LA MANŒUVRE D'IÉNA

ÉTUDE SUR LA STRATÉGIE DE NAPOLÉON ET SA PSYCHOLOGIE MILITAIRE

Du 5 septembre au 14 octobre 1806

 

CHAPITRE XIII. — LETTRES DE NAPOLÉON ET ORDRES DU MAJOR GÉNÉRAL POUR LA TRAVERSÉE DU FRANKEN-WALD.

 

 

Napoléon a dû dicter, le 5 octobre, dans la matinée, l'ordre général de la Grande Armée pour la traversée du Franken-Wald, comme il avait dicté, le 19 septembre, à Saint-Cloud, l'ordre général sur les mouvements et dispositions de la Grande Armée, en vue de son rassemblement dans la région de Bamberg.

Malheureusement, nous n'avons pas cet ordre général de l'Empereur. Les instructions rédigées par le maréchal Berthier pour l'exécution de l'ordre général sont seules parvenues jusqu'à nous.

Le 4 octobre, deux ordres en quelque sorte préparatoires furent expédiés aux 5e et 7e corps (colonne de gauche) en vue de les engager sur leurs routes de marche, attendu qu'ils avaient plus de chemin à faire que les autres corps d'armée pour atteindre le pied du Franken-Wald.

C'est le 5 octobre au matin que furent lancés la plupart des ordres de mouvement.

Les corps de la colonne du centre, auprès de laquelle allait se porter Napoléon, ne reçurent leurs ordres que le 6 et le 7.

Indépendamment des ordres ou instructions expédiés par le major général, les maréchaux placés à la tête de chacune des trois colonnes d'invasion reçurent de Napoléon des lettres particulières leur développant le projet d'opérations et les moyens de le faire réussir.

Nous allons discuter les lettres de l'Empereur et les ordres du major général pour la traversée du Franken-Wald, dans leur succession chronologique, en commençant par les ordres du 4 octobre.

Cette journée du 4 octobre appartient plutôt à la période de réunion qu'à celle des opérations offensives, quoiqu'elle offre des dispositions ordonnées pour la marche vers la haute Saale.

Nous l'avons déjà fait observer : le passage des rassemblements de la Grande Armée à un dispositif préparatoire aux marches d'invasion ne s'est pas effectué d'un seul coup.

En grand artiste qu'il était, Napoléon a modifié en l'améliorant la réunion de ses forces jusqu'au jour où il s'est décidé à franchir la frontière, de crainte d'arriver en retard au rendez-vous qu'il donnait, in petto, aux Prussiens.

 

§ 1er. — La journée du 4 octobre.

 

Ce jour-là, l'Empereur ne dicta qu'une seule lettre adressée au major général, au sujet de détachements de cavalerie et d'infanterie, dont l'arrivée prochaine lui était annoncée par le général Rapp, gouverneur de Mayence.

Deux ordres inspirés par Napoléon, mais rédigés évidemment par le major général, furent adressés dans la soirée, l'un au maréchal Lefebvre (5e corps), l'autre au maréchal Augereau (7e corps), leur prescrivant d'échelonner leurs corps d'armée sur les routes à suivre pour se porte à Coburg.

Le major général au maréchal Lefebvre.

(Würzburg, 4 octobre.)

L'Empereur ordonne, Monsieur le Maréchal, que, le 6 octobre, vous ayez un poste de cavalerie, à Münnerstadt, sur la route de Meiningen, et un autre en avant de Kœnigshofen : ces deux postes se replieront dans la journée du 6.

Voilà un ordre qui, au lieu de débuter par la mission donnée au 5e corps, à savoir la marche sur Coburg, expose tout d'abord des mesures de détail concernant l'exécution du mouvement exposé plus loin.

Sous le rapport de la méthode, c'est faible.

L'intention de l'Empereur est que vous fassiez partir toute votre cavalerie, ainsi que la division du général Gazan, le 5, pour se rendre sur la route d'Hassfurt.

Cette disposition avait pour but d'échelonner le 5e corps sur sa future route de marche, afin qu'il pût exécuter, le 6 et les jours suivants, des étapes aussi fortes que l'on voudrait, tout en procurant aux troupes les moyens de vivre sur le pays et de se cantonner.

Le 6, à la pointe du jour, vous vous mettrez en marche avec votre corps d'armée pour vous rendre à Hassfurt, sur le chemin de Coburg ; vous aurez soin d'envoyer un escadron de cavalerie sur la hauteur en arrière, entre Hassfurt et Coburg, afin d'empêcher toute communication et à tenir votre mouvement le plus secret possible.

Ainsi, deux postes de cavalerie, l'un à Münnerstadt sur la route de Meiningen, l'autre au nord de Kœnigshofen, plus un escadron sur la hauteur entre Hassfurt et Coburg, doivent assurer pendant la journée du 6 octobre le secret de la marche de flanc que le 5e corps exécutera, ce jour-là, pour se porter de Schweinfurth à Hassfurt.

A la mission de former rideau vers le nord, on affectait un très petit nombre de cavaliers, en tout, un escadron et demi.

En agissant ainsi, on n'éveillait pas l'attention de l'ennemi habitué depuis quelque temps à n'avoir en face de ses avant-postes que quelques pelotons de cavalerie.

Pour notre part, tout en admettant comme bonne la disposition adoptée pour dérober la marche du 5e corps, nous ne pouvons nous empêcher de critiquer l'ingérence du major général, à l'instigation de l'Empereur, dans des détails qui ressortissaient évidemment au chef de la cavalerie du corps d'armée.

Le major général aurait dû se borner à dire :

Afin de dérober la marche du 5e corps, on tendra un mince rideau de postes de cavalerie depuis Münnerstadt jusque sur la hauteur entre Hassfurt et Coburg, en évitant d'éveiller l'attention de l'ennemi.

Le 7, vous cantonnerez entre Hassfurt et Coburg ; le 8, vous entrerez à Coburg de manière[1] à y arriver avec tout votre corps d'armée, et qu'une heure avant l'arrivée de vos grenadiers on ne se doute pas à Coburg du commencement des hostilités ; arrivé le 8 à Coburg, vous prendrez position en avant de cette ville en vous arrangeant de manière à être, le 10, à Grafenthal, et vous vous mettrez en position de nous soutenir.

La disposition consistant à tenir la cavalerie très près de la tête de colonne du corps d'armée en arrivant sur Coburg était justifiée par cette circonstance que l'ennemi ayant de la cavalerie à Coburg ne serait instruit de l'occupation de cette ville que lorsqu'il ne serait plus temps d'y envoyer des renforts. En outre, on retardait le moment de la divulgation du mouvement sur cette ville.

Anticipant sur les événements, nous dirons ceci :

Le maréchal Lannes qui avait succédé, entre temps, au maréchal Lefebvre dans le commandement du 5e corps ne partagea pas la manière de voir du major général au sujet de l'arrivée à Coburg.

Ce maréchal envoya, pendant la nuit du 7 au 8, un régiment de chasseurs à cheval, en embuscade, près de Coburg, avec ordre d'enlever, dès le lendemain à la pointe du jour, la garnison de cette ville. Mais l'embuscade fut sans doute éventée, car les 30 cavaliers prussiens qui étaient encore à Coburg, le 7, avaient disparu lé lendemain matin.

Le major général excite notre étonnement quand il dit que le 5e corps, une fois à Grafenthal le 10, se mettra en position de soutenir la colonne du centre.

Evidemment, le commandant du 5e corps, dont le quartier général était à Schweinfurth, avait conféré avec l'Empereur alors à Würzburg, et devait connaître, au moment de se mettre en route, le dispositif de la Grande Armée et les projets de son chef. Ce maréchal ne pouvait ignorer, dès le 4 octobre, que les forces principales de l'ennemi étaient sur Erfurt, Gotha, Weimar et Naumburg.

L'ennemi étant au nord, c'était la colonne de gauche de la Grande Armée que la colonne du centre était appelée à soutenir, et non l'inverse. Le bon sens l'indique, mais, par surcroit, l'Empereur dans une lettre personnelle adressée, le 7 octobre, au maréchal Lannes, écrivait :

Comme j'ai beaucoup de troupes à Lichtenfels et à Kronach, vous serez soutenu non seulement par le maréchal Augereau (7e corps) mais encore par tout le corps du centre.

Comme on le voit, le major général était si peu tacticien que, pour lui, soutenir ou être soutenu étaient deux termes équivalents.

Nous aurons encore l'occasion de prendre le maréchal Berthier en flagrant délit d'incapacité en disséquant quelques-unes des instructions écrites par lui aux maréchaux, par, ordre de l'Empereur.

Vous trouverez, ci-joint, l'ordre que je donne au maréchal Augereau ; vous aurez soin de correspondre fréquemment ensemble, afin qu'il puisse vous secourir s'il y a lieu.

Le quartier général sera, le 6 à Bamberg, le 8 à Lichtenfels, le 9 à Kronach.

 

Le major général au maréchal Augereau.

(Würzburg, 4 octobre.)

L'Empereur ordonne que vous partiez, le 5, avec votre corps d'armée pour être rendu, le 7, à Bamberg ; le 8, vous prendrez une position intermédiaire entre Bamberg et Coburg.

Pourquoi le 7e corps allait-il passer à Bamberg pour se rendre à Coburg lorsqu'il était si simple de le diriger de Würzburg sur Schweinfurth et Hassfurt par la route qu'allait suivre le 5e corps ?

La route de Würzburg à Bamberg ne subirait-elle pas un surcroît d'encombrement, et le passage du 7e corps à Bamberg au milieu du 3e corps et des divisions de la réserve de cavalerie, n'allait-il pas contrarier les mouvements de la colonne du centre ?

Il faut que l'Empereur ait eu des motifs bien puissants pour donner au 7e corps l'itinéraire par Dettelbach, Burgebrach et Bamberg.

Nous ne voyons qu'un motif, un seul, ayant porté Napoléon à diriger tout d'abord le 7e corps, droit sur Bamberg.

Le 5e corps est corps de couverture. Il conserve son rôle jusqu'à Coburg mais sous une forme un peu différente. De couverture il devient flanc-garde mobile.

Derrière un mince rideau de cavalerie ce corps va défiler devant la ligne des postes ennemis.

Il faut qu'il courre tous les risques de sa situation de corps couvrant, afin de donner aux autres corps de la Grande Armée, en cas d'événement, le temps et l'espace, autrement dit, la liberté de manœuvre dont ils ont besoin pour agir suivant les circonstances ou en vertu des ordres que pourra leur envoyer le général en chef.

Mais, de ce qu'un corps d'armée est engagé dans une situation périlleuse pour protéger l'armée, s'ensuit-il qu'un autre corps d'armée doive partager les mêmes dangers, courir les mêmes risques ?

Outre qu'un second corps serait inutile en flanc-garde, sa présence au contact de l'ennemi pourrait amener un engagement qui, en raison de la grandeur des effectifs, prendrait une importance que le commandant de l'armée serait impuissant à modifier.

Au lieu de servir de tampon et de masque protecteur, une colonne de gauche, forte de deux corps d'armée pendant sa marche de flanc depuis Schweinfurth jusqu'à Coburg, tout près des avant-postes ennemis, deviendrait peut-être la base d'un déploiement forcé, d'une bataille inévitable au lieu et au jour que l'ennemi aurait choisis.

Non ! plutôt des fatigues, des embarras de toute sorte que de subir la loi de l'ennemi.

Donc le 5e corps, seul, continuera son office de couverture parce que, libre de ses mouvements, n'ayant qu'un seul but à remplir : la protection de l'armée, il est en situation de refuser le combat ou de combattre en manœuvrant, sans pour cela enchaîner les décisions du général en chef.

Je vous préviens que M. le maréchal Lefebvre arrivera le 8 à Coburg.

Vous devez avoir votre cavalerie réunie avec trois pièces d'artillerie légère, et à une heure en avant de votre corps d'armée, afin de pouvoir secourir celle du maréchal Lefebvre s'il y avait lieu.

Vous correspondrez souvent avec le maréchal Lefebvre pour savoir ce qu'il a devant lui.

Le quartier général sera le 6 à Bamberg, etc.

Dans l'esprit des ordres contenus dans la lettre en question, le 7e corps devait cantonner en profondeur, le 8, la tête à Rossach, la queue à Rattelsdorf, la cavalerie à Sieman, en supposant que, ce jour-là, la queue du 5e corps eût occupé Coburg, sa tête à Neustadt.

La lettre au maréchal Augereau, comme celle au maréchal Lefebvre, recommande des relations fréquentes entre le 5e et le 76 corps.

On verra plus tard que cette recommandation ne fut pas observée et qu'il aurait pu résulter de cette négligence une situation des plus dangereuses pour le 5e corps, le 10 octobre, jour du combat de Saalfeld.

 

§ 2. — La journée du 5 octobre.

 

L'Empereur dicta sept lettres, parmi lesquelles trois d'une grande importance, au major général, au maréchal Soult et au maréchal Bernadotte.

Nous allons en examiner avec soin les passages essentiels.

L'Empereur au major général.

(Würzburg, 5 octobre.)

Le commandant de Würzburg doit loger dans la citadelle..... il doit le moins possible sortir de la citadelle et de la basse ville qui est une partie de la citadelle.

Napoléon, prévoyant l'arrivée prochaine de l'ennemi sur Würzburg, veut que le commandant de cette place la considère comme en état de siège.

L'Empereur donne l'ordre ensuite que le commandant de l'artillerie de l'armée fasse mettre en batterie sur les remparts de Würzburg les 40 pièces de canon qui vont arriver, soit de Mayence par bateaux, soit d'Ingolstadt par convois.

Il doit y avoir aujourd'hui deux bataillons de troupes de Bade ; il va en arriver jusqu'à concurrence de 3.000 hommes.

L'Empereur veut donc que la garnison de Würzburg soit de 3.000 hommes. Il est à supposer que les deux autres places de dépôt : Kronach et Forchheim, devaient recevoir une garnison un peu inférieure, en raison de leur moindre étendue.

Napoléon annonce l'arrivée d'un grand nombre de détachements venant de France, par Mannheim.

Sa Garde à cheval sera, le 8, à Würzburg.

Tous les détachements, à l'exception de ceux qui seraient inférieurs à 100 hommes, devront continuer leur route sur Bamberg.

Ordre est donné que le commandant de Würzburg ait un adjoint d'état-major chargé des détails de la place. Un adjudant-commandant, relevant directement du major général pour la direction à donner aux détachements et les rapports les concernant, doit en outre être laissé à Würzburg.

Encore une fois, les officiers d'état-major, à la Grande Armée, remplissaient fréquemment des fonctions analogues à celles que nous attribuons aujourd'hui aux officiers et aux fonctionnaires de l'intendance appartenant au service des étapes.

Les missions généralement quelconques que l'on attribuait sous le premier Empire aux officiers d'état-major n'étaient pas toujours de nature à rehausser la fonction.

Qu'arrivait-il alors ? Les officiers de haute valeur servaient dans les troupes, à leur poste de combat, plutôt que d'aller s'enfouir dans un bureau des passages aussi obscur que peu intéressant.

Et dire que certains officiers de notre génération, élevés à l'école formée par les admirateurs de l'état-major tel qu'il a été constitué par Napoléon et dont le maréchal Berthier fut la personnification la plus complète, voudraient nous ramener à cet âge de l'officier bon à tout faire, pour les autres, et bon à rien, par lui-même I Il faut ignorer les principes les plus élémentaires de la biologie pour croire qu'un officier d'une haute valeur intellectuelle soit apte à remplir, tantôt des missions d'un ordre élevé, tantôt un rôle infime.

Il faut savoir utiliser les hommes au mieux de leurs aptitudes.

Si le commandement a besoin d'une catégorie d'aides appelés à des fonctions secondaires, que l'on crée un personnel secondaire, mais qu'on n'aille pas contraindre les esprits d'élite à des besognes contraires à leur nature.

S'est-on jamais avisé d'atteler un pur sang à un tombereau ?

L'homme d'élite, à l'intelligence vive, au cœur ardent, peut devenir rétif quand on ne sait pas l'utiliser convenablement, à moins qu'il ne tombe dans le scepticisme, le plus grand de tous les maux, le seul, à notre avis, qui soit presque incurable.

Mon intention est que toute la place soit défendue contre des hussards, et même contre un corps d'infanterie légère ennemi, sauf à se retirer dans la citadelle et dans la partie basse de la ville sur la rive gauche du Main, si un corps d'armée considérable se présentait sur Würzburg et qu'on ne fût pas en force pour mettre toute la ville à l'abri d'un coup de main.

Ainsi, toute la ville sera défendue contre des troupes légères et, si un corps d'armée important se présente, la garnison se retirera dans la citadelle et dans la basse ville pourvue d'une enceinte fortifiée.....

