HISTOIRE DU ROYAUME D'AUSTRASIE

TOME PREMIER

 

CHAPITRE PREMIER. — ÉTAT DU NORD-EST DE LA GAULE AU COMMENCEMENT DU Ve SIÈCLE.

 

 

Les écrivains qui ont tracé l'histoire de la Gaule pendant les IIIe et IVe siècles de notre ère ont tous raconté les incursions entreprises par les Germains, et les ravages dont elles furent accompagnées. On ne trouvera donc pas ici la répétition de ces monotones et affligeants récits du pillage des villes, de la dévastation des campagnes, ni la copie de tant de considérations et de réflexions sur la décadence de l'agriculture, sur l'interruption des relations sociales, sur la ruine de l'industrie et du commerce. Nous supposons le lecteur suffisamment instruit à cet égard, et nous prenons la Gaule, ou pour mieux dire la partie nord-est de cette contrée, telle qu'elle se trouvait immédiatement après la mort du Grand Théodose.

Lorsque ce prince, débarrassé de tous ses compétiteurs, fut enfin maitre absolu et incontesté de l'Empire, il y eut dans le monde un moment de repos : les ambitieux étaient découragés et ne songeaient plus à troubler l'Etat ; les Barbares, vaincus, respectaient les frontières ; beaucoup d'entr'eux, d'ailleurs, ayant été accueillis sur le territoire romain, y avaient trouvé une seconde patrie, et Théodose, au moment où la mort lui ferma les yeux, put croire que ses deux fils allaient régner en paix. Le principe de la légitimité, d'abord presqu'inconnu, avait acquis une certaine force depuis Constantin, et le pouvoir des usurpateurs devenait tout-à-fait éphémère. Après la mort du premier empereur chrétien, les légions avaient massacré son neveu Delmatius, en jurant de n'obéir qu'aux fils de Constantin, et les soldats de Valentinien Ier s'étaient hâtés de proclamer son fils Valentinien II, qui avait seulement quatre ans, et se trouvait pour longtemps hors d'état de les commander.

Dans les cités et dans les campagnes de la Gaule, on travaillait, avec activité, à faire disparaître les traces des invasions, et, comme un des peuples barbares établis sur le sol de l'Empire avait, ainsi que nous le verrons plus loin, conservé un assez vaste territoire au-delà du Rhin, Claudien pouvait, sans trop d'exagération, féliciter Stilicon, ministre d'Honorius, de faire régner en Germanie une paix si profonde, que les Belges et les Gaulois conduisaient en sûreté leurs troupeaux dans les pâturages voisins de l'Elbe. « Les Saliens, qui n'avaient, ajoute-t-il, d'autre exercice que les combats, commencent à cultiver la terre ; les Sicambres changent leurs épées en faux et en instruments de labourage... On chasse librement dans la forêt Hercynienne, et l'on peut sans danger abattre les bois que les Barbares avaient consacrés à l'exercice de leur culte, et qu'ils regardaient comme des divinités. Es chérissent, ils respectent leurs vainqueurs[1]. »

Cet heureux état de choses aurait pu se prolonger pendant un certain temps, si Théodose avait laissé des fils dignes de lui. Mais Arcadius et Honorius n'étaient pas capables de supporter le fardeau du gouvernement, et leurs ministres n'étaient pas animés de vues pures et droites. Arcadius avait reçu l'empire d'Orient, et Honorius l'empire d'Occident. Néanmoins, le monde romain était toujours regardé comme un et indivisible. Chacune des deux fractions qui le composaient, ou pour mieux dire chacun des deux partages, ne jouissait pas d'une vie propre et distincte. La nécessité de répartir entre deux ou plusieurs personnes la défense et l'administration de ce grand corps avait seule engagé les empereurs à se donner des collègues, et comme il fallait, pour maintenir l'unité, qu'il y eût quelque part une autorité prépondérante, l'empereur d'Orient avait conservé une sorte de prééminence sur celui d'Occident. Lorsqu'il n'y avait plus de souverain à Rome, ou, pour s'exprimer plus exactement, à Ravenne, l'empereur de Constantinople devenait à l'instant le maître des deux partages[2], et on a soutenu que l'empereur d'Occident avait le même droit lorsque son collègue venait à mourir[3]. Quoiqu'il en soit de ce dernier point, on ne peut nier que l'autorité de l'empereur d'Orient n'ait été invoquée plusieurs fois par le sénat de Rome, et ce fut sur la demande des Romains que le gouvernement de Constantinople leur donna successivement pour maîtres Anthémius, Olybrius et Julius Népos. Les preuves de ce qui précède surabondent dans les écrivains du temps, et on doit ajouter, pour compléter la démonstration, que les ateliers monétaires des diverses provinces de l'Empire frappaient des monnaies aux noms de tous les empereurs légitimes, lors même qu'ils résidaient dans les contrées les plus éloignées de ces ateliers, et qu'ils n'avaient sur eux aucune autorité directe. Les empereurs d'Occident plaçaient souvent sur leurs monnaies le différent CONOB[4], et les usurpateurs eux-mêmes employaient le même sigle, pour faire croire aux peuples qu'ils étaient reconnus par le véritable maître de l'Empire[5].

Le partage d'Occident était divisé en deux grandes préfectures, qui portaient les noms de préfectures d'Italie et des Gaules. La dernière comprenait, outre la Gaule, l'île de Bretagne, l'Espagne et la Mauritanie Tingitane, et le préfet du prétoire chargé de la gouverner avait fixé sa résidence à Trèves, quoique cette ville fût très-éloignée du centre de la préfecture, mais afin d'être plus rapproché de la Germanie. La Gaule était administrée, sous l'autorité du préfet, par un vicaire décoré du titre de spectabilis vir et demeurant dans la ville d'Arles ; organisation bien vicieuse, si les ordres émanant du préfet, et destinés aux gouverneurs des provinces septentrionales, devaient passer par les bureaux du vicaire, c'est-à-dire être portés dans le midi de la Gaule avant d'être remis aux fonctionnaires qui habitaient les villes voisines du Rhin[6].

Un nombreux cortège d'officiers de toute espèce entourait le préfet du prétoire. Un des premiers, le premier peut-être, était un prœpositus thesaurorum, placé sous la direction du comes sacrarum largitionum ou comte des sacrées largesses, et dont l'arrondissement parait avoir compris les deux Belgigues et les deux Germanies. Le procurator monetœ de Trèves administrait un des trois ateliers monétaires établis dans la Gaule, et les produits de cet atelier, encore assez communs, attestent son importance. Du magister officiorum ou maitre des offices dépendaient les fonctionnaires qui dirigeaient les fabriques d'armes. Trèves possédait deux de ces fabriques : dans l'une on confectionnait des boucliers, dans l'autre on construisait des machines de guerre. A Reims, il y avait une manufacture d'épées, et Argentoratum (Strasbourg) avait une fabrique d'armes de toute espèce. On voyait à Trêves, à Reims et à Metz des gynécées, ateliers où des femmes esclaves étaient continuellement occupées à tisser les étoffes destinées soit à l'usage des empereurs, soit à l'habillement des troupes. Chacun de ces gynécées était dirigé par un procurator. D'autres agents, qui portaient seulement le titre de prœpositi, administraient des manufactures où des ouvriers, appelés brambaricarii[7], fabriquaient soit des vêtements précieux[8], soit des armures damasquinées[9]. Deux de ces manufactures étaient placées dans le nord-est de la Gaule : à Trèves et à Reims. Quant aux fonctionnaires ou employés d'un rang inférieur, il serait difficile, et même impossible de les énumérer tous[10].

Ces agents appartenaient à l'administration centrale ; d'autres étaient préposés à celle des provinces. On sait que la Gaule avait été divisée en dix-sept provinces, dont chacune était régie, sous les ordres du vicaire, par un gouverneur, qualifié soit consularis[11], soit prœses, d'après l'importance du pays qui lui était confié. La partie nord-est de la Gaule, devenue presque complètement romaine par la langue et par les mœurs, occupée en tout temps par des troupes nombreuses et aguerries, et fournissant elle-même aux armées impériales d'excellentes recrues, était, comme l'a fait observer un écrivain moderne, une des forces principales de l'Empire. Aussi, les gouverneurs des quatre provinces que l'on y avait créées portaient-ils le titre de consularis, et ces quatre provinces, c'est-à-dire la Germania Prima, la Germania Secunda, la Belgica Prima, la Belgica Secunda, occupaient-elles les troisième, quatrième, cinquième et sixième rangs dans le tableau des dix-sept provinces gauloises.

L'énumération détaillée de toutes les attributions qui appartenaient aux gouverneurs nous entraînerait trop loin[12], et, d'ailleurs, elles ont probablement varié avec les temps et les circonstances ; mais ce qui n'a pas changé, c'est la subdivision de chaque province en un plus ou moins grand nombre de districts, assez semblables aux départements actuels, et désignés par le nom de cités (civitates). Ce nom était un souvenir et un monument de leur origine. En effet, la plupart des districts appelés civitates avaient les mêmes limites que les territoires des petits peuples gaulois.

Chaque civitas avait à sa tête un comes dépendant du prœses ou du consularis qui gouvernait la province ; mais les attributions de ce comes ou comte paraissent avoir eu fort peu d'étendue. Elles étaient purement civiles et judiciaires, et encore il faut ajouter que la juridiction civile appartenait presqu'entièrement à la curie, dont nous allons parler, et qu'en matière administrative proprement dite, le cames était plutôt un surveillant qu'un véritable fonctionnaire. Les Romains, obéissant à un principe de gouvernement peu goûté dans les temps modernes, avaient donné un grand développement au pouvoir municipal, et l'on peut dire sans exagération que les cités s'administraient elles-mêmes.

Malgré les opinions contraires émises par les savants qui ont traité ces questions délicates, on doit reconnaître que l'on voyait dans chaque civitas deux corporations bien distinctes : un conseil et un pouvoir exécutif. Savigny, qui reproche à Raynouard d'avoir commis une erreur grave en confondant l'Italie et les provinces, prétend que les cités gauloises n'étaient pas administrées, comme on l'avait cru, par des magistrats appelés duumviri, et dont l'élection appartenait au conseil ou à la curie, et que cette organisation n'avait été introduite que dans les villes jouissant du jus italicum[13]. Une pareille distinction a semblé plus subtile que fondée ; au IVe siècle, le jus italicum n'était plus qu'un souvenir, et différentes inscriptions mentionnent des duumviri gallo-romains[14]. Cependant, il y avait quatre magistrats dans certaines cités, et ils portaient le titre de quatuorviri. Leurs fonctions avaient quelque analogie avec celles des maires actuels ; ils avaient de plus la juridiction contentieuse et la juridiction volontaire, sauf l'appel devant le tribunal du comte. La juridiction criminelle leur avait été enlevée depuis longtemps. Ils n'étaient nommés que pour un an, mais ils étaient, sans doute, indéfiniment rééligibles[15]. On leur avait donné, pour les assister dans l'exercice de leur ministère, des secrétaires ou greffiers, que l'on appelait exceptores ; et plusieurs savants ont pensé qu'il existait, au moins dans les cités les plus importantes, d'autres magistrats, d'un ordre secondaire, employés, sous la direction des premiers, à quelque branche de l'administration. Tels étaient les quatuorviri viarum curandarum, mentionnés dans deux inscriptions, trouvées l'une à Scarponna et l'autre dans les environs de Decempagi[16].

Le conseil, dont les duumviri ou quatuorviri faisaient exécuter les décisions, portait le nom d'ordo decurionum ou simplement d'ordo, de curia et même de senatus[17], et ses membres étaient désignés par les titres de decuriones[18], de curiales ou de senatores. Il était présidé, non pas par un des magistrats, mais par le plus ancien des curiales, lequel était décoré du titre de principalis et n'exerçait toutefois aucune fonction active[19].

La curie était, au reste, moins un conseil qu'une corporation ; car tous les habitants de la cité qui possédaient plus de vingt-cinq jugera étaient obligés de faire partie de la curie et ne pouvaient s'en dispenser que pour des motifs graves[20]. Dans l'origine, on avait recherché l'honneur d'y entrer ; c'était, en effet, le seul moyen de parvenir aux honores, puisque tous les magistrats municipaux (duumviri, quatuorviri et autres) étaient exclusivement choisis parmi les curiales et élus par les curiales eux-mêmes, sur une liste dressée par les magistrats sortant d'exercice, comme divers écrivains l'ont pensé, ou par le comte, représentant de l'administration centrale[21]. Mais les empereurs, ne sachant plus comment faire rentrer dans les caisses du fisc des impositions tous les jours plus écrasantes, eurent la fâcheuse idée de charger les curiales de la perception, et même de les rendre responsables de ce qu'on appelle aujourd'hui les non-valeurs. Cet arrangement était éminemment vicieux, et les esprits les plus prévenus en faveur de l'excellence de la législation romaine ne peuvent nier qu'il n'ait eu des résultats déplorables. Il est évident, en effet, ainsi que l'a dit un historien moderne, qu'il était ruineux et tyrannique d'accroître la part d'impôt à supporter par les curiales de tous les ravages causés par la dépopulation, par la misère publique et par l'invasion des Barbares[22]. Les nombreuses constitutions recueillies dans les codes Théodosien et Justinien suffiraient pour établir, d'une manière irréfutable, que le système produisait de funestes effets[23]. Les curiales cherchaient sans cesse à quitter la curie ; quelques-uns l'obtenaient par un acte de la faveur du prince ; d'autres, comme le fait observer un écrivain que nous citions tout-à-l'heure, trouvaient un abri dans les maisons des grands, dans l'Eglise, dans l'armée, dans les diverses corporations et même dans le désert[24]. La législation, plus ingénieuse encore que l'intérêt privé, avait inventé mille prescriptions destinées à retenir les curiales dans la classe qu'ils voulaient fuir. On ne négligeait rien pour recruter l'ordo, si l'on peut employer cette expression : les fils étaient obligés de succéder à leurs pères ; non seulement on permit à des criminels de figurer dans la curie, mais on obligea même des hommes flétris par la justice à y entrer, chose que la législation avait d'abord défendue[25] ; enfin, on contraignit les hérétiques et les Juifs à y prendre séance[26], c'est-à-dire à en supporter les charges. Il faut cependant reconnaître, si l'on veut être juste, que le mal a été notablement exagéré par les historiens modernes, qui y ont trouvé matière à périodes oratoires. Il y a eu dans tous les temps, au Ier siècle et au Ve comme de nos jours, des déclamations contre l'énormité des impôts, et il n'est pas ordonné de prendre à la lettre toutes les phrases de Salvien. Ce qui semble prouver, d'ailleurs, que la classe des curiales n'a pas été réduite à la misère par le système dont il s'agit, c'est que les senatores si souvent mentionnés par Grégoire de Tours, lesquels n'étaient autres que les anciens curiales, paraissent, du moins en général, avoir joui d'une certaine opulence, et même plusieurs d'entr'eux possédaient des fortunes colossales.

Pour comprendre ce qui précède, il est nécessaire de se rappeler que, négligeant ou plutôt ignorant les ressources que peuvent offrir les impôts de consommation, c'est-à-dire ceux qui atteignent le commerce et l'industrie, les empereurs avaient principalement chargé le sol et ses produits, et même les hommes et les animaux employés à l'exploitation de la terre. Depuis Constantin, l'impôt foncier avait été basé sur le capital, et non sur le revenu. Toute propriété estimée mille solidi constituait un caput ou jugum tributarium[27], ou bien encore une jugatio terrena. Après cet impôt, qui était fort lourd, venait la capitation ou impôt personnel (capitatio humana), qui frappait seulement les ingenui. On avait adopté pour la capitation, comme pour la contribution foncière, une unité imposable, qui était formée de deux ou trois hommes et de quatre femmes[28].

La fiscalité impériale, non contente des sommes énormes que cette double imposition faisait entrer, tous les ans, dans les caisses du trésor, n'avait pas complètement négligé les contributions indirectes. Ainsi, les particuliers étaient obligés de transporter d'un lieu à un autre, sur la première réquisition des autorités compétentes, les produits des domaines, c'est-à-dire les foins, les grains, les vins ou les bois, que l'administration employait à l'entretien des troupes et des ouvriers des manufactures impériales, ou faisait conduire sur les marchés dans lesquels elle pensait en tirer le meilleur parti possible ; et il faut ajouter que l'obligation de ces transports gratuits s'appliquait non seulement aux produits des domaines, mais encore à la portion de l'impôt que les contribuables pouvaient acquitter en nature. Ils étaient également astreints à conduire gratuitement dans les lieux indiqués par les ingénieurs les matériaux destinés à l'entretien des chemins publics[29]. Les particuliers dont les propriétés étaient situées dans le voisinage de ces chemins étaient de plus obligés de supporter les charges résultant de l'établissement des postes impériales, et dont nous nous bornerons à faire mention ici, car nous aurons 'occasion de revenir plus tard sur ce sujet intéressant. On levait indistinctement sur tous les possesseurs du sol une autre imposition, destinée à subvenir aux frais du recrutement, et sans doute à la solde des corps de troupes cantonnés dans le voisinage et destinés plus spécialement à la garde du pays[30]. Enfin, le fisc impérial s'était réservé le monopole du sel[31] ; il percevait des droits assez élevés sur les marchés, sur les denrées et sur les objets fabriqués introduits dans l'Empire ou transportés d'une province dans une autre, comme par exemple de la Gaule dans l'Italie, et il exigeait un péage des voyageurs qui se servaient des ponts entretenus par le trésor public.

Ces charges, si lourdes qu'elles fussent, avaient, du reste, été réparties également sur tout le monde, et les propriétés ecclésiastiques ne jouissaient d'aucune exemption. De plus, afin de faciliter le paiement de l'impôt foncier, on avait permis aux contribuables de l'acquitter, partiellement au moins, en nature, et on recevait dans les greniers du domaine le blé, l'huile, le vin et le fourrage.

Bien que les curiales fussent responsables de la rentrée de cet impôt, ils ne pouvaient (on le comprend aisément) procéder eux-mêmes ni à son assiette, ni à sa perception, et il y avait différents fonctionnaires chargés de cette double tâche[32]. Pour l'assiette de l'impôt foncier, on employait 1° les agrimensores ou arpenteurs, qui dressaient le cadastre ; 2° les censitores, auxquels était confiée la confection des rôles ; 3° les perœquatores ou répartiteurs, tirés, sans doute, de la curie, et qui déterminaient combien chaque propriétaire devait payer de cotes ou de fractions de cote, suivant le nombre d'unités ou de fragments d'unité de mille solidi qu'il possédait ; 4° les inspectores, dont la mission était d'examiner les réclamations formées contre le travail des perœquatores et de redresser les erreurs qu'ils avaient pu commettre[33] ; 5° les tabularii ou contrôleurs, qui étaient dépositaires des registres et en délivraient les extraits aux susceptores ou percepteurs[34].

Ceux–ci étaient choisis par les curiales, qui en devenaient responsables ; mais comme il fallait parfois employer la force publique pour obliger les contribuables récalcitrants à s'exécuter, le fisc avait des agents qui étaient chargés de cette pénible besogne. Tels étaient les discussores, lesquels recherchaient les débiteurs du fisc et exerçaient, probablement, les premières poursuites pour amener le paiement de l'impôt. Tels étaient aussi les compulsores et exsecutores, dont l'emploi était de procéder aux saisies et contraintes[35].

Quant aux domaines du fisc, ils étaient administrés par des agents spéciaux, nommés procuratores[36], qui devaient être fort nombreux ; car, sans parler des terres ou des forêts qu'il possédait de longue date, il s'était emparé des biens dont les propriétaires avaient disparu à la suite des incursions des Barbares ou autrement ; et les confiscations, fréquentes dans un état souvent agité par des révolutions, avaient encore augmenté ces immenses propriétés, qui comprenaient des districts tout entiers. Les unes étaient affermées à des cultivateurs libres ; les autres étaient mises en valeur, sous la direction des procuratores ou de leurs subordonnés, par les esclaves appartenant au fisc ; et les produits soit des baux, soit de la culture, ainsi que tous les impôts directs ou indirects, étaient remis aux prœpositi thesaurorum, dont nous avons déjà parlé, et qui relevaient du trésorier–général ou comes sacrarum largitionum. Mais on doit supposer que ce dernier ne voyait arriver que l'excédent des recettes, quand excédant il y avait ; car il est évident que les fonds recueillis dans la Gaule, par exemple, servaient à acquitter les dépenses faites dans cette contrée. Quant aux denrées, vin, grains, huile, etc., donnés en paiement par les contribuables ou provenant des biens domaniaux exploités en régie, on les déposait dans des bâtiments publics, appelés horrea, sous la garde des susceptores ou quelquefois d'agents particuliers ; et d'autres agents, dépendant de l'administration militaire, les faisaient ensuite distribuer, comme on l'a vu, tant aux corps de troupes qu'aux ouvriers des manufactures impériales[37].

Ce coup-d'œil rapide jeté sur l'organisation financière de l'Empire, et qui était indispensable à l'intelligence de ce que nous dirons plus loin, nous a fait perdre de vue les curies et leurs attributions, lesquelles n'ont pas été complètement énumérées. Il est donc utile d'ajouter que les duumviri ou quatuorviri, ne pouvant à la fois administrer les cités et rendre la justice, avaient pris l'habitude de se faire assister, dans l'accomplissement de ce dernier devoir, par quelques-uns des membres de la curie, en sorte que cette corporation, d'abord purement administrative, finit, avec le temps, par devenir un corps judiciaire.

Il est également certain que les magistrats des cités recouraient souvent aux curiales pour les aider dans d'autres circonstances : quand il s'agissait, par exemple, d'administrer les biens appartenant aux cités, de lever les impositions que les empereurs autorisaient les curies à percevoir pour l'entretien des édifices publics, des murs ou des routes, et même de commander les milices municipales chargées de maintenir l'ordre dans l'intérieur de l'Empire[38].

Les pouvoirs des magistrats et des curiales en matière d'administration municipale, étaient, comme on l'a dit, extrêmement étendus ; cependant, les empereurs n'avaient pas jugé convenable de laisser de tels pouvoirs absolument sans contrôle, et, au lieu de s'en rapporter à la surveillance que chaque comte devait exercer, sous les yeux du consularis ou du prœses, dans l'intérieur de chaque cité, on avait créé, sous le nom de curatores reipublicœ, des inspecteurs, nommés directement par le prince, et sans l'autorisation desquels les curies ne pouvaient ni aliéner tout ou partie de leurs domaines, ni entreprendre des constructions importantes. Au reste, ces inspecteurs étaient souvent choisis parmi ceux des magistrats municipaux qui avaient successivement obtenu tous les honores.

Enfin, dans le dernier tiers du IVe siècle, on vit naître une autre magistrature municipale, qui s'empara bientôt du premier rang. Le defensor, établi dans chaque cité pour en protéger les membres contre les entreprises et les extorsions des officiers impériaux, était élu par tous les habitants et ne pouvait être pris dans le corps des curiales. Il avait un exceptor ou greffier et deux officiales. Sans parler des attributions assez mal définies que son institution lui assurait, il nommait les tuteurs ; il jugeait, sauf l'appel devant le prœses ou le consularis de la province, les affaires civiles jusqu'à la valeur de trois cents solidi et son intervention fut tellement recherchée, qu'il ne tarda à être obligé, comme les duumviri et les quatuorviri, de réclamer l'aide et l'assistance des curiales, avec lesquels il entra ainsi en relation[39].

