HISTOIRE DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE

TOME DIXIÈME

LIVRE ONZIÈME

 

CHAPITRE SEPTIÈME. — LE PRÉTOIRE DES JACOBINS

 

 

Numéro cinq du Vieux Cordelier : acte de contrition et satire. — Camille et Hébert devant les Jacobins ; Robespierre et Danton s’élèvent contre les querelles purement personnelles. — Dénonciations de Philippeaux contre Ronsin, Rossignol et les autres agents du ministère. — Démenti terrible de Choudieu. — Opposition voilée de Bourdon (de l'Oise) au Comité de salut public ; attaques prudentes de Danton. — Camille cité devant les Jacobins. — Robespierre prend sa défense. — Brûler n’est pas répondre. — Irritation de Robespierre ; sa réplique au cri de Camille. — Intervention conciliante de Danton. — On lit, aux Jacobins, les numéros du Vieux Cordelier. — Robespierre, aux Jacobins, interpelle Fabre d’Églantine. — Portrait de Fabre. — Ce qu’on lui reproche. — Sa réponse aux accusations. — Robespierre protège Camille Desmoulins. — Situation embarrassante que cette protection lui crée. — Manœuvres des Hébertistes pour rejeter sur lui la responsabilité des opinions émises par Camille. — Camille rayé de la liste des Jacobins. Robespierre demande que cet arrêté soit regardé comme non avenu ; les Jacobins y consentent. Camille maintenu dans la société jacobine.

 

Le soir même du jour où Robespierre avait présenté son Rapport sur le gouvernement révolutionnaire, Camille Desmoulins écrivait le numéro cinq du Vieux Cordelier[1] : acte de contrition à l’égard des uns, et satire sanglante à l’égard des autres.

Il y traçait en vives couleurs le tableau de ses services ; il y rappelait avec quel courage il avait su immoler à la République ses affections personnelles, renoncer à l'amitié de Barnave, et s’arracher à celle de Mirabeau, qu’il aimait comme une maîtresse[2]. Que lui reprochait-on ? N’avait-il pas dit que le vaisseau de la République voguait entre deux écueils, le modérantisme et l’exagération ?[3] N’avait-il pas ajouté que outrer la Révolution avait moins de péril et valait mieux encore que de rester en deçà ? Pourquoi l’avoir jugé sur des phrases détachées ? Lui, le patron des aristocrates ! le patron des modérés ! Ah ! que le vaisseau de la République, lance entre deux écueils, s’approchât trop de celui du modérantisme, et l’on verrait de quel air il aiderait à la manœuvre, on verrait s’il était un modéré ![4] Un modéré ! lui qui avait dit, comme Robespierre, et en termes non moins forts ; S’il fallait choisir entre l’exagération du patriotisme et le marasme du modérantisme, il n’y aurait pas à balancer ![5] Lui qui était allé aussi loin que Marat en révolution ![6] Lui qui avait écrit que le Comité de salut public avait eu besoin de se servir, pour un moment, de la jurisprudence des despotes, et de jeter sur la Déclaration des droits un voile de gaze, il est vrai, et transparent ![7] On l’accusait d’avoir défendu Dillon. Depuis quand était-ce un crime de défendre quelqu’un ? S’il était criminel pour avoir défendu Dillon, Robespierre l’était pour avoir pris la défense de lui Camille, qui avait pris la défense de Dillon ![8] A la calomnie il opposait un témoignage décisif, celui de Robespierre, déclarant que Camille ôtait un excellent républicain, qu’il l’était par instinct, par sentiment plutôt que par choix, et qu’il lui était même impossible d’être autre chose. De qui avait-on jamais fait un plus bel éloge ?[9] Au reste, puisque son dernier numéro avait été censuré par le Comité de salut public, il était prêt à le brûler, et à imiter Fénelon montant en chaire pour publier le bref du pape qui condamnait tas Maximes des Saints, et les lacérant lui-même[10]. Quant à son opinion sur l’anarchie, était-il donc si coupable d’avoir cru, après Caton et Brutus, que l’anarchie, en rendant tous les hommes maîtres, les réduit bientôt à n’avoir qu’un seul maître[11]. C’est ce seul maître que j’ai craint ; c’est cet anéantissement de la République ou du moins ce démembrement que j’ai craint. Le Comité de salut public, ce Comité sauveur, y a porté remède ; mais je n’ai point le mérite d’avoir le premier appelé ses regards sur ceux de nos ennemis les plus dangereux, et assez habiles pour avoir pris la seule route possible de la contre-révolution. Ferez-vous un crime, frères et amis, à un écrivain, à un député, de s’être effrayé de ce désordre, de cette confusion, de cette décomposition du corps Politique, où nous allions avec la rapidité d’un torrent qui nous entraînait, nous et les principes déracinés, si, dans son dernier discours sur le gouvernement révolutionnaire, Robespierre, tout en me remettant au pas, n’eût jeté l’ancre lui-même aux maximes fondamentales de notre Révolution, sur lesquelles seules la liberté peut-être affermie, et braver les efforts des tyrans et du temps ?[12]

