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La paix
que les victoires de Théodose avaient rétablie sur les frontières de l'Empire
ne fut malheureusement pas de longue durée. La faiblesse de ses deux fils,
les rivalités et les haines de leurs ministres préparèrent et amenèrent une
invasion beaucoup plus redoutable que les précédentes. Le vandale Stilicon,
ministre d'Honorius empereur du partage d'Occident, entretenait, depuis
quelque temps, des relations avec plusieurs des peuples barbares qui
occupaient la Germanie et la Pannonie, et, soit pour devenir nécessaire à son
maitre, soit pour profiter des troubles et s'emparer lui-même de la couronne
impériale, il excitait secrètement ces peuples à envahir les Gaules, dès
qu'il leur en aurait donné le signal. On était alors au commencement de
l'année 406, et Stilicon, avant de réaliser le projet dont il vient d'être
parlé, songeait à réunir à la préfecture d'Italie une portion considérable de
l'Illyrie, qui avait été cédée, depuis nombre d'années, au partage d'Orient.
Il fallait réunir dans ce but une armée considérable, et il retira de la Germania
Prima toutes les troupes qui s'y trouvaient cantonnées sous les ordres du
comes Argentoratensis et du dux Moguntiacensis. Par ses ordres,
les émissaires qu'il entretenait chez les nations barbares les engageaient à
se tenir en repos, et à ne pas augmenter les embarras d'un ministre qui
pouvait leur être si utile. Mais ces nations, auxquelles Stilicon avait
peut-être laissé entrevoir comme possible le pillage de la Gaule, n'eurent
pas la patience d'attendre le moment qui devait leur être marqué. Vers
l'automne de l'année 406, des corps considérables d'Alains, commandés par
deux chefs nommés Goar et Respendial[1], quittèrent la vallée du Danube
et s'avancèrent vers le Rhin. Ils s'arrêtèrent quelques semaines dans les
vallées du Mein et du Necker, pour attendre les Suèves et les Vandales, qui
étaient convenus de partager avec eux les périls et les profits de l'entreprise.
Malgré le secret dont les chefs barbares tâchaient de couvrir tous leurs
mouvements, on en fut bientôt instruit dans la Gaule, où l'on éprouva les
plus vives appréhensions. Le magister equitum, qui n'était pas initié
aux projets de Stilicon, se hâta de prendre les mesures qu'il jugea les plus
convenables pour mettre le pays en bon état de défense. Il n'avait presque
pas de troupes régulières sous la main, mais il envoya l'ordre au roi des
Francs Ripuaires d'armer toute sa nation et de garder soigneusement la rive
gauche du Rhin. En même temps, le préfet du prétoire fit quelques tentatives
pour semer la désunion parmi les Barbares, et Goar, un des deux chefs alains,
séduit par les promesses et les présents du préfet, et peut-être mécontent de
son collègue, déclara qu'il voulait rester ami des Romains, et qu'il ne
pénétrerait jamais sur le territoire de l'Empire que pour le défendre. Les
Ripuaires n'avaient pas besoin d'exhortations pour courir aux armes. Ils
étaient irrités des ravages que les Alains venaient de commettre dans la
partie de leur territoire qui était sur la rive droite du fleuve, et ils
n'avaient aucune envie de voir ces nouveaux-arrivants soit occuper, soit au
moins dévaster le pays qu'ils tenaient de la générosité ou plutôt de la
politique des empereurs. L'exercitus Francorum — pour employer
l'expression usitée — franchit le Rhin, sans doute à Cologne, et, laissant
sur sa droite les Alains qui demeuraient immobiles, surtout depuis que la
division s'était introduite parmi eux, elle attaqua vigoureusement les
Vandales, lesquels n'avaient pas encore opéré leur jonction avec les
premiers, et leur tua vingt mille hommes, ainsi que leur roi Godegiselus. Les
Vandales auraient-même été exterminés dans cette occasion, si Respendial,
trompant la surveillance que Goar exerçait sur lui, ne fût accouru à leur
secours avec le corps d'Alains qu'il commandait, et avec la nation des Alamanni,
qui se disposait aussi à pénétrer dans la Gaule. Les Ripuaires n'étaient pas
en état de tenir tête à tant de forces, et, après avoir perdu bien du monde,
ils furent obligés de repasser le fleuve et de se borner à défendre leur
pays. Rien dès lors ne pouvait plus arrêter les envahisseurs, et, le 31
décembre 406, les Alains de Respendial, les Vandales et les Suèves
traversèrent le Rhin, dans le voisinage de Mayence, et se répandirent comme
un torrent dans les civitates voisines[2]. Les
villes situées près du fleuve furent les premières saccagées. Mayence surtout
fut traitée avec la dernière barbarie, et saint Jérôme assure que plusieurs
milliers d'hommes furent massacrés dans la cathédrale[3] ; la ville de Vangiones (Worms) eut à peu près le même sort,
ainsi que les cités et les vici placés dans la vallée du Rhin
supérieur. Quand cette œuvre de destruction fut accomplie, les Barbares
franchirent la chaîne des Vosges et s'avancèrent vers l'intérieur de la
Gaule. Aucun historien contemporain n'a indiqué au juste leur itinéraire ;
mais on a deux moyens assez efficaces pour le déterminer. Le premier est de
jeter les yeux sur une carte de la Gaule où les voies romaines sont marquées.
Aucune armée ne peut se dispenser dans une invasion de suivre les grandes
routes, et cette nécessité était plus impérieuse encore pour des envahisseurs
qui traînaient à leur suite des milliers de chars portant leurs femmes et
leurs enfants. Le second moyen consiste à enregistrer les noms des
personnages que les Barbares ont égorgés, et que la piété des peuples a mis
au nombre des saints. De cette manière on suit la marche de l'invasion pour
ainsi dire à la trace du sang. Nous
recourrons simultanément à ces deux moyens. Si on examine une carte de la
Gaule romaine, on voit que les Barbares, après avoir ravagé la partie
septentrionale de la Première Germanie, furent obligés pour pénétrer dans la
Première Belgique de prendre la grande voie conduisant de Mayence à Trèves,
par Bingium, Salisso, Baudobrica et Rigodulum. Trèves succomba
et fut également pillée, ainsi que l'atteste l'éloquente déclamation de
Salvien. De là ils descendirent vers le midi, en suivant la même route, qui,
passant par Ricciacum et Caranusca, conduisait à Metz. Cette
cité ne fut pas plus ménagée que les autres. La colonne principale des
Barbares parait y avoir rejoint une autre colonne, qui serait entrée dans la
Première Belgique soit par la route menant d'Argentoratum à Metz, en
traversant Tabernœ, Pons Saravi, Decempagi et Ad-duodecimum,
soit par une des voies secondaires pratiquées dans le massif des Vosges ; et
c'est à cette seconde colonne qu'il faut attribuer le martyre de saint
Donatus (saint
Don), qui fut tué à
coups de flèches sur les bords de la Meurthe, entre Lunéville et
Saint-Nicolas-de-Port[4]. De Metz les Barbares se
dirigèrent vers Reims, en suivant la grande voie qui passait par Ibliodurum,
Fines, Verodunum, Axuentia et Basilia, et un de leurs détachements
martyrisa dans le vicus appelé Sindunum[5] saint Oriculus (saint Oricle) et ses deux sœurs Oricula
et Basilica (sainte Oricule et sainte Basilique)[6]. Reims ne put résister aux
attaques des envahisseurs ; en cette ville, comme à Mayence, une partie de la
population s'était réfugiée dans la cathédrale. Le métropolitain saint
Nicaise (Nicasius), qui essaya d'arrêter par des
supplications la fureur des Barbares, fut saisi par eux et décapité, ainsi
que sa sœur Eutropia, un diacre nommé Florentius et un simple fidèle appelé
Jocundus[7]. En
abandonnant Reims, les Barbares se partagèrent en deux ou trois colonnes.
L'une d'elles, se dirigeant vers l'ouest, attaqua Lugdunum-Clavatum (Laon), qui est bâti sur une montagne
d'un accès difficile. Les habitants, craignant d'éprouver le même sort que
ceux de tant d'autres villes, se défendirent avec courage, et les
envahisseurs, rebutés par cet obstacle imprévu, décampèrent et s'avancèrent
vers les civitates les plus occidentales de la Seconde Belgique[8]. Une autre cotonne marcha du
côté du midi, pilla Lingones (Langres) et Vesuntio (Besançon). Ce fut probablement un parti
détaché de cette colonne qui martyrisa près d'Arcis un chrétien nommé
Balsennius, lequel fut mis au nombre des saints[9]. Ces cruautés exercées contre
les évêques, les prêtres et les chrétiens les plus fervents doivent être
attribuées en partie à la haine que les apôtres de l'arianisme avaient
inspirée à ceux des Barbares qu'ils avaient gagnés à leur secte ; les
Vandales notamment montraient, en toute circonstance, une véritable fureur
contre le catholicisme, et le souvenir des persécutions qu'ils exercèrent
plus tard en Afrique ne périra jamais[10]. La
suite de l'invasion des Barbares n'appartient pas à notre sujet, car elle eut
pour théâtre une autre partie de l'Empire ; mais nous ne devons pas continuer
notre récit avant d'avoir examiné quelles furent pour le nord-est de la Gaule
les résultats de l'invasion. Si on prenait à la lettre les vers emphatiques
du poème sur la Providence attribué à Prosper d'Aquitaine[11] et les expressions de saint
Jérôme et de Salvien, qui écrivaient tous deux loin des lieux dont ils
parlent, on croirait qu'après le passage de cette cohue de barbares on ne vit
plus que des ruines dans les deux Belgigues et tes deux Germanies. Mais le
séjour des Vandales, des Alains et des Suèves fut de trop courte durée pour
avoir causé tant de désastres. Mayence, Worms, Trèves, Metz, Relias et
quelques autres cités eurent considérablement à souffrir ; mais quantité de
villes ne furent ni pillées, ni même menacées, et les campagnes n'éprouvèrent
pas beaucoup de dommages de la part d'un ennemi que la force des choses
contraignait à suivre les grandes voies, et qui, d'ailleurs, marchait avec
précipitation et n'était pas même extrêmement nombreux. En un mot, les
ravages de cette invasion peuvent être comparés à ceux que produirait un
ouragan, après lequel les plantes et les moissons se relèvent sous
l'influence bienfaisante du soleil. Beaucoup
d'hommes avaient péri, beaucoup d'édifices avaient été incendiés, le pays en
général avait souffert, et quantité d'individus étaient appauvris ; mais ils
n'avaient perdu aucun de leurs droits, ni aucun de leurs domaines. Les
Barbares avaient bu le vin et enlevé l'argent et les objets précieux que les
Gallo-Romains ne purent cacher ; mais ils n'avaient ni enlevé la terre, ni
démoli les maisons, et quelques réflexions de ce genre suffiraient pour
réduire à leur juste valeur les déclamations de plusieurs écrivains. Il faut
se rappeler aussi qu'une population établie depuis longtemps dans une contrée
quelconque ne l'abandonne pour ainsi dire jamais, si elle a l'espérance de
pouvoir être un jour tranquille, et on ne doit pas s'étonner par conséquent
de la persistance que les Gallo-Romains mettaient à rester dans leurs foyers,
malgré les ravages des barbares. Certaines parties de l'Empire avaient déjà
subi tant d'incursions et résisté à tant d'assauts, que les habitants des
provinces envahies s'attendaient toujours à voir les généraux romains rentrer
victorieux dans les villes occupées par l'ennemi. Le flot, une fois écoulé,
chaque chose reprenait sa place, et au bout de peu d'années on ne voyait plus
aucune trace de l'invasion. On a
prétendu, à la vérité, que les sièges épiscopaux étaient restés vacants dans
une partie du nord de la Gaule, et on en a conclu que son état devait être
bien déplorable. On doit reconnaître que les sièges de quelques-unes des
villes les plus voisines du Rhin furent, en effet, momentanément inoccupés,
et l'abbé Grandidier lui-même avoue que la succession épiscopale fut
interrompue à Strasbourg pendant le Ve siècle tout entier[12]. A Nemetes (Spire), on ne trouve aucun évêque
entre Jessé, qui assista au concile de Cologne mentionné plus haut, et
Athanase, lequel vivait en 610. A Vangiones (Worms), le catalogue n'offre que deux
évêques intermédiaires entre Victor, qui assista au, même concile, et
Grotaldus, dont l'épiscopat est fixé aux premières années du VIe siècle. A Camaraeum
(Cambray), on ne connaît pas d'évêques
entre Superior, qui fut également présent au concile de Cologne, et saint
Vedastus (Vaast), lequel siégeait à la fin du Ve
siècle. Si on
laisse de côté ce dernier évêché, dont la vacance tenait à des causes qui
nous sont inconnues, on peut faire observer que le silence des catalogues
épiscopaux ne démontre pas, d'une manière péremptoire, qu'il n'y eut pas
d'évêques pendant le Ve siècle dans les trois civitates méridionales
de la Germania Prima. Mais le fait fût-il prouvé, on en pourrait seulement
conclure que le nombre des chrétiens, qui n'était pas très-considérable avant
l'invasion, se trouvant encore diminué par cet évènement, on ne jugea pas à
propos de remplacer immédiatement les évêques décédés. D'ailleurs, la
situation de la Première Germanie avait notablement changé par suite de
l'invasion. En effet, l'empereur Honorius, ne sachant comment récompenser les
services que Goar, un des chefs alains, lui avait rendus ou avait essayé de
lui rendre, céda à cette horde toutes les terres que le fisc possédait dans
la civitas de Mayence[13]. D'un autre côté, une partie
des Alamanni avait profité de l'abandon dans lequel les provinces voisines du
Rhin s'étaient trouvées momentanément, et, franchissant le fleuve sans
rencontrer la moindre résistance, s'était établie dans les civitates d'Argentoratum,
de Nemetes et de Vanqiones[14], et l'empereur, ne pouvant, au
milieu des embarras de toute nature qui l'assiégeaient continuellement,
songer à expulser cette peuplade, l'autorisa plus tard à prendre possession
des terres appartenant au domaine, à la condition, sans doute, de défendre le
cours supérieur du Rhin contre de nouveaux envahisseurs. Or, les Alains et
les Alamanni étaient païens, et la présence d'évêques dans la province qu'ils
remplissaient a pu sembler d'abord tout-à-fait superflue. Mais
dans les autres provinces la succession épiscopale ne fut jamais interrompue.
Cologne, Tongres, Trèves, Metz, Toul, Verdun, Reims et Châlons conservèrent
leurs évêques ou remplacèrent immédiatement ceux qui étaient morts[15]. Le clergé garda son
organisation primitive, et le testament de saint Bennadius, métropolitain de
Reims et un des premiers successeurs de saint Nicaise, mentionne les presbyteri,
les diaconi, les subdiaconi, les lectores, les ostiarii,
les exorcistœ, les sanctimoniales et les viduœ positœ in
matricula[16]. Si de
l'Eglise on jette les yeux sur la société civile, on ne voit pas que les
suites de l'invasion aient été désastreuses. Au rapport même de Salvien, les
habitants de Trèves demandèrent à l'empereur d'ordonner le rétablissement des
jeux du cirque, momentanément suspendus. On ne peut rapporter, d'une manière
certaine, la destruction complète et définitive d'aucune ville, ni même
d'aucun vicus, à cette irruption des Barbares. Presque tous les lieux
inscrits sur la Table Théodosienne, ou rappelés dans l'Itinéraire d'Antonin
et dans divers auteurs, existent encore, et le plus souvent leurs
dénominations n'ont subi que des altérations légères. D'autres lieux ont
changé de nom, mais n'ont pas péri, et les travaux des antiquaires ont établi
leur identité avec les villes anciennes[17]. Quant aux vici qui ont
disparu à peu près complètement, leur destruction ne parait pas dater de
cette époque, mais avoir été l'œuvre du temps plutôt que des hommes. C'est
ainsi que Scurponna, aujourd'hui représenté par trois ou quatre
maisons, subsistait encore au Xe siècle[18]. Dans
les villes mêmes qui ont le plus souffert, comme Trèves et Reims, on est tout
surpris de retrouver des monuments sur lesquels il semble que la fureur des
Barbares aurait dû se porter d'abord. Ne voit-on pas encore à Trèves la
cathédrale bâtit par ordre de sainte Hélène et une basilique
presqu'intacte, et n'y a-t-on pas découvert récemment une mosaïque dont la
conservation doit être un sujet d'étonnement ? A Reims, ne gardait-on pas
dans l'église Saint Nicaise le sarcophage du général romain Jovinus, que ses
victoires sur les Germains et sa piété avaient rendu si célèbre[19] ? L'éloignement
des Barbares rétablit presqu'immédiatement la tranquillité dans le nord-est
de la Gaule, et dès l'année 408 les choses furent remises sur l'ancien pied.
Les troupes romaines cantonnées dans l'île de Bretagne, ne recevant plus
d'Honorius ni ordres, ni argent, avaient proclamé empereur uni simple soldat
nommé Constantin, qui, une fois affermi dans l'île, voulut étendre sa
domination sur les autres parties de la préfecture des Gaules. L'amour du
changement et l'espérance de trouver dans le nouvel empereur plus de talent
et de vigueur que chez le fils de Théodose lui rallièrent des partisans, et
il fut reconnu dans toute la Gaule. Limenius préfet du prétoire et
Cariobaldus maître de la cavalerie — c'est-à-dire commandant en chef de la
milice — ne purent lui opposer aucune résistance efficace et furent réduits à
prendre la fuite. Constantin se hâta d'attaquer les Barbares qui occupaient
encore diverses provinces, les défit et les contraignit à se retirer du côté
de l'Espagne. II songea ensuite à relever la barrière du Rhin telle qu'elle
était en 406. La chose n'était pas difficile. Les Saliens et les Ripuaires
fédérés n'avaient pas quitté les cantons de la Seconde Belgique et de la
Seconde Germanie où ils avaient été établis par les empereurs. Ils tenaient
en respect les premiers la peuplade turbulente des Frisons, les seconds un
nouveau peuple ou plutôt une nouvelle confédération qui venait de se former
dans le centre de la Germanie. Les rois des Saliens et des Ripuaires
reconnurent l'usurpateur et l'aidèrent à pacifier le nord de la Gaule et à
contenir les barbares qui étaient encore sur la rive droite du Rhin. Les
troupes que Stilicon avait tirées de la Gaule pour envahir l'Illyrie étaient
revenues, dans le cours de l'année 407, reprendre leurs anciens postes, et le
séjour des Vandales, des Suèves et des Alains sur les bords du fleuve avait
été de trop courte durée, pour leur donner le loisir de détruire les forts et
les camps retranchés que Valentinien Ier et d'autres empereurs avaient
construits ; en sorte que le rétablissement de la barrière s'opéra
facilement, et que, de ce côté du moins, les choses se retrouvèrent à la fin
de 408 à peu près telles qu'elles étaient en 406[20]. Au
nombre des généraux qui aidèrent l'usurpateur Constantin dans
l'accomplissement de cette tâche, l'histoire mentionne un Franc appelé
Edobincus[21] ; mais elle ne nous apprend pas
s'il était un soldat de fortune, comme on en vit alors une grande quantité,
ou s'il était roi des Saliens ou des Ripuaires. Toutefois, la dernière
hypothèse nous parait préférable, et nous en dirons plus loin la raison. Quant à
la confédération ou nation nouvelle qui fut dès lors en présence des
Ripuaires, et que nous avons mentionnée tout-à-l'heure, c'était celle des
Thuringiens. Lorsque les Alains, les Vandales et les Suèves eurent traversé
le Rhin, les Ruges, qui avaient jusqu'alors habité la rive droite de l'Elbe,
s'associèrent avec les Hérules et une partie des Varnes. Ils franchirent le
fleuve tous ensemble, descendirent au midi, envahirent le pays montagneux qui
forme le centre de l'Allemagne, et repoussèrent vers l'est les fractions de
la confédération des Ripuaires restées à l'orient du Rhin, particulièrement
dans la forêt Buchonia. Les nouveaux-venus prirent ou reçurent alors
le nom de Thuringi ou Thoringi, qui semble avoir été porté
successivement par tous les peuples établis dans ce pays, et ils fondèrent un
royaume assez puissant[22]. Ce
remaniement, si l'on peut employer une pareille expression, ne fut pas le
seul qui résulta de l'entrée de plusieurs nations barbares sur le territoire
de l'Empire. Les Saxons, autrefois relégués dans la vallée de l'Oder et sur
les bords de la mer Baltique, suivirent le mouvement des Ruges et vinrent se
placer immédiatement derrière eux, sur la rive droite de l'Elbe. Vers le
midi, les Bajuvarii ou Bajoarii, qui occupaient une partie de
la Bohème, s'avancèrent du côté du sud-ouest et se fixèrent dans quelques
cantons précédemment habités par les Suèves et les Alamanni[23]. Ces
derniers conservaient une petite partie de la Germanie, c'est-à-dire le pays
compris dans le coude que le Rhin forme du côté de Bâle. Quant au gros de la
nation, il était encore dans la Gaule, et l'usurpateur Constantin, agissant
comme Honorius devait agir plus tard, avait renoncé à les en expulser et leur
avait accordé le titre de fœderati. Sa domination semblait, du reste,
affermie, et Zosime prétend même que l'empereur Honorius, désespérant de
renverser l'usurpateur, avait fini, comme cela s'était déjà pratiqué
antérieurement, par le reconnaître comme son collègue dans le gouvernement du
partage d'Occident[24]. Constantin résidait
ordinairement dans la ville d'Arles, qui était le siège du vicariat des
Gaules ; mais on doit croire qu'il avait- ordonné au préfet du prétoire
d'aller habiter Trèves, et que cette capitale n'avait encore perdu aucun des
établissements qui en augmentaient la splendeur. On sait qu'elle avait gardé
notamment son atelier monétaire, et l'on possède un certain nombre de pièces
qui y furent frappées au nom de Constantin seul et aux noms réunis de
Constantin et d'Attale, après que le premier eut reconnu cet autre
usurpateur, dont l'histoire est tout-à-fait étrangère au sujet de notre livre[25]. La
bonne intelligence de Constantin et d'Honorius ne dura guère, et le premier,
ayant été pris en 411, eut la tête tranchée. Son triste sort ne découragea
malheureusement pas les ambitieux, et au moment même où il succombait, un
riche gallo-romain, nommé Jovinus, se faisait proclamer empereur à Mayence[26]. Plusieurs écrivains croient,
et non sans raison, qu'il y fut poussé par les rois des Barbares fédérés,
qui, s'étant tous déclarés en faveur de Constantin, craignaient que le
ressentiment d'Honorius ne les atteignit à leur tour. Jovinus résolut de
fixer sa résidence à Trèves ; mais il paraît que cette ville refusa de lui
ouvrir ses portes, et que les Francs Ripuaires, qui s'étaient déclarés en
faveur de l'usurpateur, y entrèrent de vive force et y commirent divers
désordres. C'est au moins ce qui semble probable, et on ne peut guère
assigner d'autre date au second des quatre pillages que Trèves eut à subir
dans le cours du Ve siècle[27]. Les désordres dont il s'agit
ne furent pas néanmoins d'une nature très-grave ; car Jovinus vint s'établir
dans le palais impérial et fit frapper dans l'atelier monétaire des pièces
d'or et d'argent à son effigie[28]. La
conduite que les Ripuaires tinrent en cette occasion n'a rien qui doive
surprendre, et il n'en faut pas conclure qu'ils agissaient en ennemis de
l'Empire. Ces hommes grossiers, qui ne connaissaient pas le principe de la
légitimité et qui avaient vu le sceptre impérial passer dans bien des mains
différentes, ne pouvaient faire aucune distinction entre les empereurs.
Constantin et Jovinus leur semblaient posséder tout ce qui constitue la
puissance impériale, et ils croyaient, probablement, en combattant pour eux,
remplir leurs devoirs comme fédérés. L'histoire,
qui nous apprend que Jovinus était un des grands propriétaires du nord de la
Gaule, ne nous dit pas quelle était sa ville natale ; tout porte à croire
néanmoins qu'il était de Reims et petit-fils, ou au moins proche parent du
célèbre magister equitum dont nous avons mentionné plus haut les
exploits et la sépulture. Quoiqu'il en soit, son règne ne fut pas long.
Jovinus avait cru cependant affermir son autorité en la partageant avec son
frère Sebastianus, qu'il fit proclamer auguste ; mais, en 413, il eut
l'imprudence de se brouiller avec Ataulphe roi des Wisigoths fédérés, qui
venaient de se fixer, munis de la permission d'Honorius, dans les provinces
gauloises les plus voisines de l'Espagne. Ataulphe marcha avec ses soldats
contre les deux usurpateurs, défit et tua Sebastianus et prit Jovinus, qu'il
envoya à l'empereur (413). Honorius lui fit trancher la tête ; on traita avec la même
rigueur Decimus Rusticus que l'usurpateur avait nommé préfet du prétoire des
Gaules, Agœcerius primicerius notariorum, ainsi que plusieurs
personnages de distinction (nobiles), et l'on put croire que le nord
de la Gaule allait être pacifié. Le rétablissement de la tranquillité n'y fut
cependant pas complet. Les Ripuaires, qui avaient combattu pour Jovinus, et
que sa défaite avait humiliés, déchargèrent leur colère sur la ville de
Trèves, qui fut pillée pour la troisième fois, bien que divers historiens
pensent que ce pillage fut seulement le second ; mais un texte de Renatus
Profuturus rapporté par Grégoire de Tours ne permet pas de se ranger à leur
opinion[29]. Il paraît même que les
Ripuaires, non contents de maltraiter de nouveau cette ville, refusèrent d'en
sortir et s'emparèrent des terres voisines qui appartenaient au fisc. Les
généraux d'Honorius se trouvèrent momentanément hors d'état de les en expulser,
et il fallut fermer, pour quelques années, les yeux sur un mal auquel on ne
pouvait porter remède. Une autre peuplade barbare venait, d'ailleurs, de
paraître dans la Gaule. Les Bourguignons, appelés par Jovinus, avaient
franchi le Rhin, en 413, et s'étaient établis dans la partie méridionale de
la Germania Prima et dans la Maxima Sequanorum. Ces nouveaux
hôtes pouvaient devenir extrêmement gênants ; mais ils craignirent d'avoir
bientôt une partie des forces de l'Empire sur les bras et demandèrent à
rester dans la Gaule, en qualité de fédérés[30]. L'autorisation leur en fut
accordée, ainsi qu'aux Alamanni, qui occupaient le reste de la Germania
Prima, et Constance, que l'empereur avait chargé du gouvernement de la
Gaule, avec des pouvoirs extraordinaires, confia (418) à Castinus, comes
domesticorum, la mission de forcer les Ripuaires à se retirer dans la
portion de la Germania Secunda où on leur avait, dans l'origine, assigné des
cantonnements[31]. Grégoire de Tours ne nous
apprend pas quel fut le résultat de la mission de Castinus ; mais Frédégaire
dit que ce général fit éprouver un échec aux Francs, et que leur roi périt
dans l'action[32]. L'empereur fut apparemment
satisfait, car, peu de temps après, il éleva le général romain au poste de magister
militum Galliœ[33] ; néanmoins, Trèves demeura
entre les mains des Ripuaires, et, en 418, la résidence du préfet du
prétoire, qui avait été provisoirement établie dans la ville d'Autun, fut
transférée dans la cité d'Arles, où demeurait déjà le vicaire des Gaules[34]. Cet
arrangement n'était pas une renonciation à la possession du nord de la Gaule,
et il est certain que les Ripuaires continuaient à reconnaître l'autorité
impériale. Ils avaient, il est vrai, profité des troubles pour étendre un peu
les limites de la concession primitive que les empereurs leur avaient faite ;
mais toutes les civitates voisines de Trèves : Metz, Toul, Verdun, Tongres,
Reims, n'avaient pas cessé d'obéir aux officiers impériaux. Aucun évènement
ne signala les années suivantes, si ce n'est peut-être, car il est impossible
d'assigner au fait dont il s'agit une date précise, l'établissement dans la Germania
Secunda d'une fraction de la tribu germaine que les Romains connaissaient
sous le nom d'Attuarii[35]. Elle se fondit sans doute
immédiatement dans la confédération des Ripuaires, car on ne voit pas qu'elle
ait conservé une existence indépendante. Ce
serait peut-être ici le lieu de donner quelques renseignements sur les
relations des Germains fédérés avec les Gallo-Romains ; mais les détails
manquent à peu près complètement. On peut faire observer toutefois que la
présence des premiers n'avait pour les seconds rien d'extraordinaire. Depuis
longtemps, les légions se recrutaient principalement parmi les Barbares ;
l'Empire en avait pris des corps entiers à sa solde, et plusieurs empereurs
avaient établi, à titre de colons ou de lètes, soit dans la Gaule, soit
ailleurs, un grand nombre de peuplades germaines et autres. De plus, les
provinces romaines, malgré les dévastations qu'elles avaient eu à souffrir,
présentaient encore un spectacle bien fait pour charmer des hommes dont la
plupart ne connaissaient que leurs forêts natales. On sait quel tableau
curieux que Sidoine Apollinaire a tracé, un peu plus tard, des manières et
des mœurs de ces hôtes de l'Empire, ainsi qu'ils aimaient à se
qualifier[36]. Ils cherchaient à imiter les
Gallo-Romains, dont ils regardaient la civilisation comme infiniment
supérieure à la leur. Dès le matin, on les voyait se presser dans les villœ
des gallo-romains du voisinage, et, confondus au milieu des clients, ils
venaient saluer du nom de père ou d'oncle ces hommes dont l'élégance et les
richesses leur inspiraient à la fois de l'admiration et de l'envie. Telle
était la situation de la Gaule, lorsque l'empereur Honorius mourut en 423.
