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Les
écrivains qui ont tracé l'histoire de la Gaule pendant les IIIe et IVe
siècles de notre ère ont tous raconté les incursions entreprises par les
Germains, et les ravages dont elles furent accompagnées. On ne trouvera donc
pas ici la répétition de ces monotones et affligeants récits du pillage des
villes, de la dévastation des campagnes, ni la copie de tant de
considérations et de réflexions sur la décadence de l'agriculture, sur
l'interruption des relations sociales, sur la ruine de l'industrie et du commerce.
Nous supposons le lecteur suffisamment instruit à cet égard, et nous prenons
la Gaule, ou pour mieux dire la partie nord-est de cette contrée, telle qu'elle
se trouvait immédiatement après la mort du Grand Théodose. Lorsque
ce prince, débarrassé de tous ses compétiteurs, fut enfin maitre absolu et
incontesté de l'Empire, il y eut dans le monde un moment de repos : les
ambitieux étaient découragés et ne songeaient plus à troubler l'Etat ; les
Barbares, vaincus, respectaient les frontières ; beaucoup d'entr'eux,
d'ailleurs, ayant été accueillis sur le territoire romain, y avaient trouvé
une seconde patrie, et Théodose, au moment où la mort lui ferma les yeux, put
croire que ses deux fils allaient régner en paix. Le principe de la
légitimité, d'abord presqu'inconnu, avait acquis une certaine force depuis
Constantin, et le pouvoir des usurpateurs devenait tout-à-fait éphémère.
Après la mort du premier empereur chrétien, les légions avaient massacré son
neveu Delmatius, en jurant de n'obéir qu'aux fils de Constantin, et les
soldats de Valentinien Ier s'étaient hâtés de proclamer son fils Valentinien
II, qui avait seulement quatre ans, et se trouvait pour longtemps hors d'état
de les commander. Dans
les cités et dans les campagnes de la Gaule, on travaillait, avec activité, à
faire disparaître les traces des invasions, et, comme un des peuples barbares
établis sur le sol de l'Empire avait, ainsi que nous le verrons plus loin,
conservé un assez vaste territoire au-delà du Rhin, Claudien pouvait, sans
trop d'exagération, féliciter Stilicon, ministre d'Honorius, de faire régner
en Germanie une paix si profonde, que les Belges et les Gaulois conduisaient
en sûreté leurs troupeaux dans les pâturages voisins de l'Elbe. « Les
Saliens, qui n'avaient, ajoute-t-il, d'autre exercice que les combats,
commencent à cultiver la terre ; les Sicambres changent leurs épées en faux
et en instruments de labourage... On chasse librement dans la forêt
Hercynienne, et l'on peut sans danger abattre les bois que les Barbares
avaient consacrés à l'exercice de leur culte, et qu'ils regardaient comme des
divinités. Es chérissent, ils respectent leurs vainqueurs[1]. » Cet
heureux état de choses aurait pu se prolonger pendant un certain temps, si
Théodose avait laissé des fils dignes de lui. Mais Arcadius et Honorius
n'étaient pas capables de supporter le fardeau du gouvernement, et leurs
ministres n'étaient pas animés de vues pures et droites. Arcadius avait reçu
l'empire d'Orient, et Honorius l'empire d'Occident. Néanmoins, le monde
romain était toujours regardé comme un et indivisible. Chacune des deux
fractions qui le composaient, ou pour mieux dire chacun des deux partages, ne
jouissait pas d'une vie propre et distincte. La nécessité de répartir entre
deux ou plusieurs personnes la défense et l'administration de ce grand corps
avait seule engagé les empereurs à se donner des collègues, et comme il
fallait, pour maintenir l'unité, qu'il y eût quelque part une autorité
prépondérante, l'empereur d'Orient avait conservé une sorte de prééminence
sur celui d'Occident. Lorsqu'il n'y avait plus de souverain à Rome, ou, pour
s'exprimer plus exactement, à Ravenne, l'empereur de Constantinople devenait
à l'instant le maître des deux partages[2], et on a soutenu que l'empereur
d'Occident avait le même droit lorsque son collègue venait à mourir[3]. Quoiqu'il en soit de ce
dernier point, on ne peut nier que l'autorité de l'empereur d'Orient n'ait
été invoquée plusieurs fois par le sénat de Rome, et ce fut sur la demande
des Romains que le gouvernement de Constantinople leur donna successivement
pour maîtres Anthémius, Olybrius et Julius Népos. Les preuves de ce qui
précède surabondent dans les écrivains du temps, et on doit ajouter, pour
compléter la démonstration, que les ateliers monétaires des diverses
provinces de l'Empire frappaient des monnaies aux noms de tous les empereurs
légitimes, lors même qu'ils résidaient dans les contrées les plus éloignées
de ces ateliers, et qu'ils n'avaient sur eux aucune autorité directe. Les
empereurs d'Occident plaçaient souvent sur leurs monnaies le différent CONOB[4], et les usurpateurs eux-mêmes
employaient le même sigle, pour faire croire aux peuples qu'ils étaient
reconnus par le véritable maître de l'Empire[5]. Le
partage d'Occident était divisé en deux grandes préfectures, qui portaient
les noms de préfectures d'Italie et des Gaules. La dernière comprenait, outre
la Gaule, l'île de Bretagne, l'Espagne et la Mauritanie Tingitane, et le
préfet du prétoire chargé de la gouverner avait fixé sa résidence à Trèves,
quoique cette ville fût très-éloignée du centre de la préfecture, mais afin
d'être plus rapproché de la Germanie. La Gaule était administrée, sous
l'autorité du préfet, par un vicaire décoré du titre de spectabilis vir
et demeurant dans la ville d'Arles ; organisation bien vicieuse, si les
ordres émanant du préfet, et destinés aux gouverneurs des provinces
septentrionales, devaient passer par les bureaux du vicaire, c'est-à-dire
être portés dans le midi de la Gaule avant d'être remis aux fonctionnaires
qui habitaient les villes voisines du Rhin[6]. Un
nombreux cortège d'officiers de toute espèce entourait le préfet du prétoire.
Un des premiers, le premier peut-être, était un prœpositus thesaurorum,
placé sous la direction du comes sacrarum largitionum ou comte des
sacrées largesses, et dont l'arrondissement parait avoir compris les deux
Belgigues et les deux Germanies. Le procurator monetœ de Trèves
administrait un des trois ateliers monétaires établis dans la Gaule, et les
produits de cet atelier, encore assez communs, attestent son importance. Du magister
officiorum ou maitre des offices dépendaient les fonctionnaires qui
dirigeaient les fabriques d'armes. Trèves possédait deux de ces fabriques :
dans l'une on confectionnait des boucliers, dans l'autre on construisait des
machines de guerre. A Reims, il y avait une manufacture d'épées, et Argentoratum
(Strasbourg) avait une fabrique d'armes de
toute espèce. On voyait à Trêves, à Reims et à Metz des gynécées, ateliers où
des femmes esclaves étaient continuellement occupées à tisser les étoffes
destinées soit à l'usage des empereurs, soit à l'habillement des troupes.
Chacun de ces gynécées était dirigé par un procurator. D'autres
agents, qui portaient seulement le titre de prœpositi, administraient
des manufactures où des ouvriers, appelés brambaricarii[7], fabriquaient soit des
vêtements précieux[8], soit des armures damasquinées[9]. Deux de ces manufactures
étaient placées dans le nord-est de la Gaule : à Trèves et à Reims. Quant aux
fonctionnaires ou employés d'un rang inférieur, il serait difficile, et même
impossible de les énumérer tous[10]. Ces
agents appartenaient à l'administration centrale ; d'autres étaient préposés
à celle des provinces. On sait que la Gaule avait été divisée en dix-sept
provinces, dont chacune était régie, sous les ordres du vicaire, par un
gouverneur, qualifié soit consularis[11], soit prœses, d'après
l'importance du pays qui lui était confié. La partie nord-est de la Gaule,
devenue presque complètement romaine par la langue et par les mœurs, occupée
en tout temps par des troupes nombreuses et aguerries, et fournissant
elle-même aux armées impériales d'excellentes recrues, était, comme l'a fait
observer un écrivain moderne, une des forces principales de l'Empire. Aussi,
les gouverneurs des quatre provinces que l'on y avait créées portaient-ils le
titre de consularis, et ces quatre provinces, c'est-à-dire la Germania
Prima, la Germania Secunda, la Belgica Prima, la Belgica
Secunda, occupaient-elles les troisième, quatrième, cinquième et sixième
rangs dans le tableau des dix-sept provinces gauloises. L'énumération
détaillée de toutes les attributions qui appartenaient aux gouverneurs nous
entraînerait trop loin[12], et, d'ailleurs, elles ont
probablement varié avec les temps et les circonstances ; mais ce qui n'a pas
changé, c'est la subdivision de chaque province en un plus ou moins grand
nombre de districts, assez semblables aux départements actuels, et désignés
par le nom de cités (civitates). Ce nom était un souvenir et un
monument de leur origine. En effet, la plupart des districts appelés civitates
avaient les mêmes limites que les territoires des petits peuples gaulois. Chaque civitas
avait à sa tête un comes dépendant du prœses ou du consularis
qui gouvernait la province ; mais les attributions de ce comes ou
comte paraissent avoir eu fort peu d'étendue. Elles étaient purement civiles
et judiciaires, et encore il faut ajouter que la juridiction civile
appartenait presqu'entièrement à la curie, dont nous allons parler, et qu'en
matière administrative proprement dite, le cames était plutôt un surveillant
qu'un véritable fonctionnaire. Les Romains, obéissant à un principe de
gouvernement peu goûté dans les temps modernes, avaient donné un grand
développement au pouvoir municipal, et l'on peut dire sans exagération que
les cités s'administraient elles-mêmes. Malgré
les opinions contraires émises par les savants qui ont traité ces questions
délicates, on doit reconnaître que l'on voyait dans chaque civitas
deux corporations bien distinctes : un conseil et un pouvoir exécutif.
Savigny, qui reproche à Raynouard d'avoir commis une erreur grave en
confondant l'Italie et les provinces, prétend que les cités gauloises
n'étaient pas administrées, comme on l'avait cru, par des magistrats appelés duumviri,
et dont l'élection appartenait au conseil ou à la curie, et que cette
organisation n'avait été introduite que dans les villes jouissant du jus
italicum[13]. Une pareille distinction a
semblé plus subtile que fondée ; au IVe siècle, le jus italicum
n'était plus qu'un souvenir, et différentes inscriptions mentionnent des
duumviri gallo-romains[14]. Cependant, il y avait quatre
magistrats dans certaines cités, et ils portaient le titre de quatuorviri.
Leurs fonctions avaient quelque analogie avec celles des maires actuels ; ils
avaient de plus la juridiction contentieuse et la juridiction volontaire,
sauf l'appel devant le tribunal du comte. La juridiction criminelle leur
avait été enlevée depuis longtemps. Ils n'étaient nommés que pour un an, mais
ils étaient, sans doute, indéfiniment rééligibles[15]. On leur avait donné, pour les
assister dans l'exercice de leur ministère, des secrétaires ou greffiers, que
l'on appelait exceptores ; et plusieurs savants ont pensé qu'il
existait, au moins dans les cités les plus importantes, d'autres magistrats,
d'un ordre secondaire, employés, sous la direction des premiers, à quelque
branche de l'administration. Tels étaient les quatuorviri viarum
curandarum, mentionnés dans deux inscriptions, trouvées l'une à Scarponna
et l'autre dans les environs de Decempagi[16]. Le
conseil, dont les duumviri ou quatuorviri faisaient exécuter
les décisions, portait le nom d'ordo decurionum ou simplement d'ordo,
de curia et même de senatus[17], et ses membres étaient
désignés par les titres de decuriones[18], de curiales ou de senatores.
Il était présidé, non pas par un des magistrats, mais par le plus ancien des
curiales, lequel était décoré du titre de principalis et n'exerçait
toutefois aucune fonction active[19]. La
curie était, au reste, moins un conseil qu'une corporation ; car tous les
habitants de la cité qui possédaient plus de vingt-cinq jugera étaient
obligés de faire partie de la curie et ne pouvaient s'en dispenser que pour
des motifs graves[20]. Dans l'origine, on avait
recherché l'honneur d'y entrer ; c'était, en effet, le seul moyen de parvenir
aux honores, puisque tous les magistrats municipaux (duumviri,
quatuorviri et autres) étaient exclusivement choisis parmi les curiales et élus par les
curiales eux-mêmes, sur une liste dressée par les magistrats sortant
d'exercice, comme divers écrivains l'ont pensé, ou par le comte, représentant
de l'administration centrale[21]. Mais les empereurs, ne sachant
plus comment faire rentrer dans les caisses du fisc des impositions tous les
jours plus écrasantes, eurent la fâcheuse idée de charger les curiales
de la perception, et même de les rendre responsables de ce qu'on appelle
aujourd'hui les non-valeurs. Cet arrangement était éminemment vicieux, et les
esprits les plus prévenus en faveur de l'excellence de la législation romaine
ne peuvent nier qu'il n'ait eu des résultats déplorables. Il est évident, en
effet, ainsi que l'a dit un historien moderne, qu'il était ruineux et
tyrannique d'accroître la part d'impôt à supporter par les curiales de
tous les ravages causés par la dépopulation, par la misère publique et par
l'invasion des Barbares[22]. Les nombreuses constitutions
recueillies dans les codes Théodosien et Justinien suffiraient
pour établir, d'une manière irréfutable, que le système produisait de
funestes effets[23]. Les curiales cherchaient sans
cesse à quitter la curie ; quelques-uns l'obtenaient par un acte de la faveur
du prince ; d'autres, comme le fait observer un écrivain que nous citions
tout-à-l'heure, trouvaient un abri dans les maisons des grands, dans l'Eglise,
dans l'armée, dans les diverses corporations et même dans le désert[24]. La législation, plus
ingénieuse encore que l'intérêt privé, avait inventé mille prescriptions
destinées à retenir les curiales dans la classe qu'ils voulaient fuir. On ne
négligeait rien pour recruter l'ordo, si l'on peut employer cette
expression : les fils étaient obligés de succéder à leurs pères ; non
seulement on permit à des criminels de figurer dans la curie, mais on obligea
même des hommes flétris par la justice à y entrer, chose que la législation avait
d'abord défendue[25] ; enfin, on contraignit les
hérétiques et les Juifs à y prendre séance[26], c'est-à-dire à en supporter
les charges. Il faut cependant reconnaître, si l'on veut être juste, que le
mal a été notablement exagéré par les historiens modernes, qui y ont trouvé
matière à périodes oratoires. Il y a eu dans tous les temps, au Ier siècle et
au Ve comme de nos jours, des déclamations contre l'énormité des impôts, et
il n'est pas ordonné de prendre à la lettre toutes les phrases de Salvien. Ce
qui semble prouver, d'ailleurs, que la classe des curiales n'a pas été
réduite à la misère par le système dont il s'agit, c'est que les senatores
si souvent mentionnés par Grégoire de Tours, lesquels n'étaient autres que
les anciens curiales, paraissent, du moins en général, avoir joui
d'une certaine opulence, et même plusieurs d'entr'eux possédaient des
fortunes colossales. Pour
comprendre ce qui précède, il est nécessaire de se rappeler que, négligeant
ou plutôt ignorant les ressources que peuvent offrir les impôts de
consommation, c'est-à-dire ceux qui atteignent le commerce et l'industrie,
les empereurs avaient principalement chargé le sol et ses produits, et même
les hommes et les animaux employés à l'exploitation de la terre. Depuis
Constantin, l'impôt foncier avait été basé sur le capital, et non sur le
revenu. Toute propriété estimée mille solidi constituait un caput
ou jugum tributarium[27], ou bien encore une jugatio
terrena. Après cet impôt, qui était fort lourd, venait la capitation ou
impôt personnel (capitatio humana), qui frappait seulement les ingenui.
On avait adopté pour la capitation, comme pour la contribution foncière, une
unité imposable, qui était formée de deux ou trois hommes et de quatre femmes[28]. La
fiscalité impériale, non contente des sommes énormes que cette double
imposition faisait entrer, tous les ans, dans les caisses du trésor, n'avait
pas complètement négligé les contributions indirectes. Ainsi, les
particuliers étaient obligés de transporter d'un lieu à un autre, sur la
première réquisition des autorités compétentes, les produits des domaines,
c'est-à-dire les foins, les grains, les vins ou les bois, que
l'administration employait à l'entretien des troupes et des ouvriers des
manufactures impériales, ou faisait conduire sur les marchés dans lesquels
elle pensait en tirer le meilleur parti possible ; et il faut ajouter que
l'obligation de ces transports gratuits s'appliquait non seulement aux
produits des domaines, mais encore à la portion de l'impôt que les
contribuables pouvaient acquitter en nature. Ils étaient également astreints
à conduire gratuitement dans les lieux indiqués par les ingénieurs les
matériaux destinés à l'entretien des chemins publics[29]. Les particuliers dont les
propriétés étaient situées dans le voisinage de ces chemins étaient de plus
obligés de supporter les charges résultant de l'établissement des postes
impériales, et dont nous nous bornerons à faire mention ici, car nous aurons 'occasion
de revenir plus tard sur ce sujet intéressant. On levait indistinctement sur
tous les possesseurs du sol une autre imposition, destinée à subvenir aux
frais du recrutement, et sans doute à la solde des corps de troupes cantonnés
dans le voisinage et destinés plus spécialement à la garde du pays[30]. Enfin, le fisc impérial
s'était réservé le monopole du sel[31] ; il percevait des droits assez
élevés sur les marchés, sur les denrées et sur les objets fabriqués
introduits dans l'Empire ou transportés d'une province dans une autre, comme
par exemple de la Gaule dans l'Italie, et il exigeait un péage des voyageurs
qui se servaient des ponts entretenus par le trésor public. Ces
charges, si lourdes qu'elles fussent, avaient, du reste, été réparties
également sur tout le monde, et les propriétés ecclésiastiques ne jouissaient
d'aucune exemption. De plus, afin de faciliter le paiement de l'impôt
foncier, on avait permis aux contribuables de l'acquitter, partiellement au
moins, en nature, et on recevait dans les greniers du domaine le blé,
l'huile, le vin et le fourrage. Bien
que les curiales fussent responsables de la rentrée de cet impôt, ils ne
pouvaient (on le comprend aisément) procéder eux-mêmes ni à son assiette, ni à sa
perception, et il y avait différents fonctionnaires chargés de cette double
tâche[32]. Pour l'assiette de l'impôt
foncier, on employait 1° les agrimensores ou arpenteurs, qui
dressaient le cadastre ; 2° les censitores, auxquels était confiée la
confection des rôles ; 3° les perœquatores ou répartiteurs, tirés,
sans doute, de la curie, et qui déterminaient combien chaque propriétaire
devait payer de cotes ou de fractions de cote, suivant le nombre d'unités ou
de fragments d'unité de mille solidi qu'il possédait ; 4° les inspectores,
dont la mission était d'examiner les réclamations formées contre le travail
des perœquatores et de redresser les erreurs qu'ils avaient pu
commettre[33] ; 5° les tabularii ou
contrôleurs, qui étaient dépositaires des registres et en délivraient les
extraits aux susceptores ou percepteurs[34]. Ceux–ci
étaient choisis par les curiales, qui en devenaient responsables ; mais comme
il fallait parfois employer la force publique pour obliger les contribuables
récalcitrants à s'exécuter, le fisc avait des agents qui étaient chargés de
cette pénible besogne. Tels étaient les discussores, lesquels
recherchaient les débiteurs du fisc et exerçaient, probablement, les
premières poursuites pour amener le paiement de l'impôt. Tels étaient aussi
les compulsores et exsecutores, dont l'emploi était de procéder
aux saisies et contraintes[35]. Quant
aux domaines du fisc, ils étaient administrés par des agents spéciaux, nommés
procuratores[36], qui devaient être fort
nombreux ; car, sans parler des terres ou des forêts qu'il possédait de
longue date, il s'était emparé des biens dont les propriétaires avaient
disparu à la suite des incursions des Barbares ou autrement ; et les
confiscations, fréquentes dans un état souvent agité par des révolutions,
avaient encore augmenté ces immenses propriétés, qui comprenaient des
districts tout entiers. Les unes étaient affermées à des cultivateurs libres
; les autres étaient mises en valeur, sous la direction des procuratores
ou de leurs subordonnés, par les esclaves appartenant au fisc ; et les
produits soit des baux, soit de la culture, ainsi que tous les impôts directs
ou indirects, étaient remis aux prœpositi thesaurorum, dont nous avons
déjà parlé, et qui relevaient du trésorier–général ou comes sacrarum
largitionum. Mais on doit supposer que ce dernier ne voyait arriver que
l'excédent des recettes, quand excédant il y avait ; car il est évident que
les fonds recueillis dans la Gaule, par exemple, servaient à acquitter les
dépenses faites dans cette contrée. Quant aux denrées, vin, grains, huile,
etc., donnés en paiement par les contribuables ou provenant des biens
domaniaux exploités en régie, on les déposait dans des bâtiments publics,
appelés horrea, sous la garde des susceptores ou quelquefois
d'agents particuliers ; et d'autres agents, dépendant de l'administration
militaire, les faisaient ensuite distribuer, comme on l'a vu, tant aux corps
de troupes qu'aux ouvriers des manufactures impériales[37]. Ce
coup-d'œil rapide jeté sur l'organisation financière de l'Empire, et qui
était indispensable à l'intelligence de ce que nous dirons plus loin, nous a
fait perdre de vue les curies et leurs attributions, lesquelles n'ont pas été
complètement énumérées. Il est donc utile d'ajouter que les duumviri
ou quatuorviri, ne pouvant à la fois administrer les cités et rendre
la justice, avaient pris l'habitude de se faire assister, dans
l'accomplissement de ce dernier devoir, par quelques-uns des membres de la
curie, en sorte que cette corporation, d'abord purement administrative,
finit, avec le temps, par devenir un corps judiciaire. Il est
également certain que les magistrats des cités recouraient souvent aux curiales
pour les aider dans d'autres circonstances : quand il s'agissait, par
exemple, d'administrer les biens appartenant aux cités, de lever les
impositions que les empereurs autorisaient les curies à percevoir pour
l'entretien des édifices publics, des murs ou des routes, et même de
commander les milices municipales chargées de maintenir l'ordre dans
l'intérieur de l'Empire[38]. Les
pouvoirs des magistrats et des curiales en matière d'administration
municipale, étaient, comme on l'a dit, extrêmement étendus ; cependant, les
empereurs n'avaient pas jugé convenable de laisser de tels pouvoirs
absolument sans contrôle, et, au lieu de s'en rapporter à la surveillance que
chaque comte devait exercer, sous les yeux du consularis ou du prœses,
dans l'intérieur de chaque cité, on avait créé, sous le nom de curatores
reipublicœ, des inspecteurs, nommés directement par le prince, et sans
l'autorisation desquels les curies ne pouvaient ni aliéner tout ou partie de
leurs domaines, ni entreprendre des constructions importantes. Au reste, ces
inspecteurs étaient souvent choisis parmi ceux des magistrats municipaux qui
avaient successivement obtenu tous les honores. Enfin,
dans le dernier tiers du IVe siècle, on vit naître une autre magistrature
municipale, qui s'empara bientôt du premier rang. Le defensor, établi
dans chaque cité pour en protéger les membres contre les entreprises et les
extorsions des officiers impériaux, était élu par tous les habitants et ne
pouvait être pris dans le corps des curiales. Il avait un exceptor ou
greffier et deux officiales. Sans parler des attributions assez mal
définies que son institution lui assurait, il nommait les tuteurs ; il jugeait,
sauf l'appel devant le prœses ou le consularis de la province,
les affaires civiles jusqu'à la valeur de trois cents solidi et son
intervention fut tellement recherchée, qu'il ne tarda à être obligé, comme
les duumviri et les quatuorviri, de réclamer l'aide et
l'assistance des curiales, avec lesquels il entra ainsi en relation[39]. Lorsque
le territoire d'une des anciennes peuplades gauloises, ce que nous avons
appelé jusqu'à présent une civitas ou une cité, renfermait plusieurs
villes — et c'était le cas le plus ordinaire —, il n'y avait pas autant de
curies ; celle du chef-lieu administrait la civitas entière ; mais les
curiales composant la corporation étaient répartis ou, pour mieux dire,
dispersés sur toute la surface du territoire[40]. La civitas était
néanmoins partagée en un certain nombre d'arrondissements, que l'on appelait
pagi ; et dans le chef-lieu de chaque pagus on voyait un magistrat municipal
d'un ordre tout-à-fait secondaire, qui porta successivement les titres de
magister, de prœpositus et de prœfectus, et un conseil local,
dont les membres étaient nommés pagani ou vicani, et qui
avaient différentes attributions, qu'il est inutile d'énumérer ici[41]. Le lecteur a même peut-être
trouvé un peu longs les détails précédents sur l'organisation administrative
et financière ; mais nous aurons si fréquemment à y revenir, que nous les
avons jugés indispensables. Une
autre connaissance non moins nécessaire est celle de la géographie naturelle
et de l'aspect physique du nord-est de la Gaule. Si l'on jette un coup-d'œil
sur la carte de cette contrée, on voit qu'elle forme quatre bassins
principaux traversés par quatre grands cours d'eau : le Rhin, la Moselle, la
Meuse et l'Escaut, qui ont eux-mêmes de nombreux affluents. Les affluents du
Rhin sont sur la rive droite le Necker (Nicer), le Mein (Mœnus), le Sieg (Sigus), la Lippe (Luppia), et sur la rive gauche l'Ill (Ellus), la Nali (Nava), l'Erf (Arnefa) et la Moselle (Musella,
Musalla ou Mosella). Cette dernière, qui, par l'étendue de son cours et le volume de
ses eaux, l'emporte sur beaucoup de fleuves, reçoit elle-même à droite la
Vologne, le Madon, la Meurthe, grossie de la Faves, de la Vezouze, de la
Mortagne et du Sanon, la Seille (Salia), la Sarre (Saravus, Sarra
ou
Saraba), dont
les eaux sont grossies de celles de l'Isch, de la Blise (Bliza ou Blesa), de la Bosselle et des deux
Nied (Nida) ; à gauche l'Orne (Orna), la Sure (Sura), avec ses quatre affluents qui
sont l'Alzene ou Alsitz (Alisontia), l'Our, la Prum (Prumia ou Promea) et la Nims (Nemesa), la Kill (Gelbis) et enfin la Leser (Lesura). La
Meuse (Mosa) possède aussi nombre
d'affluents, dont les principaux sont à droite le Mouzon, le Vair, la Chiers (Chares), la Semoy (Semoris ou Sesmarus), l'Ourthe (Urfa) et la Roër (Rura), et à gauche la Sambre (Sabis), qui ne se jette dans la Meuse
qu'après avoir elle-même reçu une multitude de petites rivières. Il est
inutile de parler des affluents de l'Escaut (Scaldis), parce que le pays qu'il
traverse n'eut que peu de relations avec le royaume dont nous nous proposons
de retracer l'histoire ; mais il est impossible de ne pas mentionner
plusieurs rivières considérables qui vont porter à la Seine le tribut de
leurs eaux, après avoir arrosé la partie méridionale de la Belgica Secunda ;
ces rivières sont l'Ornain (Odorna), la Suippe (Cappis ou Supin), l'Aisne (Axona) et la Marne (Matrona). Quelques-uns
de ces cours d'eau[42] prennent leur source dans des
chaînes de montagnes assez éloignées ; mais la plupart descendent soit de la
chaîne des Vosges, soit des pays accidentés qui séparent le bassin de la
Moselle de celui de la Meuse, et ce dernier des vallées où coulent les affluents
de la Seine. Il n'existe pas, en effet, dans le nord-est de la Gaule d'autre
chaîne de montagnes que les Vosges ; et il est bon de faire observer que les
Anciens ne désignaient pas sous le nom de nions ou de silva Vosagus ou
Vosegus le massif qui forme aujourd'hui les arrondissements d'Epinal,
de Saint-Dié et de Remiremont, mais bien cette longue suite de montagnes et
de collines qui court parallèlement au Rhin depuis Bâle jusqu'à Coblentz.