Lorsque le territoire d'une des anciennes peuplades gauloises, ce que nous avons appelé jusqu'à présent une civitas ou une cité, renfermait plusieurs villes — et c'était le cas le plus ordinaire —, il n'y avait pas autant de curies ; celle du chef-lieu administrait la civitas entière ; mais les curiales composant la corporation étaient répartis ou, pour mieux dire, dispersés sur toute la surface du territoire[40]. La civitas était néanmoins partagée en un certain nombre d'arrondissements, que l'on appelait pagi ; et dans le chef-lieu de chaque pagus on voyait un magistrat municipal d'un ordre tout-à-fait secondaire, qui porta successivement les titres de magister, de prœpositus et de prœfectus, et un conseil local, dont les membres étaient nommés pagani ou vicani, et qui avaient différentes attributions, qu'il est inutile d'énumérer ici[41]. Le lecteur a même peut-être trouvé un peu longs les détails précédents sur l'organisation administrative et financière ; mais nous aurons si fréquemment à y revenir, que nous les avons jugés indispensables.

Une autre connaissance non moins nécessaire est celle de la géographie naturelle et de l'aspect physique du nord-est de la Gaule. Si l'on jette un coup-d'œil sur la carte de cette contrée, on voit qu'elle forme quatre bassins principaux traversés par quatre grands cours d'eau : le Rhin, la Moselle, la Meuse et l'Escaut, qui ont eux-mêmes de nombreux affluents. Les affluents du Rhin sont sur la rive droite le Necker (Nicer), le Mein (Mœnus), le Sieg (Sigus), la Lippe (Luppia), et sur la rive gauche l'Ill (Ellus), la Nali (Nava), l'Erf (Arnefa) et la Moselle (Musella, Musalla ou Mosella). Cette dernière, qui, par l'étendue de son cours et le volume de ses eaux, l'emporte sur beaucoup de fleuves, reçoit elle-même à droite la Vologne, le Madon, la Meurthe, grossie de la Faves, de la Vezouze, de la Mortagne et du Sanon, la Seille (Salia), la Sarre (Saravus, Sarra ou Saraba), dont les eaux sont grossies de celles de l'Isch, de la Blise (Bliza ou Blesa), de la Bosselle et des deux Nied (Nida) ; à gauche l'Orne (Orna), la Sure (Sura), avec ses quatre affluents qui sont l'Alzene ou Alsitz (Alisontia), l'Our, la Prum (Prumia ou Promea) et la Nims (Nemesa), la Kill (Gelbis) et enfin la Leser (Lesura).

La Meuse (Mosa) possède aussi nombre d'affluents, dont les principaux sont à droite le Mouzon, le Vair, la Chiers (Chares), la Semoy (Semoris ou Sesmarus), l'Ourthe (Urfa) et la Roër (Rura), et à gauche la Sambre (Sabis), qui ne se jette dans la Meuse qu'après avoir elle-même reçu une multitude de petites rivières.

Il est inutile de parler des affluents de l'Escaut (Scaldis), parce que le pays qu'il traverse n'eut que peu de relations avec le royaume dont nous nous proposons de retracer l'histoire ; mais il est impossible de ne pas mentionner plusieurs rivières considérables qui vont porter à la Seine le tribut de leurs eaux, après avoir arrosé la partie méridionale de la Belgica Secunda ; ces rivières sont l'Ornain (Odorna), la Suippe (Cappis ou Supin), l'Aisne (Axona) et la Marne (Matrona).

Quelques-uns de ces cours d'eau[42] prennent leur source dans des chaînes de montagnes assez éloignées ; mais la plupart descendent soit de la chaîne des Vosges, soit des pays accidentés qui séparent le bassin de la Moselle de celui de la Meuse, et ce dernier des vallées où coulent les affluents de la Seine. Il n'existe pas, en effet, dans le nord-est de la Gaule d'autre chaîne de montagnes que les Vosges ; et il est bon de faire observer que les Anciens ne désignaient pas sous le nom de nions ou de silva Vosagus ou Vosegus le massif qui forme aujourd'hui les arrondissements d'Epinal, de Saint-Dié et de Remiremont, mais bien cette longue suite de montagnes et de collines qui court parallèlement au Rhin depuis Bâle jusqu'à Coblentz. C'est la position que la silva Vosagus occupe sur la Table Théodosienne, et c'est aussi la direction que Frédégaire assigne au mons Vosagus, dans le passage où il indique la route que le roi Théodebert II suivit pour aller de Metz à Cologne[43]. Tous ces monts et le massif dont nous parlions tout-à-l'heure étaient presque complètement privés d'habitants et couverts de forêts. Des animaux dangereux ou farouches, qui ont disparu depuis que la population s'est augmentée, parcouraient ces forêts et y possédaient des retraites inexpugnables. On y rencontrait l'aurochs et l'élan, qui ne vivent plus que dans le nord de l'Europe, et les ours étaient communs dans les Vosges[44]. On ne trouvait guère plus d'habitants, ni de traces de culture dans le Hunds-Rück, vaste canton montagneux qui, des environs de Trèves, s'étend au loin entre le Rhin, la Moselle, la Sarre et la Nah[45]. Plus à l'ouest, la Meuse, arrivée à peu près au tiers de son cours, traversait sur une longueur de trente lieues la forêt des Ardennes (Arduennensis situa). Aussi loin que la vue pouvait s'étendre, du sommet des collines de l'Argonne et des environs de Luxembourg, on ne découvrait que d'interminables forêts de petits chênes, et lorsque le sol reparaissait enfin, on se trouvait déjà dans les plaines marécageuses qui vont jusqu'aux embouchures de la Meuse et de l'Escaut. Ces plaines formaient la partie septentrionale de la Belgica Secunda et de la Germania Secunda. Celle-là bordait l'Océan, depuis la bouche méridionale de l'Escaut jusqu'au sud de la Somme (Somena ou Sumina) ; la limite descendait ensuite dans la direction du nord-ouest au sud-est, atteignait presque les sources de la Meuse, et remontait vers le nord, tantôt à droite, tantôt à gauche de ce fleuve. On voit par-là que la Belgica Secunda était très-vaste ; elle renfermait, en effet, onze civitates ou cités, dont nous mentionnerons seulement les deux plus orientales : les cités de Reims (Remi ou Durocortorum) et de Châlons (Catalauni ou Durocatalaunum), qui furent presque toujours enclavées dans le royaume d'Austrasie. La cité de Reims avait une étendue considérable, et on dira plus loin qu'elle subit un et même deux démembrements. Celle de Châlons, quoique moins grande, offrait cependant une superficie au moins égale à celle d'un de nos départements.

A l'est de la Belgica Secunda se trouvait la Belgica Prima, qui, vers la fin du IVe siècle, comprenait quatre civitates. La plus vaste était la cité de Trèves (Treveri, Treviri[46] ou Augusta Trevirorum), laquelle commençait un peu au nord des villes de Thionville, de Sarrebrück et de Deux-Ponts, et renfermait quelques cantons de la Lorraine, le duché de Luxembourg, la vallée inférieure de la Moselle et tout le pays qui s'étend, vers l'orient, entre le cours de cette rivière et la partie septentrionale du mons Vosagus. Immédiatement au midi, on rencontrait la cité de Metz (Mediomairici[47] ou Divodurum) ; elle était bornée de ce côté non seulement par la cité de Trèves, mais encore par celle de Worms (Vangiones), et la limite passait au nord des villes ou bourgs de Thionville, Rodemack, Blisecastel, Bouzonville, Bérus, Sarrebrück, Ottwiller, Saint-Wendel, Deux-Ponts et Hornbach ; au sud-ouest, elle s'avançait jusque dans les environs de Commercy, puis remontait vers le nord-est et gagnait la rive droite de la Moselle, qu'elle côtoyait pendant quelques lieues ; elle se dirigeait ensuite vers la Vezouze, la suivait jusqu'à Domévre et atteignait,-au pied du Donon, le mons Vosagus, qui servait de frontière à la Germania Prima. La même chaîne de montagnes limitait vers l'est la civitas des Leuci, qui était bornée au midi par le principal massif des Vosges, au-delà duquel on rencontrait la province appelée Maxima Sequanorum ; au sud-ouest par le territoire des Lingones, appartenant à la province dite Lugdunensis Prima ; à l'ouest par la cité de Châlons ; au nord par celle de Metz, et par une autre cité, dont la formation fut, comme celle de Châlons, comparativement récente. Il parait certain, en effet, que le territoire des Verodunenses ou Clavi[48], car les monuments leur donnent ces différents noms, ne fut pas séparé de celui des Mediomatrici avant le IVe siècle[49]. La nouvelle cité, dont la petite ville de Verodunum devint le chef-lieu, aurait eu bien peu d'étendue, si on en jugeait par les cartes de l'ancien diocèse de Verdun ; mais elle comprenait originairement plusieurs cantons qui en furent détachés, à une date inconnue, pour être incorporés dans le diocèse de Trèves[50].

Telles étaient les quatre cités qui composaient la Belgica Prima. La Germania Prima, qui était comprise entre cette province et le cours du Rhin, renfermait également quatre cités : 1° celle des Caracates, dont le chef-lieu Moguntiacum (Mayence) était en même temps la capitale de la province ; celle des Vangiones, placée immédiatement au midi de la précédente, et dont le chef-lieu était Borbetomagus ou Vangiones (Worms) ; 2° celle des Nemetes, dont la capitale, appelée autrefois Noviomagus, avait, depuis quelque temps, pris le nom de Nemetes (c'est la ville de Spire) ; enfin, la cité des Tribocci, dont le chef-lieu était Argentoratum (Strasbourg). Le territoire de cette cité, la plus méridionale de la Germanica Prima, était limité au sud par le territoire des Rauraci ; il comprenait la plus grande partie de l'Alsace et pénétrait même assez profondément dans le massif des Vosges depuis Dagsbourg jusqu'à Saint-Dié.

Au nord de la Germania Prima et de la Belgica Prima on rencontrait la Germania Secunda, dont le vaste territoire — il allait jusqu'aux bouches de l'Escaut, de la Meuse et du Rhin et embrassait l'insula Batavorum — ne comptait toutefois que deux cités : celle de Colonia Agrippina, ville qui était en même temps capitale de la province, et celle des Tungri, dont le chef-lieu portait le même nom — c'est la ville de Tongres, près de Liège —. Il est inutile de tracer ici la limite qui séparait ces deux cités, et un coup-d'œil jeté sur la carte jointe à notre ouvrage en apprendra plus que la meilleure description.

Ce serait ici le lieu de donner quelques détails sur les pagi compris dans les différentes cités dont l'énumération précède ; mais on ne connaît guère les noms et les limites de ces petites divisions administratives que par des documents comparativement récents, qu'il est périlleux d'employer en parlant de la période gallo-romaine ; et, d'ailleurs, les pagi du moyen-âge étaient plus nombreux, et par conséquent moins grands que ceux du IVe siècle. Toutefois, on peut dire, en général, qu'il y avait, dans chaque cité, autant de pagi que de villes ou de vici (bourgs) de quelqu'importance ; et en tenant compte de l'accroissement ou de la destruction de ces chefs-lieux, on conçoit que la quantité et l'étendue des pagi aient varié considérablement.

Quant au nombre des villes, on n'est pas réduit aux conjectures ; les historiens et les géographes anciens, la Table Théodosienne, la dernière partie de la Cosmographia d'Æthicus Ister[51], les inscriptions et d'autres monuments fournissent à cet égard les renseignements les plus complets. Il ne faut pas _ oublier cependant que plusieurs des villes mentionnées dans les documents énumérés ci-dessus n'existaient plus au commencement du Ve siècle. Vers le milieu du siècle précédent, les Germains avaient saccagé quarante-cinq cités florissantes, et leurs ravages avaient recommencé un peu plus tard. Néanmoins, la plupart n'avaient pas été détruites, et les habitants, un moment dispersés, avaient, bien certainement, regagné et réparé leurs demeures ; de même que ceux des villes romaines de la Vindélicie et du Norique, tant de fois pillées et dévastées par les Barbares, persistèrent à ne pas s'en éloigner, comme nous le verrons plus bas, et conservèrent, si l'on peut employer une pareille expression, le noyau des cités actuelles de l'Allemagne méridionale.

L'aspect des villes situées dans le nord-est de la Gaule était, du reste, bien changé. Précédemment ouvertes et entourées de faubourgs, de temples, de cimetières qui s'étendaient au loin dans la campagne, elles avaient été envahies presque sans coup-férir ; mais, après les invasions partielles du IVe siècle, on comprit la nécessité de fermer de murailles les lieux les plus importants, et sous le règne de Valentinien Ier on commença avec activité ces travaux de fortification. Comme le temps pressait, et que le christianisme était le culte dominant, on employa, pour construire les murailles, les débris des temples, les autels et les images des dieux, ainsi que les tombeaux païens, si nombreux dans le voisinage des cités antiques. Ces premières mesures, que l'urgence fit prendre peut-être sans l'assentiment formel de l'autorité, ne tardèrent pas à recevoir l'approbation impériale. Arcadius, fils de Théodose, publia une constitution qui permettait d'utiliser les matériaux provenant de la démolition des temples pour réparer les voies, les ponts, les aqueducs et les murailles des villes[52]. Une autre constitution, promulguée par le même empereur et par son frère Honorius, avait antérieurement prescrit de mettre en état de défense les murs des villes fortifiées et de ceindre de remparts celles qui ne l'étaient pas[53]. Une troisième constitution, conséquence de la précédente, ordonna de raser tous les édifices qui, à raison de leur proximité des murailles, pouvaient nuire à la défense ; et comme les amphithéâtres, les cirques et les autres constructions du même genre étaient de nature à fournir à l'ennemi d'excellents points d'attaque, plusieurs de ces édifices furent alors sacrifiés à la sécurité des citadins. Quelques-uns, qui étaient plus rapprochés des maisons, furent rattachés aux nouvelles murailles et formèrent des espèces de citadelles. Telle est l'origine de ces enceintes, en général très-resserrées, qui entouraient les villes gallo-romaines, et dont on possède encore de curieux échantillons. Trèves, Metz, Toul[54], Scarponne, Strasbourg et quantité d'autres lieux situés dans le nord-est de la Gaule furent fortifiés de cette manière.

Il n'entre pas dans le plan que nous nous sommes tracé de rappeler les noms de toutes les villes qui figurent soit dans les itinéraires, soit dans les auteurs anciens ; il est, d'ailleurs, bien probable, comme nous l'avons dit, que plusieurs d'entr’elles n'existaient plus à la fin du IVe siècle ou étaient devenues de misérables bourgades, et on ne sera pas étonné de ne trouver ici que les lieux les plus importants.

La première de toutes les villes qui s'élevaient dans le nord de la Gaule était, sans contredit, Trèves, séjour du préfet du prétoire. Zozime ne craint pas d'affirmer qu'elle était la plus grande des cités que l'on rencontrait au-delà des Alpes[55]. Le rhéteur Eumène vante son cirque rival de celui de Rome, son amphithéâtre, son capitole construit sur le bord de la Moselle, ses greniers publics (horrea) et ses autres édifices. Ausone fait de Trèves une description pompeuse, inexacte sans doute, mais qui permet d'apprécier sa grandeur et ses richesses[56]. L'aspect seul des monuments romains que cette ville a conservés suffit pour attester son ancienne splendeur, et le voyageur, après avoir considéré les ruines du cirque, la porte-noire, ce qui reste du pont jeté sur la Moselle et la basilique voisine de l'église métropolitaine, reconnaît aisément la capitale de la Gaule. Cette église elle-même, fondée par sainte Hélène, mère de Constantin, était une des merveilles de Trèves. D'énormes colonnes de marbre[57] en soutenaient le faîte, et on a récemment découvert une mosaïque superbe, qui devait se trouver dans le palais de sainte Hélène[58]. Il n'est peut-être pas inutile d'ajouter que le christianisme, bien qu'il ne fût devenu libre que depuis peu de temps, avait déjà contribué à l'embellissement des villes. Les marbres et les métaux précieux avaient été prodigués dans la décoration des églises, et quelques-unes d'entr’elles avaient de vastes proportions, puisque saint Jérôme, dans un passage souvent allégué, et dont nous userons encore, rapporte que plusieurs milliers d'hommes furent massacrés par les Barbares dans la métropole de Mayence.

Les autres villes ou bourgs de la civitas de Trèves étaient Ricciacum (Ritzing), Rigodulum (Rigol), Baudobrica, Noviomagus (Neumagen), où l'on a vu pendant longtemps les ruines d'un palais, Salisso, Tabernœ, Belginum, Ausava, Beda (Bitbourg), Andethanna (Andetaven), Meduantum, Orolaunum (Arlon) et Palatium ou Palatiolum, situé près de Trèves, et dont le nom indique suffisamment l'origine.

Metz était la seconde ville de la Belgica Prima ; elle possédait un palais impérial, des thermes, un amphithéâtre et une naumachie. Un aqueduc y conduisait les eaux de Gorze, qui en est éloigné d'environ quatre lieues. D'abord placé au-dessous de la surface du sol, l'aqueduc était ensuite porté sur des arches, depuis le point où il débouchait dans la vallée de la Moselle jusqu'aux établissements qu'il était chargé d'alimenter, et il traversait la rivière sur une Ligne d'arcades, espèce de pont d'une hauteur, d'une légèreté, d'une solidité extraordinaires, et qui peut certainement passer pour un des plus beaux ouvrages dont les Romains décorèrent notre patrie. La civitas de Metz ne parait pas avoir compté plus de sept ou huit villes : Caranusca (Ming), Ibliodorum (Hannonville-au-passage), Ad-duodecimum (Delme), Pons-Saravi (Sarrebourg) et Decempagi (Tarquimpol), qui était placé au centre de plusieurs vici, et où l'on a exhumé les ruines d'un temple de grandes dimensions[59]. La vallée de la Seille, qui est extrêmement humide et fangeuse, possédait toutefois une forte population, attirée par la fertilité du sol et par l'exploitation des salines. Elle était déjà à cette époque, notamment à Burthecourt, à Salone et à Marsal, couverte d'un briquetage, sur lequel étaient assises les villes de Bodesis Vicus (Vic) et de Marsallum (Marsal), ainsi que des bourgades dont les noms ne sont plus connus. Ce briquetage est composé de morceaux d'argile de formes diverses, pétris à la main, cuits au four et entassés dans les marais sur une profondeur d'un mètre soixante-et-quinze centimètres. Dans : quelques lieux où les marais présentent une plus grande profondeur, il y a deux ou trois couches de briquetage superposées l'une à l'autre. La superficie totale de la plate-forme est évaluée à cinq cent cinquante mille mètres carrés, son volume à un million de mètres cubes, et cet ouvrage, vraiment colossal, est d'une solidité telle qu'on n'a pas craint d'y appuyer les fortifications de Marsal[60].

La civitas des Verodunenses renfermait, outre Verodunum ou Virodunum, petite ville à laquelle sa position sur la Meuse donnait une certaine importance, un vicus appelé Fines, situé sur la frontière de la cité de Metz, et le vicus d'Epusum, Evosium ou Evodium (Ivoy).

La civitas des Leuci, beaucoup plus vaste que la précédente, possédait une plus grande quantité de villes et de nid. Il faut rappeler d'abord le chef-lieu, Tullum (Toul), qui était peu considérable, puis Nasium (Naix), où l'on ne cesse de découvrir des antiquités, Caturigis, Noviomagus (Neufchâteau), Solimariaca (Soulosse) et Scarponna, où l'on traversait la Moselle sur deux ponts. Entre Nasium et Solimariaca, sur une voie qui rattachait l'une à l'autre les routes de Reims et de Langres à Metz, on trouvait la ville la plus peuplée de la civitas des Leuci. Son nom, en partie effacé sur la Table Théodosienne, semble avoir été Grandesina (aujourd'hui Grand). Les ruines de cette cité attestent encore aujourd'hui son étendue et sa richesse. On y voit les restes d'un des plus vastes amphithéâtres que l'on connaisse. Le mur extérieur suit une courbe elliptique dont le grand axe est de cent trente-sept mètres soixante centimètres, et le demi petit axe de soixante-un mètres, et aux abords de cet amphithéâtre, comme sur l'emplacement de la ville antique, il suffit de creuser le sol à quelques pieds pour rencontrer des fragments de statues, des débris de corniches, des fûts de colonnes, des frises, des chapiteaux et même des bas-reliefs. Ajoutons que le dessin et l'exécution sont ordinairement dignes des beaux temps de l'art romain[61].

L'ancienne splendeur de la cité de Reims est trop connue pour qu'il soit nécessaire de rappeler avec détails les monuments qu'elle possédait : amphithéâtre, cirque, capitole, arcs de triomphe, aqueducs, et ce palais impérial duquel Valentinien Ier data plusieurs de ses constitutions. La civitas dont cette grande ville était la capitale renfermait en outre les lieux suivants : Mosomagus ou Mosomum ou Momociacum (Mouzon), Vungus (Vonc), Fines, Noviomagus, Axuenna, Ninittacum (2)[62], Basilia et Bibrax, que divers géographes ont pris pour Lugdunum-Clavatum, qui devait jouer un rôle quelques siècles plus tard.

La civitas de Châlons, dont le chef-lieu était une ville de peu d'importance, comprenait les villes ou vici appelés Axuentia (Vienne-la-Ville), Fines, Ariola et Fanum Minervœ.

Les lieux principaux de la civitas d'Argentoratum[63], la plus méridionale de la Germania Prima, étaient Brocomagus (Brumath), Helcebus et Tabernœ (Saverne). Argentoratum paraît avoir été, du reste, une ville plus considérable à cause de sa situation qu'à raison de son étendue ; car son enceinte, à la fin du IVe siècle, était des plus étroites.

La civitas de Noviomagus ou Nemetes (Spire) possédait une demi-douzaine de villes : Saletio (Seltz), Tribunci, Concordia, Tabernœ (Rhein-Zabern), Vicus Julius et Alta Ripa (Altrip). La civitas des Vangiones, contrée assez montagneuse, n'offrait guère d'autre ville que son chef-lieu Borbetomagus ; mais celle des Caracales en avait plusieurs : le chef-lieu Moguntiacum (Mayence), Bonconica (Oppenheim), Bingium (Bingen), Vosavia ou Vosalia (Ober-Wesel), Baudobrica (Boppart), Ambitiavus Vicus, Confluentes (Coblentz) et Antunnacum (Andernach).

Les itinéraires fournissent au sujet de la Germania Secunda des renseignements tellement nombreux, que si l'on regardait comme des villes ou des vici tous les lieux qu'ils mentionnent, il faudrait en conclure qu'une province aussi lointaine était une des plus peuplées de l'Empire ; mais il est bien probable que la plupart de ces lieux n'étaient que des stations de poste ou des étapes militaires ou des forts établis pour empêcher les Barbares de franchir le Rhin ; de même que parmi les vici énumérés dans notre description des autres provinces ; plusieurs, notamment ceux qui portent le nom de Fines[64] ou celui de Tabernœ, ne doivent avoir été que des stations de poste ou des établissements de peu d'importance. Nous devons cependant, il nous semble, ranger an nombre des villes ou au moins des vici, et sans parler de Colonia Agrippina, qui était à-la-fois le chef-lieu d'une civitas et la capitale de la province, Rigomagus (Rimagen), Ara Ubiorum, Bonna (Bonn), Durnomagus, Gesonia, Asciburgium (Asberg), Vetera Castra, Colonia Trajana, Noviomagus (Nimègue), Mediolanum, Gelduba, Mederiacum, Novesium (Neuss), Buruncus (Woringen), Juliacum (Juliers), Tiberiacum, Marcodurum, Tolbiacum (Zulpich), Belgica, Egorigium et Marcomagus. La dernière civitas de la Germania Secunda, celle de Tongres, était en grande partie couverte par la forêt des Ardennes et ne comptait qu'un petit nombre de bourgades. Catualium, Feresne, Trajectum-ad-Mosam, Perviciacum, et le lieu que les géographes désignent par le nom de Hornensis locus paraissent seuls dignes d'être rappelés.

