RICHELIEU ET LA MONARCHIE ABSOLUE

 

LIVRE II. — LA NOBLESSE ET SA DÉCADENCE.

ÉTAT ET RÔLE POLITIQUE.

CHAPITRE V. — LA HIÉRARCHIE NOBILIAIRE.

 

 

L'ancienneté ; les nobles de race ou d'extraction et les anoblis. — Les titres de noblesse. — Princes du sang et apanages. — Bâtards de France, leur situation. — Princes étrangers. — Principautés demi-souveraines. — Princes par lettres d'érection, par tradition ; de francs-alleux, ou de fantaisie. — Les duchés et les ducs et pairs. — Les ducs non pairs et à brevet. — Les marquis, comtes, vicomtes et barons. — Transmission de titres par les femmes. — Achat de titres.

 

La hiérarchie nobiliaire n'a pas pour base l'ancienneté ; on voit des familles d'extraction chevaleresque végéter sur quelques maigres fiefs. Elle n'a pas pour base les titres de noblesse ; les titres, sauf celui de duc, sont des appellations sans valeur. Il y a une hiérarchie devant le Parlement, une autre à la cour, une autre dans l'opinion. Cette dernière reconnaît plusieurs catégories de nobles, depuis les princes, les grands seigneurs, les gens de qualité, jusqu'aux gentilshommes de bonne maison, et aux anoblis ordinaires. Les alliances, la fortune, les fonctions remplies, un certain ton, un certain train, distinguaient, tout autant que la naissance, le bon gentilhomme de l'homme de qualité, et l'homme de qualité du grand seigneur. Hiérarchie mondaine et sociale, aussi rigoureuse que la hiérarchie officielle et politique qui ne reconnaît entre le Roi et le peuple que trois classes de privilégiés : les princes du sang, les ducs et pairs, et les autres nobles sans acception de titres ou d'origine.

Les cours souveraines maintenaient cette dernière classification avec une rigueur où se mêlait quelque intérêt personnel. Presque tous anoblis par lettres, les magistrats protestaient contre la supériorité d'une noblesse de race à laquelle ils n'appartenaient pas. Les anciennes familles, de leur côté, voyant leur caste envahie par de nouveaux venus qui les égalaient en fortune et en pouvoir, cherchaient dans le passé, dont elles avaient le monopole, une force et une suprématie qui leur échappaient dans le présent. Leur noblesse, dite d'extraction, était censée n'avoir point eu de commencement. A ce compte il n'y aurait eu de nobles que les Francs, compagnons de Clovis, et combien restait-il de ces familles franques dès l'avènement de Hugues Capet ? On n'aurait vu dans les anoblis, — tout le tiers état, — que des fils d'esclaves, esclaves de droit, affranchis par grâce, par surprise ou par rébellion.

Les preuves de noblesse augmentèrent et se généralisèrent à mesure que la noblesse elle-même perdit en importance. En exigeant des preuves pour l'admission à certaines dignités et à certains grades, on se condamnait d'avance à en exclure les hommes sans aïeux qui es mériteraient, ce qui était déplorable, ou à les recevoir avec des preuves notoirement fausses, ce qui ne l'était pas moins[1]. On distinguait pour l'exemption des tailles en 1634 ceux dont l'anoblissement datait de 1559, de ceux dont l'anoblissement ne datait que de 1602[2], comme si les uns étaient plus nobles que les autres, parce qu'ils avaient été investis du privilège quarante ans plus tôt.

Le duc de Nevers savait bien, disait-il, le respect qu'il devait à la Reine Marie, comme mère de son Roi, mais hors de cela personne n'ignorait que ceux de Gonzague étaient princes, avant que les Médicis fussent gentilshommes[3]. C'est sous Louis XIII que commence la manie des généalogies fabuleuses ; les plus grandes maisons s'abandonnent à ce travers : les Lévis se rattachent à la tribu juive de ce nom, et se font en peinture traiter de cousins par la Sainte Vierge. Les Cossé-Brissac imaginent descendre de l'empereur romain Coccéius-Nerva, et la maréchale de la Meilleraye[4] donne sous ce prétexte le titre de prince à son grand-père. Un journal satirique du temps parle de ces naïves prétentions : Pour retrancher les querelles qui arrivent journellement touchant l'antiquité des races, a été ordonné que l'on- ne pourrait tirer l'origine de son extraction plus avant que de trois mille ans devant le déluge ; sauf à ceux qui en auront des titres authentiques, passés par-devant notaire royal et non autre[5].