Théodose II, empereur d'Orient, se fit aussitôt reconnaître comme empereur
d'Occident[37]. Il n'était pas plus en état
que son père et son oncle de soutenir un pareil fardeau, et, au bout de peu
de mois, il céda le partage d'Occident à un enfant que Placidie, sœur
d'Honorius, avait eu de son mariage avec Constance, cet habile général dont
nous avons déjà parlé, et qui avait fini par être associé à l'Empire,
malheureusement pour bien peu de temps. Valentinien — tel était le nom de cet
enfant — n'avait pas plus de cinq ans lorsqu'il fut proclamé empereur, mais
sa mère était une femme douée de grands talents ; elle tint d'une main ferme
les rênes du gouvernement, et un de ses premiers soins fut d'envoyer dans les
Gaules, avec le titre de magister militum, Aetius comte du palais, qui
était renommé pour sa valeur et son expérience. Ce général fut loin de
tromper la confiance que Placidie avait mise en lui, et il s'occupa
activement à faire rentrer les différents peuples fédérés dans les limites de
leurs concessions primitives. Il
s'adressa d'abord aux Bourguignons, qui occupaient la Maxima Sequanorum
et la partie méridionale de la Germania Prima. Ils avaient profité des
embarras d'Honorius pour obtenir le titre de fédérés, et divers historiens,
s'appuyant sur un passage de Sidoine Apollinaire[38], croient que, pendant
l'intervalle qui s'écoula entre la mort de ce prince et l'installation de
Valentinien III, ces Barbares avaient franchi les Vosges et envahi quelques
cantons de la Belgica Prima. Les préparatifs d'Aétius effrayèrent les
Bourguignons, qui se hâtèrent de rentrer dans le pays qu'on leur avait
assigné[39]. Vers le même temps,
c'est-à-dire en 427 selon toutes les apparences, le magister militum
rétablit l'autorité impériale dans le Norique et la Vindélicie, qui ne
dépendaient pas cependant de la préfecture des Gaules. L'année suivante, il
somma les Ripuaires d'évacuer la civitas de Trèves, où on les avait
tolérés pendant douze ou treize ans, et ils ne firent aucune difficulté pour
se retirer dans la civitas de Cologne et se renfermer dans les cantons
qui leur avaient été abandonnés[40]. Aétius
songea pendant quelque temps à reporter à Trèves le siège de la préfecture
des Gaules[41] ; mais le projet n'eut pas de
suite, et cette ville ne recouvra jamais sa première splendeur. Il ne faut
cependant pas conclure de ceci que Trèves eût été privée de tous les
établissements qu'elle possédait autrefois. Elle avait dû en conserver
plusieurs, et les documents de l'époque mérovingienne ne permettent pas
d'admettre qu'elle ait été complètement dépouillée. Nous avons déjà fait
observer, d'une manière générale, que ses édifices principaux n'avaient que
peu souffert des trois occupations qu'elle avait subies, et l'auteur anonyme
des Acta divœ Helenœ, qui écrivait dans le IXe siècle et qui a dédié
son ouvrage au célèbre Hincmar, fournit à cet égard des détails importants.
Après avoir parlé de la cathédrale, qu'il dit par erreur avoir fait partie du
palais d'Hélène, il assure que l'on voyait près de ce vaste édifice une autre
partie du palais d'Hélène : le cubile (chambre à coucher ou
appartement intérieur),
dont le sol était couvert d'une mosaïque admirable, et deux zêta (salles à
manger), dont les
murailles étaient ornées de sujets peints en or et relatifs à la religion
chrétienne. Ces restes étaient encore si somptueux, que l'auteur ne craint
pas de les comparer aux palais d'Assuérus et de Salomon[42]. Si l'on regarde comme
authentique le titulus de l'église Saint-Laurent, qui existait
autrefois[43] près de l'emplacement du palais
impérial de Trèves, on est même forcé d'admettre que l'on construisait encore
des églises dans une ville qu'on nous peint comme presque ruinée ; car,
d'après le même titulus, cette basilique aurait été dédiée en présence
de l'empereur Valentinien III, dans un voyage qu'il aurait fait en Gaule, et
dont l'histoire n'a pas conservé le souvenir[44]. Enfin, l'on voyait à Cologne,
à la fin du VIe siècle, une basilique élevée en l'honneur de cinquante
soldats de la légion Thébéenne martyrisés dans cette cité, et tel était
l'éclat des mosaïques à fond d'or qui en couvraient les murailles, que le
peuple, au rapport de Grégoire de Tours, l'appelait l'église des saints dorés[45]. Un
autre fait prouvant que Trèves n'était pas ruinée est la demande que, après
la retraite des Ripuaires, les habitants adressèrent à Valentinien III, ou
plutôt à sa mère Placidie, qui gouvernait sous le nom du jeune prince, pour
obtenir le rétablissement des jeux du cirque ; et cette prière, où l'on a cru
voir un indice de frivolité et de corruption[46], était peut-être l'expression
du désir qu'ils éprouvaient de voir replacer à Trèves la préfecture des
Gaules, car on sait qu'une prérogative des préfets était la présidence des
jeux du cirque. Un
biographe de saint Germain évêque d'Auxerre rapporte plusieurs particularités
qui démontrent que, malgré les incursions des Barbares, le nord-est de la
Gaule avait conservé une population assez nombreuse. Ainsi, lorsque le saint
évêque se rendit à Trèves, sans doute pour y joindre le métropolitain saint
Sévère avec lequel il devait prendre la route de l'île de Bretagne, une
multitude immense accourait à sa rencontre, comme autrefois au-devant de
saint Martin ; on dressait des croix et l'on bâtissait des oratoires dans
tous les lieux où il s'était arrêté pour prêcher, et plus tard, lorsque le
corps de saint Germain fut rapporté de Ravenne, où la mort l'avait surpris,
une foule innombrable vint à Auxerre de toutes les parties de la Gaule[47]. Ce que
nous avons dit tout-à-l'heure de la richesse d'une église de Colonia
Agrippina n'a rien qui doive surprendre. Cette ville n'eut pas à souffrir
de l'invasion de 407, et les magistrats romains continuaient à y faire leur
résidence. Les rois des Ripuaires n'avaient pas osé s'y établir, quoiqu'elle
fût au centre du pays qu'ils étaient chargés de défendre, et ils habitaient
une petite ville située sur le Rhin et appelée Colonia Trajana, nom
qui finit par se métamorphoser en Trojana, Troja, Troja sancta, Troja
sanctorum, et enfin en Sancten, ou Xanten[48]. On
ignore complètement les noms des rois ripuaires qui résidaient dans ce viens
à la fin du Ive siècle et au commencement du Ve, et il est probable que le
voile qui couvre les origines de la monarchie austrasienne ne sera jamais
entièrement levé. Il n'est cependant pas téméraire de regarder comme un roi
des Ripuaires le Franc Edobincus ou Edobecus, lequel fut un des principaux
partisans de l'usurpateur Constantin, et voici pour quelle raison : lorsque
celui-ci se trouva pressé dans la ville d'Arles par Gérontius, un 'de ses
généraux qui s'était révolté contre lui, il envoya Edobincus chercher des
renforts dans la vallée du Rhin. Or, il nous parait que si ce Franc avait
pouvoir pour assembler des troupes du, côté de Cologne et de Mayence, il
devait être le roi des Ripuaires lui-même ; car le prince qui les gouvernait
alors, s'étant déclaré en faveur de Constantin, n'aurait laissé à nul autre
l'honneur et le profit de conduire l'exercitus Francorum au secours de
l'usurpateur. Nous
serions assez, porté à croire que Edobincus disparut peu de temps après la
chute de Constantin et de Jovinus, soit que la mort l'ait enlevé, soit que
l'empereur Honorius, vainqueur de tous ses rivaux, ait obligé les Ripuaires à
le priver de l'autorité. Grégoire de Tours[49] et Frédégaire[50] rapportent, en effet, que les
Francs — ce qu'il faut entendre des Ripuaires, car les Saliens n'eurent
jamais de roi de ce nom — déférèrent la royauté à Theodomeres, fils de
Richimeres et d'Aschila. Si nos conjectures sont fondées, cet évènement
serait arrivé en 413, ou en 414 au plus tard, et Theodomeres aurait gouverné
les Ripuaires depuis ce moment jusqu'à l'année 418, époque à laquelle
Honorius chargea Castinus de les contraindre à évacuer la civitas de
Trèves. Bien que les historiens gardent le silence sur les détails de cette
affaire, on sait qu'il y eut un combat entre les Ripuaires et les soldats de
Castinus, et que Theodomeres et sa mère Aschila, qui l'accompagnait, périrent
dans l'action. Telle est du moins la conclusion que nous croyons pouvoir tirer
d'un passage de Frédégaire, dont le sens offre beaucoup d'obscurité[51]. Quel
fut le successeur de Theodomeres ? L'histoire n'en dit rien ; mais il est
impossible d'admettre, comme Eckhard a l'air de le supposer[52], que la tribu des Ripuaires
reconnut alors l'autorité du roi des Saliens, et que pendant vingt ans les
deux peuplades n'eurent qu'un seul et même souverain, Faramond, successeur de
Marcomir[53]. Ce qui doit faire rejeter
l'opinion d'Eckhard est la conduite différente que les Ripuaires et les
Saliens tinrent, en 428, lorsqu'Aétius les somma de rentrer dans les limites
de leurs concessions primitives. On a vu que les Ripuaires cédèrent sans résistance,
et que Clodion roi des Saliens, n'ayant pas voulu obéir au magister
militum, fut vaincu et repoussé[54]. Or, si les deux tribus avaient
eu un seul roi, elles auraient probablement agi de la même manière. Mais ce
mélange momentané des deux peuples, qui n'était bien certainement pas
accompli en 428, s'effectua quelques années plus tard, et on a de graves
raisons pour croire que Clodion, au moment de sa mort arrivée en 448, avait
sous ses ordres l'exercitus Francorum en entier, sans que l'on puisse
deviner quelle avait été la cause de l'union des Saliens et des Ripuaires.
Cette union des deux tribus sous un même prince semble résulter, en effet,
d'un passage du rhéteur Priscus, passage qui nous a été conservé par
l'empereur Constantin Porphyrogénète. Il parle au singulier du roi des
Francs, tandis qu'il aurait dû dire un des rois Francs, si les
Ripuaires avaient eu alors un souverain particulier[55]. Clodion, d'après des autorités
qui ne sont pas méprisables, avait épousé une veuve, laquelle avait eu pour
premier mari un prince parent de Clodion et nommé Mérovée (Merovechus). De ce premier mariage était né
un fils appelé Mérovée, comme son père[56], et du second mariage un autre
fils, qui reçut le nom de Clodebaud (Chlodebaldus). Clodion mourut vers l'année
448, et les deux fils de sa femme se disputèrent le trône, si on peut
employer une pareille expression pour désigner le pouvoir précaire dont
jouissaient les rois des Francs fédérés. Mérovée, qui était rainé, et, selon
toutes les apparences, puissamment secondé par les intrigues de sa mère,
l'emporta, bien qu'il ne fût pas le fils du feu roi. Mais, ainsi que nous
l'avons déjà fait observer, les Francs choisissaient alors leurs souverains
dans la famille royale, de même que les Goths prenaient les leurs dans la
maison des Amales, sans s'inquiéter de l'ordre de primogéniture, ni du degré
de parenté[57]. Lorsque l'élection d'un roi
donnait lieu à des troubles, et que les partisans des divers compétiteurs
étaient assez nombreux pour que l'un des partis ne pût écraser l'autre
aisément, on recourait à l'intervention de l'empereur, ou même simplement du magister
militum, sous les ordres duquel les rois Francs étaient placés. C'est ce
qui arriva au cas particulier. Clodebaud, mécontent de se voir privé d'un
titre qui semblait lui appartenir plus naturellement qu'à son frère utérin,
se rendit en Italie pour conjurer Valentinien Ili de lui faire obtenir une
part de l'autorité dont son père avait joui. Le rhéteur Priscus parle[58] de ce jeune prince, qu'il vit à
Rome, où il s'acquittait lui-même d'une mission auprès de Valentinien. Il dit
que le jeune Franc était encore imberbe, mais qu'il portait une longue
chevelure blonde, qui flottait sur ses épaules. Aetius gouvernait alors le partage
d'Occident d'une manière presque absolue, comme maître de la milice dans les
préfectures d'Italie et des Gaules, titres qui mettaient à sa disposition les
forces militaires de ce partage. Il comprit tout de suite le parti qu'il
pouvait tirer de Clodebaud, ménagea au fils de Clodion un accueil favorable
auprès de Valentinien, le fit reconnaître comme roi des Francs fédérés et
l'adopta lui-même. Clodebaud, comblé de présents par l'empereur et par Aetius,
et porteur d'un décret qui le qualifiait d'ami et d'allié du peuple romain,
retourna dans son pays[59]. Le maitre de la milice avait
probablement l'idée de renverser complètement Mérovée ; mais cette affaire
offrit des difficultés imprévues, et, laissant Mérovée régner paisiblement
sur les Saliens, il fit seulement reconnaître Clodebaud comme roi des Ripuaires,
en sorte que les deux tribus se trouvèrent de nouveau séparées, après avoir
obéi au même roi pendant vingt années environ. La
plupart des historiens pensent que la dénomination de Mérovingiens, donnée
aux rois dont nous allons rapporter les actions, vient du nom de Mérovée,
lequel aurait eu dans la langue des Francs la forme de Meer-wig (guerrier de la
mer), d'où on a
fait Meer-wings et en latin Merovingi ; et Sismondi avance même[60], à la vérité sans en fournir
aucune preuve, que le prince Franc qui a porté ce nom, et l'a transmis à ses
descendants, vivait longtemps avant l'établissement des Saliens dans la
partie septentrionale de la Belgica Secunda[61]. L'union
momentanée des Saliens et des Ripuaires et leur séparation par ordre d'Aetius
n'ont rien de surprenant. Les deux tribus ne formaient pas, en effet, des
nations distinctes. Elles appartenaient également à ce groupe de petits
peuples germains que les Romains désignaient par le nom générique de Franci ;
elles avaient la même langue et les mêmes coutumes ; leurs lois étaient
presque semblables, et toutes deux s'étaient spontanément constituées par
l'agrégation de plusieurs peuplades que leur faiblesse engageait à se
confédérer, soit pour agir avec plus de vigueur contre l'ennemi commun, soit
pour faire acheter plus cher leurs services. Quelques
historiens ont eu la curiosité de rechercher quelle était la plus puissante
des deux confédérations, et M. de Pétigny n'a pas hésité à soutenir que les
Ripuaires étaient plus nombreux et plus puissants que les Saliens[62] ; toutefois, si l'on considère
que, dans le partage qui fut fait du royaume des Francs après la mort de
Clovis, les Ripuaires furent tous placés dans la même sors ou le même lot, et
si on croit, comme divers auteurs (ce que nous n'admettons pas), que l'on tâcha de rendre les
parts égales, autant que possible, on est amené à conclure que la tribu des
Ripuaires était moins nombreuse que celle des Saliens. Il faut
aussi remarquer, au sujet de la division du royaume des Francs fédérés entre
Mérovée et son frère, que l'on rencontre ici le plus ancien exemple connu de
ces partages que nous verrons se reproduire fréquemment dans la suite,
lorsque, grâce à l'extinction de plusieurs branches de la famille royale et à
la prépondérance de celle qui était en possession de l'autorité, la
prérogative dont les Francs avaient joui pour l'élection de leurs rois se
trouva supprimée, sinon en droit, du moins en fait. Enfin,
nous devons encore faire observer que, si l'on adopte l'explication que nous
avons présentée dans les pages précédentes, tant d'après les idées d'Eckhard[63] que d'après nos propres
recherches sur une série de faits passablement embrouillés, on se rend compte
aisément de la parenté qui unissait la famille royale des Saliens et celle
des Ripuaires. Dans la harangue que Clovis adressa aux derniers afin de les engager
à le choisir comme souverain, il ne manqua pas de rap- peler qu'il était
parent de leur roi Clodéric[64], et on verra plus loin qu'il
était, en effet, parent de ce prince au degré de cousin issu de germain. Un des
motifs qui déterminèrent Aetius à ne pas dépouiller complètement Mérovée fut
probablement la crainte de mettre le jeune prince au désespoir et de le
pousser à se déclarer, avec sa nation, en faveur des Huns, qui menaçaient
alors la Gaule, et même tout le partage d'Occident, d'une invasion bien
autrement redoutable que celles dont ces contrées avaient déjà ressenti les
funestes effets. Elle n'eut lieu, à la vérité, qu'en 451 ; mais elle était
prévue depuis quelques années, et la prudence commandait de prendre d'avance
les mesures les plus propres à en atténuer les suites. D'après Grégoire de
Tours[65], saint Aravatius, évêque de
Tongres, avait connu par une révélation divine la nouvelle calamité qui
allait fondre sur l'Empire ; il s'était rendu à Rome afin d'invoquer
l'intercession des bienheureux apôtres Pierre et Paul, et là il avait appris
que rien ne pouvait arrêter les Barbares, mais qu'il mourrait lui-même avant
leur arrivée. En 450, des tremblements de terre, une aurore boréale
très-brillante et une comète, qui avait la forme d'un long glaive recourbé,
achevèrent d'effrayer les peuples et furent regardés comme les présages
assurés de malheurs inouïs[66]. Les préparatifs d'une
entreprise telle que celle d'Attila exigeaient un temps assez considérable,
et ce fut seulement vers la fin de l'année 450 que les Huns, suivis de
presque tout ce qui restait encore de nations barbares depuis le Rhin jusqu'à
la Vistule, se présentèrent sur la rive droite du premier de ces fleuves. Il
leur fallut du temps pour le franchir, quoique le magister militum
n'eût pu réunir dans la vallée que ce fleuve arrose une armée capable de leur
tenir tête. Attila, secondé par une peuplade Franque fixée sur les bords du
Necker, fit abattre, dans les vastes forêts qui couvraient la chaine de l'Abnoba
(aujourd'hui
la Forêt-Noire),
une énorme quantité d'arbres, avec lesquels on construisit des bateaux
grossiers et des radeaux. L'armée, qui comptait plusieurs centaines de mille
hommes, parvint ainsi à traverser le Rhin sur deux points différents[67]. Attila la partagea en deux
colonnes, chargées d'opérer l'une au midi, l'autre au nord. La première était
entrée dans la Germania Prima, en franchissant le fleuve près d'Augusta
Rauracorum. Elle se disposait à en descendre le cours, lorsqu'elle fut
assaillie par les Bourguignons fédérés, qui, sur l'ordre du magister
militum, avaient pris les armes pour empêcher les Huns de déboucher dans
le centre de la Gaule, en côtoyant le versant méridional des Vosges, projet
qu'Attila n'eut jamais, autant du moins qu'on peut le savoir aujourd'hui. Les
Bourguignons n'étaient malheureusement pas assez nombreux ; ils furent
repoussés avec perte, et même, si l'on prenait à la lettre un passage de
Sidoine Apollinaire, on serait obligé d'admettre que quelques-uns d'entr'eux
suivirent de gré ou de force l'armée d'Attila[68]. La colonne que les
Bourguignons venaient d'attaquer se mit alors en marche, en suivant la grande
voie qui longeait la rive gauche du Rhin, et saccagea, chemin faisant, Augusta
Rauracorum, Argentovaria, Argentoratum, Nemetes, Vangiones et Moguntiacum,
sans que les Alamanni fédérés, qui occupaient la Belgica Prima, aient pu
résister à un pareil torrent. Arrivée à Moguntiacum, la colonne dont
nous parlons, quittant la voie qu'elle avait parcourue jusqu'alors, tourna à
l'ouest et se dirigea du côté de Trèves, en traversant la chaîne du mont Vosagus,
pour joindre le reste ou la seconde colonne de l'armée d'Attila. Cette
colonne avait franchi le Rhin dans les environs de Con fluentes et avait pris
la grande voie conduisant à Trèves, en détachant sur la droite des partis qui
saccagèrent et brûlèrent Tongres, Arras et plusieurs autres villes[69]. Les deux colonnes opérèrent
leur jonction à Trèves même, pillèrent cette malheureuse cité[70], et de là marchèrent vers Metz
et les civitates méridionales de la Belgica Prima. Les
habitants de Metz, encouragés sans doute par la présence de quelques troupes
régulières, firent une vigoureuse défense. Les Huns, qui ne connaissaient pas
l'art des sièges et ne traînaient pas avec eux de machines de guerre, furent
rebutés par une résistance aussi opiniâtre et s'éloignèrent. Ils étaient
occupés à dévaster la ville de Scarponna, située sur la Moselle, à six
ou sept lieues de Metz, lorsque des pillards, qui étaient demeurés en
arrière, vinrent apprendre à Attila qu'un pan tout entier des murailles de
Metz venait de s'écrouler. Les Huns rétrogradèrent sur-le-champ, arrivèrent
devant cette malheureuse ville, le jour même de pâques (8 avril), et la saccagèrent. L'évêque,
saint Auctor, s'était réfugié dans la cathédrale avec son clergé. Attila
épargna le prélat, dans l'espérance peut-être d'en tirer quelque utilité ;
mais il fit massacrer tous les urètres au pied de l'autel, tandis que les Barbares
pillaient la cité et l'incendiaient en partie. Grégoire de Tours[71] et Paul Diacre[72] assurent même que les Huns
égorgèrent tous les habitants, détruisirent complètement les édifices, et
qu'il ne resta debout qu'un oratoire consacré à saint Etienne. C'est une
erreur. Beaucoup d'habitants périrent, cela n'est pas douteux, au milieu de
ces horribles scènes ; mais la plupart parvinrent à s'échapper ; car, peu
d'années après cette catastrophe, la ville de Metz était peuplée comme
auparavant, et soixante ans plus tard elle était tellement florissante,
qu'elle fut choisie pour être la résidence des rois d'Austrasie. Quant aux
maisons et aux monuments, on ne peut admettre non plus qu'ils aient tous
disparu ; au moyen-âge, Metz possédait des édifices remontant à la période
gallo-romaine, et l'on voit encore aujourd'hui dans la rue des Trinitaires quelques
restes du palais des rois d'Austrasie, dont la construction parait dater du
IVe siècle[73]. En
quittant Metz, les Huns prirent la voie qui conduisait à Reims, en passant
par Verdun, maltraitèrent ces deux villes et incendièrent Lugdunum-Clavatum
(Laon). Ils marchèrent ensuite vers la
Seine, puis vers la Loire, et tentèrent de s'emparer d'Orléans. Pendant tout
ce temps, Aetius s'occupait sans relâche à former une armée capable d'arrêter
enfin un pareil torrent. Théodoric roi des Wisigoths accourait avec ses
soldats, et les autres peuples barbares qui avaient obtenu de s'établir dans
la Gaule, aux mêmes conditions ou en qualité des têtes, se hâtaient aussi
d'expédier au magister militum les contingents qu'ils devaient
fournir. Jornandès mentionne expressément les Franci (c'est-à-dire
les Saliens), les Riparioli
ou Ripuaires, les Sarmates, les Bourguignons, les Briones, qui occupaient la
partie orientale de la Maxima Sequanorum, et d'autres peuples moins
importants[74]. Le roi des Saliens dut amener
son contingent tout entier ; mais deux motifs nous portent à croire que le
contingent des Ripuaires ne fut pas très-considérable. En effet, Sidoine
Apollinaire, dans un passage de son Panégyrique d'Avitus[75] que nous avons déjà cité deux
fois, range parmi les barbares conduits par Attila les Bructères et les
Francs qui habitaient la vallée du Nicer (Necker). Ces derniers appartenaient
évidemment à une peuplade qui n'était pas entrée dans la confédération des
Ripuaires ; mais nous avons vu plus haut que les Bructères avaient contribué
à former cette même confédération, et, si l'auteur du Panégyrique ne s'est
pas trompé, on ne peut guère refuser d'admettre qu'un nombre plus ou moins
grand de ripuaires, probablement ceux qui se trouvèrent sur le passage
d'Attila, n'ait été contraint de suivre les pas du roi barbare. Le gros de la
nation demeura dans le devoir et se tint prêt à exécuter les ordres du magister
militum. C'est même l'attitude hostile des Ripuaires qui attira sur ceux
qui demeuraient au-delà du Rhin, aux environs de la forêt Buchonia,
une catastrophe qu'il faut rapporter ici. La nation des Thuringiens, dont
nous avons raconté plus haut la formation, s'était déclarée pour Attila.