C'est la position que la silva Vosagus occupe sur la Table
Théodosienne, et c'est aussi la direction que Frédégaire assigne au mons
Vosagus, dans le passage où il indique la route que le roi Théodebert II
suivit pour aller de Metz à Cologne[43]. Tous ces monts et le massif
dont nous parlions tout-à-l'heure étaient presque complètement privés
d'habitants et couverts de forêts. Des animaux dangereux ou farouches, qui
ont disparu depuis que la population s'est augmentée, parcouraient ces forêts
et y possédaient des retraites inexpugnables. On y rencontrait l'aurochs et
l'élan, qui ne vivent plus que dans le nord de l'Europe, et les ours étaient
communs dans les Vosges[44]. On ne trouvait guère plus
d'habitants, ni de traces de culture dans le Hunds-Rück, vaste canton
montagneux qui, des environs de Trèves, s'étend au loin entre le Rhin, la
Moselle, la Sarre et la Nah[45]. Plus à l'ouest, la Meuse,
arrivée à peu près au tiers de son cours, traversait sur une longueur de
trente lieues la forêt des Ardennes (Arduennensis situa). Aussi loin que la vue pouvait
s'étendre, du sommet des collines de l'Argonne et des environs de Luxembourg,
on ne découvrait que d'interminables forêts de petits chênes, et lorsque le
sol reparaissait enfin, on se trouvait déjà dans les plaines marécageuses qui
vont jusqu'aux embouchures de la Meuse et de l'Escaut. Ces plaines formaient
la partie septentrionale de la Belgica Secunda et de la Germania
Secunda. Celle-là bordait l'Océan, depuis la bouche méridionale de l'Escaut
jusqu'au sud de la Somme (Somena ou Sumina) ; la limite descendait ensuite
dans la direction du nord-ouest au sud-est, atteignait presque les sources de
la Meuse, et remontait vers le nord, tantôt à droite, tantôt à gauche de ce
fleuve. On voit par-là que la Belgica Secunda était très-vaste ; elle
renfermait, en effet, onze civitates ou cités, dont nous mentionnerons
seulement les deux plus orientales : les cités de Reims (Remi ou
Durocortorum)
et de Châlons (Catalauni ou Durocatalaunum), qui furent presque toujours
enclavées dans le royaume d'Austrasie. La cité de Reims avait une étendue
considérable, et on dira plus loin qu'elle subit un et même deux
démembrements. Celle de Châlons, quoique moins grande, offrait cependant une
superficie au moins égale à celle d'un de nos départements. A l'est
de la Belgica Secunda se trouvait la Belgica Prima, qui, vers
la fin du IVe siècle, comprenait quatre civitates. La plus vaste était
la cité de Trèves (Treveri, Treviri[46] ou Augusta Trevirorum), laquelle commençait un peu au
nord des villes de Thionville, de Sarrebrück et de Deux-Ponts, et renfermait
quelques cantons de la Lorraine, le duché de Luxembourg, la vallée inférieure
de la Moselle et tout le pays qui s'étend, vers l'orient, entre le cours de
cette rivière et la partie septentrionale du mons Vosagus. Immédiatement au
midi, on rencontrait la cité de Metz (Mediomairici[47] ou Divodurum) ; elle était bornée de ce côté
non seulement par la cité de Trèves, mais encore par celle de Worms (Vangiones), et la limite passait au nord
des villes ou bourgs de Thionville, Rodemack, Blisecastel, Bouzonville,
Bérus, Sarrebrück, Ottwiller, Saint-Wendel, Deux-Ponts et Hornbach ; au
sud-ouest, elle s'avançait jusque dans les environs de Commercy, puis
remontait vers le nord-est et gagnait la rive droite de la Moselle, qu'elle
côtoyait pendant quelques lieues ; elle se dirigeait ensuite vers la Vezouze,
la suivait jusqu'à Domévre et atteignait,-au pied du Donon, le mons
Vosagus, qui servait de frontière à la Germania Prima. La même
chaîne de montagnes limitait vers l'est la civitas des Leuci, qui
était bornée au midi par le principal massif des Vosges, au-delà duquel on
rencontrait la province appelée Maxima Sequanorum ; au sud-ouest par
le territoire des Lingones, appartenant à la province dite Lugdunensis
Prima ; à l'ouest par la cité de Châlons ; au nord par celle de Metz, et
par une autre cité, dont la formation fut, comme celle de Châlons,
comparativement récente. Il parait certain, en effet, que le territoire des Verodunenses
ou Clavi[48], car les monuments leur donnent
ces différents noms, ne fut pas séparé de celui des Mediomatrici avant
le IVe siècle[49]. La nouvelle cité, dont la
petite ville de Verodunum devint le chef-lieu, aurait eu bien peu
d'étendue, si on en jugeait par les cartes de l'ancien diocèse de Verdun ;
mais elle comprenait originairement plusieurs cantons qui en furent détachés,
à une date inconnue, pour être incorporés dans le diocèse de Trèves[50]. Telles
étaient les quatre cités qui composaient la Belgica Prima. La Germania
Prima, qui était comprise entre cette province et le cours du Rhin,
renfermait également quatre cités : 1° celle des Caracates, dont le
chef-lieu Moguntiacum (Mayence) était en même temps la capitale de la province ;
celle des Vangiones, placée immédiatement au midi de la précédente, et
dont le chef-lieu était Borbetomagus ou Vangiones (Worms) ; 2° celle des Nemetes,
dont la capitale, appelée autrefois Noviomagus, avait, depuis quelque
temps, pris le nom de Nemetes (c'est la ville de Spire) ; enfin, la cité des Tribocci,
dont le chef-lieu était Argentoratum (Strasbourg). Le territoire de cette cité,
la plus méridionale de la Germanica Prima, était limité au sud par le
territoire des Rauraci ; il comprenait la plus grande partie de
l'Alsace et pénétrait même assez profondément dans le massif des Vosges
depuis Dagsbourg jusqu'à Saint-Dié. Au nord
de la Germania Prima et de la Belgica Prima on rencontrait la
Germania Secunda, dont le vaste territoire — il allait jusqu'aux bouches de
l'Escaut, de la Meuse et du Rhin et embrassait l'insula Batavorum — ne
comptait toutefois que deux cités : celle de Colonia Agrippina, ville
qui était en même temps capitale de la province, et celle des Tungri,
dont le chef-lieu portait le même nom — c'est la ville de Tongres, près de
Liège —. Il est inutile de tracer ici la limite qui séparait ces deux cités,
et un coup-d'œil jeté sur la carte jointe à notre ouvrage en apprendra plus
que la meilleure description. Ce
serait ici le lieu de donner quelques détails sur les pagi compris dans les
différentes cités dont l'énumération précède ; mais on ne connaît guère les
noms et les limites de ces petites divisions administratives que par des
documents comparativement récents, qu'il est périlleux d'employer en parlant
de la période gallo-romaine ; et, d'ailleurs, les pagi du moyen-âge
étaient plus nombreux, et par conséquent moins grands que ceux du IVe siècle.
Toutefois, on peut dire, en général, qu'il y avait, dans chaque cité, autant
de pagi que de villes ou de vici (bourgs) de quelqu'importance ; et en
tenant compte de l'accroissement ou de la destruction de ces chefs-lieux, on
conçoit que la quantité et l'étendue des pagi aient varié considérablement. Quant
au nombre des villes, on n'est pas réduit aux conjectures ; les historiens et
les géographes anciens, la Table Théodosienne, la dernière partie de
la Cosmographia d'Æthicus Ister[51], les inscriptions et d'autres
monuments fournissent à cet égard les renseignements les plus complets. Il ne
faut pas _ oublier cependant que plusieurs des villes mentionnées dans les
documents énumérés ci-dessus n'existaient plus au commencement du Ve siècle.
Vers le milieu du siècle précédent, les Germains avaient saccagé
quarante-cinq cités florissantes, et leurs ravages avaient recommencé un peu
plus tard. Néanmoins, la plupart n'avaient pas été détruites, et les
habitants, un moment dispersés, avaient, bien certainement, regagné et réparé
leurs demeures ; de même que ceux des villes romaines de la Vindélicie et du
Norique, tant de fois pillées et dévastées par les Barbares, persistèrent à
ne pas s'en éloigner, comme nous le verrons plus bas, et conservèrent, si
l'on peut employer une pareille expression, le noyau des cités actuelles de
l'Allemagne méridionale. L'aspect
des villes situées dans le nord-est de la Gaule était, du reste, bien changé.
Précédemment ouvertes et entourées de faubourgs, de temples, de cimetières
qui s'étendaient au loin dans la campagne, elles avaient été envahies presque
sans coup-férir ; mais, après les invasions partielles du IVe siècle, on
comprit la nécessité de fermer de murailles les lieux les plus importants, et
sous le règne de Valentinien Ier on commença avec activité ces travaux de
fortification. Comme le temps pressait, et que le christianisme était le
culte dominant, on employa, pour construire les murailles, les débris des
temples, les autels et les images des dieux, ainsi que les tombeaux païens,
si nombreux dans le voisinage des cités antiques. Ces premières mesures, que
l'urgence fit prendre peut-être sans l'assentiment formel de l'autorité, ne
tardèrent pas à recevoir l'approbation impériale. Arcadius, fils de Théodose,
publia une constitution qui permettait d'utiliser les matériaux provenant de
la démolition des temples pour réparer les voies, les ponts, les aqueducs et
les murailles des villes[52]. Une autre constitution,
promulguée par le même empereur et par son frère Honorius, avait
antérieurement prescrit de mettre en état de défense les murs des villes fortifiées
et de ceindre de remparts celles qui ne l'étaient pas[53]. Une troisième constitution,
conséquence de la précédente, ordonna de raser tous les édifices qui, à
raison de leur proximité des murailles, pouvaient nuire à la défense ; et
comme les amphithéâtres, les cirques et les autres constructions du même
genre étaient de nature à fournir à l'ennemi d'excellents points d'attaque,
plusieurs de ces édifices furent alors sacrifiés à la sécurité des citadins.
Quelques-uns, qui étaient plus rapprochés des maisons, furent rattachés aux
nouvelles murailles et formèrent des espèces de citadelles. Telle est
l'origine de ces enceintes, en général très-resserrées, qui entouraient les
villes gallo-romaines, et dont on possède encore de curieux échantillons.
Trèves, Metz, Toul[54], Scarponne, Strasbourg et
quantité d'autres lieux situés dans le nord-est de la Gaule furent fortifiés
de cette manière. Il
n'entre pas dans le plan que nous nous sommes tracé de rappeler les noms de
toutes les villes qui figurent soit dans les itinéraires, soit dans les
auteurs anciens ; il est, d'ailleurs, bien probable, comme nous l'avons dit,
que plusieurs d'entr’elles n'existaient plus à la fin du IVe siècle ou
étaient devenues de misérables bourgades, et on ne sera pas étonné de ne
trouver ici que les lieux les plus importants. La
première de toutes les villes qui s'élevaient dans le nord de la Gaule était,
sans contredit, Trèves, séjour du préfet du prétoire. Zozime ne craint pas
d'affirmer qu'elle était la plus grande des cités que l'on rencontrait
au-delà des Alpes[55]. Le rhéteur Eumène vante son
cirque rival de celui de Rome, son amphithéâtre, son capitole construit sur
le bord de la Moselle, ses greniers publics (horrea) et ses autres édifices. Ausone
fait de Trèves une description pompeuse, inexacte sans doute, mais qui permet
d'apprécier sa grandeur et ses richesses[56]. L'aspect seul des monuments
romains que cette ville a conservés suffit pour attester son ancienne
splendeur, et le voyageur, après avoir considéré les ruines du cirque, la
porte-noire, ce qui reste du pont jeté sur la Moselle et la basilique voisine
de l'église métropolitaine, reconnaît aisément la capitale de la Gaule. Cette
église elle-même, fondée par sainte Hélène, mère de Constantin, était une des
merveilles de Trèves. D'énormes colonnes de marbre[57] en soutenaient le faîte, et on
a récemment découvert une mosaïque superbe, qui devait se trouver dans le
palais de sainte Hélène[58]. Il n'est peut-être pas inutile
d'ajouter que le christianisme, bien qu'il ne fût devenu libre que depuis peu
de temps, avait déjà contribué à l'embellissement des villes. Les marbres et
les métaux précieux avaient été prodigués dans la décoration des églises, et
quelques-unes d'entr’elles avaient de vastes proportions, puisque saint
Jérôme, dans un passage souvent allégué, et dont nous userons encore,
rapporte que plusieurs milliers d'hommes furent massacrés par les Barbares
dans la métropole de Mayence. Les
autres villes ou bourgs de la civitas de Trèves étaient Ricciacum
(Ritzing), Rigodulum (Rigol), Baudobrica, Noviomagus
(Neumagen), où l'on a vu pendant longtemps
les ruines d'un palais, Salisso, Tabernœ, Belginum, Ausava,
Beda (Bitbourg),
Andethanna (Andetaven), Meduantum, Orolaunum (Arlon) et Palatium ou Palatiolum,
situé près de Trèves, et dont le nom indique suffisamment l'origine. Metz
était la seconde ville de la Belgica Prima ; elle possédait un palais
impérial, des thermes, un amphithéâtre et une naumachie. Un aqueduc y
conduisait les eaux de Gorze, qui en est éloigné d'environ quatre lieues.
D'abord placé au-dessous de la surface du sol, l'aqueduc était ensuite porté
sur des arches, depuis le point où il débouchait dans la vallée de la Moselle
jusqu'aux établissements qu'il était chargé d'alimenter, et il traversait la
rivière sur une Ligne d'arcades, espèce de pont d'une hauteur, d'une
légèreté, d'une solidité extraordinaires, et qui peut certainement passer
pour un des plus beaux ouvrages dont les Romains décorèrent notre patrie. La civitas
de Metz ne parait pas avoir compté plus de sept ou huit villes : Caranusca
(Ming), Ibliodorum (Hannonville-au-passage), Ad-duodecimum (Delme), Pons-Saravi (Sarrebourg) et Decempagi (Tarquimpol), qui était placé au centre de
plusieurs vici, et où l'on a exhumé les ruines d'un temple de grandes
dimensions[59]. La vallée de la Seille, qui
est extrêmement humide et fangeuse, possédait toutefois une forte population,
attirée par la fertilité du sol et par l'exploitation des salines. Elle était
déjà à cette époque, notamment à Burthecourt, à Salone et à Marsal, couverte
d'un briquetage, sur lequel étaient assises les villes de Bodesis Vicus
(Vic) et de Marsallum (Marsal), ainsi que des bourgades dont
les noms ne sont plus connus. Ce briquetage est composé de morceaux d'argile
de formes diverses, pétris à la main, cuits au four et entassés dans les
marais sur une profondeur d'un mètre soixante-et-quinze centimètres. Dans :
quelques lieux où les marais présentent une plus grande profondeur, il y a
deux ou trois couches de briquetage superposées l'une à l'autre. La
superficie totale de la plate-forme est évaluée à cinq cent cinquante mille
mètres carrés, son volume à un million de mètres cubes, et cet ouvrage,
vraiment colossal, est d'une solidité telle qu'on n'a pas craint d'y appuyer
les fortifications de Marsal[60]. La civitas
des Verodunenses renfermait, outre Verodunum ou Virodunum,
petite ville à laquelle sa position sur la Meuse donnait une certaine
importance, un vicus appelé Fines, situé sur la frontière de la
cité de Metz, et le vicus d'Epusum, Evosium ou Evodium
(Ivoy). La civitas
des Leuci, beaucoup plus vaste que la précédente, possédait une plus
grande quantité de villes et de nid. Il faut rappeler d'abord le chef-lieu, Tullum
(Toul), qui était peu considérable,
puis Nasium (Naix), où l'on ne cesse de découvrir des antiquités, Caturigis,
Noviomagus (Neufchâteau), Solimariaca (Soulosse) et Scarponna, où l'on
traversait la Moselle sur deux ponts. Entre Nasium et Solimariaca,
sur une voie qui rattachait l'une à l'autre les routes de Reims et de Langres
à Metz, on trouvait la ville la plus peuplée de la civitas des Leuci.
Son nom, en partie effacé sur la Table Théodosienne, semble avoir été Grandesina
(aujourd'hui
Grand). Les ruines
de cette cité attestent encore aujourd'hui son étendue et sa richesse. On y
voit les restes d'un des plus vastes amphithéâtres que l'on connaisse. Le mur
extérieur suit une courbe elliptique dont le grand axe est de cent
trente-sept mètres soixante centimètres, et le demi petit axe de soixante-un
mètres, et aux abords de cet amphithéâtre, comme sur l'emplacement de la
ville antique, il suffit de creuser le sol à quelques pieds pour rencontrer
des fragments de statues, des débris de corniches, des fûts de colonnes, des
frises, des chapiteaux et même des bas-reliefs. Ajoutons que le dessin et
l'exécution sont ordinairement dignes des beaux temps de l'art romain[61]. L'ancienne
splendeur de la cité de Reims est trop connue pour qu'il soit nécessaire de
rappeler avec détails les monuments qu'elle possédait : amphithéâtre, cirque,
capitole, arcs de triomphe, aqueducs, et ce palais impérial duquel
Valentinien Ier data plusieurs de ses constitutions. La civitas dont
cette grande ville était la capitale renfermait en outre les lieux suivants :
Mosomagus ou Mosomum ou Momociacum (Mouzon), Vungus (Vonc), Fines, Noviomagus, Axuenna,
Ninittacum (2)[62], Basilia et Bibrax,
que divers géographes ont pris pour Lugdunum-Clavatum, qui devait
jouer un rôle quelques siècles plus tard. La civitas
de Châlons, dont le chef-lieu était une ville de peu d'importance, comprenait
les villes ou vici appelés Axuentia (Vienne-la-Ville), Fines, Ariola et
Fanum Minervœ. Les
lieux principaux de la civitas d'Argentoratum[63], la plus méridionale de la Germania
Prima, étaient Brocomagus (Brumath), Helcebus et Tabernœ (Saverne). Argentoratum paraît
avoir été, du reste, une ville plus considérable à cause de sa situation qu'à
raison de son étendue ; car son enceinte, à la fin du IVe siècle, était des
plus étroites. La civitas
de Noviomagus ou Nemetes (Spire) possédait une demi-douzaine de villes : Saletio
(Seltz), Tribunci, Concordia, Tabernœ
(Rhein-Zabern), Vicus Julius et Alta
Ripa (Altrip). La civitas des Vangiones,
contrée assez montagneuse, n'offrait guère d'autre ville que son chef-lieu Borbetomagus
; mais celle des Caracales en avait plusieurs : le chef-lieu Moguntiacum
(Mayence), Bonconica (Oppenheim), Bingium (Bingen), Vosavia ou Vosalia
(Ober-Wesel), Baudobrica (Boppart), Ambitiavus Vicus, Confluentes
(Coblentz) et Antunnacum (Andernach). Les
itinéraires fournissent au sujet de la Germania Secunda des renseignements
tellement nombreux, que si l'on regardait comme des villes ou des vici
tous les lieux qu'ils mentionnent, il faudrait en conclure qu'une province
aussi lointaine était une des plus peuplées de l'Empire ; mais il est bien
probable que la plupart de ces lieux n'étaient que des stations de poste ou
des étapes militaires ou des forts établis pour empêcher les Barbares de
franchir le Rhin ; de même que parmi les vici énumérés dans notre
description des autres provinces ; plusieurs, notamment ceux qui portent le
nom de Fines[64] ou celui de Tabernœ, ne
doivent avoir été que des stations de poste ou des établissements de peu
d'importance. Nous devons cependant, il nous semble, ranger an nombre des
villes ou au moins des vici, et sans parler de Colonia Agrippina,
qui était à-la-fois le chef-lieu d'une civitas et la capitale de la
province, Rigomagus (Rimagen), Ara Ubiorum, Bonna (Bonn), Durnomagus, Gesonia,
Asciburgium (Asberg), Vetera Castra, Colonia Trajana, Noviomagus
(Nimègue), Mediolanum, Gelduba, Mederiacum, Novesium
(Neuss), Buruncus (Woringen), Juliacum (Juliers), Tiberiacum, Marcodurum,
Tolbiacum (Zulpich),
Belgica, Egorigium et Marcomagus. La dernière civitas de
la Germania Secunda, celle de Tongres, était en grande partie couverte par la
forêt des Ardennes et ne comptait qu'un petit nombre de bourgades. Catualium,
Feresne, Trajectum-ad-Mosam, Perviciacum, et le lieu que
les géographes désignent par le nom de Hornensis locus paraissent
seuls dignes d'être rappelés. Les
ruines découvertes en plusieurs endroits et les monuments géographiques
revêtent aussi l'existence de divers établissements thermaux. Si l'on peut en
juger par leurs débris et par les figures tracées sur la Table
Théodosienne, ces établissements n'étaient guère composés que d'un bassin
de forme quadrilatérale, non couvert, mais entouré d'un portique, dans lequel
les baigneurs déposaient leurs vêtements et prenaient peut-être certains
bains d'une nature particulière. Tels étaient les thermes de Plombières, de
Bains, de Niderbronn, de Riesacker, dont les noms gallo-romains sont inconnus
aujourd'hui[65], et de Neri près de Bonconica[66]. Les
villes du nord-est de la Gaule et les campagnes qui les entouraient
offraient, à la fin du IVe siècle et au commencement du Ve, un singulier
mélange d'hommes appartenant à toutes sortes de races. Un siècle avant
Jésus-Christ, on n'y voyait que des Belges, peuple qui formait une des
branches de la race celtique, et ils continuèrent toujours à constituer le
fond de la population dans la Belgica Prima et la Belgica Secunda ; au
contraire, les pays qui bordent le Rhin et même d'autres cantons avaient été
occupés par différentes tribus germaniques. Si l'on s'en rapportait à Tacite
[67], on rangerait au nombre de ces
étrangers les Treviri, la plus importante des peuplades qui habitaient
la Belgica Prima[68] ; mais si l'on considère que
les noms d'hommes et de lieux sont gaulois dans la civitas des Treviri,
comme dans les cités plus occidentales, on ne peut guère admettre que la
prétention dont parle l'historien romain soit réellement fondée. Les noms des
chefs Treviri Cingetorix, Induciomarus, etc. sont purement celtiques ;
il en est de même du nom de Gebenna (Cévenne, montagne) qui servait à désigner la
riante colline située vis-à-vis de Trèves, sur la rive gauche de la Moselle ;
il en est de même aussi des noms de lieux suivants : Ricciacum, Rigodulum,
Baudobrica, Noviomagus, Salisso, Belginum, Ausuva, Beda, Andethanna, etc.
