
reviendrons bientôt, défend avec vivacité la mémoire de Thierry contre les
accusations dont elle était l'objet. « Il n'a pas, dit.il, dépouillé les
églises. Il a, au contraire, reconstruit avec plus de magnificence celles que
les païens avaient détruites[137]. » Nous avons déjà
mentionné les donations que Thierry avait faites à saint Remi et à saint
Theodericus, abbé du monastère de Hor. Il professait une telle vénération
pour ce célèbre religieux, qui l'avait guéri miraculeusement d'un mal d'yeux
et avait rendu la santé à sa fille, qu'il lui embrassa les mains, en lui
demandant sa bénédiction, et, Theodericus étant mort en 533, il voulut non
seulement assister à ses funérailles, mais encore porter lui-même le cercueil
dans lequel on avait enfermé les restes du saint abbé[138]. La
princesse dont la guérison émerveilla tellement le roi d'Austrasie était née,
comme Théodebert, du premier mariage de Thierry avec une femme dont
l'histoire ne nous fait connaître ni le nom, ni la condition. Le roi, étant
devenu veuf, probablement vers l'année 521, épousa en secondes noces, l'année
suivante, Suavegotta fille de Sigismond roi des Bourguignons, et on ne voit
pas qu'il ait eu des enfants de cette princesse, car Theodechildis ou
Théodechilde, dont le nom se trouve assez souvent dans les monuments écrits
du VIe siècle, était la sœur-germaine de Théodebert[139]. Elle fut mariée à Hermegisclus
roi des Varnes ou Variniens, qui habitaient les côtes de la mer du nord,
entre le pays des Frisons et la Chersonèse Cimbrique, et auxquels. Thierry
avait imposé le paiement d'un tribut. Hermegisclus étant mort peu de temps
après, Radigis, que ce chef barbare avait eu d'une première femme, força
Théodechilde à l'épouser lui-même, quoiqu'il fût déjà marié, ou au moins
fiancé avec la fille d'un des petits rois anglo-saxons établis dans l'île de
Bretagne. A la nouvelle de cette infidélité, la princesse anglo-saxonne
équipe une flotte qui cingle vers le pays des Varnes ; une descente est
faite, les Varnes sont battus, et leurs demeures livrées au pillage. Les
vainqueurs reviennent chez eux, chargés de dépouilles ; mais la princesse
leur reproche avec amertume de n'avoir pas ramené l'infidèle. Ils retournent
alors sur les côtes de la Germanie, au moment où on les attendait le moins,
surprennent Radigis et le conduisent aux pieds de sa première femme, qui ne
lui imposa d'autre châtiment que de rester près d'elle[140]. Théodechilde, abandonnée à son
tour, revint en Austrasie, et Théodebert, pour venger l'espèce (l'outrage que
sa sœur avait reçu, envahit le pays des Varnes et le réunit à son royaume.
Théodechilde, princesse douée de talents supérieurs, demeura près de son
frère et remplit, en quelque sorte, les fonctions de régente pendant les
nombreuses absences que fit ce souverain. Plus tard, elle se retira dans la
ville de Sens, où elle consacra la dernière partie de sa vie à la pratique
des bonnes œuvres. C'est à elle que les religieux de Saint-Pierre-le-Vif de
Sens attribuaient, avec raison, la fondation de leur monastère, bien que le
diplôme publié sous son nom doive être regardé comme une pièce fausse[141]. Elle mourut à l'âge de
soixante-et-quinze ans et fut inhumée dans le monastère de
Saint-Pierre-le-Vif[142]. Fortunat, qui avait pu la voir
encore, a célébré sa mémoire dans un petit poème, où l'on ne rencontre rien
de bien intéressant[143]. Il a composé son épitaphe,
dans laquelle on trouve, au contraire, quelques particularités curieuses et
les vers suivants, qui ont servi à démontrer que Théodechilde était la fille
et non l'épouse de Thierry : Cui
frater, genitor, conjux, avus, atque priores, Culmine succiduo regius ordo fuit[144]. |
[1]
Au IVe siècle, les empereurs avaient, dans le même but, partagé l'Empire en
deux, et même parfois en quatre départements.
[2]
Premier canon du troisième concile d'Orléans (an. 538), dans Sirmond, Concilia
antiqua, t. I, p. 248.
[3]
V. les souscriptions de ce concile, dans Sirmond, ibid., p. 284-286.
[4]
V. 3e édit., p. 178 et 179.
[5]
V. cette réclamation, dans l'appendice du Grégoire de Tours de Ruinart,
col. 1334 et 1335.
