JEAN JOUVENEL

 

CHAPITRE X. — JOUVENEL, PRÉSIDENT AU PARLEMENT DE POITIERS, SA MORT, 1431.

 

 

Quelle pitié estoit-ce dudit messire Jean [Jouvenel], seigneur de Traignel, qui possédoit bien deux mille livres de rente et de revenu, avoit belles places et maisons en France, Brie et Champagne, et son hostel garny de meubles, qui pouvoient valoir de quinze à seize mille escus en toutes choses, ayant une dame de bien et d'honneur à femme et onze enfants, sept fils et quatre filles et trois gendres, d'avoir tout perdu et sa dite femme avec ses enfants mis nus pieds, revestus de pauvres robbes comme plusieurs autres : et toutesfois tous vesquirent bien et honorablement[1].

C'était la ruine pour Jouvenel. Il perdait tous les biens qu'il avait à Paris. Nous allons voir que les Anglais, en devenant les maîtres de la royauté, confisquèrent un à un tous ses domaines en province.

Le duc de Bourgogne et la reine Isabeau de Bavière avaient fait leur entrée à Paris, et les exécutions avaient commencé. On avait destitué la plus grande partie des officiers royaux, tant du parlement que de la chambre des comptes[2] ; puis on avait emprisonné et massacré au point que ce seroit chose trop longue et piteuse à réciter[3]. Tout le monde fuyait, tous ceux que le Religieux de Saint-Denis appelle homines bonæ voluntatis[4] quittaient la place, laissaient Jean sans Peur avec ses bouchers, et venaient trouver le dauphin à Melun. La cour du jeune dauphin grossissait. Tanneguy du Châtel y était le maître.

Après une tentative inutile dirigée contre la Bastille Saint-Antoine pour reprendre Paris, le prince se retira à Bourges, où il arriva le 21 juin. La reine et le duc de Bourgogne cherchèrent à s'emparer de sa personne ; on négocia, ils échouèrent, il fallut attendre les événements[5].

Le dauphin avait des pouvoirs réguliers ; il pouvait gouverner légitimement le royaume. Le 6 novembre 1417, le roi Charles VI l'avait institué par ordonnance son lieutenant général avec mission de diriger l'Etat ; il avait donc le droit de faire acte de souveraineté[6].

Résolu à opposer gouvernement à gouvernement, et à constituer, en présence de la main mise par le duc de Bourgogne sur Paris, des pouvoirs publics réguliers, il usa de ses prérogatives royales en créant l'institution qui marquait le mieux sa toute-puissance, un parlement. Ce parlement fut établi à Poitiers par ordonnance du 21 septembre 1448, datée de Niort[7]. Il fut réglé qu'il aurait les mêmes pouvoirs et attributions que le parlement de Paris, qu'il remplaçait. Les considérants établissaient que, le duc de Bourgogne ayant désorganisé le parlement de Paris pour le remplir de factieux et d'ignorants, il était nécessaire de reconstituer une cour suprême de justice avec les magistrats destitués. La nouvelle cour se substituait aux Grands Jours de Berry et de Poitou ; elle établit son rôle de la sorte : si évocqua on les causes qui estoient à Paris, celles qui estoient des pays obeyssans a mondit seigneur le dauphin et celles d'appel, lesquelles de nouveau on relevoit à la chancellerie du parlement dont il y avoit très grande quantité[8].

L'ordonnance prescrivait que le parlement de Poitiers ne comprendrait que dix-huit magistrats, dont trois maîtres des requêtes, qu'il se diviserait en deux chambres, dont l'une se nommerait grand'chambre et l'autre chambre criminelle ; qu'il y aurait un auditoire de maître des requêtes et trois présidents. Dans la suite, on adjoignit une chancellerie spéciale[9], puis lé chiffre de dix-huit membres dont se composait le parlement augmenta ; une ordonnance d'octobre 1428 nous apprend qu'à cette date il s'est élevé à trente-deux ou trente-quatre[10].

Jouvenel avait sa place toute marquée dans cette nouvelle cour judiciaire, il fut nommé président[11]. Ses fils eux-mêmes y entrèrent : l'aîné, Jean, le futur archevêque de Reims, fut fait avocat général, office qu'il devait conserver jusqu'en 1432[12] ; l'autre, Guillaume, le futur chancelier de France, devint conseiller[13]. Les trois présidents étaient, avec Jouvenel, Jean de Vailly et Adam de Cambrai[14].

Jouvenel eut comme président 52 livres 20 deniers tournois par mois, son fils l'avocat général 41 livres, 13 sous, 4 deniers tournois par trimestre, et le conseiller 12 sous, 6 deniers tournois par jour[15]. C'était de quoi vivre.

Le parlement de Poitiers siégea dans le palais des comtes de Poitou. Son histoire ne fut guère mouvementée ; ses audiences étaient rarement remplies. A cette époque de guerre civile, chacun aimait mieux se faire justice soi-même que d'attendre les lenteurs procédurières des tribunaux. Aussi les registres du nouveau parlement ne sont-ils pas volumineux. Il n'en existe que pour les arrêts criminels du conseil, à partir de 1423. Le registre du conseil proprement dit ne commence que le 14 novembre 1431, et, quand on le parcourt, on se rend compte de l'existence modeste de cette cour souveraine[16].

Le dauphin n'avait même pas de quoi la payer. Il fallait user d'expédients bizarres pour vivre. Le parlement remettait, par exemple, à un condamné 300 livres sur 800 qu'il devait, à condition qu'il versât, séance tenante, les 500 restants. Ou bien on spéculait sur les plaideurs, on exigeait d'eux, à titre d'épices, des dons considérables, des sommes énormes. Les frais généraux de la justice, il faut le dire, étaient grands ; pour arrêter les malfaiteurs, les sergents royaux devaient être accompagnés de fortes escortes, et chaque fois qu'il s'agissait d'adresser un rapport au dauphin, il fallait envoyer une multitude de courriers de tous côtés ; car le prince voyageait beaucoup, changeait souvent de résidence, et on ne savait où il était.

