HISTOIRE DU MOYEN-ÂGE

 

CHAPITRE VI. — INVASIONS DU IXe ET DU Xe SIÈCLE.

 

 

Ancienneté de la piraterie des hommes du Nord. Les invasions des pirates du Nord vinrent retarder les progrès de la civilisation. Ce n'était pas la première apparition que ces Barbares faisaient dans l'Europe occidentale. Dès la fin du IIIe siècle, les pirates infestèrent la côte de la Gaule... Tout le nord de la Germanie, et vraisemblablement aussi le Jutland, habité par les Jutois et les Angles, prenaient part à ces expéditions. Dans leurs petits bateaux en osier, recouverts de peaux, ils longeaient les côtes, et à l'embouchure de quelque fleuve ils formaient un établissement qui devait servir de point de ralliement, de retraite et de dépôt pour le butin. De là, ils fondaient à l'improviste sur les pays mal défendus, y exerçaient de cruels ravages, et disparaissaient promptement quand on voulait les poursuivre[1]. Du IIIe au Xe siècle, ces incursions n'ont jamais cessé. Elles avaient en effet une cause permanente.

 

Causes des invasions des Northmans. La Scandinavie, habitée depuis des siècles par des pirates teutoniques, avait reçu de son législateur, Odin ou Woden, une religion toute guerrière, extrêmement propre à développer les instincts belliqueux de ces nations et à leur inspirer le mépris de la mort. Cette religion était probablement aussi celle des Danois et des Saxons. La principale, pour ne pas dire la seule vertu qu'elle prêchât, c'était la valeur guerrière. Elle seule ouvrait aux hommes le séjour du bonheur, le Walhalla, où les braves buvaient des flots de bière dans les cranes de leurs ennemis. Si à cette influence religieuse, on joint le peu de ressources qu'offrait le sol Scandinave à des Barbares ignorants de l'agriculture et ne soupçonnant même pas les richesses minérales renfermées dans les montagnes qu'ils habitaient, on comprendra les pirateries et le carnage qu'exercèrent les Northmans — hommes du Nord — durant tant d'années, dans presque tous les pays de l'Europe.

C'était, dit-on, la coutume en Scandinavie de ne jamais partager l'héritage paternel. La propriété du père passait indivise à un seul de ses enfants. Les autres, arrivés à un certain âge, devaient nécessairement chercher des ressources dans la piraterie. Les fils puînés des rois prenaient le titre de rois de la mer — Soekongar —, et se faisaient chefs de pirates. Chaque année, des essaims de jeunes guerriers partaient ainsi des côtes de la Scandinavie, pour aller chercher fortune au loin. Ce genre de vie enrichit ceux qui le pratiquaient, et leurs exploits, chantés par les Scaldes ou poètes scandinaves, les couvrirent de gloire. Ce qui avait d'abord été une pure nécessité, devint affaire d'ambitieuse émulation. Les princes mêmes les plus puissants voulurent aussi être rois de la mer.

 

Les Anglo-Saxons dans la Grande-Bretagne. Les Saxons avaient profité du trouble causé dans l'empire romain par la grande invasion, pour fonder des établissements sur les côtes de la Gaule, et exercer leurs pirateries dans la Grande-Bretagne. Deux de leurs chefs, Hengist et Horsa, furent invités par le chef des Bretons, Vortigern, à repousser les incursions des Pictes et des Scots. En récompense de leurs services, ils reçurent l'île de Thanet, située à l'embouchure de la Tamise. Mais bientôt cet étroit domaine ne leur suffit plus. Hengist s'empara du pays situé près du Pas-de-Calais, entre la Tamise et la Manche. Ce fut le royaume de Kent (455). D'autres chefs angles ou saxons, arrivèrent après lui, et ainsi, en près de 130 ans, furent fondés les sept royaumes anglo-saxons connus sous le nom d'Heptarchie. Les Bretons ne conservèrent que la côte occidentale de l'île. Nous avons vu, que les Anglo-Saxons païens furent convertis à la foi catholique par saint Augustin de Cantorbéry.