Les ruines découvertes en plusieurs endroits et les monuments géographiques revêtent aussi l'existence de divers établissements thermaux. Si l'on peut en juger par leurs débris et par les figures tracées sur la Table Théodosienne, ces établissements n'étaient guère composés que d'un bassin de forme quadrilatérale, non couvert, mais entouré d'un portique, dans lequel les baigneurs déposaient leurs vêtements et prenaient peut-être certains bains d'une nature particulière. Tels étaient les thermes de Plombières, de Bains, de Niderbronn, de Riesacker, dont les noms gallo-romains sont inconnus aujourd'hui[65], et de Neri près de Bonconica[66].

Les villes du nord-est de la Gaule et les campagnes qui les entouraient offraient, à la fin du IVe siècle et au commencement du Ve, un singulier mélange d'hommes appartenant à toutes sortes de races. Un siècle avant Jésus-Christ, on n'y voyait que des Belges, peuple qui formait une des branches de la race celtique, et ils continuèrent toujours à constituer le fond de la population dans la Belgica Prima et la Belgica Secunda ; au contraire, les pays qui bordent le Rhin et même d'autres cantons avaient été occupés par différentes tribus germaniques. Si l'on s'en rapportait à Tacite [67], on rangerait au nombre de ces étrangers les Treviri, la plus importante des peuplades qui habitaient la Belgica Prima[68] ; mais si l'on considère que les noms d'hommes et de lieux sont gaulois dans la civitas des Treviri, comme dans les cités plus occidentales, on ne peut guère admettre que la prétention dont parle l'historien romain soit réellement fondée. Les noms des chefs Treviri Cingetorix, Induciomarus, etc. sont purement celtiques ; il en est de même du nom de Gebenna (Cévenne, montagne) qui servait à désigner la riante colline située vis-à-vis de Trèves, sur la rive gauche de la Moselle ; il en est de même aussi des noms de lieux suivants : Ricciacum, Rigodulum, Baudobrica, Noviomagus, Salisso, Belginum, Ausuva, Beda, Andethanna, etc. Enfin, et ceci, à notre avis du moins, suffit pour trancher la question, saint Jérôme, qui résida à Trèves sur la fin du règne de Constance (vers l'année 360 après J.-C.), atteste que dans la ville et dans les environs le peuple parlait encore son ancienne langue, et que cet idiome offrait la plus grande analogie avec celui des Galates[69].

Mais si les Treviri étaient gaulois, il n'en était pas de même de plusieurs petits peuples qu'ils regardaient comme leurs clients. A une époque inconnue, ces peuples, que les historiens romains désignent par les noms de Condrusi, de Cœresi, de Pœmani et de Segni, s'étaient fixés sur les bords de l'Ourthe, dans la vallée moyenne de la Meuse, sur les limites et même dans quelques portions de la forêt des Ardennes[70]. Malgré leur nombre, ils ne formèrent pas dans la suite une civitas distincte ; la plupart furent compris dans celle de Trèves, les autres furent regardés comme appartenant à celle de Tongres[71].

Au nord-est, entre les frontières de la civitas des Treviri et le Rhin, on rencontrait une autre peuplade germanique, celle des Gugerni, dont les monuments anciens ne nous apprennent que le nom[72]. On ne sait pas à quelle époque elle s'établit dans la Gaule, et on n'est pas mieux instruit à l'égard des Tribocci, des Nemetes et des Vangiones, qui avaient envahi la contrée située sur la rive gauche du Rhin, depuis Colmar jusqu'auprès de Mayence, et rejeté au-delà de la chaîne du mons Vosagus les Leuci et les Mediomatrici, dont le territoire s'étendait primitivement jusqu'au bord du fleuve. Cependant leur arrivée était antérieure aux campagnes de César[73].

Plus tard, Auguste permit à une partie des Sicambres et des Suèves d'émigrer dans les pays inhabités que traversait le Rhin inférieur et dans le voisinage de l'embouchure de l'Escaut[74]. Vers le même temps, Agrippa, lieutenant d'Auguste, autorisait les Ubii, qui demeuraient sur la rive droite du Rhin, vis-à-vis de Colonia Agrippina, à franchir le fleuve et à venir occuper la rive gauche, où ils fondèrent la ville appelée Ara Ubiorum, sans doute parce qu'ils y avaient érigé un autel à l'empereur[75]. Ce fut alors, selon toutes les apparences, que d'autres Germains, les Tungri, Thuringi ou Toringi vinrent se fixer dans la vallée de la Meuse, à côté des peuplades que l'on désignait par les noms de Condrusi, de Pœmani, de Segni, etc. Cluverius prétend que ces barbares eux-mêmes constituèrent la civitas des Tungri[76] ; mais, bien que beaucoup d'entr'eux soient entrés dans la civitas nouvelle, il faut reconnaître qu'il y eut alors établissement d'un peuple étranger, dont elle prit le nom[77].

L'immigration ne finit pas à l'arrivée de ces dernières tribus. Un peu plus tard, Tibère transplanta sur la rive gauche du Rhin quarante mille germains, qu'il avait faits prisonniers[78]. D'autres empereurs agirent de même à l'égard de leurs captifs ; Valentinien Ier en amena beaucoup dans le nord de la Gaule, et on sait que Constantin établit une colonie de Francs sur le territoire de Trèves, et qu'une colonie semblable fut conduite, par ordre d'Honorius, sur le territoire de la civitas de Tongres[79].

Toutes ces émigrations, sans même tenir compte des plus récentes, avaient eu pour résultat de remplir de germains la partie septentrionale de la Belgique. Pline l'Ancien disait déjà que ces étrangers s'étendaient jusqu'à l'Escaut[80], et le pays dont nous parlons ne tarda pas à recevoir officiellement le nom de Germania. Une aussi grande province finit, comme on l'a vu, par être divisée. Il y avait, du reste, plus d'émigrants dans la Germania Prima, et cette circonstance lui avait valu le surnom de barbara, au rapport de Salvien[81]. Néanmoins, les nouveaux-arrivants n'avaient pas complètement expulsé ou remplacé les premiers possesseurs du sol. La population gauloise était affaiblie, mais elle ne disparut pas, et nous n'en voulons d'autre preuve que la persistance des anciens noms de lieux. Si les Germains étaient devenus les seuls maîtres du pays, comment s'expliquer l'existence et l'emploi continuel des dénominations suivantes : Bandobrica ou Baudobriga, Marcomagus, Noviomagus, Rigomagus, Durnomagus, Brocomagus, Nemetes[82], Borbetomagus, Aniunnacum, Belgica, Tolbiacum, Marcodurum, Juliacum, Tiberiacum, Novesium, Mederiacum, Mediolanum, etc., etc. ?

A côté des Gaulois et des Germains, qui formaient la masse de la population, on rencontrait, surtout dans les grandes villes, nombre d'individus appartenant à d'autres races. Il y avait des colonies romaines â Trèves[83], à Cologne et ailleurs encore ; de plus, sans parler des fonctionnaires actuellement en exercice, quantité d'anciens employés de tout grade avaient fini par devenir citoyens des lieux où ils avaient exercé leur ministère. L'existence de beaucoup de noms appartenant à la langue hellénique porte à croire que l'on y trouvait aussi un certain nombre de grecs. Les catalogues épiscopaux en mentionnent plusieurs, et on en découvre aussi quelques-uns dans les listes d'abbés des monastères les plus antiques ; néanmoins, nous croyons que la plupart des personnages portant des noms grecs qui figurent dans les listes dont il s'agit, dans les vies de saints et les chroniques, et dans les inscriptions funéraires, faisaient partie de ces colonies syriennes dont on retrouve les traces dans tout l'Occident, et dans la Gaule en particulier, et qui semblent y avoir été attirées par le commerce dès le premier siècle de l'ère chrétienne. Juvénal déjà se plaignait de voir les Syriens affluer à Rome[84]. On a exhumé dans les anciens cimetières de Trèves l'inscription funéraire d'un syrien appelé Cassien et natif d'Adana ; celle d'une femme nommée Eusébie et originaire du même lieu[85], et celle d'un second syrien appelé Azizus Agrippa. On peut ajouter que beaucoup d'autres inscriptions ont péri avant d'avoir été examinées par les savants[86].

A côté de ces étrangers, il faut mentionner les Juifs, qui s'étaient établis, depuis longtemps et en fort grand nombre, dans plusieurs villes de la Gaule, ainsi que le prouvent divers monuments anciens conservés par Basnage et par l'auteur d'une excellente dissertation critique composée contre cet écrivain[87]. Ainsi, on sait qu'il y avait des juifs à Trèves et à Cologne dès le temps de l'empereur Hadrien, et on trouve dans le Code Théodosien une constitution de Constantin–le-Grand, datée de l'année 321, et prescrivant aux curiales de Colonia Agrippina de faire entrer dans la curie les juifs de cette ville qui devaient y figurer[88]. On en voit une troupe prendre part au martyre de saint Eliphius (saint Elophe), sous le règne de Julien-l'Apostat[89]. Ils pouvaient posséder des esclaves, et ce fut seulement en 407 que les empereurs Honorius et Théodose II promulguèrent une constitution qui leur enlevait, ainsi qu'aux idolâtres, le droit d'avoir des esclaves chrétiens[90].

Enfin, et pour n'omettre aucun des éléments qui entrèrent dans la composition de la population austrasienne, il faut rappeler qu'un empereur, dont le nom n'est pas connu, avait établi à Sicila, près de Mayence, une colonie de bretons ; d'où vint que ce lieu prit le nom de vicus Britannorum, qu'il portait encore au VIIIe siècle[91].

Ce mélange de tant de races diverses doit porter à croire que l'on employait, dans le nord-est de la Gaule, des idiomes bien différents. La langue germanique était usitée, en effet, dans toute la vallée du Rhin, dans la vallée inférieure de la Moselle et dans plusieurs cantons des cités de Tongres et de Metz. Le celte était encore parlé, mais concurremment avec le latin, dans le reste de cette contrée[92]. Dans les villes, ce dernier idiome était presqu'exclusivement en usage, et ou ne s'avancerait pas trop en disant qu'il était compris généralement, même dans une grande partie des campagnes. Ausone ne craint pas d'assurer que l'éloquence des Gaulois septentrionaux était comparable à celle du Latium[93]. Tel n'est pas néanmoins le jugement que l'on en porterait si l'on appréciait l'état de la langue latine d'après les inscriptions funéraires assez nombreuses que nous possédons encore. Les solécismes y abondent, ainsi que les barbarismes, et l'on voit qu'il existait dans le nord de la Gaule, comme en Italie, un idiome latin vulgaire, qui a donné naissance aux langues néo-latines. On a aussi trouvé, surtout à Trèves et à Metz, des inscriptions funéraires en langue grecque ; mais on n'en peut pas conclure qu'elle fût parlée dans le nord de la Gaule, et il vaut mieux admettre que toutes ces inscriptions ornaient les tombeaux des grecs et des syriens que le commerce ou d'autres affaires avaient amenés en Occident.

Une question plus difficile à résoudre que toutes les précédentes est celle de savoir quel était, à la fin du Ir siècle, le nombre des habitants de la Gaule septentrionale. Si l'on considère que ce pays avait, pendant le IIIe siècle et le IVe, été souvent parcouru et pillé par les Germains, et si l'on se rappelle ce qui a été dit plus haut des fâcheux effets de la législation impériale en matière financière, on est amené naturellement à admettre que la population était peu nombreuse. On aurait une idée fausse de l'état du pays, si on se le représentait couvert de villages, et si l'on croyait que les campagnes étaient partout cultivées et offraient l'image de l'abondance et de la richesse. A cette époque, la population libre était généralement concentrée dans les villes, où la retenaient les charges municipales. Quelques hommes opulents, qui devaient à des privilèges particuliers d'être exemptés de ces fonctions, étaient presque les seuls hommes libres que l'on rencontrât dans les campagnes, où ils habitaient de magnifiques villœ construites sur le bord des rivières et dans les lieux les plus riants.

Mais, pour bien comprendre ce que nous aurons à dire plus tard sur ce sujet, il est indispensable de rappeler que les habitants de la Gaule, comme ceux de tout l'Empire, étaient alors divisés en trois grandes classes : les hommes libres ou ingenui, les coloni et les esclaves. Les hommes libres eux-mêmes étaient partagés en trois catégories : les nobles, les propriétaires et les artisans.

La noblesse n'était pas légalement héréditaire : elle résultait d'une concession personnelle faite par le prince, mais il advint dans l'Empire ce que l'on voit arriver partout : les descendants des individus revêtus d'un titre nobiliaire obtinrent fréquemment la confirmation de ce titre, et il se forma ainsi peu â peu une véritable noblesse, que nous retrouverons dans les siècles suivants. Il y avait cinq classes de nobles : les illustres, les spectabiles, les clarissimi, les egregii et les perfectissimi. Ajoutons que leur nombre était peu considérable.

Les curiales n'étaient pas non plus très-nombreux, malgré les efforts continuels des empereurs pour augmenter, ou du moins pour conserver cette classe précieuse. Un trait de l'histoire de Valentinien Ier semble prouver que dans certaines cités il n'y avait pas plus de trois curiales[94], et Libanius affirme que dans plusieurs villes on n'en trouvait qu'un seul. ; mais il est évident que l'on ne peut tirer de ces faits particuliers aucune conclusion générale, et le bon sens suffit pour convaincre que dans les vastes cités du nord-est de la Gaule les curiales formaient de véritables corporations, dont quelques-unes devaient compter des centaines de personnes.

La troisième catégorie des hommes libres comprenait les individus qui ne possédaient pas de propriétés foncières et vivaient soit d'une profession libérale — rhéteurs, médecins, avocats, artistes —, soit d'un art mécanique. Cette troisième catégorie ne pouvait avoir non plus une très-grande quantité de membres ; car il est évident que le nombre des rhéteurs, des médecins, des avocats et des artistes est toujours proportionné à celui de la population. Il n'y avait pas non plus beaucoup d'artisans de condition libre ; car les Romains et les Gaulois, qui les imitaient en ce point, méprisaient les professions mécaniques et les abandonnaient volontiers aux esclaves.

Les coloni, qui occupaient une position intermédiaire entre ceux-ci et les ingénus, avaient dans l'origine été des hommes libres, de petits propriétaires ruraux. Ecrasés par les impôts, maltraités par les agents du fisc, ils avaient successivement pris le parti de se placer sous la protection de quelque citoyen puissant, qui les protégeait contre les exactions, mais ne leur laissait que l'ombre de la liberté ; car les coloni, ne pouvant plus quitter la propriété qu'ils avaient livrée à leur patron, devenaient en quelque sorte esclaves de la terre. Tel fut le point de départ de ces patrocinia, où certains auteurs ont voulu voir une des causes actives de l'affaiblissement de l'Empire[95], et que les empereurs léchèrent toujours de renfermer dans les plus étroites limites.

Les coloni, inquilini ou munsionarii — car ces trois noms avaient la même signification — ne songeaient guère et ne pouvaient guère songer à améliorer leur position. Ils se trouvaient dans un état de dépendance presqu'absolue à l'égard du maître auquel ils avaient cédé leur petit domaine ; ils avaient besoin de son approbation pour entrer dans la cléricature et dans la milice, ainsi que pour solliciter et accepter un emploi dans l'administration ; ils n'avaient pas le droit d'abandonner la terre qu'ils cultivaient pour aller ailleurs jouir de la liberté ; on les ramenait à leur travail, comme des esclaves, et la prescription trentenaire elle-même était impuissante à les affranchir[96]. La loi les considérait comme faisant partie intégrante du sol, et, pour nous servir de l'expression de M. le Huérou[97], « ils figuraient à côté des animaux sur le rôle du cens, et chaque tète humaine y était évaluée, comme s les ceps de vigne et les plants d'olivier »[98].

Telle était l'institution du colonat, qui sembla d'abord de nature à rendre de grands services, et qui finit, comme presque toutes les choses humaines, par donner naissance -à des abus. Il ne faut pas cependant s'imaginer que ces abus aient existé partout et toujours, ni prendre à la lettre les hyperboles de Salvien[99] et de quelques historiens modernes. Car, malgré les efforts que firent les empereurs pour mettre des bornes à l'extension du colonat et des patrocinia, cette plaie, si on veut y voir une plaie, ne cessa de s'agrandir ; ce qui prouve que beaucoup de petits propriétaires trouvaient ou croyaient trouver leur avantage dans un arrangement qui les privait néanmoins de plusieurs droits précieux.

La diminution, de jour en jour plus considérable, des cultivateurs libres eut de fâcheux effets pour l'agriculture. On se livre, en effet, aux travaux des champs avec bien plus de zèle et d'ardeur quand on travaille pour soi que lorsqu'on a la certitude de voir la plus grande partie des fruits de ses labeurs passer entre les mains d'un maitre. D'un autre côté, beaucoup de coloni périrai pendant les fréquentes incursions que les Barbares firent dans la Gaule avant la fin du IVe siècle ; plusieurs, découragés par la misère, profitèrent de ces mêmes invasions, et du désordre général qui en résulta, pour abandonner clandestinement les domaines qu'ils avaient jusqu'alors cultivés, et aller chercher la tranquillité et l'aisance dans les parties de l'Empire moins exposées aux ravages des Barbares. Beaucoup de ces petits domaines délaissés et par les coloni et par les grands propriétaires, qui se souciaient peu de posséder des terres dont ils ne pouvaient plus tirer parti, tombèrent entre les mains des agents du fisc, qui, pour y lever des contributions, les offraient au premier-venu. Mais la population était si faible et le nombre des cultivateurs libres tellement réduit, que ces offres restaient le plus souvent sans effets[100].

Beaucoup de terres demeurant ainsi sans maitre et sans culture, le fisc et les grands propriétaires furent obligés d'avoir recours aux bras des esclaves, qui depuis longtemps mettaient en valeur une bonne partie du sol. Il y avait alors dans la Gaule, comme dans le reste de l'Empire, nombre d'esclaves de toute nation, et la législation qui les régissait y était la même que partout ailleurs. On attacha à la culture une plus grande quantité de ces hommes, accoutumés, en général, à des besognes pénibles. Logés, ou pour mieux dire casernés dans de vastes métairies, et placés sous la direction d'un intendant, ils labouraient les domaines du fisc ou des riches propriétaires.

Mais ces domaines étaient loin d'être eux-mêmes entièrement en valeur ; la production a toujours été réglée sur la consommation, et quand la population se déplaçait ou diminuait, la culture décroissait immédiatement. Des cantons entiers étaient à peu près incultes' ; on n'avait encore guère pénétré dans les Vosges, dans le Hunds-Rück et dans la forêt des Ardennes que pour y tracer des routes, et c'est à peine si de rares habitations étaient éparses au milieu de ces montagnes et de cette forêt, que les Romains qualifiaient de vastus, paludibus et confragrosis montibus saltus. Néanmoins, ces lieux n'étaient pas tout-à-fait déserts, comme on l'a cru longtemps, et l'on a découvert dans divers endroits, au centre même des Vosges, des ruines attestant que l'on y avait vu autrefois des habitants et quelques traces de culture. Quoique restreinte, ainsi qu'on vient de le dire, aux besoins de la population, elle répandait une certaine aisance dans le pays, car les terres étaient en général fertiles. La vigne couvrait déjà les côteaux de la vallée de la Moselle et donnait de bons produits[101]. La prospérité parait même avoir été très-grande dans les cantons où le sol est d'excellente qualité[102].

L'industrie avait fait aussi des progrès dans le nord de la Gaule. Nous avons mentionné plus haut les manufactures impériales qui existaient dans plusieurs villes. Ausone parle des moulins à eau que l'on admirait dans quelques parties de la Belgique, et qui étaient encore fort rares à cette époque[103]. Le travail des mines était aussi pour certaines contrées une source de richesses. Les mines de cuivre de Vaudrevange étaient déjà exploitées, et l'on y voit encore aujourd'hui nombre de galeries abandonnées dont l'ouverture paraît remonter à la période gallo-romaine[104].

Enfin, le commerce contribuait à augmenter le bien-être de beaucoup d'individus. Le témoignage d'Ausone ne permet pas de le révoquer en doute[105], et on a même découvert à Metz l'inscription funéraire d'un nommé Sosius qui exerçait dans cette ville les fonctions de consul (SOTER) pour la cité des Eburones ou des Tungri[106]. On sait qu'il existait alors des foires célèbres, où les négociants accouraient de toutes les parties de la Gaule, et Sidoine Apollinaire, qui vivait dans le Ve siècle, mentionne expressément les foires (nundinœ) de la ville de Troyes[107]. Une partie des transports se faisait par eau sur les belles rivières qui sillonnent le nord-est de la Gaule. Ausone l'atteste dans un passage que nous avons déjà allégué, et une inscription trouvée à Metz en 1522, et copiée par « plusieurs scientificques personnes qui furent assemblées pour cognoistre et interprester la signification d'icelles lettres »[108], rappelait la corporation des bateliers (nautœ) de la Moselle. Les routes fournissaient aussi au commerce des débouchés faciles. La Gaule septentrionale était, en effet, une des parties de l'Empire où les voies romaines étaient en plus grand nombre. De Trèves partaient quatre roules de première classe qui se dirigeaient vers Metz, Reims, Mayence et Cologne. Arrivée à Metz, après avoir traversé Ricciacum et Caranusca, la première donnait naissance à trois voies, d'une égale importance : l'une conduisait à Lingones (Langres), en passant par les villes de Scarponna, Tullum (Toul), Solimariaca, Noviomagus et Mosa ; l'autre menait à Strasbourg par Ad-duodecimum, Decempagi, Pons Saravi et Tabernœ, la dernière allait à Reims par Ibliodurum, Fines, Verodunum (Verdun), Axuentia et Basilia. Ajoutons que de Toul sortait une route conduisant également à Reims par Nasium, Caturigis, Fines, Ariola et Fanum Minervœ. La grande voie de Trèves à Reims traversait ou avoisinait les villes ou vici de Palatium, Andethanna, Orolaunum, Epusum, Mosomagus, Vungus et Noviomagus, en côtoyant la forêt des Ardennes, dans laquelle même elle pénétrait sur certains points. La voie de Trèves à Cologne passait par Beda, Ausava, Égorigium, Marconiagus, Belgica et Tolbiacum. Enfin, la route de Trèves à Mayence, après avoir atteint Rigodulum et Baudobrica, franchissait, près de Salisso, la chaîne des Vosges, gagnait Bingium et suivait la rive gauche du Rhin jusqu'à Mayence. Une autre voie venant de la Maxima Sequanorum longeait la même rive du fleuve, depuis Augusta Rauracorum (Augst, près de Bâle) jusqu'à son embouchure, établissant ainsi les communications les plus faciles entre toutes villes qui s'élevaient dans la vallée du Rhin et les camps destinés à protéger le plat-pays. La Germania Secunda était aussi coupée par deux voies partant de Bagacum (Bavay), et se dirigeant : la première vers l'insula Batavorum, au milieu des vastes plaines arrosées par l'Escaut et ses affluents ; la seconde vers Cologne, qu'elle atteignait après avoir traversé Geminiacum, Perviciacum, Tungri, Trajectum-ad-Mosam, Coriovallum, Juliacum et Tiberiacum. Il n'entre pas dans notre plan de mentionner plusieurs autres voies moins importantes, bien que rappelées dans les itinéraires anciens. Ces détails nous entraîneraient trop loin, et nous fatiguerions encore davantage l'attention du lecteur, si nous enregistrions toutes ces routes secondaires que les itinéraires ne décrivent pas, mais dont on rencontre encore de toutes parts les vestiges au milieu des campagnes et dans le sein des forêts.