[6]
V. Grégoire de Tours, Historia Francorum, lib. IX, c. 20.
[7]
Cette expression est employée dans plusieurs textes du VIe siècle, notamment
dans Grégoire de Tours (ibid., lib. IV, c. 50) ; dans la réclamation que
les Pères du concile tenu à Clermont en 535 adressèrent à Théodebert Ier (v. le
Grég. de Tours de Ruinart, col. 1334 et 1335), et dans le premier canon du
concile assemblé à Orléans en 538 (v. Sirmond, Concilia antiqua Galliœ,
t. I, p. 248).
[8]
V. Historia Francorum, lib. III, c. 1.
[9]
V. Du Bos, Hist. critique de l'établ., etc., t. III, p. 413 et suiv.
L'extrait de la dissertation de Le Beuf est dans le Journal de Verdun,
février 1741, p. 103 et 104.
[10]
V. M. de Pétigny, Etudes, etc., t. III, p. 16 et 17.
[11]
V. Vita sancti Fidoli, abbatis Trecensis, n° 4, dans Mabillon, Acta
ss., sæc. I.
[12]
V. les actes du concile tenu à Clermont en 535, dans Sirmond, Concilia
antiqua Galliœ, t. I, p. 245.
[13]
V. Grégoire de Tours, Vitœ Patrum, c. IV ; Hist. Franc., lib. c.
2.
[14]
V. Vita sancti Mauri, abbatis, auctore Fausto ejus discipulo, dans les
Bollandistes, au 15 janvier.
[15]
V. Notitia Galliarum, p. 68.
[16]
Miracula sancti Martini, lib. IV, c. 29.
[17]
V. Chronicon, c. 38.
[18]
Dans Du Chesne, t. I, p. 717.
[19]
V. Appendix ad Marii chronicon, auctore perantiquo, Du Chesne, t. I, p.
217.
[20]
Du Chesne, t. I, p. 716.
[21]
V. Vita sancti Amati, abbatis Habendensis primi, n° 13, dans Mabillon, Acta
ss., sæc. II.
[22]
V. Gesta domni Dagoberti, regis Francorum, auctore monacho cœnobii
Sancti-Dionysii, n° 32, dans Du Chesne, t. I, p. 582.
[23]
V. Vita sancti Columbani, abbatis Bobiensis, n° 12, 31 et 48, dans
Mabillon, ibid.
[24]
V. Frédégaire, Chron., c. 16, 38, 40 et 41 ; Gesta regum Francorum,
dans Du Chesne, t. I, p. 717 ; Vita sanctœ Balthildis, reginœ Francorum,
auctore anonymo œquali, n° 5, dans Mabillon, ibid.
[25]
V. Chron., c. 42.
[26]
V. Gesta domni Dagoberti, regis Francorum, n° 32, dans Du Chesne, t. I,
p. 582.
[27]
V. ce diplôme, dans Pardessus, t. II, p. 187 et 188.
[28]
V. lib. IV, n° 28.
[29]
Le sens attribué par l'abbé le Beuf au mot Neptricum lui semble justifié
par le passage suivant d'une lettre (c'est la 54e du recueil ; v. Bouquet, t.
VI, p. 378) qu'Eginhard écrivit à l'empereur Lothaire : Quamobrem admonendum
censui Neptitatem vestram. Il paraît, en effet, difficile de donner au
substantif barbare neptitas une autre signification que celle d'autorité
principale.
[30]
V. l'extrait de la dissertation de l'abbé le Beuf dans le Journal de Verdun,
février 1741, p. 97 et 98. On peut encore faire observer, à l'appui de la
conjecture de Le Beuf, que les Goths, dont la langue offrait de l'analogie avec
celle des Francs, employaient pour désigner l'occident le mot wis ou wisi,
qui est bien différent de neust, nept ou nempt ; et les
Anglo-Saxons, dont le langage avait le même caractère, et qui fondèrent sept
royaumes dans l'île de Bretagne, donnèrent au royaume occidental le nom de Westsex,
et non celui de Neustsex ou Neptsex.
[31]
V. d'excellentes considérations sur ce sujet dans l'Hist. de Metz par
deux bénédictins, t. I, p. 266 et 267. La suprématie des rois d'Austrasie est
admise par le professeur Leo. V. Der Deutchen Bolfed Urfprung unb Merben,
p. 353.
[32]
Clotaire Ier avait tant de confiance dans son fils Sigisbert, qu'il le chargea
d'achever la basilique dont il avait lui-même commencé la construction à Croiciacum
(Crouy, près de Soissons) pour y abriter le corps de saint Médard, évêque de
Noyon, quoique ce lieu fût compris dans la sors d'un de ses frères. V. les
différentes vies de saint Médard, dans les Bollandistes, au 8 juin.