Le goût des recherches généalogiques se généralisa tellement dans l'aristocratie, qu'on put créer pour le premier d'Hozier une charge nouvelle, dont on ne s'était point avisé jusque-là, celle de généalogiste du Roi, juge et surintendant des blasons et armes de France. La fraude, comme toujours, s'en mêla, et Bois-Robert pouvait avec raison, dans une de ses épîtres, faire dire à un grand seigneur :

Les plus apparents

Payaient d'Hozier pour être mes parents[6].

Ou s'inquiéta des quartiers de noblesse plus qu'on ne l'avait fait jusqu'alors. Le blason des ancêtres paternels et maternels, jusqu'à la quatrième génération, joua un grand rôle dans l'existence de leurs descendants. Nous primes modèle sur les Allemands, qui, disait Balzac, sont de plaisantes gens en cela. Leur délicatesse va jusqu'à l'excès. Plusieurs souverains d'Italie auraient bien de la peine à passer pour gentilshommes parmi eux, si on leur demandait ces huit quartiers qu'il faut montrer du côté du père et de la mère... Il me souvient d'un étrange mot que j'ai ouï dire en pareille occasion : l'Empereur des Turcs, quelque grand seigneur qu'il soit, n'est pas gentilhomme du côté de la mère... Pour parler de la noblesse en termes affirmatifs, il faudrait être assuré d'une chose qui a toujours été assez douteuse. Il n'a fallu qu'une femme de mauvaise vie pour avoir altéré le sang des Héraclides et des Éacides, pour avoir rompu cette belle chaîne, cette belle ligne de ces races héroïques[7]. Ainsi l'exagération d'un droit était, comme il arrive toujours en pareil cas, fatal à ce droit même. En s'attachant trop fortement à l'antiquité, à la pureté de leur extraction, les héritiers des vieilles races amenaient les penseurs à réfléchir sur la réalité de cette descendance et sur l'autorité qui en pouvait résulter.

En même temps surgissent les vains hochets, les prétentions vaniteuses, — petits côtés de l'aristocratie, qui se développent aux jours de décadence ; — toutes ces différences de timbre (de front, de trois quarts et simple), écu pendant et penché, qui sont de pures inventions[8]. Le Roi, pour faire voir la grandeur de sa cour avec plus d'ordre qu'il n'y en a ordinairement, imagine de placer en une cérémonie les ducs et princes auprès de sa personne, les marquis et comtes dans une autre chambre, et la noblesse non titrée dans une troisième[9].

Les titres cependant restaient sans importance. L'ordonnance de 1629 enjoignait aux gentilshommes de signer du nom de leurs familles, et non de celui de leurs seigneuries[10]. L'usage constamment suivi paraissait rendre cette prescription oiseuse. Il est rare de voir un seigneur apposer au bas d'un acte autre chose que son nom patronymique ; lors même qu'il se sert d'un nom de terre, il s'abstient de le faire précéder d'un litre quelconque. Le duc de Rohan signe Henri de Rohan, le duc d'Épernon signe Louis de Lavalette, le maréchal de Créqui, duc de Lesdiguières, signe de Créqui ; le duc de Bouillon, Henri de La Tour ; le duc d'Angoulême, Louis de Valois ; le marquis de La Force, A. de Caumont ; son père le maréchal duc de La Force, Caumont. Les maréchaux de Schomberg et d'Effiat, le marquis de la Vieuville, les comtes de Béthune et de Brassac signent leur nom tout court, et ainsi des autres[11]...

En France, d'ailleurs, le nom du noble ne se distinguait pas de celui du roturier. Les particules qui précédaient ordinairement celui du noble indiquaient la terre dont il était seigneur, mais on voit beaucoup de roturiers posséder une particule analogue, marquant simplement le lieu d'où ils étaient issus. Ce qu'on nomma plus tard particule nobiliaire n'était donc nullement, au dix-septième siècle, un signe de noblesse[12]. On voit une Madeleine de Caumont dont les parents étaient meuniers[13] ; un monsieur de Beauvais, commis du greffe à Bourges ; un L. de la Chassaigne, tanneur. J. de la Voye, A. de Luynes, V. de la Haut, G. de la Garde, Ch. de Marigny, P. de la Londe, sont de simples barbiers étuvistes ; un mercier se nomme P. d'Héricourt, un marchand de Cambrai, N. de Francqueville ; Matthieu de Moncheny et Simon de Sequeville sont les noms de deux apothicaires[14]. Et tandis que des plébéiens en nombre infini portent des noms de ce genre, des familles nobles depuis de longues années dédaignent d'orner leurs noms de particules insignifiantes. Les Montholon, Paris, Mandat, Bartillat, Gallifet, Amelot, Faucon, Chauvelin, Alligre, et bien d'autres, ne cédèrent à cet usage que longtemps après leur anoblissement.