La vie à Poitiers était chétive et pénible. Jouvenel, d'ailleurs, n'y resta pas longtemps.

En septembre 1417, Isabeau de Bavière et le duc de Bourgogne avaient envoyé des émissaires pour soulever le Languedoc et les autres pays du midi qui, n'ayant point pris part à la guerre civile, se trouvaient encore rattachés à la cause du dauphin. Le Languedoc était administré par le fils du connétable d'Armagnac, le vicomte de Romagne, qui portait le titre de capitaine général ; celui-ci était secondé par Renaud de Chartres, qui remplissait les fonctions de lieutenant-général. Tous deux se trouvèrent impuissants à résister aux menées des émissaires du duc de Bourgogne ; en peu de temps, du Rhône à la Garonne, toute la contrée se prononça pour Jean sans Peur. Déjà la Guyenne était aux Anglais : il ne resta rien au dauphin vers le sud[17].

Le prince chercha à reprendre le terrain perdu ; il y parvint en partie et regagna Toulouse, ainsi qu'une bonne étendue des pays languedociens. Il s'agissait de conserver la conquête. Malheureusement le Languedoc, loin du centre, flanqué des Anglais en Guyenne et des Bourguignons à l'est, échappait à l'action de l'autorité souveraine. La cour du régent eut alors l'idée de créer à Toulouse l'instrument le plus efficace pour faire respecter l'autorité royale, une cour judiciaire.

Le 20 mars 1420 fut signée à Carcassonne l'ordonnance qui instituait le parlement de Toulouse[18]. Le dauphin exposait dans le préambule les difficultés que présentaient les relations entre Poitiers et le Languedoc à cause de l'état de guerre dans lequel on se trouvait ; des bandes armées sillonnaient les pays intermédiaires ; il était donc obligé de créer un tribunal spécial à Toulouse[19]. La nouvelle cour fut solennellement installée le 29 mai suivant[20].

Jouvenel en fut nommé premier président. C'était une juste récompense des services qu'il avait rendus à la cause royale et des dommages qu'il avait subis pour elle. On lit dans un compte de Guillaume Charrier, receveur général des finances, que, le 25 juillet 1420, le dauphin fit don à Messire Jehan Jouvenel, chevalier, conseiller et président du parlement du roy et de Monsieur le régent à Toulouse, de la somme de cinq cents livres... tant pour considération des grandes charges, missions et dépens qu'il avait eus et soustenus, à avoir esté par l'ordonnance et commandement de mon dit seigneur, de la ville de Poitiers au pays de Languedoc, exercer son office audit lieu de Toulouse ; et aussi pour aucunement le relever des pertes et dommages qu'il avait eues et soutenues en la ville de Paris par les rebelles et adversaires du dit seigneur[21].

Le 14 juillet 1421, il est fait mention de Jouvenel dans un acte de Jean de Bonnay, seigneur de Monte-salon, sénéchal de Toulouse et d'Alby, qui lui donne les qualifications de honorabili domino Joanne Juvenelli primo présidente in parlamenio Tolosano noviter ordinato[22].

Toutefois Jouvenel ne paraît pas avoir assisté à l'installation du parlement ; car, à cette date du 29 mai 1420, nous avons la liste des personnages qui composent la cour, et il ne s'y trouve pas[23].

Ce parlement de Toulouse ne devait pas durer longtemps. Il n'exerça pas une influence sensible sur les désordres du temps. A peine pourrait-on citer de lui, le 12 mai 1424, un procès célèbre intenté à Geoffroy le Maingre, maréchal de Boucicaut, sur l'ordre exprès du nouveau roi Charles VII[24]. Les juges ne furent occupés que par des affaires de peu d'importance, aussi le parlement put-il aisément se transporter d'un lieu dans un autre pour y rendre la justice ; par là on diminuait les frais des plaideurs, on rendait la procédure plus expéditive, et on faisait sentir directement aux populations la puissance royale. C'est ainsi que, en septembre 1425, le parlement siégera à Béziers[25], en août 1426, à Narbonne[26] ; puis, en 1428, à la demande des États de la langue d'oïl réunis à Chinon et peut-être aussi du parlement de Poitiers, jaloux de l'existence de cette cour rivale[27], Charles VII supprima le parlement de Toulouse ; il aura duré huit ans[28].

Jouvenel n'y resta pas plus de deux ans. Nous sommes mal informés sur les causes qui lui firent quitter Toulouse. Juvénal des Ursins, dans son Discours du chancelier, fait allusion à des faits sur lesquels, d'ailleurs, il refuse de s'expliquer. Il dit que son père veoit trop cler et monstroit que, en se gouvernant comme on se maintenoit, tout estoit taillé de perdre et ne se vouloit pas consoner à ceulx qui administroient mal. C'est la raison pour laquelle fut mis hors... de la présidenterie de Languedoc ; et desclaireroyt bien les causes, ajoute le chroniqueur, mais ce seroit à la charge d'aucuns trépassés. Et comme dessus a esté touché, quant on luy disoit que il devoit aucunement dissimuler, il disoit que il l'eust falu reffondre, car sa condition estoit telle. Juvénal des Ursins, qui est loin d'avoir le courage moral et la valeur de conscience de son père, ajoute sous forme de conseil à son frère Guillaume : Et le vouz ay ici en brief mis adfîn que vous gardez... de cuider résister à la voulenté de ceux qui seront à la court, car cela vous feroit bailler le bout et mettre hors, et vault mieux avoir patience et dissimuler et estre cause de faire moins de mal[29].

Jouvenel ne se serait probablement pas entendu avec ses collègues de Toulouse. Ceux-ci, sans doute, presque tous gens de la langue d'oc avaient-ils vu de fort mauvais œil le régent mettre à leur tète un premier président de la langue d'oïl. Il fut remplacé par un homme du midi, Jehan de Saint-Étienne[30].

Le régent le rappela à Poitiers, et lui rendit sa charge de président. Ce changement dut se produire dans les premiers mois de l'année 1422, car, à la date du 24 novembre de cette même année, un extrait des registres du parlement nous apprend que Jouvenel a touché, avec Jean de Vailly et Adam de Cambrai, les émoluments de président de Poitiers, c'est-à-dire les 52 livres 20 deniers tournois qu'on lui donnait tous les mois[31]. Il avait soixante-deux ans ; il allait rester là jusqu'à sa mort.