Dans la journée du 7 octobre, le pays de Würzburg se trouve découvert du côté de Fulda et de Gotha. Il faut que, le 8, le commandant se trouve en mesure de lever les ponts-levis et de fermer ses portes si, le 9 ou le 10, ce qui serait physiquement possible, les hussards se présentaient devant la ville.

Effectivement, le 5e corps ayant l'ordre de rappeler à lui, le soir du 6 octobre, les postes de cavalerie qu'il aura laissés comme d'habitude en face des postes ennemis de Münnerstadt et de Kœnigshofen, la cavalerie ennemie pourra être tentée d'avancer, le 7, dans la direction du Main.

La lettre dont nous venons d'analyser les passages principaux définit très complètement le rôle des places de dépôt, formant points d'appui pour les opérations dans le système de guerre napoléonien.

D'après les idées actuelles, les places frontières ne semblent pas devoir remplir une mission semblable à celle que leur donnait Napoléon, et pourtant, nous penchons à croire que si l'on voulait bien étudier nos zones fortifiées de la région de l'est au point de vue des ressources et des avantages qu'elles sont susceptibles de procurer aux opérations offensives, il en résulterait des enseignements précieux pour la préparation d'une guerre offensive dans la région de la Moselle et du Rhin.

Nous dirons même que nos régions fortifiées du nord-est ne rendront de grands services à nos armées que si nous prenons résolument l'offensive, car si l'ennemi écoule ses masses entre Épinal et Toul et au nord de Verdun, les musoirs fortifiés qui ont coûté si cher et qui absorberont pour leur défense tant d'éléments actifs ne seront pas plus utiles que ne l'ont été en 1813, pour Napoléon, les places de l'Elbe et, en 1814, celles de la région de l'est de la France.

L'utilisation d'une région fortifiée au début de la guerre suppose que les rassemblements principaux s'effectueront derrière elle pendant qu'une couverture, forte du quart au sixième des forces totales, jouera le rôle d'avant-garde.

Cela ne veut pas dire que la couverture sera placée directement en avant de la zone fortifiée en question, car une telle zone offrant sur tout son front une protection absolue c'est plutôt latéralement à ce front et en avant que la couverture trouvera l'emplacement le plus avantageux.

Soit par exemple la zone fortifiée A, C, B, dont les deux extrémités sont formées par des places de première grandeur et dont le front est défendu par des forts battant des débouchés de montagnes.

Pendant que les armées M, N, 0, se rassembleront derrière la zone A, C, B, l'armée de couverture P se tiendra un peu en dehors et en avant, face au centre présumé des rassemblements ennemis X, Y.

Un tel dispositif permet de manœuvrer l'ennemi lorsque, une fois amorcé par l'armée P, il s'est cramponné à elle.

Ce dispositif présente aussi l'avantage de reculer le moment de notre offensive en laissant l'ennemi s'engager, à la suite de l'armée de couverture P, dans la direction de R jusqu'au moment où, débouchant de notre zone fortifiée A, C, B, nous prendrons l'ennemi en flanc par un simple mouvement en avant de nos armées M, N, 0.

 

Nous croyons en avoir dit assez, pas trop cependant, sur la question majeure des rassemblements en combinaison avec la fortification permanente d'une frontière.

 

L'Empereur au maréchal Soult.

(Würzburg, 5 octobre, 11 heures matin.)

La lettre que nous allons étudier est une des plus importantes parmi celles qu'a dictées Napoléon avant l'ouverture des opérations.

On y trouve, magistralement exposée, la pure doctrine de la manœuvre d'armée qui consiste à dérober à l'ennemi trois ou quatre marches pour franchir un massif montagneux, se former au delà, en bataillon carré, et marcher dans cet ordre jusqu'à ce que l'ennemi vienne offrir la bataille, ou bien qu'on aille la lui imposer.

Le major général rédige dans ce moment vos ordres que vous recevrez dans la journée.

Cette rédaction consistait, nous l'avons déjà dit, à copier la minute de l'Empereur en changeant la phrase du début.

Mon intention est que vous soyez le 8 à Baireuth.

Le pays de Baireuth à Hof est un pays peu propre à la cavalerie.

En effet, la route traversant des montagnes qui offrent un petit nombre de débouchés étroits et des plaines de faible étendue, la cavalerie prussienne, pour si bonne et si nombreuse qu'elle soit, ne pourra guère entraver la marche du 4e corps.

 

Je crois convenable que vous connaissiez mes projets, afin que cette connaissance puisse vous guider dans les circonstances importantes.

Il s'agit donc d'une instruction d'autant plus nécessaire que le maréchal Soult va se trouver séparé de la colonne du centre, par conséquent du grand quartier général pendant plusieurs jours, et que les communications transversales dans le massif du Franken-Wald deviendront très difficiles, sinon impossibles.

J'ai fait occuper, armer et approvisionner les citadelles de Würzburg, de Forchheim et de Kronach, et je débouche avec toute mon armée sur la Saxe par trois débouchés.

Vous êtes à la tête de ma droite, ayant à une demi-journée derrière vous le corps du maréchal Ney, et à une journée derrière 10.000 Bavarois, ce qui fait au delà de 50.000 hommes.

Le maréchal Bernadotte est à la tête de mon centre. Il a derrière lui le corps du maréchal Davout, la plus grande partie de la réserve de cavalerie et ma Garde, ce qui forme plus de 70.000 hommes.

Il débouche par Kronach, Lobenstein et Schleiz.

Le maréchal Soult n'est plus chargé de pénétrer le premier chez l'ennemi et d'ouvrir le débouché de la colonne du centre.

Les derniers renseignements, on le verra plus loin, montrent très positivement le gros des forces ennemies sur Erfurt.

Il en résulte que l'ennemi ne pourra opposer que de faibles détachements aux têtes de colonne et que, par suite, une manœuvre préalable de Hof sur Schleiz devient inutile.

Toute l'armée va donc s'ébranler à la fois sur trois colonnes à la même hauteur ; mais le 1er corps précède d'une demi-marche environ le front du dispositif, comme avant-garde d'armée, bien que Napoléon ait écrit simplement :

Le maréchal Bernadotte est à la tête de mon centre.

Le 5e corps est à la tête de ma gauche. Il a derrière lui le corps du maréchal Augereau. Il débouche par Coburg, Grafenthal et Saalfeld.

Cela forme plus de 40.000 hommes.

Le même jour que vous arriverez à Hof, tout cela sera arrivé dans des positions à la même hauteur.

L'Empereur compte que le 4e corps devant être à Baireuth le 8, sera, le 10, à Hof, et que, ce jour-là, le 1er corps occupera Schleiz pendant que le 5e corps atteindra Saalfeld.

En réalité, le 4e corps ayant devancé son départ d'un jour (ordre expédié par le major général le 5 au soir), c'est-à-dire ayant pris possession de Baireuth, le 7 au lieu du 8, il déboucha sur Hof, le 9.

Je me tiendrai le plus constamment à la hauteur du centre.

Avec cette immense supériorité de forces réunies sur un espace si étroit, vous sentez que je suis dans la volonté de ne rien hasarder et d'attaquer l'ennemi partout où il voudra tenir, avec des forces doubles.

Il paraît que ce qu'il y a le plus à redouter chez les Prussiens, c'est leur cavalerie ; mais avec l'infanterie que vous avez, et en vous tenant toujours en position de vous placer en carrés, vous avez peu à redouter. Cependant aucun moyen de guerre ne doit être négligé, ayez soin que 3.000 ou 5.000 outils de pionniers marchent toujours à hauteur de vos divisions, afin de faire dans la circonstance une redoute ou un simple fossé.

Napoléon sait qu'il aura affaire à des troupes autrement redoutables que les troupes autrichiennes qui ont si peu tenu, l'année précédente, au cours de ses opérations sur le Danube.

Il s'agit maintenant de jouer serré, de ne rien négliger parmi les moyens de lutte et, par conséquent, d'avoir recours, s'il le faut, à la fortification improvisée.

Si l'ennemi se présentait contre vous avec des forces moindres cependant de 30.000 hommes, vous pouvez, en vous concertant avec le maréchal Ney, réunir vos troupes et l'attaquer ; mais s'il est dans une position qu'il occupe depuis longtemps, il aura eu le soin de la reconnaître et de la retrancher ; dans ce cas, conduisez-vous avec prudence.

Autrement dit, n'attaquer qu'un ennemi en mouvement et manœuvrer devant un ennemi en position retranchée.

Cette règle est de tous les temps.

La prudence ordonnée par l'Empereur est significative.

Non seulement, il ne faudra pas attaquer avec les 50.000 hommes de la colonne de droite un corps prussien supérieur à 30.000 hommes, mais encore on devra agir avec beaucoup de prudence vis-à-vis d'une force inférieure à 30.000 hommes si elle est en position et retranchée.

Arrivé à Hof, votre premier soin doit être de lier des communications entre Lobenstein, Ebersdorf et Schleiz. Je serai ce jour-là (le 10) à Ebersdorf.

Les cartes de l'époque portent une route à deux traits de Hof à Schleiz et un chemin à un trait de Hof à Lobenstein.

Cette dernière localité se trouve à moitié distance environ entre la ligne de faîte (le pendant des eaux, d'après le style du temps) et Saalburg ; Ebersdorf est située à moitié route de Saalburg et de Lobenstein.

Les communications prescrites par Napoléon devront se faire ainsi par les chemins transversaux du versant de la haute Saale.

Les nouvelles que vous aurez de l'ennemi, à votre débouché de Hof, vous porteront à vous appuyer un peu plus sur mon centre ou à prendre une position en avant, pour pouvoir marcher sur Plauen.

Cette phrase signifie que si le maréchal Soult apprend en arrivant à Hof que l'ennemi a un corps nombreux vers Schleiz en face du débouché central et peu de forces à Plauen, il marchera aussitôt de Hof sur Schleiz afin d'ouvrir le débouché à la colonne du centre et, dans le cas contraire, il devra prendre position sur les hauteurs, entre Saale et Elster, qui commandent l'accès de Plauen.

Selon tous les renseignements que j'ai aujourd'hui, il paraît que si l'ennemi fait des mouvements, c'est sur ma gauche, puisque le gros de ses forces paraît être à Erfurt.

Napoléon fait ainsi entrevoir au maréchal Soult qu'il ne rencontrera probablement que de très faibles détachements pendant sa marche sur Hof et Plauen.

Je ne saurais trop vous recommander de correspondre très fréquemment avec moi et de m'instruire de tout ce que vous apprendrez sur la chaussée de Dresde.

Vous pensez bien que ce serait une belle affaire que de se porter autour de cette place en un bataillon carré de 200.000 hommes. Cependant tout cela demande un peu d'art et quelques événements.

L'idée maîtresse contenue dans la phrase qui précède est la forme en carré que doit affecter la Grande Armée, une fois sortie des montagnes, pour se porter sur Berlin par Dresde.

Napoléon ignore si la bataille qui doit décider de l'issue de la guerre aura lieu en deçà ou au delà de Dresde. Toutefois, il pense que l'ennemi, lorsqu'il saura l'armée française au delà de la haute Saale, s'empressera de rétrograder rapidement vers l'Elbe pour défendre ce fleuve, la seule barrière couvrant Berlin. Alors Dresde pourra devenir le point de passage de la Grande Armée, laquelle évitera ainsi les places de Torgau et de Wittemberg, tout en débordant par le sud les lignes de défense probables.

Les événements ont été autres que ceux que Napoléon pouvait présumer le 5 octobre. La marche sur Dresde n'a pas eu lieu, mais la Grande Armée a pris, dès le 11 octobre, la forme d'un bataillon carré.

Cette forme doit être celle de toute armée qui s'avance vers un ennemi éloigné, sans savoir encore de quel côté elle portera ses efforts.

L'Empereur au maréchal Bernadotte, à Kronach.

La présente lettre offre beaucoup moins d'intérêt que les deux précédentes ; aussi en résumerons-nous ses parties accessoires en réservant notre analyse pour les prescriptions qui présentent de l'importance au point de vue de la doctrine stratégique.

Napoléon annonce au maréchal Bernadotte qu'il n'aura plus sous ses ordres les Bavarois du général de Wrède (réponse favorable à la demande en date du 19 septembre) et qu'en échange la division Dupont (auparavant au 6e corps) passe sous son commandement.

La division Dupont arrivant de Cologne par Mayence et Würzburg sera, le 6 octobre, à Bamberg et devra cantonner sans délai près de Lichtenfels et de Kronach. Le 1er hussards, détaché à cette division, fera le service d'escorte auprès de l'Empereur jusqu'à l'arrivée de la Garde à cheval.

Le fort de Kronach doit être armé, etc.

Choisissez une bonne position au pendant des eaux, que l'on puisse occuper pendant que tout le centre de l'armée filera par Kronach sur le chemin de Leipzig.

La prévision impériale présente une certaine analogie avec le système de protection d'une colonne traversant un défilé, que le maréchal Bugeaud employait au cours de ses opérations dans le Tell algérien quand une attaque était à craindre en avant ou sur les flancs de la marche. Dans ce cas, l'avant-garde détachait une fraction plus ou moins forte qui allait prendre position du côté dangereux, sur le mamelon voisin du col à traverser, ou bien, faisait occuper les deux hauteurs qui commandaient le défilé. Lorsque toute la colonne s'était écoulée au delà du col, les fractions détachées par l'avant-garde quittaient leur position et se joignaient à l'arrière-garde.

Dans l'esprit de Napoléon, le 1er corps, avant-garde de l'armée, celui par conséquent qui franchirait le premier le col de la route Kronach-Saalburg, aurait à placer une brigade ou une division en position sur les flancs de la route, au pendant des eaux, pour garantir la colonne du centre contre toute attaque latérale pendant son écoulement.

Ajoutons que la précaution commandée par l'Empereur fut jugée inutile au moment où elle aurait pu être observée.

Je serai demain, 6, à Bamberg. Mon intention est de commencer mes opérations incontinent.

Napoléon n'a pas perdu un seul jour depuis que les ordres ont été lancés pour faire venir à Würzburg le 7e corps, la Garde et la division Dupont. Ces troupes n'ont pas cessé de marcher, sauf la division Dupont qui a passé trois jours aux environs de Würzburg, et c'est sur leur arrivée à la place qu'elles doivent occuper dans le dispositif général de marche que se réglera l'Empereur pour mettre toute l'armée en mouvement.

Le 7e corps va jouer ainsi un rôle analogue à celui d'une compagnie dont l'arrivée à sa place de colonne décide de la mise en marche du bataillon.

Vous devez trouver à Lichtenfels et à Kronach des paysans qui connaissent suffisamment le pays pour vous donner des renseignements sur la nature des communications de Grafenthal à Lobenstein et de Lobenstein à Hof et Plauen.

L'Empereur attache, on le voit, une grande importance aux communications transversales qui permettraient, le cas échéant, aux trois colonnes de se soutenir mutuellement quand elles déboucheront, le 10, au delà du pendant des eaux.

Comme Lobenstein, Grafenthal est un peu à l'est de la ligne de faite du Franken- Wald et appartient au versant de la Saale.

Pendant la journée du 5 octobre, l'Empereur écrivit encore quatre lettres d'une importance moindre que les précédentes.

L'Empereur au maréchal Davout, à Bamberg.

Je serai probablement demain à Bamberg..... Vous devez prendre le chemin de Lichtenfels : ainsi n'éloignez pas vos cantonnements de cette route.

Cette dernière recommandation revenait à dire : échelonnez votre corps d'armée sur la route qui conduit à Lichtenfels.

Ordre de Napoléon à M. de Montesquiou, officier d'ordonnance de l'Empereur.

Passer le 6 à Würzburg ; en repartir le 7 à 4 heures du soir.

Aller le 7 à midi à la citadelle ; voir le nombre de pièces en batterie, la quantité de munitions, la situation de la garnison, comment le service fonctionne.

Prendre note des effets d'artillerie, de la farine et du biscuit arrivés le 6 et le 7.

Rejoindre sur la route de Bamberg la 1re division du grand parc mobile et compter les voitures, compagnies d'artillerie et de sapeurs qui s'y trouvent.

Être de retour, le 8, à Bamberg, avec note de tout ce qui aura été vu.

 

Napoléon ne possédant pas le don d'ubiquité donnait assez souvent à des officiers de sa maison militaire des missions dans le genre de celle-ci afin d'être renseigné de la façon la plus sincère sur la véritable situation des choses.