Comme elle avait apparemment quelques griefs contre les Ripuaires, dont elle
n'était séparée que par des forêts ou des rivières faciles à franchir, elle
jugea que l'occasion était favorable pour satisfaire son ressentiment. En
conséquence, elle profila du moment où le contingent des Ripuaires était
réuni et allait se mettre en marche, pour fondre sur la partie de leur
territoire qui était situé à la droite du Rhin. On n'y trouvait plus que des
vieillards, des infirmes, des femmes et des enfants, et aucune résistance
n'était possible ; aussi les Thuringiens eurent-ils le pouvoir d'assouvir
complètement leur cruauté. Ils fendaient les jambes des enfants pour les
accrocher aux branches des arbres ; ils attachèrent plus de deux cents jeunes
filles sur des chevaux, aux flancs desquels ils avaient fixé des éperons qui
les piquaient continuellement, en sorte que ces animaux, devenus furieux,
s'emportaient au milieu des bois les plus épais et mettaient en pièces leurs
victimes. Plusieurs malheureux furent liés aux roues de leurs propres chariots,
que les Thuringiens surchargeaient encore, et qu'ils conduisaient par des
chemins où ils avaient mis auparavant des solives en travers, et ensuite ils
exposaient ces infortunés au milieu des champs comme une proie pour les
chiens et les vautours[76]. Il
n'est pas douteux que, en apprenant de pareilles horreurs, beaucoup de
ripuaires n'aient pris le parti de retourner chez eux, afin de mettre leurs
familles en sûreté ou de connaître l'étendue de leurs infortunes ; mais les
deux contingents, commandés probablement par leurs rois, se dirigèrent vers
la Loire, dont le cours avait arrêté la marche des Huns. Il
n'entre pas dans le plan de cet ouvrage de suivre en détail les mouvements
d'Attila. Il suffira de dire que, arrivé devant Orléans, où il rencontra une
résistance inattendue, le roi des Huns apprit que le magister militum
s'avançait rapidement, avec une armée composée des troupes impériales et des
contingents fournis par les Wisigoths et les Bourguignons fédérés, pendant
que l'exercitus Francorum et d'autres rassemblements militaires
s'approchaient d'Orléans dans la direction du nord au sud. Craignant d'être
pris à dos par ces derniers, tandis que Aêtius l'attaquerait de front, Attila
résolut de battre en retraite et marcha (le 14 juin) vers le nord-est, en prenant la
grande voie qui menait d'Orléans à Châlons, par Aquœ Segeste, Senones (Sens), Clanum, Tricasses (Troyes) et Arciaca (Arcis-sur-Aube). L'armée romaine suivait de si
près les hordes d'Attila, que l'avant-garde de la première, formée de cinq
mille hommes, tous Francs, c'est-à-dire, selon les probabilités, d'une partie
des contingents salien et ripuaire, se précipita sur l'arrière-garde
d'Attila, composée de cinq mille Gépides. La lutte fut acharnée, et Jornandès
assure que la plupart des combattants restèrent sur le terrain[77]. Le lendemain, les deux armées
elles-mêmes en vinrent aux mains et livrèrent la fameuse bataille des Campi
Catalaunici, sur la situation desquels les savants discutent depuis tant
d'années sans parvenir à tomber d'accord. Les
Huns vaincus continuèrent leur retraite, poursuivis par une partie de l'armée
romaine, et probablement par les Ripuaires, qui reprenaient de la sorte le
chemin de leur pays[78]. Attila traversa, en se
retirant, une portion de la Seconde Belgique, la Première Belgique et la
Première Germanie ; et ses soldats, furieux d'avoir- été repoussés par un
ennemi qu'ils comptaient anéantir, commirent encore bien des désordres, des
violences et des meurtres dans les contrées que nous venons de nommer[79]. C'est à cette marche
rétrograde des Huns qu'il faut rapporter le martyre de saint Livier (Livarius), un des principaux citoyens de
Metz, que les Barbares massacrèrent sur une montagne que l'on rencontre entre
Marsal et Salivai, et qui porte son nom, au moment où cet homme généreux
tentait d'arracher quelques captifs à une mort cruelle[80]. Lorsque
les Huns eurent repassé le Rhin sur la fin de l'année 451, la Gaule fut
momentanément tranquille, et l'on travailla avec promptitude à réparer les
désastres de l'invasion. La paix fut malheureusement menacée de nouveau
bientôt après. Aëtius fut assassiné en 454, et Ecdicius Avitus, qui l'avait
remplacé, ne tarda pas à être proclamé empereur. Son règne fut de courte
durée, et Majorien, qui monta sur le trône en 457, après l'abdication forcée
d'Avitus, confia les fonctions de magister militum dans la préfecture
des Gaules à un gallo-romain nommé Ægidius Syagrius, qui se montra digne de
remplacer le vainqueur d'Attila[81]. Mais les circonstances étaient
bien difficiles, les changements d'empereurs très-fréquents, les exigences
des rois barbares fédérés toujours croissantes, et Ægidius se trouva fort
heureux de maintenir les Gaules dans l'état où il les avait reçues. Il
exerçait une autorité presque absolue dans les provinces que n'occupaient pas
encore les Barbares fédérés[82], et sa loyauté bien connue lui
donnait beaucoup d'influence chez les fédérés, qui commençaient à ne plus
obéir aussi docilement qu'autrefois aux ordres du maitre de la milice. On eut
même bientôt une preuve éclatante de l'estime qu'Ægidius avait inspirée aux
Barbares. Mérovée, roi des Francs Saliens, était mort vers l'année 457, et
son fils Childéric lui avait succédé. Ce jeune prince mécontenta ses sujets,
et les choses en vinrent au point qu'ils le chassèrent. Pendant qu'il allait
demander un asile à Basinus roi des Thuringiens, les Saliens s'assemblèrent
et déclarèrent qu'ils ne voulaient pas avoir de roi et qu'ils recevraient
directement les ordres du magister militum, ordres qui ne leur
arrivaient, comme on l'a vu, que par l'intermédiaire de leur souverain
particulier[83]. On sait, du reste, que l'exil
de Childéric ne fut pas de très-longue durée, que ce prince fut rappelé par
les Francs, et qu'Ægidius ne mit aucun obstacle à son retour[84]. Nous appellerons seulement
l'attention sur une circonstance relative au rappel de Childéric, et de
laquelle on a voulu conclure que les prétendus états de ce prince
s'étendaient jusqu'au cœur du pays qui forma plus tard le royaume
d'Austrasie. Frédégaire rapporte, en effet, que Childéric rencontra dans le castrum
Barrum le leude qui avait ménagé son rétablissement[85], et Aimoin ajoute que les
habitants firent une si honorable réception au roi Franc, que, pour leur en
témoigner sa reconnaissance, il leur accorda l'exemption de tout impôt et
l'autorisation de former une communauté libre[86]. Cette fable, rapportée par un
auteur relativement récent — Aimoin écrivait à la fin du Xe siècle — ne
mérite aucun crédit. Quant au lieu où Childéric rencontra son confident, on
ne peut guère l'identifier avec Bar-le-Duc, et on doit encore moins en
conclure que ce prince en était possesseur. Chifflet a entrepris de
démontrer, et, non sans raison, que le castrum Barrum de Frédégaire
n'est autre que le bourg de Peer dans la Campine actuelle, c'est-à-dire dans
le pays qu'occupaient les Saliens fédérés[87] ; mais, lors même que l'on
regarderait le castrum Barrum et Bar-le-Duc comme un seul et même
endroit, on comprend très-bien que la rencontre du roi salien et de son
confident a pu avoir lieu dans un vicus reconnaissant l'autorité
directe d'Ægidius[88], puisque le magister militum
ne s'opposa pas au rétablissement de Childéric. C'est
peut-être ici l'occasion d'examiner, bien que cette courte digression soit
étrangère à notre sujet, si Childéric possédait tout le pays qui avait
appartenu à son père Mérovée, ou si le regnum de ce dernier n'avait
pas été, après sa mort, partagé entre ses différents fils, comme on verra la
chose se pratiquer habituellement dans la suite. On sait qu'à la fin du Ve
siècle et au commencement du VIe, il existait dans la Belgica Secunda
plusieurs petits royaumes Francs, dont le fils de Childéric parvint à se
rendre maître[89], et dont les souverains
appartenaient à la même famille que Clovis. Il nous répugne de croire
néanmoins que ces petits rois (reguli) fussent fils d'un frère de
Childéric ; car, s'ils avaient été aussi proches parents de ce dernier, il
est probable qu'après son expulsion les Saliens en auraient pris un pour roi,
au lieu de reconnaître l'autorité directe d'Ægidius. Nous ne pouvons penser
non plus, comme Du Bos[90], que ces reguli fussent
issus d'un frère de Mérovée ; car l'histoire ne lui donne qu'un frère utérin,
qui, d'après nous, fut roi des Ripuaires ; et il vaudrait peut-être mieux, en
remontant un peu plus haut, supposer qu'ils eurent pour aïeul un prince
salien, frère de Clodion et nommé Chlenus, dont on retrouve la trace dans une
sorte de chronique composée à une époque assez reculée, bien que le manuscrit
qui nous l'a conservée ne date que du Xe siècle[91]. Si l'on adopte cette
hypothèse, le partage du territoire occupé par les Saliens eut lieu à
l'avènement de Clodion, lequel aurait, du reste, conservé la plus forte
portion de l'héritage paternel, si l'on peut employer une pareille expression
en parlant d'un temps où l'élection existait encore, sinon en fait, au moins
en droit. L'histoire
des Ripuaires, aussi peu connue que celle des Saliens, fournit cependant un
fait intéressant qui se rapporte à la période pendant laquelle Ægidius
gouverna les Gaules avec le titre de magister militum. Ricimer, qui
remplissait les mêmes fonctions dans la préfecture d'Italie, avait fait périr
l'empereur Majorien et proclamer Severus, sous le nom duquel il espérait
régner. Ægidius, très-attaché à Majorien, refusa de reconnaître le nouvel
empereur d'Occident, et celui-ci, ou plutôt Ricimer, nomma pour la Gaule un
maître de la milice, appelé Arborius, et engagea Théodoric II, roi des
Wisigoths fédérés, et le roi des Ripuaires à renverser Ægidius. Les
Ripuaires, qui avaient déjà fait quelques mouvements après la mort d'Aetius[92], saisirent avidement une
occasion aussi favorable et se rassemblèrent pour entrer en campagne. A cette
nouvelle, le maître de la milice se rendit précipitamment à Cologne, qui
était toujours la résidence du consularis chargé de l'administration
civile de la Seconde Germanie ; niais comme, depuis soixante ans, il n'y
avait plus dans cette province aucun corps de troupes régulières, Ægidius
n'était pas en mesure de résister aux Francs. On doit même conclure des
termes employés par l'auteur qui nous fait connaître ces faits, que la ville
fut prise de vive force, que nombre d'habitants périrent dans le tumulte, et
que le maître de la milice eut beaucoup de mal à s'échapper. De Cologne les
Ripuaires se dirigèrent vers la Première Belgique et occupèrent Trèves[93], ainsi que plusieurs autres
villes, qu'ils convoitaient depuis longtemps, mais dans lesquelles ils ne
pouvaient entrer sans violer les engagements qui les liaient à l'Empire.
L'expédition des Ripuaires n'eut pas, il faut le remarquer, le caractère
d'une invasion faite par un peuple barbare dans un pays ennemi ; bien qu'au
fond ils n'eussent en vue que leur propre intérêt, ils semblaient agir au nom
et sur l'ordre de l'empereur, et il est à la rigueur possible que leur roi se
soit cru obligé d'obéir aux ordres de Severus, sauf à garder une large
indemnité pour les perles qu'il aurait subies. Il
n'est pas facile de fixer d'une manière précise la date de ces évènements. M.
de Pétigny les rapporte à la fin de l'année 464[94] ; mais des raisons graves nous
engagent à croire qu'ils s'accomplirent dans les derniers mois de 462 ou au
commencement de 463. L'histoire garde le silence le plus complet sur les
résultats immédiats de l'entreprise des Ripuaires ; néanmoins, on peut conjecturer
que le maître de la milice ne tarda pas à traiter avec leur roi, en lui
abandonnant la possession définitive des villes qu'ils avaient occupées. Il
était alors menacé par des adversaires plus redoutables : les Wisigoths, qui,
en feignant beaucoup de zèle pour les intérêts de Severus, n'aspiraient qu'à
se rendre maîtres de la partie de la Gaule située au midi de la Loire. Ægidius,
tranquille du côté du nord, tourna toutes ses forces contre ces nouveaux
ennemis, et leur fit essuyer une défaite complète dans une grande bataille,
où Frédéric frère de leur roi trouva la mort. Le maitre de la milice fut
puissamment aidé, dans cette courte mais glorieuse campagne, par Childéric,
roi des Saliens, qui lui amena son contingent, et nous avons des motifs pour
croire que le roi des Ripuaires agit de même. Ce prince avait obtenu, en
effet, tout ce qu'il pouvait raisonnablement et prudemment désirer. Le
territoire accordé à sa tribu se trouvait augmenté de la civitas de
Trèves tout entière, où les terres dépendant du domaine, par conséquent de
nature à être distribuées entre les Ripuaires, devaient être en fort grand
nombre ; et d'un autre côté, les magistrats romains avaient abandonné les
villes où ils résidaient encore ; ce qui procurait au roi Franc la faculté de
s'y établir lui-même, et même de donner aux premiers de ses sujets les palais
et les édifices que ces magistrats avaient occupés jusqu'alors. Abandonnant
enfin la petite ville de Colonia Trajana, que ses prédécesseurs et
lui-même avaient habitée si longtemps, le roi vint s'installer dans le palais
impérial de Cologne dont l'existence nous est attestée par Ammien Marcellin[95]. L'étendue
du royaume des Ripuaires n'était pas encore très-considérable. Il ne
comprenait, outre le pays situé entre le Rhin et le Weser, que la civitas
de Cologne dans la Seconde Germanie, les civitates de Worms et de
Mayence (peut-être
aussi celle de Spire)
dans la Première Germanie, et la civitas de Trêves dans la Première
Belgique. A l'ouest, les civitates de Tongres et de Reims obéissaient
aux magistrats romains et séparaient le royaume des Ripuaires et celui des
Saliens ; au midi, les cités de Metz, Toul et Verdun continuaient à
reconnaître directement l'autorité impériale, comme les cités de Tongres et
de Reims[96]. Quelques savants[97] ont même pensé que les
Ripuaires avaient évacué Trêves, et que le comte Arbogast, gouverneur de
cette ville, et avec lequel Sidoine Apollinaire et saint Auspice évêque de
Toul entretenaient un commerce de lettres, était un officier impérial, placé
sous les ordres immédiats du maître de la milice. Ce comte Arbogast, quoique
d'origine barbare, appartenait, en effet, à une famille étrangère à la tribu
des Ripuaires et depuis longtemps attachée au service de l'Empire ; car il
était fils d'un nommé Arigius, qui était lui-même fils du fameux Arbogast,
maître de la milice dans la préfecture des Gaules sous le règne de
Valentinien II. Et ce qui pourrait encore rendre plus vraisemblable la
conjecture de Du Bos, c'est que saint Auspice donne au personnage dont nous
parlons le titre de spectabilis (expectabilis), qui d'après la Notice de
l'Empire était attribuée au comes tractus Argentoratensis[98]. Cependant, les mots comes
Treverorum placés dans l'intitulé de l'épître de saint Auspice, et le
titre de major que le même saint[99] et Sidoine Apollinaire[100] attribuent à Arbogast sont de
nature à faire croire que ce magistrat tenait son autorité du roi des
Ripuaires plutôt que du maître de la milice. Trèves, résidence d'Arbogast,
avait, du reste, et malgré le changement des formes administratives, conservé
une ombre de son ancienne splendeur. Les géographes byzantins, qui ne
laissaient pas que d'avoir des renseignements assez précis sur l'état du partage
d'Occident, parlent de cette ville de manière à faire croire qu'elle était
encore très-florissante, et Venance Fortunat, qui la visita cent ans plus
tard, ne craint pas de dire : Perducor
Trevirim qua mœnia celsa patescunt, Urbs
quoque nobilium nobilis œqué caput. L'histoire
ne nomme pas le roi des Ripuaires qui occupa Trèves et Cologne ; mais on ne
peut guère douter que ce ne fût Clodebaud, lequel devait être dans toute la
force de l'âge, et c'est lui qui eut à soutenir une guerre assez vive contre
Euric roi des Wisigoths. On ne sait rien des causes de cette guerre, dont la
réalité a même été révoquée en doute, à tort selon nous. Quant à ses
origines, elle a pu éclater bien certainement par suite du ressentiment
qu'avait fait éprouver aux Wisigoths la conduite de Clodebaud, lequel, après
avoir entamé de concert avec eux une campagne contre Ægidius, les avait
abandonnés et avait même tourné ses armes contre eux ; ce qui permit au
maître de la milice de leur faire essuyer un sanglant échec, comme on l'a dit
plus haut. Quant au fait même de la guerre, il est suffisamment établi par un
passage de Grégoire de Tours, où on lit que les villes des deux Germanies
eurent beaucoup à souffrir dans le cours de ces hostilités[101], et par une lettre de Sidoine
Apollinaire, de laquelle il résulte qu'Euric avait fait trembler les barbares
habitant la vallée du Rhin[102]. On ne doit pas s'étonner de posséder
si peu de renseignements sur cette guerre et ses causes ; car quantité
d'évènements importants accomplis à la même époque ne sont que
très-imparfaitement connus. Si nous
ne nous trompons, les hostilités dote il s'agit durèrent peu de temps et
furent terminées par un traité et par un mariage. Sidoine Apollinaire raconte
au long, dans une des lettres[103], le mariage de la fille d'Euric
avec un jeune prince barbare, qu'il appelle Sigismeres, et qui ne peut
être que le fils de Clodebaud. Les historiens ne sont pas, à la vérité,
d'accord sur ce point ; mais la description de son cortège, telle que Sidoine
nous la donne, offre un trait qui ne permet pas de douter que Sigismeres
n'ait appartenu à la race des Francs. On y lit, en effet, que les barbares
formant son escorte portaient des secures missiles, c'est-à-dire des
haches que l'on pouvait lancer sur l'ennemi, armes redoutables qui paraissent
avoir été exclusivement à l'usage des tribus Franques, et qui sont connues
sous le nom de francisques. On voit aussi, en parcourant la lettre de Sidoine
Apollinaire, que les Ripuaires savaient, lorsque la circonstance l'exigeait,
étaler un luxe que l'on ne s'attend guère à rencontrer chez une nation peu
puissante, et dont la plupart des historiens modernes ont, comme à l'envi,
exagéré la barbarie et la pauvreté. C'est à Bordeaux, résidence ordinaire
d'Euric, qu'eut lieu la cérémonie décrite par l'évêque de Clermont. Le jeune
prince ripuaire se rendit en cérémonie de son logement au prœtorium,
dans lequel Euric l'attendait. Sigismeres était, pour employer les
expressions de l'auteur latin, ornatus ritu atque cultu gentilitio.
Son cheval et ceux de ses compagnons avaient des harnachements couverts de
pierreries (phalerœ et radiantes gemmœ). Le prince lui-même était à
pied, et ses vêtements de soie étaient rehaussés de broderies d'or (flammeus
cocco, rutilus auro, lacteus serico). Les reguli et les autres Francs (socii), qui l'accompagnaient,
portaient des tuniques (vestes) de couleurs variées. Ces tuniques, très-étroites,
étaient si courtes qu'elles descendaient à peine jusqu'aux genoux, et les
manches couvraient seulement le haut des bras. Un manteau vert, bordé de
rouge, complétait le costume. Les Francs avaient les jambes nues, mais ils
étaient chaussés de brodequins en peau garnie encore du poil de l'animal.
Leur armement se composait d'un glaive, attaché à un baudrier, d'une lance
recourbée, d'une des haches mentionnées tout-à-l'heure et d'un bouclier, dont
l'orbe était peint en blanc, et le bouton ou umbo de couleur fauve,
c'est-à-dire doré. Il
faudrait regarder le renseignement fourni par Sidoine Apollinaire comme le
seul que l'histoire nous ait conservé au sujet du gendre d'Euric, s'il
n'était possible d'identifier ce prince avec un roi des Ripuaires dont
Grégoire de Tours parle plus d'une fois, avec Sigebert ou mieux Sigisbert Ier.
Lorsque ce malheureux roi périt en 509, victime des machinations de Clovis,
il était déjà avancé en âge[104], et par conséquent on ne peut
raisonnablement supposer qu'il fût le fils de Sigismeres et de la fille
d'Euric, comme l'ont pensé plusieurs historiens[105]. En effet, si le mariage
rappelé par Sidoine eut lieu en l'année 467 — qui est la date la plus
satisfaisante à lui assigner —, Sigisbert, fils de Sigismeres, serait né au
plus tôt en 468 ; il n'aurait eu en 509 que quarante-un ans, et Clovis
n'aurait pas allégué que ce roi était déjà vieux. Si, au contraire, on ne
fait qu'un seul personnage de Sigismeres et de Sigisbert, toutes les dates se
concilient parfaitement. Le prince ripuaire aurait eu environ vingt ou
vingt-cinq ans à l'époque de son mariage ; donc au moment de sa mort il
aurait.eu de soixante-deux à soixante-sept ans, et l'allégation de Clovis
serait dès lors parfaitement exacte. On
objectera, à la vérité, que le nom donné par l'évêque de Clermont au prince
ripuaire n'est pas celui que lui attribue Grégoire de Tours. La différence
est réelle ; mais il est bien possible que le nom ait été altéré par
l'inadvertance d'un copiste dans les manuscrits de Sidoine Apollinaire ; et,
si l'on n'a pas recours à ce moyen de conciliation, on peut faire observer
que la signification des deux noms est à peu près la même, et que le prince
dont il s'agit les a probablement portés l'un et l'autre. En effet, dans
l'ancienne langue germaine ou théotisque, Sigismeres, Sigismares ou Sigismir
veut dire illustre par la victoire, et Sigisbert signifie brillant
par la victoire. Cette même correspondance se remarque dans plusieurs
autres noms propres dont les racines appartiennent également à la langue
théotisque ; ainsi, Dagomares et Gundomeres sont aux noms de Dagobert
et de Gundobert[106] ce que Sigismeres est à Sigisbert. Quant à
la véritable forme de ce dernier nom, il semble que l'on doit préférer Sigisbert
à Sigebert ou Sighebert, manière d'écrire et de prononcer
affectionnée par plusieurs historiens modernes. En voici les raisons : 1° les
noms barbares qui ont de l'analogie avec celui dont nous parlons commencent
par les syllabes sigis ou sigi, et non sige ou sighe
; on écrit Sigisbold et non Sighebold, Sigismond et non Sighemond,
Sigismeres et non Sighemeres, Sigibaldus et non Sighebaldus,
Sigilaïcus et non Sighelaïcus, Sigifridus et non Sighefridus
; 2° Grégoire de Tours, qui connaissait, sans doute, la manière de prononcer
un nom que quantité de personnes portaient alors, emploie la forme Sigibertus[107], laquelle se rapproche beaucoup
de celle que nous croyons devoir adopter ; 3° un testament rédigé dans la
seconde moitié du VIe siècle, un peu avant que Grégoire de Tours ne composât
son grand ouvrage, nomme également Sigibertus un des fils de Clotaire
Ier[108] ; le roi d'Austrasie que nous
désignerons sous le nom de Sigisbert IV signe Syggibertus rex au bas
d'une lettre qu'il adressa à saint Didier, évêque de Cahors[109] ; 5° l'historien byzantin
Ménandre appelle le roi Sigisbert II Σιγισβέρτος[110] ; 6° enfin, le peuple n'a
jamais cessé de prononcer de la même manière, et le roi Sigisbert IV, qui a
mérité d'être rangé au nombre des bienheureux, a toujours été invoqué et
l'est encore aujourd'hui sous le nom de saint Sigisbert. Les
monuments historiques du Ve siècle, qui nous apprennent si peu de choses sur
le règne de Clodebaud, ne nous font pas connaître la date de sa mort, ni par
conséquent l'époque de l'avènement de son fils Sigismeres ou Sigisbert. Mais
le silence des chroniqueurs ne doit pas nous étonner, et toutes les personnes
qui ont étudié les annales de ce siècle savent combien il est difficile d'y
établir une chronologie suivie et tout-à-fait certaine. Les rares écrits
contemporains qui nous sont parvenus ne révèlent qu'une bien petite partie
des faits dont il nous importerait d'être instruits, et tout ce qu'on peut
démêler, au milieu d'assertions souvent incohérentes et quelquefois
contradictoires, c'est que, à part l'affaiblissement toujours croissant de
l'autorité impériale, la situation de la Gaule était à peu près la même
pendant la seconde moitié du Ve siècle que pendant la première. Les
Bourguignons et les Wisigoths fédérés occupaient toutes les provinces
comprises entre les Pyrénées, la Méditerranée, les Alpes, la Loire et l'Océan.
Les Saliens et les Ripuaires tenaient le nord de la Seconde Belgique et les
cités de Cologne et de Trèves ; les provinces intermédiaires seules étaient
encore administrées directement par les magistrats impériaux. Ces différents
peuples vivaient en paix les uns avec les autres, et le grand nom de l'Empire
était toujours là pour en imposer même aux plus remuants. Les Barbares
fédérés n'éprouvaient guère le désir d'étendre les limites des territoires
qu'ils avaient obtenus. Ils étaient peu nombreux, et beaucoup avaient trouvé
dans les provinces qu'ils habitaient plus de terres domaniales ou vacantes
qu'ils ne pouvaient en cultiver. Ils ne songeaient donc pas à inquiéter les
propriétaires du sol, et ils entretenaient avec eux des relations de bon voisinage[111]. Leur faiblesse numérique les
empêcha même de se répandre dans certaines civitates, et ils ne
seraient pas mêlés impunément avec l'ancienne population, s'ils avaient eu
l'audace d'usurper les biens des particuliers. Tout commandait aux rois
Francs de respecter le principe de la propriété, et de ne distribuer à leurs
soldats que les terres du domaine, dont ils avaient désormais la libre et
entière disposition. Aussi, qu'on lise, dans Grégoire de Tours[112], le discours que Thierry Ier
adressa aux Austrasiens avant de les conduire dans la civitas des Arverni
; qu'on examine la circulaire que Clovis adressa aux évêques gaulois[113], après sa victoire sur les
Wisigoths, et on reconnaîtra que les habitants de la Gaule avaient conservé
leurs propriétés. Et les mêmes évêques auraient-ils si vivement désiré voir
les rois saliens administrer seuls cette contrée, s'ils avaient eu à redouter
les spoliations que l'on s'est plu à prêter aux Francs[114] ? Décimés
par des guerres parfois très-sanglantes, ces derniers étaient en si petit
nombre, qu'après leur conversion on usa, comme auparavant, de la langue
latine dans les offices de l'Eglise ; et tandis que l'on avait fait une
traduction des Saintes Ecritures à l'usage des Goths, et que l'on avait aussi
rédigé pour eux des formulaires de prières dans leur propre idiome, le latin
resta la langue de l'Eglise dans les pays où les Francs se trouvaient
concentrés. Le
moment était venu néanmoins où un changement considérable, mais plus apparent
que réel, allait s'opérer dans la Gaule. Depuis la mort de Valentinien III,
et si on fait une exception pour Majorien, dont le règne fut glorieux, tuais
très-court, les empereurs du partage d'Occident n'étaient plus que les
jouets du magister militum de la préfecture d'Italie, qui les
proclamait et les déposait, au gré de ses caprices. Un pareil état de choses
ne pouvait durer plus longtemps. Le hérule Odoacre, que son mérite avait
élevé aux premiers grades dans la milice impériale, força le dernier empereur
d'Occident, Romulus Augustule, à quitter les marques du pouvoir suprême.
Cette cérémonie, ou plutôt cette abdication eut lieu à Rome, en présence du
sénat. Sur la demande d'Odoacre, qui était, en réalité, le véritable maitre
de la préfecture d'Italie, les sénateurs décidèrent qu'ils enverraient à
Zénon empereur d'Orient une députation, chargée de lui remettre les ornements
impériaux et de lui représenter qu'un seul empereur suffisait, et que l'on
désirait voir rétablir l'unité de l'administration. Elle devait aussi le
prier de confirmer à Odoacre le titre de patrice, qui lui permettrait de
gouverner le partage d'Occident, ou du moins la préfecture dont nous
venons de parler, et de faire face aux dangers qui pouvaient la menacer
encore[115]. Cet
acte du sénat romain a été représenté, bien à tort, comme ayant produit un
bouleversement complet dans l'ancienne forme du gouvernement de l'Empire. En
effet, l'existence de deux empereurs n'était nullement nécessaire, et
plusieurs fois il n'y en avait eu qu'un seul. L'Italie fut administrée par un
patrice, relevant, au moins nominalement, de l'empereur ; l'autorité
impériale ne fut pas un instant méconnue, et l'unité du monde romain subsista
comme auparavant. Les habitants des provinces, qui avaient déjà vu
s'accomplir bien des révolutions de palais, regardèrent ce nouveau changement
comme également passager, et, pour employer l'expression d'un historien
moderne, « l'Empire n'en existait pas moins » à leurs yeux, malgré
l'interrègne[116] ». Les
fonctionnaires impériaux et les rois des Barbares fédérés ne songèrent pas à
profiter d'une occasion qui semblait favorable, les premiers pour usurper à
leur profit la souveraineté des provinces qu'ils étaient chargés
d'administrer ; les derniers pour améliorer la position tout-à-fait
secondaire que les anciens traités leur avaient faite, et dont ils ne
sortirent que graduellement, et en quelque sorte par l'effet de la nécessité.