Ses fils n'avaient pas quitté Poitiers ; ils y jouissaient des faveurs du régent et de la famille royale. Des princes leur faisaient des pensions. C'est ainsi que l'aîné, Juvénal des Ursins, qui remplissait les fonctions d'avocat du roi au parlement, recevait, le 15 août 1422, de Charles, duc d'Orléans et de Valois, comte de Blois et de Beaumont, la somme de trois écus d'or sur les arrérages de la pension que le duc avait promis de faire à Jehan Jouvenel le jeune[32]. L'argent était rare à la cour de France ; on payait les dons comme les dettes par à compte, quand on pouvait. L'avocat général donna quittance de cette somme, le 26 août de la même année[33]. Cinq ans après il avait encore cette pension ; le 10 mars 1427, il donne également quittance à Jacques Boucher, trésorier général du duc d'Orléans, au double titre d'avocat et de conseiller de ce prince au parlement, de la somme de dix livres tournois échus pour l’année 1426[34].

Les années qui finirent sa vie furent tristes pour Jouvenel ; il vit consommer sa ruine personnelle, il eut à craindre pour les jours de ses fils engagés dans les batailles ; les malheurs de la cause qu'il défendait ne durent pas moins contribuer à rendre sa vieillesse douloureuse.

Nous sommes à l'époque la plus tourmentée des guerres civiles du XVe siècle. Après de nombreuses tentatives de réconciliation entre le dauphin et le duc de Bourgogne, celui-ci avait été assassiné, le 11 septembre 1419, au pont de Montereau, par les gens du futur Charles VII. Ce meurtre, loin de résoudre les difficultés pendantes, avait accru l'irritation des Bourguignons. Le fils de Jean sans Peur, Philippe, comte de Charolais, héritier des haines de son père, et par surcroît résolu à venger sa mort, en était venu à signer avec la reine Isabeau de Bavière le fameux traité de Troyes du 21 mai 1420, par lequel Charles VI déshéritait son fils et abandonnait le trône après lui au roi d'Angleterre Henri V. D'un trait de plume, le duc de Bourgogne et la reine faisaient plus pour les ennemis du royaume que ceux-ci n'avaient pu obtenir en quatre-vingts ans de guerres renouvelées.

Lorsque, le 22 octobre 1422, Charles VI fut mort, les Anglais se trouvèrent maîtres légitimes de la France. Henri V n'était plus ; son fils Henri VI était trop jeune, ce fut le duc de Bedford qui prit la direction du gouvernement.

En réalité, les rois anglais se sont considérés non comme des vainqueurs s'emparant d'une contrée, mais comme une race royale succédant à une autre. Us aimaient mieux être rois de France que d'Angleterre ; ils eussent résidé à Paris, s'occupant plus de leur nouveau royaume que de leur domaine d'outre-Manche, devenant presque exclusivement rois français. Les gens des communes d'Angleterre le comprirent si bien, ils eurent tellement peur de ne plus être qu'une annexe du royaume de France, une province secondaire, que, le 2 décembre 1421, ils avaient pris une délibération par laquelle il était bien entendu que, si le roi anglais devenait roi de France, comme roy de Ffraunce, son dit royalme d'Angleterre ne le gents d'icelle, de quell estât ou condicion qu'ils soient ne seroient en null temps à venir mys en subjeccion n'en obéissance deluy, ses heirs et successours[35]... Ils entendaient bien un jour ou l'autre rompre avec la famille royale qui les avait quittés pour aller ailleurs.

En attendant, le régent, duc de Bedfort, se tenait pour le vrai maître du royaume de France ; il se considérait comme pouvant disposer de tout à sa fantaisie ; il agissait en conséquence[36].

Il décida qu'on confisquerait tous leurs biens à ceux qui suivaient le parti du dauphin, ou plutôt maintenant de Charles VII, et qu'on distribuerait ces biens aux serviteurs les plus dévoués de la cause anglaise. Jouvenel fut un des plus atteints par cette mesure.

Déjà en 1420, il avait perdu une terre importante située en Champagne, à huit lieues de Troyes, nommée le château d'Alibaudières. Le duc de Bourgogne avait envoyé contre cette forteresse une troupe de cinq cents hommes d'armes sous les ordres de Jean de Luxembourg. Le château était solidement fortifié ; il était de plus défendu par les eaux de la vallée marécageuse de l'Herbisse ; il résista d'abord ; mais, après un assaut qui n'avait cependant pas réussi, il se rendit. Et la forteresse dessus dicte fut toute démolie, arse et abatue et les biens d'icelle furent tous pillez par l'efforcement des gens d'armes assiégans[37]. Voilà une première propriété de Jouvenel détruite.

Vers le milieu de cette même année 1420, Jouvenel avait appris un autre malheur. Son fils Louis, le troisième, qui avait alors vingt-sept ans, et qui sera plus tard bailli de Troyes, avait été fait prisonnier par les Anglais après le célèbre siège de Melun que soutint si héroïquement Barbazan. Jouvenel ne put pas payer la rançon ; il était devenu trop pauvre ; en 1423, Charles VII lui donnera trois cents livres pour l'aider à délivrer le jeune chevalier, dont Juvénal des Ursins nous raconte les prouesses courageuses[38].

En 1421, fut définitivement confisqué l'hôtel de la rue Glatigny[39]. Mais ce n'est que l'année suivante, avec l'avènement de Henri VI d'Angleterre, que commencèrent les spoliations régulières.

Le 22 décembre 1422 par l'advis denostre très chier et très amé oncle Jehan, régent nostre royaume de France, duc de Bedfort, le roi Henri fit don à son conseiller Philippe de Morvilliers, premier président de son parlement, du moulin dit moulin de la Chaussée, situé sur la Marne un peu au-dessous de Charenton, avec toutes ses dépendances. Ce moulin appartenait au roi venu et escheu par confiscation par le moyen de la rébellion et désobéissance commise par le dit Jouvenel envers nostre dit feu ayeul et nous[40].