C'est que dans notre pays la noblesse. était attachée à l'individu, tandis que les titres étaient attachés à la terre. La noblesse était Personnelle, les titres impersonnels. Non-seulement les anoblis de la veille pouvaient acquérir, tenir et posséder toutes sortes de fiefs, seigneuries et héritages nobles, de quelque titre et condition qu'ils fussent, mais les roturiers eux-mêmes avaient ce droit, avec cette différence qu'il leur était défendu de porter le nom d'une propriété noble, défense qu'ils éludaient souvent. Il s'ensuit qu'un gentilhomme perdait son titre en vendant sa terre, tandis qu'il ne pouvait aliéner sa noblesse. Le nom seul, son lustre et son antiquité, régla donc la préséance dans la classe aristocratique. Les titres furent pris avec un sans façon fantaisiste par la vieille noblesse, qui les porta comme un habit de cour, et obtenus avec une abondance extrême par la nouvelle, qui n'eût osé se dispenser des formalités. Dans ces conditions, le titre de duc seul conserva sa valeur, parce que le Roi s'abstint de le prodiguer ; les autres se réduisirent bientôt à peu de chose.

A la tête de la noblesse étaient les princes du sang. On désignait ainsi tous les parents légitimes du souverain, en ligne directe ou collatérale, quelque éloignés qu'ils fussent. En Angleterre, on n'accordait ce titre qu'aux fils, frères, oncles ou neveux du Roi[15]. C'était une application de ce sage principe de nos voisins, consistant à restreindre sans cesse le nombre des privilégiés de naissance, afin de grandir d'autant ceux qui restaient. Refoulant en bas une partie de ceux qui étaient eu haut, ils pouvaient appeler en haut ceux qui se signalaient en bas ; sans risquer d'encombrer le patriciat, ni de diminuer son prestige, ils le maintenaient ce qu'il doit être : le pouvoir donné à ceux qui valent le plus et qui font le mieux. En France, à l'avènement de Richelieu, la famille royale était peu nombreuse, la mort s'était chargée de faire le vide dans ses rangs ; Monsieur, frère du Roi, était le seul considérable, le seul qui eût droit à un apanage[16]. L'apanage, en effet, était la force effective des cadets royaux ; sans lui ils jouissaient encore d'une situation honorifique spéciale, mais par lui ils étaient vraiment hors de pair.

Sous les deux premières races, le royaume, à la mort du Roi, était partagé également entre ses enfants ; conséquence de la constitution démocratique de l'ancienne famille franque. Au commencement de la troisième, le cadet reçoit seulement une province, mais en toute souveraineté et propriété ; c'est un véritable démembrement. Le droit de propriété disparaît ensuite le premier ; on ne concède plus d'apanage qu'avec retour au domaine de la couronne, faute d'héritiers mâles. Devenu usufruitier, le cadet demeure encore souverain, c'est une sorte de royauté viagère. Le duc de Guyenne, frère de Louis XI, fut le dernier des apanagistes de ce genre[17] ; après lui, les rois ne donnèrent à leurs puînés qu'une autorité fort réduite sur les fiefs dont ils les investissaient. Louis XIII agit ainsi à l'égard du duc d'Orléans. Demi-souverain et demi-propriétaire, le cadet cessa plus tard complètement d'être l'un et l'autre. Sous Louis XVI, les princes qui sont revêtus des titres de comte de Provence et de comte d'Artois, n'ont rien l voir dans les provinces dont ils portent le nom, leurs domaines sont à l'autre bout de la France[18].

Richelieu aurait bien volontiers procédé ainsi s'il l'avait osé, puisqu'il écrivait : Depuis que les rois donnent des apanages à leurs frères, il a toujours été pratiqué qu'ils les ont donnés tels qu'il leur a plu, et la dernière loi qui a été établie pour les apanages l'a été par Charles IX, à cent mille livres de rente en terre[19]. Il ne se crut sans doute pas assez fort pour rompre brusquement avec la tradition, et Gaston eut les duchés d'Orléans, de Chartres, de Valois et de Montargis, ainsi que le comté de Blois[20]. Le frère du Roi jouissait seul de tous les droits de domaine dans ces terres ; on y rendait la justice en son nom[21], il avait la collation aux bénéfices ecclésiastiques, sauf aux évêchés, et la nomination aux offices, à l'exception des prévôtés des maréchaux. On lui reconnaissait le droit de créer une chambre des comptes à son usage[22] ; et moyennant ces concessions, disaient les lettres patentes, il renonçait à tout droit sur les terres échues par le trépas du Roi son père, preuve que l'idée du partage égal n'était pas si oubliée qu'on aurait pu le croire. Gaston rendait dans ses fiefs des ordonnances en son nom ; les seigneuries situées dans son ressort lui devaient la foi et l'hommage[23]. Il avait un conseil, un procureur général, des officiers qui s'intitulaient conseillers du Roi et de Monseigneur, frère unique du Roi. Il était en somme dans une situation supérieure à celle d'un seigneur ordinaire. Mais tout cela était plus apparent que réel. Le Parlement, toujours opposé à ce qui semblait porter préjudice à l'unité nationale, lui rappelait, en enregistrant son investiture, qu'il devait jouir en bon père de famille[24]. Son droit de nomination aux fonctions publiques consista à nommer de nouveau ceux qui les exerçaient déjà, par conséquent à respecter le statu quo[25].