[33]
V. la chronique de Marius, à l'an. 548, dans Du Chesne, t. I, p. 213, et
dans Bouquet, t. II, p. 16.
[34]
V. Vita sancti Theoderici, abbatis Remensis, dans Mabillon, Acta ss.,
sæc. I.
[35]
Clothario principatus dimisit monarchiam. V. Vita sancti Mauri,
abbatis, auctore Fausta, dans les Bollandistes, au 15 janvier.
[36]
V. Sancti Gregorii Magni Epistolœ, lib. V, 5 ; v. aussi lib. VII, 116.
[37]
V. Vita sancti Sigismundi, Burgundionum regis, n° 10, dans les
Bollandistes, au 1er mai, ou dans Bouquet, t. III, p. 404.
[38]
V. Chron., c. 76.
[39]
V. Guerre des Goths, liv. I, c. 13.
[40]
V. les vers adressés au patrice Dynamius ; Carmin, lib. VI, 11 ; v.
aussi lib. IX, 16.
[41]
V. la note VI, à la fin du volume.
[42]
V. Grégoire de Tours, Historia Francorum, lib. II, c. 28.
[43]
V. Grégoire de Tours, Historia Francorum, lib. II, c. 37.
[44]
V. Grégoire de Tours, Historia Francorum, lib. II, c. 38.
[45]
V. Vita sancti Clodoaldi, dans les Bollandistes, au 7 septembre.
[46]
V. Historia Francorum, lib. III, c. 18.
[47]
V. Hist. de Metz, par deux bénédictins, t. I, p. 264, 265 et 296-298 ;
Dom Cajot, Antiquités de Metz, c. 6.
[48]
V. Metropolis Remensis Historia, t. I, p. 216.
[49]
V. lib. IV, c. 22.
[50]
V. Bouquet, t. II, p. 668.
[51]
V. Bouquet, t. III, p. 366.
[52]
V. Gregorii Turonensis historia Francorum epitomata, c. 50 et 55.
[53]
V. Genealogia regum Francorum, dans Bouquet, t. II, p. 696.
[54]
V. De gestis Langobardorum, lib. II, c. 10, dans Muratori, Scriptores
rerum Italicarum, t. I, part. I, p. 429 et 430.
[55]
V. De gestis Francorum, lib. II, n° 1, lib. III, n° 1, dans Bouquet, t.
III, p. 44 et 46.
[56]
V. Bouquet, t. II, p. 650 et 651.
[57]
V. lib. I, c. 2, ibid., t. III, p. 349.
[58]
V. lib. II, c. 1, ibid., p. 177.
[59]
A l'année 509, ibid., p. 320.
[60]
V. ibid., p. 356 et 358.
[61]
V. Vita sancti Theoderici, abbatis Rzmensis, dans Mabillon, Acta ss.,
sæc. I.
[62]
Maintenant Vendières.
[63]
Aujourd'hui Gueux, près de Reims.
[64]
V. Historia Francorum, lib. X, c. 33.
[65]
V. Vita sancti Germani, episcopi urbis Parisiacœ, dans Mabillon, Acta
ss., sæc. I.
[66]
V. c. 36.
[67]
V. cette lettre, dans Du Chesne, t. I, p. 863 et 864.
[68]
Ce diplôme, qui est de l'année 748, se trouve dans Bouquet, t. IV, p. 708.
[69]
V. Vita sancti episcopi Metensis, n° 20, dans Mabillon, Acta ss.,
sæc. II. Dans cette même vie (n° 11), la demeure royale est également nommée palatium.
[70]
Ce diplôme, qui est daté de l'année 936, est imprimé dans l'Histoire de Metz,
t. III, preuves, p. 59 et 60.
[71]
On sait que Néron avait donné le nom de palatium aureum au palais qu'il
s'était fait construire à Rome, et il est bien possible que les empereurs et,
plus tard, les rois d'Austrasie aient appelé de même les palais où ils
résidaient ordinairement.
[72]
Les mots infra Mettis, qui se trouvent dans le diplôme d'Otton Ier, ne
doivent pas être traduits par au-dessous de Metz. Ils signifient dans
Metz : la préposition infra, qui primitivement eut le sens de au-dessous,
prit ensuite, c'est-à-dire dans la basse-latinité, l'acception que nous lui
donnons, et nous en pourrions citer de nombreux exemples.