En mars 1423 (n. st.), autre don fait à Jean de Courcelles, seigneur de Saint-Liébaut, conseiller du roi, des terres de La Chappelle messire Gaultier[41], de celles de Mormans en Brie[42], de biens sis à Poissy[43] et de la terre des Fossez[44], toutes propriétés confisquées à Jouvenel[45].

Ce que Jouvenel possédait à Troyes fut donné en une seule fois à un autre conseiller du roi anglais, Pierre de Fontenay, seigneur de Rance, trois mois après, en juin 1423. La lettre royale indique bien : toutes les terres, héritages, cens, rentes, revenues, possessions et biens quelzconques que avoit, tenoit et possédoit tant en la ville de Troyes comme ès villages de Bierné et Savoyt près du dit Troyes, Jehan Jouvenel, chevalier[46].

Le 9 mars 1424 (n. st.), le conseiller Régnier Pot, chevalier, seigneur de la Roche, recevait vingt livres de revenus à percevoir sur la terre de Cussange également confisquée à Jouvenel. Les commissaires ordonnez sur le fait des forfaictures et confiscations n'oubliant rien de ce qui appartenait à Jouvenel[47].

Le bien le plus important de Jouvenel était la seigneurie de Trainel. Par sa forte situation et ses remparts, Trainel était appelé à jouer un rôle dans ces guerres ; il le joua. Jusqu'en 1423, la place avait pu demeurer entre les mains des partisans de Charles VII. C'était une des meilleures forteresses du parti français avec Sezanne, Montaiguillon et Perrigny la Rose[48]. De là, la garnison harcelait Anglais et Bourguignons sans trêve. Un jour, elle s'empara du château de Pont, qui était une des positions capitales défendant les troupes anglaises de Troyes. Le duc de Bedford délibéra de reprendre Pont à tout prix ; et, en effet, le 4 juin 1423, la forteresse était prise d'assaut, brûlée, rasée, les gens qui l'occupaient passés au fil de l'épée[49]. Sans retard, les Anglais, victorieux, marchèrent sur Trainel, qui, après une résistance héroïque, finit par être obligé de se rendre ; Jouvenel perdait sa seigneurie[50].

Les vainqueurs exploitèrent leur nouvelle conquête. Le 8 janvier 1424 (n. st.), les commissaires nommés au nom de Henri VI, au pays de Champagne, pour la vidange des places et forteresses occupées par ses adversaires, ordonnèrent de lever sur le diocèse de Troyes et les chatellenies d'Ervy, de S. Florentin, de Bar-sur-Seine, de Vendœuvre, de Chacenay, de Trainel, de Chaource, de Juilly, la plupart biens de Jouvenel, une aide de 5470 livres tournois. Trainel fut désigné pour payer 60 livres. Mais S. Florentin et Ervy déclarèrent ne devoir rien donner comme relevant du roi de Navarre ; les sergents qu'on y envoya n'obtinrent rien ; Bar-sur-Seine, Juilly et Chaource, sur lesquels le duc de Bourgogne avait immédiatement mis la main, refusèrent également comme n'appartenant pas aux Anglais ; Trainel, dont s'était emparé un seigneur bourguignon, fît la même réponse[51].

Mais Trainel était trop important pour que le roi d'Angleterre n'en disposât pas en faveur de quelqu'un de ses amés et féaux. En mai 1425, Guillaume, seigneur de Châteauvillain, recevait en don du roi Henri les terres et seigneuries de Traignel, Folz[52] et Basson[53], qui jadis furent et appartinrent à Jehan Jouvenel, chevalier, ainsi comme tout se comporte tant en justice haulte, moyenne et basse, terres, prez, bois, estangs, fours ; molins, hommes et femmes, cens, renies, revenues, maisons, manoirs, granges et édifices, comme autres choses quelconques appartenans aus dites viles, terres et seigneuries de Traignel, Folz et Basson, et deppendances d'iceulx[54].

Si nous ajoutons à tous ces biens deux cents livres tournois de rente que Jouvenel avait achetées de Jean de Châlon sur les terres de Grusy et de Ligny, et cinquante livres au seigneur de Belleville[55], revenus qui furent certainement confisqués, nous avons à peu près l'ensemble de la fortune de Jouvenel, énumérée par les actes que nous venons de voir. Juvénal des Ursins, ainsi qu'il a été dit plus haut, évalue le capital que possédait son père de quinze à seize mille écus et les rentes à deux mille livres. D'après les travaux de Leber et de Le Blanc, cela représenterait en valeurs actuelles 80.000 francs de revenu et 800.000 francs de capital[56]. C'était une grosse fortune. Il était pénible pour Jouvenel, arrivé à la vieillesse, de se voir dépouillé ainsi de tout ce qu'il avait amassé pendant sa laborieuse existence, pour ne plus rien laisser à ses enfants. La seule cause en était sa fidélité à Charles VII ; si l'on songe qu'à cette date beaucoup d'esprits doutaient et se demandaient quel était vraiment le légitime roi de France, s'assurant à la rigueur que Henri d'Angleterre possédait le trône par droite lignée et qu'on pouvait le reconnaître pour souverain, on reconnaîtra ce qu'avait particulièrement de touchant le sentiment national qui retenait Jouvenel au roi de Bourges. Malgré l'état précaire des affaires du roi Charles, car plus nous allons, plus il semble que son parti soit compromis ou perdu, — nous approchons du siège d'Orléans, — Jouvenel est de ceux qui ne désespèrent pas de sa cause, et qui y voient celle de la France.