Au-dessous des princes du sang, venaient sur une même ligne les bâtards de France et ces cadets de Lorraine, de Savoie et d'autres maisons souveraines établis en France, que l'on appelait les princes étrangers. Les bâtards légitimés étaient le duc de Longueville, descendant de Dunois, le duc d'Angoulême, fils de Charles IX et de Marie Touchet, et les fils et filles naturelles de Henri IV[26]. Il y avait un abîme entre eux et les princes du sang. Ils étaient de la famille privée du Roi, ils n'étaient pas de sa famille politique. Marie de Médicis, écrivant au duc de Vendôme, l'appelle son très-cher neveu[27]. Louis XIII appelle le duc de la Valette, mari d'une fille de la marquise de Verneuil, son très-cher et bien-aimé beau-frère Louis XIV parle, en 1653, de sa très-chère et bien-aimée tante Diane, légitimée de France, duchesse d'Angoulême[28]. Ces personnages, de leur côté, signent de France ou de Bourbon, mais leur situation sociale ne diffère guère de celle des autres grands seigneurs. Quand le duc de Vendôme épousa la fille du duc de Mercœur, on estima qu'il faisait un beau mariage[29]. Sa sœur, mademoiselle de Vendôme, fut heureuse de s'allier aussi à la maison de Lorraine, en épousant le duc d'Elbeuf. Deux autres filles entrent aux couvents de Chelles et de Fontevrault ; une quatrième épouse le marquis, plus tard duc de la Valette, pendant que son frère, le duc de Verneuil, ne croit pas pouvoir mieux faire que de prendre pour femme la fille du chancelier Séguier, veuve du duc de Sully. Le duc d'Angoulême avait épousé une demoiselle de Montmorency en premières noces, et en secondes, une demoiselle de Nargonne[30]. Son fils, le comte d'Alais, s'allia avec Henriette de la Guiche, fille du maréchal de Saint-Géran. Le duc de Longueville fut le seul qui obtint la main d'une princesse ; il est vrai que sa légitimation datait de plusieurs siècles. Sa femme, d'ailleurs, la fameuse Geneviève, sœur du grand Condé, dut prendre un brevet spécial du Roi, pour conserver après son mariage le rang et le titre de princesse du sang[31]. On voit combien était grande la distance entre les membres de la famille royale, aptes à succéder au trône, et ces rejetons irréguliers qui n'avaient même pas qualité de princes. On s'explique ainsi l'indignation que cause à Saint-Simon la conduite de Louis XIV, ce monarque qui régnait avec plus de dignité qu'aucun autre dans toute l'Europe, mais qui respectait si peu les lois fondamentales du royaume[32].

Au point de vue des possessions territoriales, les bâtards de France ne se distinguaient pas davantage de la haute noblesse. Seuls le duché d'Angoulême et le duché d'Étampes, appartenant à César de Vendôme, jouissaient de droits extraordinaires, équivalents à ceux des apanages. Cela tenait à ce qu'ils avaient été érig6 dans le principe en faveur de proches parents du Roi. Les autres terres des légitimés ne différaient pas des fiefs ordinaires[33].

Mais il existait encore dans la France de ce temps une classe d'individus et une catégorie de fiefs, demi-sujets, demi-indépendants, qui disparut dans les temps modernes, et dont l'Allemagne seule offre aujourd'hui le type.

Tel était le duc de Bouillon, souverain étranger comme prince de Sedan, et sujet français comme capitaine des Cent-Suisses, jouissant à ce dernier titre d'une pension sur le trésor royal[34]. Quoique souverain d'ailleurs, il touchait de notre gouvernement une subvention pour l'entretenement de ses gens de guerre[35] ; mais cela ne diminuait en rien son autorité. Il publiait des édits perpétuels et irrévocables, comme le Roi de France dont il employait les formules. Comme lui, il légiférait par la grâce de Dieu... de sa certaine science et pleine puissance..., et terminait comme lui en ces termes : Car tel est notre plaisir. Il avait un gouverneur de ses États, un conseil souverain, trois baillis, et toute une administration à lui. Henri IV, à qui l'on demandait une grâce sur le territoire de Sedan, se tournait vers M. de Bouillon en lui disant : Mon cousin, cela dépend de vous, nous ne sommes plus en France[36]. Même après la défaite de la Marfée, le fils de ce seigneur, prisonnier à Lyon, fit avec le Roi une paix de pair à pair ; et il fallut lui donner en dédommagement de sa place le duché d'Albret et le comté d'Auvergne, pour qu'il se résignât, comme il le dit lui-même, à subir dans le cœur du royaume, avec tous ceux qui y étaient nés, la condition commune de sujet.