 

Exploits des Northmans au IXe siècle. Quant aux Danois et aux Scandinaves, ils se contentèrent d'abord de ravager les côtes de la Baltique et de la mer Blanche. Au IXe siècle, leur activité redouble et nous offre un spectacle vraiment remarquable. Il n'y a pour ainsi dire pas une partie du monde connu qui échappe à leurs entreprises. Nous les voyons poser à Novogorod les fondements de l'empire de Russie (839), descendre le Borystène — Dniéper — et menacer. Constantinople avec une flotte de deux cents navires ; tandis que d'autres essaims vont établir une république en Islande (874), d'où ils passeront jusqu'au Groenland. En même temps, Hasting, le plus fameux des rois de la mer, pille l'Espagne, l'Italie, l'Afrique et la Provence, remonte le cours de la Loire, et fait tomber, sur un même champ de bataille, Robert le Fort, duc de France et le duc d'Aquitaine (866). D'autres pirates infestent les bords de la Seine, de la Somme, de l'Escaut, de la Meuse et du .Rhin. Enfin les Northmans-Danois enlèvent a l'Angleterre son indépendance.

 

Les Northmans-Danois en Angleterre. L'heptarchie Anglo-saxonne, après avoir été déchirée pendant des siècles par des guerres fréquentes, avait été réunie en un seul royaume par Egbert le Grand, en l'an 827. Cependant la Grande-Bretagne était assaillie continuellement par les pirates danois. Egbert parvint à les repousser ; mais après sa mort, ils réussirent à s'établir successivement dans le Northumberland (867), l'Est-Anglie et la Mercie. Lorsqu'ils entreprirent ensuite de conquérir les royaumes saxons, ils rencontrèrent une vigoureuse résistance de la part. d'Alfred le Grand. Cependant ce héros, trop confiant dans la parole d'ennemis qui ne respectaient aucun serment, finit par succomber, et toute l'heptarchie subit le joug danois. Alfred fut réduit à se cacher plusieurs mois au sein des forêts, dans la hutte d'un bûcheron. Du fond de sa retraite, il épiait le moment favorable pour reprendre l'offensive. Quand il le jugea venu, il souleva les Saxons., attaqua l'ennemi sur terre et sur mer, et le refoula dans - le royaume d'Est-Anglie et de Northumbrie. Il fut le grand législateur de l'Angleterre, le fondateur de sa puissance maritime, et le protecteur des lettres. Edouard l'Ancien (901-924), son fils et son successeur, poursuivit ses conquêtes. Enfin Athelstan (924-941) étendit sa domination sur toute l'Angleterre, mais sans expulser complètement les Danois.

Les succès d'Athelstan ne firent pas cesser, pendant les' années qui suivirent, les pirateries des hommes du Nord. Sous Ethelred II (978-1013), l'invasion reprit un caractère menaçant. Le faible monarque acheta la retraite des ennemis, au lieu de les repousser par la force. Il existait, dit Augustin Thierry, sous le nom d'argent danois, danegheld, un impôt levé de temps en temps pour l'entretien des troupes qui gardaient les côtes contre les corsaires scandinaves. Ce fut cet argent qu'on proposa comme tribut aux nouveaux envahisseurs. On obtint ainsi leur retraite, mais la facilité du butin les attira bientôt eh plus grand nombre, et la population danoise, toujours fort considérable dans le nord, favorisa encore leurs descentes. Les exigences et l'insolence des étrangers augmentaient avec la lâcheté du gouvernement ; après avoir vendu bien chèrement leur retraite, ils ne prenaient plus même la peine d'évacuer complètement le pays envahi. Ethelred, pour se venger de ses ennemis, en fit faire, partout à la même heure, un massacre général le jour de la Saint-Brice, 13 novembre 1002. Le massacre, dit Augustin Thierry, ne s'étendit point sur les provinces du nord et de l'est où les Danois, anciennement établis, formaient une grande partie de la population ; mais tous les nouveaux émigrés périrent, à l'exception d'un très petit nombre. A cette nouvelle, le roi Suénon leva une armée considérable pour venger ses compatriotes. Ethelred chercha encore dans la bourse de ses sujets le moyen d'arrêter l'invasion. Mais le peuple anglais obligé de se dépouiller lui-même de ses biens pour acheter une trêve toujours bientôt rompue, finit par se persuader que ce serait un moindre mal de subir la domination étrangère. Toutes les villes s'ouvrirent sans résistance devant Suénon (1013), et le malheureux Ethelred, abandonné de tous ses sujets, fut réduit à chercher un asile auprès de son beau-frère, le duc Richard de Normandie ; mais il n'en obtint pas les secours qu'il avait espérés.