L'abondance et la bonne qualité des matériaux avaient permis aux Romains de donner à ces voies une grande solidité. Leur construction n'est pas la même partout ; cependant, leur coupe montre, en général, deux lits de pierres, les unes mises à plat, les autres, d'un plus fort volume, posées de champ et un peu inclinées, et une couche de pierrailles recouvertes de moyennes pierres mises à plat ; le tout mêlé de sable. Au-dessus de ces trois lits, dont l'épaisseur est de plus de soixante centimètres, on étendait une couche de pierres cassées, gros. ses comme des noix, qui, en se combinant avec la poussière et le sable, formaient à la longue une espèce de mastic très-résistant[109].

Les routes étaient divisées en deux classes ; les grandes voies, entretenues par les moyens indiqués plus haut, et les voies vicinales larges de huit pieds romains seulement — espace suffisant pour le passage de deux chars —, et que les civitates ou même les pagi étaient obligés de tenir en état[110]. Sur les premières, et probablement aussi sur quelques-unes des autres, on voyait de distance en distance les stationes renfermant les relais nécessaires au service des postes ou de ce que l'on nommait l'evectio publica. Cette evectio était de deux sortes : le cursus velox ou poste proprement dite, pour laquelle on se servait de chevaux ou de voitures légères[111], et le cursus clabularis, espèce de roulage qui avait lieu au moyen de clabulœ, chariots rustiques fournis soit par les stationes elles-mêmes, soit par les habitants du voisinage, que l'on frappait de réquisitions à cet effet[112]. On sait que l'on ne pouvait employer ces deux modes de transport qu'en vertu d'une permission ou d'un brevet délivré par une autorité compétente. Le magister officiorum avait seul le droit de délivrer des brevets de ce genre aux messagers d'état, aux agents impériaux et aux officiers militaires employés à des commissions spéciales ; mais les préfets du prétoire, leurs vicaires, ainsi que les consulares et les prœsides chargés du gouvernement des provinces pouvaient en donner à certaines catégories de fonctionnaires, militaires et civils[113].

Les empereurs, en organisant avec tant de soin l'administration de l'Empire, n'avaient pas négligé l'instruction publique, et les progrès que l'idiome des Romains avait faits dans le nord de la Gaule doivent être attribués, en partie, à l'influence des écoles établies à Trèves, et qui jetèrent un grand éclat. On y enseignait les langues grecque et latine, la rhétorique, la philosophie et les arts libéraux. Saint Jérôme rapporte que de son temps, et malgré les calamités qui déjà étaient venues fondre sur la Gaule, les études étaient très-florissantes dans cette contrée[114]. Vers la même époque, les écoles acquirent un nouveau lustre ; car l'empereur Gratien, voulant y attirer des professeurs plus capables, décida que leurs appointements seraient augmentés[115]. Ce fut à Trèves qu'enseignèrent successivement l'orateur Claudius Mamertinus et les grammairiens Ursulus et Harmonius, dont nous lisons l'éloge dans les écrits d'Ausone. On vit aussi briller dans cette ville, pendant le IVe siècle, le poète Tétradius, qui, d'abord disciple d'Ausone, professa ensuite les belles-lettres et publia des vers, auxquels il dut une certaine réputation. Quelques écrivains ont prétendu que l'on enseignait aussi la jurisprudence à Trèves[116], et que la schola palatina dont il est fait mention dans le Code Justinien[117] n'était rien autre chose qu'une école de droit établie dans le palais, et où des jeunes gens d'un mérite déjà reconnu formaient une espèce de noviciat administratif, dans les rangs duquel les empereurs ou les préfets du prétoire choisissaient les fonctionnaires dont ils avaient besoin. L'idée de rencontrer à une époque aussi reculée quelques traces de l'école du palais que nous verrons, plus tard, chez les rois mérovingiens a quelque chose de séduisant ; mais il ne semble malheureusement guère possible d'admettre que la conjecture de ces écrivains ait des fondements solides.

Les arts n'avaient pas non plus été négligés. Les édifices de la période gallo-romaine qui existent encore en entier ou dont il reste des débris importants, comme la porte-noire, la basilique, le cirque de Trèves et l'aqueduc de Jouy attestent que la Gaule possédait des architectes et des ingénieurs de mérite. A la vérité, le pays ne fournissait guère de matériaux propres à la décoration des monuments ; mais, faute de mieux, on avait utilisé, en en tirant un assez bon parti, la syénite et les diverses espèces de granit que les montagnes des Vosges offraient en abondance. On amenait aussi des marbres, même des pays les plus éloignés, et un antiquaire de Trèves a recueilli dans cette ville des échantillons de quarante espèces de marbres, tant des Vosges que d'Italie et d'Afrique. Les moulures, les chapiteaux, les débris de bas-reliefs et de statues, que l'on découvre assez fréquemment- dans le nord de la Gaule, prouvent que l'art de la sculpture y était cultivé avec soin, sans qu'il ait cependant jamais produit d'ouvrages très-remarquables ; et quant à la distribution et à l'ornementation des habitations, des bains, etc., on peut dire que rien dans cette contrée ne paraît s'éloigner beaucoup de ce que l'on voyait dans le reste de l'Empire ; les peintures sur enduit, les applications de marbres et les mosaïques sont, avec moins de richesse, à la vérité, les mêmes que dans la Gaule méridionale, l'Espagne et l'Italie[118].

Tous ces détails, ou, si l'on aime mieux, toutes ces digressions sur l'état de la société civile, ne nous ont pas encore permis de parler de l'organisation militaire. On sait que les deux pouvoirs étaient profondément séparés dans l'Empire depuis le règne de Constantin. Le préfet du prétoire des Gaules était un fonctionnaire purement civil, et l'administration de la guerre, ainsi que le commandement de toutes les forces militaires placées dans la préfecture étaient confiés au magister militum ou maitre de la milice. Ce personnage avait eu primitivement deux lieutenants, qualifiés magister peditum (maitre de l'infanterie) et magister equitum (maitre de la cavalerie) ; mais cet arrangement paraît avoir été modifié plus tard, el, d'après la Notitia Imperii, toutes les troupes stationnées dans la Gaule étaient sous les ordres d'un chef nommé magister equitum, et portant le titre d'illuster, comme le préfet du prétoire. Il avait pour lieutenants des comites et des duces, dont chacun commandait dans un arrondissement plus ou moins vaste, mais qui parfois n'avait pas les mêmes limites que la province dans la capitale de laquelle la résidence du dux ou du comes se trouvait fixée. C'est ainsi que la Germania Prima, qui sous le rapport civil était administrée par un seul consularis, avait été divisée sous le rapport militaire en deux gouvernements. Le premier était nommé tractus argentoratensis, et son chef, qui avait le titre de comes rei rnilitaris, résidait à Strasbourg (Argentoratum), et devait commander non seulement dans la partie méridionale de la Germania Prima, mais encore dans la Belgica Prima et peut-être même dans quelques-unes des provinces centrales de la Gaule. La partie septentrionale de la Germania Prima obéissait à un dux, dont le quartier-général, si on ose employer une pareille expression, était à Moguntiacum (Mayence). La Belgica Secunda était placée sous les ordres d'un autre dux, dont la résidence n'est pas indiquée dans la Notitia Imperii, et on verra tout-à-l'heure qu'il en était de même de la Germania Secunda. Ces différents officiers n'avaient aucune prééminence réelle les uns sur les autres et portaient le titre de spectabiles ; néanmoins les comites étaient, sous le rapport du rang, les égaux des duces[119], contrairement à ce qui eut lieu plus tard.

Un assez grand nombre de légions obéissaient au magister equitum et à ses lieutenants ; mais ces légions n'avaient de commun que le nom avec les anciennes légions romaines. Elles ne possédaient plus de cavalerie, et l'effectif de chacune était réduit à douze, cents hommes[120]. C'étaient par conséquent des régiments à peu près comme les nôtres, et il y avait aussi des corps de cavalerie, dont l'organisation et la force numérique devaient être à peu près les mêmes que celles des régiments actuels. Onze légions étaient cantonnées dans la partie septentrionale de la Germania Prima, par conséquent sous les ordres du dux résidant à Mayence ; ces légions et leurs quartiers sont indiqués de la manière suivante dans la Notitia Imperii : les Pacences à Saletio, les Menapii à Taberna ; les Andericiani à Vicus Julius, les Vindices à Nemetes, les Martenses à Alla Ripa, la Secunda Flavia à Vangiones, les Armigeri à Mayence, les Bingenses à Bingen, les Defensores à Confluentes, les Acicenses à Antunnacum ; enfin, le corps des Balistarii, dont le rôle était de faire mouvoir les machines que l'on employait alors pour le siège et la défense des places, était caserné à Baudobrica. La Notitia ne nous fait pas connaître quels étaient les régiments de cavalerie stationnés dans le même gouvernement. Elle ne nous apprend pas non plus quels étaient les corps placés sous l'autorité du comes de Strasbourg[121] et du dux de la Germania Secunda ; mais on verra tout-à-l'heure quelles sont les causes de son silence à l'égard de celui-ci, et nous dirons en même temps pourquoi le dux de la Belgica Secunda n'avait à sa disposition, outre un corps de soldats de marine, qui montaient sans doute les vaisseaux ou bateaux destinés à la défense des embouchures du Rhin, de la Meuse et de l'Escaut, que la légion des Nervii et un régiment de cavalerie dalmate (equites Dalmatœ), cantonnés tous deux au midi de .ce dernier fleuve.

En parcourant la liste des corps d'infanterie et de cavalerie chargés de la défense de la Gaule, on est frappé de la grande quantité de noms germains que l'on y rencontre. Ainsi, on voit figurer dans l'infanterie les Mattiaci juniores, les Salii seniores, les Bructerii, les Ampsivarii, les Batavi, les Batavi juniores, les Atecotti Honoriani seniores, les Matuaci juniores Gallicani, les Ascarii Honoriani seniores, les Lancearii Sabarienses, les Menapii seniores, les Germaniacenses, et dans la cavalerie les Batavi seniores et les Batavi juniores. Tout porte à croire, du reste, que plusieurs des légions mentionnées dans la Notitia Imperii étaient formées de ces soldats stationnaires que les monuments anciens désignent par la qualification de limitanei, parce qu'ils étaient plus particulièrement préposés à la garde des frontières. Les soldats limitanei pouvaient se marier[122] ; c'était ordinairement parmi leurs enfants que les corps se recrutaient, et les campements ou les garnisons immobilisés de la sorte dans les vallées du Rhin et du Danube ressemblaient plutôt à des colonies qu'à autre chose. C'était, en un mot, une institution analogue à celle des régiments des frontières que les empereurs d'Allemagne ont organisés dans la Croatie et l'Esclavonie, pour mettre ces provinces à l'abri des incursions des Turcs.

Tout ce qui avait rapport à la nourriture, à l'habillement et peut-être à l'armement des troupes était le domaine d'une classe de fonctionnaires qui avaient le titre d'agentes in rebus. A la fois intendants militaires et fournisseurs, ils étaient même chargés d'inspecter l'evectio publica. Ces importantes fonctions étaient remplies, depuis longtemps, dans le nord-est de la Gaule par une puissante famille de Trèves, celle des Secundini, que nous retrouverons plus tard dans les mêmes lieux, et dont le magnifique monument funéraire d'Igel[123] atteste l'opulence.

Nous avons dit, en parlant des différents commandements militaires, qu'à l'époque où fut rédigée la Notitia Imperii il n'y avait de troupes romaines ni dans la Germania Secunda, ni dans la partie septentrionale de la Belgica Secunda. Or, comme il y avait un dux dans chacune de ces deux grandes provinces[124] ; que ces duces n'étaient pas des fonctionnaires civils, et que les provinces dont il s'agit étaient peut-être les plus exposées aux courses des Barbares, il est impossible d'admettre qu'elles fussent abandonnées à elles-mêmes, et on doit supposer qu'elles possédaient une force militaire quelconque chargée de les protéger. Cette force existait, en effet, et nous allons voir quelle était sa nature.

En énumérant les différentes peuplades germaines qui se fixèrent dans la Gaule septentrionale, avec l'assentiment des empereurs, pendant les quatre premiers siècles de l'ère chrétienne, nous avons omis de rappeler deux petits peuples, ou, si l'on aime mieux, deux tribus dont l'établissement présente un caractère particulier. Les premières acceptèrent, en traversant le Rhin, les conditions qu'il plut aux empereurs de leur imposer ; elles occupèrent les terres vacantes que le fisc leur abandonna ; elles les mirent en valeur, et, outre l'avantage de rendre à la culture des domaines qui furent frappés d'impositions, comme ceux des Gaulois, l'état trouva chez ces Germains une pépinière d'excellents soldats, dont les légions avaient grand besoin. Mais quand l'affaiblissement de l'Empire devint plus sensible, les Barbares se montrèrent plus exigeants. Lorsque, dans la seconde moitié du IVe siècle, les empereurs voulurent transplanter dans la Gaule quelques-unes des tribus qui en menaçaient continuellement les frontières, ils furent obligés à leur tour d'accepter certains arrangements qu'ils auraient repoussés autrefois ; et tandis que les Ubii et d'autres traversaient le Rhin comme sujets de l'Empire, les tribus qui vinrent plus tard s'établirent sur le sol gaulois en qualité de fédérés (fœderati).

Nous avons à dessein laissé jusqu'à présent de côté tout ce qui pouvait se rattacher à la nation, ou pour mieux dire à la confédération des Francs ; mais le moment d'en parler est enfin venu, et désormais ils vont jouer dans notre récit un des rôles principaux. Chacun sait que les historiens latins comprennent sous le nom générique de Francs ou Franci plusieurs petits peuples germains qui habitaient entre l'Elbe et le Rhin inférieur, tels que les Frisii, les Salii, les Angrivarii, les Cauchi ou Cauci, les Chamavi, les Cherusci, les Attuarii, les Tencteri, les Bructeri, etc. L'étymologie du nom de Franci que ces historiens employaient pour désigner la confédération est tout-à-fait inconnue. Deux écrivains anciens, dont l'un parait avoir été d'origine barbare, Sulpicius Alexander[125] et Renatus Profuturus Frigeridus[126], avaient recueilli avec soin toutes les traditions relatives à l'histoire primitive des Francs ; mais leurs ouvrages ont péri, et l'on a trop souvent suppléé à leurs récits par des conjectures. Du reste, il ne faut pas accuser le moyen-âge seul d'avoir débité des fables sur l'origine des Francs. Saint Jérôme, à la fin du IVe siècle ou au commencement du Ve, les faisait descendre des Troyens et prétendait que leur nom venait d'un prétendu Francio, fils du roi Priam[127]. Repoussée par Grégoire de Tours et admise par Frédégaire, cette opinion fut également soutenue par Paul Warnfried, plus connu sous le nom de Paul Diacre[128], et passa pendant plusieurs siècles pour une vérité incontestable.

Tout ce que l'on sait de positif sur les Francs, c'est qu'ils appartenaient à la race germanique, et les différentes tribus dont nous avons rapporté les noms ne cessèrent, surtout pendant le Ille siècle et la première moitié du IVe, de menacer et d'insulter les frontières septentrionales de la Gaule. Les empereurs, las de tant d'incursions, firent tous leurs efforts pour débarrasser ce pays d'aussi redoutables voisins. Ils tentèrent, non sans succès, de les diviser, de les amener à combattre les uns contre les autres ; ils réussirent, par l'offre de terres fertiles ou d'une paie considérable, à en attirer un grand nombre sur le territoire de l'Empire[129] ; beaucoup furent incorporés dans les légions ; des corps entiers furent même formés avec ces nouveaux-venus, et l'on en vit plusieurs parvenir, grâce à leur courage et à leur intelligence, aux emplois militaires les plus élevés[130]. Toutefois, les tribus elles-mêmes n'avaient pas quitté les pays qu'elles habitaient, et l'empereur Julien eut le premier l'idée d'en transplanter quelques-unes dans la Gaule, en les chargeant de défendre une contrée qu'elles avaient attaquée si souvent. Une des principales et des plus redoutables tribus était celle des Salii ou Saliens, à laquelle les Romains ou les Francs eux-mêmes avaient donné ce nom[131], parce qu'elle habitait depuis longtemps le canton arrosé par un bras du Rhin que l'on appelait Sala[132], et qui, se détachant du cours principal du fleuve non loin de Burginatium, se dirigeait vers le nord et traversait le lac Flevo avant d'aller se jeter dans l'Océan. Julien proposa à cette tribu de venir occuper les vastes plaines qui s'étendaient entre le cours inférieur de la Meuse, l'Escaut et la Sambre. Ces plaines avaient reçu le nom de Toxandria[133]. Les Saliens acceptèrent l'offre de l'empereur et vinrent s'établir dans ce pays, avec leurs femmes, leurs enfants et leurs troupeaux[134].

Si l'on prenait à la lettre le passage dans lequel Ammien Marcellin rapporte cet évènement, il faudrait admettre que d'autres Francs, ceux que nous allons voir désignés sous le nom de Ripuarii ou Ripuaires, avaient été transplantés par Julien dans les cantons de la Germania Secunda compris entre les cours inférieurs du Rhin et de la Meuse ; mais un passage d'une lettre adressée aux Athéniens par cet empereur ne permet pas d'adopter une pareille idée ; car les Chamavi ou Chamaves, qu'il avait, dit-il, chassés de la Gaule, formèrent avec une autre tribu, celle des Bructeri, la nouvelle peuplade dont nous venons de parler. Cependant, et bien que les Chamaves eussent été repoussés de l'autre côté du Rhin, plusieurs d'entr'eux et peut-être même quelques fractions de la tribu obtinrent la permission de rester ou de revenir dans la Gaule, à des conditions qui ne devaient inspirer aucune inquiétude ni à Julien, ni à ses successeurs. Ces émigrations partielles des Chamaves semblent s'être renouvelées pendant les années qui suivirent la mort de Julien. Les Francs, affaiblis par tant de guerres et d'excursions qui n'avaient pas toujours été heureuses pour eux, ne formaient plus guère à cette époque que deux groupes principaux : les Saliens, dans la tribu desquels s'étaient fondues sans doute quelques-unes des peuplades nommées plus haut, et qui, désormais établis sur le territoire de l'Empire, allaient contribuer à sa défense[135], et une confédération, où se trouvaient mêlés et confondus les Chamaves, les Bructères et d'autres petits peuples, notamment les Catti et les Angrivarii[136]. Malgré les émigrations successives qui avaient eu lieu depuis le règne de Julien, cette dernière confédération occupait toujours la rive droite du Rhin depuis Mayence jusqu'au-dessous de Cologne, et les empereurs ne cessaient de prendre des précautions pour l'empêcher de franchir le fleuve. Ce fut bien certainement contre elle que les lieutenants du tyran Maxime combattirent pendant l'année 388[137]. L'année suivante, le Franc Arbogast, que son mérite avait élevé au commandement des troupes romaines cantonnées dans la Gaule, fit éprouver plusieurs échecs à Marcomir et à Sunnon, rois des Chamaves et des Bructères, et les contraignit à donner des otages pour répondre de leur tranquillité future, et de la restitution du butin enlevé dans l'excursion de 388. Un peu après, en 392, Arbogast et Eugène, qu'il avait proclamé empereur, marchèrent contre les mêmes tribus et remportèrent sur elles divers avantages[138]. Ces hostilités paraissent avoir été les dernières qui aient eu lieu entre l'Empire et la confédération qui obéissait à Marcomir et à Sunnon, et ce doit être deux années plus tard, en 394, que Théodose-le-Grand, devenu maître de tout l'Empire, permit enfin à cette confédération de traverser le fleuve et de venir se fixer, aux mêmes conditions que les Saliens, sur les vastes territoires inhabités et incultes que le fisc possédait dans la Germania Secunda[139]. Aucun témoignage formel de l'Antiquité ne fixe, à la vérité, la date de cet événement ; mais on ne voit pas qu'il puisse être plus ancien, et, d'un autre côté, la Table Théodosienne, tracée vers la fin du IVe siècle ou les premières années du Ve, place sur la rive gauche du Rhin, un peu au nord de Cologne, un peuple dont le nom se lit PARISI. Il est évident que cette forme bizarre est le résultat d'une erreur imputable à un des trois ou quatre copistes qui ont exécuté successivement les différentes transcriptions de la Table, grâce auxquelles ce précieux monument est venu jusqu'à nous. Valois a pensé, et on ne peut raisonnablement différer d'avis, que l'on doit lire RIPARI, combinaison qui conserve, sauf une seule, toutes les lettres du mot PARISI, qu'un scribe inattentif a aisément substitué à la forme primitive[140].

L'existence du nom dont il s'agit et l'application qui en fut faite à la confédération des Chamaves et des Bructères n'ont rien qui doive nous étonner. La portion de la civitas de Colonia Agrippina qui bordait le Rhin, et dans laquelle la confédération se fixa avec l'autorisation de Théodose, formait un pagus appelé Riparius ou Ripuarius[141], parce qu'il constituait, en quelque sorte, la rive (ripa) de ce grand fleuve ; et, de même que les Francs fixés dans les vallées du Sigus et de la Sala avaient fini par être nommés Sicambri et Salii, de même les Francs mis en possession du vaste pagus dont nous parlons furent désignés et se désignèrent eux-mêmes par le mot Riparii[142], qui signifiait soit habitants du pagus Riparias, soit encore gardiens de la rive ou ripa[143]. Ce qui pourrait porter à admettre que cette dernière explication est la mieux fondée, c'est que plusieurs des corps de milites limitanei cantonnés dans la Germania Secunda étaient parfois appelés milites riparii[144], et que le mot riparius est traduit dans de vieux glossaires par l'expression grecque όχθοφύλαξ, qui a précisément la même signification[145]. Cependant la première explication, celle qui rendrait ripuarius par habitant du pagus ripuarius, est peut-être la plus sûre, et le pagus est rappelé dans quelques documents d'une haute antiquité. Le titre XXXI de la Lex Ripuariorum le mentionne deux fois sous les noms de pagus Ripuarius (article 3) et de provincia Ripuaria (article 5). Les diplômes de l'ancien monastère de Werthina, situé sur la Roër, à peu de distance de Ruremonde, offrent bien souvent le nom de ce pays sous la forme de pagus Ripoariorum ou même de pagus Riporum[146]. Il est appelé pagus Riubarinsis ou Ribuarinsis dans le Gesta Francorum epitomata (c. XXXVIII), pagus Ripuerinsis dans le quatrième continuateur de Frédégaire (c. 125), Riboarius et Ribuarius dans les partages faits sous le règne de Louis-le-Débonnaire[147], et enfin pagus Ripuariorum dans les Annales Bertiniani (à l'année 837).

Il est aujourd'hui bien difficile d'indiquer, même approximativement, les limites du territoire que Théodose abandonna à la confédération des Chamaves et des Bructères. Il ne parait pas néanmoins qu'ils se soient avancés au-delà du pagus Ripuarius, ni qu'ils aient franchi le cours de la Rura (Roër). Le pays que la confédération occupa devait former un carré très-allongé, dont les villes de Rigomagus, Marcomagus, Vetera Castra et Mediolanum auraient marqué les quatre angles[148]. On ne peut guère supposer qu'elle fût alors en état de peupler un pays plus vaste. En effet, tous les membres de la confédération ne traversèrent pas le Rhin dans ce moment ; quelques-uns d'entr'eux restèrent, pour des raisons inconnues, sur la rive droite du fleuve, et c'est là précisément ce qui explique comment les Gallo-Romains pouvaient, comme Claudien le remarque, parcourir avec sécurité les pays situés entre l'Elbe et le Rhin, et possédés par un peuple auquel l'empereur venait de rendre un pareil service. La Table Théodosienne, tracée postérieurement à l'émigration des Chamaves et de leurs alliés, place les Bructères, qu'elle appelle Burcturi, sur la rive droite du Rhin, et elle désigne par le nom de Francia la contrée qui s'étendait au nord entre ce fleuve et l'Elbe ; d'où il faut conclure qu'elle était encore habitée par un certain nombre de Francs. Plus tard, nous verrons les Ripuaires posséder tranquillement, et à titre d'anciens propriétaires, les cantons qui faisaient face à la Germania Secunda, notamment la fameuse forêt Buchonia ou Buchovia, laquelle couvrait une grande partie des pays compris entre la Luppia (Lippe) et le Mœnus (Mein). Les Francs qui n'avaient pas quitté ce territoire finirent par prendre, comme ceux dont nous avons rapporté l'émigration, le nom de Ripuarii, et la contrée elle-même est appelée Ripuaria dans les Annales Laureshamenses (782).