Tel était encore le prince de Mourgues (ainsi nommait-on Monaco). Annibal Grimaldi, comte de Bueil, seigneur de Monaco, trouvant que les ministres d'Espagne en Italie usaient en son endroit d'aussi peu de respect et de bienséance que possible, avait recherché l'appui de la couronne de France. Il avait même reçu dans sa principauté une garnison française, tandis qu'à Sedan il n'y avait que des troupes nationales. Pour le récompenser de ses domaines de Naples, confisqués par les Espagnols, le Roi lui fit don de plusieurs fiefs qu'il érigea pour lui en duché de Valentinois[37]. Pair de France à Valentinois, reçu au Parlement à ce titre, et par conséquent sujet du Roi de France, Grimaldi demeurait encore souverain à Monaco. D'autres encore réunissaient cette double qualité : ainsi, mademoiselle de Montpensier, fille du duc d'Orléans, tenait de sa mère. la principauté des Dombes (capitale Trévoux)[38]. Le parlement de Dombes ressortissait à la vérité en appel à celui de Paris, mais sauf cette formalité, le titulaire de la principauté était entièrement indépendant. Il battait monnaie, convoquait des états, nommait à toutes les charges, et concluait des traités avec le Roi pour le transit des marchandises, l'extradition des malfaiteurs, le passage des troupes en cas de guerre. La princesse qui signait ces actes souverains à Trévoux, d'égal à égal avec Louis XIII, était cependant à Paris sa très-humble nièce et sujette[39].

De moins illustres que ceux-ci se trouvaient dans le même cas : le duc de Longueville était souverain de Neufchâtel en Suisse, et Richelieu conseillait au Roi d'acquérir cette principauté[40] ; l'abbé de Retz était, par sa mère Marguerite de Silly, dauphin de Commercy et comte souverain de Montbéliard en Lorraine. Le duc de Rohan, quand il fut tué, allait acquérir l’île de Chypre moyennant 200.000 écus et un tribut annuel de 60.000 livres[41].

Par contre, des étrangers qui n'étaient que citoyens dans leur pays sont souverains au cœur de la France ; tel est le comte de Nassau, influent dans les États de Hollande, porté à la plus éminente magistrature des Pays-Bas, mais cependant soumis aux lois de la République ; en même temps prince d'Orange, où il ne réside pas, mais où il exerce par les gouverneurs qu'il choisit une autorité souveraine et héréditaire. Son pouvoir, bien que contesté par les ministres français, parvint à se maintenir jusqu'en 1714, où Louis XIV réunit la principauté à la couronne[42]. Richelieu avait obtenu à prix d'argent, et grâce à la trahison du gouverneur, de démolir les fortifications d'Orange et de la Vignasse, mais le prince déjoua ces intrigues en faisant assassiner son représentant sans aucune forme de procès. Verdun, bien qu'appartenant de nom à la France, était en réalité possédé par des princes-évêques de la maison de Lorraine, qui se le résignaient les uns aux autres depuis 1508[43].

Il y avait ainsi des étrangers souverains en France, et des Français souverains à l'étranger. D'autres Français possédaient sur divers points du pays des fiefs princiers, revêtus d'attributions royales. C'étaient d'anciens francs-alleux, c'est-à-dire des héritages francs et libres de tous devoirs féodaux. Leur nombre n'avait cessé de décroître depuis le moyen âge, sous l'action constamment envahissante de la royauté. Quelques-uns cependant avaient survécu[44]. Telle la principauté d'Henrichemont, appartenant au duc de Sully, où l'on fabriquait de la monnaie à ses armes, portant d'un côté son effigie, et de l'autre les fleurs de lys sans nombre[45]. De ce genre aussi était le légendaire royaume d'Yvetot. Son propriétaire, Martin du Bellay, faisait le roi d'Yvetot, dit Tallemant, et ne venait pas à la cour. Chez lui il ne donnait la main à personne ; pour ne pas mettre à sa droite un maréchal de camp qui lui rendait visite, il faisait servir une collation sur une pelouse, devant sa porte. Peu fortuné d'ailleurs, n'ayant que 70.000 livres de rente[46]. Royaume ou simple seigneurie, il est certain que ce bourg était, au milieu de la Normandie, dans une situation toute spéciale. Ses habitants étaient exempts de tailles, de gabelles et de tous impôts en général. Pareils privilèges rendaient fort enviable la qualité de bourgeois d'Yvetot, et le gouvernement, pour arrêter l'élan de ceux qui étaient tentés de s'en prévaloir, exigeait douze ans de résidence sur le territoire de la principauté, pour être admis au bénéfice des dispenses. Dans ces limites, le conseil d'État maintenait le prince et ses subjects, soit originaires ou habitués dudit Yvetot, en leurs droits, franchises et libertés. Ce mot de sujets est fort curieux, parce qu'il n'est jamais employé à cette époque que pour marquer la puissance souveraine chez celui qui en possède[47].