Par devoir professionnel, tout officier d'état-major est appelé à rendre un compte exact, sans faiblesse comme sans passion, de ce que son chef lui a ordonné de voir ; c'est là un rôle des plus délicats, un de ceux qui exigent le plus de fermeté dans le caractère ; car l'humanité est ainsi faite que les rapports destinés au commandement ne sont pas toujours en parfaite harmonie avec la stricte vérité.

Au risque de soulever des ressentiments, l'officier d'état-major chargé de voir aux lieu et place de son général doit à celui-ci la vérité absolue.

Ordres.

Le maréchal Lannes, par ordre de Sa Majesté, prend le commandement du 5e corps d'armée qui se trouve à Schweinfurth.

Ainsi, l'Empereur, à la veille de l'ouverture des opérations, enlève au maréchal Lefebvre le commandement du 5e corps qu'il occupe depuis plusieurs mois, pour le donner au maréchal Lannes.

La décision a dû paraître fort pénible au maréchal Lefebvre, mais elle était commandée par l'intérêt supérieur de l'armée.

Le maréchal Lannes était un homme de guerre, un tacticien consommé qui avait toute la confiance de Napoléon, tandis que le maréchal Lefebvre venait de commettre, pendant la période du rassemblement, un certain nombre d'erreurs, on pourrait dire de bévues, qui avaient probablement indisposé l'Empereur contre lui.

On se rappelle son projet de bivouacs pour toute la durée du rassemblement, ses tergiversations au sujet du point le plus favorable pour assurer la sécurité du rassemblement général, etc.

Le 5e corps devant être, suivant les derniers renseignements acquis, le plus exposé à une attaque sérieuse de l'ennemi et sa mission de flanc-garde générale pouvant le contraindre à manœuvrer et à combattre dans des conditions fort périlleuses, il était naturel que Napoléon mit à sa tête le maréchal renommé comme le plus manœuvrier, après Davout, et le plus fertile en ressources.

Le major général eut l'ordre d'affecter le maréchal Lefebvre au commandement d'une division de la Garde et, pour lui rendre la mutation moins amère (lui dorer la pilule), il lui communiqua la décision de l'Empereur et la faisant précéder d'une phrase des plus élogieuses :

L'Empereur désirant vous avoir plus particulièrement auprès de lui, etc.

 

Le major général expédia en outre, ce jour-là (5 octobre), leurs ordres de mouvement : au 5e corps (maréchal Lannes), au 7e (maréchal Augereau), au 4e (maréchal Soult), au 6e (maréchal Ney), à la Garde (maréchal Bessières), au grand quartier général et aux grands parcs mobiles du génie et de l'artillerie (généraux Kirgener et Songis).

 

Nous allons examiner les points saillants de ces ordres.

Ordre au maréchal Lannes, à Schweinfurth.

Le 5e corps partira, le 6, à la pointe du jour, et se rendra à mi-chemin de Schweinfurth à Bamberg, de manière à arriver, le 7, à la fourche de la route de Bamberg à Coburg et, le 8, de bonne heure, à Coburg.

Le 9, vous porterez vos postes en avant de Neustadt pour faire place au maréchal Augereau (7e corps) qui doit arriver, ce jour-là, à Coburg.

Vous prendrez le plus tôt possible position sur le pendant des eaux ; vous arriverez à Grafenthal le 10. Vous serez toujours appuyé dans vos mouvements par le corps du maréchal Augereau qui marchera derrière vous.

L'ordre d'arriver à Grafenthal le 10 est formel. Cette localité importante étant située près du col, sur le versant de la Saale, c'est auprès d'elle que l'Empereur a sans doute voulu que le 5e corps prit position en attendant de nouveaux ordres.

D'ailleurs, à l'inspection de la carte, les environs immédiats de Grafenthal présentent une zone de terrain découvert qui permettait aux troupes de prendre des formations tactiques.

A partir du 8, le 7e corps devant former le deuxième échelon de la colonne dont le 3e corps tenait la tête, celui-ci allait perdre un peu de son importance de corps couvrant. Désormais, les opérations du 5e corps n'auront plus le caractère d'indépendance relative dévolu à la couverture d'une armée, et pourtant, nous verrons Napoléon écrire, le 7 octobre, au maréchal Lannes, pour lui tracer sa ligne de conduite dans le cas où il serait attaqué par des forces supérieures aux environs de Coburg et de Grafenthal, comme s'il remplissait encore, le 8 et le 9, le rôle de corps flanquant pour l'ensemble de l'armée.

L'ordre prescrit au maréchal Lannes de communiquer si c'est possible, le 9, avec le maréchal Bernadotte qui aura — ses troupes à Lobenstein et Saalburg (avant-garde) et avec l'Empereur qui sera à Ebersdorf ou en arrière de Lobenstein.

 

Pour masquer et assurer votre mouvement, il est convenable que, dans la journée du 6 et celle du 7, un piquet de cavalerie de 20 hommes reste derrière Melrichstadt et fasse des reconnaissances comme à l'ordinaire ; qu'un autre soit en avant de Kœnigshofen. Dans la journée du 8, tous les détachements vous rejoindront.

L'ordre du 4 octobre au maréchal Lefebvre, alors chef du 5e corps, disait que les postes de cavalerie destinés à continuer le service de reconnaissances sur la frontière seraient repliés le 6 octobre.

La prescription contenue dans l'ordre du 5 octobre est plus judicieuse, mais nous nous refusons à approuver les minuties dans lesquelles entre l'ordre d'armée du 5 octobre, quand il fixe le nombre de piquets, leur composition et leur emplacement.

Un commandant de corps d'armée de la valeur du maréchal Lannes avait-il besoin qu'on lui mâchât la besogne à ce point ? De tels procédés de commandement tuent à la longue la réflexion et l'initiative, dépriment enfin ceux qui, — de simples exécutants, pourraient devenir des collaborateurs précieux.

Le maréchal Lannes dut placer un piquet de 10 chevaux à la croix de Würzburg à Schweinfurth, pour faire rétrograder sur Würzburg les détachements en marche sur Schweinfurth, cette ville devant être totalement évacuée par les troupes françaises ou alliées.

 

A votre passage, le 7, à Bamberg, vous vous rendrez au quartier général pour recevoir des instructions plus détaillées sur vos opérations.

Cette prescription est excellente et doit être retenue, car un commandant de corps d'armée peut, en quelques quarts d'heure d'entretien avec le commandant de l'armée ou le chef de l'état-major, recevoir des indications plus complètes sur la situation et les opérations qui le concernent qu'à la suite d'une volumineuse correspondance. L'occasion est bonne pour lui de faire part de ses objections, de demander des explications, en un mot, de s'orienter très exactement sur ce qu'on attend de lui et des autres.

Ordre au maréchal Augereau.

Le maréchal Augereau reçut, le 5, cet ordre laconique :

Ordre au maréchal Augereau de partir, le 6, avec son corps d'armée pour se rendre à Bamberg, de manière à y être arrivé, le 8 au matin, de bonne heure.

Ordre au maréchal Soult.

Le major général expédia, le même jour (5 octobre), au maréchal Soult, un ordre fort long qui n'est en quelque sorte que la paraphrase de la lettre impériale analysée un peu plus haut.

Toutefois, nous y relèverons les prescriptions suivantes :

L'Empereur, Monsieur le Maréchal, ordonne que vous preniez vos mesures pour entrer à Baireuth, le 7, de meilleure heure possible. Vous y entrerez en masse, de manière qu'une heure après l'entrée du premier de vos hussards tout votre corps d'armée soit à Baireuth et puisse faire encore quelques lieues au delà sur la route de Hof ; vous continuerez votre marche, le 8, de manière à avoir votre corps d'armée, dans la nuit du 8 au 9, sur les hauteurs de Münchberg.

Dans la journée du 9, vous porterez votre corps d'armée à Hof.

L'ordre de mouvement avance d'un jour l'arrivée du 4e corps à Baireuth, puisque la lettre impériale du 5 donne le 8 comme date de 11h prise de possession de cette ville qui dépendait des États prussiens.

Il résultera de cette disposition et d'une autre analogue prise à l'égard de la colonne du centre, que la colonne de gauche sera en retard sur les autres, c'est-à-dire ne pourra déboucher sur la Saale à Saalfeld, que le 11, alors que le corps de tête (4e) de la colonne de droite aura atteint cette rivière, le 9, à Hof, et l'avant-garde de l'armée (1er corps, en avant de la colonne du centre), le 8, à Saalburg.

Entre le moment où l'Empereur a écrit au maréchal Soult et celui où l'ordre de mouvement dicté par lui puis expédié par le major général a été lancé. Napoléon a dû réfléchir que la colonne de gauche étant la plus exposée il convenait de faciliter son débouché en Saxe en donnant aux autres colonnes une certaine avance sur elle.

L'avant-garde de l'armée arriva en effet devant Saalburg, le 8, ce qui permettait au 1er corps d'attaquer en flanc, le 10, à. la suite d'une marche latérale en descendant le cours de la Saale, les troupes, ennemies qui de Saalfeld voudraient s'opposer au débouché du 5e corps.

L'ordre de mouvement du 9 au maréchal Soult, veut que le 4a corps entre en masse à Baireuth de manière que son écoulement, depuis le premier hussard jusqu'à l'arrière-garde, ne dure qu'une heure.

On verra plus loin comment cet ordre fut exécuté. Disons, dès à présent, que par masse ou masse de guerre on entendait, en ce temps-là, que les troupes fussent disposées, en colonne, par peloton (compagnie), simple ou double, à demi-distance ou serrée, l'infanterie en dehors d'un seul ou des deux côtés de la route, l'artillerie sur la route L'arrivée en masse du 4e corps autour de Baireuth, visait surtout l'effet moral à produire sur les habitants et, par contre-coup, sur l'ennemi.

Le corps d'armée marchant en masse de guerre faisait avorter, le cas échéant, toute velléité de résistance de la part d'un ennemi peu nombreux, et, s'il fallait combattre, la période d'engagement n'était pas longue.

On marchait donc en masse de guerre quand on croyait pouvoir rencontrer l'ennemi et le surprendre ; mais il fallait, pour que cette marche fût possible, que le terrain limitrophe de la route se prêtât à la marche de l'infanterie en colonne.

D'après l'inspection de la carte, Napoléon dut supposer que de Thumbach à Baireuth, la marche en masse était possible.

Il ajoute que le 4e corps devra pouvoir faire encore quelques lieues au delà, sur la route de Hof.

Cela veut dire qu'après une halte du 4 e corps, en masse de guerre près de Baireuth, on rompra la masse pour faire quelques lieues en formation de marche sur la route qui, à partir de Baireuth, devient montagneuse.

Je vous préviens que le maréchal Ney sera à une demi-journée derrière vous ; je lui donne l'ordre d'avoir toujours sa cavalerie à une heure en avant de lui, afin qu'il puisse se porter au secours de la vôtre, s'il y avait lieu.

 

Un ordre semblable avait été donné, le 4, on s'en souvient, au maréchal Augereau devant suivre le 5e corps, à partir des environs de Bamberg.

Nous ne devez, Monsieur le Maréchal, prendre aucune peine du château de Culmbach ; le général de Wrède (commandant les Bavarois) qui marche après le corps du maréchal Ney, a l'ordre de le cerner et de le prendre, si toutefois l'ennemi n'est pas en force à Hof.

Le château de Culmbach (Kulmbach ou Plessenburg) était situé sur la route longeant la rive droite du haut Main, à 30 kilomètres de Lichtenfels et à 20 kilomètres de Baireuth.

Ce fort, alors occupé par une garnison prussienne, n'avait aucune action sur la route de Baireuth à Hof, à cause de la distancé de 16 à 18 kilomètres qui le sépare de Berneck le point de cette route le plus rapproché de Culmbach.

Les Bavarois de 1806 n'étaient pas des gens à s'emparer de vive force d'un poste fortifié ; ils n'eurent Culmbach qu'à la fin de novembre, par capitulation. Leurs descendants ont agi de même devant Bitche, en 1870.

Un fort qui ne commande pas directement un passage inévitable comme était le fort de Bard, lors du passage de l'armée de réserve en Italie, ne mérite pas qu'on s'en occupe autrement qu'en le faisant investir par un détachement de troupes de l'arrière ; c'est ce que fit Napoléon.

 

Le quartier général sera, le 6, à Bamberg, le 8, à Lichtenfels, le 9, à Kronach.

L'ordre de mouvement pour le 5e corps indiquait que, le 9 octobre, le grand quartier général serait à Ebersdorf ou en arrière de Lobenstein, suivant les circonstances, c'est-à-dire bien au delà de Kronach.

En fait, Napoléon coucha, le 9, à Ebersdorf, après avoir assisté au début du combat de Schleiz.

La différence que nous venons de signaler au sujet des emplacements probables du quartier impérial semble indiquer que les ordres expédiés, le 5, aux maréchaux étaient antérieurs à celui qui fut adressé, le même jour, au maréchal Lannes et que, dans l'intervalle, l'Empereur se décida à porter, le 9, son quartier général auprès de l'avant-garde de l'armée, à Ebersdorf.

 

Vous aurez soin d'envoyer, tous les jours, un officier à l'état-major général, pour rendre compte de votre position et des nouvelles que vous aurez de l'ennemi.

Cette prescription est importante ; elle est la base des communications indispensables à établir journellement entre les quartiers généraux des corps d'armée et le grand quartier général de l'armée.

En 1870, du côté allemand, les corps d'armée envoyèrent, chaque jour, à une heure déterminée, un officier d'état-major, à cheval, et le plus souvent en voiture, pour remettre les rapports et prendre les ordres.

 

Sa Majesté est assurée de la bonne intelligence qui régnera entre vous et le maréchal Ney ; si vous aviez seulement affaire à un corps de 20.000 hommes, Sa Majesté entend que le corps du maréchal Ney soit arrivé avant que vous attaquiez, non que Sa Majesté ne doute que votre corps ne culbutât un corps d'égale force, même beaucoup plus considérable, mais c'est qu'en se trouvant plus nombreux, on épargne le sang et on a des affaires plus décisives.

L'idée qui couve sous ce paragraphe est la même que celle exprimée dans l'ordre de mouvement au maréchal Lannes.

L'Empereur ne veut pas d'engagement à moins d'opposer à l'ennemi des forces doubles.

La colonne de droite comprend au total plus de 50.000 hommes ; elle devra donner, tout entière réunie, si la force de l'ennemi dépasse 20.000 hommes.

Napoléon excite la confiance de ses troupes quand il affirme que le 4e corps est fort capable, à lui seul, de culbuter un corps ennemi égal -ou même -supérieur en nombre ; seulement il me veut pas d'affaire de ce genre pour plusieurs raisons parmi lesquelles les plus essentielles ne sont pas celles mises en avant d'épargner le sang et d'obtenir une action plus décisive.

L'armée prussienne est encore environnée de l'auréole due aux .succès de Frédéric. Napoléon lu tient-en grande estime, lui accorde même plus de valeur qu'elle n'en possède réellement, et il veut agir en conséquence.

Telle a été la situation an début de la guerre de 1870, lorsque les Allemands imbus d'une crainte salutaire à notre endroit nous attaquèrent sur la Lauter et la Sauer avec des forces plus que doubles.

On peut dire avec certitude qu'à une époque comme la nôtre, où l'opinion joue un si grand rôle, il faut, au début d'une guerre, frapper un grand coup avec des forces tellement supérieures que l'ennemi, là où la rencontre initiale se produira, ne puisse éviter un échec.

Ce succès d'avant-garde, gage des victoires ultérieures à remporter sur les grandes masses, appartiendra à la nation dont l'armée de couverture sera la plus forte, la première prête et la plus habilement conduite.

 

Sa Majesté vous aurait envoyé plus de cavalerie, mais le pays de Hof est tellement coupé qu'il pense qu'entre vous et le maréchal Ney vous en avez suffisamment.

 

Le 8 octobre, écrivant au maréchal Lannes au sujet de l'entrée du 5e corps à Coburg, le 7, au lieu du 8, l'Empereur s'exprime ainsi :

Je n'ai point de vos nouvelles. Je suis fâché que vous soyez entré à Coburg hier : vos instructions portaient d'y entrer ce matin et en masse.

De cette citation et de quelques autres symptômes que nous signalerons plus loin, nous concluons que les ordres de mouvement lancés par le major général, le 4 et le 5, n'ont pas été la copie pure et simple d'un ordre général de mouvement dicté par l'Empereur. En effet :

1° L'ordre au maréchal Lannes ne dit pas d'entrer à Coburg en masse ; c'est seulement dans l'ordre au maréchal Soult que se trouve cette prescription ;

2° L'Empereur emploie indifféremment le terme d'ordre ou d'instruction pour désigner les lettres adressées par le major général aux maréchaux en vue de la traversée du Franken-Wald ;

3° La lettre de l'Empereur au maréchal Soult est nette, claire et concise. Celle du major général au même maréchal, dont nous avons sauté un grand nombre de passages prolixes ou inutiles, compte 663 mots et ne fait que diluer la prose si ferme de Napoléon.