Le nombre des Chamaves, des Bructères et des autres Francs qui vinrent s'établir dans la Germania Secunda était donc peu considérable. Les Saliens, qui avaient occupé, une trentaine d'années auparavant, le nord de la Belgica Secunda, étaient aussi en petite quantité. Le fait est aujourd'hui généralement reconnu[149], et s'il pouvait encore s'élever quelqu'objection sur ce point, il suffirait, pour y répondre avec avantage, de présenter les observations suivantes : 1° la langue germanique n'a prévalu que dans les civitates dont le fond de la population était formé par les peuplades germaines admises depuis longtemps sur le territoire de l'Empire ; et 2° l'examen attentif des noms des villages et des hameaux situés dans les civitates où la langue latine a conservé son empire prouve, d'une manière péremptoire, que bien peu de Francs Saliens ou Ripuaires se fixèrent dans les civitates méridionales des deux Belgiques. Mais nous' nous bornerons à indiquer sommairement ces observations, sur lesquelles nous aurons occasion de revenir avec détail.

C'est, au contraire, ici le lieu d'expliquer à quelles conditions les confédérations des Saliens et des Ripuaires furent admises dans le nord de la Gaule. On peut affirmer d'abord que, leur émigration étant le résultat d'un arrangement amiable, aucun des possesseurs du sol — et il devait en rester encore beaucoup — ne fut dépouillé de sa propriété. Les Francs se contentèrent de prendre les terres qui appartenaient au fisc et les domaines dont les maîtres avaient disparu, sans laisser de représentants, et comme les nouveaux-arrivants étaient en assez petit nombre, il est probable même qu'ils trouvèrent plus de champs qu'ils ne pouvaient en cultiver. En second lieu, les Francs ne pénétrèrent pas dans les villes. Celles-ci continuèrent à être occupées exclusivement par les anciens habitants ; elles conservèrent leurs municipes, leurs magistrats, en un mot toute leur ancienne organisation ; de plus elles nu cessèrent pas d'être la résidence des officiers impériaux, dont l'autorité s'étendit, comme autrefois, sur ce qui restait dans les campagnes de gallo-romains et même de germains établis depuis longtemps dans le pays[150]. On vit alors en présence dans les civitates septentrionales de la Gaule deux sociétés bien différentes, deux peuples entièrement distincts, Mais non ennemis. C'est pour désigner quelque chose de pareil que Fortunat employait plus tard des expressions qui étaient peut-être déjà en usage au commencement du Ve siècle : Romania et Barbaries. La. Romania était la société gallo-romaine, fidèle à ses vieilles coutumes et régie par la législation impériale ; la Barbaries était la nation des Francs, qui gardait une partie des usages germaniques, et dont le droit civil n'eut d'abord rien ou presque rien de commun avec celui de l'Empire.

L'étonnement que doit inspirer le parti que prirent les empereurs, à taie époque où la puissance romaine était encore entourée d'un certain prestige, d'accorder des conditions tellement favorables à deux peuples aussi faibles que les Saliens et les Ripuaires, cet étonnement cesse quand on se rappelle combien le nord de la Gaule avait besoin d'être repeuplé, et quand on connaît au juste les conditions auxquelles les Francs se soumirent de bonne grâce.

Voisins plutôt gênants que dangereux, ils avaient plusieurs fois franchi le Rhin, soit par surprise, soit lorsque les troupes romaines avaient été obligées de s'éloigner momentanément, et leurs ravages n'avaient pas peu contribué au dépérissement visible de cette partie de l'Empire ; mais ils n'avaient jamais réussi à garder un pouce de terre sur la rive gauche du Rhin, et on peut même dire qu'ils n'ont en aucun temps soutenu une véritable guerre contre l'Empire[151]. Aussi les écrivains latins et grecs n'en parlaient souvent que d'une manière assez méprisante. Sidoine Apollinaire, à la vérité avec l'exagération ordinaire aux poètes, peint les Saliens comme des barbares tremblants dans les marais voisins du Wahal[152]. Salvien, qui n'exagérait guère moins, bien qu'il écrivit en prose, les regardait comme incapables de comprendre la valeur d'un serment[153]. Procope les juge avec autant de sévérité et ajoute que, pendant longtemps, ils avaient occupé un des derniers rangs parmi les nations voisines de l'Empire[154]. Jornandès prétend même qu'ils n'étaient entrés sur le territoire romain que comme auxiliaires soldés, et non en qualité de fœderati[155] ; et l'assertion était vraie en un sens ; car, ainsi qu'on l'a vu plus haut, beaucoup de Francs avaient isolément pris du service dans les armées romaines ; des corps entiers avaient été recrutés parmi eux, et la Notice de l'Empire mentionne neuf régiments d'infanterie et trois de cavalerie composés de Francs, et tenant garnison en Gaule, en Espagne, à Constantinople, en Phénicie, en Egypte et en Mésopotamie.

Tous ces étrangers servaient aux mêmes conditions que les Romains, ou, pour mieux dire, ils devenaient romains le jour où ils entraient dans l'armée. Mais il n'en était pas ainsi des nations entières qui étaient reçues par suite d'un traité, et occupaient certains pays que leur assignaient les empereurs. Il ne faut pas croire toutefois qu'une pareille cession fût pleine et complète. On ne leur abandonnait que le domaine utile des campagnes, à titre de solde, et jamais ils n'étaient entièrement soustraits au contrôle de l'autorité impériale[156]. Au contraire, ils faisaient en quelque sorte partie intégrante de l'Empire ; comme on l'a très-bien dit, « ils figuraient à leur rang dans le cadre administratif qui le gouvernait », et Valentinien III s'exprimait avec exactitude quand, au moment de l'invasion des Huns, il écrivait à Théodoric roi des Wisigoths : « Secourez l'Empire, dont vous êtes membre ». Les barbares fédérés ne faisaient pas difficulté d'en convenir et prenaient, en toute circonstance, le titre modestes d'hôtes (hospites), comme pour déclarer qu'ils étaient trop heureux d'être reçus au nombre des sujets de l'empereur[157].

Les domaines qu'on leur livrait, en échange du service militaire, étaient, conformément à ce qui se pratiquait depuis longtemps pour les milites limitanei, partagés en un certain nombre de portions appelées sortes[158]. Les milites limitanei avaient, comme nous l'avons dit, la permission de se marier ; la sors — espèce de bénéfice militaire — remise à chacun d'eux restait dans la famille, tant qu'il s'y trouvait un homme en état de faire le service dont la jouissance du bénéfice était la récompense, et la vie de saint Martin nous offre un exemple célèbre de l'application de cette loi. Plusieurs auteurs, s'appuyant sur un texte de l'historien Lampride[159], ont cru que l'empereur Alexandre Sévère avait te premier organisé ces légions des frontières, qui rendirent pendant longtemps de grands services à l'empire romain ; mais il parait bien démontré que l'institution est plus ancienne, et que précédemment des terres appartenant au fisc avaient été distribuées à des essaims de barbares que les empereurs voulaient fixer sur le sol de l'Empire, notamment aux Bataves, qui, dès le règne d'Auguste, vinrent habiter l'espèce d'île à laquelle on donna leur nom[160]. A partir du règne d'Alexandre Sévère, ce système de défense, consistant dans l'organisation sur les frontières de corps permanents toujours prêts à protéger un pays qu'ils regardaient désormais comme le leur, ce système prit une extension extraordinaire[161]. Barbares et Romains s'engagèrent à l'envi dans les légions des frontières ; on appliqua le même principe aux peuplades germaines et autres qui étaient les plus gênantes, et divers écrivains ont pensé que la féodalité est le produit naturel de cette création des bénéfices militaires continuée par les empereurs pendant trois ou quatre siècles, plutôt que la conséquence de coutumes germaniques dont les Francs avaient dû perdre la mémoire pendant qu'ils habitaient le territoire romain avec le simple titre de fédérés. Ajoutons que ces écrivains ont aussi prétendu, et avec raison selon nous, que les sortes dont il est question fréquemment dans les codes des nations barbares ne sont autre chose que les domaines concédés aux guerriers de ces nations par les empereurs, et plus tard par les rois, et qu'il est question de ces mêmes domaines dans le fameux passage de la loi des Francs Saliens où il est dit que la terra Salica ne peut jamais passer aux femmes[162], disposition qui se comprend aisément si les terres dont il est parlé étaient réellement des bénéfices romains, régis par les lois impériales et astreignant leurs possesseurs au service militaire[163].

Quoiqu'il en soit, il est impossible d'admettre que les Francs Saliens et Ripuaires aient été soumis à d'autres charges que les milites limitanei barbares ou romains. Comme eux, ils obtinrent le privilège de ne payer aucune imposition. Le soldat romain jouissait de l'immunité pour lui-même à partir du jour de son incorporation[164]. Le même privilège était accordé à sa femme, dès qu'il avait servi pendant cinq ans dans les légions des frontières, et le privilège s'étendait même à son père et à sa mère, si le soldat était dans un des corps de la garde impériale[165], ou s'il avait été inscrit au nombre des vétérans[166]. L'exemption de la capitation n'était pas la seule dont jouit le vétéran ou le miles limitaneus, car le bénéfice qui lui avait été remis n'était pas frappé de l'imposition foncière. Tous les bénéfices avaient été formés de terres appartenant soit à la res privata, soit aux sacrœ largitiones, divisions du fisc comme nous dirions aujourd'hui, et on sait que la res privata et les concessions de terres faites sur les possessions des sacrœ largitiones étaient exemptes de l'impôt ordinaire[167].

Il résulte des notions précédentes que presque tous les Francs, soit Saliens, soit Ripuaires, ne payaient rien au fisc ; ceux qui étaient venus en corps de nation, et sous la conduite de leurs rois, en vertu même du titre de leur établissement et de la nature des terres qu'on leur avait abandonnées ; et ceux qui s'étaient fixés antérieurement et isolément dans, la Gaule, à raison de la nature des services qu'ils rendaient, puisque les uns étaient incorporés dans les légions, et que les autres étaient attachés au service du prince et faisaient partiie de la militia palatina. Ces deux qualités assuraient à ceux qui en étaient pourvus l'immunité et pour leurs biens propres, en vertu du privilège commun à tous les membres de la milice, et pour leurs beneficia, d'après les principes de la législation impériale[168]. Cependant, tous ces privilèges s'effaçaient pour un moment lorsque les besoins du trésor public obligeaient l'empereur à publier une superindiction, c'est-à-dire à lever un impôt extraordinaire, et les possesseurs de bénéfices militaires étaient forcés, comme les simples citoyens, de contribuer aux dépenses de l'état[169]. Telles étaient les dispositions législatives concernant les bénéfices, et nous avons jugé à propos d'insister un peu sur un point d'aussi grande importance, parce que nous aurons, dans la suite, occasion d'y revenir, peut-être plus d'une fois.

L'obligation du service militaire était donc la seule qui fût imposée aux Barbares fédérés, et on peut se demander encore si elle atteignait tous les membres de la nation : ceux qui n'avaient pas obtenu de sortes ou de beneficia, comme ceux qui en avaient. Le nombre des premiers devait être bien peu considérable, puisque chacun des Francs en état de porter les armes avait naturellement demandé un domaine, et que, d'ailleurs, il y avait plus de terres vacantes qu'ils ne pouvaient en occuper. Néanmoins, il parait que, pour un motif ou un autre, plusieurs Francs n'en avaient pas. Quelques savants ont pensé que ces Francs étaient également astreints au service militaire, dont il leur était cependant loisible de s'exempter en payant une amende[170]. C'est ce que semblent établir une disposition de la Lex Ripuariorum[171] et deux passages de Grégoire de Tours[172] ; et on peut ajouter que les rois Francs, en traitant avec les empereurs, ont dû prendre, en retour des avantages qu'ils recevaient, l'engagement de fournir un contingent aussi considérable que possible. Il ne faut pas oublier, en effet, et nous aurons encore plus d'une fois l'occasion d'en faire la remarque, que l'établissement des Francs dans la Gaule septentrionale eut un caractère tout militaire ; c'était moins une nation qu'un corps d'armée, prêt à marcher au premier ordre, et nous verrons plus loin que, pendant plusieurs siècles, on employa pour désigner le peuple Franc non pas les expressions gens ou natio, qui étaient cependant les plus naturelles, mais le mot exercitus (armée), dont la signification ne peut laisser aucun doute sur l'idée que l'on se faisait de ces barbares et de leur rôle.

L'exemption de l'impôt n'était pas le seul privilège qu'ils eussent obtenu ; ils avaient également celui de ne pas être soumis, en matière de droit privé, aux prescriptions de la loi romaine, et de conserver l'espèce de code auquel leurs ancêtres avaient obéi, et que la tradition transmettait d'une génération à une autre.

Ils avaient de plus le droit de ne recevoir que par l'intermédiaire de leurs rois les ordres des officiers romains, c'est-à-dire du maître de la milice, le seul qui eût à s'occuper ordinairement de leurs affaires. Il ne faut pas s'étonner, du reste, si l'on voit les rois des Saliens et des Ripuaires obéir aux injonctions d'un simple général. Le titre de roi, entouré maintenant d'un si grand prestige, n'avait pas alors le même caractère. Les magistrats romains se croyaient fort au-dessus des petits rois barbares, et ceux-ci n'avaient pas d'eux-mêmes une idée beaucoup plus relevée. Leur véritable titre était celui de konüng, qui se donnait même, chez les Francs, à tous les individus constitués en dignité[173]. Les Romains, ne pouvant traduire ce mot par celui de dux, qui en était le meilleur équivalent, mais que la hiérarchie militaire avait adopté, le rendirent par l'expression rex, sans y joindre l'idée d'un pouvoir considérable ; et cela est si vrai, que les écrivains grecs ne voulurent jamais traduire konüng par βασιλεύς, titre qui fut toujours réservé aux empereurs ; et, après avoir employé tantôt le mot άρχων, et tantôt celui d'άρχηγος, qui leur semblaient convenables, ils finirent par forger, ou plutôt par adopter le substantif ρήξ, depuis longtemps à l'usage des écrivains latins. Quelquefois même, ceux-ci se servaient du diminutif regulus, qui leur paraissait mieux encore que rex exprimer le peu d'estime que méritait le titre de konüng[174]. Quand on parcourt les écrits des auteurs latins du Ve siècle et du VIe, on voit, et Du Bos en a déjà fait l'observation[175], que les mots regnum et regnare n'avaient pas le sens qu'on leur donne maintenant, et qu'alors ils signifiaient gouvernement et gouverner. Les droits dont les petits rois barbares jouissaient envers leurs sujets étaient dans l'origine extrêmement limités. Cependant, deux circonstances contribuèrent à accroître peu à peu la puissance de ces rois. Ils avaient depuis des siècles l'habitude d'attacher à leur personne une certaine quantité de guerriers plus ou moins renommés, que l'on appelait les hommes ou les leudes (du mot germain leute) du roi[176]. Il est évident que ces leudes avaient été peu nombreux tant que les ressources du prince s'étaient trouvées restreintes ; mais lorsque les Francs furent bien établis sur, le sol de la Gaule, les chefs, enrichis par les concessions de terres que les empereurs leur avaient faites et par les pensions qu'ils leur payaient, entretinrent une plus grande troupe de leudes, et leur influence sur la peuplade entière s'accrut dans la même proportion. D'un autre côté, la royauté chez ces tribus barbares était élective ; seulement le choix devait toujours porter sur un membre de la famille royale. Les officiers romains profitèrent d'un pareil usage, parvinrent, à force d'argent ou de promesses, à se rendre maîtres des choix, et les firent tomber sur des princes qu'ils regardaient comme plus propres que d'autres à remplir les vues du gouvernement impérial[177] ; et ces princes, qui devaient tout au gouvernement et se sentaient appuyés par les préfets du prétoire de la Gaule, tâchèrent non seulement de tenir leurs sujets en paix, mais encore d'augmenter leur propre autorité ; dont les préfets ne se montraient nullement jaloux. Les rois Francs, malgré l'accroissement de leur puissance, n'avaient pas, en effet, la prétention de se regarder comme les égaux des préfets du prétoire et des maitres de la milice. Leur plus grande ambition était même d'obtenir des titres qui les fissent entrer dans la hiérarchie de l'administration impériale. Le roi des Francs Mellobaud était fier d'être comes domesticorum[178], et tous n'eurent pas semblable avantage. Les rois des Saliens et des Ripuaires étaient directement placés sous l'autorité du maître de la milice de la Gaule, lequel portait, comme on l'a dit, le titre de magister equitum. Sans parler de la surveillance que les deux rois exerçaient dans la vallée inférieure du Rhin, et qui avait pour but d'empêcher les Frisons et d'autres Barbares de franchir le fleuve, ils étaient obligés — et nous en verrons au moins deux exemples dans le chapitre suivant —, lorsqu'ils en recevaient l'ordre du magister equitum, de réunir aussitôt l'exercitus Francorum ou l'armée des Francs, et soit de la diriger eux-mêmes, soit de la faire conduire sur le point qui leur avait été indiqué, et où elle passait immédiatement sous le commandement des généraux romains[179]. On ignore si la durée de ce service était illimitée, ou si les Francs pouvaient, au bout d'un certain temps, reprendre le chemin de leurs demeures. Il est probable toutefois que le magister equitum avait droit de les retenir autant qu'il le jugeait à propos, et, d'ailleurs, comme les provinces les plus menacées étaient précisément celles qu'ils occupaient, ils se trouvaient plus intéressés que personne à ce que le cours des opérations militaires ne fût pas interrompu. Mais nous ne pensons pas que la convention par suite de laquelle ils avaient été autorisés â franchir le Rhin les obligeât à servir l'Empire hors de la Gaule, et on verra plus loin que telle ne parait pas avoir été l'intention des empereurs Julien et Théodose.

A côté des Francs fédérés, à côté des tribus germaniques qui avaient renoncé à leurs usages et à leurs lois pour obtenir des terres dans les provinces septentrionales de la Gaule, on y voyait encore d'autres essaims de barbares, que l'on désignait par les noms de gentiles, de ti ou leti, de dedititii et d'homologi. Le premier de ces noms semble indiquer que ces essaims étaient formés de barbares appartenant à des nations diverses. Le second, qui est une traduction latine du germain leute, offre à peu près la même signification que le premier. Le troisième rappelait que ces barbares avaient été faits prisonniers par les troupes impériales et conduits dans l'intérieur de la Gaule, où ils avaient reçu des terres, à condition de les cultiver et de fournir des recrues pour l'armée[180]. Des raisons politiques, dont il est impossible maintenant d'apprécier la valeur, avaient engagé les empereurs à ne pas soumettre les colonies létiques aux magistrats ordinaires, et chacune d'elles obéissait à un officier, appelé prœfectus, et qui réunissait probablement dans sa personne tous les pouvoirs civils et militaires. Le prœfectus devait être un fonctionnaire du même genre que les colonels des régiments croates des frontières, lesquels administrent leurs subordonnés en temps de paix, et les conduisent sur les champs de bataille lorsque la guerre vient à éclater. De plus, les prœfecti étaient, comme les rois des Francs fédérés, placés sous les ordres du magister equitum. La Notice de l'Empire mentionne les principales colonies létiques de la Gaule. Beaucoup d'entr'elles se trouvaient dans les provinces centrales, mais on en voyait aussi dans les provinces du nord-est. La colonie des lœti Lingonenses était dispersée dans divers cantons de la Belgica Prima ; celle des lœti Actores était établie dans les environs d'Epusum, où résidait le prœfectus, et celle des lœti Nervii autour du lieu appelé Fanum Martis, qui était son quartier-général. Les lœti Lagenses habitaient près de Tongres ; les lœti Gentiles entre Reims et Silvanectœ (Senlis) ; enfin, une des nombreuses colonies de Sarmates était entre Reims et Amiens ; une seconde dans les environs de Lingones (Langres), et une troisième dans le Hunds-Rück, entre Trèves et Mayence[181]. La présence de ces essaims de Sarmates établis dans la Gaule a quelque chose d'extraordinaire ; mais Ammien Marcellin[182] nous apprend que, sous le règne de Constantin-le-Grand, les Limigantes, peuplade autrefois assujettie par les Sarmates, se révoltèrent contre eux et forcèrent quelques tribus de cette nation à chercher un asile sur le sol de l'Empire. Ce fut, sans doute, alors que l'on organisa les colonies dont nous parlons, et qui n'ont laissé que de faibles traces dans l'histoire[183]. Si on voulait toutefois faire une courte excursion sur le terrain des conjectures, on pourrait supposer qu'un personnage appelé Sigmar, que les légendes qualifient de comte du Perthois[184], et qui fut père de sept filles toutes renommées pour leur sainteté, était le prœfectus d'une colonie de Sarmates établie dans la partie orientale de la civitas de Châlons, et dont l'existence semble prouvée par une inscription découverte dans les ruines de Grand[185]. Certains noms de lieux paraissent aussi conserver quelque souvenir de ces étrangers. Un diplôme de l'empereur Louis-le-Pieux, daté du 2 avril 836[186], et un diplôme de Charles-le-Chauve, de l'année 877, mentionnent un lieu nommé Sarmasia, situé à peu de distance de Chora, où la Notice de l'Empire place une colonie de Sarmates. Tous les dictionnaires géographiques citent le bourg de Sermaize en Perthois, ainsi que divers lieux appelés Sermaze, Sermaise, Sermaizes, Sermazé, Sermesse et Sermoise ; ces lieux sont au nombre de onze, et nous ne serions pas éloigné de croire que les villages de Champlitte et de Saffre ont également tiré leurs noms des lètes ou lœti Sarmates qui occupaient les cantons où ils s'élèvent[187]. Enfin, le diplôme par lequel le roi d'Austrasie Childéric II confirma, en 664, la fondation de l'abbaye de Senones, diplôme dont l'authenticité n'a pas été sérieusement attaqué, démontre qu'il existait dans les environs de ce monastère une route appelée strata Sarmatarum[188].

Le gouvernement impérial se défiait, du reste, beaucoup de ces colonies létiques composées, en général, de prisonniers de guerre, que l'on ne pouvait considérer comme affectionnés à un empire dans lequel ils avaient été transplantés malgré eux, et où ils avaient été soumis à toutes les charges qui pesaient sur les anciens habitants[189]. On leur avait sévèrement interdit de contracter des alliances matrimoniales avec les gens du pays[190]. Plusieurs d'entr'eux, las des travaux agricoles auxquels ils n'étaient pas accoutumés, quittèrent le sol sur lequel on les- avait établis et allèrent chercher fortune ailleurs ; ce qui obligea l'empereur Honorius de prescrire que les terres ainsi abandonnées seraient données à ceux qui les demanderaient[191]. D'autres lètes, animés d'un esprit de rapine, s'emparèrent, au contraire, soit par ruse, soit par violence, des champs de leurs voisins, et le même empereur fut contraint d'envoyer dans divers lieux un inspector chargé de faire rentrer les usurpateurs dans les limites de leurs concessions[192]. Plus tard néanmoins, l'administration impériale s'adoucit à l'égard des lœti, et ils furent traités comme les peuplades fédérées, auxquelles ils appartenaient d'ailleurs pour la plupart[193].