Il eût été difficile de faire plus complètement amende honorable. Mais par quelles cuisantes attaques dirigées contre ses ennemis de tous les degrés il se dédommageait de l’effort ! Quelle verve étincelante ! quelle grâce dans sa manière de jouer du poignard ! En janvier dernier, j’ai vu M. Nicolas dîner avec une pomme cuite, et ceci n’est point un reproche... — Or, croirait-on qu’à ce sans-culotte, qui vivait si sobrement en janvier, il est dû, en nivôse, plus de cent cinquante mille francs pour impressions par le Tribunal révolutionnaire, tandis que moi, qu’il accuse, je n’ai pas accru mon pécule d’un denier ? C’est ainsi que moi, je suis un aristocrate qui frise la guillotine, et que Nicolas est un sans-culotte qui frise la fortune 1[13]. — Déjà on ne se reconnaît plus à la Montagne. Si c’était un vieux cordelier comme moi, un patriote rectiligne, Billaud-Varenne, par exemple, qui m’eût gourmandé si durement, sustinuissem utique, j'aurais dit : C’est le soufflet du bouillant saint Paul à saint Pierre qui avait péché. Mais toi, mon cher Barère ![14]... attends-moi, Hébert, je suis à toi dans un moment[15].... Bientôt j’aurais mis le dénoncé et les dénonciateurs chacun à leur véritable place, malgré les grandes colères du Père Duchesne, qui prétend, dit Danton, que sa pipe ressemble à la trompette de Jéricho, et que, lorsqu’il a fumé trois fois autour d’une réputation, elle doit tomber[16]... Est-ce toi qui oses parler de ma fortune, toi que tout Paris a vu, il y a deux ans, receveur des contremarques, à la porte des Variétés, dont tu as été rayé, pour cause dont tu ne peux pas avoir perdu souvenir ?[17]... Ce qui est certain, c’est que tu n’étais pas avec nous, en 1789, dans le cheval de bois... c’est que, comme les goujats, tu ne t’es fait remarquer qu’après la victoire, où lu t’es signalé en dénigrant les vainqueurs, comme Thersite, en emportant la plus forte part du butin, et en faisant chauffer la cuisine et tes fourneaux de calomnies avec les cent vingt mille francs et la braise de Bouchotte[18].... Cent vingt mille francs a Hébert pour louer Georges Bouchotte ! Pas si Georges. Monsieur Bouchotte ! Il n’est, ma foi, pas si Georges ![19]...

Ainsi allait Camille Desmoulins, frappant d’estoc et de taille. Puis, tout d’un coup saisi d’une mélancolie sublime : Ô mes collègues ! celle vie mérite-t-elle donc qu’un représentant la prolonge aux dépens de l’honneur ? Il n’est aucun de nous qui ne soit parvenu au sommet de la montagne de la vie. Il ne nous reste plus qu’à la descendre à travers mille précipices, inévitables même pour l’homme le plus obscur. Cette descente ne nous offrira aucuns paysages, aucuns sites qui ne se soient offerts mille fois plus délicieux à ce Salomon qui disait, au milieu de ses sept cents femmes, et en foulant tout ce mobilier de bonheur : J’ai trouvé que les morts sont plus heureux que les vivants, et que le plus heureux est celui qui n’est jamais né[20].

Hébert écumait de rage. Le 11 nivôse (31 décembre), il court aux Jacobins, y dénonce de nouveau Bourdon (de l’Oise), Fabre d’Eglantine, Camille Desmoulins, ce dernier surtout, et il insiste pour que chacun fasse connaître ce qu’il sait sur leur compte[21].

Le 16 nivôse (5 janvier), nouvelle mêlée aux Jacobins. Collot-d’Herbois s’y élève contre Philippeaux, dont il veut l’exclusion ; mais, quant à ce qui est de Camille : N’oublions pas, dit-il, ce qu’a fait pour le bien public le vieux patriote[22]. Ce vieux patriote avait trente-trois ans, tant on vivait vite alors ! Le président lit une lettre de Camille Desmoulins, annonçant son cinquième numéro. Un des amis d’Hébert, Momoro, reprend les attaques d’Hébert contre Philippeaux, au sujet duquel un autre membre s’écrie : Il n’a rien vu ; il a toujours voyagé en voilure ! A son tour, Hébert se lève : Justice ! justice ! Je suis accusé dans un libelle d’être un spoliateur de la fortune publique. — En voici la preuve, répond une voix pénétrante. C’est celle de Camille Desmoulins. Il ajoute : Je tiens à la main l’extrait des registres de la trésorerie nationale qui porte que, le 2 juin, il a été payé à Hébert, par Bouchotte, une somme de cent vingt-trois mille livres pour son journal ; que, le 4 octobre, il lui a été payé une somme de soixante mille livres, pour six cent mille exemplaires du Père Duchesne, tandis que ces six cent mille exemplaires ne devaient coûter que dix-sept mille livres[23]. — Hébert : Je suis heureux d’être accusé en face ; je vais répondre.

En ce moment, Robespierre jeune, qui revenait de Toulon, prend la parole et marque son étonnement du triste spectacle déroulé sous ses yeux : Depuis cinq mois que je suis absent, dit-il avec amertume et gravité, la Société des Jacobins me paraît étrangement changée. On s’y occupait, à mon départ, des grands intérêts de la République ; aujourd’hui, ce sont de misérables querelles d’individus qui l’agitent. Eh ! que nous importe qu’Hébert ait volé en donnant ses contremarques aux Variétés ?... Un rire moqueur s’éleva.