Jouvenel approcha ainsi de sa soixante-dixième année, attristé par ses malheurs personnels et par les désastres publics. Il avait la consolation cependant de voir tous ses enfants autour de lui, très unis entre eux, pleins de vénération pour leur père, et tous grands, honorablement placés. L'aîné, Jean Juvénal des Ursins, était, nous l'avons dit, avocat général au parlement de Poitiers ; la première fille, Jeanne, était mariée à Nicolas Brûlait ; puis Louis, le chevalier de Melun, le futur chambellan du roi, délivré des mains des Anglais, servait toujours dans les armées de Charles VII ; la seconde, Jeanne, était remariée à Pierre de Chailli ; la troisième fille, Eude, était femme de Denis des Marais ; le fils suivant, Denis, qui avait trente-deux ans en 1430, se battait comme son frère Louis avec les troupes du roi ; Marie, une autre fille, était religieuse à Poissy dont elle allait devenir la prieure ; Pierre et Michel avaient vingt-sept ans et vingt-cinq ans, ils étaient aussi hommes de guerre ; Guillaume, qui sera chancelier de France, était conseiller au parlement de Poitiers ; quant au dernier, Jacques, qui succédera un jour à son frère aîné Jean, comme archevêque et duc de Reims, il n'avait que vingt et un ans et devait terminer ses études théologiques[57].

La plupart des biens confisqués à Jouvenel furent rendus plus tard à ses enfants, mais seulement après le triomphe de la cause royale. La forteresse de Trainel fut reprise aux Anglais en avril 1431[58].

Jouvenel ne quitta plus Poitiers. Il eut la joie d'assister à la résurrection de la France accomplie par Jeanne d'Arc. Peut-être fut-il appelé à faire partie du comité constitué à Poitiers sous la présidence de Regnault de Chartres, chancelier, archevêque de Reims, pour examiner la pucelle[59]. Il connut ses victoires, il assista à son triomphe, mais il ne vit pas son martyre.

Il s'éteignit, en effet, à Poitiers le 1er avril 1431, le jour de Pâques ; il avait soixante et onze ans[60]. Il aurait pu dire sur son lit de mort ce que répétait ce grand personnage du XIe siècle : J'ai aimé la justice et haï l'iniquité ; c'est pourquoi je meurs dans l'exil, en ajoutant et dans la pauvreté.

Sa femme, Michelle de Vitry, devait lui survivre de quinze ans et ne mourir que le 12 juin 1456[61].

Dès que des temps plus heureux le permirent, les enfants de Jouvenel décidèrent de faire transporter à Paris le corps de leur père, pour l'inhumer au milieu de ses concitoyens, dont il avait été le premier magistrat. Ils firent l'acquisition d'une chapelle dans l'église Notre-Dame de Paris, la chapelle Saint-Rémy, qui devint dès lors le lieu de sépulture de la famille et prit le nom de chapelle des Ursins[62].

Auprès de Jouvenel plus tard fut inhumée sa femme, et on grava sur leur sépulture commune l'inscription suivante :

Gy gist noble homme et sage maistre Jehan Juvenel des Ursins, chevalier, baron de Trainel et conseiller du roy nostre sire qui trespassa à Poitiers l'an de grâce MCCCCXXXI, le premier jour d'avril, jour de Pasques ; et dame Michelle de Vitri, sa famé, qui trespassa à Paris l'an de grâce MCCCCLVI, le XVIe jour de juing. Dieu ait l'âme d'eulx. Amen[63].

Au dessus du petit monument, de forme quadrangulaire, aux dimensions de deux pieds de haut, six de long et un de large qui fut élevé sur les restes de Jouvenel et de sa femme, on mit les statues des deux défunts. Ces statues, de grandeur naturelle, peintes, les représentaient à genoux, Jouvenel en costume de chevalier, Michelle de Vitry en costume de veuve ; elles étaient dans le sens de la longueur l'une derrière l'autre, chacune ayant devant elle un prie-Dieu portant un livre d'heures, ouvert[64].

Ces statues, que nous avons encore, n'étaient pas les seuls portraits que nous eussions jusqu'à aujourd'hui de Jouvenel. On retrouvait ce portrait plusieurs fois répété, dans un célèbre missel, dit missel des Ursins qui était un des chefs-d'œuvre de la miniature au moyen-âge. Ce missel contenait d'admirables dessins figurant des vues de Paris au début du XVe siècle, et des scènes de la vie parisienne à la même époque. L'artiste avait maintes fois représenté le prévôt des marchands dans ces scènes ; il eût été facile, en comparant ces portraits faits avec une exactitude minutieuse, de connaître la figure de Jouvenel. Malheureusement, ce riche missel, qui avait été donné à la ville de Paris, le 3 mai 1861, par M. A. F. Didot, a été brûlé dans l'incendie de l'Hôtel de ville sous la Commune[65].

Avec la statue peinte du tombeau il nous resterait, pour connaître la physionomie de Jouvenel, le tableau du XVe siècle qui se trouvait autrefois dans la chapelle des Ursins de Notre-Dame de Paris, et qui est actuellement au musée du Louvre. Ce tableau, qui doit être de 1470, nous l'avons dit, est un des plus anciens de l'école de peinture française et un des plus remarquables. Il représente Jouvenel à genoux, suivi de sa femme et de tous ses enfants, dans un décor architectural très riche[66].

Le tableau, comme les statues, ou le missel, nous offrent plusieurs fois répétées les armoiries de Jouvenel. Ces armoiries, telles que nous les lisons sur les monuments, sont : bandé d'argent et de gueule de six pièces, au chef d'argent chargé d'une rose de gueule boutonnée d'or, soutenue de même[67].

Ces armes sont celles qu'ont prises tous les enfants de Jouvenel ; or, ce sont identiquement les armes des Orsini d'Italie. On vient de remarquer que sur les œuvres que nous venons de décrire Jouvenel ne figure pas avec son vrai nom, mais sous l'appellation de Juvenel ou Juvénal des Ursins. Ses enfants, en même temps qu'ils ont changé le nom de leur père, ont également modifié le blason de l'ancien prévôt des marchands.

Nous avons retrouvé la trace des véritables armes de Jouvenel dans deux sceaux ; l'un est appendu à un acte du 15 juillet 1400, qui est une quittance des gages de conseiller[68]. M. Demay dans son Inventaire des sceaux de la collection Clairambault[69], le décrit ainsi : Signet ovale de 13 mill. écu portant trois bandes sous un chef chargé de trois roses suspendu à un arbre, accosté à gauche, la seule partie qui subsiste, de la lettre r sans légende. L'autre, moins bien conservé, est attaché à un acte d u 17 décembre 1383[70], et présente les mêmes signes ; l'écu ici semble reposer sur un animal symbolique. Nous les donnons tous les deux.