Voici comment les choses ont dû se passer : Napoléon a dicté un ordre général de mouvement pour la Grande Armée, contenant, comme l'ordre pour les dispositions de rassemblement du 19 septembre, un paragraphe pour chaque corps ou service.

Il a dû ensuite expliquer de vive voix au major général les mesures de détail à prendre pour l'exécution, et le maréchal Berthier a sans doute pris des notes sur son carnet.

C'est sur l'ordre général, avec le secours de ses notes, que le major général a probablement fait son travail de rédaction des ordres aux corps d'armée.

Napoléon voulait que le 5e corps entrât à Coburg en masse, ainsi que le 4 e corps à Baireuth.

Le major général a fait part de cet ordre au maréchal Soult et l'a oublié, en ce qui concernait le maréchal Lannes.

Les ordres de mouvement du 4 et du 5 octobre mettent à nu la faiblesse du maréchal Berthier, sa niaiserie pour employer le qualificatif d'un contemporain[2].

Nous avons dit que l'ordre du major général au maréchal Soult, en date du 5 octobre, compte 663 mots sans compter l'adresse. L'ordre analogue envoyé le même jour au maréchal Lannes n'en a guère moins.

Du 4 au 7 octobre, le major général a expédié 16 ordres ou instructions, pour la traversée du Franken-Wald devant embrasser les journées du 7, du 8 et du 9 octobre.

Ces 16 ordres contiennent, ensemble, 3,839 mots, non compris ceux des adresses.

Le 4 août 1870, le prince Frédéric-Charles, commandant de la IIe armée allemande, lança un ordre pour la traversée de la Haardt qui devait s'exécuter en trois jours, les 5, 6 et 7 août.

Son armée se composait de 6 corps et de 2 divisions de cavalerie.

L'ordre en question, unique pour la IIe armée, contient 396 mots, ou seulement 30 mots de plus que l'ordre du maréchal Berthier à un seul corps d'armée, le 4e.

Mais la supériorité de l'état-major allemand s'arrête là et ne dépasse pas la question de forme, car les mesures prises par le prince Frédéric-Charles pour la traversée de la Haardt ne rappellent que de très loin les dispositions magistrales de Napoléon en vue du franchissement d'un massif plus difficile, le Franken- Wald, à la barbe de l'ennemi.

Plus tard, quand nous étudierons la stratégie du grand état-major prussien en 1870, nous examinerons, comme terme de comparaison, les trois journées de marche montagneuse ou boisée de la IIe armée allemande, les 5,6 et 7 août 1870 et l'on verra la distance qui sépare les disciples du maître, quant à la conception et à la préparation.

Mais, sous le rapport de la méthode apportée dans la rédaction et la transmission des ordres, en un mot, dans le service d'état-major, nous sommes obligés de convenir que l'armée allemande de 1870 s'est montrée très supérieure à la Grande Armée de Napoléon, à cette armée faite par un homme, pour un homme, et pas pour un autre.

 

Les autres ordres de mouvement, expédiés par le major général dans la journée du 5 octobre, étant moins importants que les ordres aux maréchaux Lannes et Soult placés, l'un à la tête de la colonne de gauche, l'autre à celle de droite, nous allons les résumer brièvement.

Le major général au maréchal Ney (6e corps), à Nuremberg.

Le maréchal Soult entre le 7 à Baireuth et de là marche sur Hof.

Le 6e corps sera le 8 à Baireuth, se tiendra toujours à une demi-journée du 4e corps et lui prêtera son appui.

Le général de Wrède (Bavarois) qui suit le 6e corps a ordre d'occuper Culmbach.

Le quartier général sera le 6 à Bamberg, le 8 à Lichtenfels, le 9 à Kronach.

Le major général au maréchal Bessière (Garde), à Würzburg.

Le maréchal Bessière partira avec toute la Garde pour être rendu le 6 ou le 7 à Bamberg.

Le major général au commandant du grand quartier général à Würzburg.

Ordre de partir ce matin, à 10 heures, pour Bamberg où le grand quartier général arrivera le 6.

Ordre aux commandants des grands parcs mobiles du génie et de l'artillerie.

Les grands parcs mobiles du génie et de l'artillerie, divisés chacun en deux échelons, partiront de Würzburg, le 6 et le 8, pour Bamberg, le parc du génie précédant de deux heures le parc d'artillerie.

Les généraux Songis et Kirgener partiront le 5 pour être rendus le 6 à Bamberg.

On aura remarqué que l'Empereur écrit, le 5 octobre, une longue lettre au maréchal Soult pour lui faire part de ses intentions et lui donner une idée nette de l'ensemble.

Pourquoi n'avoir pas écrit pour le même objet au maréchal Lannes ?

On conçoit que le maréchal Bernadotte formant la tête de la colonne du centre n'ait pas eu besoin d'une lettre de l'Empereur destinée à l'orienter sur la — situation, parce que le chef de l'armée se propose de rejoindre son avant-garde en temps utile, et là, de donner ses ordres ; mais, Lannes ?

C'est que le maréchal Lannes a été invité par le major général à venir, le 7, au quartier général pour y recevoir ses instructions.

 

§ 2. — La journée du 6 octobre.

 

Dès son arrivée à Bamberg, le 6 octobre, l'Empereur lança à ses troupes la proclamation que tout le monde connaît pour leur annoncer la guerre avec la Prusse.

Ce document est intéressant à lire comme manifestation d'une souplesse d'esprit très remarquable.

Le ton de la proclamation, sa forme qui rappelle les tirades ampoulées de la période révolutionnaire, font un contraste saisissant avec la prose habituelle si sobre et si nette de Napoléon.

On sent que l'Empereur a composé sa proclamation pour des hommes accessibles aux phrases ronflantes, des simplistes, à l'écorce rude, très montés sur le point d'honneur et fiers de leurs succès antérieurs.

Les soldats de Napoléon sont bien les fils de ces Gaulois dont parle César, qui se laissaient griser par de belles paroles.

Le major général expédia deux ordres de mouvement, le 6 octobre, au maréchal Bernadotte et au général Dupont, plus une instruction explicative de l'ordre du 5 octobre au maréchal Lannes.

 

Le major général au maréchal Bernadotte, à Lichtenfels.

(Bamberg, 6 octobre, 2 heures du soir.)

L'Empereur ordonne, Monsieur le Maréchal, que votre quartier générai soit demain, 7, à Kronach et que vos deux premières divisions soient en position entre Kronach et la frontière ; que la division du général Dupont qui fait partie de votre armée soit en avant de Lichtenfels, à la position de Zettlitz, éclairant la route de Coburg et de Culmbach.

Dans la journée du 8, M. le maréchal Lannes occupera Coburg et M. le maréchal Davout occupera Zettlitz en avant de Lichtenfels, ce qui vous mettra à même de rappeler la division du général Dupont et de marcher avec tout votre corps d'armée pour être arrivé, le 9, au delà des frontières, sur les hauteurs de Lobenstein.

L'ennemi était à Coburg et à Culmbach.

Le 7, les deux premières divisions du maréchal Bernadotte devant s'échelonner entre Kronach et la frontière, il devenait important d'assurer, au moins jusqu'au 8, c'est-à-dire jusqu'à l'arrivée du 5e corps à Coburg et des Bavarois devant Culmbach, la garde des débouchés conduisant de Coburg et de Culmbach sur Zettlitz, point important de la route réservée à la colonne du centre.

Dans ce but, la division Dupont occupera Zettlitz, le 7, et le 3e corps y aura une division, le 8, avec ordre d'éclairer sur Coburg et sur Culmbach.

Il résulte de l'ordre que nous étudions en ce moment que, le 8, la division Dupont rejoindra la 2e division du 1er corps au delà de Kronach et que, le 9, tout le 1er corps d'armée débouchera entre Lobenstein et Saalburg, dans la vallée de la Saale.

Si l'ennemi avait marché à la rencontre du maréchal Soult sur la route de Baireuth, coupez-lui tout ce qui voudrait se retirer sur la route de Schleiz. Il sera convenable que vous vous teniez très éclairé par votre droite pour connaître les mouvements de l'ennemi à Hof et pour prévenir l'Empereur de tout ce qui pourrait revenir de ses projets.

Le maréchal Berthier confond ici projet avec opération.

L'ennemi ne fait jamais connaître ses projets, mais il les laisse deviner parfois par les mouvements ou les dispositions qu'il exécute.

Suivent des détails sur la marche des colonnes latérales.

 

Le major général au général Dupont, à Bamberg.

(Bamberg, 6 octobre.)

L'Empereur ordonne que vous partiez, demain 7, à la pointe du jour, pour joindre le maréchal Bernadotte ; vous laisserez tout le pays entre Bamberg et Lichtenfels entièrement libre pour les autres corps de l'armée qui vous suivent.

On se souvient que la division avait quitté Würzburg, le 4 octobre, pour être rendue en trois jours, c'est-à-dire le 6 octobre, à Bamberg.

Ce qu'il faut retenir de l'ordre ci-dessus, c'est que la division Dupont doit partir de Bamberg, le 7 octobre à la pointe du jour.

Cette division pouvait présenter, en y comprenant ses équipages et son parc divisionnaire, une durée d'écoulement de deux heures.

D'autre part, il y a 12 kilomètres de Bamberg à Oberndorf village dont l'importance apparaîtra bientôt ; donc, la division Dupont, en supposant qu'elle quittât Bamberg à 6 heures du matin, aurait certainement dépassé Oberndorf, quatre heures après, ou à 10 heures.

Le 5 octobre dans la soirée, le maréchal Berthier avait envoyé au maréchal Lannes un ordre de mouvement où il était dit :

L'intention de l'Empereur est que votre corps d'armée (le 5e), parte demain (6 octobre) à la pointe du jour et se rende à moitié chemin de Schweinfurth à Bamberg, de manière à pouvoir arriver à la fourche de la route de Bamberg à Coburg, dans la journée du 7, et, le 8 de bonne heure, à Coburg.

C'était clair.

Néanmoins, le major général se vit forcé d'écrire un nouvel ordre, ou instruction, au maréchal Lannes, le 6, à 5 heures du soir, au sujet de la marche du 5e corps pendant la journée du 7 octobre.

Cette instruction nouvelle va nous faire toucher du doigt l'imprévoyance et la passivité du maréchal Berthier ainsi que de l'état-major de la Grande Armée, à l'époque la plus brillante des guerres napoléoniennes.

 

Le major général au maréchal Lannes, à Hassfurt.

(Bamberg, 6 octobre, 5 heures du soir.)

L'instruction que je vous ai envoyée hier soir, Monsieur le Maréchal, vous fait connaître que vous devez coucher, le 7, à la fourche des routes de Bamberg à Coburg et de Schweinfurth à Bamberg ; cette fourche se trouve au village de Dorfleins, où je viens d'ordonner qu'il soit, jeté un pont sur le Main.

La seconde rédaction diffère du tout au tout de la première. Dans l'ordre du 5, la fourche était située entre Bamberg et Coburg, près du village d'Oberndorf (exactement à Breitev). L'ordre du 6 insinue que c'était à la fourche de Dorfleins que le 5e corps doit s'arrêter, le 6.

Pourquoi ?

Ceci demande une explication un peu longue.

Le 5 octobre à minuit, c'est-à-dire à la première minute de la journée du 6, le grand-duc de Berg expédia de Bamberg à l'Empereur encore à Würzburg un rapport sur les revues passées aux divisions de cavalerie. Son rapport se terminait ainsi :

J'observe à Votre Majesté qu'on passe le Main dans un bac pour venir de Würzburg à Bamberg et qu'il n'y a pas de pont établi.

C'était une erreur.

On ne passe pas le Main quand on va de Würzburg à Bamberg, mais bien la Regnitz, rivière qui traverse Bamberg par le milieu.

Mais quand on va de Schweinfurth à Bamberg il faut traverser le Main à Dorfleins.

C'est le bac de Dorfleins qu'a voulu signaler le prince Murat.

L'Empereur, en apprenant qu'il n'y avait pas de pont à Dorfleins, sur l'itinéraire du 5e corps, dut entrer dans une violente colère ; mais, suivant son habitude, il ne s'attarda pas en récriminations inutiles et fit envoyer au maréchal Davout, le matin du 6 octobre, l'ordre de faire construire, le jour même, par tous les moyens possibles, même en employant la réquisition, deux ponts sur le Main, l'un à Dorfleins, l'autre près d'Oberndorf.

Le maréchal Berthier craignit sans doute, le 6, que le pont de Dorfleins ne fût pas prêt, le 7, et, afin de pouvoir se retrancher derrière un ordre antérieur lancé avant la découverte de son imprévoyance, il eut le soin de défigurer, dans son ordre du 6, la prescription très nette de son ordre du 5, en vertu de laquelle le 5e corps devait s'arrêter, le 7, à la fourche d'Oberndorf.

De cette façon, le major général pouvait dire à l'Empereur que, d'après les ordres lancés le 5, le maréchal Lannes ne devait traverser le Main à Dorfleins que le 8 au matin.

L'ordre du 5 octobre au maréchal Lannes prescrivait au 5e corps d'atteindre Coburg, le 8 octobre de bonne heure. Or, de Dorfleins à Coburg il y a près de 50 kilomètres !

Ainsi, le maréchal Berthier est à Würzburg avec l'état-major de la Grande Armée depuis le 28 septembre ; il sait depuis plusieurs jours que toute l'armée doit se ployer sur Coburg, Kronach et Baireuth et néanmoins il ne fait rien et, ne fait rien faire pour savoir dans quel état sont les communications que devront suivre les corps de la Grande Armée pour se porter de leurs cantonnements de rassemblement à leurs cantonnements préparatoires de marche.

Il faut que ce soit par un avis inexact d'ailleurs, adressé dans la nuit du 5 au 6 par le prince Murat, que l'Empereur apprenne la détresse où va se trouver le 5e corps ayant à traverser le Main deux fois, le 7, et le 8.

Vraiment, l'impéritie, est par trop forte.

Et puis, quelle opinion peut-on avoir du caractère d'un major général qui, pour masquer sa faute, falsifie, dans un nouvel ordre au maréchal Lannes, une indication très nette portée dans le premier ?

Ce fait n'est pas isolé ; on en trouve d'autres exemples en fouillant la correspondance du maréchal Berthier.

En arrivant à Bamberg, le 6 dans la matinée, l'Empereur dut se rendre compte que si la division Dupont ne partait pas de Bamberg pour Zettlitz, le 7 de très grand matin, et si le 5e corps ne débarrassait pas complètement la route depuis Bamberg jusqu'à Oberndorf dans la même journée, il serait impossible au 7e corps venant de Würzburg, et au 3e corps, encore à Bamberg, de déboucher de cette dernière ville, le 8 octobre. Dès lors, son projet d'ouvrir les opérations le 7 octobre, se trouvait bouleversé ou, tout au moins, retardé de vingt-quatre heures.

Napoléon porta beaucoup d'attention sur cette particularité que l'élément de route compris entre Bamberg et Oberndorf devait être commun, le 7 et le 8 octobre, à la division Dupont, au 3e corps, au 5e corps, à la Garde, au 7e corps et à quatre divisions de cavalerie, sans compter les équipages du grand quartier général.

Les ordres qu'il dicta, ou bien qu'il fit rédiger par le major général, le 6 octobre au soir et le 7 de grand matin, visent en effet à éviter l'encombrement sur la section : Bamberg-Oberndorf.

Nous ferons ressortir les dispositions ordonnées pour l'écoulement des troupes et des convois entre Bamberg et Oberndorf, au fur et à mesure qu'elles apparaîtront dans les ordres de mouvement du 6 et du 7 octobre.

Revenons maintenant à l'ordre du major général au maréchal Lannes, en date du 6 octobre.

Il serait à désirer que votre 1re division et votre cavalerie puissent passer demain, 7, le Main sur ce pont (de Dorfleins) et profiter du reste du jour pour vous porter à Oberndorf et y passer le Main sur un second pont que j'y fais établir, et de cantonner votre armée sur la rive droite du Main, sans avoir aucun poste ni aucun homme sur la rive gauche qui est occupée par les autres corps de l'armée. Le 8, cette division qui serait ainsi rapprochée de Coburg se mettrait en marche pour se rapprocher également de cette ville.

Vous réunirez dans la journée du 7 tout le reste de votre corps d'armée, de manière que, le 8 avant le jour, tout ce qui appartient à votre armée ait traversé le Main et franchi tout l'espace de pays qui se trouve entre Hallstadt (au nord et près de Bamberg) et Oberndorf, de manière qu'à 8 heures du matin cette portion de la route soit libre.