Hébert, à la tribune, levait les yeux au ciel, frappait du pied. Veut-on m’assassiner aujourd'hui ? s’écria-t-il[24], désespéré. Et ce cri ne soulève que murmures. Robespierre jeune, en soufflant sur la flamme, l’avait attisée au lieu de l’éteindre.

Robespierre aîné s’efforça de ramener le calme en disant que son frère était absent depuis longtemps de la société ; que cela se voyait à son langage ; qu’il avait tendu de grands services à Toulon, mais ne paraissait pas assez comprendre combien il était dangereux d’alimenter de petites passions qui se heurtaient avec tant de violence ; que ces discussions prenaient un temps dû à la chose publique ; que le devoir des républicains était d’empêcher tout acte d’oppression ; que, lui, n’accusait personne et attendait la lumière pour se décider : Je parierais que les pièces démonstratives que Camille a montrées ne prouvent rien[25]. Il conclut en demandant qu’on passe à la discussion du libelle de Philippeaux.

Danton parle dans le même sens. Il s’afflige de ces débats personnels qui font oublier la chose publique ; il insiste pour qu’on éclaire le peuple, pour qu’on laisse quelque chose à faire à la guillotine de l’opinion ; et, fidèle à son habitude d’envelopper d’expressions violentes même ses appels à la modération, il termine en ces termes : Subordonnons nos haines particulières à l'intérêt général, et n’accordons aux aristocrates que la priorité du poignard[26]. On décida que Philippeaux serait entendu à la prochaine séance.

Ainsi, d’une commune voix, Robespierre et Danton protestaient contre des querelles dont le caractère peu élevé et le but personnel tendaient, non-seulement à énerver la République, mais à l’avilir. Vains efforts ! Trop de passions subalternes étaient en jeu pour que lu voix delà raison se lit seule entendre. Philippeaux, tout entier aux préoccupations qu’il avait rapportées de lu Vendée, brûlait de pousser les choses jusqu’au bout ; Camille Desmoulins l’y encourageait par les éclats d une admiration irréfléchie ; Bourdon (de l'Oise) n’entendait pas renoncer de sitôt à saper les bases sur lesquelles reposait le pouvoir du Comité de salut public ; et derrière Bourdon (de l’Oise), l'excitant, le dirigeant, avec une ardeur voilée, se tenait Fabre d’Églantine[27].

Le 18 nivôse (7 janvier), jour fixé par les Jacobins pour les explications de Philippeaux, celui-ci, courant d’une âme éperdue au-devant des chocs que Robespierre et Danton voulaient éviter, lança du haut delà tribune de la Convention, contre Ronsin, Rossignol et les autres agents du ministère, une des dénonciations les plus aventurées et les plus violentes dont elle eût jamais retenti[28]. Son acte d’accusation fourmillait d’erreurs, émises de très-bonne foi sans doute, mais d’autant plus déplorables, que, dans ce moment, la grande armée vendéenne qui avait passé la Loire se trouvant entièrement détruite, et les prétendues trahisons affirmées par Philippeaux ayant abouti, après tout, à un triomphe, la nécessité de l’attaque n’était pas la pour en couvrir la légèreté ou en justifier l’acharnement. Choudieu, qui avait vu de ses propres yeux beaucoup de choses dont Philippeaux ne pouvait parler que sur ouï-dire[29], Choudieu éclata. Lié à ce parti de Saumur que Philippeaux avait tant foulé aux pieds, il s’était longtemps résigné au silence, soit crainte de diviser les patriotes, soit dédain ; mais, las enfin de ce redoublement d’attaques dont, mieux que personne, il connaissait le côté faible : Si Philippeaux n’est pas fou, s’écria-t-il, il est le plus grand des imposteurs... Il ment à sa conscience en accusant Rossignol de lâcheté. Ce qui l'a engagé à cette démarche, c’est la crainte d'être accusé lui-même, pour avoir provoqué la mesure désastreuse du 2 septembre[30]. Et, sans plus de délai, Choudieu mit la main à l’écrasante réponse qui devait être si fatale à Philippeaux.

De son côté et dans la même séance, Bourdon (de l’Oise) avait sonné la charge contre le gouvernement, et conclut à ce qu’on en finît avec un ministère monarchique ; à ce que le pouvoir fût réorganisé ; et, provisoirement, à ce que les ministres ne pussent tirer aucun fonds du trésor public sans un décret préalable[31].

C’était paralyser tout, au moment où, sans une action prompte, la République périssait. Danton, chose étrange, appuya Bourdon (de l’Oise), demandant qu’on décrétât le principe ; mais non sans renvoyer les détails à l’examen du Comité de salut public, afin, dit il, de ne pas ralentir le cours de vos succès[32]. La Convention vota dans ce sens.

Mais l’amendement proposé par Danton ne faisait que masquer la portée de l’attaque. En réalité, un vote pareil, dans les circonstances extraordinaires où l’on se trouvait, n’allait pas à moins qu’à désorganiser le gouvernement. Et les résultats se produisirent dès le lendemain ; la machine administrative s’arrêta tout d’un coup ; les réclamations retentirent ; les dangers s’accrurent, et le service des armées allait manquer absolument, si le Comité de salut public n’avait pris le parti de violer le décret, pour conserver la République[33].