[73]
V. Carmina, lib. III, 12.
[74]
V. Carmina, lib. X, 12.
[75]
V. Vita sancti Agili, abbatis Resbacensis primi, auctore anonymo subœquali,
n° 10, dans Mabillon, Acta ss., sæc. II.
[76]
V. ce diplôme, dans Pardessus, t. II, p. 313 et 314.
[77]
V. cette relation, dans Calmet, Histoire de Lorraine, 1re édit., t. I,
preuv., col. 249. Il est bon d'ajouter qu'elle n'est pas contemporaine de la
fondation de l'abbaye.
[78]
Dans les Miracula sancti Martini, lib. IV, c. 29.
[79]
V. la note de Ruinart sur ce passage.
[80]
Telle est l'orthographe de Grégoire de Tours, mais l'auteur du Gesta regum Francorum écrit Chochilagus. V. Du
Chesne, t. I, p. 706.
[81]
V. Du Chesne, t. I, p. 706.
[82]
V. Grégoire de Tours, Historia Francorum, lib. III, c. 1 et 3 ; Gesta
regum Francorum, dans Du Chesne, ibid.
[83]
V. la Notitia Imperii.
[84]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. III, c. 4.
[85]
V. Hist. crit., t. III, p. 468.
[86]
V. la chronique de Marius évêque d'Aventicum, aux années 523 et
524.
[87]
V. Historia Francorum, lib. III, c. 18. L'abbé le Beuf a vivement
défendu l'assertion de Grégoire de Tours, mais ses arguments nous ont paru
très-faibles ; v. Dissertations sur l'histoire ecclésiastique et civile de
Paris, t. III, p. 27-34.
[88]
V. Grégoire de Tours, Vitœ Patrum, c. IV, n° 2.
[89]
V. Historia Francorum, lib. III, c. 13 ; Vitœ Patrum, c. IV, n°
2, c. y, n° 3 ; De gloria Martyrum, c. 32 ; Miracula sancti Juliani,
c. 13, 23 et 43.
[90]
V. Grégoire de Tours, Vitœ Patrum, c. V, n° 3.
[91]
V. Grégoire de Tours, Vitœ Patrum, c. VI, n° 2.
[92]
Grégoire de Tours était petit-neveu de Gallus.
[93]
V. Grégoire de Tours, Vitœ Patrum, c. VI, n° 2.
[94]
Si ce n'est la multitude de vexations qu'il fit subir à saint Quintianus. V.
Grégoire de Tours, Vitœ Patrum, c. IV, n° 5.
[95]
V. Grégoire de Tours, Historia Francorum, lib. III, c. 7.
[96]
V. Fortunat, De excidio Thuringiœ ex persona Rhadegandis.
[97]
V. Grégoire de Tours, ibid., c. 8 ; Procope, Guerre des Goths,
liv. I, c. 13.
[98]
V. Fortunat, ibid., v. 5, et supplem., 3.
[99]
V. Mémoire sur les établissements romains du Rhin et du Danube, par M.
de Ring, t. II, p. 265 et 266.
[100]
V. Vita sancti Severini, c. 7, dans les Bollandistes, au 8 janvier.
[101]
V. Vita sancti Galli, abbatis, c. 4-6, dans Mabillon, Acta ss.,
sæc. II.
[102]
V. Vita sancti Ruperti, episcopi, n° 4, dans Mabillon, Acta ss., sæc.
III, part. I.
[103]
V. lib. IV, n° 19 et 26.
[104]
V. lib. IV, n° 1.
[105]
Notamment à Wiesbaden et à Ratisbonne (Regina). V. Inscriptions
chrétiennes de la Gaule, par M. le Blant, t. I, p. 453, 472 et 473.
[106]
V. Vita sanctœ Radegundis, reginœ Francorum, auctore Baudonivia, n° 2,
dans Mabillon, Acta ss., sæc. I.
[107]
Le soin que prit Thierry de faire réviser la Loi Salique prouve, comme nous
l'avons déjà dit, que l'on trouvait un grand nombre de saliens dans le royaume
d'Austrasie, à moins que l'on n'aime mieux voir dans l'acte de ce prince un
nouvel indice de l'espèce de suprématie que les rois d'Austrasie possédaient
sur les autres rois Francs.
[108]
V. le prologue de la Lex Salica, édition d'Hérold.
[109]
V. le même prologue.
[110]
V., dans la Revue historique du droit français et étranger, t. I, p.