Telles sont les armes de Jouvenel, qui ont quelques fortuits points de ressemblance avec celles des Orsini peut-être, mais qui, à notre sens, n'en sont pas moins originales[71].

M. Didot, dans sa brochure sur le Missel de Jacques Juvénal des Ursins, nous dit que M. Victor Foucher croit se rappeler avoir vu quelque part la devise de Jouvenel qui serait A vous entier. Ces mots auraient été prononcés par le prévôt des marchands dans quelque discours de remercîment adressé aux Parisiens, et depuis Jouvenel les aurait pris comme devise. Cette phrase se retrouvait fréquemment, paraît-il, dans le fameux missel des Ursins[72]. Nous n'avons pu rencontrer aucune confirmation de ce renseignement.

Les monuments archéologiques qui nous restent, concernant Jouvenel, sont donc assez nombreux, surtout si on les compare à ce que nous pouvons avoir de tel autre personnage plus célèbre du même temps. Mais sauf le sceau, aucun d'eux ne provient véritablement de Jouvenel lui-même. Le portrait du Louvre a été peint au moins trente ans après la mort de l'ancien prévôt des marchands ; les autres documents ont été ou refaits ou conservés par des images de fidélité douteuse, nous ne saurions donc en tirer aucune conclusion de quelque valeur.

 

FIN DE L’OUVRAGE

 

 

 



[1] Juvénal des Ursins, p. 360.

[2] Ordonnances des rois de France, t. X, p. 478.

[3] Juvénal des Ursins, p. 349.

[4] T. VI, p. 228.

[5] Voy. Vallet de Viriville, Histoire de Charles VII, t. I, et de Beaucourt, Histoire de Charles VII, t. I.

[6] Ordonnances des rois de France, t. X, p. 139.

[7] Ordonnances des rois de France, t. X, p. 480.

[8] Juvénal des Ursins, p. 360.

[9] Ordonnances des rois de France, t. X, p. 481.

[10] Ordonnances des rois de France, t. XIII, p. 140. La bibliothèque du sir Thomas Philipps à Cheltenham possède un recueil d'ordonnances royaux faictes sur le faict et estât de la cour de Parlement du roy ordonnée seoir à Poictiers. 1418-1436. Cf. H. Omont, Bibl. de l'École des Chartes, 1889, t. L, p. 87, n° 7118.

[11] Ordonnances des rois de France, t. X, p. 477.

[12] Arch. nat., X1a 9194, fol. 11, v° et 13.

[13] De Neuville, Le Parlement royal à Poitiers, dans Rev. Hist., 1878, t. I, p. 278.

[14] De Neuville, Le Parlement royal à Poitiers, dans Rev. Hist., 1878, t. I, p. 278.

[15] Bibl. du Palais Bourbon, collection Lenain, extrait des registres du Parlement, t. 212, f° 31, v° (Mandement pour payer les gages des officiers du Parlement, du 24 novembre 1422.)

[16] De Neuville, op. cit., p. 16-21.

[17] Vallet de Viriville, Hist. de Charles VII, t. I, p. 79.

[18] Ordonnances des rois de France, t. XI, p. 60.

[19] Les habitants du reste le réclamaient instamment. D. Vaissète, Hist. gén. du Languedoc, éd. Privat, t. IX, p. 1057.

[20] D. Vaissète, Hist. gén. du Languedoc, t. X, Preuves, col. 56.

[21] Cité par Godefroy, Hist. de Charles VI, préface, p. 7, d'après un document conservé à la chambre des comptes et qui commençait en 1419.

[22] D. Vaissète, op. cit., t. X, col. 2011.

[23] D. Vaissète, op. cit., t. X, col. 56.

[24] D. Vaissète, op. cit., t. IX, p. 1077.

[25] D. Vaissète, op. cit., t. IX, p. 1087.

[26] D. Vaissète, op. cit., t. IX, p. 1094.

[27] D. Vaissète, op. cit., t. IX, p. 1099.

[28] 7 octobre. Ordonnances des rois de France, t. XIII, p. 26. De Bastard d'Estang, les Parlements de France, t. I, p. 35-36.

[29] Bibl. nat., ms., fr. 2701, fol. 46, v°.

[30] Tablettes de Themis..., t. I, p. 34. On n'a sur le parlement de Toulouse qu'un registre qui va du 13 novembre 1422 au 31 août 1423. Voy. Bibl. de l'Ec. des Chartes, 1889, t. L, p. 502. M. A. Baudouin signale ce registre donné par M. Antoine du Bourg. Le double existe à Paris aux Archives, ainsi libellé : Registruin quartum curie Parlamenti Tholose, inceptum XIII die novembris anno domini millesimo IIIIa vicesimo secundo.

[31] Bibl. du Palais Bourbon, collect. Lenain, extraits des registres du Parlement, t. 12, fol. 31, v°.

[32] Bibl. nat., dép. des mss., cabinet des titres, vol. 1593, dossier 36662, pièces originales, n° 9, parch.

[33] Bibl. nat., ms. français, 6211, pièce 335, parch.

[34] Bibl. nat., dép. des mss., cabinet des titres, vol. 1593, dossier 36662, pièces originales, n° 10, parch.

[35] Publié par Bréquigny, Lettres des rois, reines, et autres personnages des cours de France et d'Angleterre depuis Louis VII jusqu'à Henri IV... Paris, Imp. nationale, 1847, 2 vol. in-4°, t. II, p. 393-4.

[36] Voy. Longnon, Paris pendant la domination anglaise, Paris, 1878, in-8°. — Pierre Clément, Jacques Cœur et Charles VII, p. 68 et suivantes.

[37] Monstrelet, t. III, p. 385. — Th. Boutiot, Hist. de la ville de Troyes, t. II, p. 415. — Chastellain, Chronique, éd. Kervyn de Lettenhove, t. I, p. 125.

[38] Juvénal des Ursins, p. 383.