On ne peut douter que les lois promulguées à Constantinople n'aient été exécutées
en Occident, comme en Orient[117] ; et même, si l'on prend à la
lettre un passage de la vie de saint Jean de Réomé, écrite par un
contemporain, il semble que l'empereur Anastase, successeur de Zénon, avait
chargé un des deux consuls d'une surveillance générale sur les provinces du partage
d'Occident. Cet hagiographe dit, effectivement, qu'au moment où le saint abbé
dont il raconte la vie embrassa l'état ecclésiastique, Gallias sub Imperii
jure Joannes consul regebat[118]. Or, il parait que ce consul ne
peut avoir été que Joannes Scytha, qui obtint le consulat en 498, ou Joannes
Gibbus ; lequel fut revêtu de la même dignité en 499[119]. Quoiqu'il
en soit, on comprend facilement qu'une pareille surveillance ne devait pas
être fort efficace, et nous allons voir que dans la Gaule la position
respective des différents peuples' fédérés finit par changer sous l'empire
des circonstances. Ægidius
était mort plusieurs années avant l'abdication de Romulus Augustule, laissant
l'autorité dont il avait joui à son fils, Afranius Syagrius. Mais le pouvoir
suprême appartenait alors dans le partage d'Occident à Ricimer, magister
militum de la préfecture d'Italie et mortel ennemi d'Ægidius ; en sorte
que la charge de maitre de la milice des Gaules, que Ricimer avait fait
donner à un homme obscur nommé Arborius, ne fut pas accordée à Syagrius,
lorsqu'Arborius la laissa vacante par décès ou autrement, et les historiens
ne sont pas d'accord sur le nom de son successeur. Du Bos pense que cette
charge importante devint alors le partage de Chilpéric roi des Bourguignons
fédérés[120]. Il nous semble, au contraire,
et nous en verrons tout-à-l'heure la raison, que le titre de magister maillon
fut décerné à Childéric roi des Saliens. Syagrius, qui avait obtenu et qui
obtint plus tard la dignité de patrice, n'en conserva pas moins
l'administration de plusieurs des provinces auxquelles son père avait
commandé ; mais on doit se garder de croire, malgré l'assertion formelle de
Grégoire de Tours[121], qu'il ait pris le titre de roi
des Romains ; et Du Bos a démontré que si l'auteur de l'Historia Francorum
s'est servi du mot rex pour désigner le fils d'Agidius, c'est que la Notice
de l'Empire ne lui fournissait aucun terme qu'il pût employer[122]. En réalité, la position de
Syagrius, gouvernant les provinces centrales de la Gaule, mais reconnaissant
la suprématie impériale, et même, dans certaines limites, l'autorité du magister
militum, la position de Syagrius, disons-nous, offrait beaucoup
d'analogie avec celle d'Aurelius Ambrosius et des autres chefs qui
administrèrent et défendirent l'île de Bretagne, après le départ des légions[123]. Le territoire sur lequel il
étendait sa domination était loin de comprendre toutes les provinces
précédemment soumises à Ægidius, et il paraît que les civitates de
Tongres, de Reims, de Châlons, de Toul et de Verdun, ne voulant obéir ni à
Syagrius, ni aux rois Francs, restèrent telles qu'elles se trouvaient au
moment de l'abdication d'Augustule, conservant leurs anciens magistrats et
reconnaissant les empereurs Zénon et Anastase, dont elles pouvaient même
recevoir directement les ordres beaucoup plus vite et plus facilement que Du
Bos ne le croyait[124]. Ainsi s'expliqueraient
naturellement les assertions de Procope et d'autres écrivains, lesquels
affirment que l'autorité impériale fut respectée dans le nord-est de la Gaule
jusque vers la fin du Ve siècle, et assez longtemps après la mort d'Ægidius. La Germania
Prima, ou du moins la partie méridionale de cette province était
cependant occupée, depuis près de soixante ans, par la nation des Alamanni,
qui s'étendaient aussi dans les cantons occidentaux de la Vindélicie et dans
la portion septentrionale de la Maxima Sequanorum. Les Alamanni
se prévalaient du titre de fédérés, lorsque le maitre de la milice des Gaules
était en état de les châtier ; mais aussitôt que celui-ci éprouvait un
embarras considérable, ils reprenaient leur véritable rôle et recommençaient
leurs courses dans les provinces voisines de leur établissement. Ils avaient
trouvé les campagnes de la Germania Prima remplies d'hommes appartenant comme
eux à la race germanique (les Tribocci, les Nemetes et les Vangiones) ; les deux peuples s'étaient
unis par des mariages, et les forces des Alamanni, peu nombreux dans
l'origine, s'étant trouvées notablement augmentées par ces alliances[125], ils devinrent réellement
redoutables, et on les craignait d'autant plus que, bien que l'arianisme eût
pénétré chez eux, ils étaient encore presque tous païens[126]. Comme on devait s'y attendre,
ils profitèrent des événements rapportés dans les pages précédentes pour
s'étendre du côté de l'ouest, et on trouve dans le Géographe de Ravenne un
renseignement curieux qui constate leurs usurpations. Cet écrivain n'a rédigé
sa compilation qu'à la fin du VIIIe siècle ou au commencement du IXe, mais il
a pris pour guide une carte géographique de forme allongée, assez semblable à
la Table Théodosienne, et qui paraît avoir été tracée, dans la seconde
moitié du Ve siècle, par un géographe nommé Castorius. Elle représentait tant
bien que mal, mais d'une manière qui nous suffit, l'état de la Gaule à cette
époque, et on voit que la région occupée par les Alamanni comprenait
alors, outre les provinces mentionnées ci-dessus, les villes[127] de Ligonas (Langres), Bizantia (Besançon), Nantes (Naix ?), Nantoïdes[128] et Mandroda (Mandeure). Ils avaient par conséquent
occupé la civitas de Besançon, celle de Langres et une partie de celle
de Toul[129]. Ils voulurent même s'étendre
plus loin, et le plus ancien biographe de saint Loup, évêque de Tricasses
(Troyes), rapporte qu'ils firent une
incursion jusque dans la vallée de la Seine, et qu'ils pillèrent, entr'autres
lieux, le vicus Brionensis, dans lequel les géographes s'accordent à
reconnaître la ville de Brienne[130]. Ils
n'étaient pas moins entreprenants du côté des Alpes, et le patrice Odoacre,
qui tenait à faire respecter au moins les frontières de l'Italie, résolut de
les repousser et même d'envahir le pays qu'ils habitaient, afin de les
contraindre à demeurer en paix. Il s'entendit, dans ce but, avec Childéric,
maître de la milice des Gaules, qui n'avait pas moins à se plaindre de leurs
incursions, et ces deux généraux unirent non seulement leurs forces, mais
encore probablement celles des barbares fédérés voisins des Alamanni,
tels que les Bourguignons et les Ripuaires[131]. L'issue de la lutte ne pouvait
être douteuse ; le roi des Alamanni[132] consentit à abandonner les
provinces, ou plutôt les civitates dont il s'était récemment emparé,
et promit de ne plus sortir des cantons où ses sujets étaient établis depuis
longtemps. Tel est, du moins à notre avis, le sens qu'il faut donner à un
passage de Grégoire de Tours, dont l'interprétation a divisé les savants[133]. L'historien des Francs donne,
en effet, le nom d'Adouacrius ou d'Audoagrius au chef militaire qui fit cette
expédition de concert avec Childéric, et, au lieu de reconnaître sous ce nom
légèrement altéré le patrice Odoacre, magister militum d'Italie,
plusieurs écrivains et Du Bos lui-même ont voulu y voir un espèce
d'aventurier, lequel commandait à une bande de saxons errants dont Grégoire
de Tours avait parlé précédemment[134], mais qui n'avait rien à
démêler avec les Alamanni fixés dans les vallées du Rhin et du Doubs et sur
le versant septentrional des Alpes. On
croit assez généralement que l'expédition dont il s'agit eut lieu en 479 ou
en 480. Elle précéda par conséquent de peu de temps la mort de Childéric,
laquelle arriva dans le cours de l'année 481. Tout le monde sait que le
tombeau de ce prince a été découvert à Tournay en 1653, et il est inutile de
revenir sur un sujet qui a déjà fourni la matière de deux ouvrages
excellents. Nous ne pouvons néanmoins nous empêcher de présenter ici une
observation relative au sceau trouvé dans le tombeau de Childéric. Il offre
le buste du roi des Saliens, et, autant que la grossièreté du travail permet
d'en juger ; le prince porte sur la poitrine cet ornement militaire que les
Romains appelaient phalerœ, et qu'il avait, sans doute, reçu de
quelqu'empereur comme récompense des services rendus à l'Empire[135]. Circonstance bien propre à
confirmer l'opinion des historiens qui les premiers ont soutenu que Childéric
avait obtenu les fonctions de magister militum de la Gaule. Son
fils Clovis Ier hérita de sa double dignité et fut reconnu comme roi des
Saliens et comme maitre de la milice. Nous avons déjà remarqué que les chefs
des peuples fédérés regardaient ce dernier titre comme bien supérieur à celui
de roi, et Clovis n'hésita pas, selon toutes les probabilités, à le demander
à l'empereur Zénon ; car on ne peut guère supposer que le patrice Odoacre eût
la prétention d'exercer une autorité réelle en dehors de la préfecture
d'Italie. Quoiqu'il
en soit de cette dernière circonstance, le fait est incontestable, et pour
acquérir la conviction que Clovis fut réellement revêtu d'une magistrature
romaine, il suffit de lire la lettre que saint Remi (Remigius), métropolitain de Reims, lui
écrivit peu de temps après la mort de Childéric[136]. Que signifie la phrase
suivante : Rumor magnus ad nos pervenit administrationem vos secundum rei
bellicœ suscepisse, si elle ne veut dire que Clovis avait été nommé magister
militum, à la place de son père ? Les mots Prœtorium tuum omnibus
pateat, ut nullus exinde tristis abscedat, que l'on rencontre un peu plus
loin, ont fait penser à quelques historiens que le roi des Saliens avait
aussi été revêtu du titre de patrice, et que, réunissant de la sorte dans ses
mains l'autorité civile et l'autorité militaire, il avait possédé une
véritable prépondérance dans les Gaules, quoique Syagrius et Gondebaud roi
des Bourguignons fédérés eussent également obtenu le titre de patrice[137]. Il n'est pas aisé de
déterminer au juste les droits dont Clovis jouissait comme magister
militum. On voit cependant, par l'histoire de l'expédition de Childéric
contre les Alamanni, que le maître de la milice pouvait traverser librement
non seulement les provinces administrées directement par les magistrats
romains, mais encore les civitates occupées par les Barbares fédérés.
Il semble aussi qu'il devait avoir la faculté de disposer, selon les
circonstances, et des corps de troupes régulières cantonnés dans plusieurs
lieux, et des contingents que les Barbares étaient tenus de fournir. Si on
part de ces prémisses, comme de faits désormais 'établis, quelques-unes des
actions de Clovis prennent un aspect tout différent de celui qu'on leur avait
prêté autrefois. En 491, le roi des Saliens fit reconnaître son autorité dans
la civitas des Tungri, qui avait jusqu'alors obéi à ses anciens
magistrats, et qui séparait le territoire des Saliens de celui des Ripuaires[138]. Cette occupation, malgré les
termes employés par Grégoire de Tours, n'eut pas le caractère d'une conquête
proprement dite. Il paraît évident que Clovis, prenant au sérieux ses titres
de patrice et de maitre de la milice, aura voulu se faire obéir dans la civitas
la plus voisine du territoire où il faisait sa résidence habituelle, et comme
il était, en réalité, le représentant et le lieutenant de l'empereur, cette
expédition ne fut pas et ne pouvait pas être assimilée à une guerre
entreprise par un prince étranger contre un peuple ennemi. Nous
raisonnons, du reste, dans l'hypothèse, extrêmement vraisemblable et à peu près
généralement admise, que Grégoire de Tours a entendu désigner par le nom de Toringi
les Tungri, et non les Thuringiens. Nous avons vu, en effet, dans le
chapitre précédent, que la civitas dont la ville de Tongres fut le
chef-lieu avait été colonisée en partie par des germains qui portaient le nom
de Toringi ou Tungri, et que ces deux dénominations étaient
employées indifféremment[139]. D'un autre côté, on retrouve
un peu plus tard le royaume de Thuringe entièrement indépendant et plus
redoutable que jamais. On sait aussi que sous le règne de Thierry Ier les
Ripuaires n'avaient pu encore tirer vengeance des cruautés que les
Thuringiens avaient commises pendant l'expédition d'Attila, et il est à peu
près impossible de s'arrêter à l'idée que Clovis ait subjugué ces derniers.
Si toutefois on aimait mieux donner une pareille interprétation au texte de
Grégoire de Tours, il faudrait admettre que le roi des Saliens, agissant en
qualité : de magister militum, aurait dirigé contre les Thuringiens,
apparemment pour les punir de quelques désordres commis dans la vallée du
Rhin, une expédition concertée avec les Ripuaires ; car il est évident que
Clovis, dont le royaume, si en ose employer cette expression, était fort
éloigné de celui des Thuringiens, ne pouvait avoir personnellement aucun
grief contre eux.. On voit donc du premier coup-d'œil que cette
interprétation est bien plus favorable que contraire au système que nous
essayons d'établir. Les
années suivantes virent s'accomplir plusieurs évènements qui augmentèrent,
d'une manière notable, la puissance du jeune chef salien, et reléguèrent sur
le second plan le royaume des Ripuaires. Nous sortirions de notre sujet en
donnant le détail de tous ces évènements ; mais il est impossible de ne pas
rappeler que, en 493, les civitates de la Première et de la Seconde
Belgiques, lesquelles n'avaient encore reconnu l'autorité de Clovis qu'en
qualité de magister militum, se soumirent à lui plus directement,
comme au représentant de l'empereur. Ces civitates étaient celles de
Metz, Toul, Verdun, Reims et Châlons. Cédèrent-elles à la nécessité ?
Obéirent-elles, au contraire, à un ordre de l'empereur ? On l'ignore ;
cependant la dernière hypothèse est la plus vraisemblable. Malgré leur
éloignement, les empereurs étaient toujours considérés comme les véritables
maîtres du partage d'Occident. On apprend, en parcourant les lettres de saint
Avitus, métropolitain de Vienne, quelle vénération et quelle soumission on
avait conservé pour les successeurs de Constantin, et l'illustre évêque ne
craint pas même de donner à un ordre impérial le nom d'oraculum principale[140]. Clovis, il est vrai, faisait
profession, à cette époque, du paganisme germain ; mais il y avait encore
beaucoup de païens dans la Gaule ; quelques-uns avaient même rempli des
fonctions importantes pendant le Ve siècle, notamment Litorius Celsus, un des
principaux lieutenants d'Aetius, et par conséquent les chrétiens, et même les
évêques, devaient être moins étonnés de voir la principale autorité entre les
mains d'un païen, d'autant plus que les Francs ne passaient pas pour
s'occuper beaucoup de leurs divinités. Clovis venait, d'ailleurs, d'épouser
une fervente catholique, et tout portait à croire qu'il ne tarderait pas à suivre
le conseil qu'elle lui donnait d'embrasser la religion chrétienne. Sigisbert
Ier, roi des Ripuaires, qui avait succédé depuis plusieurs années à son père
Clodebaud, observait avec inquiétude et jalousie les progrès de la puissance
de Clovis. Obéir à un magister militum choisi parmi les plus illustres
généraux romains lui aurait paru une chose tout ordinaire ; mais il ne
pouvait se résigner à voir la charge importante de maitre de la milice
devenue le partage de petits rois fédérés, dont les sujets n'étaient guère
plus nombreux que les siens. En conséquence, il ne cessa de témoigner la
mauvaise volonté qui l'animait contre le roi des Saliens, et il refusa de
l'aider dans la guerre que celui-ci avait déclarée à Syagrius. Cependant,
il se trouva, quelques années plus tard, obligé d'invoquer les secours de
Clovis. Les Alamanni, qui occupaient la Vindélicie occidentale, la
partie méridionale de la Germania Prima et une portion de la Maxima
Sequanorum, avaient fini par oublier la leçon que Childéric et Odoacre
leur avaient donnée en 479 ou en 480. Vs firent alliance, en 496, avec
quelques débris de la nation des Suèves, qui se trouvaient encore dans leur
voisinage, et avec les Bajuvarii ou Bavarois ; puis, ayant pris les
armes tous ensemble[141], ils attaquèrent le territoire
ou, si l'on aime mieux, le royaume des Ripuaires. Sigisbert n'était pas en
état de leur résister, et, surmontant la répugnance qu'il éprouvait, il pria
le maître de la milice d'accourir à son aide. Clovis ne pouvait se dispenser
de soutenir un roi fédéré contre des barbares qui n'avaient jamais reconnu
que par force, et pour peu de temps, la suprématie impériale. Il se mit en campagne
suivi de tous ses soldats, opéra sa jonction avec les Ripuaires, livra aux Alamanni
et à leurs alliés une bataille décisive et remporta la victoire[142]. On lit
dans presque toutes les histoires de France que l'action eut lieu près de Tolbiacum,
ville de la Germania Secunda dont nous avons déjà parlé, et qui avait
conservé une certaine importance, puisque Grégoire de Tours la qualifie de civitas[143] ; et, pour soutenir cette
opinion, on s'appuie sur un passage du même historien où on lit que
Sigisbert, roi des Ripuaires, avait été blessé au genou dans un combat livré
aux Alamanni près de Tolbiacum[144]. Mais, comme dans l'endroit où
il raconte la victoire de Clovis, il ne mentionne pas le lieu de la bataille,
quelques écrivains ont prétendu, non sans une apparence de raison, que le
combat dans lequel Sigisbert avait été blessé n'était pas la grande bataille
gagnée par Clovis, et que cette dernière avait été engagée près de Strasbourg[145]. Sans attacher, disent-ils, une
extrême importance au silence de Grégoire de Tours, de Frédégaire et de
l'auteur du Gesta regum Francorum, il faut remarquer que, d'après le
biographe de saint Vaast (Vedastus), les deux armées se rencontrèrent[146] sur la rive du Rhin (circa ripas
Rheni), et que
Tolbiac étant situé à huit lieues du fleuve, le choc des Francs et des
Alamanni eut lieu nécessairement dans un autre endroit. De plus, ajoutent ces
écrivains, et toujours d'après le même biographe, Clovis retournant, après
son expédition, dans la Belgica Secunda, où il résidait ordinairement,
traversa la ville de Toul ; donc il quittait la civitas de Strasbourg
; car s'il fût revenu de Tolbiac et des environs de Cologne, il aurait suivi
un autre chemin, c'est-à-dire la grande voie qui menait de cette dernière
ville à Cambray. Mais, si l'on considère que l'histoire garde le silence le
plus-complet sur la prétendue guerre dans laquelle Sigisbert aurait été
blessé, et que par conséquent on ne peut en admettre la réalité pour le seul
plaisir d'expliquer un passage obscur du biographe de saint Vedastus, il est
facile de répondre aux deux arguments tirés de son récit. En effet, cet
écrivain, qui vivait loin de la Germania Secunda, n'en connaissait
probablement la géographie que d'une manière très-imparfaite, et sachant que
Tolbiac n'est pas fort éloigné du Rhin, il était, jusqu'à un certain point,
en droit de dire que la bataille eut lieu circa ripas Rheni, c'est-à
dire dans les environs du fleuve ; d'autant plus que les deux armées en sont
peut-être venues aux mains à l'orient de Tolbiac, et même à deux ou trois
lieues de cette ville ; circonstance qui expliquerait parfaitement les
paroles de l'hagiographe. Quant à l'itinéraire de Clovis, il n'étonne plus
quand on se rappelle les suites de la victoire obtenue par ce prince.
Quoiqu'il eût perdu un grand nombre de soldats, et que l'exercitus
Francorum fût considérablement diminué[147], le maître de la milice chassa
les Alamanni de la Germania Secunda et même de la Germania
Prima, franchit le Rhin, en les poursuivant, et parut se disposer à
anéantir les débris de cette nation remuante[148]. Ce fut
alors qu'intervint en leur faveur un prince dont te nom n'a pas encore été
prononcé, et qui joua un grand rôle à la fin du Ve siècle et au commencement
du Vie. Les Ostrogoths fédérés, établis dans les plaines de la Dacie et de la
Mœsie, avaient souvent inquiété les empereurs d'Orient, et Zénon, voulant se
délivrer de voisins aussi incommodes, proposa, en 487, à Théodoric roi de ces
barbares de lui abandonner le gouvernement de la préfecture d'Italie, qui
était alors administrée par Odoacre. L'empereur était mécontent de ce dernier
et pensait qu'il serait avantageux à l'Empire de lui substituer Théodoric,
d'autant plus que la lutte qui allait s'engager entre les deux chefs barbares
les affaiblirait, quelqu'en fût le résultat, et les rendrait moins exigeants.
Il se trompait. Théodoric, ayant occupé l'Italie et s'étant défait d'Odoacre,
porta son ambition plus loin que celui-ci et résolut de devenir le maître du
partage d'Occident tout entier. Il se qualifiait de Romanorum princeps,
et, bien qu'il n'ait jamais osé se faire proclamer empereur, il se regardait
comme le véritable souverain de l'Occident, parce qu'il possédait la ville de
Rome ; il désignait un des deux consuls et ne montrait guère plus de
déférence pour l'empereur d'Orient que s'il eût été son collègue. Les
contemporains, frappés des grandes qualités de ce prince, ne lui refusaient
pas les honneurs auxquels il croyait avoir droit, et lui donnaient même
quelquefois le titre d'empereur. C'est ainsi qu'on lit dans la vie de saint
Placide martyr composée par le moine Gordianus : Tempore quo
Theodoricus Augustus in Seniori Roma, in nova vero Justinus Senior et
Justinianus Romani Imperii sceptra retinebant (I)[149]. Théodoric lui-même ne
craignait pas, dans certaines circonstances, de prendre le même titre ou
quelque chose d'équivalent, et en écrivant à Hermenfrid roi de Thuringe, à
qui il avait donné une de ses parentes en mariage, il disait : Desirantes
vos nostris aggregare parentibus, neptis taro pignon propitia divinitate,
sociamus, ut qui de regia stirpe descenditis, nunc etiam longius claritate
imperialis sanguinis fulgeatis[150]. Maitre de la ville d'Arles, où
avaient résidé en dernier lieu les préfets du prétoire, il chargea le
sénateur Gemellus d'en remplir provisoirement les fonctions, et il entreprit
de faire reconnaître l'autorité de ce magistrat par les rois barbares qui
occupaient les différentes provinces de la Gaule[151]. Ses
prétentions furent assez mal accueillies par les rois des Francs et des
Bourguignons, qui aimaient mieux dépendre des empereurs de Constantinople que
du roi des Ostrogoths ; mais la nomination de Gemellus est de plusieurs
années postérieure à la bataille de Tolbiac, et nous revenons aux suites de
la victoire de Clovis. Les Alamanni et les Suèves, vivement pressés
par les soldats de ce prince, prièrent Théodoric d'intervenir en leur faveur.
Il se hâta d'écrire, à Clovis pour l'inviter à ne pas poursuivre les Alamanni
et leurs alliés sur le territoire du Norique, qui était une dépendance de la
préfecture d'Italie[152], et, craignant probablement que
le roi des Saliens, fier des avantages qu'il venait d'obtenir et de son titre
de magister militum, n'eût pas égard à une pareille invitation, il
s'apprêta à la faire respecter par la voie des armes. Il écrivit en
conséquence aux petits rois de la Germanie pour les mettre en garde contre
l'ambition de Clovis, et les engager à s'unir à lui contre l'ennemi commun[153]. Ces
menaces et ces négociations intimidèrent le roi Franc, qui consentit à
traiter avec les vaincus. Il se contenta de recevoir la soumission des
Bavarois et leur laissa leur ancienne organisation ; mais ceux des Alamanni
qui voulurent rester dans la Germania Prima, la Maxima Sequanorum
et la partie de la Grande Germanie voisine de la Gaule, furent traités avec
plus de sévérité ; Clovis leur imposa un tribut[154] ; de plus, comme leur souverain
avait perdu la vie sur le champ de bataille de Tolbiac, le vainqueur régla
qu'ils n'auraient plus de rois, et forma de tous les cantons qu'ils
occupaient un ducatus, dont le chef ou dux devait reconnaître
l'autorité du roi des Saliens, comme maître de la milice. La création de ce ducatus
n'avait, du reste, rien d'extraordinaire ; le titre en était emprunté à
l'organisation militaire de l'Empire, et le territoire qui constituait le ducatus
Alamanniœ était, à peu de chose près, le même que celui d'un gouvernement
créé autrefois par les empereurs. En effet, toute la portion de la Grande
Germanie qui était comprise entre le Rhin supérieur, le Danube et le vallum
creusé depuis ce fleuve jusqu'au Nicer (Necker), formait, au IIIe siècle et
même au IVe, un arrondissement militaire rattaché au gouvernement des Gaules[155]. Clovis pouvait donc, comme
maître de la milice, étendre son autorité sur ce territoire, et nous verrons
plus loin qu'il demeura annexé ait royaume d'Austrasie jusqu'au moment où
Pépin et Charlemagne modifièrent les divisions administratives du partage d'Occident.