La séance de la Convention du 18 pluviôse (7 janvier) était un triste prélude à celle qui, le soir, devait avoir lieu aux Jacobins. Les passions venaient d’être de nouveau déchaînées. À peine les Jacobins sont-ils réunis, que Bourdon (de l’Oise), Fabre d’Églantine, Camille Desmoulins et Philippeaux sont appelés. Point de réponse. Trois fois la sommation se fait entendre ; trois fois elle reste sans effets. Les accusés sont absents. Puisque ceux qui ont provoqué cette lutte, dit Robespierre, fuient le combat, que la Société les cite au tribunal de l’opinion publique, qui les jugera. Puis, comme pour détourner la Société de tous ces pugilats où serait l’écueil de sa dignité, et peut-être de son importance, il lui propose de mettre à son ordre du jour une question de politique étrangère : Les crimes du gouvernement anglais, et les vices de la constitution britannique[34].

Mais les pensées étaient ailleurs. Les passions qui bouillonnaient au fond des âmes entendaient si peu qu’on leur donnât le change, qu’un mot, un seul mol, produisit une tempête. Un membre, en parlant de la Convention, ayant laissé échapper l’épithète de coupable, appliqué à la décision qui avait envoyé Goupilleau (de Fontenay) en Vendée, voilà le désordre au comble. Plusieurs voix crient que la Convention est avilie, le bruit devient immense ; le président est obligé de se couvrir[35]. Une insulte à la Convention ! crie Bentabole, profitant d'un moment de silence. Non, non, lui est-il répondu de toutes parts. Affligé et irrité, Robespierre se plaint de cet empressement de certains membres à profiter de la moindre circonstance pour empêcher la Société de jouir du calme dont elle a tant besoin. La Convention, ajoute-t-il avec hauteur, n’est pas aussi aisée à dégrader qu’on semble le craindre... Celui qui manifeste à chaque instant cette crainte n’a nul respect de lui-même, de la Convention et du peuple. La Convention ne tient que d’elle l’honneur dont elle est couverte ; elle n a au-dessus d’elle que le peuple français ; et, quant à ceux qui désireraient peut-être que la Convention fut dégradée, qu’ils voient ici le présage de leur ruine ; qu’ils entendent l'oracle de leur mort certaine, ils seront exterminés.

A ces mots, l’Assemblée se lève tout entière, et, violemment émue, proclame à grands cris la ruine des traîtres et le triomphe du peuple français[36].

Cependant un pâle jeune homme vient de monter à la tribune. Juste ciel, quel trouble est le sien ! et comme la Parole tremble sur ses lèvres ! Est-ce bien là le Juvénal du Vieux Cordelier ? Tenez, s’écrie-t-il, je vous avoue que je ne sais plus où j’en suis : de toutes parts on m’accuse, on me calomnie. Sur le fait de Philippeaux, je vous confesse franchement que j’ai cru de bonne foi ce qu’il a consigné dans son mémoire... Je vous avoue que je ne sais plus où j’en suis. Qui croire ? Quel parti prendre ? J’y perds la tête[37]...

Robespierre vint en aide à son ancien camarade de collège. Après l’avoir raillé lourdement, mais sans âpreté, de son admiration excessive pour Philippeaux, il l’absout sur ce qu’il a quelque chose de la naïveté de la Fontaine. Ses écrits sont condamnables, mais on ne doit pas confondre sa personne avec ses écrits. Camille est un enfant gâté, qui avait d’heureuses dispositions, et qu'ont égaré les mauvaises compagnies. Il faut, ajoute Robespierre, sévir contre ses numéros, que Brissot lui-même n’eût pas osé avouer, et le conserver au milieu de nous. Je demande, pour l’exemple, que les numéros de Camille soient brûles dans la Société[38].

Il y avait quelque chose de dédaigneux mais de fort habile dans ce ton de protection à la fois ami et grondeur. Quoi de plus propre à atténuer la faute que d’en amoindrir la portée ? Et, quant à la proposition de brûler les numéros réputés dangereux, elle venait de Camille Desmoulins, qui lui-même avait écrit en propres termes, après avoir cité l’illustre exemple de l’humilité de Fénelon : Je suis prêt à brûler mon numéros trois[39].

Qu’on juge de l’irritation de Robespierre, lorsque, au moment où il tendait la main à Camille, il reçut de lui cette flèche, visée au cœur : Fort bien dit, Robespierre ; mais je le répondrai comme Rousseau ; Brûler n’est pas répondre[40]. Ce cri amer semblait transformer Robespierre en inquisiteur. Profondément blessé, il réplique : Comment oser encore justifier des ouvrages qui font les délices de l’aristocratie ? Apprends, Camille, que, si tu n’étais pas Camille, on ne pourrait avoir autant d’indulgence pour loi. La manière dont tu veux te justifier me prouve que tu as de mauvaises intentions. Brûler n’est pas répondre ! Mais cette citation peut-elle trouver ici son application ?