Enfin, et ceci, à notre avis du moins, suffit pour trancher la question,
saint Jérôme, qui résida à Trèves sur la fin du règne de Constance (vers l'année
360 après J.-C.),
atteste que dans la ville et dans les environs le peuple parlait encore son
ancienne langue, et que cet idiome offrait la plus grande analogie avec celui
des Galates[69]. Mais si
les Treviri étaient gaulois, il n'en était pas de même de plusieurs
petits peuples qu'ils regardaient comme leurs clients. A une époque inconnue,
ces peuples, que les historiens romains désignent par les noms de Condrusi,
de Cœresi, de Pœmani et de Segni, s'étaient fixés sur
les bords de l'Ourthe, dans la vallée moyenne de la Meuse, sur les limites et
même dans quelques portions de la forêt des Ardennes[70]. Malgré leur nombre, ils ne
formèrent pas dans la suite une civitas distincte ; la plupart furent
compris dans celle de Trèves, les autres furent regardés comme appartenant à
celle de Tongres[71]. Au
nord-est, entre les frontières de la civitas des Treviri et le
Rhin, on rencontrait une autre peuplade germanique, celle des Gugerni,
dont les monuments anciens ne nous apprennent que le nom[72]. On ne sait pas à quelle époque
elle s'établit dans la Gaule, et on n'est pas mieux instruit à l'égard des Tribocci,
des Nemetes et des Vangiones, qui avaient envahi la contrée
située sur la rive gauche du Rhin, depuis Colmar jusqu'auprès de Mayence, et
rejeté au-delà de la chaîne du mons Vosagus les Leuci et les Mediomatrici,
dont le territoire s'étendait primitivement jusqu'au bord du fleuve.
Cependant leur arrivée était antérieure aux campagnes de César[73]. Plus
tard, Auguste permit à une partie des Sicambres et des Suèves d'émigrer dans
les pays inhabités que traversait le Rhin inférieur et dans le voisinage de
l'embouchure de l'Escaut[74]. Vers le même temps, Agrippa,
lieutenant d'Auguste, autorisait les Ubii, qui demeuraient sur la rive
droite du Rhin, vis-à-vis de Colonia Agrippina, à franchir le fleuve
et à venir occuper la rive gauche, où ils fondèrent la ville appelée Ara
Ubiorum, sans doute parce qu'ils y avaient érigé un autel à l'empereur[75]. Ce fut alors, selon toutes les
apparences, que d'autres Germains, les Tungri, Thuringi ou Toringi
vinrent se fixer dans la vallée de la Meuse, à côté des peuplades que l'on
désignait par les noms de Condrusi, de Pœmani, de Segni,
etc. Cluverius prétend que ces barbares eux-mêmes constituèrent la civitas
des Tungri[76] ; mais, bien que beaucoup
d'entr'eux soient entrés dans la civitas nouvelle, il faut reconnaître qu'il
y eut alors établissement d'un peuple étranger, dont elle prit le nom[77]. L'immigration
ne finit pas à l'arrivée de ces dernières tribus. Un peu plus tard, Tibère
transplanta sur la rive gauche du Rhin quarante mille germains, qu'il avait
faits prisonniers[78]. D'autres empereurs agirent de
même à l'égard de leurs captifs ; Valentinien Ier en amena beaucoup dans le
nord de la Gaule, et on sait que Constantin établit une colonie de Francs sur
le territoire de Trèves, et qu'une colonie semblable fut conduite, par ordre
d'Honorius, sur le territoire de la civitas de Tongres[79]. Toutes
ces émigrations, sans même tenir compte des plus récentes, avaient eu pour
résultat de remplir de germains la partie septentrionale de la Belgique.
Pline l'Ancien disait déjà que ces étrangers s'étendaient jusqu'à l'Escaut[80], et le pays dont nous parlons
ne tarda pas à recevoir officiellement le nom de Germania. Une aussi grande
province finit, comme on l'a vu, par être divisée. Il y avait, du reste, plus
d'émigrants dans la Germania Prima, et cette circonstance lui avait
valu le surnom de barbara, au rapport de Salvien[81]. Néanmoins, les
nouveaux-arrivants n'avaient pas complètement expulsé ou remplacé les
premiers possesseurs du sol. La population gauloise était affaiblie, mais
elle ne disparut pas, et nous n'en voulons d'autre preuve que la persistance
des anciens noms de lieux. Si les Germains étaient devenus les seuls maîtres
du pays, comment s'expliquer l'existence et l'emploi continuel des
dénominations suivantes : Bandobrica ou Baudobriga, Marcomagus,
Noviomagus, Rigomagus, Durnomagus, Brocomagus, Nemetes[82], Borbetomagus, Aniunnacum,
Belgica, Tolbiacum, Marcodurum, Juliacum, Tiberiacum, Novesium, Mederiacum,
Mediolanum, etc., etc. ? A côté
des Gaulois et des Germains, qui formaient la masse de la population, on
rencontrait, surtout dans les grandes villes, nombre d'individus appartenant
à d'autres races. Il y avait des colonies romaines â Trèves[83], à Cologne et ailleurs encore ;
de plus, sans parler des fonctionnaires actuellement en exercice, quantité
d'anciens employés de tout grade avaient fini par devenir citoyens des lieux
où ils avaient exercé leur ministère. L'existence de beaucoup de noms
appartenant à la langue hellénique porte à croire que l'on y trouvait aussi
un certain nombre de grecs. Les catalogues épiscopaux en mentionnent
plusieurs, et on en découvre aussi quelques-uns dans les listes d'abbés des
monastères les plus antiques ; néanmoins, nous croyons que la plupart des
personnages portant des noms grecs qui figurent dans les listes dont il
s'agit, dans les vies de saints et les chroniques, et dans les inscriptions
funéraires, faisaient partie de ces colonies syriennes dont on retrouve les
traces dans tout l'Occident, et dans la Gaule en particulier, et qui semblent
y avoir été attirées par le commerce dès le premier siècle de l'ère
chrétienne. Juvénal déjà se plaignait de voir les Syriens affluer à Rome[84]. On a exhumé dans les anciens
cimetières de Trèves l'inscription funéraire d'un syrien appelé Cassien et
natif d'Adana ; celle d'une femme nommée Eusébie et originaire du même lieu[85], et celle d'un second syrien
appelé Azizus Agrippa. On peut ajouter que beaucoup d'autres inscriptions ont
péri avant d'avoir été examinées par les savants[86]. A côté
de ces étrangers, il faut mentionner les Juifs, qui s'étaient établis, depuis
longtemps et en fort grand nombre, dans plusieurs villes de la Gaule, ainsi
que le prouvent divers monuments anciens conservés par Basnage et par
l'auteur d'une excellente dissertation critique composée contre cet écrivain[87]. Ainsi, on sait qu'il y avait
des juifs à Trèves et à Cologne dès le temps de l'empereur Hadrien, et on
trouve dans le Code Théodosien une constitution de Constantin–le-Grand,
datée de l'année 321, et prescrivant aux curiales de Colonia Agrippina
de faire entrer dans la curie les juifs de cette ville qui devaient y figurer[88]. On en voit une troupe prendre
part au martyre de saint Eliphius (saint Elophe), sous le règne de
Julien-l'Apostat[89]. Ils pouvaient posséder des esclaves,
et ce fut seulement en 407 que les empereurs Honorius et Théodose II
promulguèrent une constitution qui leur enlevait, ainsi qu'aux idolâtres, le
droit d'avoir des esclaves chrétiens[90]. Enfin,
et pour n'omettre aucun des éléments qui entrèrent dans la composition de la
population austrasienne, il faut rappeler qu'un empereur, dont le nom n'est
pas connu, avait établi à Sicila, près de Mayence, une colonie de
bretons ; d'où vint que ce lieu prit le nom de vicus Britannorum,
qu'il portait encore au VIIIe siècle[91]. Ce
mélange de tant de races diverses doit porter à croire que l'on employait,
dans le nord-est de la Gaule, des idiomes bien différents. La langue
germanique était usitée, en effet, dans toute la vallée du Rhin, dans la
vallée inférieure de la Moselle et dans plusieurs cantons des cités de
Tongres et de Metz. Le celte était encore parlé, mais concurremment avec le
latin, dans le reste de cette contrée[92]. Dans les villes, ce dernier
idiome était presqu'exclusivement en usage, et ou ne s'avancerait pas trop en
disant qu'il était compris généralement, même dans une grande partie des
campagnes. Ausone ne craint pas d'assurer que l'éloquence des Gaulois septentrionaux
était comparable à celle du Latium[93]. Tel n'est pas néanmoins le
jugement que l'on en porterait si l'on appréciait l'état de la langue latine
d'après les inscriptions funéraires assez nombreuses que nous possédons
encore. Les solécismes y abondent, ainsi que les barbarismes, et l'on voit qu'il
existait dans le nord de la Gaule, comme en Italie, un idiome latin vulgaire,
qui a donné naissance aux langues néo-latines. On a aussi trouvé, surtout à
Trèves et à Metz, des inscriptions funéraires en langue grecque ; mais on
n'en peut pas conclure qu'elle fût parlée dans le nord de la Gaule, et il
vaut mieux admettre que toutes ces inscriptions ornaient les tombeaux des
grecs et des syriens que le commerce ou d'autres affaires avaient amenés en
Occident. Une
question plus difficile à résoudre que toutes les précédentes est celle de
savoir quel était, à la fin du Ir siècle, le nombre des habitants de la Gaule
septentrionale. Si l'on considère que ce pays avait, pendant le IIIe siècle
et le IVe, été souvent parcouru et pillé par les Germains, et si l'on se
rappelle ce qui a été dit plus haut des fâcheux effets de la législation
impériale en matière financière, on est amené naturellement à admettre que la
population était peu nombreuse. On aurait une idée fausse de l'état du pays,
si on se le représentait couvert de villages, et si l'on croyait que les
campagnes étaient partout cultivées et offraient l'image de l'abondance et de
la richesse. A cette époque, la population libre était généralement
concentrée dans les villes, où la retenaient les charges municipales.
Quelques hommes opulents, qui devaient à des privilèges particuliers d'être
exemptés de ces fonctions, étaient presque les seuls hommes libres que l'on
rencontrât dans les campagnes, où ils habitaient de magnifiques villœ
construites sur le bord des rivières et dans les lieux les plus riants. Mais,
pour bien comprendre ce que nous aurons à dire plus tard sur ce sujet, il est
indispensable de rappeler que les habitants de la Gaule, comme ceux de tout
l'Empire, étaient alors divisés en trois grandes classes : les hommes libres
ou ingenui, les coloni et les esclaves. Les hommes libres
eux-mêmes étaient partagés en trois catégories : les nobles, les
propriétaires et les artisans. La
noblesse n'était pas légalement héréditaire : elle résultait d'une concession
personnelle faite par le prince, mais il advint dans l'Empire ce que l'on
voit arriver partout : les descendants des individus revêtus d'un titre
nobiliaire obtinrent fréquemment la confirmation de ce titre, et il se forma
ainsi peu â peu une véritable noblesse, que nous retrouverons dans les
siècles suivants. Il y avait cinq classes de nobles : les illustres,
les spectabiles, les clarissimi, les egregii et les perfectissimi.
Ajoutons que leur nombre était peu considérable. Les
curiales n'étaient pas non plus très-nombreux, malgré les efforts continuels
des empereurs pour augmenter, ou du moins pour conserver cette classe
précieuse. Un trait de l'histoire de Valentinien Ier semble prouver que dans
certaines cités il n'y avait pas plus de trois curiales[94], et Libanius affirme que dans
plusieurs villes on n'en trouvait qu'un seul. ; mais il est évident que l'on
ne peut tirer de ces faits particuliers aucune conclusion générale, et le bon
sens suffit pour convaincre que dans les vastes cités du nord-est de la Gaule
les curiales formaient de véritables corporations, dont quelques-unes
devaient compter des centaines de personnes. La
troisième catégorie des hommes libres comprenait les individus qui ne
possédaient pas de propriétés foncières et vivaient soit d'une profession
libérale — rhéteurs, médecins, avocats, artistes —, soit d'un art mécanique.
Cette troisième catégorie ne pouvait avoir non plus une très-grande quantité
de membres ; car il est évident que le nombre des rhéteurs, des médecins, des
avocats et des artistes est toujours proportionné à celui de la population.
Il n'y avait pas non plus beaucoup d'artisans de condition libre ; car les
Romains et les Gaulois, qui les imitaient en ce point, méprisaient les
professions mécaniques et les abandonnaient volontiers aux esclaves. Les coloni,
qui occupaient une position intermédiaire entre ceux-ci et les ingénus,
avaient dans l'origine été des hommes libres, de petits propriétaires ruraux.
Ecrasés par les impôts, maltraités par les agents du fisc, ils avaient
successivement pris le parti de se placer sous la protection de quelque
citoyen puissant, qui les protégeait contre les exactions, mais ne leur
laissait que l'ombre de la liberté ; car les coloni, ne pouvant plus
quitter la propriété qu'ils avaient livrée à leur patron, devenaient en
quelque sorte esclaves de la terre. Tel fut le point de départ de ces patrocinia,
où certains auteurs ont voulu voir une des causes actives de
l'affaiblissement de l'Empire[95], et que les empereurs léchèrent
toujours de renfermer dans les plus étroites limites. Les coloni,
inquilini ou munsionarii — car ces trois noms avaient la même
signification — ne songeaient guère et ne pouvaient guère songer à améliorer
leur position. Ils se trouvaient dans un état de dépendance presqu'absolue à
l'égard du maître auquel ils avaient cédé leur petit domaine ; ils avaient
besoin de son approbation pour entrer dans la cléricature et dans la milice,
ainsi que pour solliciter et accepter un emploi dans l'administration ; ils
n'avaient pas le droit d'abandonner la terre qu'ils cultivaient pour aller
ailleurs jouir de la liberté ; on les ramenait à leur travail, comme des
esclaves, et la prescription trentenaire elle-même était impuissante à les
affranchir[96]. La loi les considérait comme
faisant partie intégrante du sol, et, pour nous servir de l'expression de M.
le Huérou[97], « ils figuraient à côté des
animaux sur le rôle du cens, et chaque tète humaine y était évaluée, comme s
les ceps de vigne et les plants d'olivier »[98]. Telle
était l'institution du colonat, qui sembla d'abord de nature à rendre de
grands services, et qui finit, comme presque toutes les choses humaines, par
donner naissance -à des abus. Il ne faut pas cependant s'imaginer que ces
abus aient existé partout et toujours, ni prendre à la lettre les hyperboles
de Salvien[99] et de quelques historiens
modernes. Car, malgré les efforts que firent les empereurs pour mettre des
bornes à l'extension du colonat et des patrocinia, cette plaie, si on
veut y voir une plaie, ne cessa de s'agrandir ; ce qui prouve que beaucoup de
petits propriétaires trouvaient ou croyaient trouver leur avantage dans un
arrangement qui les privait néanmoins de plusieurs droits précieux. La
diminution, de jour en jour plus considérable, des cultivateurs libres eut de
fâcheux effets pour l'agriculture. On se livre, en effet, aux travaux des
champs avec bien plus de zèle et d'ardeur quand on travaille pour soi que
lorsqu'on a la certitude de voir la plus grande partie des fruits de ses
labeurs passer entre les mains d'un maitre. D'un autre côté, beaucoup de coloni
périrai pendant les fréquentes incursions que les Barbares firent dans la
Gaule avant la fin du IVe siècle ; plusieurs, découragés par la misère,
profitèrent de ces mêmes invasions, et du désordre général qui en résulta,
pour abandonner clandestinement les domaines qu'ils avaient jusqu'alors
cultivés, et aller chercher la tranquillité et l'aisance dans les parties de
l'Empire moins exposées aux ravages des Barbares. Beaucoup de ces petits
domaines délaissés et par les coloni et par les grands propriétaires,
qui se souciaient peu de posséder des terres dont ils ne pouvaient plus tirer
parti, tombèrent entre les mains des agents du fisc, qui, pour y lever des
contributions, les offraient au premier-venu. Mais la population était si
faible et le nombre des cultivateurs libres tellement réduit, que ces offres
restaient le plus souvent sans effets[100]. Beaucoup
de terres demeurant ainsi sans maitre et sans culture, le fisc et les grands
propriétaires furent obligés d'avoir recours aux bras des esclaves, qui
depuis longtemps mettaient en valeur une bonne partie du sol. Il y avait
alors dans la Gaule, comme dans le reste de l'Empire, nombre d'esclaves de
toute nation, et la législation qui les régissait y était la même que partout
ailleurs. On attacha à la culture une plus grande quantité de ces hommes,
accoutumés, en général, à des besognes pénibles. Logés, ou pour mieux dire
casernés dans de vastes métairies, et placés sous la direction d'un
intendant, ils labouraient les domaines du fisc ou des riches propriétaires. Mais
ces domaines étaient loin d'être eux-mêmes entièrement en valeur ; la
production a toujours été réglée sur la consommation, et quand la population
se déplaçait ou diminuait, la culture décroissait immédiatement. Des cantons
entiers étaient à peu près incultes' ; on n'avait encore guère pénétré dans
les Vosges, dans le Hunds-Rück et dans la forêt des Ardennes que pour y
tracer des routes, et c'est à peine si de rares habitations étaient éparses
au milieu de ces montagnes et de cette forêt, que les Romains qualifiaient de
vastus, paludibus et confragrosis montibus saltus. Néanmoins,
ces lieux n'étaient pas tout-à-fait déserts, comme on l'a cru longtemps, et
l'on a découvert dans divers endroits, au centre même des Vosges, des ruines
attestant que l'on y avait vu autrefois des habitants et quelques traces de
culture. Quoique restreinte, ainsi qu'on vient de le dire, aux besoins de la
population, elle répandait une certaine aisance dans le pays, car les terres
étaient en général fertiles. La vigne couvrait déjà les côteaux de la vallée
de la Moselle et donnait de bons produits[101]. La prospérité parait même
avoir été très-grande dans les cantons où le sol est d'excellente qualité[102]. L'industrie
avait fait aussi des progrès dans le nord de la Gaule. Nous avons mentionné
plus haut les manufactures impériales qui existaient dans plusieurs villes.
Ausone parle des moulins à eau que l'on admirait dans quelques parties de la
Belgique, et qui étaient encore fort rares à cette époque[103]. Le travail des mines était
aussi pour certaines contrées une source de richesses. Les mines de cuivre de
Vaudrevange étaient déjà exploitées, et l'on y voit encore aujourd'hui nombre
de galeries abandonnées dont l'ouverture paraît remonter à la période
gallo-romaine[104]. Enfin,
le commerce contribuait à augmenter le bien-être de beaucoup d'individus. Le
témoignage d'Ausone ne permet pas de le révoquer en doute[105], et on a même découvert à Metz
l'inscription funéraire d'un nommé Sosius qui exerçait dans cette ville les
fonctions de consul (SOTER) pour la cité des Eburones
ou des Tungri[106]. On sait qu'il existait alors des
foires célèbres, où les négociants accouraient de toutes les parties de la
Gaule, et Sidoine Apollinaire, qui vivait dans le Ve siècle, mentionne
expressément les foires (nundinœ) de la ville de Troyes[107]. Une partie des transports se
faisait par eau sur les belles rivières qui sillonnent le nord-est de la
Gaule. Ausone l'atteste dans un passage que nous avons déjà allégué, et une
inscription trouvée à Metz en 1522, et copiée par « plusieurs scientificques
personnes qui furent assemblées pour cognoistre et interprester la
signification d'icelles lettres »[108], rappelait la corporation des
bateliers (nautœ)
de la Moselle. Les routes fournissaient aussi au commerce des débouchés
faciles. La Gaule septentrionale était, en effet, une des parties de l'Empire
où les voies romaines étaient en plus grand nombre. De Trèves partaient
quatre roules de première classe qui se dirigeaient vers Metz, Reims, Mayence
et Cologne. Arrivée à Metz, après avoir traversé Ricciacum et Caranusca,
la première donnait naissance à trois voies, d'une égale importance : l'une
conduisait à Lingones (Langres), en passant par les villes de Scarponna, Tullum
(Toul), Solimariaca, Noviomagus
et Mosa ; l'autre menait à Strasbourg par Ad-duodecimum, Decempagi,
Pons Saravi et Tabernœ, la dernière allait à Reims par Ibliodurum,
Fines, Verodunum (Verdun), Axuentia et Basilia. Ajoutons que
de Toul sortait une route conduisant également à Reims par Nasium, Caturigis,
Fines, Ariola et Fanum Minervœ. La grande voie de Trèves
à Reims traversait ou avoisinait les villes ou vici de Palatium,
Andethanna, Orolaunum, Epusum, Mosomagus, Vungus et Noviomagus, en
côtoyant la forêt des Ardennes, dans laquelle même elle pénétrait sur
certains points. La voie de Trèves à Cologne passait par Beda, Ausava,
Égorigium, Marconiagus, Belgica et Tolbiacum. Enfin, la route de
Trèves à Mayence, après avoir atteint Rigodulum et Baudobrica,
franchissait, près de Salisso, la chaîne des Vosges, gagnait Bingium
et suivait la rive gauche du Rhin jusqu'à Mayence. Une autre voie venant de
la Maxima Sequanorum longeait la même rive du fleuve, depuis Augusta
Rauracorum (Augst, près de Bâle) jusqu'à son embouchure, établissant ainsi les communications les
plus faciles entre toutes villes qui s'élevaient dans la vallée du Rhin et
les camps destinés à protéger le plat-pays. La Germania Secunda était
aussi coupée par deux voies partant de Bagacum (Bavay), et se
dirigeant : la première vers l'insula Batavorum, au milieu des vastes
plaines arrosées par l'Escaut et ses affluents ; la seconde vers Cologne,
qu'elle atteignait après avoir traversé Geminiacum, Perviciacum, Tungri,
Trajectum-ad-Mosam, Coriovallum, Juliacum et Tiberiacum. Il
n'entre pas dans notre plan de mentionner plusieurs autres voies moins
importantes, bien que rappelées dans les itinéraires anciens. Ces détails
nous entraîneraient trop loin, et nous fatiguerions encore davantage
l'attention du lecteur, si nous enregistrions toutes ces routes secondaires
que les itinéraires ne décrivent pas, mais dont on rencontre encore de toutes
parts les vestiges au milieu des campagnes et dans le sein des forêts. L'abondance
et la bonne qualité des matériaux avaient permis aux Romains de donner à ces
voies une grande solidité. Leur construction n'est pas la même partout ;
cependant, leur coupe montre, en général, deux lits de pierres, les unes
mises à plat, les autres, d'un plus fort volume, posées de champ et un peu
inclinées, et une couche de pierrailles recouvertes de moyennes pierres mises
à plat ; le tout mêlé de sable. Au-dessus de ces trois lits, dont l'épaisseur
est de plus de soixante centimètres, on étendait une couche de pierres
cassées, gros. ses comme des noix, qui, en se combinant avec la poussière et
le sable, formaient à la longue une espèce de mastic très-résistant[109]. Les
routes étaient divisées en deux classes ; les grandes voies, entretenues par
les moyens indiqués plus haut, et les voies vicinales larges de huit pieds
romains seulement — espace suffisant pour le passage de deux chars —, et que
les civitates ou même les pagi étaient obligés de tenir en état[110]. Sur les premières, et probablement
aussi sur quelques-unes des autres, on voyait de distance en distance les stationes
renfermant les relais nécessaires au service des postes ou de ce que l'on
nommait l'evectio publica. Cette evectio était de deux sortes :
le cursus velox ou poste proprement dite, pour laquelle on se servait
de chevaux ou de voitures légères[111], et le cursus clabularis,
espèce de roulage qui avait lieu au moyen de clabulœ, chariots
rustiques fournis soit par les stationes elles-mêmes, soit par les
habitants du voisinage, que l'on frappait de réquisitions à cet effet[112]. On sait que l'on ne pouvait
employer ces deux modes de transport qu'en vertu d'une permission ou d'un
brevet délivré par une autorité compétente. Le magister officiorum
avait seul le droit de délivrer des brevets de ce genre aux messagers d'état,
aux agents impériaux et aux officiers militaires employés à des commissions
spéciales ; mais les préfets du prétoire, leurs vicaires, ainsi que les consulares
et les prœsides chargés du gouvernement des provinces pouvaient en
donner à certaines catégories de fonctionnaires, militaires et civils[113]. Les
empereurs, en organisant avec tant de soin l'administration de l'Empire,
n'avaient pas négligé l'instruction publique, et les progrès que l'idiome des
Romains avait faits dans le nord de la Gaule doivent être attribués, en
partie, à l'influence des écoles établies à Trèves, et qui jetèrent un grand
éclat. On y enseignait les langues grecque et latine, la rhétorique, la
philosophie et les arts libéraux. Saint Jérôme rapporte que de son temps, et
malgré les calamités qui déjà étaient venues fondre sur la Gaule, les études
étaient très-florissantes dans cette contrée[114]. Vers la même époque, les
écoles acquirent un nouveau lustre ; car l'empereur Gratien, voulant y
attirer des professeurs plus capables, décida que leurs appointements
seraient augmentés[115]. Ce fut à Trèves
qu'enseignèrent successivement l'orateur Claudius Mamertinus et les
grammairiens Ursulus et Harmonius, dont nous lisons l'éloge dans les écrits
d'Ausone. On vit aussi briller dans cette ville, pendant le IVe siècle, le
poète Tétradius, qui, d'abord disciple d'Ausone, professa ensuite les
belles-lettres et publia des vers, auxquels il dut une certaine réputation.