Quel pathos !

On peut être certain que l'Empereur, s'il a inspiré un tel ordre, ne l'a pas dicté.

Cette prose confuse signifie ceci :

Le 7 dans la soirée, la cavalerie et la division du 5e corps traverseront le Main une première fois à Dorfleins et iront cantonner au delà du second pont du Main établi à Oberndorf, aucun homme du 5e corps ne devant se trouver dans la nuit du 7 au 8 sur la rive droite du Main.

Le 5e corps stationnera ainsi en deux groupes, tous les deux sur la rive droite du Rhin, l'un (cavalerie et 1re division) au nord d'Oberndorf, l'autre (le reste du corps d'armée) à l'ouest de Dorfleins.

Ensuite, la seconde portion du 5e corps se mettra en marche, le 8, de telle sorte qu'à 8 heures du matin sa queue ait évacué Oberndorf.

La section de route : Hallstadt-Oberndorf est donc attribuée au 5e corps depuis le 7, à midi, jusqu'au 8, à 8 h. du matin.

L'ordre du major général se termine par la défense de faire aucune réquisition sur la rive gauche du Main ; le pays de la rive droite et particulièrement les environs de Coburg étant attribués comme zone de subsistances au 5e corps.

 

§ 4. — La journée du 7 octobre.

 

L'Empereur adressa, le 7 octobre, un message au Sénat pour lui annoncer la guerre avec la Prusse. Ce document fut rédigé dans un style admirablement approprié aux personnages composant la première assemblée du pays.

L'extrait suivant suffit à donner la tonalité du morceau écrit pour le public restreint et spécial que l'on peut se figurer, quand on connaît les mœurs et les préjugés de la bourgeoisie française..... au commencement du XIXe siècle.

Les armées prussiennes étaient arrivées devant les cantonnements de nos troupes. Des provocations de toute espèce, et même des voies de fait, avaient signalé l'esprit de haine qui animait nos ennemis et la modération de nos soldats, qui, tranquilles à l'aspect de tous ces mouvements, étonnés de ne recevoir aucun ordre, se reposaient dans la double confiance que donnent le courage et le bon droit.

Napoléon écrivit le même jour :

1° A M. Fouché, ministre de la police à Paris, pour l'inviter à donner une direction à l'opinion publique dans le sens du message au Sénat ;

2° A M. de Talleyrand, à Mayence, au sujet de l'ultimatum envoyé par le roi de Prusse ;

3° A M. Otto, ministre de France auprès du roi de Bavière, afin de l'instruire du commencement des hostilités et pour faire venir la moitié du corps Deroy, environ 8.000 Bavarois, à Bamberg ;

4° Au roi de Bavière, pour lui annoncer l'ouverture des hostilités ;

5° Au prince primat, même objet ;

6° Au roi de Wurtemberg, même objet ;

7° Au général Junot, gouverneur de Paris, au sujet de la garnison de la capitale ;

8° Au prince Eugène, vice-roi d'Italie, pour lui dire que les hostilités ont commencé, le jour même, par l'invasion de Baireuth. Réunir les 9 escadrons de cuirassiers (3 régiments) de l'armée d'Italie à Brescia. Envoyer par le Tyrol des aides de camp qui prendront langue à Forchheim et rendront compte de tout ce qu'ils auront vu sur les derrières de la Grande Armée. En attendant la nouvelle d'un événement majeur, faire courir le bruit que tout s'est arrangé avec la Prusse.

 

Tandis que l'Empereur faisait expédier, le 7 au matin, par son cabinet civil les lettres que nous venons de résumer, le major général envoyait de son côté les ordres et les instructions que nous allons analyser sommairement.

 

Le major général au maréchal Davout.

(Bamberg, 7 octobre, 4 heures du matin.)

L'Empereur ordonne, Monsieur le Maréchal, que vous portiez votre quartier général dans la journée du 7 à Lichtenfels et que vous poussiez votre première division pour cantonner à Lichtenfels ; vos deux autres divisions seront cantonnées entre Bamberg et Lichtenfels, de manière que, à demain 8, tout votre corps d'armée puisse être réuni en masse de guerre en avant de Kronach et être en mesure de soutenir le maréchal Bernadotte qui doit, dans la journée du 9, se porter sur Lobenstein et sur la Saale.

Cet ordre indique qu'au 3e corps, la 1re division formant l'avant-garde doit cantonner en boule, ramassée sur elle-même, tandis que les deux autres stationneront en profondeur, le long de la route.

 

Ce dispositif semble avoir été la règle à la Grande Armée lorsque l'éloignement de l'ennemi autorisait les commandants des corps d'armée à cantonner leurs troupes.

Nous ne voyons pas la nécessité pour le 3e corps de se réunir en masse de guerre, le 8 après la marche, en avant de Kronach. Le major général dit que c'est pour être en mesure de soutenir le maréchal Bernadotte dont le corps d'armée doit déboucher, le 9, sur la Saale.

Mais, tout le territoire entre Kronach et Lobenstein étant montagneux -et boisé, la route n'est entre ces deux points qu'un long défilé. Quel avantage retirerait-on de la formation du 3e corps, en masse de guerre, à proximité d'une route sur laquelle les régiments devront forcément s'écouler étroitement, en vue de marcher sur les traces du 1er corps ?

On comprend que, le 8, le 3e corps ait eu à serrer un peu sur lui-même, afin de laisser de l'espace en arrière pour la Garde et les divisions de cavalerie de la réserve, mais c'est tout.

En fait, le 3e corps a pris des cantonnements-bivouacs, le 8 octobre, sur sa route de marche, entre Steinwiesen et Zettlitz, sur une profondeur de 20 kilomètres environ.

Ainsi, les maréchaux se voyaient parfois dans la nécessité de modifier les dispositions qui leur étaient adressées par le major général lorsque, par exemple, il leur était démontré que le maréchal Berthier avait compris à rebours les intentions de l'Empereur.

 

Le major général au prince Murat.

(Bamberg, 7 octobre, 4 h. ½ du matin.)

Le deuxième ordre lancé par le maréchal Berthier était destiné au prince Murat ; il porte en substance :

Le prince ira aujourd'hui, 7, à Kronach où il recevra dans la journée une instruction détaillée.

La division Beaumont (3e de dragons) partira, le plus tôt possible, pour Kronach.

La division Sahuc (4e de dragons) se dirigera aujourd'hui sur Lichtenfels.

Les deux divisions de grosse cavalerie cantonneront, le 8, entre Bamberg et Lichtenfels.

Les divisions Klein (2e de dragons) et Grouchy (1re de dragons) doivent continuer leur marche pour rejoindre.

D'après cet ordre, les 3e et 4 e divisions de dragons cantonneront, le 7, sur la route centrale entre la queue du 1er corps (avant-garde de l'armée) et la tête du 3e corps.

En résumé, il devait passer, sur la route de Bamberg à Lichtenfels ou, tout au moins, depuis Hallstadt jusqu'à Oberndorf, le 7 octobre :

Les 3e et 4e divisions de dragons ;

Tout le 3e corps d'armée ;

Tout le 5e corps d'armée.

 

Le major général à l'adjoint Desnoyers.

(Bamberg, 7 octobre, 4 h. ½ du matin.)

Il est ordonné à l'adjoint d'état-major Desnoyers de partir sur-le-champ pour se rendre sur le chemin de Bamberg à Baireuth ; il s'arrêtera à l'extrême frontière, il interrogera les habitants et les voyageurs afin d'avoir des nouvelles du maréchal Soult qui doit être entré à Baireuth à midi ; il n'en dira rien à personne et, du moment qu'il sera certain que l'armée française est à Baireuth, il me l'écrira par une estafette ou par un homme du pays ; de sa personne, M. Desnoyers se rendra à Baireuth et rapportera à l'Empereur tous les renseignements qu'il aura pu se procurer sur la situation de l'armée du maréchal Soult, ainsi que de tous ceux qu'il aura pu recueillir sur la situation de l'ennemi à Hof.

Il prendra également des notes sur l'abondance des subsistances et la manière de vivre dans le pays de Baireuth.

Voilà une instruction qui peut servir de modèle, lorsqu'il s'agit d'envoyer un officier de l'état-major de l'armée vers un corps d'armée en opérations avec mission d'en rapporter les renseignements dont le commandant en chef a besoin.

L'instruction en question vise quatre points :

1° Annoncer, le plus vite possible, l'entrée certaine du 4e corps à Baireuth ;

2° Joindre le 4e corps, voir son chef, et faire ample provision de renseignements sur la situation de ce corps d'armée ;

3° Rapporter des nouvelles de l'ennemi ;

4° Noter les ressources en subsistances du pays de Baireuth.

Le chef d'escadron Desnoyers dut partir, à 5 heures du matin au plus tard, de Bamberg pour Baireuth.

Cet officier supérieur prit la route par Schesslitz et Hollfeld.

Arrivé à l'extrême frontière située à 4 lieues environ de Baireuth, près du village de Busbach, il s'y arrêta, interrogea les voyageurs et expédia, à 3 heures du soir seulement, le rapport suivant au major général :

J'ai l'honneur de rendre compte à Votre Altesse Sérénissime que les troupes françaises sont en possession ce matin de Baireuth, sans y être entrées.

Le maréchal Soult est à une demi-lieue de la ville.

Il n'y a aucun ennemi dans la ville.

Jusqu'à présent je n'ai pu me procurer des renseignements assez précis et qui méritent quelque attention. Je continue ma route à Baireuth ; dès que j'aurai des détails sur la position des deux armées et que je connaîtrai les ressources du pays, je me rendrai avec célérité au quartier général.

Ce rapport ne put parvenir que très tard dans la soirée au major général, pour les raisons suivantes :

Le point de départ du rapport — l'extrême frontière — étant à 40 kilomètres de Bamberg, le cavalier qui l'a porté a dû mettre quatre heures (10 kilomètres à l'heure) pour arriver à Bamberg, autrement dit, n'a pu remettre le pli dont il était chargé qu'à 7 heures du soir.

La preuve que l'estafette envoyée par le chef d'escadron Desnoyers est arrivée à Bamberg après 5 heures du soir, c'est que l'Empereur ayant fait partir, à cette heure-là, un de ses officiers, d'ordonnance, le capitaine de la Marche, avec une lettre pour le maréchal Soult, remit à cet officier une instruction écrite, où l'entrée du 4e corps à Baireuth est donnée comme douteuse.

Le pays parcouru par le commandant Desnoyers jusqu'à la frontière appartenait au royaume de Bavière. On n'avait pas à y craindre l'enlèvement de postes de relai.

Dans ces conditions, nous pensons que le commandant Desnoyers aurait dû emmener huit cavaliers très bien montés, en laissant deux à Schesslitz et deux à Hollfeld. De la frontière, il eût envoyé son rapport par dieux cavaliers à Hollfeld. Les deux cavaliers de Hollfeld l'eussent porté aux deux cavaliers de Schesslitz et ceux-ci à Bamberg. Il fût resté au commandant Desnoyers deux cavaliers pour l'accompagner à Baireuth.

Le rapport pouvait, avec deux relais, parvenir au major général à 5 heures du soir, deux heures après son expédition.

 

Le major général adressa, le 7 octobre dans la matinée, un nouvel ordre au maréchal Augereau lui prescrivant de traverser Bamberg, le 8 au matin, et de cantonner sur la rive -droite du Main, entre Coburg et Oberndorf, après avoir franchi le pont de bateaux établi près de cette dernière localité.

A midi, l'arrière-garde du 7e corps devait avoir traversé Bamberg.

Cet ordre avait pour objet de déterminer exactement le temps pendant lequel le 7e corps occuperait la section comprise entre Bamberg et Oberndorf sur la route centrale de l'armée.

La durée d'écoulement du 7e corps, à 2 divisions, étant de 3 heures environ, la tête de colonne traversait Bamberg à 9 heures du matin, et la queue, à midi. Par conséquent, la route de Bamberg à Oberndorf serait disponible pour les troupes de la colonne du centre depuis la pointe du jour jusqu'à 9 heures et, à partir de midi, jusqu'au soir.

On peut observer que les prescriptions ordonnées, le 7, au maréchal Augereau, concernant la traversée de Bamberg et le cantonnement du 8 octobre, condamnaient les termes de l'ordre du 4 octobre où il était dit :

Le 8, vous prendrez une position intermédiaire entre Bamberg et Coburg.

L'ordre du 4 octobre était fautif et vague puisqu'il autorisait le maréchal Augereau à cantonner ses troupes sur la rive gauche du Main, au risque d'enrayer les mouvements de la colonne du centre.

Evidemment, le major général n'avait pas réfléchi, le 4, aux inconvénients qui résulteraient de la présence du 7e corps à proximité de Bamberg, sur la route centrale, et il a fallu que Napoléon lui mît les points sur les i, pour l'amener à donner un nouvel ordre très net réglant le stationnement du 7e corps après la marche du 8 et le moment de sa traversée de Bamberg.

Ces détails ont surtout pour but de montrer la nécessité absolue, pour le commandement d'une armée, de régler minutieusement la marche des corps ou détachements ayant à faire usage d'une section de route qui leur est commune le même jour.

Le major général a été, sous ce rapport comme sous beaucoup d'autres, inférieur à sa tâche.

 

Nous allons maintenant examiner l'instruction du major général, annoncée dans l'ordre du 7 octobre, à 4 h. ½ du matin, au prince Murat, concernant le rôle de la cavalerie d'avant-garde pendant la journée du 8 octobre.

Cette instruction, due à la plume du major général, présente les dispositions conçues par l'Empereur sous une forme tellement confuse que l'on peut se demander si le maréchal Berthier les a comprises en les écrivant.

Le major général au prince Murat.

(Bamberg, 7 octobre, 10 heures du matin.)

L'instruction débute par l'ordre qu'aucune cavalerie ne dépasse la frontière, le 7, afin de ne pas donner l'éveil à l'ennemi.

Le 4e corps devant entrer à Baireuth aujourd'hui, l'ennemi ne connaîtra le commencement des hostilités que le 8, à midi ou vers le soir.

Il y a à l'avant-garde trois brigades de cavalerie légère ; il faut y mettre beaucoup d'ordre.

Cette avant-garde est constituée par le 1er corps d'armée avec 3 brigades de cavalerie légère, le tout, aux ordres du prince Murat. C'est l'avant-garde de la Grande Armée.

 

La brigade (de cavalerie) attachée au maréchal Bernadotte (1er corps) est commandée par le général Wathier (2e, 4e hussards, 5e chasseurs) ; elle débouchera demain matin, fera prisonnier tout ce qu'elle pourra, s'avancera le plus loin possible, et battra tout le pays pour avoir des renseignements.

Le général de brigade Milhaud[3] (13e chasseurs), après avoir dépassé Lobenstein, se jettera sur la gauche et reconnaîtra ce qu'il y a à Saalfeld et Grafenthal.

Jusqu'à présent, voici le rôle des brigades légères de la colonne du centre et de la colonne de gauche, à l'exception de la brigade Lasalle dont nous nous occuperons un peu plus loin.

1° La brigade Wathier — cavalerie du 1er corps d'armée débouche la première et avance, droit devant elle, sur la route de Leipzig, aussi loin qu'elle peut.

2° La brigade Treillard — cavalerie du 5e corps — pousse de Coburg sur Grafenthal.

3° La brigade Milhaud — de la réserve de la cavalerie — avec le seul régiment dont elle dispose, longe les montagnes sur le versant de la Saale à partir de Lobenstein, dans la direction de Grafenthal et de Saalfeld, avec la double mission d'établir la liaison avec la cavalerie du 5e corps et de reconnaître l'ennemi signalé vers Saalfeld.

Cette brigade va éclairer le flanc gauche du débouché central.

 

L'intention de l'Empereur est que le grand-duc (prince Murat) se tienne en position, ayant en avant de lui la brigade du général Lasalle qu'il tiendra le plus réunie possible pour en former une réserve ; mais il enverra reconnaître la droite sur Hof, et comme le général Wathier qui se portera en avant avec un régiment en a trois, le grand-duc se trouvera avoir en masse quatre régiments et sera couvert vis-à-vis de lui par le général Wathier avec un régiment, à sa gauche par le général Milhaud, à sa droite par le général Lasalle.

Il faut savoir que le prince Murat avait le commandement de toute l'a vaut-garde de l'armée pour comprendre l'expression : le grand-duc se tiendra en position.

Cela veut dire que le 1er corps occupera une position sur le revers oriental du Franken-Wald pendant que s'exécuteront les reconnaissances de la cavalerie.