Le Roi s'efforçait d'ailleurs de faire rentrer en sa possession les terres de ce genre, soit par force, soit à prix d'argent ; il ne marchandait pas dans ce cas, et ne croyait pas payer trop cher l'abolition de privilèges qui choquaient sa toute-puissance[48].

Quant au titre de prince, dont la pompe inoffensive flattait l'oreille de certaines familles, il le laissa subsister à la condition de demeurer un simple euphémisme. Bien plus, certains fiefs furent érigés par le monarque en princeries, selon l'expression du temps, mais sans aucun droit, sans aucune juridiction spéciale : Joinville (1551) et Mercœur (1563), pour la maison de Lorraine ; Portien (1561), pour celle de Gonzague ; Tingry (1587), pour celle de Luxembourg ; Soubise (1667), pour celle de Rohan[49]. Ces cinq terres furent seules à la vérité l'objet d'une érection régulière, seules elles furent approuvées par le pouvoir royal[50]. Mais beaucoup d'autres se perpétuaient par tradition plus ou moins autorisée, sans que l'origine en fût connue, comme Bidache appartenant aux Gramont, Guéménée aux Rohan, Martigues au duc de Mercœur, Marsillac aux La Rochefoucauld, Talmont aux La Trémouille, Mortagne au cardinal de Richelieu, et Chabanais dont les Montluc avaient hérité de ce dernier comte de Vendôme, célèbre par ses débauches, son esprit, son courage, ses malheurs et sa magnificence[51].

D'autres titres de princes provenaient de grandesses d'Espagne ; tel était Robecq donné aux Montmorency, et passé par héritage aux Brissac. Plusieurs furent conférés par l'Empereur ; mais un particulier, sous Louis XIII, n'eût osé aspirer encore à la qualité de prince du Saint-Empire. Quelques-uns étaient le résultat d'une prétention invétérée, mais sans espoir, comme celle de La Trémouille sur Tarente[52].

Pour tous ceux-là, le nom de prince était une appellation agréable et bien sonnante, mais rien de plus. Il n'en était pas de même des seigneurs à qui le Roi, par politique ou par faiblesse, avait reconnu la qualité de princes étrangers.

Les Guise furent les premiers à l'obtenir. Ce fut au moment des guerres de religion, où ces cadets de Lorraine rivalisaient avec les cadets de France, et leur disputaient le royaume avec une ardeur et une habileté qui faisaient craindre à Charles IX que bientôt ils ne missent, selon le dicton du seizième siècle, ses héritiers en pourpoints[53]. Personne n'avait encore pris en France le titre de prince, ni prétendu aux privilèges qu'on lui attribue, quand Claude de Lorraine, comte de Guise, y arriva. Ayant été fait duc et pair par François Ier, il voulut à l'heure même précéder le duc de Longueville, qui n'était pas pair, et prendre le titre de prince, comme en Allemagne, bien que ceux de la maison royale ne s'appelassent en ce temps-là que les seigneurs du sang. Ce que voyant, le duc de Longueville se fit appeler prince, comme les Lorrains, pour ne leur céder en rien, et en prit tous les avantages, comme firent aussi les ducs de Nemours, de Nevers et ceux de Luxembourg. Ils se maintinrent, les rois n'osant pas y toucher, et les particuliers étant trop faibles pour l'entreprendre[54]. Henri IV traita du reste avec eux.

A la mort de ce Roi, les princes de Guise voulaient aller de pair avec les princes de Bourbon, et Condé fut assez inquiet de cette ambition pour se pourvoir au Parlement, et demander un arrêt sur l'inégalité des uns et des autres[55]. Madame de Guise disait hautement à la Reine qu'elle n'avait point d'autre maîtresse que la vierge Marie[56]. Le gouvernement paraissait sanctionner ces prétentions, puisque le duc de Guise, quoique n'ayant aucun grade militaire, était choisi en 1617 comme lieutenant général de l'armée royale, avec un maréchal de France sous ses ordres. La noblesse, de son côté, y prêtait parfois les mains. Plusieurs particuliers ne font nulle difficulté de se soumettre à eux jusqu'à être à leurs gages. — Je dis gens de telle condition qu'ils ne voudraient pour rien au monde servir des gentilshommes, de quelque qualité qu'ils fussent[57].