Quelques écrivains ont prétendu que l'on enseignait aussi la jurisprudence à
Trèves[116], et que la schola palatina
dont il est fait mention dans le Code Justinien[117] n'était rien autre chose qu'une
école de droit établie dans le palais, et où des jeunes gens d'un mérite déjà
reconnu formaient une espèce de noviciat administratif, dans les rangs duquel
les empereurs ou les préfets du prétoire choisissaient les fonctionnaires
dont ils avaient besoin. L'idée de rencontrer à une époque aussi reculée
quelques traces de l'école du palais que nous verrons, plus tard, chez les
rois mérovingiens a quelque chose de séduisant ; mais il ne semble
malheureusement guère possible d'admettre que la conjecture de ces écrivains
ait des fondements solides. Les
arts n'avaient pas non plus été négligés. Les édifices de la période
gallo-romaine qui existent encore en entier ou dont il reste des débris
importants, comme la porte-noire, la basilique, le cirque de Trèves et
l'aqueduc de Jouy attestent que la Gaule possédait des architectes et des
ingénieurs de mérite. A la vérité, le pays ne fournissait guère de matériaux
propres à la décoration des monuments ; mais, faute de mieux, on avait
utilisé, en en tirant un assez bon parti, la syénite et les diverses espèces
de granit que les montagnes des Vosges offraient en abondance. On amenait
aussi des marbres, même des pays les plus éloignés, et un antiquaire de
Trèves a recueilli dans cette ville des échantillons de quarante espèces de
marbres, tant des Vosges que d'Italie et d'Afrique. Les moulures, les
chapiteaux, les débris de bas-reliefs et de statues, que l'on découvre assez
fréquemment- dans le nord de la Gaule, prouvent que l'art de la sculpture y
était cultivé avec soin, sans qu'il ait cependant jamais produit d'ouvrages
très-remarquables ; et quant à la distribution et à l'ornementation des
habitations, des bains, etc., on peut dire que rien dans cette contrée ne
paraît s'éloigner beaucoup de ce que l'on voyait dans le reste de l'Empire ;
les peintures sur enduit, les applications de marbres et les mosaïques sont,
avec moins de richesse, à la vérité, les mêmes que dans la Gaule méridionale,
l'Espagne et l'Italie[118]. Tous
ces détails, ou, si l'on aime mieux, toutes ces digressions sur l'état de la
société civile, ne nous ont pas encore permis de parler de l'organisation
militaire. On sait que les deux pouvoirs étaient profondément séparés dans
l'Empire depuis le règne de Constantin. Le préfet du prétoire des Gaules
était un fonctionnaire purement civil, et l'administration de la guerre,
ainsi que le commandement de toutes les forces militaires placées dans la
préfecture étaient confiés au magister militum ou maitre de la milice.
Ce personnage avait eu primitivement deux lieutenants, qualifiés magister
peditum (maitre de l'infanterie) et magister equitum (maitre de la
cavalerie) ; mais
cet arrangement paraît avoir été modifié plus tard, el, d'après la Notitia
Imperii, toutes les troupes stationnées dans la Gaule étaient sous les
ordres d'un chef nommé magister equitum, et portant le titre d'illuster,
comme le préfet du prétoire. Il avait pour lieutenants des comites et
des duces, dont chacun commandait dans un arrondissement plus ou moins
vaste, mais qui parfois n'avait pas les mêmes limites que la province dans la
capitale de laquelle la résidence du dux ou du comes se
trouvait fixée. C'est ainsi que la Germania Prima, qui sous le rapport civil
était administrée par un seul consularis, avait été divisée sous le
rapport militaire en deux gouvernements. Le premier était nommé tractus
argentoratensis, et son chef, qui avait le titre de comes rei
rnilitaris, résidait à Strasbourg (Argentoratum), et devait commander non
seulement dans la partie méridionale de la Germania Prima, mais encore
dans la Belgica Prima et peut-être même dans quelques-unes des
provinces centrales de la Gaule. La partie septentrionale de la Germania
Prima obéissait à un dux, dont le quartier-général, si on ose employer
une pareille expression, était à Moguntiacum (Mayence). La Belgica Secunda
était placée sous les ordres d'un autre dux, dont la résidence n'est
pas indiquée dans la Notitia Imperii, et on verra tout-à-l'heure qu'il
en était de même de la Germania Secunda. Ces différents officiers
n'avaient aucune prééminence réelle les uns sur les autres et portaient le
titre de spectabiles ; néanmoins les comites étaient, sous le
rapport du rang, les égaux des duces[119], contrairement à ce qui eut
lieu plus tard. Un
assez grand nombre de légions obéissaient au magister equitum et à ses
lieutenants ; mais ces légions n'avaient de commun que le nom avec les
anciennes légions romaines. Elles ne possédaient plus de cavalerie, et
l'effectif de chacune était réduit à douze, cents hommes[120]. C'étaient par conséquent des
régiments à peu près comme les nôtres, et il y avait aussi des corps de
cavalerie, dont l'organisation et la force numérique devaient être à peu près
les mêmes que celles des régiments actuels. Onze légions étaient cantonnées
dans la partie septentrionale de la Germania Prima, par conséquent
sous les ordres du dux résidant à Mayence ; ces légions et leurs
quartiers sont indiqués de la manière suivante dans la Notitia Imperii
: les Pacences à Saletio, les Menapii à Taberna ;
les Andericiani à Vicus Julius, les Vindices à Nemetes,
les Martenses à Alla Ripa, la Secunda Flavia à Vangiones,
les Armigeri à Mayence, les Bingenses à Bingen, les Defensores
à Confluentes, les Acicenses à Antunnacum ; enfin, le
corps des Balistarii, dont le rôle était de faire mouvoir les machines
que l'on employait alors pour le siège et la défense des places, était
caserné à Baudobrica. La Notitia ne nous fait pas connaître
quels étaient les régiments de cavalerie stationnés dans le même
gouvernement. Elle ne nous apprend pas non plus quels étaient les corps
placés sous l'autorité du comes de Strasbourg[121] et du dux de la Germania
Secunda ; mais on verra tout-à-l'heure quelles sont les causes de son
silence à l'égard de celui-ci, et nous dirons en même temps pourquoi le dux
de la Belgica Secunda n'avait à sa disposition, outre un corps de
soldats de marine, qui montaient sans doute les vaisseaux ou bateaux destinés
à la défense des embouchures du Rhin, de la Meuse et de l'Escaut, que la
légion des Nervii et un régiment de cavalerie dalmate (equites Dalmatœ), cantonnés tous deux au midi de
.ce dernier fleuve. En
parcourant la liste des corps d'infanterie et de cavalerie chargés de la
défense de la Gaule, on est frappé de la grande quantité de noms germains que
l'on y rencontre. Ainsi, on voit figurer dans l'infanterie les Mattiaci
juniores, les Salii seniores, les Bructerii, les Ampsivarii,
les Batavi, les Batavi juniores, les Atecotti Honoriani
seniores, les Matuaci juniores Gallicani, les Ascarii Honoriani
seniores, les Lancearii Sabarienses, les Menapii seniores,
les Germaniacenses, et dans la cavalerie les Batavi seniores et
les Batavi juniores. Tout porte à croire, du reste, que plusieurs des
légions mentionnées dans la Notitia Imperii étaient formées de ces
soldats stationnaires que les monuments anciens désignent par la
qualification de limitanei, parce qu'ils étaient plus particulièrement
préposés à la garde des frontières. Les soldats limitanei pouvaient se
marier[122] ; c'était ordinairement parmi
leurs enfants que les corps se recrutaient, et les campements ou les
garnisons immobilisés de la sorte dans les vallées du Rhin et du Danube
ressemblaient plutôt à des colonies qu'à autre chose. C'était, en un mot, une
institution analogue à celle des régiments des frontières que les
empereurs d'Allemagne ont organisés dans la Croatie et l'Esclavonie, pour
mettre ces provinces à l'abri des incursions des Turcs. Tout ce
qui avait rapport à la nourriture, à l'habillement et peut-être à l'armement
des troupes était le domaine d'une classe de fonctionnaires qui avaient le
titre d'agentes in rebus. A la fois intendants militaires et
fournisseurs, ils étaient même chargés d'inspecter l'evectio publica.
Ces importantes fonctions étaient remplies, depuis longtemps, dans le
nord-est de la Gaule par une puissante famille de Trèves, celle des Secundini,
que nous retrouverons plus tard dans les mêmes lieux, et dont le magnifique
monument funéraire d'Igel[123] atteste l'opulence. Nous
avons dit, en parlant des différents commandements militaires, qu'à l'époque
où fut rédigée la Notitia Imperii il n'y avait de troupes romaines ni
dans la Germania Secunda, ni dans la partie septentrionale de la Belgica
Secunda. Or, comme il y avait un dux dans chacune de ces deux grandes
provinces[124] ; que ces duces n'étaient pas
des fonctionnaires civils, et que les provinces dont il s'agit étaient
peut-être les plus exposées aux courses des Barbares, il est impossible
d'admettre qu'elles fussent abandonnées à elles-mêmes, et on doit supposer
qu'elles possédaient une force militaire quelconque chargée de les protéger.
Cette force existait, en effet, et nous allons voir quelle était sa nature. En
énumérant les différentes peuplades germaines qui se fixèrent dans la Gaule
septentrionale, avec l'assentiment des empereurs, pendant les quatre premiers
siècles de l'ère chrétienne, nous avons omis de rappeler deux petits peuples,
ou, si l'on aime mieux, deux tribus dont l'établissement présente un
caractère particulier. Les premières acceptèrent, en traversant le Rhin, les
conditions qu'il plut aux empereurs de leur imposer ; elles occupèrent les
terres vacantes que le fisc leur abandonna ; elles les mirent en valeur, et,
outre l'avantage de rendre à la culture des domaines qui furent frappés
d'impositions, comme ceux des Gaulois, l'état trouva chez ces Germains une
pépinière d'excellents soldats, dont les légions avaient grand besoin. Mais
quand l'affaiblissement de l'Empire devint plus sensible, les Barbares se
montrèrent plus exigeants. Lorsque, dans la seconde moitié du IVe siècle, les
empereurs voulurent transplanter dans la Gaule quelques-unes des tribus qui
en menaçaient continuellement les frontières, ils furent obligés à leur tour
d'accepter certains arrangements qu'ils auraient repoussés autrefois ; et
tandis que les Ubii et d'autres traversaient le Rhin comme sujets de
l'Empire, les tribus qui vinrent plus tard s'établirent sur le sol gaulois en
qualité de fédérés (fœderati). Nous
avons à dessein laissé jusqu'à présent de côté tout ce qui pouvait se
rattacher à la nation, ou pour mieux dire à la confédération des Francs ;
mais le moment d'en parler est enfin venu, et désormais ils vont jouer dans
notre récit un des rôles principaux. Chacun sait que les historiens latins
comprennent sous le nom générique de Francs ou Franci plusieurs petits
peuples germains qui habitaient entre l'Elbe et le Rhin inférieur, tels que
les Frisii, les Salii, les Angrivarii, les Cauchi
ou Cauci, les Chamavi, les Cherusci, les Attuarii,
les Tencteri, les Bructeri, etc. L'étymologie du nom de Franci
que ces historiens employaient pour désigner la confédération est tout-à-fait
inconnue. Deux écrivains anciens, dont l'un parait avoir été d'origine
barbare, Sulpicius Alexander[125] et Renatus Profuturus
Frigeridus[126], avaient recueilli avec soin
toutes les traditions relatives à l'histoire primitive des Francs ; mais
leurs ouvrages ont péri, et l'on a trop souvent suppléé à leurs récits par
des conjectures. Du reste, il ne faut pas accuser le moyen-âge seul d'avoir
débité des fables sur l'origine des Francs. Saint Jérôme, à la fin du IVe
siècle ou au commencement du Ve, les faisait descendre des Troyens et
prétendait que leur nom venait d'un prétendu Francio, fils du roi
Priam[127]. Repoussée par Grégoire de
Tours et admise par Frédégaire, cette opinion fut également soutenue par Paul
Warnfried, plus connu sous le nom de Paul Diacre[128], et passa pendant plusieurs
siècles pour une vérité incontestable. Tout ce
que l'on sait de positif sur les Francs, c'est qu'ils appartenaient à la race
germanique, et les différentes tribus dont nous avons rapporté les noms ne
cessèrent, surtout pendant le Ille siècle et la première moitié du IVe, de
menacer et d'insulter les frontières septentrionales de la Gaule. Les
empereurs, las de tant d'incursions, firent tous leurs efforts pour
débarrasser ce pays d'aussi redoutables voisins. Ils tentèrent, non sans
succès, de les diviser, de les amener à combattre les uns contre les autres ;
ils réussirent, par l'offre de terres fertiles ou d'une paie considérable, à
en attirer un grand nombre sur le territoire de l'Empire[129] ; beaucoup furent incorporés
dans les légions ; des corps entiers furent même formés avec ces
nouveaux-venus, et l'on en vit plusieurs parvenir, grâce à leur courage et à
leur intelligence, aux emplois militaires les plus élevés[130]. Toutefois, les tribus
elles-mêmes n'avaient pas quitté les pays qu'elles habitaient, et l'empereur
Julien eut le premier l'idée d'en transplanter quelques-unes dans la Gaule,
en les chargeant de défendre une contrée qu'elles avaient attaquée si
souvent. Une des principales et des plus redoutables tribus était celle des Salii
ou Saliens, à laquelle les Romains ou les Francs eux-mêmes avaient donné ce
nom[131], parce qu'elle habitait depuis
longtemps le canton arrosé par un bras du Rhin que l'on appelait Sala[132], et qui, se détachant du cours
principal du fleuve non loin de Burginatium, se dirigeait vers le nord
et traversait le lac Flevo avant d'aller se jeter dans l'Océan. Julien
proposa à cette tribu de venir occuper les vastes plaines qui s'étendaient
entre le cours inférieur de la Meuse, l'Escaut et la Sambre. Ces plaines
avaient reçu le nom de Toxandria[133]. Les Saliens acceptèrent
l'offre de l'empereur et vinrent s'établir dans ce pays, avec leurs femmes,
leurs enfants et leurs troupeaux[134]. Si l'on
prenait à la lettre le passage dans lequel Ammien Marcellin rapporte cet
évènement, il faudrait admettre que d'autres Francs, ceux que nous allons
voir désignés sous le nom de Ripuarii ou Ripuaires, avaient été
transplantés par Julien dans les cantons de la Germania Secunda compris entre
les cours inférieurs du Rhin et de la Meuse ; mais un passage d'une lettre
adressée aux Athéniens par cet empereur ne permet pas d'adopter une pareille
idée ; car les Chamavi ou Chamaves, qu'il avait, dit-il, chassés de la
Gaule, formèrent avec une autre tribu, celle des Bructeri, la nouvelle
peuplade dont nous venons de parler. Cependant, et bien que les Chamaves
eussent été repoussés de l'autre côté du Rhin, plusieurs d'entr'eux et
peut-être même quelques fractions de la tribu obtinrent la permission de
rester ou de revenir dans la Gaule, à des conditions qui ne devaient inspirer
aucune inquiétude ni à Julien, ni à ses successeurs. Ces émigrations
partielles des Chamaves semblent s'être renouvelées pendant les années qui
suivirent la mort de Julien. Les Francs, affaiblis par tant de guerres et
d'excursions qui n'avaient pas toujours été heureuses pour eux, ne formaient
plus guère à cette époque que deux groupes principaux : les Saliens, dans la
tribu desquels s'étaient fondues sans doute quelques-unes des peuplades
nommées plus haut, et qui, désormais établis sur le territoire de l'Empire,
allaient contribuer à sa défense[135], et une confédération, où se
trouvaient mêlés et confondus les Chamaves, les Bructères et d'autres petits
peuples, notamment les Catti et les Angrivarii[136]. Malgré les émigrations
successives qui avaient eu lieu depuis le règne de Julien, cette dernière
confédération occupait toujours la rive droite du Rhin depuis Mayence
jusqu'au-dessous de Cologne, et les empereurs ne cessaient de prendre des
précautions pour l'empêcher de franchir le fleuve. Ce fut bien certainement
contre elle que les lieutenants du tyran Maxime combattirent pendant l'année
388[137]. L'année suivante, le Franc
Arbogast, que son mérite avait élevé au commandement des troupes romaines
cantonnées dans la Gaule, fit éprouver plusieurs échecs à Marcomir et à
Sunnon, rois des Chamaves et des Bructères, et les contraignit à donner des
otages pour répondre de leur tranquillité future, et de la restitution du
butin enlevé dans l'excursion de 388. Un peu après, en 392, Arbogast et
Eugène, qu'il avait proclamé empereur, marchèrent contre les mêmes tribus et
remportèrent sur elles divers avantages[138]. Ces hostilités paraissent
avoir été les dernières qui aient eu lieu entre l'Empire et la confédération
qui obéissait à Marcomir et à Sunnon, et ce doit être deux années plus tard,
en 394, que Théodose-le-Grand, devenu maître de tout l'Empire, permit enfin à
cette confédération de traverser le fleuve et de venir se fixer, aux mêmes
conditions que les Saliens, sur les vastes territoires inhabités et incultes
que le fisc possédait dans la Germania Secunda[139]. Aucun témoignage formel de
l'Antiquité ne fixe, à la vérité, la date de cet événement ; mais on ne voit
pas qu'il puisse être plus ancien, et, d'un autre côté, la Table
Théodosienne, tracée vers la fin du IVe siècle ou les premières années du
Ve, place sur la rive gauche du Rhin, un peu au nord de Cologne, un peuple
dont le nom se lit PARISI. Il est évident que cette forme bizarre est le résultat d'une
erreur imputable à un des trois ou quatre copistes qui ont exécuté
successivement les différentes transcriptions de la Table, grâce auxquelles
ce précieux monument est venu jusqu'à nous. Valois a pensé, et on ne peut
raisonnablement différer d'avis, que l'on doit lire RIPARI, combinaison qui conserve, sauf
une seule, toutes les lettres du mot PARISI, qu'un scribe inattentif a aisément substitué à la
forme primitive[140]. L'existence
du nom dont il s'agit et l'application qui en fut faite à la confédération
des Chamaves et des Bructères n'ont rien qui doive nous étonner. La portion
de la civitas de Colonia Agrippina qui bordait le Rhin, et dans
laquelle la confédération se fixa avec l'autorisation de Théodose, formait un
pagus appelé Riparius ou Ripuarius[141], parce qu'il constituait, en
quelque sorte, la rive (ripa) de ce grand fleuve ; et, de même que les Francs
fixés dans les vallées du Sigus et de la Sala avaient fini par
être nommés Sicambri et Salii, de même les Francs mis en
possession du vaste pagus dont nous parlons furent désignés et se désignèrent
eux-mêmes par le mot Riparii[142], qui signifiait soit habitants
du pagus Riparias, soit encore gardiens de la rive ou ripa[143]. Ce qui pourrait porter à
admettre que cette dernière explication est la mieux fondée, c'est que
plusieurs des corps de milites limitanei cantonnés dans la Germania
Secunda étaient parfois appelés milites riparii[144], et que le mot riparius
est traduit dans de vieux glossaires par l'expression grecque όχθοφύλαξ,
qui a précisément la même signification[145]. Cependant la première
explication, celle qui rendrait ripuarius par habitant du pagus
ripuarius, est peut-être la plus sûre, et le pagus est rappelé
dans quelques documents d'une haute antiquité. Le titre XXXI de la Lex Ripuariorum le
mentionne deux fois sous les noms de pagus Ripuarius (article 3) et de provincia Ripuaria
(article
5). Les diplômes de
l'ancien monastère de Werthina, situé sur la Roër, à peu de distance
de Ruremonde, offrent bien souvent le nom de ce pays sous la forme de pagus
Ripoariorum ou même de pagus Riporum[146]. Il est appelé pagus
Riubarinsis ou Ribuarinsis dans le Gesta Francorum epitomata
(c.