Le major général veut que la brigade Lasalle (5e et 7e hussards) forme avec deux des régiments de la brigade Wathier une réserve de quatre régiments et, d'autre part, il dit que le prince Murat sera couvert à sa droite par le général Lasalle.

La forme ambiguë de cette partie de l'instruction ne pouvait amener de la part du prince Murat que des mesures malencontreuses ; c'est ce qui eut lieu. Toute la brigade Lasalle fut détachée sur la droite pour établir la liaison dans la vallée de la Saale avec le maréchal Soult et, le 9, au combat de Schleiz, le prince Murat ne put disposer que de deux régiments, ce qui fit dire à l'Empereur, le 10 au matin :

Il m'a paru que vous n'aviez pas sous la main assez de cavalerie réunie ; en l'éparpillant toute, il ne vous restera rien. Vous avez 6 régiments ; je vous avais recommandé d'en avoir au moins 4 dans la main, je ne vous en ai vu hier que 2.

Assurément, la critique de l'Empereur était fondée, mais encore fallait-il que ses intentions transmises par le major général fussent claires et ne portassent pas que la droite du prince Murat dût être couverte par la brigade Lasalle.

Néanmoins, l'instruction expédiée au prince Murat présente un caractère de précision qu'on ne trouve pas toujours dans les instructions adressées à la cavalerie au cours des grandes manœuvres d'automne.

Le major général, si médiocre traducteur qu'il soit des intentions de l'Empereur, se garde bien de dire :

La cavalerie, aux ordres du prince Murat, explorera le secteur : Hof-Schleiz-Saalfeld.

Tout au contraire, le gros de la division de cavalerie, qui comprendra 4 régiments sur 6, doit marcher réuni, sur la chaussée de Leipzig, couvert, en avant, par un régiment de la brigade Wathier, à gauche, par l'unique régiment du général Milhaud, à droite, par un détachement de la brigade Lasalle.

Ces trois généraux de brigade sont chargés de diriger les reconnaissances sur les trois directions indiquées.

 

Continuons l'analyse de l'instruction.

Ces trois généraux (Wathier, Milhaud, Lasalle) passeront le Main (sic) dès demain, à une ou deux lieues, chacun sur sa direction, ayant battu et éclairé le pays.

Comment le major général a-t-il pu prescrire que les généraux Wathier, Milhaud et Lasalle passeraient le Main, le 8 au matin, alors que ces brigades étaient cantonnées depuis nombre de jours à plusieurs lieues au nord de cette rivière ?

D'ailleurs, la région de la rive droite du Main est très boisée, très montagneuse, et les brigades légères étaient bien empêchées de battre et d'éclairer le pays à deux lieues les unes des autres, chacune sur sa direction.

Le maréchal Berthier a-t-il commis un lapsus et a-t-il voulu dire la Saale ? Non, certes, puisque la brigade Milhaud est chargée de reconnaître Grafenthal et Saalfeld, qui sont sur la rive gauche, pendant que la brigade Lasalle enverra reconnaître sur Hof, même rive.

Le major général suppose donc que les brigades légères cantonnent au sud du Main et qu'elles vont pouvoir chevaucher, à travers monts et vallées, comme en pays ouvert.

Jamais chef d'état-major n'a commis une pareille erreur.

 

Il sera attaché un officier du génie à chacun de ces généraux de brigade pour faire la reconnaissance du pays, de sorte que, demain vers minuit, l'Empereur reçoive, à Kronach où il se trouvera, la reconnaissance de ces officiers et des trois généraux de brigade ; ces reconnaissances devront porter sur ces points :

Peut-on de Saalburg communiquer sur Saalfeld ?

Peut-on communiquer de Saalburg à Hof ?

Peut-on communiquer de Lobenstein à Grafenthal ?

Peut-on communiquer de Lobenstein à Hof ?

Quelle espèce de communication y a-t-il ?

Est-elle propre à l'infanterie, à la cavalerie et à l'artillerie ?

Quelle est la situation de l'ennemi du côté de Hof, du côté de Saalburg, et surtout celle de la grande chaussée de Leipzig ?

Quelle est sa position sur Grafenthal et Saalfeld, c'est-à-dire sur la communication de Coburg à Naumburg ?

Les prescriptions qui précèdent sont nettes et précises ; elles ont dû être reproduites par le maréchal Berthier d'après ses notes exactement écrites sous la dictée de l'Empereur.

Le questionnaire ci-dessus peut s'appliquer dans tous les cas analogues d'une armée voulant déboucher dans une vallée après avoir traversé un massif montagneux ou boisé.

Il s'agit de savoir si le corps d'avant-garde de l'armée, qui débouchera le premier par la route centrale, pourra se porter facilement de Lobenstein à Hof ou à Grafenthal, ou bien, de Saalburg à Hof, ou encore, de Saalburg à Saalfeld.

En effet, si l'ennemi est à Hof, en position, l'avant-garde de l'armée doit pouvoir l'attaquer en flanc tandis que les troupes de la colonne de droite le combattront de front, de même, si l'ennemi tentait de s'opposer avec des forces un peu considérables au débouché de la colonne de gauche, l'avant-garde générale aurait à marcher contre lui, soit de Lobenstein à Grafenthal, soit de Saalburg à Saalfeld.

 

Cette conception du rôle de l'avant-garde de l'armée au débouché central était tellement celle de Napoléon que nous verrons le major général écrivant, le 9 octobre, au maréchal Lannes, lui dire :

Si l'ennemi avait des forces notables à Saalfeld, l'Empereur marcherait avec 20.000 ou 25.000 hommes (le 1er corps) dans la nuit (du 9 au 10) pour arriver demain (10) vers midi sur Saalfeld, par Saalburg.

Nous ne reviendrons pas sur le rôle attribué par Napoléon aux officiers du génie, avant et après les opérations.

Les officiers de cette arme étaient, mieux que tous autres, par leur éducation militaire, en situation d'apprécier, vite et bien, les caractères topographiques d'une région, la viabilité des routes, le régime des cours d'eau, la valeur des ouvrages d'art, etc.

 

L'Empereur envoie le grand-duc (Murat) en personne à cette reconnaissance, exprès pour que Sa Majesté puisse connaître, autant que possible, la position de l'ennemi et profiter de notre première irruption pour frapper un grand coup.

L'intention de Napoléon, pour avoir été mal exprimée par le major général, n'est pas moins claire et marquée au coin de la prévoyance la plus haute.

L'Empereur veut profiter de l'irruption soudaine en Saxe des trois brigades légères de Murat pour frapper un grand coup.

Quel moyen emploie-t-il ?

Le prince Murat a, pour la circonstance, le commandement de toute l'avant-garde.

La cavalerie, par essence même, est susceptible de jeter le désordre, mais elle est impuissante à le rendre durable.

Il faut donc que des troupes nombreuses d'infanterie et d'artillerie puissent rendre définitifs les premiers succès de la cavalerie. Or la seule manière d'assurer l'union intime des armes consiste à les réunir dans la main d'un seul.

On peut conclure de là, pour l'avenir, qu'une' nombreuse cavalerie faisant irruption sur le territoire ennemi devra être soutenue de près par un corps d'infanterie et d'artillerie afin de frapper un grand coup. Dans ces conditions, il faudra donner le commandement de l'avant-garde et des masses de cavalerie, soit au chef suprême de la cavalerie, soit au chef direct de l'avant-garde.

Transposant la notion de l'avant-garde stratégique de 1806 à une guerre future, nous entrevoyons une armée d'avant-garde, pourvue de plusieurs divisions de cavalerie, en marche sur le rassemblement ennemi le plus proche ou le plus menaçant, afin de frapper tout d'abord un grand coup.

Les masses de cavalerie, soutenues de près par l'armée d'avant-garde, inonderont le territoire de l'ennemi, battront sa cavalerie moins concentrée ou moins nombreuse, immobiliseront puis investiront les forces' adverses les premières réunies et les contraindront ainsi à recevoir une première bataille dans des conditions d'infériorité flagrante.

Ces résultats, on ne les obtiendra que si l'armée de couverture, devenant l'avant-garde du groupe principal, est plus forte, plus tôt prête et mieux pourvue en cavalerie que la couverture opposée.

Les Prussiens de 1806 n'avaient que de faibles détachements d'avant-garde dans le Thuringer-Wald, à Saalfeld et à Hof.

Les Allemands de 1870 étaient-ils mieux disposés, à la fin de juillet, pour contrebattre une offensive soudaine des Français dans le bassin de Saarbrück ?

 

S'il y a une brigade d'infanterie du maréchal Bernadotte qui puisse être demain au soir sur une bonne position en avant de Lobenstein et d'Ebersdorf, on la fera pousser jusque-là.

Qu'est-ce une brigade d'infanterie à pousser au delà du débouché, sinon l'avant-garde du 1er corps d'armée, lui-même avant-garde de l'armée ?

Les corps de la Grande Armée avaient donc des avant-gardes autrement constituées que par un bataillon en soutien de la cavalerie.

 

Le maréchal Bernadotte, avec son corps d'armée, doit prendre une bonne position sur la hauteur de Saalburg (?).

Probablement que les ponts de la Saale seront coupés ; il faudra les faire réparer sur-le-champ, et pour cela, il sera nécessaire que les pontonniers du maréchal Bernadotte soient en avant.

Ici le maréchal Berthier réapparaît tout entier.

Il confond la position de la brigade d'avant-garde avec celle du gros du 1er corps.

La position de la brigade d'avant-garde était évidemment sur la hauteur de Saalburg au delà d'Ebersdorf, mais le gros du 1er corps ne pouvait prendre position qu'en arrière de ce point ; c'est ce qui eut lieu en réalité.

Mais que penser d'un major général qui ne comprend pas ce qu'il écrit ? En vérité, Napoléon a été singulièrement inspiré en conservant à la tête de l'état-major général un homme aussi incapable que le maréchal Berthier : c'est à croire qu'il ne se faisait jamais présenter les ordres expédiés par son major général.

 

Pour que l'Empereur soit certain d'avoir des nouvelles demain à Kronach, il faut que le grand-duc (Murat) tienne des officiers d'état-major à mi-chemin.

Singulier rôle que celui de cavalier de correspondance attribué à des officiers d'état-major !

Il faut croire que le major général avait mal interprété les ordres de l'Empereur sur cet objet et que, d'autre part, le prince Murat ne se conforma pas à la prescription portée ci-dessus, car l'Empereur n'ayant reçu, le 8, qu'à 4 heures du soir un rapport du prince Murat, expédié de Lobenstein à 10 heures du matin, se plaignit du retard en ces termes :

Kronach, 8 octobre, 5 heures du soir.

Je reçois votre lettre écrite à 10 heures du matin. Vous n'avez pas mis de piquets de cavalerie comme je vous avais dit de le faire ; je vous en témoigne mon mécontentement parce que votre lettre écrite à 10 heures ne m'est parvenue que vers 4 heures.

Le rapport avait donc mis six heures à parcourir les 36 kilomètres qui séparent Lobenstein de Kronach ; soit à une vitesse moyenne de 6 kilomètres à l'heure.

Mais, circonstance atténuante, la route était couverte de troupes, durant la matinée et la majeure partie de l'après-midi du 8 octobre.

Le prince Murat, au lieu de s'excuser de n'avoir pas placé des officiers d'état-major à mi-chemin aux termes de l'instruction du maréchal Berthier, n'osa mettre en doute l'ordre imaginaire de tenir des piquets de cavalerie sur la route et répondit, le 9 octobre, à Napoléon :

Je ne mérite pas les reproches que me fait Votre Majesté, puisque l'officier que j'ai eu l'honneur de lui adresser est arrivé à Kronach avec les chevaux des piquets de cavalerie que j'avais placés sur la route d'après ses ordres.

Ainsi, le prince Murat commet une double inexactitude pour se disculper d'une omission que la sottise du maréchal Berthier avait rendue presque inévitable. Ces petits détails de commandement en disent long sur la valeur morale de certains grands personnages militaires touchant de près à Napoléon.

 

Son Altesse est prévenue que le maréchal Soult sera demain au delà de Münchberg.

 

A 5 heures du soir, le 7 octobre, l'Empereur fit monter à cheval un de ses officiers d'ordonnance, le capitaine de la Marche, avec mission de porter une lettre au maréchal Soult à Baireuth et de venir le retrouver, le lendemain, à Kronach.

Cet officier fit diligence, car il arriva à Baireuth auprès du maréchal Soult, le 7 avant minuit, et rapporta, le 8 vers 3 heures du soir, à Kronach, la réponse du maréchal.

De Bamberg à Baireuth il y a 50 kilomètres. De Baireuth à Kronach, on compte 65 kilomètres avec les détours nécessités par le fort de Culmbach qu'occupaient les Prussiens.

Donc, en vingt-deux heures, le capitaine de la Marche a parcouru, à cheval, 115 kilomètres et il a dû s'arrêter plusieurs heures à Baireuth pour donner le temps au maréchal Soult d'écrire son rapport.

La lettre de l'Empereur, portée par le capitaine de la Marche au maréchal Soult, présente peu d'intérêt.

Le passage essentiel est celui-ci :

Je désire connaître d'une manière positive le nom du lieu où vous passerez la nuit du 8 au 9. La cavalerie légère de la réserve débouchera, le 8, par Lobenstein et poussera des partis du côté de Hof, afin d'avoir, le 9, de vos nouvelles.

Mais quelques heures auparavant, à 2 heures, l'Empereur avait expédié au maréchal Lannes, par un des aides de camp de ce maréchal, une lettre importante dont nous allons analyser avec le soin qu'ils méritent les points principaux.

 

L'Empereur au maréchal Lannes.

(Bamberg, 7 octobre, 2 heures du soir.)

Vous arriverez demain à Coburg. Prenez une bonne position en avant de cette ville. L'ennemi peut être de deux côtés contre vous ; il peut venir par le chemin de Gotha, et par Eisfeld et Saalfeld.

Trois routes débouchaient sur Coburg, venant du nord et de l'est.

C'étaient :

1° La route de Gotha, par Meiningen et Hildburghausen ;

2° La route de Saalburg, par Grafenthal et Neustadt ;

3° La route d'Erfurt, par Arnstadt, Heinenau et Eisfeld.

Les deux premières étaient relativement bonnes, tandis que la troisième était peu carrossable depuis Erfurt jusqu'à Eisfeld.

 

La cavalerie légère du centre, qui débouche, le 8 au matin, par Lobenstein, enverra des reconnaissances sur Grafenthal.

Le maréchal Lannes devait se rendre (ordre du 5 octobre) au quartier général de l'Empereur à Bamberg, le 7 octobre dans l'après-midi, pendant le défilé du 5e corps à Hallstadt.

Il n'en fut rien, paraît-il, puisque la lettre que nous analysons ici fut expédiée au maréchal par l'un de ses aides de camp, à 2 heures de l'après-midi.

Le major général avait sans doute l'intention de prescrire au maréchal Lannes de pousser, le 8, sa cavalerie jusqu'à Grafenthal, ainsi qu'il ressort des termes de l'instruction adressée, le 7, à 10 heures du matin au prince Murat.

L'Empereur devait donc penser que, dans la journée du 8, la brigade de cavalerie légère du 5e corps, aux ordres du général Treillard, atteindrait, en partie, sinon en totalité, le bourg de Grafenthal. C'est dans cette hypothèse qu'il annonce au maréchal Lannes l'envoi de reconnaissances de la cavalerie du centre sur Grafenthal, afin que ce maréchal prévenu donne des ordres à sa cavalerie en vue d'assurer la liaison avec la cavalerie du centre sur la direction de Lobenstein.

Grafenthal est situé près de la ligne de faîte du Franken-Wald, sur le versant de la Saale.

Münchberg, que le 4e corps devait atteindre, le 8, est placé, comme Grafenthal, sur les pentes orientales du massif.

Lobenstein est à moitié distance entre le sommet du col et Saalburg.

Donc, le 8, toute l'avant-garde de l'armée sera réunie sur le versant saxon, ayant, en avant et sur ses flancs, trois brigades de cavalerie légère, et, le même jour, les colonnes collatérales tiendront avec leur cavalerie (colonne de gauche) ou des troupes des trois armes (colonne de droite) les localités situées immédiatement au delà des cols à traverser pour descendre en Saxe.

Le 8, au soir, la liaison pourra exister entre les trois colonnes de l'armée dans la vallée de la Saale.

 

Le maréchal Augereau (7e corps) dépassera demain Bamberg pour arriver demain soir (le 8) près de Coburg. Il est nécessaire, avant de vous porter trop en avant sur la route de Grafenthal, que vous ayez des nouvelles positives que le maréchal Augereau a passé le pont du Main, à Oberndorf.