Grands seigneurs, du reste, mais petits souverains. De l'argent pour faire bonne chère en leurs maisons, ils en avaient assez ; pour faire une grande guerre, non. Assez forts pour porter ombrage au Roi tant qu'ils étaient ses sujets, si le hasard des successions les faisait souverains à leur tour, ils devenaient mendiants parmi les souverains. Tel le duc de Nevers, le plus magnifique en meubles exquis et le plus riche de la chrétienté, se trouva réduit, après titre devenu duc de Mantoue, au point de demeurer longtemps sans tapisserie en sa chambre, à cause des luttes ruineuses qu'il eut à soutenir[58].

Ne pouvant déposséder Guise, Nemours ou Nevers ; de ce rang de princes étrangers, les Rois ne trouvèrent rien de mieux que de déprécier ce rang lui-même, en l'accordant à des familles secondaires[59]. Les Rohan, les La Tour, puis les Grimaldi-Monaco et les La Trémouille, l'obtinrent sous Louis XIV ; les Orsini le tinrent plus tard de Louis XV, sans compter les Courtenay et les d'Avaugour, qui se l'attribuaient de leur propre autorité[60].

Ces honneurs portaient néanmoins préjudice à l'ordre aristocratique, en ce que, selon la coutume de France, il ne devait y avoir que celui qui avait effectivement le titre, à en prendre le nom et le rang, tous ceux qui n'en avaient point, bien que fils ou parents de ceux qui en avaient, n'étant connus que pour gentilshommes. Au contraire, les princes étrangers faisaient tenir à tous leurs cadets, dont le nombre à la fin pouvait devenir infini, le même rang qu'aux aînés. Tous avaient la main chez les princes du sang, se couvraient aux audiences, prenaient le pas sur les ducs, et pouvaient, comme les membres de la famille royale, être faits chevaliers du Saint-Esprit à vingt-cinq ans, dix ans plus tôt que les nobles ordinaires[61].

Tous leurs avantages pourtant n'étaient que de cour ; aux cérémonies publiques on n'y avait point d'égard ; le Parlement ne leur accordait jamais le titre de princes, et ne leur donnait séance qu'en rang de pairs. S'ils n'étaient point ducs, il les traitait de la même manière que les derniers de la noblesse[62].

Politiquement parlant, les pairs de France étaient en effet les premiers après le Roi.

Au début de la monarchie, les pairs n'étaient pas tous ducs, mais les ducs étaient tous pairs, et non-seulement les ducs, mais tous les seigneurs titrés, barons ou comtes[63] Lorsqu'on érige en 1327 le fief d'Étampes en comté, il n'est pas fait mention de pairie, et cependant au procès de Robert d'Artois en 1331, Étampes est placé parmi les pairies nouvelles[64]. Sur les dix-sept pairies créées de 1297 (date de la première érection) à 1480, c'est-à-dire en l'espace de deux siècles, on ne compte que trois duchés, soit que le titre de duc fût réservé aux seigneurs de grandes provinces comme la Bretagne, soit qu'il n'eût sur les autres titres aucune prééminence réelle.

Montesquieu dit que la seule différence était que le duc avait sous lui plusieurs comtes, quoiqu'il y eût, ajoute-t-il, des comtes qui n'avaient point de ducs au-dessus d'eux[65]. Il y avait aussi des comtes qui avaient des ducs pour vassaux, et en réalité aucune règle précise ne peut titre formulée à ce sujet. La hiérarchie, inventée par quelques modernes, de ducs, marquis, comtes, vicomtes et barons, est une fantaisie pure. Elle existe depuis des siècles en Angleterre, mais n'a jamais été appliquée en France, où un fief érigé par le Roi en duché pouvait se trouver dépendre d'une simple baronnie, et lui devoir foi et hommage[66]. Ce qui fit que la dignité de duc eut plus de prestige, c'est qu'elle fut jointe à celle de pair, et qu'à partir du seizième siècle on ne donna plus le titre de pair à d'autres qu'à des ducs[67]. Un duché-pairie fut ainsi chose d'importance, institution d'État[68] ; le Roi n'avait pas les mains libres pour faire un duc et pair. Par deux fois, le Parlement refusa sous Louis XIII d'en recevoir de nouveaux (il s'agissait de Chevreuse, Brissac et Lesdiguières), quoique la cour eût bien voulu obtenir cette création, surtout en faveur du dernier. Le Parlement était donc presque indépendant en cette matière, et ne donnait d'autre motif de son refus que la peur de rendre cette grande dignité trop commune[69]. Ce contrôle ombrageux de la cour souveraine fut précisément ce qui maintint le lustre de la pairie. Aussi le duc de Savoie, pour savoir comment il devait traiter le duc de la Trémouille, s'informait d'abord s'il était pair de France, ne s'arrêtant pas à la qualité de duc[70].