Mais, Robespierre, je ne le conçois pas, reprend Camille. Comment peux-tu dire qu’il n’y ait que les aristocrates qui lisent ma feuille ? La Convention, la Montagne, ont lu le Vieux Cordelier. La Convention, la Montagne, ne sont donc composées que d’aristocrates ? Tu me condamnes ici ; mais n’ai-je pas été chez toi ? Ne t’ai-je pas lu mes numéros, en le conjurant, au nom de l’amitié, de vouloir bien m’aider de tes avis, et me tracer le chemin que je devais tenir ?[41]

Ce que Camille Desmoulins oubliait, c'est que les deux seuls numéros que Robespierre eût vus étaient les deux Premiers, ceux qui précisément ne contenaient contre la Révolution ni allusions équivoques, ni rapprochements dont ses ennemis pussent triompher. Tu ne m’as pas montré tous tes numéros, dit-il : je n’en ai vu qu’un ou deux. Comme je n’épouse aucune querelle, je n’ai pas voulu lire les autres : on aurait prétendu que je les avais composés[42].

Camille Desmoulins se tut[43].

Alors Danton, se levant : Camille ne doit pas s’effrayer des leçons un peu sévères que l’amitié de Robespierre vient de lui donner. Citoyens, que la justice et le sang-froid président toujours à vos décisions. En jugeant Camille, prenez garde de porter un coup funeste à la liberté de la presse[44].

On lut ensuite le quatrième numéro du Vieux Cordelier, lecture que les tribunes écoulèrent attentivement, en silence, et, selon Camille Desmoulins, avec une défaveur très-peu sensible[45].

La lecture du troisième numéro n’eut lieu que le lendemain : ce fut Momoro qui la fit. Même silence que la veille. On propose de lire le numéro cinq. Robespierre fait observer que c’est inutile ; que l’opinion doit être fixée sur l’auteur. Il voit dans les écrits dénoncés un composé bizarre de vérités et de mensonges, de politique et d’absurdités, de vues saines et de projets chimériques et particuliers. Il blâme Camille ; il blâme Hébert. Mais il demande qu’au lieu de discuter le premier on discute la chose publique. Ardent à dérober le spectacle de querelles purement personnelles à l’attention des Jacobins, il s’efforce de la diriger plus loin et plus haut. Il montre la main de l’étranger dans l’existence de deux factions qui, parties de points opposés, se rencontrent en de communs efforts pour ruiner la République. Soudain, apercevant Fabre d’Églantine qui se lève et descend de sa place, il invite la Société à le retenir, et celui-ci montant à la tribune : Si Fabre, dit-il avec hauteur, a son thème tout prêt, le mien n’est pas encore fini. Je le prie d’attendre[46]. Et il continue. Son langage est vague ; le soupçon y gronde d’une manière sourde ; un mot redoutable s’en échappe : Il n’y a plus que quelques serpents à écraser. Ces serpents, qui sont-ils ? De toutes les parties de la salle, on applaudit à la menace[47]. Mais aucun nom n’a été prononcé encore. Le nom que Robespierre avait sans doute au fond de sa pensée tombe enfin de ses lèvres. Détournant les colères de la fête de Camille : J'invite, dit-il, la Société à ne s’attacher qu’à la conjuration, sans discuter plus longtemps les numéros du Vieux Cordelier ; et, l’œil fixé sur Fabre d’Églantine : Je demande que cet homme, qu’on ne voit jamais qu’une lorgnette à la main, et qui sait si bien exposer des intrigues au théâtre, veuille bien s’expliquer ; nous verrons comment il sortira de celle-ci[48].....

Fabre d’Eglantine déclara qu’il attendrait, pour répondre, qu’on précisât les accusations, et se défendit, non-seulement d’avoir influencé Camille, mais d’avoir jamais fréquenté publiquement, soit Bourdon (de l’Oise), soit Philippeaux. Un cri l’interrompt, un cri barbare : A la guillotine ! Sur quoi Robespierre demande que l’interrupteur soit chassé de la Société, séance tenante, ce qui est exécuté. Fabre reprend la parole ; mais son discours est trouvé peu satisfaisant ; et, les membres se retirant un à un, on lève la séance[49].

C’était un homme remarquable à divers titres que ce Fabre, qui, tout jeune encore, ayant obtenu aux jeux floraux de Toulouse le prix de l’églantine, se para du nom d’une fleur[50]. Nous avons parlé de la création du calendrier républicain, dont il partagea l’honneur avec Romme : heureux s’il n’eût laissé que ce souvenir ! Mais sa déposition contre les infortunés Girondins, qu’il ne rougit pas de présenter comme ayant pris part au vol du garde-meuble, comment l’oublier jamais ? Au reste, il louchait au moment d’expier cette calomnie, lui qui fut tué par une calomnie semblable. Il avait coutume de dire : Je sens un suspect d’un quart de lieue ; quelle fatalité le fit tomber lui-même dans la catégorie des suspects ? Ce qui est certain, c’est qu’aux yeux de Robespierre il avait l’importance néfaste d’un chef de faction, et d’un chef cauteleux, plein de ressources cachées, s'effaçant toujours derrière ceux qu’il conduisait, ne frappant que par la main d’autrui, ne combattant qu’à la faveur des ténèbres, et faisant de la politique une intrigue de théâtre[51]. Chose à noter ! dans son projet de Rapport sur la faction des Indulgents, Robespierre semble s'étudier à écarter le nom de Danton, dont Fabre avait été le secrétaire ; et, quant à Camille, dont Fabre était l’ami, il ne le peint que comme un agent secondaire et trompé. Le chef, le vrai chef du complot qu’il croit avoir découvert, c’est l’ex-comédien de province devenu auteur dramatique, et passé maître dans l’art de connaître le ressort qu’il faut toucher pour imprimer tel mouvement aux différentes machines politiques dont l’intrigue peut disposer[52] ; l'ennemi à vaincre, c’est l'auteur du Philinte de Molière, blotti dans l’ombre des coulisses, et, de là, dirigeant les effets de scène ; c’est le moqueur aussi, l’homme à la lorgnette. Et Robespierre n’est pas seul à porter ce jugement de Fabre d’Églantine. Bientôt, nous entendrons Saint-Just dire de lui : Il joua sur les esprits et sur les cœurs, sur les préjugés et les passions, comme un compositeur de musique sur les notes d’un instrument[53]. Danton, en parlant de Fabre, disait que sa tête était un répertoire de choses comiques[54]. Mais, en même temps, Danton lui attribuait de la bonhomie, et il en donnait pour preuve que, se trouvant chez Camille Desmoulins au moment où celui-ci lisait à quelqu’un son plaidoyer en faveur d’un Comité de clémence, Fabre s’était mis à pleurer. Mais, après avoir rappelé ce fait, Saint-Just ajoute durement : Le crocodile pleure[55].