Un des motifs pour lesquels les empereurs chrétiens qui régnèrent pendant la seconde moitié du IVe siècle regardèrent les lœti avec défiance, et même avec sévérité, fut, probablement, la crainte de les voir faire cause commune avec les païens, dont on redoutait le mécontentement. Presque tous les lœti étaient encore esclaves du paganisme, et bien que leurs cultes n'eussent rien de commun avec celui de Rome, on prenait cependant des précautions pour prévenir tout désordre. Les Francs fédérés, au contraire, n'inspiraient pas les mêmes appréhensions ; car leur religion était si vague et si nébuleuse, que plusieurs historiens ont prétendu qu'ils n'en avaient aucune. Il est certain toutefois qu'ils adoraient les forces de la nature, et leurs principales divinités étaient le feu, Ertha ou la Terre-Mère et les forêts profondes. Paul Diacre assure même que, de son temps, quelques Germains adoraient encore Wodan, que les Romains, dit-il, avaient confondu avec Mercure[194]. D'un autre côté, les Francs étaient remplis d'admiration pour la civilisation romaine[195] ; l'Empire était à leurs yeux l'idéal d'une société parfaite, et ils ne songeaient guère à s'associer aux murmures des partisans du paganisme, ni à conspirer avec eux pour le rétablissement d'un ordre de choses qu'ils n'avaient jamais connu.

Le paganisme lui-même offrait à cette époque l'aspect de la décrépitude. Le polythéisme romain était notablement altéré, et l'on ne voyait plus qu'un mélange informe dé tous les cultes et de toutes les superstitions. Il en était de même à peu près dans tout l'Empire, mais le désordre était encore plus grand dans la Gaule. Le paganisme gaulois, qui offrait une certaine ressemblance avec celui des Romains, s'était mêlé rapidement avec ce dernier ; plusieurs divinités gauloises avaient pris les noms des dieux latins qui étaient censés leur correspondre ; les symboles servant à caractériser les divinités de l'un et de l'autre peuple s'étaient confondus. Teutatès avait été identifié avec Mercure, Camul avec Mars, Arduinna avec Diane, Belen avec Apollon et Belisana avec Minerve. Les déités d'un ordre inférieur, auxquelles on ne trouva pas d'analogues dans l'olympe romain, avaient été adoptées par les conquérants comme dii indigetes, et quant aux divinités locales, qui abondaient aussi dans notre patrie, elles avaient eu part aux bienfaits de la même indulgence, ou plutôt de la même politique. Quant au druidisme — et nous entendons par ce mot la hiérarchie sacerdotale des Gaulois —, on l'avait traité avec rigueur, et les rites et les sacrifices de son culte avaient été sévèrement proscrits ; mais une partie de ses pratiques continua à subsister, plus ou moins secrètement, au fond des campagnes.

II est, sans doute, superflu de fournir la preuve de ces dernières assertions, et de mentionner tous les simulacres des dieux que l'on a découverts dans les ruines des villes gallo-romaines. Contentons-nous de dire que l'on a trouvé dans le nord-est de la Gaule des inscriptions, des statues ou des bas-reliefs rappelant le culte des principales divinités romaines : Jupiter, Junon, Diane, Apollon, Vulcain, Saturne, Vénus, Vesta, Cérès et Cybèle. Les, divinités secondaires, telles que la Victoire, la Fortune, Hercule, l'Automne, l'Honneur, l'Erèbe, Silvain[196], Castor, Pollux, Sémélé, les Naïades, etc. avaient aussi compté de nombreux adorateurs[197]. Mais le culte le plus répandu était certainement celui de Mercure, dont les attributs ne sont pas toujours, à la vérité, ceux du Mercure romain, et il serait presqu'impossible d'énumérer tous les monuments consacrés à ce dieu et à Maïa, sa mère. Une déesse, peut-être d'origine germanique, la Lune, était également honorée dans plusieurs lieux.

On retrouve aussi dans le nord-est de la Gaule plus d'une trace des religions orientales. On a découvert un bas-relief, des autels et beaucoup d'inscriptions se rapportant à Mithra, près du village de Schwarzerd, dans la Germania Prima, et en d'autres parties de la vallée du Rhin[198]. Il n'est pas rare d'exhumer dans cette contrée des statuettes représentant des dieux égyptiens. On a trouvé à Cologne une inscription en l'honneur de Sérapis, et en divers lieux des vestiges du culte qu'on lui rendait[199]. Celui d'Isis, qui, au témoignage de Tacite[200], était déjà répandu chez les Suèves dès le premier siècle de l'ère chrétienne, n'était pas inconnu dans la Gaule, et les fouilles mettent encore assez fréquemment au jour, surtout dans la Germania Prima et dans quelques cantons de la Belgica Prima, des statuettes d'Isis, d'Osiris, d'Anubis, d'Harpocrate et d'autres divinités égyptiennes[201].

Une particularité digne d'être notée, c'est que les, dieux romains avaient reçu des surnoms rappelant le souvenir des divinités gauloises avec lesquelles on les avait confondus. C'est ainsi que Jupiter fut invoqué sous la dénomination de Taranucnus, qui conservait le souvenir du culte autrefois rendu à Tarannis ; c'est ainsi que l'on ajouta au nom de Mars celui de Caturix, lequel servait à désigner un des principaux sanctuaires du dieu Camul[202].

Toutes ces religions étrangères n'avaient peut-être pas, malgré le temps, jeté dans la Gaule des racines bien profondes ; mais il existait au-dessous des dieux principaux, que leur assimilation avec les dieux romains avait contribué, sans doute, à discréditer, une foule de divinités locales très-populaires, dont le culte survécut à tous les autres et devint l'origine de ces pratiques superstitieuses que le christianisme ne parvint pas à déraciner complètement. Les principales divinités de ce genre étaient : Arduinna, personnification de la forêt des Ardennes[203] ; Nemetona, déesse titulaire des bois qui couvraient une partie de la vallée du Rhin, et dont le nom offre une analogie — où l'on ne peut voir un effet du hasard — avec le mot nemetes, lequel désignait les sanctuaires du druidisme[204] ; Vosegus ou Vosagus, dieu de la chaîne de montagnes qui portait la même dénomination[205] ; Mogounos ou Mégounus, que l'on regardait comme le génie tutélaire de la ville de Moguntiacum (Mayence), et dont le culte parait s'être répandu au loin, puisqu'on a trouvé dans l'île de Bretagne trois inscriptions en l'honneur de ce dieu[206] ; Dirona ou Sirona, déesse locale ou topique, aux attributions peu connues[207] ; Solima ou Solimara, qui avait donné son nom à une ville de la civitas des Leuci[208] ; Nehalen ou Nehalenia, dont on rencontre des traces nombreuses dans la Belgica Prima[209] ; Mad, qui paraît avoir été la divinité des eaux, et dont le nom entre en composition dans celui de plusieurs rivières ou ruisseaux ; Epona, invoquée par les éleveurs de chevaux ; Rosmerta, que l'on croit avoir présidé aux opérations commerciales des femmes, et qui est souvent associée à Mercure[210] sur les inscriptions que ses adorateurs lui avaient consacrées ; Bugius, Minuris et Medruus, qui semblent avoir été des dieux bien obscurs[211] ; les déesses-mères, sortes Je génies féminins, véritables types des fées du moyen-âge, et que les inscriptions appellent Deœ Matres, Matrœ, Mairœ, Matronœ, Campesires, Dominœ, Junones, Nymphœ, Herœ, etc., noms sous lesquelles elles présidaient aux moissons, à l'éducation des bestiaux, aux forêts et même au destin des hommes[212] ; enfin, les genii locorum, divinités tout-à-fait locales et occupant le dernier rang dans la hiérarchie céleste, mais dont le culte fut, comme nous l'avons dit, plus difficile à détruire que celui de Jupiter et d'Apollon[213].

L'anarchie religieuse et la corruption morale étaient portées à leur comble dans la Gaule septentrionale, lorsque parurent les premiers apôtres du christianisme. Ce fut seulement vers le commencement du IIIe siècle que cette religion divine commença à faire des progrès dans les vallées de la Meuse, de la Moselle et du Rhin, où elle comptait déjà cependant des fidèles isolés[214]. Il n'y eut pas d'églises proprement dites avant l'époque dont nous venons de parler, peut-être même avant le milieu du IIIe siècle, et la critique ne permet pas d'accueillir les prétentions de certaines églises qui ont voulu faire remonter leur origine aux temps apostoliques. L'examen des listes d'évêques fournit le moyen de prouver que ces prétentions n'ont aucune espèce de fondement. Les unes, en effet, ne contiennent qu'un petit nombre de noms, en sorte que, à moins de donner à chaque prélat un épiscopat d'un siècle, il est impossible d'atteindre le temps des apôtres. Telle est la liste épiscopale de Toul, dont le cinquième évêque est saint Auspice, contemporain de Sidoine Apollinaire, avec lequel il était en commerce de lettres[215]. Or, pour faire remonter l'arrivée de saint Mansuy (Mansuetus), premier évêque de cette ville, au règne de Valentinien Ier, il faut donner à ce prélat et à ses trois successeurs des épiscopats d'une durée de vingt-cinq ans environ, durée tout-à-fait invraisemblable, quand on connaît les calculs de l'abbé Grandidier. Il résulte du travail exécuté par ce savant sur une grande quantité de catalogues épiscopaux empruntés à des églises de France, d'Allemagne et d'Italie, et comprenant chacun un espace de dix siècles (de 701 à 1700), que la moyenne des épiscopats est de onze à douze ans[216]. D'autres catalogues, au contraire, renferment une multitude de noms, souvent communs à plusieurs listes différentes[217] ; ce qui prouve qu'elles ne méritent aucun crédit, et qu'elles ont été rédigées assez tard, à une époque où les souvenirs étaient vagues et confus, et par des hommes qui, ajoutant foi aux traditions dont il s'agit, ont voulu absolument remplir les catalogues afin de pouvoir les faire remonter jusqu'aux premiers siècles. On doit reconnaitre cependant que tout n'est pas à rejeter dans ces listes ; quelques-unes nous ont conservé de précieux débris de l'histoire primitive des églises chrétiennes. On est même frappé, quand on examine les inscriptions funéraires découvertes à Trèves et ailleurs, de la ressemblance de divers noms tracés sur ces inscriptions avec les noms qui figurent dans les catalogues épiscopaux de cette ville et des diocèses voisins, et dans les listes des saints de Belgique. Ainsi, les inscriptions de Trèves, de Metz et de Cologne offrent les noms d'Aretius (Agretius), Sambatius, Marus, Lecontia (Legontia), Apronius, Auspicius, Ursatius, Dardanius, Rusticus, Castorius et Etherius, qui rappellent plusieurs évêques belges et de simples chrétiens que la reconnaissance et l'admiration des peuples ont placés sur les autels[218] ; et il est superflu de faire observer combien une semblable particularité peut donner de force à des traditions parfois contestées.

L'importance de la ville de Trèves parait avoir attiré d'abord l'attention des missionnaires chrétiens. Saint Euchaire (Eucharius), son premier évêque, siégeait vers l'an 250 ; il eut pour successeurs immédiats saint Valère et saint Materne, qui mourut à Cologne, où il s'était rendu, sans doute, pour y fonder une église nouvelle. Son corps y fut d'abord conservé avec vénération[219], et cette circonstance, ainsi que les réclamations de l'église de Tongres, laquelle voulut également l'inscrire sur son catalogue épiscopal, portent à croire que saint Materne était un de ces évêques régionnaires, dont le nom indique suffisamment la vie, et qui parcouraient souvent de vastes contrées sans se fixer nulle part, séjournant un peu de temps dans les lieux où l'on consentait à les écouter, et allant prêcher plus loin quand ils rencontraient des païens obstinés. Cependant, saint Materne signa comme évêque de Cologne les actes du premier concile d'Arles, tenu en 514. On voit figurer dans les mêmes actes comme évêque de Trèves saint Agrèce (Agretius ou Agricius), que saint Materne avait placé sur son siège épiscopal avant de partir pour Cologne. Saint Agrèce laissa lui-même le siège de Trèves à un de ses plus chers disciples : saint Maximin, d'une illustre famille de la civitas de Poitiers, et frère de saint Maxence, prédécesseur de saint Hilaire. Saint Paulin, disciple et compatriote de saint Maximin, lui succéda. En 349, l'année même de son élévation à l'épiscopat, il fut chargé par le pape Jules Ier d'une mission vers saint Athanase ; en 353, il assista au concile tenu dans la ville d'Arles, et pendant que la plupart des évêques, intimidés par la présence et les menaces de l'empereur Constance, protecteur des Ariens, consentaient à trahir la vérité, saint Patilin et quelques autres prélats résistèrent courageusement et représentèrent à l'empereur que ce qu'il exigeait était contraire aux canons. « J'entends, répondit Constance, que ma volonté vous serve de règles et de canons ; les évêques de Syrie souffrent bien que je leur parle ainsi ; vous agirez de même ou vous prendrez le chemin de l'exil. » C'est ce que firent les généreux prélats. Saint Paulin, après avoir été envoyé dans divers lieux, fut enfin relégué en Phrygie et y mourut en 357[220].

Les autres cités du nord-est de la Gaule eurent des évêques aussi vertueux, mais moins connus. On n'a guère conservé que le souvenir de saint Clément, de saint Céleste, de saint Félix et de saint Patient, qui occupèrent le siège épiscopal dé Metz à la fin du IIIe siècle et pendant une partie du IVe. Saint Victor, cinquième évêque, assista, en 346, au concile de Cologne, et, en 347, au concile de Sardique[221] ; mais ses successeurs immédiats, saint Victor II, saint Siméon, Sambutius et Rufus, ne nous ont laissé que leurs noms[222]. Le premier évêque de Verdun fut saint Saintin (Sanctinus), qui se trouva également au concile de Cologne (an. 346). Ses successeurs furent saint Maur, saint Salvin et saint Arator, dont les actions n'ont pas été enregistrées par l'histoire. Enfin, l'église de Toul ne paraît avoir eu d'évêques que plus tard encore. En effet, saint Mansuy, réputé le plus ancien évêque de Bette ville, ne commença à siéger qu'après la persécution de Julien, c'est-à-dire vers l'année 365 ou 366 ; mais, d'après une tradition dont nous retrouvons les traces dans les livres liturgiques de Toul, il y aurait eu antérieurement un autre évêque, saint Euchaire (Eucharius), qui aurait habité Grandesina, la ville la plus peuplée et la plus importante de la civitas des Leuci[223]. Le culte de saint Mansuy est encore aujourd'hui très-populaire dans une partie de la Lorraine ; néanmoins, on sait bien peu de choses sur sa vie, et la même obscurité couvre ses premiers successeurs, Amon, Alchas et Celsin, qui sont tous trois rangés au nombre des bienheureux.

Les sièges épiscopaux de Reims et de Châlons ne remontent pas à une date plus reculée que celui de Trèves. Les évêques Sixtus et Sinicius qui fondèrent le premier, et saint Menge (Memmius), que Chalons reconnaît pour son premier évêque, ne prêchèrent pas l'Evangile dans ces deux civitates avant la seconde moitié du HP siècle, et on ne possède pas de renseignements bien précis sur les prélats qui les gouvernèrent pendant le siècle suivant[224].

La Germania Prima et la Germania Secunda furent évangélisées encore plus tard que les deux Belgiques. Saint Materne, qui siégea à Cologne, après avoir abandonné Trèves, parcourut ces deux provinces en véritable missionnaire et y fonda plusieurs églises ; mais le christianisme n'y prit racine que difficilement[225], et les prêtres qui allèrent prêcher au-delà du Rhin, dans les parties de la Grande Germanie que les Romains avaient colonisées, n'eurent pour ainsi dire aucun succès ; car les nombreuses inscriptions funéraires du IVe siècle et du Ve que l'on a exhumées dans ce pays offrent toutes ou presque toutes des traces de paganisme[226].

L'indifférence ou l'obstination des habitants dia nord-est de Gaule ne fut pas le seul obstacle que rencontrèrent les missionnaires chrétiens. Dans plus d'un lieu et dans plus d'une circonstance, la persécution et toutes ses rigueurs vinrent en aide aux répugnances de la foule. Les martyrs furent assez nombreux à Trêves, une des villes où la religion chrétienne avait fait de notables progrès ; mais les détails que l'on trouve dans divers ouvrages sont loin d'être authentiques. Néanmoins, et quoique la critique ait ruiné les bases sur lesquelles reposaient de pieux récits, il n'est guère possible de repousser complètement les traditions relatives au massacre de deux détachements de la légion Thébéenne, commandés par les centurions saint Tyrsus et saint Géréon, qui auraient été martyrisés à Trèves et à Cologne. On connaît les cruautés que le préfet du prétoire Riccius Varus commit à Reims, sous le règne de Maximien Hercule, et la tradition a été confirmée par la découverte faite, auprès de l'église Saint-Nicaise, en 1340 et 1650, de nombreux squelettes, dont le crâne et les bras étaient percés de longs clous de fer[227]. Les cités de Metz et de Verdun ne paraissent pas avoir été le théâtre de scènes sanglantes, ou du moins l'histoire n'en a pas conservé le souvenir ; mais la civitas de Toul fournit plusieurs martyrs sous le règne de Julien. Saint Euchaire, qui passe, à tort ou à raison, pour avoir été le premier évêque de cette cité, fut, emprisonné et eut la tête tranchée, auprès du village de Pompey, au confluent de la Meurthe et de la Moselle. Saint Elophe (Eliphius), qui, d'après une tradition peu authentique, aurait été le frère de saint Euchaire, fut mis à mort par une troupe de païens et de juifs, dans une plaine située entre Grandesina et Frumentosa (Fruze)[228]. Enfin, on peut encore placer à la même date les martyres de sainte Libaire (Libaria) et de sainte Menne (Menna), qui était spécialement vénérée à Poussay, près de Mirecourt.

C'est, sans doute, à la résistance que les missionnaires et les évêques rencontrèrent dans les villes qu'il faut attribuer une particularité assez curieuse : le soin qu'ils prirent d'élever les premières églises dans des lieux déserts. Saint Sanctinus, évêque de Verdun, construisit son oratoire en dehors de la ville, et dans un champ où l'on vit plus tard la belle église abbatiale de Saint-Vanne[229]. La plus ancienne église de Trèves fut bâtie à quelque distance de la ville, et, d'après une tradition respectable, l'église Saint-Sixte de Reims avait remplacé l'oratoire élevé en plein champ par saint Sixtus et saint Sinicius[230]. Cette espèce d'éloignement que les évêques gallo-romains témoignaient parfois pour le séjour des villes disparut quand l'empereur Constantin eut enfin donné la paix à l'Eglise. Sainte Hélène, mère de ce prince, résida, pendant quelque temps, dans le palais impérial de Trèves. Par ses ordres, on construisit, au milieu de cette ville, une basilique digne de la capitale de la Gaule ; et cet édifice, qui existe encore à peu près intact, mais entouré et masqué presque de toutes parts par des bâtisses du moyen-âge, forme le centre et comme le noyau de la cathédrale actuelle[231].

Bientôt, et en exécution d'une décision prise par le concile de Nicée, l'église des Gaules reçut une organisation définitive. Chacune des dix-sept provinces de cette contrée forma une province ecclésiastique ; chaque civitas constitua un diocèse, et tous les évêques de la province reconnurent l'autorité de l'évêque de la capitale, qui devint le métropolitain. Trèves fut la métropole de la Belgica Prima et eut pour suffragants les évêques de Metz, de Verdun et de Grandesina ou de Toul. La métropole de Cologne, dans la Germania Secunda, n'eut qu'un suffragant : l'évêque de Tongres. L'évêque de Mayence, métropolitain de la Germania Prima, avait trois suffragants : les évêques d'Argentoratum (Strasbourg), de Nemetes (Spire) et de Vangiones (Worms). Enfin, les évêques des nombreuses civitates de la Belgica Secunda reconnurent pour métropolitain l'évêque de Reims. Il est douteux, au reste, que l'on ait immédiatement pourvu à tous ces sièges épiscopaux ; il est probable que deux ou trois restèrent momentanément inoccupés, parce que les civitates dans lesquelles ils étaient institués ne renfermaient pas un assez grand nombre de fidèles[232] ; mais l'imperfection des catalogues d'évêques ne permet pas de trancher cette question délicate.

Il faut ajouter que Trèves, capitale de la préfecture des Gaules, obtint également, en quelque sorte de droit, la primatie ecclésiastique, et que ses évêques occupèrent ordinairement dans les conciles la première place parmi les prélats gaulois[233].

Le christianisme fit des progrès rapides dans le nord de la Gaule après le règne de Julien, et la réaction païenne dont il avait donné le signal n'eut pas de résultats considérables. Saint Martin, dont l'influence fut si grande, visita trois fois ce pays, en 373, en 384 et en 386, et bien qu'il n'y fût pas venu pour y combattre le paganisme, on ne peut douter qu'il n'ait profité de toutes les occasions qui se présentèrent pour annoncer l'Evangile à la foule que sa réputation attirait au-devant de lui. Ces trois voyages de saint Martin ont laissé des souvenirs ineffaçables dans la Première Belgique, où il opéra différents miracles, et aujourd'hui encore beaucoup d'églises sont dédiées sous l'invocation du saint évêque de Tours[234].

Le polythéisme opposait cependant une vive résistance, et ses partisans étaient toujours fort nombreux. On a découvert dans le nord-est de la Gaule une multitude de sépultures gallo-romaines, et l'on reconnaît sur la plupart des tombeaux des indices de paganisme. Ausone, qui était préfet du prétoire des Gaules sous le règne de Gratien, osait encore féliciter un de ses amis d'avoir eu pour ancêtres des prêtres de Belenus, et l'on pourrait recueillir dans les écrits de ce poète bien d'autres preuves de notre assertion. Mais à partir du moment où les empereurs Honorius et Arcadius eurent publié la constitution célèbre qui permettait de briser les idoles et d'anéantir tous les vestiges du polythéisme gréco-romain[235], celui-ci déclina sensiblement ; néanmoins, sa destruction fut lente, et on verra plus loin combien il fallut de temps pour l'accomplir. Les temples seuls disparurent promptement, et nous avons dit quel usage on avait fait de leurs débris. Parmi les autels et les simulacres des dieux (statues et bas-reliefs), plusieurs partagèrent le sort des temples ; mais beaucoup d'autres furent soigneusement enfouis, précaution qui parait dénoter que les païens espéraient les retrouver dans des temps plus heureux, et s'imaginaient qu'une réaction, semblable à celle dont Julien avait donné le signal, leur permettrait de ressaisir l'autorité. A Argentoratum, le temple d'Hercule ne fut même détruit qu'en 449 ; les statues de ce dieu et de Mars, loin d'être brisées, furent conservées religieusement, mais en secret ; et lorsqu'on les retrouva, au moyen-âge, on plaça la seconde sur la plate-forme de la cathédrale, et la première dans une chapelle de la même église, comme des trophées de la victoire remportée par le christianisme[236]. Un bas-relief représentant Silvain est encore debout sur une des montagnes des Vosges ; plusieurs effigies païennes sont restées jusqu'à nos jours sur le sommet du Donon ; on a découvert en Alsace, il y a peu de temps, des stèles votives encore dressées autour des ruines d'un temple dédié à Mercure, et l'on n'en finirait pas si l'on essayait d'énumérer les statues, les inscriptions, les bas-reliefs consacrés à ce dieu ou à d'autres divinités, et que l'on rencontre enfouis avec des précautions significatives[237].