Schœpflin croit même que la civitas de Strasbourg fut englobée dans le
ducatus Alamanniœ jusqu'au VIIe siècle, époque à laquelle cette civitas,
qui avait fini par prendre le nom d'Alisatia ou d'Alesatia,
devint elle-même un ducatus particulier[156]. Mais l'assertion de Schœpflin
est complètement, erronée. Clovis resta maitre de la partie méridionale de la
Germania Prima, restaura l'évêché de Strasbourg, que le long séjour des
Barbares avait comme anéanti, et fit construire dans cette ville une nouvelle
cathédrale, dont nous parlerons à la fin du présent chapitre. Ces
soins pieux annoncent que le roi des Saliens avait déjà pris-la résolution
irrévocable d'embrasser le christianisme. En retournant dans la Belgica
Secunda, il traversa la ville de Toul et pria l'évêque saint Ursus de lui
donner un prêtre capable d'enseigner, en peu de temps, les principales
vérités de la religion, et l'évêque confia cette honorable mission au prêtre
Vedastus, qui, montant sur le char de Clovis, l'instruisait chemin faisant,
comme l'apôtre Philippe avait catéchisé autrefois l'eunuque de la reine
d'Ethiopie[157]. On sait que le roi des Saliens
se rendit à Reims et y reçut le baptême des mains de saint Remi. L'illustre
évêque baptisa, en même temps, les deux sœurs de Clovis : Albofledis,
laquelle était encore païenne, et Lanthechildis, qui avait adopté l'hérésie
arienne[158]. Beaucoup de saliens
embrassèrent alors la religion chrétienne, mais ni Sigisbert ni les
Ripuaires, ses sujets, ne voulurent suivre leur exemple. La
conversion du maître de la milice des Gaules eut un grand retentissement et
des suites plus grandes encore. Le pape Anastase II s'empressa de lui écrire
pour le féliciter et pour lui exprimer la joie qu'il ressentait en pensant
aux services que Clovis pourrait rendre à l'Eglise, expressions qui achèvent
de démontrer que le roi des Saliens était revêtu d'une magistrature romaine,
laquelle lui permettait de se mêler des affaires de toute la Gaule[159]. Saint Avitus, métropolitain de
Vienne, tint le même langage[160]. Saint Remi et les autres
évêques ne négligèrent rien pour augmenter l'autorité d'un prince qui se
donnait hautement comme le protecteur du catholicisme, et pour abaisser les
rois des Wisigoths, des Bourguignons et des Ripuaires fédérés, dont l'un
était païen, tandis que les autres étaient infectés des erreurs d'Arius. Les
efforts des évêques ne tardèrent pas à porter leurs fruits. En
premier lieu, les légions qui restaient encore dans la Gaule, et qui avaient
déjà reconnu, mais imparfaitement, l'autorité de Clovis comme magister
militum, ne firent plus dès lors aucune difficulté de lui obéir en toute
circonstance. Procope, dans sa relation de la guerre entreprise par Justinien
contre les Ostrogoths, l'assure en termes exprès[161]. Aucun auteur, aucune
inscription ne nous fait malheureusement connaître quels furent parmi les
régiments désignés par la Notice de l'Empire comme cantonnés dans la
Gaule, ceux qui se placèrent sous les ordres de Clovis. Si on ne craignait
cependant d'émettre une conjecture téméraire, on pourrait nommer le régiment
des Balistarii, qui, d'après la Notice, tenait garnison à Baudobrica,
et appuyer cette conjecture sur un passage de Grégoire de Tours[162], dans lequel on lit que le roi
des Saliens marcha contre les Bourguignons, en 498, cum omni instrumento
belli — ce que l'historien n'aurait pas dit si le roi n'avait été suivi
que par l'exercitus Francorum — ; et sur un passage de la vie de saint
Maximinus, où l'auteur donne relativement au siège de Verdun des détails que
nous rapporterons plus bas, et qui dénotent évidemment la présence d'un corps
d'ingénieurs dans l'armée de Clovis[163]. L'existence
des anciennes légions romaines à la fin du Ve, et même, comme nous le
verrons, vers le milieu du Vie siècle, n'a rien qui doive surprendre. Nous
avons déjà dit que les soldats se mariaient, que les fils remplaçaient leurs
pères, et que les garnisons immobilisées, sur les frontières ressemblaient à
des colonies, dont la durée était illimitée. Tous les antiquaires connaissent
l'histoire de la troisième légion Augusta chargée de garder l'Afrique
romaine, et dont le camp a fini, au bout de quelques siècles, par donner
naissance à l'importante ville de Lambœsa[164]. Ajoutons que les légions
devaient éprouver d'autant moins de répugnance à reconnaître l'autorité d'un
roi fédéré, qu'elles étaient elles-mêmes en grande partie composées de
barbares, et qu'elles avaient été recrutées soit parmi les Francs, soit parmi
les habitants de la Germanie. Les civitates
gauloises qui ne s'étaient pas encore décidées à obéir à Clovis imitèrent
l'exemple des légions. Procope remarque[165] qu'aussitôt après le baptême de
ce prince et de ses sujets il s'opéra un rapprochement entre ces derniers et
les Gallo-Romains, rapprochement qui fit la grandeur de notre patrie. Car, si
les Francs étaient restés païens ou avaient embrassé l'arianisme, qui avait
commencé à se répandre parmi eux, l'union serait devenue impossible, et la
monarchie mérovingienne se serait écroulée, ainsi que la plupart des royaumes
barbares, sous les coups de Bélisaire, de Narsès ou de quelqu'autre général
romain, secondé par la population gallo-romaine, au milieu de laquelle les
Francs étaient comme noyés, à raison de leur petit nombre. Les
évêques furent, ainsi que nous l'avons dit, les principaux instruments de
l'espèce de révolution qui s'opéra alors dans les idées des habitants de la
Gaule, et leur zèle ne tarda pas à les rendre suspects aux rois des autres
nations fédérées. Aprunculus évêque de Langres fut violemment expulsé par le
roi des Bourguignons et obligé de se retirer dans la civitas des Arverni,
dont il devint évêque[166]. Volusianus métropolitain de
Tours fut exilé en Espagne par les Wisigoths[167]. Verus son successeur fut banni
pour le même motif, ainsi que Quintianus évêque de Rhodez[168]. Galactorius évêque de Lascura
Bencharnum (Lescar)
fut massacré par ordre d'Alarie II[169]. Enfin, trois autres évêques,
dont les diocèses étaient occupés par les Bourguignons, Theodorus, Proculus
et Dinifius, furent contraints de chercher un asile sur le territoire des
Francs[170]. Mais le prélat qui rendit les
plus grands services à Clovis fut incontestablement saint Remi. Ce grand
évêque, dont l'épiscopat se prolongea pendant soixante-quatorze ans (de 459 à 533), finit par devenir en quelque
sorte le patriarche de la Gaule. Ses discours étaient regardés comme autant
d'oracles ; ses disciples étaient élus évêques avec empressement[171] ; en 508, le pape Symmaque le
déclara son vicaire dans tous les diocèses qui reconnaissaient l'autorité du
roi des Saliens ; et Clovis lui-même, sur lequel saint Remi exerça toujours
une, influence extraordinaire, voulut, pour le récompenser, que sa nièce
Scariberga épousât Arnulfus cousin du prélat[172]. Ainsi
le zèle pour la religion s'unissait chez les Gaulois à la crainte de voir
l'Empire tomber en lambeaux, par suite de l'ambition de quelques-uns des rois
fédérés, et ces deux sentiments généreux inspiraient à la population tout
entière l'envie d'être placée sous les lois de celui de ces souverains qui, à
raison de son titre de magister militum, était censé représenter et
représentait, en effet, l'autorité impériale. Grégoire de Tours, qui, dans sa
jeunesse, avait vu les contemporains de Clovis et appris d'eux quelle était
alors la tendance des esprits, n'a rien écrit que de vrai en traçant les
lignes suivantes : Multi jam tunc ex Galliis habere Francos dominos summo
desideria cupiebant[173]. Cette
même phrase suffit, quoiqu'on en ait dit, pour démontrer que les Francs se
présentaient en qualité d'alliés (fœderati), et non comme des dominateurs
étrangers, et que leur chef se donnait non pour un maître, mais pour un
lieutenant de l'empereur. On a voulu, à la vérité, appuyer l'opinion
contraire sur certains mots dont le sens était alors bien différent de celui
qu'ils ont de nos jours. Tel est le terme subjugare, que l'on trouve
dans un diplôme qui aurait été accordé par Clovis à l'abbaye de Réomé et dans
quelques autres documents contemporains. Si le verbe subjugare, dont
l'origine est relativement récente, et que l'on ne rencontre pas dans les
auteurs classiques[174], avait eu, comme aujourd'hui,
la même signification que dompter, conquérir, on ne pourrait refuser
d'admettre que les Saliens ont soumis les Gaulois par la force des armes.
Mais, sans nous arrêter à démontrer ici que le diplôme de Réomé est une pièce
fausse, ou du moins falsifiée[175], nous prouverons que subjugare
n'avait alors généralement que le sens de soumettre, sans que l'on y
attachât aucune idée de violence, ni de conquête. Théodoric roi des
Ostrogoths, écrivant aux Gallo-Romains pour leur annoncer qu'il venait de
charger le sénateur Gemellus d'administrer la préfecture des Gaules, emploie
le mot subjugata en parlant de cette contrée[176] ; or, comme il n'avait bien
certainement pas la prétention de l'avoir subjuguée[177], on doit admettre que le terme
avait une autre acception. Dans un récit de Grégoire de Tours[178], les Saliens, voulant dire à
Clovis qu'ils se considéraient comme ses sujets, s'écrient : Tuo sumus
dominio subjugati ; et le sens de ce passage est tellement clair, qu'il
faut nécessairement reconnaître que les mots subjugare et subjugari
signifiaient uniquement soumettre et être soumis, et qu'on les employait même
quand le possesseur de l'autorité la tenait de la naissance ou de l'élection[179]. Clovis n'était donc pas
regardé comme un conquérant, et le métropolitain de Vienne Avitus, dans la
lettre qu'il lui adressa pour le féliciter au sujet de sa conversion, ne
désigne pas les provinces qui obéissaient au roi des Saliens par le mot de regnum,
mais bien par celui de regio, lequel n'implique nullement l'idée
d'assujettissement[180]. Du
moment où l'on admet que la Gaule ne fut pas conquise par Clovis, et que ce
prince était considéré et se regardait lui-même comme le lieutenant de
l'empereur ; ou plutôt comme le maitre de la milice, on ne peut croire que
les quinze mille soldats Francs qui le reconnaissaient pour leur chef, quand
même on y joindrait un pareil nombre de Ripuaires, aient entrepris de
dépouiller les Gallo-Romains d'une partie de leurs propriétés. D'abord, ces
derniers n'auraient pas montré autant d'empressement à passer sous l'autorité
de Clovis[181], s'ils avaient été obligés de
perdre la moitié, le tiers ou le quart de ce qu'ils possédaient. En second
lieu, les évêques n'auraient pas fait tant d'efforts pour les amener à courir
au-devant d'un prince spoliateur. En troisième lieu, les Saliens et les
Ripuaires, depuis longtemps fixés dans la Seconde Belgique, la Seconde
Germanie et quelques cantons de la Première Belgique, ne songeaient guère à
émigrer, et on ne voit pas que, sauf un petit nombre d'individus, ils aient
quitté un pays qui était devenu le leur pour aller s'établir dans les autres
provinces de la Gaule. En quatrième lieu enfin, on peut lire la circulaire
que Clovis adressa aux évêques de cette contrée, après ses guerres contre les
Wisigoths et les Ostrogoths[182], et on conclura qu'un prince
qui restituait avec autant de promptitude et de bonne volonté les prisonniers
de guerre, et les esclaves enlevés aux églises, n'avait pu songer à
dépouiller les propriétaires du sol, tandis que les domaines appartenant au
fisc suffisaient et au-delà pour récompenser les guerriers Francs[183]. L'histoire
garde le silence le plus profond sur les actions du roi des Ripuaires pendant
les années qui suivirent la bataille de Tolbiac, et on ignore s'il fournit un
contingent à Clovis, lorsque ce dernier attaqua Gondebaud roi des
Bourguignons (500) ;
mais on sait que la guerre fut heureuse pour le roi des Saliens, qu'elle
augmenta notablement sa puissance[184], et qu'elle diminua d'autant
l'influence des Ripuaires. Cette lutte n'avait pas, au reste, un caractère d'utilité
publique, si l'on peut parler ainsi ; elle ne se faisait pas au nom de
l'Empire et n'avait d'autre origine que les rancunes particulières de Clovis
et de sa femme. Sigisbert avait par conséquent le droit de refuser son
contingent. Mais le maître de la milice se trouva engagé, quelques années
plus tard, dans une guerre dont le caractère était tout différent, et le roi
des Ripuaires ne put se dispenser de faire marcher son exercitus,
malgré toutes les appréhensions que Clovis lui inspirait, et les liens de
parenté qui l'unissaient lui-même au prince que celui-ci allait combattre. La
bonne intelligence n'avait pas régné longtemps, comme nous l'avons dit, entre
l'empereur et Théodoric roi des Ostrogoths. Bien qu'il affectât de respecter
extérieurement la suprématie impériale et qu'il ne fit pas frapper de
monnaies à son nom, il avait, apparemment en qualité de possesseur de la
ville de Rome, usurpé quelques-uns des droits appartenant à la puissance
souveraine, et particulièrement celui de désigner un des deux consuls. Les
choses en vinrent au point que l'empereur Anastase résolut de lui déclarer la
guerre et de faire tous ses efforts pour le renverser. Les peuples de la
préfecture d'Italie semblaient bien disposés, et, quoique trente années
environ se fussent écoulées depuis l'abdication d'Augustule, ils attendaient
toujours, avec une sorte d'impatience, la révolution qui devait rendre un
empereur au partage d'Occident et replacer les rois des Barbares fédérés dans
la position subalterne dont ils n'auraient jamais dû sortir. Mais si
l'empereur pouvait, jusqu'à un certain point, compter sur les anciens
habitants de l'Italie et des provinces voisines, il devait craindre que
Théodoric n'invoquât le secours des Wisigoths fédérés. Les deux branches de
la nation gothique avaient toujours entretenu des relations de parenté et de
bienveillance, et les Wisigoths avaient alors pour roi un fils d'Euric, Marie
II, prince à-la-fois faible et violent, qui subissait l'ascendant du génie de
Théodoric. L'empereur songea donc à opérer en Occident une diversion
considérable, et, connaissant l'ambition de Clovis, il le chargea d'attaquer
et de dépouiller les Wisigoths, pendant que les armées impériales
envahiraient l'Illyrie et l'Italie. Les
préparatifs du maître de la milice furent bientôt terminés ; il rassembla
tous les Francs Saliens, fit marcher ce qui restait des anciennes légions et
invita les rois des Ripuaires et des Bourguignons à lui envoyer leurs
contingents. Les deux rois obéirent[185], et Sigisbert, quoique
beau-frère d'Alaric II, chargea son fils Clodéric (Chlodericus) de commander le contingent des
Ripuaires[186]. On sait
que Clovis défit et tua le roi Alaric à la bataille de Vouglé (507), et que, profitant de cette
victoire, il s'empara de la plupart des civitates que les Wisigoths
avaient occupées dans le midi de la Gaule. Il avait confié le commandement
d'une partie de l'armée à son fils aîné Théodoric, que nous désignerons par
le nom de Thierry pour nous conformer à l'usage, et le jeune prince réduisit
plusieurs cités de la Première Aquitaine et de la Première Narbonnaise[187], et vint enfin mettre le siège
devant la ville d'Arles, qui appartenait à Théodoric (508). Ce fut le terme de ses succès.
En effet, l'empereur avait attaqué les Ostrogoths avec tant de mollesse, que
leur roi, parfaitement rassuré et pouvant disposer librement d'une portion de
ses troupes, chargea un de ses généraux, nommé Ibbas, de faire lever le siège
d'Arles. Thierry rebuté de la résistance qu'il avait rencontrée, et craignant
d'être accablé par l'armée d'Ibbas, prit le parti de s'éloigner. Mais il
avait trop attendu ; les Ostrogoths le poursuivirent avec vigueur,
l'atteignirent, lui firent éprouver un échec grave[188] et ramenèrent quantité de
prisonniers[189]. Il parait que les Ripuaires
furent extrêmement maltraités dans cette circonstance. Telle est, du moins,
la conclusion que nous tirons d'un passage de la vie de saint Césaire, où on lit
que les Ostrogoths renfermèrent dans les églises et dans le cloître de la
métropole d'Arles une multitude de païens (infidelium multitudo). Or, à cette époque, les
Gallo-Romains étaient catholiques pour la plupart ; les Saliens l'étaient
aussi, et les Bourguignons faisaient profession de l'arianisme ; par
conséquent les païens ne pouvaient être que des ripuaires du contingent
fourni par Sigisbert, ou des alamanni que Clovis avait contraints de
servir dans son armée[190]. Cette
disgrâce et le peu d'activité et d'énergie que montrait l'empereur engagèrent
le roi des Saliens à ne pas continuer la guerre. En 509, un traité de paix le
réconcilia avec Théodoric, qui agit en son nom comme roi des Ostrogoths, et
en qualité d'administrateur et presque de maître du royaume des Wisigoths
pendant la minorité d'Amalaric, son petit-fils. Le traité assurait à Clovis
la plupart des civitates dont il avait chassé les Wisigoths ;
toutefois, il ne se regarda comme administrateur, ou, si l'on aime mieux,
comme propriétaire de ces civitates, qu'après avoir obtenu de
l'empereur la ratification du traité[191] ; ce qui semble prouver qu'une
nation fédérée ne pouvait sans l'autorisation impériale prendre la place
d'une autre nation, ni occuper les pays primitivement cédés à cette dernière. On ne lit
nulle part que Sigisbert ait obtenu une récompense de sa coopération et une
indemnité des sacrifices que la guerre lui avait coûtés ; néanmoins, une
circonstance dont nous aurons bientôt l'occasion de parler nous porte à
croire que Clovis lui avait cédé deux ou trois des civitates belges
les plus voisines du territoire des Ripuaires, et en particulier la cité de
Verdun. L'empereur,
dont les entreprises contre l'Italie n'avaient eu aucun succès, se décida à
faire également la paix avec Théodoric. Mais, bien qu'il fût sans doute
mécontent de la précipitation avec laquelle Clovis voulait traiter, il lui
avait accordé une récompense bien propre à l'attacher plus fortement aux
intérêts de l'Empire. Cette récompense était le titre de consul, que
l'empereur lui décerna dans le courant de l'année 508. Les codicilli
durent parvenir à Clovis vers la fin de l'année, et il entra en fonctions le
1er janvier 509. Le passage dans lequel Grégoire de Tours rapporte cet
évènement est d'une clarté parfaite, et néanmoins aucune de ses assertions
peut-être n'a fourni matière à des commentaires plus contradictoires. Chlodovechus,
dit l'historien des Francs, ab Anastasio imperatore codicillos de
consulatu accepit[192]. Rien n'est plus précis et plus
formel ; mais, comme les Fastes consulaires ne marquent pour l'année
509 qu'un seul consul, nommé Importunus, et qui fut désigné par Théodoric, on
en a conclu que Clovis n'avait jamais été consul, et qu'il faut donner une
autre explication au passage de Grégoire de Tours. Plusieurs écrivains ont prétendu
que le roi des Saliens n'avait reçu de l'empereur Anastase d'autre titre que
celui de patrice, et que Grégoire de Tours, peu instruit en ces matières,
avait confondu ce titre avec celui de consul[193]. D'autres ont pensé, au
contraire, qu'il avait existé, même dès le commencement de l'Empire, une
sorte de consulat honorifique, que l'on accordait parfois à des rois barbares
dont on voulait récompenser les services, et que tel était le titre décerné à
Clovis ; et on a cité, à l'appui de cette opinion, certaines monnaies de
Sauromate Ier roi du Bosphore Cimmérien, sur lesquelles on a cru reconnaître
les insignes du consulat[194], ainsi qu'un passage de
l'historien byzantin Théophane[195], où on lit que l'empereur
Justin I donna le titre de consul à Zatus roi des Lazes. Mais ces deux
explications ne peuvent prévaloir. En effet, il est plus que douteux que le
roi Sauromate ait jamais obtenu le titre de consul honoraire, et quant au
fait rapporté par Théophane, il faut y voir une simple augmentation des
honneurs royaux. D'un autre côté, il est impossible d'admettre que le
consulat et le patricial aient été confondus au commencement du VIe siècle ;
c'étaient deux dignités tout-à-fait distinctes, et on ne voit aucun patrice
se décorer du titre de consul. Le consulat était la première dignité de
l'Empire ; le patriciat n'était que la seconde, et on ne devenait
ordinairement consul qu'après avoir été patrice. Cependant, quelques consuls
reçurent, en sortant de charge, le titre de patrice, comme une sorte
d'indemnité, qui leur permettait, d'ailleurs, de conserver la préséance sur
tous les autres dignitaires, et même sur les préfets du prétoire. Prœfectorios,
dit Cassiodore, et aliarum dignitatum viros prœcedit (patricius), uni tantum cedens fulgori quem
interdum etiam a nobis constat assumi. Ornatus individuus, cingulum fidele,
quod nescit ante deserere quam de mundo contingat exire[196]. L'insigne du patriciat était,
comme nous l'apprennent ces paroles de Cassiodore, un cingulum ou baudrier,
richement orné ; ce qui semblerait ranger les patrices parmi les dignitaires
de la milice ; mais il est bon de faire observer que le patriciat était un
honneur, et non un emploi, et qu'aucune fonction n'y était attachée, à
l'époque où nous sommes parvenus ; car nous verrons le patriciat prendre plus
tard un autre caractère. A côté
des auteurs qui ont essayé de rabaisser le consulat au rang du patriciat et
de les confondre, on peut ranger les historiens qui ont prétendu que Clovis
avait été réellement associé à l'Empire par Anastase. Ils s'appuient sur les
paroles suivantes de Grégoire de Tours : ... et ab ea die — le
jour où Clovis prit possession de sa dignité — tanquam consul aut Augustus
est vocitatus[197] ; mais n'est-il pas évident que
le métropolitain de Tours ne pouvait confondre les dignités de consul et
d'empereur ? Il a voulu dire seulement que, le consulat ayant notablement
augmenté l'éclat qui entourait déjà le roi des Saliens, ce prince fut, pendant
le reste de son règne, considéré comme l'administrateur du partage
d'Occident, ou du moins comme le premier des rois fédérés qui le gouvernaient
en qualité de lieutenants de l'empereur. Enfin,
et ceci achève de démontrer qu'il s'agit bien du consulat dans le récit de
Grégoire de Tours, les diverses particularités relatées par l'historien, se
rapportent exactement au consulat, et nullement à une autre dignité. Ainsi,
Clovis reçut d'Anastase les codicilli de consulatu, et tel est bien le
nom que l'on donnait au diplôme impérial[198]. Ainsi, le prince, pour aller
de la basilique de Saint-Martin à la métropole de Tours[199], se revêtit d'une tunique de
pourpre et d'une chlamyde, couvrit son front d'une sorte de diadème et monta
sur un cheval richement harnaché. Ainsi encore, et c'était l'usage lorsque
les consuls prenaient possession de leur charge[200], Clovis ne cessa, pendant le
trajet, de jeter des pièces d'or et d'argent à la foule qui le regardait
passer[201]. Tout se
réunit donc pour prouver que le roi des Saliens fut réellement nommé consul
par Anastase, et il est impossible de repousser cette conclusion en alléguant
que le consulat n'était pas accordé aux Barbares. Il suffit, en effet, de
jeter un coup-d'œil sur les Fastes pour voir que beaucoup de barbares furent
revêtus de cette dignité. Dagalaïphus, Nevitta, Merobaudus, Hermenericus,
Richimer, Bauto, Fravitta, Ardaburius, Areobindus, Aspar, Sigisboldus,
Ricimer, Eutharic, Stilicon et d'autres encore furent consuls pendant la
seconde moitié du IVe siècle, le Ve et le commencement du VIe, et le roi
Théoderic lui-même avait été consul en 484[202]. Quant à
l'autorité que ce titre pouvait procurer et procura effectivement à Clovis,
elle n'était pas à dédaigner. Jornandès[203] qualifie le consulat de summum
bonum, primumque in mundo decus. On sait que cette dignité- était la
première de l'Empire, et on avait conservé, même dans les provinces occupées
par les Barbares fédérés, l'usage antique de dater d'après les Fastes
consulaires. On peut voir, dans les collections de Labbe, de Hardouin et de
Sirmond, les dates des conciles tenus alors en Occident, et les inscriptions
tumulaires conservées dans nos musées ne sont pas moins formelles à cet
égard. D'un autre côté, et quoique la durée du consulat fût d'une année
seulement, il restait nécessairement au roi barbare qui l'avait obtenu une
sorte de prestige ; et l'on a pu dire, sans trop d'exagération, que Clovis y
avait trouvé une espèce de consulat perpétuel, ou plutôt une délégation de la
puissance proconsulaire des empereurs. Et c'est à cette délégation que
l'auteur du prologue de la Loi Salique paraît avoir fait allusion, lorsqu'il
a dit : Quod minus in pactum habebatur, idoneo per proconsolis reg is
Clodovehi... fuit lucidius emendatum[204]. Les Saliens et les Ripuaires
ne s'étaient installés dans le nord de la Gaule qu'avec l'autorisation
impériale, l'octroi du titre de consul et des ornements consulaires acheva de
régulariser et de consolider leur établissement. Clovis le comprenait si
bien, que, tout victorieux et tout puissant qu'il était alors, il accepta
avec l'empressement le plus significatif, et se garda de répondre qu'il avait
conquis la Gaule et qu'il n'avait pas besoin de l'autorité impériale pour se
faire obéir. Il se hâta même de prendre le titre entièrement romain de vir
inluster, que la chancellerie impériale avait l'usage d'attribuer aux
principaux magistrats de l'Empire, et que les successeurs de Clovis eurent
grand soin de conserver[205]. Au reste, ce prince n'eut
jamais la prétention de vouloir, comme Théodoric, se mettre, pour ainsi dire,
au même rang que les empereurs. Il continua à faire battre monnaie au nom
d'Anastase, et il se contenta toujours pour lui-même des titres de Serenitas
et de Gloria, qu'il était d'usage de lui donner avant son consulat[206]. Telles ne sont pas, à la
vérité, les appréciations que l'on trouve dans beaucoup d'histoires de
France, où l'on représente Clovis comme un souverain tout-à-fait indépendant,
qui, après avoir vaincu les Romains, les Bourguignons et les Wisigoths, vint
établir à Paris le siège de son royaume. Grégoire de Tours rapporte, en
effet, que le roi des Saliens fixa à Paris sa résidence ordinaire, après la
cérémonie de Tours[207] ; mais il ne faut voir dans ce
choix qu'une mesure de bonne administration. La cité des Parisii se
trouvait à peu près au centre des provinces que Clovis devait gouverner, et
elle possédait un palais impérial, que Julien avait habité, et qui devait
être encore, quoique sans doute un peu délabré, une demeure agréable et
commode. Les
flatteries des contemporains de Clovis étaient bien propres cependant à lui
inspirer des idées plus ambitieuses. Selon Grégoire de Tours[208], on lui donnait parfois le
titre d'Auguste, et cette assertion, qui a paru extraordinaire, est
corroborée 1° par la vie de saint Germain de Paris, dans laquelle Clotilde,
épouse du roi des Saliens, est appelée Augusta[209], et 2° par un passage de la vie
de saint Fridolin, où le trône de ce prince est nommé imperialis thronus[210]. Mais si la comparaison que
Clovis et ses premiers successeurs pouvaient établir entre leur puissance et
la faiblesse ou l'incapacité de plusieurs empereurs était de nature à les
encourager, ils n'oubliaient pas non plus que le jour où ils auraient tenté
de rompre avec l'Empire, ils se seraient trouvés réduits à leurs seules
forces, c'est-à-dire à la petite armée des Francs. Les autres nations
fédérées voulaient bien reconnaître la suprématie impériale, mais n'étaient
pas disposées à courber la tête devant un peuple moins nombreux
qu'elles-mêmes ; et les Gallo-Romains, qui formaient les
quatre-vingt-dix-neuf centièmes de la population, et consentaient néanmoins à
obéir à un roi barbare revêtu des titres de maître de la milice, de patrice
et de consul, auraient bien certainement refusé de s'associer à un acte
qu'ils devaient regarder comme une révolte, et de se placer volontairement en
dehors du monde romain. La répugnance eût été bien plus forte encore chez les
évêques, qui étaient tous gallo-romains d'origine et n'avaient pas, comme on
l'a cru et comme on le dit souvent, l'intention de fonder, en favorisant les
armes et la politique de Clovis, un royaume séparé de l'Empire, dont ils
étaient, au contraire, les amis et les défenseurs. La
volonté de rompre avec la République — on s'exprimait ainsi, même plus tard —
n'existait alors chez aucun des rois barbares. Nous avons vu que Théodoric,
roi des Ostrogoths et tuteur de son petit-fils Amalaric, roi des Wisigoths,
était, malgré ses dissentiments avec Anastase, entièrement convaincu de la
nécessité de conserver et d'affermir l'autorité impériale. Si l'on veut
savoir ce que pensait Sigismond roi des Bourguignons, fils et successeur de
Gondebaud, et décoré par Anastase du titre de patrice, il suffit de lire les
lettres que saint Avitus, métropolitain de Vienne, écrivait à l'empereur au
nom de ce prince[211]. Enfin, les Vandales eux-mêmes,
malgré leur animosité contre l'Empire, avaient fini par solliciter le titre
de fédérés et la cession de la partie de l'Afrique dont ils s'étaient emparés[212]. Clovis,
loin de vouloir usurper une indépendance qu'il n'aurait pu conquérir sans
péril, travailla uniquement, pendant le reste de sa vie, à réunir aux
provinces qu'il gouvernait celles qui étaient occupées par d'autres princes
de sa famille. Il dépouilla d'abord, assez facilement, Chararicus,
Ragnacharius et Rignomeris, qui commandaient à trois fractions de la tribu
des Saliens établies dans les civitates des Morini[213], des Nervii et des Cenomani[214]. Ces trois petits royaumes
provenaient, comme on l'a dit plus haut, d'un partage opéré après la mort
d'un roi des Saliens, et semblable à ceux dont nous parlerons dans les
chapitres suivants. En même
temps, Clovis projetait de traiter de même le roi des Ripuaires ; mais
l'entreprise était beaucoup plus difficile, et le vieux Sigisbert, qui se
défiait, probablement, de l'ambition de son cousin, se tenait sur ses gardes.