Ceci était le cri de la haine, sans doute ; et la haine n’est pas toujours juste. Mais que, précisément à la même époque, Fabre d’Églantine versait des larmes d’attendrissement en entendant prononcer le mot clémence, et publiât l’éloge de Marat[56], cela devait certes paraître étrange à des hommes aussi soupçonneux que Robespierre et aussi roides que Saint-Just.

Parmi les pièces trouvées chez Robespierre après sa mort, il en est une où la probité de Fabre d’Églantine est cruellement mise en question. On y lit : Lorsque d’Églantine était secrétaire du département de la justice, il fit faire dix mille paires de souliers, à raison de cinq livres la paire ; il les vendit ensuite huit livres dix sous et neuf livres... Ce sont ces fameux souliers qui ne duraient que douze heures à nos volontaires dans les plaines de la Champagne... C’est avec raison qu’on reproche à d’Églantine d’étaler un luxe qui fait rougir les mœurs républicaines. N’est-il pas incroyable que cet homme, qui avait à peine des souliers au 10 août, et qui mettait en gage un habit pour en retirer un autre, afin d’avoir le plaisir de changer de costume, se trouvât tout à coup avoir un brillant équipage et des domestiques pour le service de la citoyenne Rémy, sa maîtresse ?[57]...

A ces accusations, voici ce que Fabre répondait :

On dit que je suis riche : je donne tout ce que je possède dans l’univers, hormis mes ouvrages, pour moins de 40.000 livres ; et c’est le fruit de seize pièces de théâtre, dont le succès, dû à la bienveillance du public, a été si grand, qu’il y a eu telle de mes comédies qui a eu cent soixante représentations de suite. Qu’on lise les registres de tous les théâtres de France, et l’on verra qu’ils m’ont rendu plus de 150.000 livres. Voilà ce qui peut m’en rester. — On dit que je suis luxueux. L’amour de tous les arts est dans mon âme. Je peins, je dessine, je fais de la musique, je modèle, je grave, je fais des vers, j’ai composé dix-sept comédies en cinq ans. Mon réduit est orné de ma propre main. Voilà ce luxe[58].

 

Quoi qu’il en soit, autant Robespierre était porté à s’exagérer les torts ou les vices de Fabre d’Églantine, autant il se sentait disposé à jeter un voile complaisant sur les fautes de Camille Desmoulins. Et cette disposition lui avait créé une situation fort embarrassante. Habiles à miner sa popularité, les Hébertismes s’autorisaient de la protection dont il avait, à deux reprises, entouré Camille pour le rendre comptable, à mots couverts, des allusions violentes dirigées par celui-ci contre le régime révolutionnaire. Comment était-il possible qu’un homme qui avait comparé ce régime aux règnes de Tibère et de Néron eût trouvé dans un membre du Comité de salut public un juge si indulgent ? Quel mystère cachait cette tolérance d’un esprit vanté comme inflexible, à l’égard d’un écrivain dont les contre-révolutionnaires se disputaient les productions avec des tressaillements de joie ? Nul doute, et on en aura bientôt la preuve, nul doute que la forme dédaigneuse donnée par Robespierre à son intervention protectrice n’eût blessé Camille Desmoulins jusqu’au fond de l’âme ; mais ceux qui voulaient les perdre l'un et l’autre, l’un au moyen de l’autre, affectaient de ne voir dans ce dédain qu’une ruse de l’amitié, qu’un procédé ingénieux pour soustraire le coupable à la responsabilité de ses actes. Ah ! il fallait distinguer la personne de Camille de ses écrits ! Et pourquoi donc ce privilège ? Parce que Camille était un enfant ? Admirable, en vérité ! Mais quel homme aurait jamais porté à la Révolution des atteintes aussi mortelles que cet enfant, auteur du numéro trois du Vieux Cordelier ? Ainsi parlaient les Hébertistes ; ils croyaient avoir enfin découvert, dans leur ennemi, le défaut de la cuirasse ; et ils ne cessaient de répéter : Camille Desmoulins a calomnié la Révolution, et Robespierre défend Camille Desmoulins[59], quoi de plus clair ? Aussi commençait-on, dans les groupes, à soupçonner Robespierre lui-même de modérantisme[60].