XXXVIII), pagus
Ripuerinsis dans le quatrième continuateur de Frédégaire (c. 125), Riboarius et Ribuarius
dans les partages faits sous le règne de Louis-le-Débonnaire[147], et enfin pagus Ripuariorum
dans les Annales Bertiniani (à l'année 837). Il est
aujourd'hui bien difficile d'indiquer, même approximativement, les limites du
territoire que Théodose abandonna à la confédération des Chamaves et des
Bructères. Il ne parait pas néanmoins qu'ils se soient avancés au-delà du pagus
Ripuarius, ni qu'ils aient franchi le cours de la Rura (Roër). Le pays que la confédération
occupa devait former un carré très-allongé, dont les villes de Rigomagus,
Marcomagus, Vetera Castra et Mediolanum auraient marqué les quatre
angles[148]. On ne peut guère supposer
qu'elle fût alors en état de peupler un pays plus vaste. En effet, tous les
membres de la confédération ne traversèrent pas le Rhin dans ce moment ;
quelques-uns d'entr'eux restèrent, pour des raisons inconnues, sur la rive droite
du fleuve, et c'est là précisément ce qui explique comment les Gallo-Romains
pouvaient, comme Claudien le remarque, parcourir avec sécurité les pays
situés entre l'Elbe et le Rhin, et possédés par un peuple auquel l'empereur
venait de rendre un pareil service. La Table Théodosienne, tracée postérieurement à
l'émigration des Chamaves et de leurs alliés, place les Bructères, qu'elle
appelle Burcturi, sur la rive droite du Rhin, et elle désigne par
le nom de Francia la contrée qui s'étendait au nord entre ce fleuve et l'Elbe
; d'où il faut conclure qu'elle était encore habitée par un certain nombre de
Francs. Plus tard, nous verrons les Ripuaires posséder tranquillement, et à
titre d'anciens propriétaires, les cantons qui faisaient face à la Germania
Secunda, notamment la fameuse forêt Buchonia ou Buchovia, laquelle couvrait une grande
partie des pays compris entre la Luppia (Lippe) et le Mœnus (Mein). Les Francs qui n'avaient pas
quitté ce territoire finirent par prendre, comme ceux dont nous avons
rapporté l'émigration, le nom de Ripuarii, et la contrée elle-même est
appelée Ripuaria dans les Annales Laureshamenses (782). Le
nombre des Chamaves, des Bructères et des autres Francs qui vinrent s'établir
dans la Germania Secunda était donc peu considérable. Les Saliens, qui
avaient occupé, une trentaine d'années auparavant, le nord de la Belgica
Secunda, étaient aussi en petite quantité. Le fait est aujourd'hui
généralement reconnu[149], et s'il pouvait encore
s'élever quelqu'objection sur ce point, il suffirait, pour y répondre avec
avantage, de présenter les observations suivantes : 1° la langue germanique
n'a prévalu que dans les civitates dont le fond de la population
était formé par les peuplades germaines admises depuis longtemps sur le
territoire de l'Empire ; et 2° l'examen attentif des noms des villages et des
hameaux situés dans les civitates où la langue latine a conservé
son empire prouve, d'une manière péremptoire, que bien peu de Francs Saliens
ou Ripuaires se fixèrent dans les civitates méridionales des deux
Belgiques. Mais nous' nous bornerons à indiquer sommairement ces
observations, sur lesquelles nous aurons occasion de revenir avec détail. C'est,
au contraire, ici le lieu d'expliquer à quelles conditions les confédérations
des Saliens et des Ripuaires furent admises dans le nord de la Gaule. On peut
affirmer d'abord que, leur émigration étant le résultat d'un arrangement
amiable, aucun des possesseurs du sol — et il devait en rester encore
beaucoup — ne fut dépouillé de sa propriété. Les Francs se contentèrent de
prendre les terres qui appartenaient au fisc et les domaines dont les maîtres
avaient disparu, sans laisser de représentants, et comme les
nouveaux-arrivants étaient en assez petit nombre, il est probable même qu'ils
trouvèrent plus de champs qu'ils ne pouvaient en cultiver. En second lieu,
les Francs ne pénétrèrent pas dans les villes. Celles-ci continuèrent à être
occupées exclusivement par les anciens habitants ; elles conservèrent leurs
municipes, leurs magistrats, en un mot toute leur ancienne organisation ; de
plus elles nu cessèrent pas d'être la résidence des officiers impériaux, dont
l'autorité s'étendit, comme autrefois, sur ce qui restait dans les campagnes
de gallo-romains et même de germains établis depuis longtemps dans le pays[150]. On vit alors en présence dans
les civitates septentrionales de la Gaule deux sociétés bien
différentes, deux peuples entièrement distincts, Mais non ennemis. C'est pour
désigner quelque chose de pareil que Fortunat employait plus tard des
expressions qui étaient peut-être déjà en usage au commencement du Ve siècle
: Romania et Barbaries. La. Romania était la société gallo-romaine, fidèle à
ses vieilles coutumes et régie par la législation impériale ; la Barbaries
était la nation des Francs, qui gardait une partie des usages germaniques, et
dont le droit civil n'eut d'abord rien ou presque rien de commun avec celui
de l'Empire. L'étonnement
que doit inspirer le parti que prirent les empereurs, à taie époque où la
puissance romaine était encore entourée d'un certain prestige, d'accorder des
conditions tellement favorables à deux peuples aussi faibles que les Saliens
et les Ripuaires, cet étonnement cesse quand on se rappelle combien le nord
de la Gaule avait besoin d'être repeuplé, et quand on connaît au juste les
conditions auxquelles les Francs se soumirent de bonne grâce. Voisins
plutôt gênants que dangereux, ils avaient plusieurs fois franchi le Rhin,
soit par surprise, soit lorsque les troupes romaines avaient été obligées de
s'éloigner momentanément, et leurs ravages n'avaient pas peu contribué au
dépérissement visible de cette partie de l'Empire ; mais ils n'avaient jamais
réussi à garder un pouce de terre sur la rive gauche du Rhin, et on peut même
dire qu'ils n'ont en aucun temps soutenu une véritable guerre contre l'Empire[151]. Aussi les écrivains latins et
grecs n'en parlaient souvent que d'une manière assez méprisante. Sidoine
Apollinaire, à la vérité avec l'exagération ordinaire aux poètes, peint les
Saliens comme des barbares tremblants dans les marais voisins du Wahal[152]. Salvien, qui n'exagérait guère
moins, bien qu'il écrivit en prose, les regardait comme incapables de
comprendre la valeur d'un serment[153]. Procope les juge avec autant
de sévérité et ajoute que, pendant longtemps, ils avaient occupé un des
derniers rangs parmi les nations voisines de l'Empire[154]. Jornandès prétend même qu'ils
n'étaient entrés sur le territoire romain que comme auxiliaires soldés, et
non en qualité de fœderati[155] ; et l'assertion était vraie en
un sens ; car, ainsi qu'on l'a vu plus haut, beaucoup de Francs avaient
isolément pris du service dans les armées romaines ; des corps entiers
avaient été recrutés parmi eux, et la Notice de l'Empire mentionne neuf régiments
d'infanterie et trois de cavalerie composés de Francs, et tenant garnison en
Gaule, en Espagne, à Constantinople, en Phénicie, en Egypte et en
Mésopotamie. Tous
ces étrangers servaient aux mêmes conditions que les Romains, ou, pour mieux
dire, ils devenaient romains le jour où ils entraient dans l'armée. Mais il
n'en était pas ainsi des nations entières qui étaient reçues par suite d'un
traité, et occupaient certains pays que leur assignaient les empereurs. Il ne
faut pas croire toutefois qu'une pareille cession fût pleine et complète. On
ne leur abandonnait que le domaine utile des campagnes, à titre de solde, et
jamais ils n'étaient entièrement soustraits au contrôle de l'autorité
impériale[156]. Au contraire, ils faisaient en
quelque sorte partie intégrante de l'Empire ; comme on l'a très-bien dit, « ils
figuraient à leur rang dans le cadre administratif qui le gouvernait »,
et Valentinien III s'exprimait avec exactitude quand, au moment de l'invasion
des Huns, il écrivait à Théodoric roi des Wisigoths : « Secourez l'Empire,
dont vous êtes membre ». Les barbares fédérés ne faisaient pas
difficulté d'en convenir et prenaient, en toute circonstance, le titre
modestes d'hôtes (hospites), comme pour déclarer qu'ils
étaient trop heureux d'être reçus au nombre des sujets de l'empereur[157]. Les
domaines qu'on leur livrait, en échange du service militaire, étaient,
conformément à ce qui se pratiquait depuis longtemps pour les milites
limitanei,
partagés en un certain nombre de portions appelées sortes[158]. Les milites
limitanei
avaient, comme nous l'avons dit, la permission de se marier ; la sors — espèce de bénéfice militaire
— remise à chacun d'eux restait dans la famille, tant qu'il s'y trouvait un
homme en état de faire le service dont la jouissance du bénéfice était la
récompense, et la vie de saint Martin nous offre un exemple célèbre de
l'application de cette loi. Plusieurs auteurs, s'appuyant sur un texte de
l'historien Lampride[159], ont cru que l'empereur
Alexandre Sévère avait te premier organisé ces légions des frontières, qui
rendirent pendant longtemps de grands services à l'empire romain ; mais il
parait bien démontré que l'institution est plus ancienne, et que précédemment
des terres appartenant au fisc avaient été distribuées à des essaims de
barbares que les empereurs voulaient fixer sur le sol de l'Empire, notamment
aux Bataves, qui, dès le règne d'Auguste, vinrent habiter l'espèce d'île à
laquelle on donna leur nom[160]. A partir du règne d'Alexandre
Sévère, ce système de défense, consistant dans l'organisation sur les
frontières de corps permanents toujours prêts à protéger un pays qu'ils
regardaient désormais comme le leur, ce système prit une extension
extraordinaire[161]. Barbares et Romains
s'engagèrent à l'envi dans les légions des frontières ; on appliqua le même
principe aux peuplades germaines et autres qui étaient les plus gênantes, et
divers écrivains ont pensé que la féodalité est le produit naturel de cette
création des bénéfices militaires continuée par les empereurs pendant trois
ou quatre siècles, plutôt que la conséquence de coutumes germaniques dont les
Francs avaient dû perdre la mémoire pendant qu'ils habitaient le territoire
romain avec le simple titre de fédérés. Ajoutons que ces écrivains ont aussi
prétendu, et avec raison selon nous, que les sortes dont il est question
fréquemment dans les codes des nations barbares ne sont autre chose que les
domaines concédés aux guerriers de ces nations par les empereurs, et plus
tard par les rois, et qu'il est question de ces mêmes domaines dans le fameux
passage de la loi des Francs Saliens où il est dit que la terra
Salica ne peut
jamais passer aux femmes[162], disposition qui se comprend
aisément si les terres dont il est parlé étaient réellement des bénéfices
romains, régis par les lois impériales et astreignant leurs possesseurs au
service militaire[163]. Quoiqu'il
en soit, il est impossible d'admettre que les Francs Saliens et Ripuaires
aient été soumis à d'autres charges que les milites limitanei barbares ou romains. Comme eux,
ils obtinrent le privilège de ne payer aucune imposition. Le soldat romain
jouissait de l'immunité pour lui-même à partir du jour de son incorporation[164]. Le même privilège était
accordé à sa femme, dès qu'il avait servi pendant cinq ans dans les légions
des frontières, et le privilège s'étendait même à son père et à sa mère, si
le soldat était dans un des corps de la garde impériale[165], ou s'il avait été inscrit au
nombre des vétérans[166]. L'exemption de la capitation
n'était pas la seule dont jouit le vétéran ou le miles
limitaneus, car
le bénéfice qui lui avait été remis n'était pas frappé de l'imposition
foncière. Tous les bénéfices avaient été formés de terres appartenant soit à
la res privata, soit aux sacrœ largitiones, divisions du fisc comme nous
dirions aujourd'hui, et on sait que la res privata et les concessions de terres
faites sur les possessions des sacrœ largitiones étaient exemptes de l'impôt
ordinaire[167]. Il
résulte des notions précédentes que presque tous les Francs, soit Saliens,
soit Ripuaires, ne payaient rien au fisc ; ceux qui étaient venus en corps de
nation, et sous la conduite de leurs rois, en vertu même du titre de leur
établissement et de la nature des terres qu'on leur avait abandonnées ; et
ceux qui s'étaient fixés antérieurement et isolément dans, la Gaule, à raison
de la nature des services qu'ils rendaient, puisque les uns étaient
incorporés dans les légions, et que les autres étaient attachés au service du
prince et faisaient partiie de la militia palatina. Ces deux qualités assuraient à
ceux qui en étaient pourvus l'immunité et pour leurs biens propres, en
vertu du privilège commun à tous les membres de la milice, et pour leurs beneficia, d'après les principes de la
législation impériale[168]. Cependant, tous ces privilèges
s'effaçaient pour un moment lorsque les besoins du trésor public obligeaient
l'empereur à publier une superindiction, c'est-à-dire à lever un impôt
extraordinaire, et les possesseurs de bénéfices militaires étaient forcés, comme
les simples citoyens, de contribuer aux dépenses de l'état[169]. Telles étaient les
dispositions législatives concernant les bénéfices, et nous avons jugé à
propos d'insister un peu sur un point d'aussi grande importance, parce que
nous aurons, dans la suite, occasion d'y revenir, peut-être plus d'une fois. L'obligation
du service militaire était donc la seule qui fût imposée aux Barbares
fédérés, et on peut se demander encore si elle atteignait tous les membres de
la nation : ceux qui n'avaient pas obtenu de sortes ou de beneficia, comme ceux qui en avaient. Le
nombre des premiers devait être bien peu considérable, puisque chacun des
Francs en état de porter les armes avait naturellement demandé un domaine, et
que, d'ailleurs, il y avait plus de terres vacantes qu'ils ne pouvaient en
occuper. Néanmoins, il parait que, pour un motif ou un autre, plusieurs
Francs n'en avaient pas. Quelques savants ont pensé que ces Francs étaient
également astreints au service militaire, dont il leur était cependant loisible
de s'exempter en payant une amende[170]. C'est ce que semblent établir
une disposition de la Lex Ripuariorum[171] et deux passages de Grégoire de
Tours[172] ; et on peut ajouter que les
rois Francs, en traitant avec les empereurs, ont dû prendre, en retour des
avantages qu'ils recevaient, l'engagement de fournir un contingent aussi
considérable que possible. Il ne faut pas oublier, en effet, et nous aurons
encore plus d'une fois l'occasion d'en faire la remarque, que l'établissement
des Francs dans la Gaule septentrionale eut un caractère tout militaire ;
c'était moins une nation qu'un corps d'armée, prêt à marcher au premier
ordre, et nous verrons plus loin que, pendant plusieurs siècles, on employa
pour désigner le peuple Franc non pas les expressions gens ou natio, qui étaient cependant les plus
naturelles, mais le mot exercitus (armée), dont la signification ne peut
laisser aucun doute sur l'idée que l'on se faisait de ces barbares et de leur
rôle. L'exemption
de l'impôt n'était pas le seul privilège qu'ils eussent obtenu ; ils avaient
également celui de ne pas être soumis, en matière de droit privé, aux
prescriptions de la loi romaine, et de conserver l'espèce de code auquel
leurs ancêtres avaient obéi, et que la tradition transmettait d'une
génération à une autre. Ils
avaient de plus le droit de ne recevoir que par l'intermédiaire de leurs rois
les ordres des officiers romains, c'est-à-dire du maître de la milice, le
seul qui eût à s'occuper ordinairement de leurs affaires. Il ne faut pas
s'étonner, du reste, si l'on voit les rois des Saliens et des Ripuaires obéir
aux injonctions d'un simple général. Le titre de roi, entouré maintenant d'un
si grand prestige, n'avait pas alors le même caractère. Les magistrats
romains se croyaient fort au-dessus des petits rois barbares, et ceux-ci
n'avaient pas d'eux-mêmes une idée beaucoup plus relevée. Leur véritable
titre était celui de konüng, qui se donnait même, chez les
Francs, à tous les individus constitués en dignité[173]. Les Romains, ne pouvant
traduire ce mot par celui de dux, qui en était le meilleur équivalent, mais que la
hiérarchie militaire avait adopté, le rendirent par l'expression rex, sans y
joindre l'idée d'un pouvoir considérable ; et cela est si vrai, que les
écrivains grecs ne voulurent jamais traduire konüng par βασιλεύς,
titre qui fut toujours réservé aux empereurs ; et, après avoir employé tantôt
le mot άρχων, et tantôt celui d'άρχηγος,
qui leur semblaient convenables, ils finirent par forger, ou plutôt par
adopter le substantif ρήξ, depuis longtemps à l'usage des
écrivains latins. Quelquefois même, ceux-ci se servaient du diminutif regulus, qui leur paraissait mieux
encore que rex exprimer le peu d'estime que méritait le titre de konüng[174]. Quand on parcourt les écrits
des auteurs latins du Ve siècle et du VIe, on voit, et Du Bos en a déjà fait
l'observation[175], que les mots regnum et regnare n'avaient pas le sens qu'on
leur donne maintenant, et qu'alors ils signifiaient gouvernement et
gouverner. Les droits dont les petits rois barbares jouissaient envers leurs
sujets étaient dans l'origine extrêmement limités. Cependant, deux
circonstances contribuèrent à accroître peu à peu la puissance de ces rois.
Ils avaient depuis des siècles l'habitude d'attacher à leur personne une
certaine quantité de guerriers plus ou moins renommés, que l'on appelait les hommes ou les leudes (du
mot germain leute)
du roi[176]. Il est évident que ces leudes
avaient été peu nombreux tant que les ressources du prince s'étaient trouvées
restreintes ; mais lorsque les Francs furent bien établis sur, le sol de la
Gaule, les chefs, enrichis par les concessions de terres que les empereurs
leur avaient faites et par les pensions qu'ils leur payaient, entretinrent
une plus grande troupe de leudes, et leur influence sur la peuplade entière
s'accrut dans la même proportion. D'un autre côté, la royauté chez ces tribus
barbares était élective ; seulement le choix devait toujours porter sur un
membre de la famille royale. Les officiers romains profitèrent d'un pareil
usage, parvinrent, à force d'argent ou de promesses, à se rendre maîtres des
choix, et les firent tomber sur des princes qu'ils regardaient comme plus
propres que d'autres à remplir les vues du gouvernement impérial[177] ; et ces princes, qui devaient
tout au gouvernement et se sentaient appuyés par les préfets du prétoire de
la Gaule, tâchèrent non seulement de tenir leurs sujets en paix, mais encore
d'augmenter leur propre autorité ; dont les préfets ne se montraient nullement
jaloux. Les rois Francs, malgré l'accroissement de leur puissance, n'avaient
pas, en effet, la prétention de se regarder comme les égaux des préfets du
prétoire et des maitres de la milice. Leur plus grande ambition était même
d'obtenir des titres qui les fissent entrer dans la hiérarchie de
l'administration impériale. Le roi des Francs Mellobaud était fier d'être comes
domesticorum[178], et tous n'eurent pas semblable
avantage. Les rois des Saliens et des Ripuaires étaient directement placés
sous l'autorité du maître de la milice de la Gaule, lequel portait, comme on
l'a dit, le titre de magister equitum. Sans parler de la surveillance
que les deux rois exerçaient dans la vallée inférieure du Rhin, et qui avait
pour but d'empêcher les Frisons et d'autres Barbares de franchir le fleuve,
ils étaient obligés — et nous en verrons au moins deux exemples dans le
chapitre suivant —, lorsqu'ils en recevaient l'ordre du magister
equitum, de
réunir aussitôt l'exercitus Francorum ou l'armée des Francs, et soit
de la diriger eux-mêmes, soit de la faire conduire sur le point qui leur
avait été indiqué, et où elle passait immédiatement sous le commandement des
généraux romains[179]. On ignore si la durée de ce
service était illimitée, ou si les Francs pouvaient, au bout d'un certain
temps, reprendre le chemin de leurs demeures. Il est probable toutefois que
le magister equitum avait droit de les retenir autant qu'il le jugeait
à propos, et, d'ailleurs, comme les provinces les plus menacées étaient
précisément celles qu'ils occupaient, ils se trouvaient plus intéressés que
personne à ce que le cours des opérations militaires ne fût pas interrompu.
Mais nous ne pensons pas que la convention par suite de laquelle ils avaient
été autorisés â franchir le Rhin les obligeât à servir l'Empire hors de la
Gaule, et on verra plus loin que telle ne parait pas avoir été l'intention
des empereurs Julien et Théodose. A côté
des Francs fédérés, à côté des tribus germaniques qui avaient renoncé à leurs
usages et à leurs lois pour obtenir des terres dans les provinces
septentrionales de la Gaule, on y voyait encore d'autres essaims de barbares,
que l'on désignait par les noms de gentiles, de lœti ou leti, de dedititii et d'homologi. Le premier de ces noms semble
indiquer que ces essaims étaient formés de barbares appartenant à des nations
diverses. Le second, qui est une traduction latine du germain leute, offre à peu près la même
signification que le premier. Le troisième rappelait que ces barbares avaient
été faits prisonniers par les troupes impériales et conduits dans l'intérieur
de la Gaule, où ils avaient reçu des terres, à condition de les cultiver et
de fournir des recrues pour l'armée[180]. Des raisons politiques, dont
il est impossible maintenant d'apprécier la valeur, avaient engagé les
empereurs à ne pas soumettre les colonies létiques aux magistrats ordinaires,
et chacune d'elles obéissait à un officier, appelé prœfectus, et qui réunissait probablement
dans sa personne tous les pouvoirs civils et militaires. Le prœfectus devait être un fonctionnaire du
même genre que les colonels des régiments croates des frontières, lesquels
administrent leurs subordonnés en temps de paix, et les conduisent sur les
champs de bataille lorsque la guerre vient à éclater. De plus, les prœfecti étaient, comme les rois des
Francs fédérés, placés sous les ordres du magister equitum. La Notice
de l'Empire
mentionne les principales colonies létiques de la Gaule. Beaucoup
d'entr'elles se trouvaient dans les provinces centrales, mais on en voyait
aussi dans les provinces du nord-est. La colonie des lœti
Lingonenses
était dispersée dans divers cantons de la Belgica Prima ; celle des lœti
Actores était
établie dans les environs d'Epusum, où résidait le prœfectus, et celle des lœti
Nervii autour
du lieu appelé Fanum Martis, qui était son quartier-général. Les lœti
Lagenses
habitaient près de Tongres ; les lœti Gentiles entre Reims et Silvanectœ (Senlis) ; enfin, une des nombreuses
colonies de Sarmates était entre Reims et Amiens ; une seconde dans les
environs de Lingones (Langres), et une troisième dans le Hunds-Rück,
entre Trèves et Mayence[181]. La présence de ces essaims de
Sarmates établis dans la Gaule a quelque chose d'extraordinaire ; mais Ammien
Marcellin[182] nous apprend que, sous le règne
de Constantin-le-Grand, les Limigantes, peuplade autrefois assujettie
par les Sarmates, se révoltèrent contre eux et forcèrent quelques tribus de
cette nation à chercher un asile sur le sol de l'Empire. Ce fut, sans doute,
alors que l'on organisa les colonies dont nous parlons, et qui n'ont laissé
que de faibles traces dans l'histoire[183]. Si on voulait toutefois faire
une courte excursion sur le terrain des conjectures, on pourrait supposer
qu'un personnage appelé Sigmar, que les légendes qualifient de comte du
Perthois[184], et qui fut père de sept filles
toutes renommées pour leur sainteté, était le prœfectus d'une colonie de Sarmates
établie dans la partie orientale de la civitas de Châlons, et dont l'existence
semble prouvée par une inscription découverte dans les ruines de Grand[185]. Certains noms de lieux
paraissent aussi conserver quelque souvenir de ces étrangers. Un diplôme de
l'empereur Louis-le-Pieux, daté du 2 avril 836[186], et un diplôme de Charles-le-Chauve,
de l'année 877, mentionnent un lieu nommé Sarmasia, situé à peu de distance de Chora, où la Notice
de l'Empire
place une colonie de Sarmates. Tous les dictionnaires géographiques citent le
bourg de Sermaize en Perthois, ainsi que divers lieux appelés Sermaze,
Sermaise, Sermaizes, Sermazé, Sermesse et Sermoise ; ces lieux sont au nombre
de onze, et nous ne serions pas éloigné de croire que les villages de Champlitte et de Saffre ont également tiré leurs noms
des lètes ou lœti Sarmates qui occupaient les cantons où ils
s'élèvent[187]. Enfin, le diplôme par lequel
le roi d'Austrasie Childéric II confirma, en 664, la fondation de l'abbaye de
Senones, diplôme dont l'authenticité n'a pas été sérieusement attaqué,
démontre qu'il existait dans les environs de ce monastère une route appelée strata
Sarmatarum[188]. Le
gouvernement impérial se défiait, du reste, beaucoup de ces colonies létiques
composées, en général, de prisonniers de guerre, que l'on ne pouvait
considérer comme affectionnés à un empire dans lequel ils avaient été
transplantés malgré eux, et où ils avaient été soumis à toutes les charges
qui pesaient sur les anciens habitants[189]. On leur avait sévèrement
interdit de contracter des alliances matrimoniales avec les gens du pays[190]. Plusieurs d'entr'eux, las des
travaux agricoles auxquels ils n'étaient pas accoutumés, quittèrent le sol
sur lequel on les- avait établis et allèrent chercher fortune ailleurs ; ce
qui obligea l'empereur Honorius de prescrire que les terres ainsi abandonnées
seraient données à ceux qui les demanderaient[191]. D'autres lètes, animés d'un
esprit de rapine, s'emparèrent, au contraire, soit par ruse, soit par
violence, des champs de leurs voisins, et le même empereur fut contraint
d'envoyer dans divers lieux un inspector chargé de faire rentrer les
usurpateurs dans les limites de leurs concessions[192]. Plus tard néanmoins,
l'administration impériale s'adoucit à l'égard des lœti, et ils furent traités comme
les peuplades fédérées, auxquelles ils appartenaient d'ailleurs pour la
plupart[193]. Un des
motifs pour lesquels les empereurs chrétiens qui régnèrent pendant la seconde
moitié du IVe siècle regardèrent les lœti avec défiance, et même avec sévérité, fut,
probablement, la crainte de les voir faire cause commune avec les païens,
dont on redoutait le mécontentement. Presque tous les lœti étaient encore esclaves du
paganisme, et bien que leurs cultes n'eussent rien de commun avec celui de
Rome, on prenait cependant des précautions pour prévenir tout désordre. Les
Francs fédérés, au contraire, n'inspiraient pas les mêmes appréhensions ; car
leur religion était si vague et si nébuleuse, que plusieurs historiens ont
prétendu qu'ils n'en avaient aucune. Il est certain toutefois qu'ils
adoraient les forces de la nature, et leurs principales divinités étaient le
feu, Ertha ou la Terre-Mère et les forêts profondes. Paul Diacre assure même
que, de son temps, quelques Germains adoraient encore Wodan, que les Romains,
dit-il, avaient confondu avec Mercure[194]. D'un autre côté, les Francs
étaient remplis d'admiration pour la civilisation romaine[195] ; l'Empire était à leurs yeux
l'idéal d'une société parfaite, et ils ne songeaient guère à s'associer aux
murmures des partisans du paganisme, ni à conspirer avec eux pour le
rétablissement d'un ordre de choses qu'ils n'avaient jamais connu. Le
paganisme lui-même offrait à cette époque l'aspect de la décrépitude. Le
polythéisme romain était notablement altéré, et l'on ne voyait plus qu'un
mélange informe dé tous les cultes et de toutes les superstitions. Il en
était de même à peu près dans tout l'Empire, mais le désordre était encore
plus grand dans la Gaule. Le paganisme gaulois, qui offrait une certaine
ressemblance avec celui des Romains, s'était mêlé rapidement avec ce dernier
; plusieurs divinités gauloises avaient pris les noms des dieux latins qui
étaient censés leur correspondre ; les symboles servant à caractériser les
divinités de l'un et de l'autre peuple s'étaient confondus. Teutatès avait
été identifié avec Mercure, Camul avec Mars, Arduinna avec Diane, Belen avec
Apollon et Belisana avec Minerve. Les déités d'un ordre inférieur, auxquelles
on ne trouva pas d'analogues dans l'olympe romain, avaient été adoptées par
les conquérants comme dii indigetes, et quant aux divinités
locales, qui abondaient aussi dans notre patrie, elles avaient eu part aux
bienfaits de la même indulgence, ou plutôt de la même politique. Quant au
druidisme — et nous entendons par ce mot la hiérarchie sacerdotale des
Gaulois —, on l'avait traité avec rigueur, et les rites et les sacrifices de
son culte avaient été sévèrement proscrits ; mais une partie de ses pratiques
continua à subsister, plus ou moins secrètement, au fond des campagnes. II est,
sans doute, superflu de fournir la preuve de ces dernières assertions, et de
mentionner tous les simulacres des dieux que l'on a découverts dans les
ruines des villes gallo-romaines. Contentons-nous de dire que l'on a trouvé
dans le nord-est de la Gaule des inscriptions, des statues ou des bas-reliefs
rappelant le culte des principales divinités romaines : Jupiter, Junon,
Diane, Apollon, Vulcain, Saturne, Vénus, Vesta, Cérès et Cybèle. Les,
divinités secondaires, telles que la Victoire, la Fortune, Hercule,
l'Automne, l'Honneur, l'Erèbe, Silvain[196], Castor, Pollux, Sémélé, les
Naïades, etc. avaient aussi compté de nombreux adorateurs[197]. Mais le culte le plus répandu
était certainement celui de Mercure, dont les attributs ne sont pas toujours,
à la vérité, ceux du Mercure romain, et il serait presqu'impossible
d'énumérer tous les monuments consacrés à ce dieu et à Maïa, sa mère. Une déesse,
peut-être d'origine germanique, la Lune, était également honorée dans
plusieurs lieux. On
retrouve aussi dans le nord-est de la Gaule plus d'une trace des religions
orientales. On a découvert un bas-relief, des autels et beaucoup
d'inscriptions se rapportant à Mithra, près du village de Schwarzerd, dans la
Germania Prima, et en d'autres parties de la vallée du Rhin[198]. Il n'est pas rare d'exhumer
dans cette contrée des statuettes représentant des dieux égyptiens. On a
trouvé à Cologne une inscription en l'honneur de Sérapis, et en divers lieux
des vestiges du culte qu'on lui rendait[199]. Celui d'Isis, qui, au
témoignage de Tacite[200], était déjà répandu chez les
Suèves dès le premier siècle de l'ère chrétienne, n'était pas inconnu dans la
Gaule, et les fouilles mettent encore assez fréquemment au jour, surtout dans
la Germania Prima et dans quelques cantons de la Belgica Prima, des statuettes
d'Isis, d'Osiris, d'Anubis, d'Harpocrate et d'autres divinités égyptiennes[201]. Une
particularité digne d'être notée, c'est que les, dieux romains avaient reçu
des surnoms rappelant le souvenir des divinités gauloises avec lesquelles on
les avait confondus. C'est ainsi que Jupiter fut invoqué sous la dénomination
de Taranucnus, qui conservait le souvenir du culte autrefois
rendu à Tarannis ; c'est ainsi que l'on ajouta au nom de Mars celui
de Caturix, lequel servait à désigner un des principaux
sanctuaires du dieu Camul[202]. Toutes
ces religions étrangères n'avaient peut-être pas, malgré le temps, jeté dans
la Gaule des racines bien profondes ; mais il existait au-dessous des dieux
principaux, que leur assimilation avec les dieux romains avait contribué,
sans doute, à discréditer, une foule de divinités locales très-populaires,
dont le culte survécut à tous les autres et devint l'origine de ces pratiques
superstitieuses que le christianisme ne parvint pas à déraciner complètement.