L'Empereur veut avec raison que le 5e corps ne s'expose à combattre, au débouché du Franken-Wald, que s'il peut compter sur la coopération du 7e corps.

La prescription impériale sous-entendait des rapports fréquents entre les maréchaux Lannes et Augereau. On sait, qu'au contraire, le maréchal Augereau, une fois arrivé à Coburg, ne reçut ni instruction nouvelle du major général ni avis du maréchal Lannes, et qu'il perdit là quarante-huit heures à attendre des ordres et des renseignements qui ne vinrent pas.

 

Il paraît que les principales forces de l'ennemi sont sur Naumburg, Weimar, Erfurt et Gotha.

Les renseignements de l'Empereur étaient exacts.

Nous verrons un peu plus loin le prince Murat, les maréchaux Bernadotte, Soult, Lannes et Davout faire part à Napoléon des rapports de leurs espions et conclure tous, dans le sens de la position de l'ennemi telle que l'Empereur la définit, le 7, au maréchal Lannes.

 

Je serai aujourd'hui, à deux heures après minuit (le 8, 2 heures du matin), à Kronach.

Du moment que vous entrerez à Coburg, vous m'enverrez tous vos rapports à Kronach. Il est fort urgent qu'ils m'arrivent vite, afin que je puisse comparer vos rapports avec ceux qui m'arrivent d'autres côtés et juger des projets de l'ennemi.

Je pense que vous devez placer deux piquets, chacun de cinq chasseurs, entre Coburg et Kronach, afin que vos rapports puissent arriver rapidement et être fréquents (42 kilomètres entre ces postes de correspondance).

C'est par l'ensemble des rapports envoyés de toutes parts que le général en chef peut se faire une opinion sur l'emplacement et la répartition des forces ennemies ; mais il faut que la comparaison des renseignements entre eux s'effectue, autant que possible, d'après des rapports de même date.

Ne voit-on pas dans la désignation du nombre et de la composition des postes de correspondance à placer entre Coburg et Kronach l'ingérence fâcheuse de l'Empereur dans des détails au-dessous de lui ?

En mâchant ainsi la besogne à ses maréchaux, Napoléon les déshabitue de réfléchir et de prévoir, les rend de plus en plus passifs, et dépense lui-même sa vigueur cérébrale en excitations inutiles, donc nuisibles.

Les nombreuses sautes d'idées dans un même document sont un indice de surmenage intellectuel ; nous l'avons déjà fait ressortir en étudiant les nombreuses lettres impériales datées de Mayence, qui frisent parfois l'incohérence.

La lettre que nous analysons présentement va en fournir une nouvelle preuve.

Dans tout événement, votre ligne de retraite est sur Bamberg.

Il est possible que je fasse attaquer l'ennemi à Saalburg.

Je le ferai attaquer le 9.

Faites ouvrir les lettres à Coburg et à la poste de Neustadt ; cela pourra vous donner quelques renseignements.

En trois lignes, trois idées, sans lien commun : 1° Ligne de retraite sur Bamberg ; 2° Attaque possible de Saalburg, puis date fixée au 9 ; 3° Lettres à ouvrir à la poste de Coburg et à celle de Neustadt.

Continuons :

Placez-vous très militairement. Je vois avec plaisir que vous arriverez demain de très bonne heure à Coburg ; cela vous mettra à même de vous placer très militairement et d'avoir déjà reconnu tous les débouchés de la route qui arrive de Saalfeld et celle qui arrive d'Eisfeld.

Cette phrase contient deux fois la même prescription en termes identiques ; n'est-ce pas un indice de fatigue cérébrale ?

Par l'expression : Placez-vous très militairement, l'Empereur veut dire : le 5e corps sera au bivouac, les bataillons en colonne, les avant-postes placés, comme si un combat était imminent.

 

Ecrivez-moi très fréquemment.

Arrivé à Coburg ou à Neustadt, envoyez-moi tous les renseignements que vous pourrez vous procurer sur la route de Grafenthal à Lobenstein et à Saalburg.

Le prince Murat a reçu l'ordre d'envoyer des rapports de reconnaissance sur ces deux routes qui permettent d'établir des communications entre la colonne du centre et la colonne de gauche.

L'Empereur veut que le maréchal Lannes fasse reconnaître de son côté les mêmes routes et rende compte des renseignements obtenus parce qu'on obtiendra ainsi des recoupements précieux.

 

Arrangez vos affaires comme si, deux ou trois jours après avoir abandonné Coburg, l'ennemi devait y venir. Il serait, en effet, possible que l'ennemi y vint. Tous les embarras que vous avez, dirigez-les sur la citadelle de Kronach, car aujourd'hui vous êtes trop loin de Würzburg pour les envoyer là.

Pendant la marche de la Grande Armée à travers le Franken-Wald pour déboucher en Saxe, la colonne de gauche défilait à moins de 20 lieues de la ligne : Gotha-Erfurt-Weimar sur laquelle on savait que l'ennemi avait ses principales forces.

En apprenant, le 9, par les avant-postes de cavalerie du général Blücher que les Français étaient entrés, le 8, à Coburg, les Prussiens pouvaient fort bien envoyer de Gotha ou d'Erfurt une colonne qui atteindrait Coburg, sans difficulté, le 11 ou le 12, c'est-à-dire deux ou trois jours après le départ du 5e corps.

Mais, le 11 ou le 12, toute la colonne du centre aurait dépassé Kronach et il ne resterait ni un homme ni un cheval sur les routes de gauche et du centre en dehors de Würzburg et de Kronach.

D'ailleurs, quel besoin pouvait avoir le maréchal Lannes à laisser du personnel ou du matériel à Coburg ?

Le conseil d'envoyer les embarras de Coburg à Kronach était bon, attendu que 36 kilomètres à peine séparent ces deux villes reliées entre elles par une bonne route.

 

En vous disant plus haut que votre retraite serait sur Bamberg, je dois ajouter que ce ne doit pas être sur la route que vous avez prise en venant, mais par la grande chaussée ; et vous trouverez des positions intermédiaires derrière Coburg, qui vous mettraient à même de couvrir la route de Lichtenfels et de Bamberg. Comme j'ai beaucoup de troupes à Lichtenfels et à Kronach, vous serez soutenu, non seulement par le maréchal Augereau, mais encore par tout le corps du centre.

L'indication d'une retraite éventuelle du 5e corps sur Zettlitz, par la grande chaussée de Coburg à Baireuth, vise uniquement le cas où le maréchal Lannes serait attaqué le 8, par des forces supérieures venant, soit de Saalfeld, soit d'Erfurt, soit de Gotha, ou encore, de ces trois directions simultanément.

A partir du 9 et du 10, le 5e corps ne trouverait plus, en effet, sur Lichtenfels et Kronach l'appui des nombreuses troupes de la colonne du centre parce que, à ce moment, elles auraient toutes, ou à peu près toutes, débouché en Saxe, par Lobenstein.

La conception de Napoléon dans le cas visé plus haut est remarquable ; voici pourquoi :

Si le 5e corps, pressé par des forces très supérieures, rétrogradait sur le 7e corps venant de Bamberg, par Oberndorf et Rattelsdorf, la réunion de ces deux corps formerait, à la vérité, une masse de 40.000 hommes, susceptible d'opposer une résistance durable, mais la chaussée de Coburg à Zettlitz serait découverte et l'ennemi pourrait jeter le désordre dans les parcs, convois et divisions de cavalerie qui devaient défiler, le 9 et le 10, dans le couloir du Main pour gagner Kronach puis la Saxe.

Les 5e et 7e corps seraient donc séparés pour plusieurs jours du gros de l'armée qu'ils ne pourraient rejoindre qu'après un long détour par Bamberg, en supposant que les troupes de la colonne du centre, non encore passées en Saxe, eussent pu contenir l'ennemi sur la route de Coburg à Zettlitz.

En ordonnant, au contraire, au 5e corps d'effectuer éventuellement sa retraite sur Zettlitz, Napoléon ménage aux 5e et 7e corps la possibilité de diviser les forces de l'ennemi, de le manœuvrer, peut-être même de l'envelopper avec le concours des troupes de la colonne du centre.

Pendant que le 5e corps reculera lentement de position en position vers Zettlitz, le 7e corps, marchant au canon, attirera sur lui des forces nombreuses et, s'il est contraint lui-même à la retraite, il l'exécutera sur une direction divergente par rapport à celle du 5e corps, par conséquent, de nature à diviser l'ennemi.

Les troupes de la colonne du centre, encore sur le versant du Main, viendront au secours du 5e corps, pourront battre l'ennemi sur Coburg, le rejeter au loin, et prendre à revers les forces qui auront refoulé le 7e corps.

Sous quelque face que l'on examine la prescription de l'Empereur, on ne peut qu'en admirer la haute et judicieuse prévoyance.

C'est la solution par excellence d'un thème stratégique complexe mais bien posé.

 

Le prince Murat, de son côté, fit envoyer, le 7, par son chef d'état-major, le général Belliard, des ordres de mouvement aux divisions de dragons et de cuirassiers de la réserve de cavalerie pour leur faire suivre la marche des corps d'armée de la colonne du centre.

Les premiers ordres, datés de Bamberg dans la matinée, visent les emplacements à prendre par les divisions de cavalerie, le 7 et le 8. D'autres ordres, envoyés de Kronach, après que le prince Murat se fût transporté en cette place, prescrivent les mouvements à effectuer, le 8 et le 9.

La 3e division de dragons (général Beaumont) était cantonnée depuis plusieurs jours aux environs de Staffelstein, pêle-mêle avec la division d'avant-garde (1re) du 3e corps.

Cette division de dragons eut à se porter, le 7, sur la route de Kronach, la tête à Neuses (inclus), la queue à Lichtenfels (exclus), par conséquent entre le 1er et le 3e corps.

La 4e division de dragons (général Sahuc), cantonnée aux environs de Baunach, sur la rive droite du Main, dut s'établir, le 7, sur la route du centre, la tête à Lichtenfels (inclus), la queue à Ebensfeld, immédiatement derrière la 3e division de dragons, non sans laisser sur la rive droite du Main des fractions chargées d'éclairer sur Coburg.

Les 3e et 4 e divisions de dragons, placées immédiatement derrière le 1er corps d'armée (Bernadotte), étaient à même de suivre son mouvement pour déboucher en Saxe.

Avec ses trois brigades légères et les 3e et 4e divisions de dragons, le prince Murat va donc disposer de dix-huit régiments de cavalerie et d'un corps d'armée, formant ensemble l'avant-garde de la Grande Armée, pour refouler les détachements de l'ennemi, ouvrir les débouchés des trois colonnes, reconnaître le gros des forces adverses, le fixer, et permettre ainsi à la Grande Armée de se concentrer, de manœuvrer, puis de combattre.

Une avant-garde d'armée ne peut remplir son rôle que si elle dispose d'une force imposante en cavalerie. Celle-ci, en effet, lui est indispensable pour protéger ses flancs, tendre un large rideau devant elle et prendre le contact des postes et patrouilles de l'ennemi sur toute l'étendue de leur front.

Sous le couvert de sa nombreuse cavalerie, le corps d'armée d'avant-garde pourra se porter là où le général en chef voudra déchirer le voile formé par le réseau de sûreté et d'observation de l'ennemi.

Les Prussiens, au lendemain de la guerre de 1870-1871, n'avaient pas lieu d'être très satisfaits du rôle joué par leur cavalerie, avant pendant et après la bataille.

Quelques-uns de leurs écrivains militaires, et parmi eux le remarquable auteur de : Armement, Instruction, Organisation et emploi de la cavalerie, firent alors une campagne en faveur de l'action indépendante et souvent décisive des divisions de cavalerie.

Ignorant la notion fondamentale de l'avant-garde stratégique, les cavaliers allemands réclamèrent pour la cavalerie seule la tâche dévolue par Napoléon à son avant-garde très fortement pourvue en cavalerie.

L'auteur auquel nous faisons allusion un peu plus haut, Fritz Hœnig, écrivait en 1883 :

Avec des armées d'un effectif aussi considérable que celles de nos jours, il est inévitable que 60.000 ou 70.000 cavaliers se rencontrent devant le front des deux adversaires — par exemple l'Allemagne contre la France, ou l'Allemagne contre la Russie.

Répartie d'abord sur une longue ligne, cette cavalerie se concentrera à l'approche de la bataille décisive.

Comme il est du devoir de la cavalerie des deux partis de se regarder dans le blanc de l'œil jusqu'au dernier moment, de contrarier, de gêner ou d'empêcher les intentions de l'adversaire, il est probable que toutes les batailles principales seront précédées de grands combats de cavalerie, dans lesquels une grande partie de la besogne de la bataille principale devra être déjà faite.

Il était difficile de réunir plus de sophismes en moins de mots.

L'auteur raisonne comme si les armées adverses avaient, au début d'une nouvelle guerre, à exécuter cinq ou six marches avant de se rencontrer.

Mais, les forces de couverture auront leurs avant-postes au contact dès le 3e ou le 4e jour de la mobilisation, et celui des deux adversaires qui aura l'infériorité numérique en cavalerie se gardera bien d'accepter un duel où les conditions seraient très inégales.

On conçoit qu'il soit très avantageux pour un parti d'envelopper ses armées d'un voile impénétrable, de crever les yeux du parti adverse et, par conséquent, de manœuvrer en toute liberté contre un ennemi marchant à tâtons.

Napoléon, en 1806, se rendait parfaitement compte de la supériorité de la cavalerie prussienne sous le rapport du nombre, de la qualité des chevaux et de l'instruction, quand il choisissait pour premier théâtre de ses opérations les hautes vallées de la Saale et de l'Elster.

Jusqu'au jour de la bataille d'Iéna, la cavalerie française a fait de l'exploration, sans chercher à obtenir par des coups de force les renseignements qu'un bon service d'espionnage et la crainte inspirée par la Grande Armée marchant en masse de guerre devaient procurer à Napoléon.

L'idée des grands tournois de cavalerie préludant aux premières batailles de la guerre future conduit à la constitution des corps permanents de cavalerie.

L'organisation n'est pas nouvelle.

Napoléon avait, en 1806, un corps de cavalerie composé de 7 divisions, dont 4 de dragons, 2 de cuirassiers et 1 de cavaliers légers, sous les ordres du prince Murat.

Le corps de cavalerie de 1806, désigné alors sous le nom de réserve de cavalerie, ne put pas agir, un seul jour, ensemble.

Il arriva même, le 14 octobre, que les trois divisions lancées sur Zeitz furent privées de direction et restèrent inertes, parce que, la veille, l'Empereur avait appelé auprès de lui, à Iéna, le prince Murat pour lui donner le commandement des quatre autres divisions de cavalerie en marche sur cette ville.

En 1812 et 1813, les corps de cavalerie de la Grande Armée éprouvèrent de telles difficultés pour vivre et se loger que leurs effectifs diminuèrent très vite dans des proportions effroyables.

Les Prussiens de 1866 eurent, eux aussi, des corps de cavalerie qu'ils s'empressèrent de supprimer après la campagne.

Fritz Hœnig s'exprime ainsi à leur sujet :

Bientôt, on dut se rendre compte qu'un corps de cavalerie composé de plusieurs divisions formait une masse trop grande, trop difficile à nourrir, à loger, ou à diriger, pour qu'il pût atteindre les résultats qu'on avait eus en vue.

Mais si la constitution de la cavalerie, dite indépendante, en corps permanents nous parait vicieuse, il ne saurait en être de même de la réunion provisoire de plusieurs divisions de cette arme sous la direction d'un seul chef.

Telle opération peut s'imposer au généralissime qui exige la coopération de plusieurs divisions de cavalerie à une action commune.

On verra plus loin, Napoléon lancer, le 12 octobre, le prince Murat avec 3 divisions de cavalerie dans la plaine de Leipzig en vue d'acquérir la certitude que cette région était vide d'ennemis.

C'est ce que notre regretté camarade et ami le capitaine Georges Gilbert appelait l'exploration négative.

Supposons qu'un groupe d'armées de l'ouest, en marche de la Meuse vers la Meurthe, ait à craindre l'arrivée sur son flanc gauche d'une armée ennemie venant des environs de Thionville.

Un nombreux corps de cavalerie, soutenu à courte distance par un corps d'armée, pourra recevoir la mission d'aller à la rencontre de cet ennemi pour le reconnaître et, le cas échéant, retarder sa marche.

Dans ces conditions, si le corps de cavalerie de l'ouest rencontre, au nord de Verdun, une cavalerie de l'est à gros effectifs, il devra la combattre pour s'assurer si, oui ou non, elle précède une armée.