En cet état de choses, les Hébertistes avaient une marche bien simple à suivre : frapper sur Camille Desmoulins à coups redoublés, pour forcer Robespierre, ou à s’avouer vaincu en l’abandonnant, ou à se compromettre de plus en plus en s’obstinant à le protéger.

Grâce à leurs efforts, le 21 nivôse (10 janvier), les Jacobins prononcèrent l’exclusion de Camille. Heureusement, un membre ayant demandé que la même mesure fût appliquée à Bourdon (de l’Oise), et Dufourny s’y opposant, Robespierre vit dans cette circonstance un moyen de faire revenir la société sur sa décision, sans néanmoins tomber dans le piège que les Hébertistes lui avaient tendu. Prenant vivement la parole, il s’étonne que Dufourny, si sévère à l’égard de Camille, se montre si indulgent à l’égard de Bourdon (de l'Oise) et de Philippeaux. Où et quand Philippeaux avait-il bien mérité de la patrie ? Et qu’était-il autre chose qu’un mauvais soldat du girondinisme, qu’un enfant perdu de l’aristocratie ? Mais Camille Desmoulins ! quelle différence ! Lui, du moins, n’avait jamais tenu aux aristocrates. S’il lui était arrivé de composer des écrits contre-révolutionnaires, on ne pouvait nier qu’il eût aussi écrit pour la Révolution et servi la cause de la liberté. Philippeaux était moins dangereux que Camille, sous le rapport du talent, parce que le premier n’en avait pas, tandis que le second en avait beaucoup, et il était certes à déplorer que ce dernier ne l’eût pas toujours fait servir au bien général ; mais Philippeaux n’avait jamais connu le patriotisme. Au reste, il était las, quant à lui, de toutes ces luttes étrangères à la considération du bien public. Il était d’autres objets plus dignes de l’attention de républicains et d'hommes libres : l’examen des vices de la Constitution anglaise, par exemple, ou celui des manœuvres tendant à dissoudre la Convention. Comparés à ces deux grands objets, qu’était-ce que les intérêts particuliers de ceux qui voulaient chasser Camille Desmoulins et Bourdon (de l’Oise)[61] ?

On ne pouvait avec plus d’adresse mettre la Société sur la pente d’une rétractation. Robespierre allait jusqu’à faire semblant de croire qu’une décision, déjà prise, restait à prendre. C’est ce que fit observer Dufourny : Camille est déjà chassé, dit-il, et ce n’est pas de lui qu'il s’agit[62]. — Eh ! que m’importe à moi, répliqua Robespierre, que Desmoulins soit chassé, si mon opinion est qu’il ne peut pas l’être seul, si je soutiens qu’un homme à la radiation duquel Dufourny s’est opposé est beaucoup plus coupable que Desmoulins ? Tous les hommes de bonne foi doivent s’apercevoir que je ne défends pas Desmoulins, mais que je m’oppose seulement à sa radiation isolée, parce que je sais que l'intérêt public n’est pas qu’un individu se venge d’un autre, qu’une coterie triomphe d’une autre : il faut que tous les intrigants, sans exception, soient dévoilés et mis à leur place. Il termina en demandant que la société regardât son arrêté comme non avenu, et mît à l’ordre du jour les crimes du gouvernement britannique[63].

Menacer les accusateurs de Camille Desmoulins, dans eux ou dans leurs amis, d’un sort semblable à celui qu’ils lui préparaient, et flétrir leurs poursuites comme l’effet de misérables rancunes personnelles ou d’une combinaison de coterie, c’était évidemment de tous les moyens de venir en aide à Camille, le meilleur et le plus décisif. Il y eut un moment d’agitation ; mais la proposition de Robespierre prévalut enfin, et la Société rapporta l'arrêté qui chassait de son sein Camille[64].

 

 

 



[1] Il est évident que les dernières lignes de ce numéro cinq furent écrites après la présentation du Rapport de Robespierre, puisqu’elles le mentionnent.

[2] N° V du Vieux Cordelier, p. 81. Collection des Mémoires relatifs à la Révolution française.

[3] N° V du Vieux Cordelier, p. 76.

[4] N° V du Vieux Cordelier, p. 102.

[5] N° V du Vieux Cordelier, p. 107-108.

[6] N° V du Vieux Cordelier, p. 108.

[7] N° V du Vieux Cordelier, p. 108.

[8] N° V du Vieux Cordelier, p. 85.

[9] N° V du Vieux Cordelier, p. 80.

[10] N° V du Vieux Cordelier, p. 90.

[11] N° V du Vieux Cordelier, p. 111.

[12] N° V du Vieux Cordelier, p. 111.

[13] N° V du Vieux Cordelier, p. 79 et 80.

[14] N° V du Vieux Cordelier, p. 92.

[15] N° V du Vieux Cordelier, p. 95.

[16] N° V du Vieux Cordelier, p. 77.

[17] N° V du Vieux Cordelier, p. 95.

[18] N° V du Vieux Cordelier, p. 99.

[19] N° V du Vieux Cordelier, p. 100.

[20] N° V du Vieux Cordelier, p. 103 et 104.

[21] Moniteur, an II (1794), n° 106.

[22] Moniteur, an II (1794), n° 109.