Les principales divinités de ce genre étaient : Arduinna, personnification de
la forêt des Ardennes[203] ; Nemetona, déesse titulaire
des bois qui couvraient une partie de la vallée du Rhin, et dont le nom offre
une analogie — où l'on ne peut voir un effet du hasard — avec le mot nemetes, lequel désignait les
sanctuaires du druidisme[204] ; Vosegus ou Vosagus, dieu de
la chaîne de montagnes qui portait la même dénomination[205] ; Mogounos ou Mégounus, que
l'on regardait comme le génie tutélaire de la ville de Moguntiacum (Mayence), et dont le culte parait s'être
répandu au loin, puisqu'on a trouvé dans l'île de Bretagne trois inscriptions
en l'honneur de ce dieu[206] ; Dirona ou Sirona, déesse
locale ou topique, aux attributions peu connues[207] ; Solima ou Solimara, qui avait
donné son nom à une ville de la civitas des Leuci[208] ; Nehalen ou Nehalenia, dont on
rencontre des traces nombreuses dans la Belgica Prima[209] ; Mad, qui paraît avoir été la
divinité des eaux, et dont le nom entre en composition dans celui de
plusieurs rivières ou ruisseaux ; Epona, invoquée par les éleveurs de chevaux
; Rosmerta, que l'on croit avoir présidé aux opérations commerciales des
femmes, et qui est souvent associée à Mercure[210] sur les inscriptions que ses
adorateurs lui avaient consacrées ; Bugius, Minuris et Medruus, qui semblent
avoir été des dieux bien obscurs[211] ; les déesses-mères, sortes Je
génies féminins, véritables types des fées du moyen-âge, et que les
inscriptions appellent Deœ Matres, Matrœ, Mairœ, Matronœ,
Campesires, Dominœ, Junones, Nymphœ, Herœ, etc., noms sous lesquelles elles présidaient aux
moissons, à l'éducation des bestiaux, aux forêts et même au destin des hommes[212] ; enfin, les genii
locorum,
divinités tout-à-fait locales et occupant le dernier rang dans la hiérarchie
céleste, mais dont le culte fut, comme nous l'avons dit, plus difficile à
détruire que celui de Jupiter et d'Apollon[213]. L'anarchie
religieuse et la corruption morale étaient portées à leur comble dans la
Gaule septentrionale, lorsque parurent les premiers apôtres du christianisme.
Ce fut seulement vers le commencement du IIIe siècle que cette religion
divine commença à faire des progrès dans les vallées de la Meuse, de la
Moselle et du Rhin, où elle comptait déjà cependant des fidèles isolés[214]. Il n'y eut pas d'églises
proprement dites avant l'époque dont nous venons de parler, peut-être même
avant le milieu du IIIe siècle, et la critique ne permet pas d'accueillir les
prétentions de certaines églises qui ont voulu faire remonter leur origine
aux temps apostoliques. L'examen des listes d'évêques fournit le moyen de
prouver que ces prétentions n'ont aucune espèce de fondement. Les unes, en effet,
ne contiennent qu'un petit nombre de noms, en sorte que, à moins de donner à
chaque prélat un épiscopat d'un siècle, il est impossible d'atteindre le
temps des apôtres. Telle est la liste épiscopale de Toul, dont le cinquième
évêque est saint Auspice, contemporain de Sidoine Apollinaire, avec lequel il
était en commerce de lettres[215]. Or, pour faire remonter
l'arrivée de saint Mansuy (Mansuetus), premier évêque de cette ville,
au règne de Valentinien Ier, il faut donner à ce prélat et à ses trois
successeurs des épiscopats d'une durée de vingt-cinq ans environ, durée
tout-à-fait invraisemblable, quand on connaît les calculs de l'abbé
Grandidier. Il résulte du travail exécuté par ce savant sur une grande
quantité de catalogues épiscopaux empruntés à des églises de France,
d'Allemagne et d'Italie, et comprenant chacun un espace de dix siècles (de 701 à 1700), que la moyenne des épiscopats est de onze à douze
ans[216]. D'autres catalogues, au
contraire, renferment une multitude de noms, souvent communs à plusieurs
listes différentes[217] ; ce qui prouve qu'elles ne
méritent aucun crédit, et qu'elles ont été rédigées assez tard, à une époque
où les souvenirs étaient vagues et confus, et par des hommes qui, ajoutant
foi aux traditions dont il s'agit, ont voulu absolument remplir les catalogues
afin de pouvoir les faire remonter jusqu'aux premiers siècles. On doit
reconnaitre cependant que tout n'est pas à rejeter dans ces listes ;
quelques-unes nous ont conservé de précieux débris de l'histoire primitive
des églises chrétiennes. On est même frappé, quand on examine les
inscriptions funéraires découvertes à Trèves et ailleurs, de la ressemblance
de divers noms tracés sur ces inscriptions avec les noms qui figurent dans
les catalogues épiscopaux de cette ville et des diocèses voisins, et dans les
listes des saints de Belgique. Ainsi, les inscriptions de Trèves, de Metz et
de Cologne offrent les noms d'Aretius (Agretius), Sambatius, Marus, Lecontia (Legontia), Apronius, Auspicius, Ursatius, Dardanius,
Rusticus, Castorius et Etherius, qui rappellent plusieurs évêques belges et
de simples chrétiens que la reconnaissance et l'admiration des peuples ont
placés sur les autels[218] ; et il est superflu de faire
observer combien une semblable particularité peut donner de force à des
traditions parfois contestées. L'importance
de la ville de Trèves parait avoir attiré d'abord l'attention des
missionnaires chrétiens. Saint Euchaire (Eucharius), son premier évêque, siégeait
vers l'an 250 ; il eut pour successeurs immédiats saint Valère et saint
Materne, qui mourut à Cologne, où il s'était rendu, sans doute, pour y fonder
une église nouvelle. Son corps y fut d'abord conservé avec vénération[219], et cette circonstance, ainsi
que les réclamations de l'église de Tongres, laquelle voulut également
l'inscrire sur son catalogue épiscopal, portent à croire que saint Materne
était un de ces évêques régionnaires, dont le nom indique suffisamment la vie,
et qui parcouraient souvent de vastes contrées sans se fixer nulle part,
séjournant un peu de temps dans les lieux où l'on consentait à les écouter,
et allant prêcher plus loin quand ils rencontraient des païens obstinés.
Cependant, saint Materne signa comme évêque de Cologne les actes du premier
concile d'Arles, tenu en 514. On voit figurer dans les mêmes actes comme
évêque de Trèves saint Agrèce (Agretius
ou Agricius), que
saint Materne avait placé sur son siège épiscopal avant de partir pour
Cologne. Saint Agrèce laissa lui-même le siège de Trèves à un de ses plus
chers disciples : saint Maximin, d'une illustre famille de la civitas de Poitiers, et frère de saint
Maxence, prédécesseur de saint Hilaire. Saint Paulin, disciple et compatriote
de saint Maximin, lui succéda. En 349, l'année même de son élévation à
l'épiscopat, il fut chargé par le pape Jules Ier d'une mission vers saint
Athanase ; en 353, il assista au concile tenu dans la ville d'Arles, et
pendant que la plupart des évêques, intimidés par la présence et les menaces
de l'empereur Constance, protecteur des Ariens, consentaient à trahir la
vérité, saint Patilin et quelques autres prélats résistèrent courageusement
et représentèrent à l'empereur que ce qu'il exigeait était contraire aux
canons. « J'entends, répondit Constance, que ma volonté vous serve de règles
et de canons ; les évêques de Syrie souffrent bien que je leur parle ainsi ;
vous agirez de même ou vous prendrez le chemin de l'exil. » C'est ce que
firent les généreux prélats. Saint Paulin, après avoir été envoyé dans divers
lieux, fut enfin relégué en Phrygie et y mourut en 357[220]. Les
autres cités du nord-est de la Gaule eurent des évêques aussi vertueux, mais
moins connus. On n'a guère conservé que le souvenir de saint Clément, de
saint Céleste, de saint Félix et de saint Patient, qui occupèrent le siège
épiscopal dé Metz à la fin du IIIe siècle et pendant une partie du IVe. Saint
Victor, cinquième évêque, assista, en 346, au concile de Cologne, et, en 347,
au concile de Sardique[221] ; mais ses successeurs
immédiats, saint Victor II, saint Siméon, Sambutius et Rufus, ne nous ont
laissé que leurs noms[222]. Le premier évêque de Verdun
fut saint Saintin (Sanctinus), qui se trouva également au
concile de Cologne (an. 346). Ses successeurs furent saint Maur, saint
Salvin et saint Arator, dont les actions n'ont pas été enregistrées par
l'histoire. Enfin, l'église de Toul ne paraît avoir eu d'évêques que plus
tard encore. En effet, saint Mansuy, réputé le plus ancien évêque de Bette
ville, ne commença à siéger qu'après la persécution de Julien, c'est-à-dire
vers l'année 365 ou 366 ; mais, d'après une tradition dont nous retrouvons
les traces dans les livres liturgiques de Toul, il y aurait eu antérieurement
un autre évêque, saint Euchaire (Eucharius), qui aurait habité Grandesina, la ville la plus peuplée et la
plus importante de la civitas des Leuci[223]. Le culte de saint Mansuy est
encore aujourd'hui très-populaire dans une partie de la Lorraine ; néanmoins,
on sait bien peu de choses sur sa vie, et la même obscurité couvre ses
premiers successeurs, Amon, Alchas et Celsin, qui sont tous trois rangés au
nombre des bienheureux. Les
sièges épiscopaux de Reims et de Châlons ne remontent pas à une date plus
reculée que celui de Trèves. Les évêques Sixtus et Sinicius qui fondèrent le
premier, et saint Menge (Memmius), que Chalons reconnaît pour son
premier évêque, ne prêchèrent pas l'Evangile dans ces deux civitates avant la seconde moitié du HP
siècle, et on ne possède pas de renseignements bien précis sur les prélats
qui les gouvernèrent pendant le siècle suivant[224]. La Germania
Prima et la Germania
Secunda furent
évangélisées encore plus tard que les deux Belgiques. Saint Materne, qui
siégea à Cologne, après avoir abandonné Trèves, parcourut ces deux provinces
en véritable missionnaire et y fonda plusieurs églises ; mais le
christianisme n'y prit racine que difficilement[225], et les prêtres qui allèrent
prêcher au-delà du Rhin, dans les parties de la Grande Germanie que les
Romains avaient colonisées, n'eurent pour ainsi dire aucun succès ; car les
nombreuses inscriptions funéraires du IVe siècle et du Ve que l'on a exhumées
dans ce pays offrent toutes ou presque toutes des traces de paganisme[226]. L'indifférence
ou l'obstination des habitants dia nord-est de Gaule ne fut pas le seul
obstacle que rencontrèrent les missionnaires chrétiens. Dans plus d'un lieu
et dans plus d'une circonstance, la persécution et toutes ses rigueurs
vinrent en aide aux répugnances de la foule. Les martyrs furent assez
nombreux à Trêves, une des villes où la religion chrétienne avait fait de
notables progrès ; mais les détails que l'on trouve dans divers ouvrages sont
loin d'être authentiques. Néanmoins, et quoique la critique ait ruiné les
bases sur lesquelles reposaient de pieux récits, il n'est guère possible de
repousser complètement les traditions relatives au massacre de deux
détachements de la légion Thébéenne, commandés par les centurions saint
Tyrsus et saint Géréon, qui auraient été martyrisés à Trèves et à Cologne. On
connaît les cruautés que le préfet du prétoire Riccius Varus commit à Reims,
sous le règne de Maximien Hercule, et la tradition a été confirmée par la
découverte faite, auprès de l'église Saint-Nicaise, en 1340 et 1650, de
nombreux squelettes, dont le crâne et les bras étaient percés de longs clous
de fer[227]. Les cités de Metz et de Verdun
ne paraissent pas avoir été le théâtre de scènes sanglantes, ou du moins
l'histoire n'en a pas conservé le souvenir ; mais la civitas de Toul fournit plusieurs
martyrs sous le règne de Julien. Saint Euchaire, qui passe, à tort ou à
raison, pour avoir été le premier évêque de cette cité, fut, emprisonné et
eut la tête tranchée, auprès du village de Pompey, au confluent de la Meurthe
et de la Moselle. Saint Elophe (Eliphius), qui, d'après une tradition peu
authentique, aurait été le frère de saint Euchaire, fut mis à mort par une
troupe de païens et de juifs, dans une plaine située entre Grandesina et Frumentosa (Fruze)[228]. Enfin, on peut encore placer à
la même date les martyres de sainte Libaire (Libaria) et de sainte Menne (Menna), qui était spécialement vénérée à Poussay, près de Mirecourt. C'est,
sans doute, à la résistance que les missionnaires et les évêques
rencontrèrent dans les villes qu'il faut attribuer une particularité assez
curieuse : le soin qu'ils prirent d'élever les premières églises dans des
lieux déserts. Saint Sanctinus, évêque de Verdun, construisit
son oratoire en dehors de la ville, et dans un champ où l'on vit plus tard la
belle église abbatiale de Saint-Vanne[229]. La plus ancienne église de
Trèves fut bâtie à quelque distance de la ville, et, d'après une tradition
respectable, l'église Saint-Sixte de Reims avait remplacé l'oratoire élevé en
plein champ par saint Sixtus et saint Sinicius[230]. Cette espèce d'éloignement que
les évêques gallo-romains témoignaient parfois pour le séjour des villes
disparut quand l'empereur Constantin eut enfin donné la paix à l'Eglise.
Sainte Hélène, mère de ce prince, résida, pendant quelque temps, dans le
palais impérial de Trèves. Par ses ordres, on construisit, au milieu de cette
ville, une basilique digne de la capitale de la Gaule ; et cet édifice, qui
existe encore à peu près intact, mais entouré et masqué presque de toutes
parts par des bâtisses du moyen-âge, forme le centre et comme le noyau de la
cathédrale actuelle[231]. Bientôt,
et en exécution d'une décision prise par le concile de Nicée, l'église des
Gaules reçut une organisation définitive. Chacune des dix-sept provinces de
cette contrée forma une province ecclésiastique ; chaque civitas constitua un diocèse, et tous
les évêques de la province reconnurent l'autorité de l'évêque de la capitale,
qui devint le métropolitain. Trèves fut la métropole de la Belgica
Prima et eut
pour suffragants les évêques de Metz, de Verdun et de Grandesina ou de Toul. La métropole de
Cologne, dans la Germania Secunda, n'eut qu'un suffragant :
l'évêque de Tongres. L'évêque de Mayence, métropolitain de la Germania
Prima, avait
trois suffragants : les évêques d'Argentoratum (Strasbourg), de Nemetes (Spire) et de Vangiones (Worms). Enfin, les évêques des
nombreuses civitates de la Belgica
Secunda
reconnurent pour métropolitain l'évêque de Reims. Il est douteux, au reste,
que l'on ait immédiatement pourvu à tous ces sièges épiscopaux ; il est
probable que deux ou trois restèrent momentanément inoccupés, parce que les civitates dans lesquelles ils étaient
institués ne renfermaient pas un assez grand nombre de fidèles[232] ; mais l'imperfection des
catalogues d'évêques ne permet pas de trancher cette question délicate. Il faut
ajouter que Trèves, capitale de la préfecture des Gaules, obtint également,
en quelque sorte de droit, la primatie ecclésiastique, et que ses évêques
occupèrent ordinairement dans les conciles la première place parmi les
prélats gaulois[233]. Le
christianisme fit des progrès rapides dans le nord de la Gaule après le règne
de Julien, et la réaction païenne dont il avait donné le signal n'eut pas de
résultats considérables. Saint Martin, dont l'influence fut si grande, visita
trois fois ce pays, en 373, en 384 et en 386, et bien qu'il n'y fût pas venu
pour y combattre le paganisme, on ne peut douter qu'il n'ait profité de
toutes les occasions qui se présentèrent pour annoncer l'Evangile à la foule
que sa réputation attirait au-devant de lui. Ces trois voyages de saint
Martin ont laissé des souvenirs ineffaçables dans la Première Belgique, où il
opéra différents miracles, et aujourd'hui encore beaucoup d'églises sont
dédiées sous l'invocation du saint évêque de Tours[234]. Le
polythéisme opposait cependant une vive résistance, et ses partisans étaient
toujours fort nombreux. On a découvert dans le nord-est de la Gaule une
multitude de sépultures gallo-romaines, et l'on reconnaît sur la plupart des
tombeaux des indices de paganisme. Ausone, qui était préfet du prétoire des
Gaules sous le règne de Gratien, osait encore féliciter un de ses amis
d'avoir eu pour ancêtres des prêtres de Belenus, et l'on pourrait recueillir
dans les écrits de ce poète bien d'autres preuves de notre assertion. Mais à
partir du moment où les empereurs Honorius et Arcadius eurent publié la
constitution célèbre qui permettait de briser les idoles et d'anéantir tous
les vestiges du polythéisme gréco-romain[235], celui-ci déclina sensiblement
; néanmoins, sa destruction fut lente, et on verra plus loin combien il
fallut de temps pour l'accomplir. Les temples seuls disparurent promptement,
et nous avons dit quel usage on avait fait de leurs débris. Parmi les autels
et les simulacres des dieux (statues et
bas-reliefs), plusieurs
partagèrent le sort des temples ; mais beaucoup d'autres furent soigneusement
enfouis, précaution qui parait dénoter que les païens espéraient les
retrouver dans des temps plus heureux, et s'imaginaient qu'une réaction,
semblable à celle dont Julien avait donné le signal, leur permettrait de
ressaisir l'autorité. A Argentoratum, le temple d'Hercule ne fut
même détruit qu'en 449 ; les statues de ce dieu et de Mars, loin d'être
brisées, furent conservées religieusement, mais en secret ; et lorsqu'on les
retrouva, au moyen-âge, on plaça la seconde sur la plate-forme de la cathédrale,
et la première dans une chapelle de la même église, comme des trophées de la
victoire remportée par le christianisme[236]. Un bas-relief représentant
Silvain est encore debout sur une des montagnes des Vosges ; plusieurs
effigies païennes sont restées jusqu'à nos jours sur le sommet du Donon ; on
a découvert en Alsace, il y a peu de temps, des stèles votives encore dressées
autour des ruines d'un temple dédié à Mercure, et l'on n'en finirait pas si
l'on essayait d'énumérer les statues, les inscriptions, les bas-reliefs
consacrés à ce dieu ou à d'autres divinités, et que l'on rencontre enfouis
avec des précautions significatives[237]. Le
christianisme triomphant ne fit pas une guerre acharnée aux derniers vestiges
du paganisme, soit que l'on eût cessé de le redouter, soit que l'on craignit
de pousser à bout les partisans assez nombreux qu'il avait encore. Ainsi, les
païens et même les chrétiens continuèrent, à. prendre ou à donner à leurs
enfants des noms qui rappelaient ceux des dieux et des déesses[238], et les noms de lieux qui
conservaient de semblables souvenirs ne subirent aucun changement. Fanai ?' Martis (aujourd'hui
Famars), le pagus
Fanomariensis
dont ce vicus était le chef-lieu, Fanum Minerve — vicus situé sur la route de Toul à
Reims —, Jovis villa (Joinville), la villa
Martis, Martia
villa, Silviniacum et une foule d'autres lieux
dans l'est, le nord, le centre et le midi de la Gaule conservèrent les
dénominations païennes sous lesquelles ils étaient connus depuis longtemps. Les
quatre portes de la ville de Reims continuèrent à s'appeler portes
de Cérès[239], de Vénus[240], de Bacchus[241] et de Mars[242]. Enfin, on rencontre des
inscriptions funéraires païennes jusqu'au milieu du Ve siècle[243], peut-être même plus tard, et
les dépositaires de l'autorité impériale ne semblent pas avoir proscrit de
pareils monuments. Ce
n'était pas seulement contre le paganisme que les évêques du nord-est de la
Gaule avaient à lutter pendant le IVe siècle ; il leur fallait, encore, sinon
arrêter complètement, au moins circonscrire les progrès d'une hérésie, qui,
favorisée par plusieurs empereurs, affichait la prétention de soumettre le
monde à ses lois. Il est assez, difficile de savoir comment l'arianisme
pénétra dans notre pays, mais on peut conjecturer qu'il y fut introduit en
secret par Eusèbe évêque de Nicomédie et Théognis évêque de Nicée, que
Constantin avait relégués dans les Gaules, après la clôture du premier
concile œcuménique[244]. L'erreur se répandit
rapidement et parvint même à gagner Euphratas métropolitain de Cologne, un de
ces syriens que le trafic avait attirés en Occident. Les opinions hétérodoxes
du prélat furent d'abord censurées par quelques évêques, au nombre desquels
figurait saint Amandus, premier évêque de Strasbourg. Euphratas ne s'étant
pas soumis, on convoqua, pour le juger, un concile composé de quatorze
prélats et des représentants de dix autres. L'assemblée s'ouvrit le 12 mai
346 et paraît avoir été présidée par saint Maximin, métropolitain de Trèves,
sans doute à cause de la dignité de cette ville que l'on regardait déjà comme
la capitale de la préfecture des Gaules. Euphratas fut unanimement condamné ;
mais on doit croire qu'il se rétracta et qu'il obtint de conserver sa
dignité, car, l'année suivante (347), on le voit jouer un rôle
important dans le concile de Sardique, qui le députa même vers l'empereur
Constance[245]. La rétractation d'Euphratas ne
mit pas fin malheureusement aux manœuvres de l'arianisme ; vers la fin du IVe
siècle, saint Severinus, métropolitain de Cologne et successeur d'Euphratas,
fut obligé de visiter le diocèse de Tongres pour empêcher cette hérésie d'y
prendre racine[246], et ses efforts n'obtinrent pas
un plein succès. D'autres
erreurs se répandirent aussi, à la même époque, dans la Gaule septentrionale.