Le christianisme triomphant ne fit pas une guerre acharnée aux derniers vestiges du paganisme, soit que l'on eût cessé de le redouter, soit que l'on craignit de pousser à bout les partisans assez nombreux qu'il avait encore. Ainsi, les païens et même les chrétiens continuèrent, à. prendre ou à donner à leurs enfants des noms qui rappelaient ceux des dieux et des déesses[238], et les noms de lieux qui conservaient de semblables souvenirs ne subirent aucun changement. Fanai ?' Martis (aujourd'hui Famars), le pagus Fanomariensis dont ce vicus était le chef-lieu, Fanum Minerve — vicus situé sur la route de Toul à Reims —, Jovis villa (Joinville), la villa Martis, Martia villa, Silviniacum et une foule d'autres lieux dans l'est, le nord, le centre et le midi de la Gaule conservèrent les dénominations païennes sous lesquelles ils étaient connus depuis longtemps. Les quatre portes de la ville de Reims continuèrent à s'appeler portes de Cérès[239], de Vénus[240], de Bacchus[241] et de Mars[242]. Enfin, on rencontre des inscriptions funéraires païennes jusqu'au milieu du Ve siècle[243], peut-être même plus tard, et les dépositaires de l'autorité impériale ne semblent pas avoir proscrit de pareils monuments.

Ce n'était pas seulement contre le paganisme que les évêques du nord-est de la Gaule avaient à lutter pendant le IVe siècle ; il leur fallait, encore, sinon arrêter complètement, au moins circonscrire les progrès d'une hérésie, qui, favorisée par plusieurs empereurs, affichait la prétention de soumettre le monde à ses lois. Il est assez, difficile de savoir comment l'arianisme pénétra dans notre pays, mais on peut conjecturer qu'il y fut introduit en secret par Eusèbe évêque de Nicomédie et Théognis évêque de Nicée, que Constantin avait relégués dans les Gaules, après la clôture du premier concile œcuménique[244]. L'erreur se répandit rapidement et parvint même à gagner Euphratas métropolitain de Cologne, un de ces syriens que le trafic avait attirés en Occident. Les opinions hétérodoxes du prélat furent d'abord censurées par quelques évêques, au nombre desquels figurait saint Amandus, premier évêque de Strasbourg. Euphratas ne s'étant pas soumis, on convoqua, pour le juger, un concile composé de quatorze prélats et des représentants de dix autres. L'assemblée s'ouvrit le 12 mai 346 et paraît avoir été présidée par saint Maximin, métropolitain de Trèves, sans doute à cause de la dignité de cette ville que l'on regardait déjà comme la capitale de la préfecture des Gaules. Euphratas fut unanimement condamné ; mais on doit croire qu'il se rétracta et qu'il obtint de conserver sa dignité, car, l'année suivante (347), on le voit jouer un rôle important dans le concile de Sardique, qui le députa même vers l'empereur Constance[245]. La rétractation d'Euphratas ne mit pas fin malheureusement aux manœuvres de l'arianisme ; vers la fin du IVe siècle, saint Severinus, métropolitain de Cologne et successeur d'Euphratas, fut obligé de visiter le diocèse de Tongres pour empêcher cette hérésie d'y prendre racine[246], et ses efforts n'obtinrent pas un plein succès.

D'autres erreurs se répandirent aussi, à la même époque, dans la Gaule septentrionale. L'espagnol Priscillien, qui avait introduit en Occident les opinions des gnostiques ou plutôt des manichéens, fut obligé de se rendre à Trèves pour présenter sa défense devant le préfet du prétoire Evodius, que l'empereur Maxime avait chargé d'examiner cette affaire. On sait que le préfet condamna à mort l'hérésiarque et quelques-uns de ses principaux partisans, et ceux qui eurent le bonheur de n'être pas compris dans cette sentence cachèrent avec soin leurs doctrines, pour éviter l'application des lois rigoureuses que les empereurs avaient publiées contre les manichéens[247], dont on regardait les dogmes comme incompatibles avec la tranquillité et la sûreté de l'Empire.

Le tableau que nous venons de tracer resterait inachevé si nous ne disions un mot des origines de la vie monastique dans le nord de la Gaule. D'après les annales de l'abbaye de Saint-Maximin de Trèves[248], saint Agrèce, évêque de cette ville, qui était natif d'Antioche, avait amené avec lui dans la Première Belgique un solitaire nommé Jean, auquel il aurait confié la direction de quelques hommes disposés à imiter les moines d'Orient, dont on racontait alors des merveilles. Les mêmes annales ajoutent que l'empereur Constantin leur aurait cédé en toute propriété une espèce de palais qu'il possédait en dehors de Trèves, et sur l'emplacement duquel se serait élevée l'abbaye de Saint-Maximin, d'abord dédiée à saint Jean, patron du fondateur[249]. Tout cela est bien incertain ; mais le fait même de l'établissement d'un monastère aux portes de Trèves est incontestable, et Mabillon n'a pas hésité à le reconnaitre[250]. Félix métropolitain de cette ville, pendant la seconde moitié du IVe siècle, se retira, après un épiscopat de douze années, dans une abbaye dont il passait pour être le fondateur, mais qui devait être plus ancienne[251], et saint Augustin parle, dans ses Confessions[252], de moines dont la demeure était peu éloignée du cirque de Trèves ; ce qui répond assez bien à l'emplacement de l'abbaye de Saint-Maximin. Il y avait même des religieuses dans la ville ou aux environs, et l'on a retrouvé les inscriptions funéraires de deux d'entr'elles, qui se nommaient Hilaritas et Lea, et dont l'une est qualifiée de sanctimonialis[253]. Enfin, Brower prétend qu'il existait à Mayence un monastère de femmes à une époque très-reculée[254]. Il est difficile de savoir quelle règle on suivait dans ces anciennes abbayes. Tout porte à croire cependant que l'on y avait adopté les institutions de saint Pacôme. Les moines de la Thébaïde étaient regardés comme les véritables maîtres de la vie monastique, et leurs coutumes prévalurent dans la plupart des communautés qui se formèrent pendant le IVe siècle et une partie du Ve ; mais, d'après une tradition conservée dans l'abbaye de Saint-Maximin, la règle de saint Basile y aurait, d'assez bonne heure, remplacé celle de saint Pacôme[255].

 

 

 



[1] De laudibus Stilichonis, lib. I, v. 222 et seq.

[2] C'est ce que l'abbé Du Bos a établi d'une manière péremptoire. Histoire critique de l'établissement de la monarchie Françoise dans les Gaules, t. II, p. 185-207.

[3] V. un article de M. de Pétigny dans la Revue numismatique, 1851, p. 187.

[4] Qui signifie, comme on sait, Constantinopoli obsignatum, c'est-à-dire frappé, ou peut-être approuvé, à Constantinople.

[5] V. Revue numismatique, 1847, p. 406.

[6] Ces renseignements et ceux qui suivront sont tirés de la Notitia dignitatum Imperii, véritable almanach impérial, rédigé, selon toutes les apparences, bien peu de temps après la mort de Théodose-le-Grand.

[7] Ou barbaricarii ou encore argentarii.

[8] V. Du Cange, Glossarium mediœ et infimœ latinitatis, v° Barbaricum.

[9] V. Du Bos, Histoire critique de l'établissement de la monarchie Françoise dans les Gaules, t. I, p. 97 et 98.

[10] On a découvert et on conserve à Trèves les inscriptions funéraires d'un employé a veste sacra, d'un cursor dominicus, etc. V. Inscriptions chrétiennes de la Gaule antérieures au VIIIe siècle, par M. le Blant, t. I, p. 373 et 382.

[11] Les gouverneurs décorés du titre de consularis avaient la prééminence, mais sans juridiction, sur les prœsides. Dans le IVe siècle, ce titre se donnait per codicillos à des hommes qui n'avaient jamais été consuls.

[12] On peut voir cette énumération dans les Pandectes, lib. I, tit. XVIII.

[13] V. Histoire du droit romain au moyen âge, trad. franç., t. I, p. XXIII, XXIV, 66, 67, 69 et 70.

[14] V. notamment Gruter, Corpus inscriptionum, p. XIII, n° 15.

[15] V. Savigny, ibid., p. 46 et suiv.

[16] Voici une de ces inscriptions :

IIII VIARVM CVRAND

SABELLVS V S P M

SCARP CIV LEVC.

[17] Les decuriones étaient, à proprement parler, les dix premiers membres inscrits sur le tableau ou album de la curie.

[18] V. Code Théodosien, lib. XII, tit. I, c. 6.

[19] V. Code Théodosien, lib. XII, tit. I, c. 171.

[20] V. Code Théodosien, lib. XII, tit. I, c. 33.

[21] V. Pandectes, lib. L, tit. I, fr. 11, 13 et 15 ; tit. II, fr. 7 ; Code Justinien, lib. XI, tit. XXXIII, c. 1 ; tit. XXXV, c. 2 et 3.

[22] V. Lehuërou, Histoire des institutions mérovingiennes, p. 146.

[23] V. notamment Code Théodosien, lib. XII, tit. I, c. 10, 11, 13, 22, 25, 43, 50, 55, 63, etc. ; tit. XIX, passim.

[24] V. Lehuërou, Histoire des institutions mérovingiennes, p. 47.

[25] V. Code Théodosien, lib. XII, tit. I, c. 66 et 108.

[26] V. Code Théodosien, lib. XII, tit. I, c. 99, 157 et 165.

[27] C'est ce qui résulte d'une constitution de l'empereur Majorien, dont le véritable sens a été exposé pour la première fois par M. Baudi di Vesme, dans un savant travail sur les impositions de la Gaule dans les derniers temps de l'empire romain. M. Laboulaye a publié une traduction française de ce mémoire.

[28] V. Code Justinien, lib. XI, tit. XLVII, c. 10.

[29] V. Code Justinien, lib. XI, tit. LXXIV, c. 4.

[30] V. Code Justinien, lib. XI, tit. LXXIV, c. 3.

[31] V. Code Justinien, lib. IV, tit. LXI, c. 11.

[32] V. Histoire de l'esclavage dans l'Antiquité, par M. Wallon, t. III, p. 136 et 137.

[33] V. Code Théodosien, lib. VI, tit. III, c. 2 et 5 ; lib. XIII, tit. X, c. 1 ; tit. XI, passim.

[34] V. Code Théodosien, lib. VIII, tit. X, c. 3 et 4 ; lib. XI, tit. VII, c. 12 et 16.

[35] V. Code Théodosien, lib. VIII, tit. VIII, c. 5, 4 et 5 ; lib. XI, tit. I, c. 34 ; tit. XXVI, passim. V. aussi De l'administration de l'empire romain, par M. Naudet, t. I, p. 482.

[36] V. Pandectes, lib. I, tit. XIX, passim.

[37] V. Code Théodosien, lib. VII, tit. IV, c. 1 et 16 ; tit. VI, passim ; lib. VIII, tit. I, c. 18 ; tit. IV, c. 8 ; lib. XII, tit. VI, c. 2, 5, 7-9, 15, 20, 28 et 51.

[38] V. Pandectes, lib. L, tit. VIII, IX et X, passim ; Code Justinien, IV, tit. LXI, c. 10.

[39] V. Code Théodosien, lib. 1, tit. XI, c. I et 2 ; Code Justinien, lib. I, tit. IV, c. 19 et 30 ; tit. IV, c. 1, 2 et 8 ; Novelles, XV, c. 1, 3 et 4.

[40] V. Etudes sur l'époque mérovingienne, par M. de Pétigny, t. III, p. 40.

[41] V. Code Théodosien, lib. VII, tit. XVIII, c. 15 ; tit. XXIV, passim ; Orelli, Inscriptionum latinarum selectarum amplissima collectio, n° 857 ; Fabretti, Inscriptionum antiquarum explicatio, p. 657. On voyait encore il y a peu de temps, encastrée dans une des piles du pont qui traverse le Vair à Soulosse (Solimariaca), l'inscription suivante rappelant les vicani de cette petite ville, comprise dans la civitus des Leuci :

IOVI O P

VICANI SOLIMARICENSES

FACIENDVM CVRAVERVNT

MED EX VOTO GNATVS

ATEGNIA FF ET SEVERVS

SILVANI LIBERTVS.

Cette inscription, maintenant déposée au musée d'Epinal, prouve que les vicani étaient chargés de l'entretien des chemins que nous appellerions aujourd'hui chemins vicinaux, et démontre l'exactitude de ce passage de Siculus Flaccus : Vicinales auteur viœ de publicis (viis) quœ divertuntur in agros aliter muniuntur per pagos, id est per magistros pagorum, qui operas a possessoribus ad eas tenendas exigere soliti sunt.

[42] Les noms anciens de plusieurs des rivières mentionnées ci-dessus sont tirés du géographe de Ravenne, qui a écrit seulement au IXe siècle, mais d'après des documents du Ve.

[43] V. Chronicon, c. 38.

[44] Il y avait encore des ours dans les Vosges à la fin du XVIIe siècle, d'après le Mémoire concernant les états de Lorraine et du Barrois, dressé, en 1697, par l'intendant, M. de Vaubourg des Marêts. V. l'édit. de la société d'archéologie lorraine, p. 24.

[45] V. Ausone, Mosella, v. 5-10.

[46] On rencontre aussi la forme Treviris (au nominatif singulier). V. Hontheim, Prodromus Historiœ Trevirensis, t. I, p. 3.

[47] On trouve aussi, et même dès le IVe siècle, la forme Mettis. V. Notitia provinciarum et civitatum Galliœ.

[48] Saint Sanctinus, premier évêque de Verdun, est même qualifié episcopus Articlavorum dans le concile tenu à Cologne en 346, et dont nous parlerons plus loin. Mais il est probable que l'on doit lire episcopus urbis Clavorum, comme M. l'abbé Clouet l'a fait justement observer dans son Histoire de Verdun, p. 44. V. la note I, à la fin du présent volume.

[49] Ptolémée dit, en effet, que du côté de l'ouest le territoire des Mediomatrici était contigu à celui des Remi.

[50] Ce démembrement comprenait les quatre doyennés d'Ivoy, de Juvigny, de Longuyon et de Bazailles, renfermant environ soixante-et-dix paroisses. Leur ancienne dépendance de Verdun est établie par : 1° le testament du diacre Adalgise ou Grimon, dont nous parlerons plus loin, et qui place dans ce diocèse les lieux nommés Unichi et Monhiaga (Ugny et Montigny, villages situés près de Longuyon) ; 2° un diplôme de l'année 822 (publié par Hontheim, dans son Historia Trevirensis diplomatica et pragmatica, t. I, p. 55) ; qui range dans le même diocèse le village de Doncourt, lequel est peu éloigné de Bazailles ; 3° l'emploi de la liturgie verdunoise dans les quatre doyennés dont il s'agit ; les réclamations persistantes des évêques de Verdun. Les métropolitains de Trèves pouvaient alléguer, à la vérité, que l'on vit saint Magnericus, l'un d'eux, faire une visite pastorale dans la ville d'Ivoy, vers l'année 580. V. Vita sancti Gaugerici, Cameracensis episcopi, dans les Bollandistes, au 11 août.

[51] Ou Itinéraire d'Antonin.

[52] V. Code Théodosien, lib. XV, tit. I, c. 56.

[53] V. Code Justinien, lib. VIII, tit. XII, c. 12.

[54] V. Congrès archéologique de Metz, p. 223-228 ; Dom Cabinet, Notice de la Lorraine, t. II, col. 600 ; Bibliothèque lorraine, p. III.

[55] Zozime, liv. III, p. 148 ; édit. d'Oxford, 1679.

[56] De claris urbibus, v. 29-34.

[57] Elles existent encore, mais presqu'entièrement noyées dans des massifs de maçonnerie.

[58] V. Journal des Savants, 1858, p. 85.

[59] Les détails de cette découverte sont rapportés dans le journal l'Espérance, n° du 23 mai 1838. Un énorme chapiteau, provenant évidemment de cet édifice, sert aujourd'hui de bénitier dans l'église de Lindre-Haute. Un autre chapiteau, qui pourrait bien avoir la même origine, est devenu une margelle de puits dans le hameau de Seutry, département de la Moselle.

[60] Le briquetage de la vallée de la Seille était regardé comme l'ouvrage des Romains ; mais la découverte récente d'une inscription constatant que le viens de Marsallum, qui repose sur le briquetage, existait, sans doute depuis assez longtemps, en l'année 44 après Jésus-Christ, nous force à admettre qu'il a été établi par les Gaulois. Cette conclusion est appuyée sur d'autres faits que M. de Saulcy a exposés, avec beaucoup de lucidité, dans un mémoire qui fait partie du recueil de l'académie des inscriptions, 2e série, t. XVI. V. aussi Archéologie de la Lorraine, par M. Beaulieu, t. I, p. 33 et 34.

[61] V. notre mémoire intitulé : Recherches sur le véritable nom et l'emplacement de la ville que la Table Théodosienne appelle andesina ou indesina ; voir aussi Jollois, Mémoire sur quelques antiquités remarquables du département des Vosges.

[62] Nous préférons ce nom fourni par la Table Théodosienne à celui de Minaticum ou Minatiacum que nous offre l'Itinéraire d'Antonin, parce qu'il a plus d'analogie avec le nom actuel du lieu, qui est Nizy-le-Comte. Ce qu'il y a de singulier, c'est que Ninittacum était le chef-lieu d'un pagus portant un nom différent, ainsi que le prouve l'inscription suivante, récemment découverte près de Nizy-le-Comte :

NVM. AVG. DEO.

APOLLINI. PAGO. VENNECTI.

PROSCAENIVM. L. MA

GIVS. SECVNDVS. DO

NO. DE. SVO. DEDIT.

[63] Ou Argentina. Schœpflin prétend, dans son Alsatia illustrato, t. I, p. 207, que ce nom n'a pas été en usage avant la période carlovingienne. Cependant saint Amandus, évêque de Strasbourg, l'employa, dès le IVe siècle, dans sa souscription aux actes du concile de Cologne, dont l'authenticité est suffisamment établie.

[64] Il parait néanmoins que le mot Fines avait remplacé parfois d'anciens noms de lieux.

[65] V. Antiquités des eaux minérales de Vichy, Plombières, Bains et Niederbronn, par M. Beaulieu, p. 123-143, 155-160, 180-186 et 191-194 ; Dom Calmet, Notice de la Lorraine, t. I, col. 60-65 ; Traité historique des Eaux et Bains de Plombières, de Bourbonne, de Luxeuil et de Bains, passim ; Annales de la société d'émulation des Vosges, année 1857, p. 249 et suiv.

[66] Ce lieu se nomme encore Neri Stein. V. Eckhart, Commentarii de rebus Franciœ orientalis, t. I, p. 391.

[67] V. Germania, n° 28. Tacite semble cependant avoir conservé quelques doutes sur l'origine de ce peuple.

[68] Le meilleur historien de Trèves, Hontheim, croit à l'origine germanique de cette peuplade. V. Prodromus Historiœ Trevirensis, t. I, p. 5.

[69] On sait que la nation des Galates était d'origine gauloise. V. Prœf. lib. II Comment, in epist. ad Galetus, édit. Martianay, t. IV, part. 1e, col. 255 et 256.

[70] V. Cæsar, De bello gallico, lib. IV, n° 6, lib. VI, n° 52.

[71] Il s'est élevé quelques doutes parmi les savants relativement à la contrée que ces quatre peuplades occupaient ; mais il est impossible de leur assigner une habitation différente de celle que nous indiquons dans le texte, si l'on se rappelle 1° que le pays occupé par les Condrusi a gardé pendant longtemps le nom de Condrustensis pagus ou Condrustum (V. Annales Bertiniani, 839, et le partage du royaume de Lothaire en 870), et qu'il porte encore aujourd'hui une dénomination qui s'en éloigne peu (Condrou) ; 2° que le canton de la Belgique appelé Famenne ou Faminne semble conserver le souvenir des Pœmani.

[72] L'Itinéraire d'Antonin mentionne, entre Belgica et Colonia Agrippina, un lieu qu'il appelle Vicia Supernorum ; mais c'est évidemment une faute de copiste provenant de la confusion du G et du S, qui autrefois se ressemblaient beaucoup, et de celle du g et du p, qui se ressemblent encore. Il faut lire Vicus Gugernorum. V. Valois, Notitia Galliarum, p. 238.

[73] V. De bello gallico, lib. I, n° 51, lib. IV, n° 8.

[74] V. Suétone, Augustus, n° 21. Ces Suevi sont mentionnés parmi les peuplades évangélisées par saint Eloy (V. Vita sancti Eligii, Noviomensis episcopi, auctore Audoëno, lib. II, c. 3, dans d'Achéry, Spicilegium, édit. in-f°, t. II, p. 93) et parmi celles que les Normands exterminèrent (V. Chronicœ de gestis Nortmannorum, ab anno 833 ad annum 896).

[75] V. Tacite, Annales, Lb. XII, n° 28 ; Germania, n° 28 ; Strabon, Géographie, liv. IV, c. 3, § 4. Le territoire sur lequel ils s'établirent était une dépendance de la civitas des Treviri. V. Cluverius, Germanie antique, lib. II, c. 14.

[76] V. Germania antiqua, lib. II, c. 20.

[77] V. Du Bos, Hist. crit. de l'établissement de la monarchie Francoise, t. I, p. 424-441 ; Etudes sur l'époque mérovingienne, par M. de Pétigny, t. I, p. 106, 107, 142, 143, 324 et 325 ; Valois, Notitia Galliarum, p. 565 et 566.

[78] V. Suétone, Tiberius, n° 9.

[79] V. Du Bos, Hist. crit. de l'établissement de la monarchie Francoise, t. I, p. 10-13, 265 et 266.

[80] V. Historia naturalis, lib. IV, c. 13 et 17.

[81] V. De gubernatione Dei, lib. VII.

[82] Les Gaulois désignaient sous le nom de Nemet les sanctuaires forestiers dans lesquels on cueillait le gui sacré. V. Diefenbach, Celtica, t. I, p. 83.

[83] V. Tacite, Historiœ, lib. IV, n° 62, 72 et 77.

[84] V. Satirœ, III, v. 62.

[85] Cette inscription offre une date empruntée à l'ère syro-macédonienne.

[86] V. Inscriptions chrétienne de la Gaule, par M. le Blant, t. t, p. 324 et suiv., 353, 357, 375 et 376. Il ne serait peut-être pas impossible de trouver dans la Gaule septentrionale des inscriptions funéraires rappelant le souvenir de quelques individus d'origine persane ; car M. de Longpérier a démontré que beaucoup de Perses s'établirent même dans les parties les plus occidentales de l'empire romain, à la suite des révolutions qui bouleversèrent leur pairie. V. Revue archéologique, t. VI, p. 94 et suiv.

[87] V. Dom Liron, Singularités historiques et littéraires, t. II, p. 451 et suiv.

[88] V. lib. XVI, tit. VIII, c. 3.

[89] V. Vita sancti Eliphii, auctore Ruperto, dans les Bollandistes, au 16 octobre. L'ouvrage de Rupert est relativement récent, mais il a été composé sur des documents anciens.

[90] V. Code Justinien, lib. I, tit. X, c. 1.

[91] Il se nomme aujourd'hui Bretzenheim, mot qui est la traduction exacte du latin. V. Schannat, Traditiones Fuldenses, n° 2, 40 et 52.

[92] C'est ce qui résulte du passage de saint Jérôme allégué plus haut.

[93] Mosella, v. 383.

[94] V. Ammien Marcellin, lib. XXVII, n° 7.

[95] V. notamment Le Huérou, Histoire des institutions mérovingiennes, p. 126 et suiv.

[96] V. Code Justinien, lib. XI, tit. XLVII, c. 22, 47, 50, 51, 52, 53, 54 ; t. LIII, passim ; tit. LXIII, c. 2.

[97] V. Le Huérou, Histoire des institutions mérovingiennes, p. 129.

[98] V. Pandectes, lib. L, tit. 15, passim.

[99] V. De gubernatione Dei, lib. V.

[100] V. Code Théodosien, lib. XIII, tit. XI, c. 13, 15 et 16.

[101] V. Ausone, Mosella, v. 194-196.