417-443, un article de M. Laboulaye intitulé : Recherches sur la Lex
Francorum Chamavorum, ou sur la prétendue loi de Xanten. M. Laboulaye a
traduit, sous ce titre, la première partie d'une dissertation dans laquelle un
savant jurisconsulte allemand, M. Gaupp, démontre que le troisième capitulaire
de l'an 813 (v. l'édition de Baluze), où M. Pertz a cru voir le Jus pagi
Xantensis, est en réalité la loi des Chamaves.
[111]
V. Hist. critique de l'établ., t. III, p. 497.
[112]
V. Mémoires de l'académie des inscriptions, 1re série, t. VIII, p. 473.
[113]
V. Grégoire de Tours, Historia Francorum, lib. III, c. 14.
[114]
V. notamment Valois, Notitia Galliarum, p. 602, et Ruinart, note sur le
passage de Grégoire de Tours. En effet, Flodoard, mentionnant dans sa Chronique
(à l'an. 962) le lieu dont nous parlons, et qu'il nomme Victuriacum castrum,
dit qu'il est Pontigoni fisco proximum. Or, le palais de Pontigo
ou Pontico, aujourd'hui Ponthyon-en-Perthois, est voisin de Vitry.
[115]
V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. III, c. 14.
[116]
V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. III, c. 9 et 10.
[117]
V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. III, c. 11.
[118]
Si l'on pouvait ajouter foi aux assertions d'un manuscrit fort ancien, dont le
P. Benoît Picart a tiré grand parti pour la composition de son Histoire
ecclésiastique et politique de la ville et du diocèse de Toul, Thierry
aurait imposé, pour subvenir aux frais de cette guerre, que le manuscrit
appelle bellum Celticum (v. Hist. de Toul, p. 244-245), une
contribution spéciale, et Trisoricus neuvième évêque de Toul aurait bien mérité
de ses diocésains eu obtenant du roi d'Austrasie la remise de la portion qu'ils
devaient payer sur l'impôt dont il s'agit. Nous ferons observer que le
manuscrit toulois n'est pas dépourvu de toute autorité, car l'auteur a
travaillé sur des documents peut-être contemporains.
[119]
V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. III, c. 12 ; Gallia
Christiana, t, II, col. 236-237.
[120]
Apud Brivatem urbem.
[121]
V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., c. 13.
[122]
V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., c. 13 ; Miracula sancti Juliani,
c. 14 ; Vitœ Patrum, c. XII, n° 2.
[123]
V. Gallia Christiana, t. II, col. 236 et 237, t. XII, col. 486 et 487.
[124]
V. t. I, p. 533 et 534.
[125]
Hugues de Flavigny, Chronicon Virdunense, dans Bouquet, t. III, p. 357.
[126]
V. Grégoire de Tours, Historia Francorum, lib. III, c. 16 et 23.
[127]
Ad servitium publicum addicti. V. idem, ibid., c. 15.
[128]
D'après Valois, c'est le lieu nommé aujourd'hui Dion.
[129]
V. Grégoire de Tours, ibid., c. 20, 21 et 22 ; Paul Diacre, De gestis
Langobardorum, lib. I, c. 21, dans Muratori, Scriptores rerum Italicarum,
t. I, part. I, p. 419.
[130]
V. Grégoire de Tours, Historia Francorum, lib. III, c. 23.
[131]
V. Metropolis Remensis Historia, t. I, p. 206.
[132]
V. Chronicon, à l'année 532, dans Bouquet, t. III, p. 320.
[133]
V. Hist. de Metz, t. I, p. 271.
[134]
V. Epistolœ, lib. XI, 1.
[135]
C'est du moins ce qu'avance Mariol (ibid., p. 206 et 207), mais nous
n'avons pu découvrir dans Cassiodore le passage où il est parlé de la
munificence de Thierry.
[136]
V. Historia Francorum, lib. III, c. 34 et 35.
[137]
V. la lettre de Théodebert, dans Du Chesne, t. I, p. 862.
[138]
V. Vita sancti Theoderici, abbatis Romensis, n° 11, 14, 15 et 17, dans
Mabillon, Acta ss., sæc. I.
[139]
V. notamment Grégoire de Tours, De gloria Confessorum, c. 41.
[140]
V. Procope, Guerre des Goths, liv. IV, c. 20 ; Lingard, Histoire
d'Angleterre, trad. franç., t. I, p. 110 et 111.
[141]
V. Pardessus, Diplomata, t. I, p. 131.
[142]
V., ibid., t. II, p. 230 et 231, un diplôme donné au monastère de
Saint-Pierre-le-Vif par une matrone nommée Mummia.
[143]
V. Carmina, lib. VI, 5.
[144]
V. Carmina, lib. IV, 25.