 

L'Angleterre sous la domination Danoise. A la mort de Suénon, Ethelred et, après lui, son fils, Edmond Côte de Fer, purent rétablir et maintenir leur pouvoir dans le midi de la Grande Bretagne, tandis que Canut, fils de Suénon, régnait au nord. Mais à la mort d'Edmond (1017), le Danois réunit le royaume entier sous son sceptre. Après avoir inauguré son règne par des cruautés, Canut le Grand, lorsqu'il vit son pouvoir solidement assis, s'appliqua à gouverner son peuple de manière à lui faire oublier la conquête. Il se montra chrétien zélé. Pendant l'heptarchie, quelques rois anglo-saxons avaient établi, à différentes reprises, dans leurs états, des redevances envers l'Eglise romaine. L'objet de ces dons annuels était, dit Augustin Thierry, de procurer un meilleur accueil et des secours dans le besoin aux pèlerins anglais qui se rendaient à Rome, de fournir aux frais d'une école pour les jeunes gens de cette nation ou à l'entretien des luminaires des tombeaux de saint Pierre et de saint Paul. La misère causée par les dernières invasions avait fait suspendre le payement de cet impôt. Canut rétablit et étendit davantage cette institution, sous le nom de denier de Saint Pierre. Chaque année, à la fête des saints apôtres Pierre et Paul, dans toute l'Angleterre, chaque maison habitée dut payer un denier en monnaie du temps à la louange et gloire de Dieu-Roi. Le grand monarque réunit sur sa tête les couronnes de Norvège, de Danemark et d'Angleterre, et força les rois d'Ecosse et de Cumberland à le reconnaître pour suzerain.

 

Circonstances qui favorisèrent les invasions des Northmans dans l'empire carolingien. Les invasions des Northmans en Angleterre avaient été favorisées par l'hostilité des Bretons contre les Anglo-Saxons, et par les divisions qui régnaient entre les anciens royaumes de l'heptarchie. Les circonstances ne les secondèrent pas moins efficacement dans l'empire franc. D'abord, ce nouveau genre d'attaque, tantôt sur un point tantôt sur un autre, par de petites bandes insaisissables, était de nature à déconcerter, et déconcerta en effet, dans les commencements du moins, toutes les mesures de défense. Charlemagne et Louis le Débonnaire, lors des premières descentes des pirates, avaient fait placer des gardes sur les côtes et construire des flottilles. Mais on ne pouvait pas en mettre partout. Ce fut bion pis encore, lorsque les querelles des fils de Louis, avec leur père d'abord, puis entre eux, et celles des seigneurs absorbèrent toutes les forces de la nation. La bataille de Fontanet décima les armées franques, obligea de dégarnir le littoral, répandit le découragement dans tous les cœurs et remplit de hardiesse les Northmans. Aussi leurs attaques devinrent-elles dès lors bien plus pressantes et plus audacieuses. Maintes fois, d'ailleurs, on vit de puissants seigneurs, qui aspiraient à l'indépendance, appeler à leur aide contre le roi les ennemis de la patrie, et les rois eux-mêmes chercher des alliés parmi les ravageurs de l'Empire. Le pouvoir royal s'affaiblissait de jour en jour. Le gouvernement ne pouvait se faire obéir, et par conséquent, il y avait peu d'ensemble dans les mesures défensives. Enfin le petit peuple, opprimé par les grands, ne pouvait guère avoir d'ardeur à verser son sang pour une société dans laquelle il se trouvait si mal à l'aise. Parfois, en Flandre notamment, il forma des associations pour sa défense ; elles furent interdites, sous prétexte qu'elles entraînaient des désordres.

 