[39] Sauval, Antiquités de Paris, t. III, p. 318 : Compte des confiscations de Paris pour un an, fini à la saint Jean-Baptiste, — Rue des Marmouzets, grand hostel qui fut à messire Jean Jouvenel, chevalier, assis en une petite ruelle en descendant en Glatigny, aboutissant par derrière à Glatigny, chargé envers les religieuses de Poissy, à cause de sœur Marie, fille dudit Jouvenel, en vingt-quatre livres parisis de rente à la vie de la dite Marie.

[40] Arch. nat., JJ 172, n° 185.

[41] Auj. la Chapelle-Gauthier, dép. de Seine-et-Marne, arr. de Melun, cant. de Mormans.

[42] Chef-lieu de canton, dép. de Seine-et-Marne, arr. de Melun.

[43] Chef-lieu de canton, dép. de Seine-et-Oise, arr. de Versailles.

[44] Dép. de l'Aube, arr. de Bar-sur-Seine, cant. d'Essoyes, commune de St-Usage.

[45] Arch. nat., JJ 172, n° 212. Voici la description d'une partie de la seigneurie de Mormans, qui fera comprendre l'importance de ce fief. Elle se trouve dans un acte par lequel Audry Marchant, garde de la prévôté de Paris, valide une donation faite en présence de Hélie Prestit et de Jehan le Bouyeux, notaires du roi au Châtelet, en vertu de laquelle Nicole de l'Espoisse, notaire et secrétaire du roi, greffier au parlement, donne à sa petite fille mineure, Jehannette de l'Espoisse, orpheline, au nom de laquelle ses tuteurs et curateurs ont renoncé à l'héritage paternel pour cause de trop nombreuses dettes, diverses terres parmi lesquelles :

Son hostel et terre du bois Espinart assis en Brie, près de Mormens, auquel sont et appartiennent environ six vings ar-peus de terre et prez, dix arpens de bois, quatre livres de menus cens, ou environ, cinq coustumes, justice fonsière et basse, jusques à soixante solz, commaize et prouût de trois fiefs qui en sont mouvans, avecques plusieurs autres drois et noblesses ; tout lequel hostel et ses appartenances sont mouvans et tenuz en fief à une foy et hommaige de noble homme et sage messire Jehan Jouvenel, chevalier, conseiller du roy notre sire, et chan-ccUier de monseigneur le duc de Guyenne, et seigneur de Mourmens, à cause de sa terre et seigneurie dudit Mourmens. Bibl. nat., dép. des mss, cabinet des titres, vol. 1593, dossier 36662, n° 8, parch. (vendredi 19 janvier 1114.)

[46] Arch. nat., JJ 172, n° 333. Pour la liste de ces biens sis aux environs de Troyes : Bibl. nat, dép. des mss., cabinet des titres, vol. 1593, dossier 36662, n° 7, parch.

[47] Arch. nat., JJ 172, n° 432.

[48] D'Arbois de Jubainville, Invent. des Arch. dép. de l'Aube, t. I, 2e part , introd., p. X.

[49] Arch. mun. de Troyes, nouv. fonds, série F, n° 27, 29, 32, 33, 36.

[50] Vallet de Viriville, Hist. de Charles VII, t. I, p. 327.

[51] Arch. mun. de Troyes, nouveau fonds, F. 36. — Boutiot, Hist. de la ville de Troyes, p. 463-464.

[52] Sans doute Faux-Villacerf, Aube, arr. de Nogent-sur-Seine, c. Marcilly-le-Hayer.

[53] Fief de Marcilly-le-Hayer, Aube, arr. de Nogent-sur-Seine.

[54] Arch. nat., JJ 173, n° 236. Le 9 avril 1429 le même seigneur de Châteauvillain reçut des Anglais l'hôtel de la garde de Dieu, situé à Paris près de la porte à la comtesse, devant l'hôtel d'Artois. Arch. nat., JJ 174, n° 285, f° 126. — Cf. S. Luce, Jeanne d'Arc à Domrémy, Preuves, XXXIV, p. 333, note.

[55] Gallia christiana, t. X, p. 81. Testamentum Johannis Juvenal des Ursins archiepiscopi remensis, 18 sept. 1472. — ... Dominus genitor meus, cujus animæ parcat Dominus, acquisivit ducentas libras turonenses a Joanne de Chalon, super terras de Crusy et de Ligny et super dominum de Belleville quinquaginta libras in quibas habeo quartam partem.

[56] Leber, Essai sur l'appréciation de la fortune privée au moyen âge. Le Blanc, Traité historique des monnoyes de France, avec leurs figures, depuis le commencement de la monarchie jusqu'à présent. Cf. Clément, Jacques Cœur et Charles VII, Introduction, p. LXIII.

[57] Arch. nat., M 597. — P. Anselme, Hist. généal., t. VI, p. 404. — Les légendes du tableau du Louvre représentant Jouvenel suivi de tous ses enfants. — Vallet de Viriville, Biog. gén., Didot, art. Ursins.

[58] Th. Boutiot, Hist. de la ville de Troyes, t. II, p. 529.

[59] P. Ayrolles, La Pucelle devant l'église de son temps, p. 7.

[60] P. Anselme, Hist. généal., t. VI, p. 403.

[61] P. Anselme, Hist. généal., t. VI, p. 403.