La politique profonde du roi des Saliens avait, dès les années précédentes,
préparé les voies à l'accomplissement d'un pareil dessein, en engageant
Clodéric, fils de Sigisbert, à commander lui-même le contingent des Ripuaires
dans la guerre contre les Goths. Cette démarche imprudente avait dû le
brouiller avec Théodoric et les autres princes de la même nation, et les
disposer à ne prendre aucun intérêt au sort d'un homme que les liens d'une
aussi proche parenté n'avaient pu retenir ni empêcher de contribuer à la
ruine d'Alaric. Quand Clovis jugea que tout était prêt, il envoya à Clodéric
des émissaires secrets, lesquels lui représentèrent que son père était déjà
vieux[215], et que de plus il était
boiteux depuis la blessure reçue à Tolbiac ; ce qui ne lui permettait plus de
se montrer à la tête de l'armée ; ils ajoutèrent qu'un jeune prince comme lui
convenait bien mieux à une nation aussi belliqueuse que les Ripuaires, et ils
lui promirent l'appui de leur maître. Clodéric, séduit par ces discours
perfides, résolut d'ôter la vie à son père, afin de régner à sa place, et
répandit le bruit que Clovis machinait quelque chose contre la vie de
Sigisbert. Celui-ci quitta alors Cologne, où il résidait ordinairement, et
alla demeurer, au-delà du Rhin, dans la forêt Buchonia, qui n'était
pas éloignée de cette ville, et où il pensait être plus en sûreté. Un jour
qu'il dormait après son repas, des assassins, payés par Clodéric, le tuèrent
et s'enfuirent. Soit ignorance de la part que le jeune prince avait prise au
crime, soit nécessité, les Ripuaires le reconnurent pour roi, et Clovis fit
de même. Clodéric s'était hâté de lui envoyer des ambassadeurs pour lui
annoncer son avènement et lui offrir une portion du trésor considérable que
Sigisbert avait laissé. Le roi salien répondit qu'il ne voulait rien
accepter, au moins pour le moment ; mais il demanda au nouveau roi des
Ripuaires de montrer le trésor en question à certains individus qu'il allait
envoyer à Cologne. Clodéric y consentit avec empressement. Au moment où il
s'était abaissé pour plonger le bras dans un vaste coffre qui contenait une
prodigieuse quantité de sous d'or et de trientes, un des émissaires de
Clovis lui fendit la tête d'un coup de francisque. A cette nouvelle, le roi
des Saliens, qui se tenait prêt à partir et à vaincre toutes les résistances,
arrive à Cologne, assemble les Ripuaires, leur déclare que le meurtre de
Sigisbert est l'œuvre de Clodéric, proteste qu'il n'a eu aucune part dans la
mort de ce dernier, ajoute qu'il croit leur donner un avis salutaire en leur
conseillant de le choisir pour roi, lui le parent de leurs derniers
souverains, et promet de protéger leur territoire contre les agressions des
Barbares et particulièrement des Thuringiens. Les Ripuaires, rassurés par ces
protestations et considérant que Clodéric n'avait pas laissé de postérité,
consentirent à ce que Clovis demandait, l'élevèrent sur un bouclier, selon
l'usage de leur nation, et le proclamèrent roi[216]. Mais les deux royaumes ne
furent pas confondus ; les Ripuaires, qui avaient déjà une fois obéi au même
roi que les Saliens, reconnurent Clovis sans perdre leur indépendance[217] ; et, bien que l'histoire n'en
dise rien, nous ne sommes pas éloigné de croire qu'il leur donna pour
vice-roi son fils Thierry, qui fut le premier souverain du royaume
d'Austrasie. Le fait de la séparation résulte des actes du concile d'Orléans,
qui fut assemblé en 511, et à la suite desquels on ne voit pas figurer les
signatures des évêques dont les sièges se trouvaient dans le royaume des
Ripuaires. C'est à
la même date, ou, pour parler plus exactement, dans le petit espace de temps
écoulé entre la mort de Sigisbert et la tenue du concile d'Orléans, qu'il
faut placer un évènement que plusieurs des biographes de Clovis n'ont su à
quelle époque rapporter. Nous voulons parler du siège de Verdun. On comprend,
du reste, l'embarras des historiens ; car il est difficile d'expliquer la
révolte de cette ville. Plus touchés de la difficulté dont il s'agit que des
témoignages établissant la date du siège, ils l'ont reporté aux premières
années du règne de Clovis ; mais la vie de saint Maximinus, second abbé de Miciacum
(Micy), et d'autres documents
démontrent que cet évènement se passa vers la fin de l'année 510[218]. Dès lors, il faut, comme l'a
fait Du Bos[219], assigner à la révolte des
Verdunois un autre motif qu'une répugnance fort vive contre la domination du
roi des Saliens. En 510, son autorité était respectée dans toutes les civitates
voisines de Verdun, et l'on ne voit pas du tout comment cette ville aurait pu
avoir l'audace de braver seule l'autorité d'un prince aussi puissant. Mais si
l'on pense, comme nous, que Clovis avait cédé aux Ripuaires quelques-unes des
civitates méridionales de la Première Belgique, à titre de récompense
pour les services que Sigisbert lui avait rendus pendant la guerre contre les
Goths ; si l'on admet que la soumission des Ripuaires ne fut ni aussi
prompte, ni aussi complète que le fait supposer le récit extrêmement abrégé
de Grégoire de Tours ; enfin, si l'on considère que, d'après la vie de saint
Maximinus, Clovis, immédiatement après la soumission de Verdun, courut
assiéger d'autres villes qui avaient pris le même parti[220], on sera naturellement porté à
croire que les Ripuaires, révoltés de sa duplicité et de sa cruauté,
refusèrent d'abord de le reconnaître comme roi ; qu'ils opposèrent de la
résistance à Verdun et dans les cités voisines ; mais que, découragés par la
disproportion des forces, ils finirent par céder, et que la scène de la
proclamation de Clovis décrite par Grégoire est postérieure de quelques mois
ou de quelques semaines au siège de Verdun. Quoiqu'il
en soit, ce siège offrait des difficultés réelles. La ville était petite,
mais soigneusement fortifiée, ainsi que l'atteste la qualification d'oppidum
que lui donne l'auteur de la vie de saint Ntaximinus. Aussi, voit-on Clovis
prescrire toutes les mesures employées autrefois par les ingénieurs romains,
autant du moins que le permettaient les ressources dont il disposait :
circonstance qui nous oblige d'admettre, comme Bans en avons déjà fait
l'observation, qu'il y avait dans l'armée assiégeante d'autres soldats que
les Francs, naturellement étrangers à de pareilles connaissances. Ainsi,
Clovis entoure la ville entière d'un cordon de troupes, puis d'une
circonvallation (aggeres) ; il fait aplanir les lieux qui pouvaient entraver
les communications entre les différents quartiers de son camp, et, fournir
aux assiégés le moyen de dresser des embuscades ; il place devant chaque
porte une garde (custodia), afin de prévenir les sorties ; puis enfin, il
ordonne d'approcher des murailles les béliers et les autres machines,
destinées soit .à pratiquer des brèches, soit à empêcher les Ver-danois
d'inquiéter les travailleurs[221]. Les
assiégés firent d'abord bonne contenance. ; mais les préparatifs de Clovis et
la vigueur de ses attaques les découragèrent, et ils résolurent d'implorer sa
clémence. Malheureusement, leur évêque, saint Firmin (Firminus), était mort pendant le siège
même, et ils ne savaient qui députer vers le roi des Francs. Ils eurent enfin
recours au premier des prêtres, attachés au service de la cathédrale, et
nommé Euspice (Euspicius).
Accompagné du clergé, qui s'avançait au chant des hymnes et des psaumes[222], il alla trouver Clovis et le
conjura de traiter les Verdunois avec miséricorde. Les discours adroits et
l'air vénérable d'Euspice adoucirent le prince. Il déclara qu'il ne punirait
personne, entra paisiblement dans la ville, avec son armée, précédée du
clergé et suivie du peuple, qui chantait les louanges du Seigneur, et se
rendit à la cathédrale pour remercier Dieu[223]. Puis, ayant appris que
l'évêque était mort, il voulut — car le droit d'élection avait déjà subi plus
d'une atteinte — lui donner Euspice pour successeur. Celui-ci refusa, en
alléguant son grand âge, et le choix du roi tomba sur un neveu d'Euspice,
appelé Vito, et honoré aujourd'hui sous le nom de saint Vanne. Quant à
Euspice lui-même, Clovis le pria de l'accompagner à Orléans, où il se
proposait de convoquer un concile, et, sachant que le saint vieillard
désirait embrasser la vie monastique, il lui céda le vaste domaine de Miciacum,
situé à peu de distance d'Orléans[224]. C'est là que saint Euspice
fonda la célèbre abbaye de Micy, dont il fut le premier abbé, et où il eut
pour successeur un de ses neveux, saint Maximinus (saint Mesmin), qui l'avait accompagné à
Orléans, ainsi que plusieurs autres prêtres verdunois[225]. Clovis
survécut peu de temps au concile d'Orléans. Il mourut le 27 novembre 511, et
l'espèce de monarchie qu'il avait fondée dans le sein même de l'Empire fut
immédiatement partagée ; mais, avant de parler de la constitution définitive
du royaume d'Austrasie, il est nécessaire de jeter un rapide coup-d'œil sur
l'état de la Gaule septentrionale à la fin du Ve siècle et au commencement du
VIe. La
situation des campagnes était pour ainsi dire la même que dans le siècle
précédent. Seulement, et surtout dans les provinces du nord, les agri
limitanei et les anciens domaines du fisc étaient cultivés par les
nouveaux propriétaires barbares[226]. Personne n'ignore que la part
échue à chacun des soldats de l'exercitus Francorum portait chez les
Ripuaires le nom de sors ou de consors, et chez les Saliens
celui de terra Salica ou d'alodis. Quant aux Gallo-Romains, ils
étaient restés en possession de leurs domaines, et si cette proposition est
exacte pour le nord de la Gaule, elle est plus exacte encore pour le centre
et le midi, où les Francs n'avaient pu s'établir qu'avec l'aide des premiers. On
possède peu de renseignements précis sur l'état des villes ; néanmoins, on
peut être assuré qu'elles existaient presque toutes, car celles que les Huns
avaient détruit cependant l'invasion de l'année 451 s'étaient relevées de
leurs ruines. On verra plus loin que les cités de la vallée du Danube
n'avaient pas perdu leur ancienne population ; et on ne comprendrait pas
pourquoi il en aurait été autrement dans la Gaule occupée alors à peu près
tout entière par des nations fédérées, et naturellement intéressées à la
conservation de tout ce qui subsistait encore. Les habitants des cités de la
Première et de la Seconde Belgiques, notamment ceux de Reims, de Châlons, de
Metz, de Toul et de Verdun, ayant spontanément reconnu l'autorité du roi des
Francs, comme lieutenant de l'empereur, n'avaient par conséquent fourni de motifs,
ni de prétextes à aucune violence. Les rois Francs n'avaient pas conservé,
comme on le dira dans un des chapitres suivants, plusieurs des officiers
impériaux ; mais il y avait dans chaque civitas un comes ou
comte, entre les mains duquel on avait concentré presque tous les pouvoirs
civils et militaires. Quant à l'administration des villes elles-mêmes, rien
n'était changé ; chacune avait gardé sa curie, ses coutumes et ses usages.
Seulement, le defensor avait été conduit, par la force des
circonstances, à étendre considérablement ses attributions, et il était
devenu le premier personnage de la cité[227]. Quelques-unes
des villes étaient riches et avaient conservé des relations commerciales plus
ou moins étendues. On sait que Troyes possédait déjà au r siècle les foires
qui devinrent si fameuses au moyen-âge[228]. Verdun faisait aussi un négoce
important. Il paraît qu'alors, comme plus tard, on y amassait, pour les
revendre, d'énormes quantités de grains destinés à la fabrication de la bière
et de la cervoise ; et, s'il est permis d'ajouter foi à une tradition que
plusieurs écrivains ont méprisée[229], ce serait des greniers de
Verdun que le patrice Ecdicius, fils de l'empereur Avitus, aurait tiré une
partie des grains avec lesquels il nourrit les Arverni, ses
compatriotes, pendant une horrible famine décrite par Grégoire de Tours[230]. Malgré
les mouvements et les luttes des peuples barbares fédérés, les communications
n'étaient pas interrompues entre les diverses provinces du partage
d'Occident, et rien n'entravait absolument le commerce. On pouvait aller
presqu'aussi librement d'un bout de l'Empire à l'autre que pendant le siècle
précédent. Grâce à cet état de choses, les pèlerinages se multiplièrent
pendant le Ve siècle, et on vit une foule de personnes partir pour Rome ou
pour Jérusalem. Grégoire de Tours rapporte que saint Aravatius, évêque de la civitas
des Tungri, était allé à Rome pour obtenir, par l'intercession des
apôtres saint Pierre et saint Paul, l'éloignement des Huns ; qui menaçaient
la Gaule[231]. Vers le même temps, saint
Patrice et l'évêque Palladius quittèrent, plus d'une fois, le premier
l'Irlande et le second l'île de Bretagne, pour se rendre dans la même ville,
soit afin de conférer avec le pape, soit pour prier aux tombeaux des apôtres[232]. On connaît les voyages de
saint Germain, de saint Loup et de saint Sévère dans la Bretagne. Au
commencement du VIe siècle, saint Fridolinus ou Fridolin, un des plus anciens
missionnaires que l'Irlande ait envoyés sur le continent, parcourut la Gaule
et fonda en divers lieux des basiliques dédiées à saint Hilaire, pour lequel
il professait une vénération toute particulière. Ajoutons encore, et ceci
démontre combien les relations entre l'Orient et l'Occident étaient faciles
et fréquentes, que saint Siméon Stylite, dont la demeure aérienne était, pour
ainsi dire, perdue au fond de la Syrie ; connaissait de réputation sainte
Geneviève de Paris et se faisait recommander à ses prières[233]. Cette
multiplication des pèlerinages nous conduit naturellement à décrire l'état de
la religion dans la Gaule pendant le Ve siècle. Le lecteur sait déjà que le
polythéisme était encore debout dans la plupart des provinces de l'empire
d'Occident au commencement du Ve siècle. Quand l'empereur Honorius se rendit
à Rome, en 404, pour y célébrer son sixième consulat, le pate Claudien,
chargé de le complimenter, osa l'inviter à considérer les temples qui
entouraient le palais impérial comme une garde divine ; il lui montra, dans
ses vers, le temple de Jupiter Tarpéien couronnant lé Capitole, et les
édifices sacrés remplis d'un peuple de dieux et planant sur la ville et sur
le monde[234]. Quatre années plus tard,
lorsque les Wisigoths menaçaient Rome, le sénat se rassembla et fit mettre à
mort, pour apaiser les dieux, Serena veuve de Stilicon et nièce de
Théodose-le-Grand, en alléguant que cette princesse n'avait pas craint
d'entrer dans le temple de Cybèle et de s'approprier le collier de la déesse.
En même temps, le préfet Pompeïanus faisait appeler des aruspices étrusques,
qui se vantaient d'avoir sauvé, par leurs conjurations, la ville de Nurcia,
et qui promirent de faire tomber la foudre sur les Barbares, à condition
toutefois que des sacrifices seraient offerts aux dieux, en présence du sénat
et avec toute la pompe des siècles passés ; ce que le préfet n'osa permettre,
selon les uns, et autorisa, suivant les autres[235]. Une description de Rome,
rédigée quelques années après le passage des Wisigoths, mentionne encore
quarante-trois temples et deux cent quatre-vingts édicules consacrés à divers
cultes païens[236]. La statue du Soleil, haute de
cent pieds, décorait le Colisée, et l'on voyait dans les carrefours, sur les
fontaines publiques-et sur les places des simulacres d'Apollon, de Minerve,
d'Hercule et des autres divinités. Vers le même temps, le poète Rutilius
Numatianus célébrait la ville de Rome comme la métropole du polythéisme et la
mère des dieux et des héros. Au milieu du Ve siècle, on nourrissait encore
les poulets sacrés du Capitole ; quelques-uns des consuls venaient, en
entrant en charge, leur demander les aruspices, et un calendrier tracé à
cette époque[237] marque, à côté des fêtes de
Dieu et des saints, celles des fausses divinités[238]. S'il en
était ainsi en Italie, sous les yeux des empereurs, on doit supposer que le
paganisme conservait encore une certaine puissance dans le nord de la Gaule,
qui était, en quelque manière, la station la plus avancée du christianisme et
qui avait reçu tard et lentement la religion nouvelle. Nous avons cité dans
le chapitre précédent divers faits propres à établir combien la résistance du
paganisme avait été longue et obstinée ; une constitution du Code
Théodosien[239] nous apprend que les païens
étaient, pour la plupart au moins, agrégés à une association secrète, ayant
une organisation presque militaire et de nature à conserver les forces et les
espérances des partisans de l'ancien culte. Tout autorise à croire qu'elle
avait de nombreuses ramifications dans le nord de la Gaule, et on a vu que
l'établissement des têtes païens dans cette contrée avait contribué à
restreindre les progrès du christianisme. II ne faut pas s'imaginer toutefois
que le polythéisme vînt étaler ses cérémonies et ses superstitions sur les
places et dans le voisinage des grandes villes, et on ne peut admettre qu'au
VIe siècle il y eût encore une statue d'Apollon sur la montagne que les
Anciens nommaient Gebenna, et qui s'élève, sur la rive gauche de la Moselle,
en face de la ville de Trèves. Il y avait, en effet, sur cette montagne des
solitaires chrétiens qui n'auraient pas toléré aussi près d'eux un pareil
simulacre[240]. A part la conservation tardive
du temple que les habitants d'Argentoratum avaient dédié au dieu Mars,
tous les faits enregistrés par l'histoire démontrent que le paganisme ne se
défendait plus avec avantage que dans le fond des campagnes, et les évêques,
à l'exemple de saint Remi, visitèrent avec soin leurs diocèses et firent
briser la plupart des idoles que l'on y rencontrait encore[241]. La conversion des Saliens, qui
suivit celle de Clovis, vint priver les polythéistes d'une de leurs dernières
espérances. La conversion des Ripuaires fut plus lente. Leurs rois Sigisbert
et Clodéric étaient païens, et ce fut seulement après la proclamation de Clovis
que le christianisme se répandit parmi eux. Le clergé chrétien n'avait, au
reste, pas attendu ce moment pour les évangéliser, ainsi que les peuples
barbares qui s'étaient fixés dans leur voisinage. C'est ainsi que l'on vit,
au milieu du Ve siècle, saint Sévère, métropolitain de Trèves, prêcher le
christianisme aux Alamanni établis dans la Germania Prima[242], et aux Bourguignons de la Maxima
Sequanorum[243] ; il ne les convertit pas tous,
mais il réussit au moins — et la chose n'était pas sans importance — à
inspirer à plusieurs d'entr’eux des sentiments d'humanité et un grand respect
pour le clergé catholique. Le biographe de saint Severinus rapporte que
Giboldus roi des Alamanni, qui fut vaincu et tué à Tolbiac, avait une
vénération profonde pour ce saint[244], et les sentiments du roi
devaient être partagés par la plupart des sujets. Le
paganisme trouvait, il faut le remarquer, de puissants auxiliaires dans les
mœurs, et notamment dans la passion des Anciens pour les jeux du cirque et de
l'amphithéâtre. Elle était si vive, que les empereurs chrétiens, quoique
persuadés de la nécessité d'interdire de pareils spectacles, n'osaient' les
abolir et tâchaient seulement d'en diminuer les abus. Une constitution des
empereurs Léon et Anthémius, promulguée en 469 ; déplore l'usage de donner
des jeux, mais les tolère, excepté le dimanche[245]. Plus tard, une constitution
d'Anastase en supprima l'obligation, mais ne les défendit pas, et deux dyptiques
consulaires sculptés sous le règne de ce prince représentent au-dessous de
l'image des consuls celle des jeux qu'ils avaient offerts au peuple[246]. Quand les empereurs eurent
enfin interdit aux gladiateurs de s'entretuer dans l'amphithéâtre, on
conserva encore pendant longtemps l'usage des combats d'animaux, et Justinien
Ier se crut obligé, en 534, de publier une constitution pour défendre aux
évêques et aux prêtres d'y assister[247]. Le
clergé n'avait pas seulement à lutter contre le paganisme et à réformer les
mœurs, il était de plus obligé de combattre l'arianisme et les autres
hérésies orientales, qui tentaient continuellement de s'introduire dans le
partage d'Occident, souvent avec l'aide de l'autorité impériale. L'arianisme
en particulier avait fait quelques progrès dans le nord de la Gaule, et la
fille d'Euric, la princesse arienne que Sigisbert roi des Ripuaires avait
épousée, profita, sans doute-, de son pouvoir pour répandre dans le
territoire occupé par ce peuple les erreurs dont elle faisait profession, et
dont son père était l'apôtre sanguinaire[248]. Cependant,
et malgré tant d'obstacles, la religion chrétienne faisait, tous les jours,
de nouvelles conquêtes, et depuis longtemps l'issue de la lutte n'était plus
douteuse. Ce qui ne contribua pas peu à cet heureux résultat, c'est que les civitates
dont la réunion va former le royaume d'Austrasie eurent, au Ve siècle, des
évêques dignes de figurer à côté des illustres prélats du siècle précédent.
Pour Cologne, on n'a conservé le nom que d'un seul évêque, Aquilinus, qui
siégeait vers le milieu du r siècle ; mais le diocèse de Tongres fut gouverné
par saint Aravatius, dont nous avons déjà parlé, et ensuite par saint
Agricolaüs, à qui il faut probablement attribuer la translation du siège
épiscopal dans la ville de Trajectum-ad-Mosam. Celui de Trèves était
un peu déchu, à cause des désastres que cette ville avait éprouvés, et parce
que la primatie des Gaules avait été transférée, sinon de droit, au moins de
fait, dans la ville d'Arles, en même temps que la préfecture du prétoire. Trèves
eut toutefois, à cette époque, plusieurs prélats illustres : saint Sévère,
dont nous avons rappelé les prédications dans la Germania Prima et le
voyage apostolique dans l'île de Bretagne ; Cyrille, auquel on dut la
reconstruction de la basilique dédiée à saint Euchaire, et Jamblicus, auquel
Sidoine Apollinaire, son contemporain, décernait les épithètes de vir
consummatissimus, virtulum conscientia et fama juxta beatus[249], et que saint Auspice, évêque de
Toul, nomme sanctus, omnibus primus[250] nosterque papa[251]. L'église de Metz se glorifie
d'avoir été gouvernée alors par saint Auctor[252] et par Urbitius, dont
l'épiscopat dura près d'un demi-siècle. Dans le catalogue des évêques de Toul
on lit les noms de saint Auspice, un des disciples de saint Loup de Troyes,
et qui était en commerce de lettres avec Sidoine Apollinaire ; de saint
Ursus, qui fournit à Clovis le catéchiste que ce prince lui demandait ; de
saint Epvre (Aper),
qu'une tradition donne comme originaire de Troyes, et auquel une des abbayes
de la ville de Toul faisait remonter son origine. Verdun eut pour évêque,
dans la seconde moitié du Ve siècle, saint Pulchronius, qui passe pour avoir
fait disparaître, au moyen de ses largesses, la trace des dévastations
commises par les Huns dans sa ville épiscopale. D'après une tradition
respectable, ce serait le même prélat qui aurait introduit dans la liturgie
verdunoise les mots Χριστόκος et
Θεοτόκος, que le concile de
Chalcédoine avait prescrit d'employer pour désigner la Sainte Vierge[253]. Le catalogue de
Châlons-sur-Marne conserve les noms de sept évêques, auxquels leurs vertus
ont mérité le titre de saints, et dont un seul, Alpinus, contemporain
d'Attila, a laissé quelques souvenirs. Mais la renommée de tous ces prélats
fut éclipsée par celle du métropolitain de Reims, saint Remi. Nous avons
parlé plus haut de ce grand homme, et nous ne reviendrons pas sur ce que nous
avons dit ; mais nous devons ajouter que, trouvant son diocèse trop vaste, et
craignant de ne pouvoir le visiter avec le soin convenable, il le démembra et
forma avec la partie occidentale de la civitas de Reims un diocèse
nouveau, dont le chef-lieu fut la ville, jusqu'alors peu connue, de Lugdunum-Clavatum
ou Laudanum (Laon). Le premier évêque fut un neveu[254] de saint Remi, appelé
Genebaudus. On ne connaît pas d'une manière précise la date de l'érection du
siège épiscopal de Laon, mais tout porte à croire qu'elle remonte aux
dernières années du Ve siècle, et on ne voit pas que Clovis soit intervenu
dans cet établissement, qui créait une cité nouvelle[255] ; circonstance qu'il importait
de noter, et sur laquelle nous aurons occasion de revenir. Néanmoins, le roi
des Francs ne restait pas tout-à-fait étranger aux affaires religieuses : il
établit ou, pour mieux dire, dota des sièges épiscopaux à Tournay, à
Térouenne, à Arras et à Cambray, au milieu du territoire occupé par les
Saliens[256] ; il restaura l'évêché de
Strasbourg, et, si la succession épiscopale avait été interrompue dans les
autres diocèses de la Première Germanie, comme le pensent plusieurs savants,
on ne peut douter qu'il n'ait fait des efforts pour la reconstituer. Les
droits et le pouvoir que la législation impériale et la force des choses
avaient assurés aux évêques ne leur furent pas inutiles dans la dernière
lutte que l'Eglise eut à soutenir contre le paganisme. Tous les évêques du Ve
siècle furent élus librement par le clergé et les fidèles ; en général, les
choix furent excellents, et on comprend sans effort quelles devaient être la
liberté et l'autorité de prélats qui ne devaient rien aux magistrats
impériaux, ni aux rois des Barbares fédérés. Ce fut seulement à la fin du
siècle que ces derniers, et particulièrement Clovis, qui avaient deviné
combien l'appui des évêques pouvait consolider leur propre autorité, firent
quelques tentatives pour se substituer au peuple dans les élections
épiscopales, et, grâce au consentement d'une partie du clergé, ces tentatives
furent coconnées par le succès dans beaucoup de circonstances[257]. Les
droits des évêques étaient trop nombreux pour être tous mentionnés ici.