Invasions des Northmans dans l'empire carolingien. Mais il y avait bien plus de désordre encore à laisser faire les pirates. Durant plus d'un demi-siècle, on les vit dévaster toutes les parties de l'Empire ; pas une rivière navigable que leurs flottilles ne remontassent ; pas une province accessible à leurs embarcations ne leur échappa. Ils pillaient et ravageaient au loin le pays, chassant devant eux les populations affolées parla terreur, incendiant les monastères, les églises, les villages, massacrant et détruisant tout ce qu'ils n'emportaient pas avec eux. Partout on rencontrait des troupes de moines fuyant au loin et emportant sur leurs épaules les reliques vénérées de leurs saints patrons. Bien des bibliothèques monastiques devinrent la proie des flammes. Des villes mêmes furent saccagées ou incendiées et leurs habitants passés au fil de l'épée. Parfois les rois ne trouvèrent pas d'autre moyen de se débarrasser de ces cruels ennemis, que d'acheter leur retraite, ou de leur confier le gouvernement et la défense d'une province. Mais ce fut précisément ce qui attira de nouvelles bandes. D'autres princes montrèrent plus de résolution et de courage, et firent essuyer aux Northmans de sanglantes défaites. Charles le Gros fut déposé, pour n'avoir pas su repousser vaillamment l'invasion. On lui donna pour successeur, en France, le duc Eudes, qui s'était distingué dans la défense de Paris ; en Allemagne Arnoul, qui expulsa les Northmans de la Lotharingie. Louis le Débonnaire avait cédé à ces Barbares l'île de Walcheren, à l'embouchure de l'Escaut. Depuis lors, la Lotharingie fut pendant un demi-siècle un théâtre de brigandages et de dévastations. Liège, Malines, Saint-Trond, Thourout, Furnes, Ypres, Courtrai, Anvers, Tournai, Tongres, Aix-la-Chapelle, Cologne, etc., furent saccagés. En 882, les Northmans s'établirent sur la Dyle, dans un camp retranché, à l'endroit où s'éleva ensuite la ville de Louvain, et purent piller et rançonner tout le pays, sans être inquiétés, pendant tout le règne de Charles le Gros. Mais en 891, Arnoul marcha contre eux et les battit complètement. Depuis lors les invasions cessèrent presque entièrement dans la Lotharingie.

 

Traité de Saint-Clair sur Epte (911). Fin des invasions des Northmans. Vers l'année 900, Rollon, un des rois de la mer, s'empara des contrées qui avoisinent l'embouchure de la Seine et s'y fixa avec ses compagnons. Le roi de France, Charles le Simple, impuissant à l'en expulser, se résigna à l'y laisser en se l'attachant comme vassal et allié. Par le traité de Saint-Clair sur Epte, il lui céda donc en fief le territoire qu'il occupait déjà et qui' a pris le nom de Normandie[2]. On raconte à ce sujet une anecdote assez plaisante. Les seigneurs français qui accompagnaient le roi Charles le Simple, dirent à Rollon que son titre de vassal l'obligeait à baiser le pied de son souverain. Rollon était trop fier pour se soumettre à une pareille cérémonie, surtout en présence de ses guerriers. Il refusa catégoriquement. Comme on insistait, il chargea un de ses compagnons de donner le baiser à sa place. Le Northman, qui avait aussi quelque fierté, ne se baissa qu'à moitié, saisit le pied de Charles et, en le portant à ses lèvres, le souleva si haut, que le roi tomba à la renverse, au milieu des éclats de rire de tous les Northman s. Charles dissimula et l'incident n'eut pas de suites. En vertu du traité, Rollon devait embrasser le Christianisme avec son peuple.

On a beaucoup blâmé le traité de Saint-Clair sur Epte ; on l'a considéré comme une lâcheté. Il était probablement nécessaire et produisit les plus heureux résultats. Dès lors, en effet, les invasions des Northmans cessèrent presque complètement en France, elles trouvèrent aux bouches de la Seine une barrière infranchissable. Un autre pirate converti avait reçu, vers le même temps, un territoire sur la Loire inférieure, qu'il ferma également aux envahisseurs du Nord. Sur les autres points, la défense se montrait aussi plus énergique, depuis que les comtes, devenus, ou peu s'en faut, souverains de leurs gouvernements, trouvèrent un intérêt plus personnel à les protéger contre l'invasion. Cependant le danger aurait persisté, si un changement ne s'était opéré dans la. condition des peuples du Nord. L'Eglise leur envoya des apôtres, qui leur apportèrent avec la lumière évangélique les bienfaits de la civilisation, et le flot de l'invasion fut tari dans sa source. Ce ne fut toutefois qu'au XIIe siècle que l'Eglise obtint en Suède un établissement solide.