L'espagnol Priscillien, qui avait introduit en Occident les opinions des
gnostiques ou plutôt des manichéens, fut obligé de se rendre à Trèves pour
présenter sa défense devant le préfet du prétoire Evodius, que l'empereur
Maxime avait chargé d'examiner cette affaire. On sait que le préfet condamna
à mort l'hérésiarque et quelques-uns de ses principaux partisans, et ceux qui
eurent le bonheur de n'être pas compris dans cette sentence cachèrent avec
soin leurs doctrines, pour éviter l'application des lois rigoureuses que les
empereurs avaient publiées contre les manichéens[247], dont on regardait les dogmes
comme incompatibles avec la tranquillité et la sûreté de l'Empire. Le tableau que nous venons de tracer resterait inachevé si nous ne disions un mot des origines de la vie monastique dans le nord de la Gaule. D'après les annales de l'abbaye de Saint-Maximin de Trèves[248], saint Agrèce, évêque de cette ville, qui était natif d'Antioche, avait amené avec lui dans la Première Belgique un solitaire nommé Jean, auquel il aurait confié la direction de quelques hommes disposés à imiter les moines d'Orient, dont on racontait alors des merveilles. Les mêmes annales ajoutent que l'empereur Constantin leur aurait cédé en toute propriété une espèce de palais qu'il possédait en dehors de Trèves, et sur l'emplacement duquel se serait élevée l'abbaye de Saint-Maximin, d'abord dédiée à saint Jean, patron du fondateur[249]. Tout cela est bien incertain ; mais le fait même de l'établissement d'un monastère aux portes de Trèves est incontestable, et Mabillon n'a pas hésité à le reconnaitre[250]. Félix métropolitain de cette ville, pendant la seconde moitié du IVe siècle, se retira, après un épiscopat de douze années, dans une abbaye dont il passait pour être le fondateur, mais qui devait être plus ancienne[251], et saint Augustin parle, dans ses Confessions[252], de moines dont la demeure était peu éloignée du cirque de Trèves ; ce qui répond assez bien à l'emplacement de l'abbaye de Saint-Maximin. Il y avait même des religieuses dans la ville ou aux environs, et l'on a retrouvé les inscriptions funéraires de deux d'entr'elles, qui se nommaient Hilaritas et Lea, et dont l'une est qualifiée de sanctimonialis[253]. Enfin, Brower prétend qu'il existait à Mayence un monastère de femmes à une époque très-reculée[254]. Il est difficile de savoir quelle règle on suivait dans ces anciennes abbayes. Tout porte à croire cependant que l'on y avait adopté les institutions de saint Pacôme. Les moines de la Thébaïde étaient regardés comme les véritables maîtres de la vie monastique, et leurs coutumes prévalurent dans la plupart des communautés qui se formèrent pendant le IVe siècle et une partie du Ve ; mais, d'après une tradition conservée dans l'abbaye de Saint-Maximin, la règle de saint Basile y aurait, d'assez bonne heure, remplacé celle de saint Pacôme[255]. |
[1]
De laudibus Stilichonis, lib. I, v. 222 et seq.
[2]
C'est ce que l'abbé Du Bos a établi d'une manière péremptoire. Histoire
critique de l'établissement de la monarchie Françoise dans les Gaules, t.
II, p. 185-207.
[3]
V. un article de M. de Pétigny dans la Revue numismatique, 1851, p. 187.
[4]
Qui signifie, comme on sait, Constantinopoli obsignatum, c'est-à-dire frappé,
ou peut-être approuvé, à Constantinople.
[5]
V. Revue numismatique, 1847, p. 406.
[6]
Ces renseignements et ceux qui suivront sont tirés de la Notitia dignitatum
Imperii, véritable almanach impérial, rédigé, selon toutes les apparences,
bien peu de temps après la mort de Théodose-le-Grand.
[7]
Ou barbaricarii ou encore argentarii.
[8]
V. Du Cange, Glossarium mediœ et infimœ latinitatis, v° Barbaricum.
[9]
V. Du Bos, Histoire critique de l'établissement de la monarchie Françoise
dans les Gaules, t. I, p. 97 et 98.
[10]
On a découvert et on conserve à Trèves les inscriptions funéraires d'un employé
a veste sacra, d'un cursor dominicus, etc. V. Inscriptions
chrétiennes de la Gaule antérieures au VIIIe siècle, par M. le Blant, t. I,
p. 373 et 382.
[11]
Les gouverneurs décorés du titre de consularis avaient la prééminence,
mais sans juridiction, sur les prœsides. Dans le IVe siècle, ce titre se
donnait per codicillos à des hommes qui n'avaient jamais été consuls.
[12]
On peut voir cette énumération dans les Pandectes, lib. I, tit. XVIII.
[13]
V. Histoire du droit romain au moyen âge, trad. franç., t. I, p. XXIII, XXIV, 66, 67, 69 et
70.
[14]
V. notamment Gruter, Corpus inscriptionum, p. XIII, n° 15.
[15]
V. Savigny, ibid., p. 46 et suiv.
[17]
Les decuriones étaient, à proprement parler, les dix premiers membres
inscrits sur le tableau ou album de la curie.
[18]
V. Code Théodosien, lib. XII, tit. I, c. 6.
[19]
V. Code Théodosien, lib. XII, tit. I, c. 171.
[20]
V. Code Théodosien, lib. XII, tit. I, c. 33.
[21]
V. Pandectes, lib. L, tit. I, fr. 11, 13 et 15 ; tit. II, fr. 7 ; Code Justinien, lib. XI,
tit. XXXIII, c.
1 ; tit. XXXV,
c. 2 et 3.
[22]
V. Lehuërou, Histoire des institutions mérovingiennes, p. 146.
[23]
V. notamment Code Théodosien, lib. XII, tit. I, c. 10, 11, 13, 22, 25, 43, 50, 55,
63, etc. ; tit. XIX,
passim.
[24]
V. Lehuërou, Histoire des institutions mérovingiennes, p. 47.
[25]
V. Code Théodosien, lib. XII, tit. I, c. 66 et 108.
[26]
V. Code Théodosien, lib. XII, tit. I, c. 99, 157 et 165.
[27]
C'est ce qui résulte d'une constitution de l'empereur Majorien, dont le
véritable sens a été exposé pour la première fois par M. Baudi di Vesme, dans
un savant travail sur les impositions de la Gaule dans les derniers temps de
l'empire romain. M. Laboulaye a publié une traduction française de ce
mémoire.
[28]
V. Code Justinien, lib. XI, tit. XLVII, c. 10.
[29]
V. Code Justinien, lib. XI, tit. LXXIV, c. 4.
[30]
V. Code Justinien, lib. XI, tit. LXXIV, c. 3.
[31]
V. Code Justinien, lib. IV, tit. LXI, c. 11.
[32]
V. Histoire de l'esclavage dans l'Antiquité, par M. Wallon, t. III, p.
136 et 137.
[33]
V. Code Théodosien, lib. VI, tit. III, c. 2 et 5 ; lib. XIII, tit. X, c. 1 ; tit. XI, passim.
[34]
V. Code Théodosien, lib. VIII, tit. X, c. 3 et 4 ; lib. XI, tit. VII, c. 12 et 16.
[35]
V. Code Théodosien, lib. VIII, tit. VIII, c. 5, 4 et 5 ; lib. XI, tit. I, c. 34 ; tit. XXVI, passim.
V. aussi De l'administration de l'empire romain, par M. Naudet, t. I, p.
482.
[36]
V. Pandectes, lib. I, tit. XIX, passim.
[37]
V. Code Théodosien, lib. VII, tit. IV, c. 1 et 16 ; tit. VI, passim ; lib. VIII, tit. I, c. 18 ; tit. IV, c. 8 ; lib. XII,
tit. VI, c. 2,
5, 7-9, 15, 20, 28 et 51.
[38]
V. Pandectes, lib. L, tit. VIII, IX
et X, passim
; Code Justinien, IV, tit. LXI, c. 10.
[39]
V. Code Théodosien, lib. 1, tit. XI, c. I et 2 ; Code Justinien, lib.
I, tit. IV, c.
19 et 30 ; tit. IV,
c. 1, 2 et 8 ; Novelles, XV, c. 1, 3 et 4.
[40]
V. Etudes sur l'époque mérovingienne, par M. de Pétigny, t. III, p. 40.
[41]
V. Code Théodosien, lib. VII, tit. XVIII, c. 15 ; tit. XXIV, passim ; Orelli, Inscriptionum
latinarum selectarum amplissima collectio, n° 857 ; Fabretti, Inscriptionum
antiquarum explicatio, p. 657. On voyait encore il y a peu de temps,
encastrée dans une des piles du pont qui traverse le Vair à Soulosse (Solimariaca),
l'inscription suivante rappelant les vicani de cette petite ville,
comprise dans la civitus des Leuci :
IOVI O P
VICANI
SOLIMARICENSES
FACIENDVM
CVRAVERVNT
MED EX VOTO
GNATVS
ATEGNIA FF ET
SEVERVS
SILVANI
LIBERTVS.
Cette inscription, maintenant déposée au musée
d'Epinal, prouve que les vicani étaient chargés de l'entretien des
chemins que nous appellerions aujourd'hui chemins vicinaux, et démontre
l'exactitude de ce passage de Siculus Flaccus : Vicinales auteur viœ de
publicis (viis) quœ divertuntur in agros aliter muniuntur per pagos, id est per
magistros pagorum, qui operas a possessoribus ad eas tenendas exigere soliti
sunt.
[42]
Les noms anciens de plusieurs des rivières mentionnées ci-dessus sont tirés du
géographe de Ravenne, qui a écrit seulement au IXe siècle, mais d'après des
documents du Ve.
[43]
V. Chronicon, c. 38.
[44]
Il y avait encore des ours dans les Vosges à la fin du XVIIe siècle, d'après le
Mémoire concernant les états de Lorraine et du Barrois, dressé, en 1697,
par l'intendant, M. de Vaubourg des Marêts. V. l'édit. de la société
d'archéologie lorraine, p. 24.
[45]
V. Ausone, Mosella, v. 5-10.
[46]
On rencontre aussi la forme Treviris (au nominatif singulier). V.
Hontheim, Prodromus Historiœ Trevirensis, t. I, p. 3.
[47]
On trouve aussi, et même dès le IVe siècle, la forme Mettis. V. Notitia
provinciarum et civitatum Galliœ.
[48]
Saint Sanctinus, premier évêque de Verdun, est même qualifié episcopus
Articlavorum dans le concile tenu à Cologne en 346, et dont nous parlerons
plus loin. Mais il est probable que l'on doit lire episcopus urbis Clavorum,
comme M. l'abbé Clouet l'a fait justement observer dans son Histoire de
Verdun, p. 44. V. la note I, à la fin du présent volume.
[49]
Ptolémée dit, en effet, que du côté de l'ouest le territoire des Mediomatrici
était contigu à celui des Remi.
[50]
Ce démembrement comprenait les quatre doyennés d'Ivoy, de Juvigny, de Longuyon
et de Bazailles, renfermant environ soixante-et-dix paroisses. Leur ancienne
dépendance de Verdun est établie par : 1° le testament du diacre Adalgise ou
Grimon, dont nous parlerons plus loin, et qui place dans ce diocèse les lieux
nommés Unichi et Monhiaga (Ugny et Montigny, villages situés près
de Longuyon) ; 2° un diplôme de l'année 822 (publié par Hontheim, dans son Historia
Trevirensis diplomatica et pragmatica, t. I, p. 55) ; qui range dans le
même diocèse le village de Doncourt, lequel est peu éloigné de Bazailles ; 3°
l'emploi de la liturgie verdunoise dans les quatre doyennés dont il s'agit ;
les réclamations persistantes des évêques de Verdun. Les métropolitains de Trèves
pouvaient alléguer, à la vérité, que l'on vit saint Magnericus, l'un d'eux,
faire une visite pastorale dans la ville d'Ivoy, vers l'année 580. V. Vita
sancti Gaugerici, Cameracensis episcopi, dans les Bollandistes, au 11 août.
[51]
Ou Itinéraire d'Antonin.
[52]
V. Code Théodosien, lib. XV, tit. I, c. 56.
[53]
V. Code Justinien, lib. VIII, tit. XII, c. 12.
[54]
V. Congrès archéologique de Metz, p. 223-228 ; Dom Cabinet, Notice de
la Lorraine, t. II, col. 600 ; Bibliothèque lorraine, p. III.
[55]
Zozime, liv. III, p. 148 ; édit. d'Oxford, 1679.
[56]
De claris urbibus, v. 29-34.
[57]
Elles existent encore, mais presqu'entièrement noyées dans des massifs de
maçonnerie.
[58]
V. Journal des Savants, 1858, p. 85.
[59]
Les détails de cette découverte sont rapportés dans le journal l'Espérance,
n° du 23 mai 1838. Un énorme chapiteau, provenant évidemment de cet édifice,
sert aujourd'hui de bénitier dans l'église de Lindre-Haute. Un autre chapiteau,
qui pourrait bien avoir la même origine, est devenu une margelle de puits dans
le hameau de Seutry, département de la Moselle.
[60]
Le briquetage de la vallée de la Seille était regardé comme l'ouvrage des
Romains ; mais la découverte récente d'une inscription constatant que le viens
de Marsallum, qui repose sur le briquetage, existait, sans doute depuis
assez longtemps, en l'année 44 après Jésus-Christ, nous force à admettre qu'il
a été établi par les Gaulois. Cette conclusion est appuyée sur d'autres faits
que M. de Saulcy a exposés, avec beaucoup de lucidité, dans un mémoire qui fait
partie du recueil de l'académie des inscriptions, 2e série, t. XVI. V. aussi Archéologie
de la Lorraine, par M. Beaulieu, t. I, p. 33 et 34.
[61]
V. notre mémoire intitulé : Recherches sur le véritable nom et l'emplacement
de la ville que la Table Théodosienne appelle andesina ou indesina ; voir
aussi Jollois, Mémoire sur quelques antiquités remarquables du département
des Vosges.
[62]
Nous préférons ce nom fourni par la Table Théodosienne à celui de Minaticum
ou Minatiacum que nous offre l'Itinéraire d'Antonin, parce qu'il
a plus d'analogie avec le nom actuel du lieu, qui est Nizy-le-Comte. Ce qu'il y
a de singulier, c'est que Ninittacum était le chef-lieu d'un pagus
portant un nom différent, ainsi que le prouve l'inscription suivante, récemment
découverte près de Nizy-le-Comte :
NVM. AVG. DEO.
APOLLINI. PAGO.
VENNECTI.
PROSCAENIVM. L.
MA
GIVS. SECVNDVS.
DO
NO. DE. SVO.
DEDIT.
[63]
Ou Argentina. Schœpflin prétend, dans son Alsatia illustrato, t.
I, p. 207, que ce nom n'a pas été en usage avant la période carlovingienne.
Cependant saint Amandus, évêque de Strasbourg, l'employa, dès le IVe siècle,
dans sa souscription aux actes du concile de Cologne, dont l'authenticité est
suffisamment établie.
[64]
Il parait néanmoins que le mot Fines avait remplacé parfois d'anciens noms de
lieux.
[65]
V. Antiquités des eaux minérales de Vichy, Plombières, Bains et Niederbronn,
par M. Beaulieu, p. 123-143, 155-160, 180-186 et 191-194 ; Dom Calmet, Notice
de la Lorraine, t. I, col. 60-65 ; Traité historique des Eaux et Bains de
Plombières, de Bourbonne, de Luxeuil et de Bains, passim ; Annales de
la société d'émulation des Vosges, année 1857, p. 249 et suiv.
[66]
Ce lieu se nomme encore Neri Stein. V. Eckhart, Commentarii de rebus Franciœ
orientalis, t. I, p. 391.
[67]
V. Germania, n° 28. Tacite semble cependant avoir conservé quelques
doutes sur l'origine de ce peuple.
[68]
Le meilleur historien de Trèves, Hontheim, croit à l'origine germanique de
cette peuplade. V. Prodromus Historiœ Trevirensis, t. I, p. 5.
[69]
On sait que la nation des Galates était d'origine gauloise. V. Prœf. lib. II
Comment, in epist. ad Galetus, édit. Martianay, t. IV, part. 1e, col. 255
et 256.
[70]
V. Cæsar, De bello gallico, lib. IV, n° 6, lib. VI, n° 52.
[71]
Il s'est élevé quelques doutes parmi les savants relativement à la contrée que
ces quatre peuplades occupaient ; mais il est impossible de leur assigner une
habitation différente de celle que nous indiquons dans le texte, si l'on se
rappelle 1° que le pays occupé par les Condrusi a gardé pendant
longtemps le nom de Condrustensis pagus ou Condrustum (V. Annales
Bertiniani, 839, et le partage du royaume de Lothaire en 870), et qu'il
porte encore aujourd'hui une dénomination qui s'en éloigne peu (Condrou)
; 2° que le canton de la Belgique appelé Famenne ou Faminne
semble conserver le souvenir des Pœmani.
[72]
L'Itinéraire d'Antonin mentionne, entre Belgica et Colonia
Agrippina, un lieu qu'il appelle Vicia Supernorum ; mais c'est
évidemment une faute de copiste provenant de la confusion du G et du S,
qui autrefois se ressemblaient beaucoup, et de celle du g et du p,
qui se ressemblent encore. Il faut lire Vicus Gugernorum. V. Valois, Notitia
Galliarum, p. 238.
[73]
V. De bello gallico, lib. I, n° 51, lib. IV, n° 8.
[74]
V. Suétone, Augustus, n° 21. Ces Suevi sont mentionnés parmi les
peuplades évangélisées par saint Eloy (V. Vita sancti Eligii, Noviomensis
episcopi, auctore Audoëno, lib. II, c. 3, dans d'Achéry, Spicilegium,
édit. in-f°, t. II, p. 93) et parmi celles que les Normands exterminèrent (V. Chronicœ
de gestis Nortmannorum, ab anno 833 ad annum 896).
[75]
V. Tacite, Annales, Lb. XII, n° 28 ; Germania, n° 28 ; Strabon, Géographie,
liv. IV, c. 3, § 4. Le territoire sur lequel ils s'établirent était une
dépendance de la civitas des Treviri. V. Cluverius, Germanie
antique, lib. II, c. 14.
[76]
V. Germania antiqua, lib. II, c. 20.
[77]
V. Du Bos, Hist. crit. de l'établissement de la monarchie Francoise, t.
I, p. 424-441 ; Etudes sur l'époque mérovingienne, par M. de Pétigny, t.
I, p. 106, 107, 142, 143, 324 et 325 ; Valois, Notitia Galliarum, p. 565
et 566.
[78]
V. Suétone, Tiberius, n° 9.
[79]
V. Du Bos, Hist. crit. de l'établissement de la monarchie Francoise, t.
I, p. 10-13, 265 et 266.
[80]
V. Historia naturalis, lib. IV, c. 13 et 17.
[81]
V. De gubernatione Dei, lib. VII.
[82]
Les Gaulois désignaient sous le nom de Nemet les sanctuaires forestiers dans
lesquels on cueillait le gui sacré. V. Diefenbach, Celtica, t. I, p. 83.
[83]
V. Tacite, Historiœ, lib. IV, n° 62, 72 et 77.
[84]
V. Satirœ, III, v. 62.
[85]
Cette inscription offre une date empruntée à l'ère syro-macédonienne.
[86]
V. Inscriptions chrétienne de la Gaule, par M. le Blant, t. t, p. 324 et
suiv., 353, 357, 375 et 376. Il ne serait peut-être pas impossible de trouver
dans la Gaule septentrionale des inscriptions funéraires rappelant le souvenir
de quelques individus d'origine persane ; car M. de Longpérier a démontré que
beaucoup de Perses s'établirent même dans les parties les plus occidentales de
l'empire romain, à la suite des révolutions qui bouleversèrent leur pairie. V. Revue
archéologique, t. VI, p. 94 et suiv.
[87]
V. Dom Liron, Singularités historiques et littéraires, t. II, p. 451 et
suiv.
[88]
V. lib. XVI, tit. VIII, c. 3.
[89]
V. Vita sancti Eliphii, auctore Ruperto, dans les Bollandistes, au 16
octobre. L'ouvrage de Rupert est relativement récent, mais il a été composé sur
des documents anciens.
[90]
V. Code Justinien, lib. I, tit. X, c. 1.
[91]
Il se nomme aujourd'hui Bretzenheim, mot qui est la traduction exacte du
latin. V. Schannat, Traditiones Fuldenses, n° 2, 40 et 52.
[92]
C'est ce qui résulte du passage de saint Jérôme allégué plus haut.
[93]
Mosella, v. 383.
[94]
V. Ammien Marcellin, lib. XXVII, n° 7.
[95]
V. notamment Le Huérou, Histoire des institutions mérovingiennes, p. 126
et suiv.
[96]
V. Code Justinien, lib. XI, tit. XLVII, c. 22, 47, 50, 51, 52, 53, 54 ; t. LIII, passim ; tit. LXIII, c. 2.
[97]
V. Le Huérou, Histoire des institutions mérovingiennes, p. 129.
[98]
V. Pandectes, lib. L, tit. 15, passim.
[99]
V. De gubernatione Dei, lib. V.
[100]
V. Code Théodosien, lib. XIII, tit. XI, c. 13, 15 et 16.
[101]
V. Ausone, Mosella, v. 194-196.
[102]
Nous pouvons citer par exemple le Vermois (Vermensis pagus), canton de
peu d'étendue, situé entre la Moselle et la Meurthe au sud de Nancy. Un
ecclésiastique instruit, qui a rempli pendant longtemps les fonctions de curé
dans un des villages de ce canton, et qui a eu le loisir d'en rechercher les
antiquités, nous a assuré que les villœ et les métairies y étaient
autrefois tellement nombreuses, qu'il prendrait volontiers l'engagement de
fournir aux antiquaires vingt grosses voitures de fragments de tuiles romaines.