[23] Moniteur, an II (1794), n° 109.

[24] Moniteur, an II (1794), n° 109.

[25] Moniteur, an II (1794), n° 109.

[26] Moniteur, an II (1794), n° 109.

[27] Voyez le projet de Rapport de Robespierre sur la faction de Fabre d'Églantine, dans les pièces publiées par Courtois.

[28] Voyez sur l'injustice de ces accusations de Philippeaux, le neuvième volume de cet ouvrage, livre X, chap. X.

[29] L’affaire de Coron, par exemple.

[30] Moniteur, an II (1794), n° 110.

[31] Séance de la Convention du 18 nivôse (7 janvier).

[32] Séance de la Convention du 18 nivôse (7 janvier).

[33] Projet de Rapport de Robespierre sur la faction de Fabre d'Églantine. — Robespierre y affirme que le discours de Bourdon (de l'Oise) était l'ouvrage de Fabre.

[34] Moniteur, an II (1794), n° 111.

[35] Moniteur, an II (1794), n° 111.

[36] Moniteur, an II (1794), n° 111.

[37] Moniteur, an II (1794), n° 111.

[38] Moniteur, an II (1794), n° 111.

[39] Le Vieux Cordelier, n° V. p. 90.

[40] Moniteur, an II (1794), n° 111.

[41] Moniteur, an II (1794), n° 111.

[42] Moniteur, an II (1794), n° 111.

[43] Dans l'essai sur la vie de Camille Desmoulins, par M. Matton aîné, on lit : Camille veut répondre : mille voix s’y opposent. L’auteur n’indique pas ses autorités, et il n’y a pas un mot de cela dans le Moniteur.

[44] Moniteur, an II (1794), n° 111. — Si, lorsque M. Marc-Dufraisse écrivit son intéressante et remarquable étude sur Camille Desmoulins, il avait eu sous les yeux le Moniteur, il n’aurait point tracé les lignes regrettables que voici : Robespierre propose de brûler les numéros du Vieux Cordelier, et il les avait corrigés de sa propre main !

Il n’aurait pas dit davantage : Brûler n’est pas répondre ! Encore un trait d'esprit que ce malheureux payera cher !

M. Dufraisse n'a pas pris garde que, même après cette scène, comme on verra plus bas, Robespierre vint, une fois encore, au secours de Camille.

[45] Le Vieux Cordelier, n° VI, p. 126 et 127, ubi supra. — M. Thiers, en rendant compte de la séance du 18 pluviôse (7 janvier), met dans la bouche de Robespierre les paroles suivantes, qu’on lit aussi dans l’essai sur la vie de Camille Desmoulins, par M. Wallon aîné : Eh bien, qu’on ne brûle pas, mais qu’on réponde ; qu'on lise sur le champ les numéros de Camille. Puisqu’il le veut, qu’il soit couvert d’ignominie... L’homme qui tient si fortement à des écrits perfides est peut-être plus qu’égaré, etc., etc. D’où ceci est-il tiré ? Ni M. Matton ni M. Thiers ne nous l’apprennent. Rien de tel dans le Moniteur.

[46] Moniteur, an II (1794), n° 115. Séance des Jacobins du 19 nivôse (8 janvier).

[47] Moniteur, an II (1794), n° 115. Séance des Jacobins du 19 nivôse (8 janvier).

[48] Moniteur, an II (1794), n° 115. Séance des Jacobins du 19 nivôse (8 janvier).

[49] Moniteur, an II (1794), n° 115. Séance des Jacobins du 19 nivôse (8 janvier).

[50] Michaud jeune. Biographie universelle.

[51] Voyez le projet de Rapport sur la faction de Fabre d'Églantine, trouvé dans les papiers de Robespierre, et publié par Courtois.

[52] Rapport sur la faction de Fabre d'Églantine

[53] Rapport de Saint-Just contre les Dantonistes, Histoire parlementaire. t. XXXII, p. 85.

[54] Rapport de Saint-Just, etc. Histoire parlementaire, t. XXXII, p. 93.

[55] Histoire parlementaire, t. XXXII, p. 96.

[56] L’éloge de Marat par Fabre d’Églantine parut la veille du jour où ce dernier fut traité si rudement aux Jacobins par Robespierre.

[57] Voyez l’Histoire parlementaire, t. XXXII, p. 232 et 253.

[58] Fabre d’Églantine à ses concitoyens, à la Convention et aux Comités de salut public et de sûreté générale, dans la Bibliothèque historique de la Révolution, 35e 36e. (British Museum.)

[59] C’est à ce reproche que Robespierre fut obligé de répondre dans la séance dont nous allons rendre compte, ce qu’il fit en ces termes : Il y a des gens qui pensent ou qui veulent faire croire que je défends Desmoulins Cependant il n’est personne qui ait parlé de lui plus franchement que moi. — Séance des Jacobins du 21 nivôse (10 janvier).

[60] C’est ce que Camille Desmoulins dit en propres termes dans le n° V du Vieux Cordelier, p. 92. Collection des Mémoires relatifs à la Révolution française.

[61] Voyez le Moniteur, an II (1794), n° 115.

[62] Voyez le Moniteur, an II (1794), n° 115.

[63] Voyez le Moniteur, an II (1794), n° 115.

[64] Voyez le Moniteur, an II (1794), n° 115.