[102] Nous pouvons citer par exemple le Vermois (Vermensis pagus), canton de peu d'étendue, situé entre la Moselle et la Meurthe au sud de Nancy. Un ecclésiastique instruit, qui a rempli pendant longtemps les fonctions de curé dans un des villages de ce canton, et qui a eu le loisir d'en rechercher les antiquités, nous a assuré que les villœ et les métairies y étaient autrefois tellement nombreuses, qu'il prendrait volontiers l'engagement de fournir aux antiquaires vingt grosses voitures de fragments de tuiles romaines.

[103] V. Mosella, v. 361-363.

[104] On lit près de l'entrée d'une de ces galeries l'inscription suivante :

INCEPTAOFFI

CINAEMILIANA

NONISMART.

[105] V. le fragment du poème De claris urbibus cité plus haut.

[106] V. Gruter, Corpus inscriptionum, p. CCCCLXXIII, n° 3.

[107] V. Epistolœ, lib. VI, 4.

[108] V. le continuateur de Philippe de Vigneulles, dans les Chroniques de la ville de Metz, p. 788.

[109] Quelquefois le pavage de la route consistait seulement en pierres dressées, dont le sommet équarri avec soin présentait une surface plus ou moins considérable, et dont la queue, souvent assez longue, était enfoncée dans le sol. C'était un pavage à peu près semblable à celui de nos villes. V. Annales de la société d'émulation des Vosges, 1859, p. 349.

[110] V. le passage de Siculus Flaccus cité plus haut.

[111] V. Code Théodosien, lib. VIII, tit. V, c. 62.

[112] V. Code Théodosien, lib. VI, tit. XXIX, c. 2 ; lib. VIII, tit. V, c. 23 ; v. aussi Ammien Marcellin, lib. XX, n° 4.

[113] V. Code Théodosien, lib. VIII, tit. V, c. 3, 9, 12, 46, 22, 27, 33, 40, 49 et 56.

[114] Epist. ad Rusticum, dans l'édition de Dom Martianay, t. IV, part. II, col. 771.

[115] V. Code Théodosien, lib. XIII, tit. III, c. 11.

[116] V. Hontheim, Prodromus Historiœ Trevirensis, t. I, p. 60 ; Juret, Miscellanea ad Symmachum ; Histoire littéraire de la France, t. I, p. 10 et suiv.

[117] Lib. III, tit. I, c. 13, § 8 et 9. V. aussi Symmaque, Epistolœ, lib. IX, 52.

[118] Les assertions contenues dans cet alinéa sont appuyées sur une foule de mémoires publiés dans les recueils des sociétés savantes du pays, et sur nos propres observations.

[119] V. Code Théodosien, lib. VIII, tit. VII, c. 11.

[120] V. le commentaire de Pancirole sur la Notitia Imperii, p. 23.

[121] Il est évident que ce comes devait en avoir un assez grand nombre sous ses ordres. Le corps des Joviani seniores, qui faisait partie de la garde impériale, mais que la Notitia Imperii ne mentionne pas comme résidant alors dans la Gaule, avait séjourné à Trèves, ainsi que le prouve une inscription funéraire découverte dans cette ville. V. Inscriptions chrétiennes de la Gaule, par M. le Blant, t. I, p. 406.

[122] Constance ayant appelé en Orient une des légions cantonnées dans la Gaule, les soldats se désolaient d'être obligés de laisser dans ce pays leurs femmes et leurs enfants, et l'evectio publica finit par leur fournir les clabulœ nécessaires au transport de leurs familles. V. Ammien Marcellin, lib. XX, n° 4.

[123] A deux lieues de Trèves. Cette famille est mentionnée dans plusieurs inscriptions. V. notamment Hontheim, Prodromes Historicœ Trevirensis, t. I, p. 190, 192-195 et 201 ; Publications de la Société pour la recherche et la conservation des monuments historiques dans le Grand-Duché de Luxembourg, t. III, p. 177 et 195.

[124] Il ne faut pas hésiter à lire, dans la Notitia Imperii, Dux Germaniœ II, au lieu de Dux Germaniœ I, comme portent la plupart des éditions. L'erreur vient d'une distraction du copiste, qui a oublié de tracer un des I destinés à exprimer le mot Secundo. Il ne peut être question, en effet, de la Germania Prima, puisque, d'après la Notitia elle-même, cette dernière formait deux gouvernements militaires, dont les commandants résidaient à Strasbourg et à Mayence. C'est l'opinion de l'abbé Du Bos, ibid., t. I, p. 101 et 102.

[125] Cet écrivain, dont l'ouvrage avait au moins quatre livres, semble avoir rédigé plutôt une histoire générale de l'Empire que celle des Francs ; toutefois, Grégoire de Tours, qui avait eu cette production entre les mains, et qui en cite un long fragment, dit qu'elle renfermait beaucoup de détails sur les Francs. V. Historia Francorum, lib. II, c. 9.

[126] Grégoire de Tours (Historia Francorum, lib. II, c. 8) cite le douzième livre de l'ouvrage de Profuturus Frigeridus. Il parait n'avoir porté d'autre titre que celui d'Historiœ.

[127] Cette opinion de saint Jérôme est rapportée avec soin par Frédégaire. V. Gregorii Turonensis Historia Francorum epitomata, c. 2.

[128] V. Gesta episcoporum Metensium, dans Calmet, Histoire de Lorraine, 1re édition, t. I, preuves, col. 58.

[129] V. Eumène, Panegyricus Constantii Chlori.

[130] V. la Notitia Imperii ; M. de Pétigny, Etudes sur l'époque mérovingienne, t. I, p. 118, 119, 155, 134 et 135.

[131] De même que d'autres Francs étaient appelés Sicambri parce qu'ils habitaient la vallée du Sigus (Sieg), rivière qui se jette dans le Rhin, un peu au-dessus de Cologne.

[132] C'est aujourd'hui l'Yssel.

[133] M. Amédée Thierry (Histoire d'Attila et de ses successeurs, t. I, p. 130) prétend que les Saliens étaient établis dans la Toxandria dès le commencement du IVe siècle ; mais il ne cite aucun texte qui le prouve.

[134] V. Ammien Marcellin, lib. XVII, n° 8. Julien lui-même dans une lettre adressée aux Athéniens. V. aussi le prologue de la Loi Salique.

[135] V. M. de Pétigny, Etudes sur l'époque mérovingienne, t. II, p. 625.

[136] V. M. de Pétigny, Etudes sur l'époque mérovingienne, t. I, p. 84-85, 88-89 et 150.

[137] V. Sulpicius Alexander copié par Grégoire de Tours, Historia Francorum, lib. II, c. 9.

[138] V. Sulpicius Alexander copié par Grégoire de Tours, Historia Francorum, lib. II, c. 9.

[139] V. M. de Pétigny, ibid., t. I, p. 150-151, 222 et 238 ; M. Amédée Thierry, ibid., t. I, p. 130.

[140] V. Notitia Galliarum, p. 256 ; v. aussi les observations d'Eckhard sur la Lex Ripuariorum, dans Bouquet, Rerum gallicarum et francicarum scriptores, t. IV, p. 233.

[141] Il devait être appelé d'abord Riparius, car il est bien probable que Ripuarius est une forme barbare de ce premier mot. V. M. de Pétigny, Etudes sur l'époque mérovingienne, t. II, p. 620-622.

[142] Ou Ripuarii. Jornandès emploie même la forme Riparioli.

[143] M. Aug. Thierry s'est livré sur l'origine du mot ripuaire à des conjectures qui ne semblent pas admissibles. V. Lettres sur l'histoire de France, p. 185.

[144] Ce sont probablement quelques-uns de ces milites limitanei qui sont désignés sous le nom de Riparenses par l'historien Vopiscus, Aurelianus, n° 38.

[145] V. Eckhard, Commentarii de rebus Franciœ Orientalis, t. I, p. 52.

[146] V. Traditiones Werthinenses, n° IV, XV-XIX, XXV-XXIX, XXXII, XXXV, XL, XLIV, XLIX, LI et LIII, citées par Eckhard, dans ses observations sur la Lex Ripuariorum, collection de Dom Bouquet, t. IV, p. 252.

[147] V. Nithard, lib. I.

[148] V. cependant les observations d'Eckhard sur la Lex Ripuariorum, ibid. Il résulte d'un passage du Gesta Francorum (v. c. XXXVIII) que le vicus de Tulbiacum ou Tolbiacum était primitivement dans le pagus Ripuarius, à peu de distance de la limite. Il fut plus tard le chef-lieu d'un pagus particulier.

[149] V. M. de Pétigny, ibid., t. I, p. 111.

[150] V. la Notitia Imperii ; Du Bos, ibid., t. II, p. 306.

[151] V. Du Bos, ibid., t. I, p. 273 et 274.

[152] Epistolœ, lib. IV, 1. — Ibid., lib. VIII, 3.

[153] De gubernatione Dei, lib. IV.

[154] Guerre des Goths, liv. I, n° 12. — Ibid., liv. II, n° 25.

[155] De rebus Geticis, c. 36.

[156] V. Du Bos, ibid., t. I, p. 149 ; Le Huérou, Histoire des institutions mérovingiennes, p. 188 et 189.

[157] V. Du Bos, ibid., p. 150 et 151.

[158] Le mot sors, appliqué à un domaine, ne fait aucune allusion à une distribution par la voie du sort ; il veut dire simplement part ou portion. V. la note de J. Godefroy sur la c. 15, Code Théodosien, lib. XI, tit. I. Ce mot est employé avec le même sens dans les Agrimensores. — V. Fragmentum de limitibus, dans l'édit. Rigault, p. 337. V. aussi Lex Ripuariorum, tit. IX, art. 5.

[159] V. Alexander Severus.

[160] V. Le Huérou, Histoire des institutions mérovingiennes, p. 43 et 44.

[161] Chronique attribuée à saint Prosper.

[162] V. Lex Salica, tit. LXII, art. 6.

[163] V. notamment le mémoire de l'abbé de Gourcy intitulé : Quel fut l'état des personnes en France, sous la première et la seconde race de nos rois, p. 229.

[164] V. Code Théodosien, lib. VII, tit. XIII, c. 6.

[165] V. Code Théodosien, lib. VII, tit. XIII, c. 7.

[166] V. Code Théodosien, lib. VII, tit. XX, c. 8.

[167] V. Code Théodosien, lib. VII, tit. XIV, passim ; tit. XX, c. 11 ; lib. X, tit. X, passim ; lib. XI, tit. I, c. 1 et 56 ; tit. XX, passim ; v. aussi Novelles, XXXI.

[168] V. Code Théodosien, lib. VII, tit. XIII, c. 7.

[169] V. Code Théodosien, lib. XI, tit. XX, c. 4.

[170] V. De l'état des personnes en France sous les rois de la première race, par M. Naudet, dans les Mémoires de l'académie des inscriptions, 2de série, t. VIII, p. 474 et 475.

[171] Tit. LXV, art. 1.

[172] V. Historia Francorum, lib. V, c. 27 ; lib. VII, c. 42.

[173] C'est dans ce sens que Grégoire de Tours donne le titre de rex (équivalent latin du mot konüng) au gallo-romain Syagrius, qui n'avait certainement pas la prétention d'être un véritable roi. V. Aug. Thierry, Lettres sur l'histoire de France, p. 159-163. Adso, abbé de Montiérender, qui écrivit, au Xe siècle, mais sur des documents anciens, la vie de saint Mansuy (Mansuetus), premier évêque de Toul, attribue aussi le titre de rex au chef d'une troupe de barbares, laquelle parait avoir été établie dans les environs de cette ville. V. Vita et acta sancti Mansueti, lib. I, c. 5, dans Calmet, Histoire de Lorraine, 1re édit., t. I, preuves, col. 88.

[174] V. Sulpicius Alexander copié par Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. II, c. 9 ; v. aussi M. de Pétigny, ibid., t. I, p. 90, 130 et 152. Sidoine Apollinaire (Epist., lib. IV, 20) emploie le mot regulus pour désigner les chefs barbares qui accompagnaient un prince Franc dont nous parlerons plus loin.

[175] V. Hist. crit., t, III, p. 118 et 119.

[176] V. Tacite, Germanie, n° 13 et 14.

[177] Claudien, De laudibus Stilichonis, lib. I, v. 236-238.

[178] V. Ammien Marcellin, lib. XXXI, n° 10.

[179] V. M. de Pétigny, ibid., t. I, p. 378, t. II, p. 169, 172-174.

[180] V. Code Théodosien, lib. VII, tit. XIII, passim ; lib. XI, tit. XXIV, c. 6 ; lib. XVI, tit. XV, c. 1. V. aussi une lettre de Julien à l'empereur Constance, dans Ammien Marcellin, lib. XX, n° 8.

[181] Ausone, Mosella, v. 9.

[182] V. lib. XVII, n° 13 ; v. aussi Eusèbe, Vie de Constantin, liv. IV, n° 6.

[183] V. M. de Pétigny, ibid., t. I, p. 156 et 210.

[184] Le Perthois (Pertensis pagus) faisait partie de la civitas de Châlons-sur-Marne.

[185] Cette inscription, sur la lecture de laquelle se sont élevés quelques doutes, a été l'objet d'un mémoire de M. Denis, mémoire inséré dans le Narrateur de la Meuse, n° 656.

[186] V. ce diplôme, dans Bouquet, t. VI, p. 610.

[187] Les noms de Zinafre et d'Usafre que portaient deux chefs sarmates mentionnés par Ammien Marcellin (lib. XVII, n° 12) semblent bien voisins du nom de Saffre. Ammien (ibid.) et d'autres auteurs nous ont encore conservé les noms suivants, dont on pourrait rechercher la trace dans les cantons occupés par les Sarmates : Zizais, Araharius, Rumo, Fragiledus, Benya et Babaï.

[188] V. ce diplôme, dans Calmet, Hist. de Lorraine, 1re édit., t. I, preuv., col. 258.

[189] Les seuls lœti exemptés de ces charges étaient ceux que l'on avait cru pouvoir établir dans le voisinage de la frontière, et qui étaient soumis aux mêmes obligations que les Francs fédérés. V. Code Théodosien, lib. VII, tit. XIV, c. 1.

[190] V. Code Théodosien, lib. III, tit. XIV, c. 1.

[191] V. Code Théodosien, lib. VII, tit. XIV, c. 1.

[192] V. Code Théodosien, lib. XIII, tit. XI, c. 9.

[193] V. Le Huérou, ibid., p. 53 et 54.

[194] V. De gestis Langobardorum, lib. I, c. 9, dans Muratori, Scritores rerum Italicarum, t. I, 1re part., p. 411.

[195] V. M. de Pétigny, ibid., t. I, p. 92.

[196] Il est appelé Sinquates dans quelques inscriptions récemment découvertes.

[197] V. Schœpflin, Alsatia illustrata, t. I ; Histoire de Metz, par deux religieux bénédictins, t. I ; Bertholet, Histoire ecclésiastique et civile du duché de Luxembourg, t. I, p. 419 et suiv. ; Bulletin de la société d'archéologie et d'histoire de la Moselle, 1858, p. 54 et 55 ; Mémoire sur les établissements romains du Rhin et du Danube, par M. de Ring, t. II, p. 27-29.

[198] V. Schœpflin, ibid., t. I, p. 501-504, et planche IX, n° 1 ; M. de Ring, ibid., t. I, passim, t. II, p. 20 et 21.

[199] V. M. de Ring, Mémoire sur les établissements romains du Rhin et du Danube, t. II, p. 27 et 260.

[200] V. Germania, n° 9.

[201] V. Schœpflin, ibid., t. I, p. 494-501, et pl. X ; M. de Ring, ibid., t. II, p. 259 ; Bertholet, ibid., t. I, p. 429 et 430.

[202] V. M. de Ring, Mémoire sur les établissements romains du Rhin et du Danube, t. II, p. 256.

[203] V. J. de Wal, Mythologiae septentrionalis monumenta epigraphica latina, n° 20 et 21.

[204] V. M. de Ring, ibid., t. II, p. 69, 72-73 ; Mémoires de la société des antiquaires de France, t. XIX, p. 269.

[205] Inscription, dans Gruter, p. XCIV, n° 10.

[206] Il est vrai qu'elles peuvent être l'ouvrage d'habitants de Moguntiacum, que leurs affaires avaient appelés dans la Bretagne. L'une de ces inscriptions a été posée aux frais d'un membre de la famille des Secundini, famille puissante de la Belgica Prima. V. Camden, Britannia, p. 453 ; Gordon, Itinerarium septentrionale, p. 98. V. aussi Schœpflin, ibid., t. I, p. 461 et 462.

[207] V. Schœpflin, ibid., p. 588 ; M. de Ring, ibid., t. I, p. 260 et 276, t. II, p. 64.

[208] Solimariaca, aujourd'hui Soulosse.

[209] V. notamment Publications de la société pour la recherche et la conservation des monuments historiques dans le Grand-Duché de Luxembourg, t. VI, p. 52 et 53.

[210] On ne connaît pas moins de onze inscriptions de ce genre, trouvées presque toutes dans le nord-est de la Gaule. V. Bulletin de la société des antiquaires de France, 1859, p. 159-163, 166-167 ; Bulletin de la société d'archéologie de la Moselle, 1858, p. 54.

[211] On pourrait même croire, sans témérité, que plusieurs divinités doivent leur origine aux erreurs de quelques antiquaires, qui ont pris des cippes funéraires pour des inscriptions votives, ou qui ont mal déchiffré des inscriptions votives consacrées à des dieux bien connus.

[212] V. M. de Ring, ibid., t. II, p. 41, 254, 256-257.

[213] V. Bertholet, ibid., t. I, p. 414 ; M. de Ring, ibid., t. I, passim, t. II, p. 57-59.

[214] Saint Irénée dit que de son temps (vers la fin du second siècle) il y avait des églises dans les Germanies et les Gaules. Ces paroles peuvent certainement s'entendre de la Belgique et de la Germanie romaine. V. Adversus Hœreses, lib. I, c. 10, 1 et 2 ; v. aussi Tertullien, Adversus Judœos, c. 7.

[215] V. Sidoine Apollinaire, Epistolœ, lib. VII, 10.

[216] V. Histoire de l'église de Strasbourg, t. I, p. 160.

[217] Tel est le catalogue de Trèves, duquel il faut retrancher vingt-trois évêques, qui paraissent n'avoir jamais existé.

[218] V. Inscriptions chrétiennes de la Gaule, par M. le Blant, t. I, passim.

[219] Ainsi que l'attestait une inscription antique placée dans l'oratorium de Saint-Euchaire, à Trèves. V. M. le Blant, ibid., p. 346 et suiv.

[220] V. Sulpice Sévère, Historia eccles., lib. II.

[221] V. Labbe, Concilia, t. II, col. 615.

[222] V. Histoire de Metz, par deux bénédictins, t. I, p. 198-221.

[223] V. notamment le bréviaire de 1512, le missel de 1550 et le bréviaire de 1593, au 20 octobre.

[224] V. Flodoard, Historia Remensis ecclesiœ, lib. I, c. 5 ; Histoire ecclésiastique de la province de Trèves, par M. l'abbé Clouet, t. I, p. 45 et 63-66.

[225] V. M. Clouet, ibid., p. 60 et 61.

[226] V. M. de Ring, ibid., t. II, p. 263-264 ; M. Clouet, ibid., t. II, p. 281-282.

[227] V. Marlot, Metropolis Remensis Historia, t. I, p. 75.

[228] V. Vita sancti Eliphii, auctore Ruperto, dans les Bollandistes, au 16 octobre.

[229] V. Histoire de Verdun, par Roussel, revue et publiée par l'abbé le Beuf, p. 7.

[230] V. M. Clouet, ibid., t. I, p. 58 et 64.

[231] On assure que sainte Hélène fit aussi élever des églises dans la Seconde Germanie, notamment à Cologne. V. Bertholet, ibid., t. I, p. 182.

[232] Schœpflin a même soutenu que Strasbourg n'eut pas d'évêque avant le VIIe siècle ; mais cette assertion a été victorieusement réfutée par Grandidier.

[233] V. les actes des conciles de Cologne et de Sardique ; saint Athanase, Apologie de sa fuite, n° 4, édit, de Montfaucon, t. I, 1re part., p. 322 ; Théodoret, Histoire ecclésiastique, liv. V, c. 9.

[234] V. Sulpice Sévère, Dialogi, II, 6 et 7, III, 15 ; Vita sancti Martini, n° 15 et 23.

[235] V. Code Théodosien, lib. XVI, tit. X, c. 16.

[236] V. Grandidier, Histoire de l'église de Strasbourg, t. I, p. 156-157.

[237] V. Calmet, Notice de la Lorraine, t. I, col. 472 et suiv., et pl. I et II ; Schœpflin, Alsatia illustrata, t. I, p. 205, 475 et 487, et pl. XIII ; Grandidier, ibid., t. I, p. 62-63 ; Beatus Rhenanus, Rerum Germarnicarum, lib. III, p. 309 ; Mabillon, Iter Germanicum, p. 98 ; M. de Ring, Mémoire sur les établissements romains du Rhin et du Danube, t. I, p. 69, 72-73 ; Le comté de Dagsbourg, par M. Beaulieu, p. 30, 51 et 270 ; Antiquités des eaux minérales de Vichy, Plombières, Bains Niederbronn, par le même, p. 172-174 et 202-206.

[238] Ainsi, on voit encore en 732 un habitant de Trèves, qui vendit un domaine à la princesse Adhela fille de Dagobert II, porter le nom de Feronius, lequel rappelait évidemment la déesse Feronia. V. le titre de fondation de l'abbaye de Palatiolum, dans Pardessus, Diplomato, chartœ, epistolœ, leges etc., t. II, p. 364.

[239] V. Fragmentum visionum Flotildis (vers l'année 940).

[240] V. Jean de Salisbury, Epistolœ, 172.

[241] Acte de fondation de l'hôpital Saint-Antoine (année 1201).

[242] V. Flodoard, Historia Remensis ecclesiœ, lib. I, c. 1.

[243] V. dans l'ouvrage de M. le Blant, t. I, p. 357, une inscription funéraire païenne, trouvée près de Mayence et datée de la manière suivante : PLACIDIO. VALENTINIA. E. ANATOL. COSS. ; ce qui correspond à l'année 440.

[244] V. Philostorge, Extraits de son Histoire ecclésiastique, liv. I, n° 9, à la suite de l'Eusèbe de Valois.

[245] Cette circonstance a porté quelques écrivains à révoquer en doute l'existence même du concile de Cologne ; mais son authenticité a été péremptoirement établie par plusieurs auteurs. V. notamment Grandidier, Hist. de l'église de Strasbourg, t. I, p. 65 et suiv. ; M. Clouet, Hist. eccl. de la province de Trèves, t. I, p. 79-82.

[246] V. Surius, au 23 octobre.

[247] V. Code Théodosien, lib. XVI, tit. V, passim ; Chronique de Prosper d'Aquitaine, dans Du Chesne, t. I, p. 196.

[248] Livre I, cité par Bertholet, ibid., t. I, p. 182, 184-185.

[249] V. Livre I, cité par Bertholet, ibid., t. I, p. 186.

[250] V. Annales Benedictini, t. I, p. 47.

[251] V. Vita sancti Felicis, Trevirensis episcopi, dans les Bollandistes, au 26 mars.

[252] V. lib. VIII, c. 6. Deux de ces moines avaient exercé les fonctions d'agentes in rebus et appartenaient peut-être à la célèbre famille des Secundini.

[253] V. Inscriptions chrétiennes de la Gaule, par M. le Blant, t. I, p. 366 ; v. aussi saint Augustin, ibid.

[254] V. Annales Trevirenses, t. I, p. 318-319.

[255] V. Bertholet, ibid., p. 190-191 et 233-236 ; Calmet, Hist. de Lorr., 1re édit., t. I, col. 301.