Contentons-nous de rappeler que, sans parler des prérogatives qu'ils
possédaient comme defensores des cités, ils pouvaient disposer, ainsi
qu'ils l'entendaient, des biens ecclésiastiques, lesquels étaient déjà
considérables ; garder ou rendre, à leur gré, les esclaves et même les
criminels qui cherchaient un asile dans les basiliques ; exercer les fonctions
de tuteur à l'égard des veuves et des orphelins ; se faire communiquer les sentences
prononcées par les juges laïques, en suspendre l'exécution, et même les
réformer quelquefois ; enfin, prononcer la peine de l'excommunication, qui,
au bout d'un certain temps, entraînait une sorte de mort civile[258]. Outre
le clergé séculier, déjà nombreux, surtout dans les grandes villes, et dont
l'organisation était la même que dans les autres provinces du monde chrétien,
les évêques avaient pour auxiliaires les moines, qui s'étaient notablement
multipliés depuis les premières années du Ve siècle. Ceux de Trèves, un
moment dispersés par les Barbares, s'étaient réunis de nouveau et avaient
recommencé à vivre en commun, après avoir élu un abbé nommé Ægidius[259]. Il y a toute apparence que les
deux grandes abbayes de Saint-Maximin et de Saint-Mathias de Trêves étaient
définitivement organisées avant la fin du Ve siècle[260]. Vers le même temps, saint Remi
fonda sur la montagne appelée Hor, située au nord et à peu de distance de Reims,
un monastère d'hommes, dont le premier abbé fut saint Theodericus ou Thierry[261]. Le même prélat construisit
aussi dans la ville de Reims une sorte de monastère destiné à servir de
refuge aux femmes qui, après s'être abandonnées à quelque désordre, voulaient
embrasser une vie pénitente ; et, si l'on peut ajouter foi à une charte de
Thierry évêque de Verdun (1049), un asile semblable aurait été ouvert dans cette dernière ville,
sous les auspices de saint Remi lui-même[262]. On a vu, à la fin du chapitre
précédent, que l'organisation des premiers monastères, gaulois était tout orientale,
et même tout égyptienne, si on peut employer une pareille expression.
Cassien, fondateur de la fameuse abbaye de Saint-Victor, à Marseille,
laquelle servit de modèle à plusieurs autres, avait été élevé, dès son
enfance, parmi les moines de Palestine .et d'Egypte, et sa première retraite
avait été le monastère de Bethléem[263]. Saint Castor, évêque d'Apta
Julia (Apt),
qui venait de fonder un monastère, pria Cassien de rédiger les instituts des
Pères de l'Egypte et de la Palestine, et les conférences spirituelles qu'il
avait eues avec les solitaires de Sceté[264]. Les sept dernières conférences
écrites par Cassien sont adressées aux moines qui avaient transformé les îles
Stœchades ou Stoccades (îles d'Hyères) en une sorte de Thébaïde. Saint Abraham, qui
rassembla autour de lui un grand nombre de moines dans la civitas des Arverni
où il se fixa, était originaire de l'Orient[265], et la règle qu'il imposa à ses
religieux était, sans doute, une copie des institutions de saint Pacôme. Il
en était de même de la règle à laquelle s'étaient soumis les solitaires des
îles de Lérins, et il est bon de remarquer que c'est parmi eux que se forma
saint Patrice, l'apôtre de l'Irlande[266]. Il nous sera facile, d'après
cette observation, de comprendre plus tard pourquoi la règle de saint
Colomban offre tant d'analogies avec celle des communautés orientales, et
pourquoi les abbayes qu'il a fondées dans la Gaule, à la fin du VIe siècle et
au commencement du VIIe, sont en quelque sorte une parfaite image des
sociétés monastiques de la Thébaïde. On peut ajouter que l'Occident avait
emprunté à l'Orient non seulement l'esprit de ses institutions religieuses,
mais aussi les termes employés par les premiers maîtres de la vie
cénobitique. Dans la vie de saint Germain, évêque d'Auxerre, écrite par un
contemporain, Alogius chef du monastère de cette ville est appelé archimandrita,
nom qui nous rappelle les usages de l'Orient[267]. C'est à
cette époque qu'il faut faire remonter l'établissement des premières écoles
épiscopales et monastiques. Jusqu'alors l'enseignement de la dialectique, des
belles-lettres et des sciences avait été &inné, pour ainsi dire
exclusivement, par des maîtres laïques ; mais beaucoup d'écoles se fermèrent
successivement pendant le cours du Ve siècle. Néanmoins, on en voyait encore
plusieurs dans la seconde moitié de ce siècle. On y expliquait Aristote,
Virgile, Cicéron, Plaute, Nœvius, Caton, Varron, Chrysippe et d'autres
auteurs, et les maîtres qui dirigeaient ces écoles avaient soin presque
toujours de former des hommes capables de les remplacer[268]. Il ne faut pas croire qu'elles
fussent toutes dans le midi de la Gaule ; il y en avait aussi dans les
provinces septentrionales. Saint Loup (Lupus), évêque de Troyes, était né dans la ville de Toul,
et sa biographie rapporte qu'il fut conduit dans les écoles pour y recevoir
les leçons des rhéteurs[269]. On ne peut douter que saint
Remi, dont l'éloquence et la doctrine étaient si célèbres dans tout
l'Occident, n'ait également fréquenté les écoles publiques[270]. Vers la fin du siècle, ces
établissements devinrent moins nombreux, et les évêques fondèrent près de
leurs cathédrales des écoles, où l'on admettait non seulement les jeunes gens
destinés au sacerdoce, mais encore tous ceux qui voulaient recevoir une éducation
libérale. L'histoire ne nous apprend rien sur ce qui eut lieu à Trèves, à
Metz et dans plusieurs autres villes ; mais il paraît que saint Pulchronius
ou Pulchrone, évêque de Verdun, organisa une école sur le modèle de celles
qu'avait ouvertes son oncle saint Loup, évêque de Troyes. D'après une
tradition qui n'est pas à mépriser, saint Firmin, un des successeurs de saint
Pulchronius, attachait un grand intérêt à la prospérité de cette école, qui
jeta dès lors un certain éclat. Selon la même tradition, saint Euspice, dont
nous avons déjà parlé, y remplissait les fonctions de professeur, et il forma
des élèves célèbres, notamment ses neveux saint Vito (Vanne) et saint Maximinus (Mesmin). Toul semble avoir eu un
établissement du même genre, et on croit que saint Firmin fut, avant d'être
appelé au siège épiscopal de Verdun, le maitre de cette école, fondée
probablement par le savant évêque saint Auspice[271]. Enfin, si dans la lettre que
saint Remi écrivit à Falco ou Fulco, au sujet d'une entreprise que nous
raconterons bientôt, le mot schola devait être pris dans le sens que nous y
attachons aujourd'hui, la ville de Mosomum (Monzon) aurait possédé une école dès
les premières années du VIe siècle[272]. Les
ouvrages de l'Antiquité, dont les copies devinrent au moyen âge si rares et
si difficiles à trouver, étaient alors entre toutes les mains, et les auteurs
de l'Histoire littéraire de la France[273] ont réuni de curieux détails
sur les vastes bibliothèques qui existaient dans plusieurs villes de la
Gaule, et qui certainement ne périrent pas jusqu'à la dernière par suite-des
invasions barbares. On continuait à transcrire une quantité de livres, et Sidoine
Apollinaire parle des nombreux scribes qui étaient occupés, dans la ville de
Reims, à copier les homélies de saint Remi[274]. Malgré
le malheur des temps, on ne craignait pas de s'éloigner de chez soi pour
aller chercher une instruction supérieure à celle que l'on pouvait trouver
dans sa patrie. Les écoles d'éloquence jouissant encore à Rome d'une grande
renommée, beaucoup de jeunes gaulois se rendaient dans cette ville pour y
étudier, et l'Histoire littéraire de la France nous offre les noms de
quelques-uns d'entr'eux[275]. Aussi, quoique la décadence
des lettres devienne très-sensible, au Ve siècle, on n'en vit pas moins dans
la Gaule une foule de théologiens, de philosophes, d'orateurs, d'historiens
et de poètes, et si leurs ouvrages ne sont pas tous venus jusqu'à nous, leurs
noms du moins ont échappé à l'oubli et attestent la vérité de ce que nous
avançons. Les
provinces qui vont former le royaume d'Austrasie peuvent revendiquer
plusieurs de ces écrivains illustres. Tel fut Salvien, que l'on croit
originaire de Trèves, et qui déplora avec tant d'éloquence les crimes et les
malheurs de ses contemporains qu'il fut surnommé le Jérémie du r siècle. Il
nous reste de lui un traité• du gouvernement de la Providence, un livre
contre l'avarice et des épîtres. Ces ouvrages sont écrits d'un style élégant
et ferme, et l'on y rencontre des pages sublimes, notamment le fameux
passage, si fréquemment cité, où Salvien dépeint la ruine et la désolation de
sa patrie[276]. Tel fut saint Vincent de
Lérins, qui était né à Toul, selon la plus commune opinion. Après avoir
consumé sa jeunesse dans les agitations du monde, il se retira à Lérins, où
s'élevait un monastère célèbre, et y embrassa la vie religieuse. C'est là
qu'il écrivit le Commonitorium adversus hœreticos, dans lequel on
trouve des armes pour combattre toutes les erreurs, quoique le but principal
de l'auteur ait été de réfuter l'hérésie de Nestorius, qui venait d'être
anathématisée. Cet illustre solitaire mourut vers le milieu du Ve siècle. II
avait pour frère saint Loup, qui fut, comme lui, moine de Lérins, et que ses
vertus firent élever plus tard sur le siège épiscopal de Troyes. Sidoine
Apollinaire l'appelait le premier des prélats ; les évêques des Gaules
l'envoyèrent dans l'île de Bretagne, avec saint Germain d'Auxerre, pour y
arrêter les progrès de l'hérésie pélagienne, et ses disciples Pulchronius,
Severus et Alpinus honorèrent plus tard les sièges épiscopaux de Verdun, de
Trèves et de Châlons[277]. Tel fut encore saint Auspice,
évêque de Toul, que nous avons déjà mentionné plus d'une fois, et qui
entretenait, comme nous l'avons dit, un commerce de lettres avec Sidoine Apollinaire[278]. Tel fut enfin le poète
Secundinus, qui devait appartenir à l'opulente famille des Secundini de
Trèves. Il était également en correspondance avec Sidoine[279]. On voit dans une des lettres
de ce dernier[280] que Secundinus avait composé
des satires contre certains rois barbares, et on a cru qu'il s'agissait des
rois bourguignons ; mais il est bien plus probable, si notre conjecture sur
la patrie du poète est fondée, que ses satires étaient dirigées contre Clodebaud
et Sigisbert rois des Ripuaires. Les
Barbares eux-mêmes ne restaient pas toujours étrangers à la culture des
lettres. Les lecteurs ont déjà rencontré le nom du comte Arbogast. Il
consultait les évêques gallo-romains sur des points d'exégèse ; il était en
commerce épistolaire avec Sidoine Apollinaire, saint Auspice et les plus
beaux esprits de son temps, et il mérita que le premier lui écrivît : Sic
Barbarorum familiaris, quod tamen nescius barbarismorum ; par ducibus
antiquis lingua, manuque[281]. Il est bon d'ajouter cependant
que de pareils hommes étaient rares chez les Francs fédérés, dont l'ignorance
était si profonde, en général, que, d'après plusieurs savants, ils ne
connaissaient même pas l'usage de l'écriture[282]. Les arts, qui pour fleurir ont, plus encore que les lettres, besoin de tranquillité et de protection, n'avaient pas subi la décadence que certains auteurs ont bien légèrement supposée. Malgré les invasions des Barbares, malgré les inquiétudes légitimes que pouvait inspirer l'avenir, on continuait à bâtir et à décorai' des églises, comme pendant le siècle précédent, et Clovis n'eut pas plutôt affermi son autorité, qu'il songea à ordonner lui-même des constructions de ce genre. Il serait fastidieux, et d'ailleurs impossible, d'énumérer toutes les basiliques que la Gaule vit élever dans le cours du Ve siècle. Mais, sans parler des nombreuses églises construites ou réparées dans la civitas de Nîmes pendant l'épiscopat de Rusticus[283] ; sans rappeler celle qui fut consacrée dans la ville de Trèves, sous le règne et peut-être en présence de l'empereur Valentinien III, nous ne pouvons nous dispenser de mentionner l'église que saint Remi bâtit à Lugdunum-Clavatum, avant d'y établir un siège épiscopal ; la basilique élevée par Perpetuus, métropolitain de Tours, sur le tombeau de saint Martin, et celles qui furent élevées à Autun, par Eufronius, et dans la civitas des Arverni, par l'évêque saint Namatius[284]. Ces basiliques n'étaient pas de chétifs édifices. En parcourant les descriptions que Grégoire de Tours en a données, on voit qu'elles étaient magnifiques et dignes, autant que le permettait la différence des matériaux, de rivaliser avec les belles églises que l'on achevait alors dans la ville de Rome, et que l'on peut encore y admirer aujourd'hui. Ainsi, la basilique du chef-lieu des Arverni était longue de cent cinquante pieds, large de soixante et haute de cinquante ; elle avait trois nefs, un transept et une abside semi-circulaire ; soixante-dix colonnes en soutenaient le comble ; quarante fenêtres étaient pratiquées dans les murailles, et on pénétrait dans l'édifice par huit portes. Des mosaïques composées de marbres précieux décoraient les parois de l'abside, et les autres parties des murs étaient couvertes de peintures dont les sujets avaient été empruntés à l'Histoire sainte. La basilique de Tours était aussi vaste, car elle avait cent soixante pieds de longueur, soixante de largeur, quarante-cinq de hauteur, cent vingt colonnes, huit portes et cinquante-deux fenêtres[285]. On doit avouer cependant que les cathédrales n'avaient pas toutes la même importance, et celle qui fut élevée à Strasbourg, par ordre de Clovis, était loin d'être aussi somptueuse. Elle avait, à la vérité, un narthex ou vestibule, qui paraît avoir manqué aux basiliques de Tours et de Clermont, mais ses trois nefs étaient terminées par une muraille droite ; elles étaient séparées l'une de l'autre par des lignes d'arcades, au lieu de l'être par des rangs de colonnes ; l'église ne comptait que six portes, et enfin, à cause de la rareté de la pierre, le bois avait été employé dans sa construction. Le sanctuaire était séparé de la nef principale par une clôture, en avant de laquelle se dressait un ambon assez vaste ; dans la nef latérale regardant le midi il y avait un puits, d'où on tirait l'eau destinée à l'administration du sacrement de baptême, et derrière l'édifice se trouvait un atrium, entouré d'un bâtiment considérable que l'on appelait presbyterium, et qui servait de logement à l'évêque et à ses prêtres[286]. |
[1]
Quelques écrivains, trompés par une faute du copiste qui se trouve dans
plusieurs manuscrits de Grégoire de Tours (Hist. Franc., lib. II, c. 9),
ont fait de Respendial un roi des Alamanni. Mais le P. le Cointe, Valois
et Secousse (Mémoires de l'académie des inscriptions, 1re série, t. VII,
p. 307) ont démontré qu'il faut lire rex Alanorum, et non pas rex
Alamannorum.
[2]
V. Orose, De miseria hominem (v. la note II, à la fin du présent
volume), lib. VII, c. 58 et 40 ; les chroniques de Prosper et de Cassiodore ;
Renatus Profuturus, copié par Grégoire de Tours, Historia Francorum,
lib. II, c. 9 ; Du Bos, ibid., t. I, p. 5, 300 et 301.
[3]
V. Epistola ad Ageruchiam, dans l'édit. de Dom Martianay, t. IV, part.
II, p. 748. Brower (dans ses notes sur les œuvres de Fortunat, p. 33)
conjecture que la cathédrale où les citoyens de Mayence furent massacrés par
les Barbares était située dans le lieu qui porte le nom de mont des martyrs.
[4]
V. M. Clouet, ibid., t. I, p. 153.
[5]
Aujourd'hui Senuc. Ce nom ne vient pas de Sindunum, comme on pourrait le
croire ; c'est une abréviation de Sanctus Oriculus.
[6]
V. Flodoard, ibid., lib. I, c. 8 ; Marlot, Metropolis Remensis
Historia, t. I, p. 120 et 121.
[7]
Le genre de la mort de saint Nicaise est prouvé par la strophe suivante d'une
hymne de son office :
Iniqua gens
Vandalica,
Summi furoris
viribus,
Ovile Christi
concutit,
Caputque
cœdit Prœsulis.
V. aussi l'épître de saint Jérôme citée plus haut ;
Flodoard, ibid., lib. I, c. 6 ; Marlot, t. I, p. 119.
[8]
V. Marlot, ibid., p. 122.
[9]
V. Marlot, ibid., p. 235. On donne assez généralement le martyre de
saint Balsennius comme plus récent ; mais la date que nous lui assignons nous
semble préférable, et nous ne pensons pas que l'on doive regarder ce saint
comme un neveu de saint Basolus (saint Basle).
[10]
V. M. de Pétigny, ibid., t. II, p. 48 et 49.
[11]
Opera sancti Prosperi, édit. de 1711, p. 786.
[12]
V. Histoire de l'église de Strasbourg, t. I, p. 152 et 155.
[13]
V. Orose, ibid., lib. VII, c. 40.
[14]
V. la lettre de saint Jérôme déjà citée.
[15]
V. Gallia Christiana, passim ; M. Clouet, ibid., t. I, p.
153, 164, 168 et 169.
[16]
V. l'analyse de ce testament dans Flodoard, ibid., lib. I, c. 9. On ne
peut prétendre que c'est une pièce fausse, car Flodoard assure avoir vu
l'original, et d'ailleurs la formule pro refrigerio meo que contient ce
testament est une preuve certaine de son antiquité.
[17]
Ainsi Baudobrica est devenu Boppart, Bonconica Oppenheim, Ausava
Pallescheit, etc., etc.
[18]
V. Vita beati Joannis, abbatis Gorziensis, dans les Bollandistes, au 27
février. On peut même dire que Scarponna existe encore dans le bourg de
Dieulouard, qui a été bâti avec ses débris.
[19]
V. Ammien Marcellin, lib. XXVII. Jovinus passait pour être le fondateur de
l'église Saint-Nicaise, qui avait été primitivement dédiée à saint Agricola.
Elle a, du reste, été rebâtie plusieurs fois. Le sarcophage de saint Nicaise
est à peu près semblable à celui de Jovinus, ce qui prouve l'antiquité du
premier. V. Markt, ibid., t. I, p. 101 et 115.
[20]
V. Zosime, liv. VI ; Orose, ibid., lib., VII, c. 40 ; Du Bos, ibid.,
t. I, p. 309 et 310.
[21]
V. Zosime, ibid.
[22]
V. Du Bos, ibid., t. III, p. 434.436 ; M. de Pétigny, ibid., t.
I, p. 367 et 368, t. II, p. 461.
[23]
V. M. de Pétigny, ibid., t. II, p. 460.
[24]
V. liv. VI.
[25]
Les premières portent les différents monétaires TROAS, TROBS (Treveris obsignatum) et TRMS (Trevirensis
monetœ signum). V. Banduri, Numismata Imperatorum Romanorum, t. II,
p. 549 ; Eckhell, Doctrina num. vet., t. VIII, p. 177 ; Mionnet, Médailles
de l'Empire, t. II, p. 554 et 555.
[26]
V. Orose, ibid., lib. VII, c. 42 ; Jornandès, De rebus Geticis,
c. 32.
[27]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. II, c. 9 ; Du Bos, ibid., t. I,
p. 555.
[28]
V. Eckhell, ibid., p. 178 ; Mionnet, ibid., p. 555.
[29]
V. Hist. Franc., lib. II, c. 9 ; Du Bos, ibid., p. 352-355.
[30]
V. la chronique de Prosper d'Aquitaine, à l'année 413.
[31]
V. Grégoire de Tours, ibid.
[32]
V. Gregorii Turonensis Historia Francorum epitomata, c. 9.
[33]
V. la chronique d'Idace, à l'année 421.
[34]
V. Vita sancti Germani, Autissiodorensis episcopi, dans les
Bollandistes, au 31 juillet.
[35]
V. Gesta regum Francorum, c. 19, dans Du Chesne, t. I, p. 706. V. aussi
les documents carlovingiens cités par Valois, Notitia Galliarum, p. 52.
[36]
V. Carmen 12.
[37]
V. la chronique d'Idace, à l'année 423.
[38]
V. Panegyricus Avili, v. 230 et suiv.
[39]
Une nouvelle tentative qu'ils firent, quelques années après, pour s'étendre
dans la Belgica Prima fut facilement repoussée par Aetius.
[40]
V. Du Bos, ibid., t. I, p. 421 et 423 ; M. de Pétigny, ibid., t.
II, p. 16. Aetius contraignit aussi, mais par la voie des armes, Clodion roi
des Saliens à abandonner plusieurs cantons de la Belgica Secunda, qu'il
avait occupés, et à se retirer dans les pays voisins des bouches du Rhin, de la
Meuse et de l'Escaut, pays qui avaient été assignés à sa tribu. Nous nous
bornons à indiquer ce fait, qui n'appartient point à notre sujet. V. les chroniques
d'Idace, de Prosper et de Cassiodore, à l'année 428.
[41]
V. Du Bos, ibid., p. 390 et 391.
[42]
On trouve une description semblable dans le livre III du traité de Cruce
adressé à l'empereur Henri V par Berengozus, abbé de Saint-Maximin, et, comme
nous l'avons dit, on a découvert à Trèves, dans le voisinage de la cathédrale,
une mosaïque admirablement conservée, et qui pourrait bien être celle dont
parlent l'auteur anonyme et Berengozus. V. Journal des savants, année
1858, p. 85.
[43]
Elle a été démolie en 1802, et on a dernièrement retrouvé ses fondations qui
sont romaines. Elle est mentionnée dans le Gesta Trevirorum (c. 38) sous
le nom d'Ecclesia ad Palacium.
[44]
Voici ce titulus :
DN. PLACIDVS.
VALENTINIANVS. PIVS.
FELIX. AVG.
DEDICAVIT. ÆDES. SCI. AC.
BEATISSIMI.
MARTYRIS. LAVRENTIS.
V. M. le Blant, Inscriptions chrétiennes de la Gaule,
t. I, p. 268 et 269.
[45]
V. De gloria Martyrum, c. 62.
[46]
V. Salvien, De gubernatione Dei, lib. VII.
[47]
V. Héric, Miracula sancti Germani, passim, dans les Bollandistes,
au 31 juillet. Le souvenir du voyage de saint Germain dans la Première Belgique
y fut très vivace. Une abbaye, qui prit le nom de Saint-Germain-sur-Mense, fut
fondée, près de Savonnières, dans un lieu où le saint évêque avait opéré un
miracle. V. Héric, ibid., lib. I, c. 8. Dans un diplôme de l'année 874,
l'abbaye de Saint-Epvre de Toul est dite être sous l'invocation de saint
Germain d'Auxerre.
[48]
On trouve aussi les formes Troja Francorum et Troja minor, et on
a fait observer que ce nom avait peut-être contribué à la naissance de la fable
qui faisait descendre les Francs des Troyens. V. Mémoire sur les
établissements romains du Rhin et du Danube, par M. de Ring, t. II, p. 12
et 13.
[49]
V. Hist. Franc., lib. II, c. 9.
[50]
V. Gregorii Turonensis Historia Francorum epitomata, c. 9.
[51]
V. Gregorii Turonensis Historia Francorum epitomata, c. 9.
[52]
V. Commentarii de rebus Franciœ Orientalis, t. I, p. 28 et 29.
[53]
Faramond n'est mentionné que par des documents de l'époque carlovingienne ;
cependant son existence ne peut guère être contestée.
[54]
Ce fut alors, sans doute, qu'il fixa sa résidence dans le vicus de Dispargum
(Duysborch), qui faisait partie de la civitas des Tungri (in
termino Thoringorum). V. Grégoire de Tours, ibid., lib. II, c. 9.
[55]
V. les extraits des ambassades de Priscus, dans Bouquet, t. I, p. 607 et 608.
[56]
Grégoire de Tours (ibid.) ne dit pas, en effet, que Mérovée fût le fils
de Clodion, comme on le croit assez généralement, mais qu'il était de la même
famille : De hujus (Chlogionis) stirpe quidam Merovechum regem fuisse
adserunt. V. aussi, dans Du Chesne, t. I, p. 793, une généalogie des
premiers rois francs tirée d'un manuscrit contenant le texte de plusieurs
conciles.
[57]
V. les dissertations que l'abbé de Vertot et Foncemagne ont publiées dans les Mémoires
de l'académie des inscriptions, 1re série, t. IV, p. 672-704, t. VI, p.
680-727, t. VIII, p. 464-475.
[58]
Dans les extraits cités plus haut.
[59]
V. les extraits de Priscus, ibid.
[60]
V. Histoire des Français, t. I, p. 113 et 114.
[61]
V. les notes III et IV, à la fin du volume.
[62]
V. Revue numismatique, année 1837, p. 326.
[63]
V. Commentarii de rebus Franciœ Orientalis, t. I, p. 28 et 29.
[64]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. II, c. 40.
[65]
V. ibid., c. 5 ; v. aussi Paul Diacre, Historia episcoporum Metensium,
dans Calmet, Hist. de Lorr., 1re édit., t. I, preuv., col. 55.
[66]
V. les chroniques d'Idace et d'Isidore, à l'année 450.
[67]
V. Sidoine Appollinaire, Panegyricus Aviti, v. 25 et 26.
[68]
V. Sidoine Appollinaire, Panegyricus Aviti, v. 22.
[69]
C'est alors que fut détruit le vicus que l'on désigne aujourd'hui sous
le nom de Dalheim (dans le Luxembourg), car on n'y découvre pas de monnaies
postérieures au règne de Valentinien III. V. Publications de la société pour
la recherche et la conservation des monuments historiques du grand-duché de
Luxembourg, t. VII, p. 144-166, t. IX, p. 100-119, t. XI, p. 12-14.
[70]
Ce pillage est le quatrième que la ville de Trèves eut à subir.
[71]
V. Hist. Franc., lib. II, c. 6.
[72]
V. Historia episcoporum Metensium, dans Calmet, ibid., t. I,
preuv., col. 55 et 56.
[73]
On peut soutenir, il est vrai, et nous essaierons même de prouver plus loin que
l'architecture demeura sous les Mérovingiens ce qu'elle était vers la fin de la
période gallo-romaine ; mais on a de graves raisons pour croire que le palais
de Metz est antérieur au Ve siècle. V., à l'appui de ce que nous avons dit dans
le texte, 1° le dessin donné par Chastillon sous le titre de Ruines romaines
de l'abbaye Sainte-Marie de Metz, et représentant des tours de construction
romaine qui existaient près de l'abreuvoir Saint-Jean ; 2° l'Hist. de Metz
par deux bénédictins, t. I, pl. XXVI. Ce qui démontre aussi que la ville ne fut
pas complètement ruinée, c'est qu'une de ses rues porte encore le nom de rue
Mazette, lequel doit remonter à l'antiquité la plus reculée ; car on y a
récemment découvert les ruines de l'ancienne boucherie (macellum), d'où
est venue la dénomination actuelle. V. Bulletin de la société d'archéol. et
d'hist. de la Moselle, 1858, p. 21-24.
[74]
V. De rebus Geticis, c. 36.
[75]
V. v. 24 et 25.
[76]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. III, c. 7. L'historien, qui rappelle
ces cruautés à l'occasion de la guerre que Thierry Ier entreprit contre les
Thuringiens, ne dit pas à quelle époque elles eurent lieu ; mais plusieurs
écrivains modernes, et notamment M. Am. Thierry (Histoire d'Attila et de ses
successeurs, t. I, p. 146), n'hésitent pas à leur assigner pour date,
l'année 451.