[103]
V. Mosella, v. 361-363.
[104]
On lit près de l'entrée d'une de ces galeries l'inscription suivante :
INCEPTAOFFI
CINAEMILIANA
NONISMART.
[105]
V. le fragment du poème De claris urbibus cité plus haut.
[106]
V. Gruter, Corpus inscriptionum, p. CCCCLXXIII, n° 3.
[107]
V. Epistolœ, lib. VI, 4.
[108]
V. le continuateur de Philippe de Vigneulles, dans les Chroniques de la
ville de Metz, p. 788.
[109]
Quelquefois le pavage de la route consistait seulement en pierres dressées,
dont le sommet équarri avec soin présentait une surface plus ou moins
considérable, et dont la queue, souvent assez longue, était enfoncée dans le
sol. C'était un pavage à peu près semblable à celui de nos villes. V. Annales
de la société d'émulation des Vosges, 1859, p. 349.
[110]
V. le passage de Siculus Flaccus cité plus haut.
[111]
V. Code Théodosien, lib. VIII, tit. V, c. 62.
[112]
V. Code Théodosien, lib. VI, tit. XXIX, c. 2 ; lib. VIII, tit. V, c. 23 ; v. aussi
Ammien Marcellin, lib. XX, n° 4.
[113]
V. Code Théodosien, lib. VIII, tit. V, c. 3, 9, 12, 46, 22, 27, 33, 40, 49 et 56.
[114]
Epist. ad Rusticum, dans l'édition de Dom Martianay, t. IV, part. II, col. 771.
[115]
V. Code Théodosien, lib. XIII, tit. III, c. 11.
[116]
V. Hontheim, Prodromus Historiœ Trevirensis, t. I, p. 60 ; Juret, Miscellanea
ad Symmachum ; Histoire littéraire de la France, t. I, p. 10 et
suiv.
[117]
Lib. III, tit. I,
c. 13, § 8 et 9. V. aussi Symmaque, Epistolœ, lib. IX, 52.
[118]
Les assertions contenues dans cet alinéa sont appuyées sur une foule de
mémoires publiés dans les recueils des sociétés savantes du pays, et sur nos
propres observations.
[119]
V. Code Théodosien, lib. VIII, tit. VII, c. 11.
[120]
V. le commentaire de Pancirole sur la Notitia Imperii, p. 23.
[121]
Il est évident que ce comes devait en avoir un assez grand nombre sous
ses ordres. Le corps des Joviani seniores, qui faisait partie de la
garde impériale, mais que la Notitia Imperii ne mentionne pas comme
résidant alors dans la Gaule, avait séjourné à Trèves, ainsi que le prouve une
inscription funéraire découverte dans cette ville. V. Inscriptions
chrétiennes de la Gaule, par M. le Blant, t. I, p. 406.
[122]
Constance ayant appelé en Orient une des légions cantonnées dans la Gaule, les
soldats se désolaient d'être obligés de laisser dans ce pays leurs femmes et
leurs enfants, et l'evectio publica finit par leur fournir les clabulœ
nécessaires au transport de leurs familles. V. Ammien Marcellin, lib. XX, n° 4.
[123]
A deux lieues de Trèves. Cette famille est mentionnée dans plusieurs
inscriptions. V. notamment Hontheim, Prodromes Historicœ Trevirensis, t.
I, p. 190, 192-195 et 201 ; Publications de la Société pour la recherche et
la conservation des monuments historiques dans le Grand-Duché de Luxembourg,
t. III, p. 177 et 195.
[124]
Il ne faut pas hésiter à lire, dans la Notitia Imperii, Dux Germaniœ
II, au lieu de Dux Germaniœ I, comme portent la plupart des
éditions. L'erreur vient d'une distraction du copiste, qui a oublié de tracer
un des I destinés à exprimer le mot Secundo. Il ne peut être
question, en effet, de la Germania Prima, puisque, d'après la Notitia
elle-même, cette dernière formait deux gouvernements militaires, dont les
commandants résidaient à Strasbourg et à Mayence. C'est l'opinion de l'abbé Du
Bos, ibid., t. I, p. 101 et 102.
[125]
Cet écrivain, dont l'ouvrage avait au moins quatre livres, semble avoir rédigé
plutôt une histoire générale de l'Empire que celle des Francs ; toutefois,
Grégoire de Tours, qui avait eu cette production entre les mains, et qui en
cite un long fragment, dit qu'elle renfermait beaucoup de détails sur les
Francs. V. Historia Francorum, lib. II, c. 9.
[126]
Grégoire de Tours (Historia Francorum, lib. II, c. 8) cite le douzième
livre de l'ouvrage de Profuturus Frigeridus. Il parait n'avoir porté d'autre
titre que celui d'Historiœ.
[127]
Cette opinion de saint Jérôme est rapportée avec soin par Frédégaire. V. Gregorii
Turonensis Historia Francorum epitomata, c. 2.
[128]
V. Gesta episcoporum Metensium, dans Calmet, Histoire de Lorraine,
1re édition, t. I, preuves, col. 58.
[129]
V. Eumène, Panegyricus Constantii Chlori.
[130]
V. la Notitia Imperii ; M. de Pétigny, Etudes sur l'époque
mérovingienne, t. I, p. 118, 119, 155, 134 et 135.
[131]
De même que d'autres Francs étaient appelés Sicambri parce qu'ils
habitaient la vallée du Sigus (Sieg), rivière qui se jette dans le Rhin,
un peu au-dessus de Cologne.
[132]
C'est aujourd'hui l'Yssel.
[133]
M. Amédée Thierry (Histoire d'Attila et de ses successeurs, t. I, p.
130) prétend que les Saliens étaient établis dans la Toxandria dès le
commencement du IVe siècle ; mais il ne cite aucun texte qui le prouve.
[134]
V. Ammien Marcellin, lib. XVII, n° 8. Julien lui-même dans une lettre adressée
aux Athéniens. V. aussi le prologue de la Loi Salique.
[135]
V. M. de Pétigny, Etudes sur l'époque mérovingienne, t. II, p. 625.
[136]
V. M. de Pétigny, Etudes sur l'époque mérovingienne, t. I, p. 84-85,
88-89 et 150.
[137]
V. Sulpicius Alexander copié par Grégoire de Tours, Historia Francorum,
lib. II, c. 9.
[138]
V. Sulpicius Alexander copié par Grégoire de Tours, Historia Francorum,
lib. II, c. 9.
[139]
V. M. de Pétigny, ibid., t. I, p. 150-151, 222 et 238 ; M. Amédée
Thierry, ibid., t. I, p. 130.
[140]
V. Notitia Galliarum, p. 256 ; v. aussi les observations d'Eckhard sur
la Lex Ripuariorum, dans Bouquet, Rerum gallicarum et francicarum
scriptores, t. IV, p. 233.
[141]
Il devait être appelé d'abord Riparius, car il est bien probable que Ripuarius
est une forme barbare de ce premier mot. V. M. de Pétigny, Etudes sur
l'époque mérovingienne, t. II, p. 620-622.
[142]
Ou Ripuarii. Jornandès emploie même la forme Riparioli.
[143]
M. Aug. Thierry s'est livré sur l'origine du mot ripuaire à des
conjectures qui ne semblent pas admissibles. V. Lettres sur l'histoire de
France, p. 185.
[144]
Ce sont probablement quelques-uns de ces milites limitanei qui sont
désignés sous le nom de Riparenses par l'historien Vopiscus, Aurelianus,
n° 38.
[145]
V. Eckhard, Commentarii de rebus Franciœ Orientalis, t. I, p. 52.
[146]
V. Traditiones Werthinenses, n° IV, XV-XIX, XXV-XXIX, XXXII, XXXV, XL,
XLIV, XLIX, LI et LIII, citées par Eckhard, dans ses observations sur la Lex
Ripuariorum, collection de Dom Bouquet, t. IV, p. 252.
[147]
V. Nithard, lib. I.
[148]
V. cependant les observations d'Eckhard sur la Lex Ripuariorum, ibid. Il résulte d'un passage du Gesta Francorum (v. c. XXXVIII)
que le vicus de Tulbiacum ou Tolbiacum était
primitivement dans le pagus
Ripuarius, à peu de distance de la limite. Il fut plus tard le
chef-lieu d'un pagus
particulier.
[149]
V. M. de Pétigny, ibid.,
t. I, p. 111.
[150]
V. la Notitia Imperii
; Du Bos, ibid.,
t. II, p. 306.
[151]
V. Du Bos, ibid.,
t. I, p. 273 et 274.
[152]
Epistolœ, lib. IV,
1. — Ibid., lib.
VIII, 3.
[153]
De gubernatione Dei,
lib. IV.
[154]
Guerre des Goths,
liv. I, n° 12. — Ibid.,
liv. II, n° 25.
[155]
De rebus Geticis,
c. 36.
[156]
V. Du Bos, ibid.,
t. I, p. 149 ; Le Huérou, Histoire
des institutions mérovingiennes, p. 188 et 189.
[157]
V. Du Bos, ibid.,
p. 150 et 151.
[158]
Le mot sors,
appliqué à un domaine, ne fait aucune allusion à une distribution par la voie
du sort ; il veut dire simplement part
ou portion. V. la
note de J. Godefroy sur la c. 15, Code
Théodosien, lib. XI, tit. I. Ce mot est employé avec le
même sens dans les Agrimensores.
— V. Fragmentum de limitibus,
dans l'édit. Rigault, p. 337. V. aussi Lex
Ripuariorum, tit. IX, art. 5.
[159]
V. Alexander Severus.
[160]
V. Le Huérou, Histoire des
institutions mérovingiennes, p. 43 et 44.
[161]
Chronique attribuée à saint Prosper.
[162]
V. Lex Salica,
tit. LXII,
art. 6.
[163]
V. notamment le mémoire de l'abbé de Gourcy intitulé : Quel fut l'état des personnes en
France, sous la première et la seconde race de nos rois, p. 229.
[164]
V. Code Théodosien,
lib. VII, tit. XIII, c. 6.
[165]
V. Code Théodosien,
lib. VII, tit. XIII, c. 7.
[166]
V. Code Théodosien,
lib. VII, tit. XX, c. 8.
[167]
V. Code Théodosien,
lib. VII, tit. XIV, passim
; tit. XX,
c. 11 ; lib. X, tit. X, passim
; lib. XI, tit. I, c. 1 et 56 ; tit. XX,
passim ; v. aussi Novelles, XXXI.
[168]
V. Code Théodosien,
lib. VII, tit. XIII, c. 7.
[169]
V. Code Théodosien,
lib. XI, tit. XX, c. 4.
[170]
V. De l'état des personnes en
France sous les rois de la première race, par M. Naudet, dans les Mémoires de l'académie des
inscriptions, 2de série, t. VIII, p. 474 et 475.
[171]
Tit. LXV,
art. 1.
[172]
V. Historia Francorum,
lib. V, c. 27 ; lib. VII, c. 42.
[173]
C'est dans ce sens que Grégoire de Tours donne le titre de rex (équivalent latin du
mot konüng) au
gallo-romain Syagrius, qui n'avait certainement pas la prétention d'être un
véritable roi. V. Aug. Thierry, Lettres
sur l'histoire de France, p. 159-163. Adso, abbé de Montiérender,
qui écrivit, au Xe siècle, mais sur des documents anciens, la vie de saint
Mansuy (Mansuetus),
premier évêque de Toul, attribue aussi le titre de rex au chef d'une troupe de
barbares, laquelle parait avoir été établie dans les environs de cette ville.
V. Vita et acta sancti
Mansueti, lib. I, c. 5, dans Calmet, Histoire de Lorraine, 1re édit., t. I,
preuves, col. 88.
[174]
V. Sulpicius Alexander copié par Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. II, c. 9 ; v. aussi
M. de Pétigny, ibid.,
t. I, p. 90, 130 et 152. Sidoine Apollinaire (Epist.,
lib. IV, 20) emploie le mot regulus
pour désigner les chefs barbares qui accompagnaient un prince Franc dont nous
parlerons plus loin.
[175]
V. Hist. crit., t,
III, p. 118 et 119.
[176]
V. Tacite, Germanie,
n° 13 et 14.
[177]
Claudien, De laudibus
Stilichonis, lib. I, v. 236-238.
[178]
V. Ammien Marcellin, lib. XXXI, n° 10.
[179]
V. M. de Pétigny, ibid.,
t. I, p. 378, t. II, p. 169, 172-174.
[180]
V. Code Théodosien,
lib. VII, tit. XIII, passim ; lib. XI, tit. XXIV,
c. 6 ; lib. XVI, tit. XV, c. 1. V. aussi une lettre de
Julien à l'empereur Constance, dans Ammien Marcellin, lib. XX, n° 8.
[181]
Ausone, Mosella,
v. 9.
[182]
V. lib. XVII, n° 13 ; v. aussi Eusèbe, Vie
de Constantin, liv. IV, n° 6.
[183]
V. M. de Pétigny, ibid.,
t. I, p. 156 et 210.
[184]
Le Perthois (Pertensis pagus)
faisait partie de la civitas
de Châlons-sur-Marne.
[185]
Cette inscription, sur la lecture de laquelle se sont élevés quelques doutes, a
été l'objet d'un mémoire de M. Denis, mémoire inséré dans le Narrateur de la Meuse, n°
656.
[186]
V. ce diplôme, dans Bouquet, t. VI, p. 610.
[187]
Les noms de Zinafre
et d'Usafre que
portaient deux chefs sarmates mentionnés par Ammien Marcellin (lib. XVII, n°
12) semblent bien voisins du nom de Saffre.
Ammien (ibid.) et
d'autres auteurs nous ont encore conservé les noms suivants, dont on pourrait
rechercher la trace dans les cantons occupés par les Sarmates : Zizais, Araharius, Rumo, Fragiledus,
Benya et Babaï.
[188]
V. ce diplôme, dans Calmet, Hist.
de Lorraine, 1re édit., t. I, preuv., col. 258.
[189]
Les seuls lœti
exemptés de ces charges étaient ceux que l'on avait cru pouvoir établir dans le
voisinage de la frontière, et qui étaient soumis aux mêmes obligations que les
Francs fédérés. V. Code
Théodosien, lib. VII, tit. XIV, c. 1.
[190]
V. Code Théodosien,
lib. III, tit. XIV, c. 1.
[191]
V. Code Théodosien,
lib. VII, tit. XIV, c. 1.
[192]
V. Code Théodosien,
lib. XIII, tit. XI, c. 9.
[193]
V. Le Huérou, ibid.,
p. 53 et 54.
[194]
V. De gestis Langobardorum,
lib. I, c. 9, dans Muratori, Scritores
rerum Italicarum, t. I, 1re part., p. 411.
[195]
V. M. de Pétigny, ibid.,
t. I, p. 92.
[196]
Il est appelé Sinquates
dans quelques inscriptions récemment découvertes.
[197]
V. Schœpflin, Alsatia
illustrata, t. I ; Histoire
de Metz, par deux religieux bénédictins, t. I ; Bertholet, Histoire ecclésiastique et civile du
duché de Luxembourg, t. I, p. 419 et suiv. ; Bulletin de la société d'archéologie
et d'histoire de la Moselle, 1858, p. 54 et 55 ; Mémoire sur les établissements romains
du Rhin et du Danube, par M. de Ring, t. II, p. 27-29.
[198]
V. Schœpflin, ibid.,
t. I, p. 501-504, et planche IX, n° 1 ; M. de Ring, ibid., t. I, passim, t. II, p. 20 et 21.
[199]
V. M. de Ring, Mémoire sur
les établissements romains du Rhin et du Danube, t. II, p. 27 et
260.
[200]
V. Germania, n° 9.
[201]
V. Schœpflin, ibid.,
t. I, p. 494-501, et pl. X ; M. de Ring, ibid.,
t. II, p. 259 ; Bertholet, ibid.,
t. I, p. 429 et 430.
[202]
V. M. de Ring, Mémoire sur
les établissements romains du Rhin et du Danube, t. II, p. 256.
[203]
V. J. de Wal, Mythologiae
septentrionalis monumenta epigraphica latina, n° 20 et 21.
[204]
V. M. de Ring, ibid.,
t. II, p. 69, 72-73 ; Mémoires
de la société des antiquaires de France, t. XIX, p. 269.
[205]
Inscription, dans Gruter, p. XCIV, n° 10.
[206]
Il est vrai qu'elles peuvent être l'ouvrage d'habitants de Moguntiacum, que leurs
affaires avaient appelés dans la Bretagne. L'une de ces inscriptions a été
posée aux frais d'un membre de la famille des Secundini,
famille puissante de la Belgica
Prima. V. Camden, Britannia,
p. 453 ; Gordon, Itinerarium
septentrionale, p. 98. V. aussi Schœpflin, ibid., t. I, p. 461 et 462.
[207]
V. Schœpflin, ibid.,
p. 588 ; M. de Ring, ibid.,
t. I, p. 260 et 276, t. II, p. 64.
[208]
Solimariaca,
aujourd'hui Soulosse.
[209]
V. notamment Publications de
la société pour la recherche et la conservation des monuments historiques dans
le Grand-Duché de Luxembourg, t. VI, p. 52 et 53.
[210]
On ne connaît pas moins de onze inscriptions de ce genre, trouvées presque
toutes dans le nord-est de la Gaule. V. Bulletin
de la société des antiquaires de France, 1859, p. 159-163, 166-167 ;
Bulletin de la société
d'archéologie de la Moselle, 1858, p. 54.
[211]
On pourrait même croire, sans témérité, que plusieurs divinités doivent leur
origine aux erreurs de quelques antiquaires, qui ont pris des cippes funéraires
pour des inscriptions votives, ou qui ont mal déchiffré des inscriptions
votives consacrées à des dieux bien connus.
[212]
V. M. de Ring, ibid.,
t. II, p. 41, 254, 256-257.
[213]
V. Bertholet, ibid.,
t. I, p. 414 ; M. de Ring, ibid.,
t. I, passim, t.
II, p. 57-59.
[214]
Saint Irénée dit que de son temps (vers la fin du second siècle) il y avait des
églises dans les Germanies et les Gaules. Ces paroles peuvent certainement
s'entendre de la Belgique et de la Germanie romaine. V. Adversus Hœreses, lib. I,
c. 10, 1 et 2 ; v. aussi Tertullien, Adversus
Judœos, c. 7.
[215]
V. Sidoine Apollinaire, Epistolœ,
lib. VII, 10.
[216]
V. Histoire de l'église de
Strasbourg, t. I, p. 160.
[217]
Tel est le catalogue de Trèves, duquel il faut retrancher vingt-trois évêques,
qui paraissent n'avoir jamais existé.
[218]
V. Inscriptions chrétiennes
de la Gaule, par M. le Blant, t. I, passim.
[219]
Ainsi que l'attestait une inscription antique placée dans l'oratorium de
Saint-Euchaire, à Trèves. V. M. le Blant, ibid.,
p. 346 et suiv.
[220]
V. Sulpice Sévère, Historia
eccles., lib. II.
[221]
V. Labbe, Concilia,
t. II, col. 615.
[222]
V. Histoire de Metz,
par deux bénédictins, t. I, p. 198-221.
[223]
V. notamment le bréviaire de 1512, le missel de 1550 et le bréviaire de 1593,
au 20 octobre.
[224]
V. Flodoard, Historia
Remensis ecclesiœ, lib. I, c. 5 ; Histoire
ecclésiastique de la province de Trèves, par M. l'abbé Clouet, t. I,
p. 45 et 63-66.
[225]
V. M. Clouet, ibid.,
p. 60 et 61.
[226]
V. M. de Ring, ibid.,
t. II, p. 263-264 ; M. Clouet, ibid.,
t. II, p. 281-282.
[227]
V. Marlot, Metropolis
Remensis Historia, t. I, p. 75.
[228]
V. Vita sancti Eliphii,
auctore Ruperto, dans les Bollandistes, au 16 octobre.
[229]
V. Histoire de Verdun,
par Roussel, revue et publiée par l'abbé le Beuf, p. 7.
[230]
V. M. Clouet, ibid.,
t. I, p. 58 et 64.
[231]
On assure que sainte Hélène fit aussi élever des églises dans la Seconde
Germanie, notamment à Cologne. V. Bertholet, ibid.,
t. I, p. 182.
[232]
Schœpflin a même soutenu que Strasbourg n'eut pas d'évêque avant le VIIe siècle
; mais cette assertion a été victorieusement réfutée par Grandidier.
[233]
V. les actes des conciles de Cologne et de Sardique ; saint Athanase, Apologie de sa fuite, n° 4,
édit, de Montfaucon, t. I, 1re part., p. 322 ; Théodoret, Histoire ecclésiastique,
liv. V, c. 9.
[234]
V. Sulpice Sévère, Dialogi,
II, 6 et 7, III, 15 ; Vita
sancti Martini, n° 15 et 23.
[235]
V. Code Théodosien,
lib. XVI, tit. X, c. 16.
[236]
V. Grandidier, Histoire de
l'église de Strasbourg, t. I, p. 156-157.
[237]
V. Calmet, Notice de la
Lorraine, t. I, col. 472 et suiv., et pl. I et II ; Schœpflin, Alsatia illustrata, t. I,
p. 205, 475 et 487, et pl. XIII ; Grandidier, ibid.,
t. I, p. 62-63 ; Beatus
Rhenanus, Rerum Germarnicarum, lib. III, p. 309 ; Mabillon, Iter Germanicum, p. 98 ; M.
de Ring, Mémoire sur les
établissements romains du Rhin et du Danube, t. I, p. 69, 72-73 ; Le comté de Dagsbourg, par
M. Beaulieu, p. 30, 51 et 270 ; Antiquités
des eaux minérales de Vichy, Plombières, Bains Niederbronn, par le
même, p. 172-174 et 202-206.
[238]
Ainsi, on voit encore en 732 un habitant de Trèves, qui vendit un domaine à la
princesse Adhela fille de Dagobert II, porter le nom de Feronius, lequel
rappelait évidemment la déesse Feronia.
V. le titre de fondation de l'abbaye de Palatiolum,
dans Pardessus, Diplomato,
chartœ, epistolœ, leges etc., t. II, p. 364.
[239]
V. Fragmentum visionum
Flotildis (vers l'année 940).
[240]
V. Jean de Salisbury, Epistolœ,
172.
[241]
Acte de fondation de l'hôpital Saint-Antoine (année 1201).
[242]
V. Flodoard, Historia
Remensis ecclesiœ, lib. I, c. 1.
[243]
V. dans l'ouvrage de M. le Blant, t. I, p. 357, une inscription funéraire
païenne, trouvée près de Mayence et datée de la manière suivante : PLACIDIO.
VALENTINIA. E. ANATOL. COSS. ; ce qui correspond à l'année 440.
[244]
V. Philostorge, Extraits de
son Histoire ecclésiastique, liv. I, n° 9, à la suite de l'Eusèbe de
Valois.
[245]
Cette circonstance a porté quelques écrivains à révoquer en doute l'existence
même du concile de Cologne ; mais son authenticité a été péremptoirement
établie par plusieurs auteurs. V. notamment Grandidier, Hist. de l'église de Strasbourg,
t. I, p. 65 et suiv. ; M. Clouet, Hist.
eccl. de la province de Trèves, t. I, p. 79-82.
[246]
V. Surius, au 23 octobre.
[247]
V. Code Théodosien,
lib. XVI, tit. V, passim
; Chronique de Prosper
d'Aquitaine, dans Du Chesne, t. I, p. 196.
[248]
Livre I, cité par Bertholet, ibid.,
t. I, p. 182, 184-185.
[249]
V. Livre I, cité par Bertholet, ibid.,
t. I, p. 186.
[250]
V. Annales Benedictini,
t. I, p. 47.
[251]
V. Vita sancti Felicis,
Trevirensis episcopi, dans les Bollandistes, au 26 mars.
[252]
V. lib. VIII, c. 6. Deux de ces moines avaient exercé les fonctions d'agentes in rebus et
appartenaient peut-être à la célèbre famille des Secundini.
[253]
V. Inscriptions chrétiennes
de la Gaule, par M. le Blant, t. I, p. 366 ; v. aussi saint
Augustin, ibid.
[254]
V. Annales Trevirenses,
t. I, p. 318-319.
[255]
V. Bertholet, ibid.,
p. 190-191 et 233-236 ; Calmet, Hist.
de Lorr., 1re édit., t. I, col. 301.