[62] C'était la sixième chapelle du côté sud de la cathédrale. Voy. la description de cette chapelle dans F. de Guilhermy : Les inscriptions de la France du Ve siècle ou XVIIIe. Collection des documents inédits, 5e série, t. I, p. 60. — C'est le vendredi 14 juin 1443 que Michelle de Vitry et ses enfants obtinrent du chapitre de Notre-Dame la chappelle Monsieur Sainct-Remy, fondée en ladite église, et le côté dextre joignant du mur en icelle chappelle pour sepulturer et enterrer les dits feu seigneur de Traynel, leur père, et la dite dame, leurs enfants et héritiers et ceux qui doresnavant descendroiont de coux d'entre eux qui estoient et seroient mariez et de leur posteritez et lignées qui toutesfois y voudroient estre sepulturez et enterrez : ensemble permission de faire au joignant dudit mur une voûte en façon de sépulture et dessus une représentation sur une tombe eslevée où seroient mises et apposées les représentations en images du dit feu seigneur et de la dite dame, et de faire peindre à leur plaisir le dit costé du mur et faire changer les voirrières d'iceluy, ai bon leur sembloit. D. Godefroy, Hist. de Charles VI, annotations, p. 622. L'acte est passé devant Pierre Choart et Jean Franchois, clercs, notaires du roi au Châtelet de Paris, sous le sceau du garde de la prévôté de Paris. Cette concession était faite moyennant l'abandon par indivis au chapitre de la moitié d'un moulin et de ses appartenances nommé le moulin des chambres-maistre-Hugues qui était situé sur la Seine, près de la rue de la Tannerie à l'opposite du derrière de l'hostel dudit feu seigneur de Treynel et en outre d'un certain nombre d'autres revenus s'élevant à la somme de 4 livres 14 sous parisis de rente. Le tout faisait partie de la censive de St.-Magloire : le 3 août 1456, Jean, humble abbé de l'église et monastère de Monseigneur Magloire à Paris, et tout le couvent de ce même lieu, donnaient acte aux doyen et chapitre de Notre-Dame de Paris, de l'amortissement de ces rentes. Arch. nat., L 607, n° 12, parch. Les revenus du moulin de chambre-maistre-Hugues appartenaient à Jouvenel depuis 1414, époque à laquelle (31 juillet), il les avait achetés à Pierre et Jean Jouans, ainsi qu'une propriété sise à Vanves, appelée les Treneaux et un certain nombre d'autres biens d'une valeur totale de cent livres tournois de rente. Ces cent livres avaient été données en dot par Jouvenel à sa fille Jeanne, lors de son mariage avec Nicolas l'Eschalat : les deux époux s'étaient fait don mutuel de leurs biens. Le 23 juin 1439, Michelle de Vitry et ses enfants rachetèrent ces mêmes revenus pour les céder quatre ans après au chapitre de Notre-Dame de Paris. Arch. nat., Ibid., fol. 1, v°.

[63] Les Antiquitez de la ville de Paris, contenant la recherche des fondations et establissements des églises, chapelles, monastères et hospitaux... etc. [par Malingre.] Paris, 1611, in-fol. p. 9.

[64] Ces statues sont aujourd'hui au Musée de Versailles, attique du Nord, n° 3058 et 3059. Elles ont été sauvées au moment de la Révolution par Lenoir, qui les avait prises pour sou musée des monuments français. La tête de Jouvenel ayant été brisée, Lenoir l'a fait refaire d'après tous les documents possibles. — La représentation du tombeau nous est donnée par Gaignières dans son volume sur Notre-Dame de Paris (Bibl. nat., cabinet des estampes, fol. 96). L'inscription que nous avons mentionnée est gravée sur le rebord supérieur de ce socle et sur trois faces seulement ; la quatrième est adossée au mur. La partie du socle qui est figurée dans ce dessin est divisée en trois parties par un petit ornement architectural qui simule à peu près un contrefort d'église gothique. Dans les compartiments de droite et de gauche sont sculptées et peintes les armes de la famille des Ursins : au centre se trouvent les mêmes armoiries, mais coupées par le blason des Vitry. — On trouvera une longue description de la chapelle des Ursins dans : Description historique des curiosités de l'église de Paris contenant le détail de l'édifice tant extérieur qu'intérieur, le trésor, les chapelles, tombeaux, épitaphes, et l'explication des tableaux..., par M. E. P. G..., Paris, P. C. Gueffier, 1763, in-16°, p. 160 et suiv.

[65] Voy. A. F. Didot, Missel de Jacques Juvénal des Ursins, cédé à la ville de Paris le 3 mai 1861, Paris, 1861, gr. in-8° : ce missel ou pontifical avait été exécuté de 1449 à 1467. M. Didot l'avait payé 36.000 francs. On y voyait 140 grandes miniatures. — Voir également Vallet de Viriville, Notice de quelques manuscrits précieux... Paris, 1866, in-8°, et Leroux de Lincy, Paris et ses historiens, p. 585, note 2. M. Leroux de Lincy nous a conservé en chromolithographies trois des miniatures de ce missel, ce sont : la Maison au pilier, la Grève et la Cité, formant : lettre ornée de l'office de la Fête-Dieu, p. 197 ; — l'intérieur de la Sainte-Chapelle et les insignes reliques de la Passion, lettre ornée de l'office des saintes reliques, p. 537 ; — vue partielle de Paris, lettre ornée de l'office de Noël, p. 586.

[66] Ce tableau avait été sauvé également par Alexandre Lenoir. Il paraît qu'il aurait appartenu à la collection de Gaignières. Voy. Ch. de Grandmaison, Gaignières, ses correspondants et ses collections de portraits, dans Bibl. de L'Ecole des Chartes, 1891, t. LII, p. 205. — Le même Gaignières nous en a donné une reproduction dans son recueil Rois et Reines de France, t. VII, f° 30, r°. (Bibl. nat., cabinet des estampes) avec les portraits de Juvénal des Ursins (fol. 20), et de Guillaume Juvénal des Ursins (fol. 28 et 27). Montfaucon l'a dessiné dans ses Monuments de la monarchie française, t. III, p. 353. Il a été gravé ainsi que les deux statues de Versailles dans la collection dite Galeries historiques de Versailles, de Masson.

[67] Voy. Armorial du héraut Berry, Bibl. nat., ms franc. 4985, fol. 171, r°.

[68] Bibl. nat., Clairambault, r. 61, p. 4731, n° 149.

[69] T. I, p. 520, n° 4953.

[70] Bibl. nat., Clairambault, r. 61, p. 4731, n 148.

[71] Si la descendance des Orsini était directe et régulière, pourquoi d'ailleurs les Juvenel des Ursins auraient-ils modifié le blason de leur père ? Pourquoi ne l'auraient-ils pas conservé tel quel, comme une modification normale de l'écu d'un branche cadette ?

[72] A.-F. Didot, op. cit., p. 9 et 10.