[77]
V. De rebus Geticis, c. 36.
[78]
Grégoire de Tours (ibid., lib. II, c. 7) dit qu'Aetius, craignant, sans
doute, de voir les Francs mettre leurs services à un trop haut prix, les
congédia immédiatement après la bataille.
[79]
V. Grégoire de Tours, ibid. ; la chronique d'Idace, à l'an 451 ;
Salvien, de gubernatione Dei, lib. VII.
[80]
Les églises de Metz et de Strasbourg ont toujours fixé au 7 des calendes de
décembre, c'est-à-dire au 25 novembre, le martyre de saint Livier. Une des
églises paroissiales de Metz était consacrée sous le vocable de ce saint, qui
avait aussi un autel dans l'abbaye de Saint-Maur à Verdun. V. M. Clouet, Hist.
ecclésiastique de la province de Trèves, t. I, p. 160 et 161.
[81]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. II, c. 11 ; v. aussi les extraits des
ambassades de Priscus, dans Bouquet, t. I, p. 608.
[82]
On ne doit cependant pas admettre, comme M. de Pétigny, qui se fonde sur un
passage de Grégoire de Tours (Revue numismatique, 1837, p. 328),
qu'Ægidius ait pris le titre de roi des Romains. A cette époque, ainsi que
précédemment, les grands officiers de l'Empire méprisaient le titre de roi.
[83]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. II, c. 11.
[84]
V. Grégoire de Tours, ibid., c. 12 ; Du Bos, ibid., t. II, p.
283-286. Frédégaire rapporte (Gregorii Turonensis Historia Francorum
epitomata, c. 7) que le roi des Saliens était allé à Constantinople
réclamer la protection de l'empereur d'Orient, et il ne serait pas impossible
que Marcien, qui régnait alors, eût engagé Agidius à ne pas mettre obstacle au
retour de Childéric.
[85]
V. Gregorii Turonensis Historia Francorum epitomata, c. 11 et 12.
[86]
De gestis Francorum, lib. I, n° 2.
[87]
V. Bertholet, Hist. du duché de Luxembourg, t. I, p. 277, t. II, p. 143.
[88]
Le territoire de la ville de Bar était compris dans la civitas de Toul,
qui n'était pas occupée par des barbares fédérés. Au reste, Bar existait déjà
pendant le IVe siècle ; on y a découvert des antiquités gallo-romaines, et M.
d'Arbois de Jubainville a démontré (Bibliothèque de l'école des chartes,
4e série, t. IV, p. 557 et suiv.) que ce vicus était la capitale d'un
des pagi Barrenses mentionnés dans les partages carlovingiens. Mais on
n'en peut conclure que ce soit le lieu désigné sous le nom de castrum Barrum
car l'auteur du Chronicon monasterii Sancti-Michaëlis (dans Mabillon, Vetera
analecta, t. II, p. 387) prétend que le château de Bar a été fondé, en 959,
par Frédéric duc bénéficiaire de Lorraine. Il est donc difficile d'attribuer à
la ville de Bar le triens portant la légende CASTRO BARRO et le nom du monétaire MARIVCFOS. V. Revue
numismatique, t. XVI, p. 252 et pl. XIV.
[89]
V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. II, c. 41 et 42.
[90]
V. ibid., t. II, p. 242 et 243.
[91]
Ce manuscrit, qui est coté 4628 A, a été décrit avec soin et analysé par M.
Guérard dans les Notices et extraits des manuscrits de la bibliothèque du
roi, t. XIII, 2e partie. V. aussi, dans Du Chesne, t. I, p. 793, une
généalogie des premiers rois Francs tirée d'un ancien manuscrit de la Loi
Salique.
[92]
V. Sidoine Apollinaire, Panegyricus Aviti, v. 390 et 391.
[93]
V. Gesta regum Francorum, c. 8. Nous ne nous arrêterons pas à redresser
ici une erreur de Frédégaire (Gregorii Tur. Hist. Franc. epitomata, c.
7), d'après lequel les Ripuaires se seraient emparés de Trêves à la suite d'un
attentat commis par l'empereur Avitus contre la femme d'un sénateur de cette
ville. La fausseté de ce récit est démontrée depuis longtemps.
[94]
V. Etudes sur l'époque Mérovingienne, t. II, p. 198, 199 et 201.
[95]
V. lib. XV, n° 5.
[96]
V. M. de Pétigny, ibid., t. II, p. 201, 349 et 370.
[97]
V. notamment Du Dos, ibid., t. II, p 464 et suiv.
[98]
V. une épître (en vers) de saint Auspice, évêque de Toul, à Arbogast, comes
Treverorum, dans Du Chesne, t. I, p. 864 et 865.
[99]
Épître de saint Auspice, dans Du Chesne, t. I, p. 864 et 865.
[100]
V. Epistolœ, lib. IV, 17.
[101]
Maxime tunc... geminœ... Germaniœ urbes ab hac tempestate depopulatæ sunt.
Hist Franc., lib. II, c. 25. Ruinart prétend, à la vérité, qu'il faut
lire geminœ Aquitaniœ ; mais on ne doit pas sans nécessité corriger le
texte des auteurs anciens, et tous les manuscrits de Grégoire de Tours portent geminœ
Germaniœ.
[102]
V. Epistolœ, lib. VIII, 3.
[103]
V. ibid., lib. IV, 20. On ne doit pas être surpris en voyant Sidoine
Apollinaire parler dans cette lettre d'un évènement, selon nous, postérieur à
celui qui est rapporté dans la 3e épître du livre VIII ; car aucun ordre n'a
été suivi dans l'arrangement des lettres de cet écrivain.
[104]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. II, c. 40.
[105]
V. Eckhard, Commentarii de rebus Franciœ Orientalis, t. I, p. 28 et 29.
[106]
Les noms de Dagomares, Gundomeres et Gundobert appartenaient à trois
monétaires. V. la liste des monétaires publiée dans la table de la Revue
numismatique, n° 450, 725 et 1145.
[107]
V. notamment Hist. Franc., lib. II, c. 40, lib. IV, c. 5.
[108]
C'est le roi d'Austrasie que nous appellerons plus loin Sigisbert II. V. ce
testament à la suite des œuvres de Grégoire de Tours, édit. Ruinart, col. 1308
et 1309.
[109]
V. cette lettre, dans Du Chesne, t. I, p. 886.
[110]
V. les extraits de Ménandre, ibid., p. 248.
[111]
V. Du Bos, ibid., t. II, p. 457 et 458, t. IV, p. 326, 334 et 335.
[112]
V. Hist. Franc., lib. II, c. 11.
[113]
V. cette circulaire, dans Du Chesne, t. I, p. 836.
[114]
V. Raynouard, Histoire du droit municipal en France, t. I, p. 256 et
suiv. ; Guérard, De la formation de l'état social, politique et
administratif de la France, dans la Bibliothèque de l'école des chartes,
3e série, t. II, p. 2.
[115]
V. les extraits de Malchus, dans la collection de Constantin
Porphyrogénète, édit. du Louvre, p. 93 et 94.
[116]
V. Sismondi, Histoire des Français, t. I, p. 164.
[117]
V. M. de Pétigny, ibid., t. II, p. 279 et 280.
[118]
V. Vita sancti Joannis, abbatis Reomaensis, n° 2, dans Mabillon, Acta
sanctorum ordinis sancti Benedicti, sæc. I.
[119]
V. les fastes consulaires, dans l'Art de vérifier les dates.
[120]
V. ibid., t. III, p. 7.
[121]
V. Hist. Franc., lib. II, c. 27.
[122]
V. Histoire critique de l'établissement de la monarchie, t. III, p. 8 et
9.
[123]
V. Gildas, De excidio Britannia, c. 25 ; Nennius, c. 1.
[124]
V. Hist. crit., t. II, p. 457-459.
[125]
Schœpflin se trompe lorsqu'il affirme (V. Alsatia illustrata, t. I, p.
621) que la langue et les mœurs de la Germanie ont été implantées en Alsace par
les Alamanni ; car ce pays était habité depuis des siècles par un peuple de
race germanique.
[126]
V. Ozanam, La civilisation chrétienne chez les Francs, p. 43.
[127]
Nous transcrivons ces noms comme le Géographe de Ravenne, c'est-à-dire de la
manière la plus fautive. Il aurait fallu écrire Lingones, Vesuntio, Nasium,
Epomanduodurum, etc.
[128]
C'était un vicus situé au midi de Besançon. Il est mentionné dans les Chronica
Sancti-Benigni Divionensis.
[129]
V. Gallia ab Anonymo Ravennate descripta, par M. Alf. Jacobs, p. 20 et
suiv.
[130]
V. Vita (antiguissima) sancti Lupi, c. 10, dans les Bollandistes, au 29
juillet.
[131]
V. M. de Pétigny, ibid., t. II, p. 232 et 233.
[132]
C'était encore le roi Giboldus, dont il est parlé dans la Vita sancti
Severini, c. 6. (V. les Bollandistes, au 8 janvier) ; mais l'auteur de la Vita
sancti Lupi le nomme Gebandus (forme qui s'éloigne peu de la précédente).
[133]
V. Hist. Franc., lib. II, c. 19.
[134]
V. Hist. Franc., lib. II, c. 18.
[135]
On a trouvé dans le tombeau de Childéric différents objets dont les antiquaires
n'ont pu jusqu'à présent expliquer la destination, et qui doivent avoir été
fixés sur l'ornement militaire dont nous parlons. V. Le tombeau de Childéric
Ier, roi des Francs, par M. l'abbé Cochet, p. 216, 295 et 438. Quant à
l'espèce de réseau sur lequel ces objets étaient attachés, on n'a pu le
retrouver, car il était en cuir, et l'humidité l'avait détruit depuis
longtemps. Il est bon d'observer que le mot phaleramenta était encore
employé, avec le sens d'ornements, à la fin du VIIe siècle. Nous en pourrions
citer plusieurs exemples.
[136]
V. cette lettre, dans Du Chesne, t. I, p. 849.
[137]
V. Du Bos, ibid., t. II, p. 477 et suiv.
[138]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. II, c. 27.
[139]
On peut recourir à ce que nous avons dit plus haut à ce sujet, et y ajouter que
Frédégaire, en parlant (Chronicon, c. 37) de la Thoringia trans
Rhenum, fait entendre qu'il y avait en-deçà du Rhin un pays qui était
quelquefois désigné par le même nom.
[140]
V. Epist. 41, et la note de Sirmond sur le passage cité.
[141]
V. Gesta regum Francorum, dans Du Chesne, t. I, p. 701.
[142]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. II, c. 30.
[143]
V. ibid., lib. III, c. 8.
[144]
V. ibid., lib. II, c. 37.
[145]
V. les notes du P. Renschenius sur la Vita sancti Vedasti, dans les
Bollandistes, t. Ier de février, p. 796 ; La Gale, Histoire d'Alsace,
1er part., p. 41-45 et 194 ; Bertholet, Histoire du duché de Luxembourg,
t. I, p. 283 ; Barre, Histoire générale d'Allemagne, t. I, p. 11 ;
Grandidier, Histoire de l'église de Strasbourg,
t. I, p. 154. V. aussi l'Art de vérifier les dates, t. I, p. 532, et Mémoire
sur la bataille dite de Tolbiac et le lieu où elle s'est livrée, par M.
Revenez.
[146]
Cap. I, n° 6, dans les Bollandistes, au 6 février.
[147]
V. Vita sancti Vedasti, ibid.
[148]
V. Schœpflin, Alsatia illustrata, t. I, p. 431.
[149]
V. Vita et passio sancti Placidi, martyris, dans Mabillon, Acta
sanctorum ordinis sancti Benedicti, sæc. I.
[150]
V. Cassiodore, Epistolœ, lib. IV, 1.
[151]
V. idem, ibid., lib. III, 16, 17, 40 et 42.
[152]
V. idem, ibid., lib. II, 41.
[153]
V. idem, ibid., lib. III, 3.
[154]
V. Gesta regum Francorum, dans Du Chesne, t. I, p. 701.
[155]
V., dans Trebellius Pollio, Triginta Tyranni, c. III, une lettre
adressée aux Gaulois par lempereur Valérien. On y lit la phrase suivante : Trans.
Rhenani limitis ducem et Gallia prœsidem Posthumium fecimus.
[156]
V. Alsatia illustrata, t. I, p. 621.
[157]
V. Vita sancti Vedasti, Atrebatensis episcopi, dans les Bollandistes, au
6 février.
[158]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. II, c. 31.
[159]
V. sa lettre, dans Marlot, Metropolis Remensis Historia, t. I, p. 152,
et dans Bouquet, t. IV, p. 50.
[160]
V. Sancti Avili Epistolœ, 95.
[161]
Liv. I, c. 12.
[162]
V. ibid., lib. II, c. 52.
[163]
V. Vita sancti Maximini, abbatis Miciacensis, n° 5, dans Mabillon, Acta
sanctorum ordinis sancti Benedicti, sæc. 1.
[164]
V. Recherches sur la ville de Lambèse, par MM. de la Mare et L. Renier,
dans les Mém. de la soc. des antiquaires de France, t. XXI, p. 1 et
suiv.
[165]
V. Guerre des Goths, liv. I, c. 12.
[166]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. II, c. 23.
[167]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. II, c. 27.
[168]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. X, c. 31, lib. II, c. 36.
[169]
V. Gallia Christiana, t. I, col. 1285 et 1286.
[170]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. X, c. 31.
[171]
V. Marlot, ibid., t. I, p. 194-196 ; M. de Pétigny, ibid., t. II,
p. 564.
[172]
V. Fragmentum vitœ sancti Amalfi, dans Du Chesne, t. I, p. 533 ; v.
aussi Hist. ecclés. de la province de Trèves, par M. Clouet, t. I, p.
204.
[173]
Hist. Franc., lib. II, c. 36.
[174]
V. Rob. Estienne, Thesaurus linguœ latinœ ; Facciolati, Totius
latinitatis lexicon, et le Glossaire de Du Cange, au mot subjugare.
[175]
V. Pardessus, Diplomata, t. I, p. 30-32.
[176]
V. Cassiodore, Epistolœ, lib. III, 16.
[177]
V. Procope, Guerre des Goths, liv. I, c. 12 ; Du Bos, Hist. crit.,
t, III, p. 223 et suiv.
[178]
Hist. Franc., lib. II, c. 27.
[179]
Enfin, on peut encore rappeler ici un diplôme de l'année 734, célèbre dans
l'histoire d'Espagne, et où les mots bonum juzgum (lisez jugum)
sont employés pour signifier une soumission, une tranquillité parfaite.
V. Raynouard, Histoire du droit municipal en France, t. II, p. 4 et 5.
[180]
V. Epist. 95.
[181]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. II, c. 36.
[182]
Elle est imprimée dans Du Chesne, t. I, p. 836.
[183]
V. Savigny, Histoire du droit romain au moyen-âge, trad. franç., t. I,
p. 207 et 208.
[184]
Gondebaud fut obligé de lui céder, en effet, le territoire qui avoisinait du
côté du midi la Belgica Prima et la Germania Prima. Il lui abandonna notamment
la civitas des Rauraci, dont le chef-lieu était alors Basilea
(Bâle), qui avait remplacé la ville d'Augusta Rauracorum, détruite par
les Barbares.
[185]
La présence du contingent bourguignon dans l'armée de Clovis est attestée par
les biographes de saint Césaire, métropolitain d'Arles. V. Vita sancti
Cœsarii, dans les Bollandistes, au 27 août. Cette vie a été écrite par
trois disciples du saint prélat.
[186]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. II, c. 37.
[187]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. II, c. 37.
[188]
V. Jornandès, De rebus Geticis, c. 58.
[189]
V. Vita sancti Cœsarii, dans les Bollandistes, au 27 août.
[190]
V. Vita sancti Cœsarii, dans les Bollandistes, au 27 août.
[191]
V. Du Bos, ibid., t. III, p. 363 et 364.
[192]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. II, c. 38.
[193]
V. notamment Valois, Rerum Francic., lib. VI ; v. aussi Revue
numismatique, année 1853, p. 129-132.
[194]
V. De Kœhler, Antiquités du Bosphore, p. 109-113.
[195]
V. l'édition du Louvre, p. 144.
[196]
V. Epistolœ, lib. VI, 2.
[197]
V. Epistolœ, lib. VI, 2.
[198]
V. Code Théodosien, lib. VI, tit. IV, c. 23, et tit. XXII.
[199]
C'est dans cette ville qu'il voulut prendre possession de sa nouvelle dignité.
[200]
V. notamment Procope, Guerre des Goths, liv. I, c. 5.
[201]
Hist. Franc., lib. II, c. 38.
[202]
V. Jornandès, De rebus Geticis, c. 57.
[203]
V. Jornandès, De rebus Geticis, c. 57.
[204]
V. l'édition de M. Pardessus, p. 345.
[205]
On voit, en parcourant le recueil des Diplomata, que d'autres
personnages que les rois se décorèrent aussi, pendant la période mérovingienne,
du titre d'homme illustre ; mais les éditeurs du recueil ont fait observer,
avec raison, que ces deux mots sont alors transposés, et qu'un roi se qualifie vir
inluster, et un seigneur inluster vir.
[206]
V. deux lettres du pape Anastase II et de saint Remi dans Marlot, ibid.,
t. I, p. 152, 161 et 162.
[207]
V. ibid., lib. II, c. 38.
[208]
V. ibid., lib. II, c. 38.
[209]
V. Fortunat, Vita sancti Germani, episcopi urbis Parisiacœ, dans
Mabillon, Acta ss., sæc. I.
[210]
V. Vita sancti Fridolini, abbatis, n° 30, dans les Bollandistes, au 6
mars. Ce petit écrit a été composé seulement au IXe siècle, mais probablement
d'après une vie plus ancienne.
[211]
V. Sancti Aviti Epistolœ, 43, 83 et 84.
[212]
V. Procope, Guerre des Vandales, liv. I ; Victor de Vite, lib. I, n° 4.
[213]
Grégoire de Tours ne dit rien au sujet de la situation du petit royaume de
Chararicus, mais les savants estiment qu'il comprenait tout ou partie de la civitas
des Marini. V. notamment Malebranque, De Morinis et Morinorurn rebus, t.
I.
[214]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. II, c. 41 et 42.
[215]
Il devait avoir, en effet, soixante-cinq ans environ.
[216]
V. Grégoire de Tours, ibid., lib. II, c. 40.
[217]
A la même époque, Théodoric administrait les deux royaumes des Ostrogoths et
des Wisigoths, qui furent de nouveau séparés après sa mort.
[218]
V. la note. V, à la fin du volume.
[219]
V. ibid., t. III, p. 379.
[220]
V. Vita sancti Maximini, n° 8 et 10, dans Mabillon, Acta ss.,
sæc. I.
[221]
V. Vita sancti Maximini, n° 5, dans Mabillon, Acta ss., sæc. I.
[222]
V. Vita (altera) sancti Maximini, n° 4, dans Mabillon, ibid.
[223]
V. Vita (altera) sancti Maximini, n° 5, dans Mabillon, ibid.
[224]
Clovis lui accorda aussi deux autres domaines nommés Cambiacus et Litimiacus.
V. Vita (altera) sancti Maximini, n° 7.
[225]
V. Vita (altera) sancti Maximini, n° 7 ; M. Clouet, Hist.
ecclésiastique de la province de Trèves, t. I, p. 194 et suiv.
[226]
V. Sismondi, Histoire des Français, t. I, p. 196.
[227]
V. Sismondi, Histoire des Français, t. I, p. 202.
[228]
V. Sidoine Apollinaire, Epistolœ, lib. VI, 4.
[229]
V. M. Clouet, Hist. ecclésiastique de la province de Trèves, t. I, p.
193.
[230]
V. Hist. Franc., lib. II, c. 24. Ce qui nous porterait à admettre que la
tradition dont il s'agit n'est pas absolument dépourvue de vérité, c'est qu'il
existait à Verdun une famille Avita, probablement parente de celle d'Auvergne,
et avec laquelle Ecdicius pouvait entretenir des relations. Le martyrologe de
la cathédrale de Verdun mentionne au 75 des calendes de juillet (17 juin),
saint Avitus, prêtre et confesseur, mort à Orléans, mais fils d'une femme de
Verdun : XVe Kal. julii, Aurelianis, sancti Aviti presbyteri et confessoris,
matre Virdunensi nati ; et on conjecture que cette femme était une de
celles qui suivirent saint Euspice à Orléans. C'est également à un membre de la
même famille que parait avoir été destinée une inscription funéraire découverte
en Lorraine, et qu'il est inutile de transcrire.
[231]
V. Hist. Franc., lib. II, c. 5.
[232]
V. Vita sancti Patricii, auctore Jocelino, dans les Bollandistes, au 17
mars.
[233]
V. Vita sanctœ Genovefœ, virginis, c. 6, dans les Bollandistes, au 3
janvier.
[234]
V. De sexto consulatu Honorii, v. 43 et suiv.
[235]
V. Zosime, liv. V ; Sozomène, Histoire ecclésiastique, liv. IX, c. 6.
[236]
V. Descriptio urbis Romœ, quæ, aliquando desolata, nunc gloriosior piissimo
imperatore est restaurata, in certo auctore qui vixit sub Honorio vel
Valentinien III.
[237]
V. Laterculus seu index dierum fastorum.
[238]
V. Ozanam, La civilisation au cinquième siècle, t. I, p. 106, 107 et
143.
[239]
V. lib. XVI, tit. X,
c. 20.
[240]
V. Vita sancti Pauli, Virdunensis episcopi, dans Mabillon, Acta ss.,
sæc. II.
[241]
V. le colloque tenu entre les évêques catholiques et ariens, en présence de
Gondebaud roi des Bourguignons, à la suite du Grégoire de Tours de Ruinart,
col. 1322.
[242]
V. Vita sancti Germani, Autissiodorensis episcopi, lib. II, c. 1, dans
les Bollandistes, au 31 juillet ; Vita sancti Lupi, episcopi Trecensis,
auctore coœtaneo, dans le même recueil, au 29 juillet.
[243]
V. Socrate, Histoire ecclésiastique, liv. VII, c. 30.
[244]
V. Vita sancti Severini, c. 6, dans les Bollandistes, au 8 janvier.
[245]
V. Code Justinien, lib. III, tit. XII, c. 11.
[246]
V. Gori, Thesaurus veterum diptychorum, t. I, p. 219, et planche VII.
[247]
V. Code Justinien, lib. I, tit. IV, c. 34 ; v. aussi Théophane, Chronographie, édit. du
Louvre, p. 125.
[248]
V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. II, c. 25.
[249]
V. Epistolœ, lib. IV, 17.
[250]
Il est permis de voir dans les mots omnibus primus une reconnaissance de
la primatie de Trèves.
[251]
V. Epistola ad Arbogastem comitem, dans Du Chesne, t. I, p. 865.
[252]
V. Fragmentum translationis sancti Auctoris, episcopi Mettensis, dans
Pertz, Monumenta Germaniœ historica, Scriptores, t. XII, p. 315 et 316.
[253]
Ces mots ont été conservés dans la liturgie verdunoise jusqu'à la fin du XVIIe
siècle. V. M. Clouet, ibid., t. I, p. 176 et suiv.
[254]
Par alliance.
[255]
V. Marlot, ibid., t. I, p. 172 et 173.
[256]
Pour les civitates des Nervii, des Atrebates et des Marini.
V. le Gallia Christiana.
[257]
V. M. de Pétigny, ibid., t. II, p. 271-272, 279-280.
[258]
V. Du Bos, ibid., t. 1, p. 21-23 ; M. de Pétigny, ibid., p.
318-319.
[259]
Annales Sancti-Maximini, lib. II, dans Bertholet, Hist. du duché de
Luxembourg, t. I, p. 276.
[260]
V. Mabillon, Annales Benedictini, t. I, p. 47.
[261]
V. Marlot, ibid., t. I, p. 197 et suiv.
[262]
V. M. Clouet, ibid., t. I, p. 206 et 207.
[263]
V. Gennade, Viri illustres, c. 61 ; Cassien, p. 2, 300, 556 et 559.
[264]
V. Cassien, p. 1, 297, 553 et 721.
[265]
V. Sidoine Apollinaire, Epistolœ, lib. VII, 17.
[266]
V. Baillet, Vies des saints, t. I, p. 217 ; Histoire littéraire de la
France, t. II, p. 35-37, 215 et 217.
[267]
V. Vita sancti Germani, Autissiodorensis episcopi, auctore Constantio,
n° 37, dans les Bollandistes, au 31 juillet.
[268]
V. Sidoine Apollinaire, Epist., lib. IV, 1 ; lib. V, 5 ; lib. IX, 13 ;
Claudianus Mamertus, Ad Sapaudum, dans Baluze, Miscellanea, t.
VI, p. 536-558.
[269]
V. Vita sancti Lupi, episcopi Trecensis, auctore coœlaneo, dans les
Bollandistes, au 29 juillet.
[270]
V. Sidoine Apollinaire, Epist., lib. IX, 7 ; Grégoire de Tours, Hist.
Franc., lib. II, c. 31. Ce dernier écrivain, en parlant de saint Remi,
s'exprime ainsi : egreqiœ scientiœ, et rhetoricis adprime imbulus
disciplinis. Il ne nous reste malheureusement que quatre lettres et le
testament du métropolitain de Reims ; tous ses ouvrages ont péri.
[271]
V. Dom Calmet, Bibliothèque lorraine, col. VIII, 68, 357-358 et 603.
[272]
V. cette lettre, dans Sirmond, Concilia antiqua Galliœ, t. I, p. 205, ou
dans Du Chesne, t. I, p. 850-851.
[273]
V. t. II, p. 40 et 41.
[274]
V. Epistolœ, lib. IX, 17.
[275]
V. t. II, p. 3.
[276]
V. Histoire littéraire de la France, t. III p. 517 et suiv.
[277]
V. Vita sancti Lupi, episcopi Trecensis, dans les Bollandistes, au 29
juillet ; v. aussi Hist. litt. de la France, t. II, p. 486 et suiv.
[278]
V. Sidoine Apollinaire, Epistolœ, lib. IV, 17, lib. VII, 10 ; v. aussi
un petit poème de saint Auspice, dans Du Chesne, t. I, p. 864 et 865.
[279]
V. Sidoine Apollinaire, Epistolœ, lib. II, 10, lib. V, 8.
[280]
La 8e du livre V.
[281]
V. Sidoine Apollinaire, Epistolœ, lib. IV, 17, et le petit poème de
saint Auspice cité dans une des notes précédentes. Quelques savants (v. Hist.
litt. de la France, t. II, p. 547-549) ont même conjecturé que l'évêque de
Chartres nommé Arbogast, qui siégea vers la fin du Ve siècle, est le même
personnage que le comte de Trèves.
[282]
V. notamment M. de Pétigny, ibid., t. II, p. 567.
[283]
L'une d'elles fut bâtie sur la demande de Marcellus préfet du prétoire des
Gaules.
[284]
V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. II, c. 14-17.
[285]
V. Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. II, c. 14, 16-17.
[286]
Ce monument est décrit d'après un plan qui se trouve dans la Chronique de
Kœnigshofen (p. 214 du manuscrit, et p. 548 de l'édition de Schilter) et
dans Schadée (Münfter Buchlein, p. 6). Les deux auteurs l'ont tiré d'un
recueil de l'architecte Specklein, qui assure lui-même l'avoir reproduit
d'après un dessin fort ancien. Le lecteur jugera du degré de confiance qu'il
mérite ; rien, du reste, ne s'oppose à ce que l'on admette des indications
conformes à ce qu'on sait de l'architecture religieuse des Ve et VIe siècle, et
nous pouvons ajouter que les dispositions actuelles de la cathédrale de
Strasbourg et des bâtiments voisins se rapprochent assez de l'ancien plan
conservé par Specklein.