 

Les Sarrasins. Comme l'Europe occidentale, l'Italie et la Provence eurent aussi leur fléau. Héritiers de la piraterie des Vandales, les Sarrasins d'Afrique avaient de tout temps infesté les mers. Leur exemple fut suivi par ceux d'Espagne, lorsque les Carolingiens eurent fait des Pyrénées un rempart infranchissable aux ennemis de l'Empire. Le commerce disparut avec la sécurité, qui en fait la vie ; la navigation européenne devint presque nulle dans la Méditerranée. La piraterie dut alors chercher sur le continent même une proie qu'elle ne trouvait plus. en pleine mer. Après s'être emparés des îles Baléares, de la Sardaigne et de la Corse, les Sarrasins d'Espagne parurent, dès les dernières années de Louis le Débonnaire, sur les côtes de Provence, et y détruisirent plusieurs villes. En 888, ils établirent à Fraxinet. — La Garde Fraisnet — une place d'armes, d'où ils ravagèrent, pendant plus d'un siècle, tout le pays environnant, tant la Provence que les côtes voisines d'Italie. Les Sarrasins d'Afrique, de leur côté, firent la conquête de la Sicile (827-878). De là, aidés par les divisions des habitants, qui souvent, dans leurs querelles, les prirent comme auxiliaires, ils formèrent dans la Péninsule plusieurs établissements semblables à celui de Fraxinet. Ceux de Bari, de Tarente et du Garigliano furent les plus considérables. C'est le pape Jean X qui eut la gloire d'en purger l'Italie. Il forma une ligue puissante, dans laquelle entrèrent la plupart des princes italiens ainsi que l'empire grec. Un plein succès couronna ses efforts. Les Sarrasins, vaincus sur le Garigliano, furent expulsés. Depuis lors, s'ils conservèrent encore dans la Péninsule quelques postes, du moins leurs ravages y furent-ils étroitement circonscrits.

 

Les Hongrois. L'Europe n'était pas encore délivrée des Northmans et des Sarrasins, que les Hongrois, non moins féroces, vinrent la ravager à leur tour. Les Hongrois ou Magyares, récemment établis dans la haute Hongrie actuelle, avaient passé les Carpathes, sur l'invitation, dit-on, de l'empereur Arnoul, qu'ils aidèrent à réduire les Moraves, ses ennemis. Quoi qu'il en soit, l'Empire eut bientôt à regretter leur voisinage. Pendant un demi-siècle (900-955), l'Italie, l'Allemagne, la Lotharingie, la France, devinrent le théâtre d'horribles ravages. Les habitants des campagnes se pressaient en foule dans l'enceinte fortifiée des villes ou des châteaux. D'autres se retiraient au sommet de rochers inaccessibles, ou se cachaient dans les cavernes, dans le lit desséché des torrents, au fond des forêts. Enfin, le roi de Germanie, Otton le Grand, remporta sur les Barbares près d'Augsbourg, une grande victoire, qui mit fin pour toujours à leurs incursions en Allemagne (955). Quelques années après, la nation hongroise embrassa le Christianisme à la suite de son chef Geisa, et du roi saint Étienne, successeur- de Geisa. Leur conversion seule mit un terme à leurs brigandages.

 

Résultats des invasions. Toutes ces invasions avaient amoncelé les ruines. Bien des monuments de l'architecture et des lettres périrent dans les flammes. Le désordre fut porté au comble et entraîna à sa suite l'ignorance, la barbarie intellectuelle et le débordement des mœurs. A côté du mal, il y eut cependant un bon résultat. Les Normands, les Danois, les Hongrois furent amenés à la foi catholique et, par suite, à la civilisation. Les bourgades fortifiées, seuls asiles sûrs contre les envahisseurs, virent accroître leur population, et devinrent des villes. Mais dans le désarroi général, le pouvoir royal s'affaiblit toujours de plus en plus. Les grands, voyant son inertie ou son impuissance, n'attendirent plus de secours que de leur propre épée. La surface de l'Europe se couvrit de châteaux-forts, dont les possesseurs purent braver les Barbares, mais aussi le roi. Les seigneurs se trouvèrent de fait presque indépendants, et le fait, soutenu par la force, justifié par la nécessité, se transforma promptement en droit. Les invasions avaient hâté les progrès de la féodalité.

 

 

 



[1] Depping.

[2] Le peuple de cette province sera désormais désigné par le nom de Normands, il était expédient de donner aux envahisseurs, appartenant à différents peuples, une autre dénomination. C'est pour cela que nous les avons constamment appelés Northmans — hommes du Nord.