Dans le premier cas, on aura le temps d'aviser aux mesures propres à enrayer l'attaque ; dans le second cas, le corps de cavalerie aura éventé la mèche et donné aux armées de l'ouest toute sécurité pour le flanc menacé.

Pour nous résumer, nous pensons que la cavalerie est appelée à jouer des rôles variés au début et au cours des opérations, soit en corps provisoires ne dépendant que du généralissime, soit en divisions rattachées à des armées ; mais nous nous élevons hautement contre les tendances particularistes de cette arme et spécialement contre l'idée caressée avec amour par certains cavaliers, qui consiste à croire que la cavalerie opérera pour son propre compte en avant des zones de rassemblement des armées.

 

Revenons maintenant au 7 octobre 1806.

On se rappelle que la 1re division de dragons (général Klein) avait suivi le mouvement du 7e corps depuis Francfort jusqu'à Würzburg.

Cette division continua sa route jusqu'à Bamberg, toujours à la suite du 7e corps, et elle dut se cantonner, le 8, dans les villages voisins de cette ville, le long de la route de Würzburg.

La division Nansouty (1re division de cuirassiers) reçut l'ordre, le 7, de quitter ses cantonnements de rassemblement, le 8, pour venir s'établir autour de Staffelstein, au nord de Bamberg, sur la route de Kronach.

La division d'Hautpoul (2e division de cuirassiers) eut à se cantonner, le 8, dans les villages de la route de Bamberg à Kronach, la tête à Ebensfeld (exclus), la queue à Kemmern (inclus), immédiatement derrière la division Nansouty.

Le parc d'artillerie de la réserve de cavalerie dut s'établir, le 8, à Hallstadt.

Enfin, les trois brigades légères de l'avant-garde reçurent l'ordre d'être réunies, le 8, à 6 heures du matin, sur le plateau de Nordhalhen et d'y attendre de nouveaux ordres.

 

De Kronach, où il transféra dans la soirée du 7 son quartier général, le prince Murat expédia les ordres suivants aux divisions de la réserve :

1° La 3e division de dragons (général Beaumont) sera, le 8, de Zeyern à Steinwiesen (inclus) :

2° La 4e division de dragons (général Sahuc) s'établira, le 8, de Neuses (tête) à Zettlitz (queue).

Cette nouvelle disposition plaçait la 4e division de dragons derrière le 3e corps et faisait perdre les bénéfices de la position de la veille qui mettait cette division immédiatement à la suite de la 3e division de dragons.

La 4e division de dragons allait donc éprouver un retard au débouché et ne pourrait concourir aux opérations de l'avant-garde de l'armée que lorsque le 3e corps aurait lui-même dépassé tout entier le débouché de Lobenstein.

Nous considérons le recul de la 4e division de cavalerie et son emplacement dans l'intérieur de la colonne du centre, entre le 3e corps et la Garde à pied, comme une faute. Il convenait, ou bien, de la laisser suivre la 3e division de dragons marchant derrière le corps d'avant-garde, ou bien, de la reléguer, en queue de colonne, avec les divisions de cuirassiers.

En fait, la 4e division de dragons accompagna le 3e corps jusqu'à Naumburg (12 octobre) et passa sous les ordres directs du prince Murat, le 13 octobre seulement ;

3° La division Nansouty (1re de cuirassiers) viendra, le 9, à Küps et continuera, les jours suivants, sur la route de Schleiz, à marches ordinaires ;

4° La division d'Hautpoul (2e de cuirassiers) ira, le 9, à Lichtenfels et s'adjoindra le parc de réserve de cavalerie, lequel parquera à une demi-lieue en arrière ;

5° La division Klein (1re de dragons) se portera, le 9, à Zapfendorf, dans les cantonnements occupés, le 8, par la division d'Halltpoul.

La 2e division de dragons (venant de Friburg en Brisgau) n'étant pas encore signalée, aucun ordre ne lui fut adressé en propre.

Ainsi, à l'exception des 3e et 4e divisions de dragons qui allaient se placer, le 7, derrière le corps d'avant-garde, les divisions de la réserve ne devaient commencer leur mouvement que, le 8, pour venir prendre la queue du gros de la colonne du centre, formé par le 3e corps et la Garde à pied.

Le maréchal Berthier donna, le 7, dans la soirée, l'ordre à la Garde et au grand quartier général de partir, le 8, à 3 heures du matin pour Lichtenfels.

Le grand quartier général dut se préparer à quitter Lichtenfels pendant la nuit du 8 au 9 pour se trouver à Kronach, le 9, à 6 heures du matin, afin de ne pas gêner la marche des troupes dans la matinée de ce jour.

D'après les ordres expédiés par le major général et par l'e général Belliard chef d'état-major du prince Murat, la route de Kronach, à sa sortie de Bamberg, allait être couverte de troupes et de voitures pendant la majeure partie de la journée du 8, dès 3 heures du matin.

En effet, le grand quartier général et la Garde à pied, suivie de son convoi de réserve, devant quitter Bamberg à partir de 3 heures du matin, auraient débouché entièrement avant 6 heures du matin.

Vers 8 heures, la tête du 7e corps se présenterait à la porte de Bamberg et la queue de ce corps d'armée aurait achevé de défiler dans la ville à midi.

Toute l'après-midi serait donc utilisée par les 1re et 2e divisions de cuirassiers avec le parc de la réserve de cavalerie pour se porter sur Staffelstei et Zapfendorf.

Les calculs d'écoulement, faits très largement, ont prévu plusieurs heures entre les grandes fractions à pousser vers le nord afin de parer à l'imprévu, aux retards accidentels, etc.

Ce qu'il faut retenir de l'ensemble des ordres de mouvement sur l'artère centrale pour la journée du 8, c'est l'utilisation de la route, depuis 3 heures du matin jusqu'à la nuit.

Le lendemain, 9 octobre, le major général voulant avoir auprès de lui, à Kronach, le grand quartier général, se voit obligé de lui prescrire une marche de nuit afin qu'arrivant à Kronach avant 6 heures du matin, ses voitures ne gênent en rien la marche des colonnes. Tout cela est judicieux.

 

Nous l'avons déjà dit : la mise en mouvement de la Grande Armée pour la traversée du Franken-Wald exigea de la part du major général seize ordres ou instructions, envoyés le 4, le 5, le 6 et le 7.

Sur ces seize ordres ou instructions, quatorze pouvaient être réunis en un seul.

Il suffisait, en effet, d'un ordre particulier envoyé, le 4 octobre, aux 5e et 7e corps pour les acheminer, pendant les journées du 5 et du 6, vers Bamberg, comme préparation à la marche d'ensemble ; d'une instruction au prince Murat, en date du 6, réglant le débouché de l'avant-garde, par Lobenstein ; enfin, d'un ordre d'armée, donné, le 6, pour la marche générale de l'armée pendant les journées du 7, du 8 et du 9 octobre.

La rédaction d'un seul ordre d'armée pour les journées du 7, du 8 et du 9, eut présenté cet avantage d'orienter tous les maréchaux et chefs de service, sans compter les troupes, sur les mouvements du voisin et la disposition de l'ensemble.

Alors on n'aurait pas vu le maréchal Augereau perdre quarante-huit heures à Coburg, en attendant des indications qui ne vinrent pas, et le maréchal Lannes attaquer seul, à Saalfeld, malgré la recommandation formelle de ne pas s'engager avant l'arrivée du 7e corps.

Dans l'armée allemande de 1870 régnait, en fait de commandement et d'émission des ordres, une doctrine qui, à défaut de génie, présentait, dans la forme, une supériorité manifeste sur le système adopté par Napoléon.

Il semble que celui-ci ait pris pour principe que le Français, bavard et indiscret, doive être tenu, jusqu'au moment de l'exécution immédiate, dans l'ignorance des mouvements ou dispositions à effectuer.

De là, ces ordres particuliers qui arrivent quelques heures seulement avant leur mise à exécution.

De tels ordres excitaient les organes de l'armée sans leur donner la vie, car lorsqu'ils n'arrivaient pas, on restait inerte.

Le maréchal Bugeaud semble avoir été particulièrement frappé des inconvénients du système d'ordres, suivi dans les guerres napoléoniennes, lorsqu'il s'élève avec force arguments contre l'ignorance où on laisse trop souvent les exécutants sur les projets du chef.

Pour notre part, nous jugeons la méthode des Allemands seule susceptible de développer l'initiative et l'activité des chefs, à tous les degrés, dans le sens des vues du commandement, en tenant compte de la situation d'ensemble.

 

Passons maintenant à la colonne de droite, composée du 4e corps, du 6e corps et du corps bavarois.

Nous avons trop longuement discuté les lettres de l'Empereur au maréchal Soult, en date du 29 septembre et du 5 octobre, pour que nous croyions nécessaire de revenir sur le rôle que Napoléon réservait à la colonne de droite en vue d'ouvrir le débouché de Schleiz à la colonne du centre.

Dans sa lettre du 5 octobre au maréchal Soult, Napoléon annonçait l'ouverture des hostilités pour le 8 octobre et prescrivait que, ce jour-là, le 4 e corps prît possession de Baireuth.

Mais, dans la soirée du 5, le major général envoyait, par ordre de l'Empereur, au 4 e corps, l'ordre formel d'entrer à Baireuth le 7 octobre, en masse de guerre, de manière qu'une heure après l'entrée du 1er hussards, tout le corps d'armée eût atteint cette ville.

Un coup d'œil jeté sur la forme de la frontière de la principauté de Baireuth montre que si le 4e corps envahissait ce pays, le 8 octobre seulement, le dispositif de la Grande Armée pour le débouché en Saxe n'était plus celui que Napoléon avait mûri dans son esprit depuis les derniers jours de septembre. — Voir la lettre de l'Empereur au maréchal Soult à la date du 29 septembre. — Ce dispositif en trois colonnes, l'aile droite en avant, répondait bien à la position connue de la masse principale de l'ennemi au nord du Thuringer-Wald.

Le maréchal Soult lança, en conséquence, le 6 octobre au soir, l'ordre de mouvement du 4e corps pour la journée du 7.

Cet ordre fort long renferme des prescriptions de toute nature. Après avoir défini les dispositions à prendre pour la marche, il donne des instructions à l'ordonnateur au sujet des subsistances, règle les évacuations, prescrit des mesures disciplinaires contre les maraudeurs, explique le but (apparent) de la marche et se termine par une instruction relative à l'envoi d'officiers au rapport journalier du corps d'armée.

Un tel ordre, ainsi que la plupart des documents de même nature se rapportant à l'armée impériale, manque totalement d'esprit de méthode.

Il convient, en effet, dans un ordre de mouvement, de séparer nettement les prescriptions purement militaires de celles qui visent l'entretien des troupes.

Afin de tromper les émissaires de l'ennemi, l'ordre du 6 octobre pour le 4e corps renferme par ordre du major général (lettre du 5 octobre) un faux renseignement. Il y est dit que le 4e corps va occuper Baireuth pour empêcher les Prussiens de tourner la droite de la Grande Armée.

Or, l'Empereur avait écrit, le 5 octobre, au maréchal Soult, que le gros des forces ennemies paraissait être à Erfurt.

Pour notre part, nous considérons comme une faute de tromper tout un corps d'armée sur la situation de l'ennemi dans l'unique but de faire courir dans le pays traversé par les troupes des bruits mensongers.

On développe ainsi le scepticisme, en matière de renseignements, chez les officiers et les soldats et, le jour où il est nécessaire que chacun apporte toute son intelligence et son énergie à la réalisation du but indiqué par l'ordre on ne rencontre que des incrédules.

L'ordre de mouvement du 4e corps pour le 7 octobre organise la marche en masse de guerre sur Baireuth. A ce titre, il est intéressant à étudier.

Le maréchal Soult prescrit qu'à 8 heures du matin, la brigade de cavalerie légère, les 3e et 2e divisions (Legrand et Leval) soient réunies à hauteur de Thurndorf et que la 1re division (Saint-Hilaire) les ait jointes, à la même heure, au nord de Thumbach. Entre cette dernière localité et Thurndorf on compte 5 kilomètres.

On peut donc penser que le 4e corps a marché sur une profondeur de 4 kilomètres seulement, probablement en colonne serrée par bataillon en masse, sur le côté gauche de la route, celle-ci étant réservée aux voitures.

Le soir du 7, le maréchal Soult écrivait de Baireuth à l'Empereur :

Les divisions Leval et Saint-Hilaire (3e et 2e divisions) ont fait aujourd'hui dix lieues ; elles sont cependant arrivées deux heures avant la nuit et ont pris position ; elles n'ont pas laissé 20 hommes en arrière.

La distance indiquée est exagérée ; la queue de la 2e division (Leval) n'a pas parcouru plus de 35 kilomètres depuis ses cantonnements de Haag jusqu'à Baireuth.

La marche de cette division a compris deux phases : la première, de 12 kilomètres sur la route, pour venir se rassembler près de Thurndorf ; la seconde, de 22 à 23 kilomètres, en formation massée, de ce point jusqu'à Baireuth.

Les emplacements du 4e corps, à l'issue de la marche du 7 octobre, figurent sur le croquis ci-contre.

Le 8e hussards, formant avant-garde, est à Berneck, à 15 kilomètres au delà de Baireuth.

Les 16e et 11e régiments de chasseurs avec une compagnie d'artillerie légère sont à Benk, à 8 kilomètres en arrière du 8e hussards, et à 7 kilomètres de Baireuth.

La 3e division (Legrand) est auprès de Bindloch, à 4 kilomètres au delà de Baireuth.

La 2e division (Leval) est un peu au nord de Baireuth.

La 3e division (Saint-Hilaire) est un peu au sud de cette ville.

Une grand'garde du 16e chasseurs a été placée à hauteur de Benk, sur la route de Culmbach, ayant en avant d'elle à Neu-Drosenfeld un petit poste de 1 brigadier et 4 chasseurs.

Le stationnement du 4e corps, le 7 octobre 1806, étant donné son rôle, la situation générale et la nature du terrain, serait appliqué avec avantages dans une circonstance analogue par un corps d'armée de l'époque contemporaine.

On donnait, à la Grande Armée, le nom d'avant-garde au régiment de cavalerie qui fournissait les reconnaissances pour le compte du corps d'armée, et le même terme était souvent employé pour désigner celle des divisions d'infanterie qui stationnait en avant du gros.

A l'heure actuelle, la terminologie est plus précise.

La 3e division, bivouaquée à 4 kilomètres en avant des deux autres, représente bien, à nos yeux, l'avant-garde telle que nous la concevons, c'est-à-dire une grosse unité capable d'arrêter les efforts de l'ennemi et de donner au commandant du corps d'armée le temps de prendre ses dispositions pour combattre ou pour manœuvrer.

 

Le jour où le 4e corps entrait dans la principauté de Baireuth, le 6e corps (maréchal Ney) poussait son avant-garde jusqu'à Creussen, à moins de 15 kilomètres du 4e corps.

Une fois à Baireuth, le maréchal Soult eut des renseignements positifs sur les emplacements et la composition des troupes ennemies signalées depuis quelques temps à Hof.

C'est ainsi que dans sa lettre du 7 au soir à l'Empereur, le commandant du 4e corps annonçait la présence à Hof de 3 régiments de hussards prussiens, de 2 régiments d'infanterie prussienne et d'un bataillon de grenadiers saxons, le tout sous les ordres du général Tauenzien.

L'ordre du major général au maréchal Soult, en date du 5 octobre au soir, disait que, le 8, le 4e corps devait occuper les hauteurs de Münchberg et se porter, le 9, sur Hof.

L'Empereur, en faisant exécuter, le 8, une grande reconnaissance au delà de Lobenstein, dans la vallée de la Saale, espérait faire déboucher le 1er corps, en entier, le 9, sur Saalburg. On voit donc que, dans son esprit, le 4e corps, tête de la colonne de droite, et le 1er corps, avant-garde de l'armée, atteindraient la Saale en même temps.

Le 7, au soir, toutes les dispositions préparatoires de franchissement du Franken-Wald sont terminées.

La période suivante, du 8 au 11 octobre inclus, comprend la traversée des montagnes et le débouché en Saxe.

La Grande Armée réunie au delà des défilés sera prête, le 11 octobre, à marcher, à manœuvrer et à combattre, où et comme le voudra son chef.

 

 

 



[1] Le maréchal Berthier emploie à tout propos l'expression : de manière. Quand cette locution se rencontre plusieurs fois dans un ordre attribué à l'Empereur, on peut être certain que l'ordre n'est pas de lui, mais bien du major général.

[2] Mme de Rémusat.

[3] La brigade Milhaud devait comprendre le 1er hussards et le 13e chasseurs, mais le 1er hussards avait été affecté au service du grand quartier général jusqu'à l'arrivée de la cavalerie de la Garde.