Jusqu'à François Ier, en effet, la dignité de pair n'ayant été conférée qu'à des princes du sang ou à des possesseurs de grandes provinces, il y avait moins de distance entre le Roi et les pairs, qu'entre les pairs et le reste de la noblesse. Les comtes d'Anjou, d'Artois (1297), de Poitou, de la Marche (1316), les ducs de Bretagne ou de Berry (1360) avaient pour domaine un ou plusieurs de nos départements actuels ; tandis qu'à partir de 1527, où Claude de Guise obtient le titre, la pairie est assise sur une seule ville, ou sur un fief qui n'excède pas en superficie un de nos cantons. Ce sont des familles féodales, illustres, mais inférieures, dont le chef est revêtu du titre de duc : les Montmorency (1551), les Lévis (Ventadour), les La Trémouille, les Rohan. De 1500 à 1550, il en avait été créé cinq ; de 1550 à 1600, il en fut créé dix-neuf. La proportion fut la même dans la première moitié du dix-septième siècle (17 de 1600 à 1642), mais Louis XIV, durant son règne, en créa trente-sept, sans compter les ducs à brevet, et Louis XV y mit encore moins de retenue[71].

Le monarque, harcelé de sollicitations, essaya d'y mettre des bornes en ordonnant qu'une terre devrait valoir 8.000 écus de rente pour être érigée en duché[72] ; qu'elle ferait en outre retour à la couronne, en cas de décès du titulaire sans héritiers mâles[73]. Ces prescriptions demeurèrent lettre morte. Le duc d'Uzès fut le seul qui consentit à subir la clause de réversion, et courut la chance de voir une partie de ses biens passer à l'État. Tous les autres, jusqu'à la Révolution, prirent la précaution de faire insérer dans les lettres patentes une a dérogation formelle et spéciales à cette règle, à laquelle il n'y eut ainsi que des exceptions.

La noblesse avait demandé aux états de 1614 que les titres de ducs fussent seulement attachés aux personnes et non aux terres[74]. Il ne fut pas donné suite à ce vœu pour les ducs-pairs, parce que c'eut été profondément contraire à l'esprit féodal[75] ; mais on créa sous le nom de a ducs à brevet des ducs sans duchés, dont le titre, héréditaire ou viager, n'était pas enregistré au Parlement, qui, par conséquent, n'y étaient pas regardés comme ducs, et qui même à la cour, jusqu'à Louis XIV, n'eurent aucun des honneurs attribués à leurs confrères. Ces ducs par courtoisie, comme on les eût nommés en Angleterre, loin de renforcer la hiérarchie nobiliaire, lui furent plutôt funestes, en ce qu'ils amoindrirent le titre qu'ils portaient. Soit qu'ils jouissent des prérogatives du tabouret, de l'entrée au Louvre en carrosse, de la qualité de cousins du Roi, Soit qu'ils en fussent privés, ils se trouvaient dans cette position socialement fausse, d'hommes qui recueillent les bénéfices d'une charge qu'ils n'exercent pas, ou qui ont seulement l'apparence de la charge, sans en avoir ni les bénéfices ni les obligations[76].

Les titres équivalents dans les pays étrangers à celui de duc français, les grands en Espagne, les princes en Allemagne, les ducs en Angleterre, perdirent aussi quelque peu de leur importance en se multipliant à partir de la même époque. Il n'y avait qu'un duc anglais, outre ceux du sang royal, en 1640 ; il s'en trouva huit ou dix en 1680[77]. En Espagne, il n'y avait qu'une douzaine de grands sous Charles-Quint. Avec le temps et la division en trois classes, leur nombre s'accrut bien davantage que celui de nos pairs, d'autant plus qu'il y eut des grands en Italie, en France, dans les Pays-Bas et en Allemagne[78].

On ne devenait duc en France que de deux manières : par érection régulière à son profit, par succession légitime de mâle en mâle de celui au profit duquel l'érection avait été faite. Les duchés échappèrent, grâce à l'application rigoureuse de cette règle, à cette usurpation journalière, dont les autres titres étaient l'objet, et dont la haute noblesse donnait l'exemple.

Quand le Roi, dans les lettres de création d'un comté ou d'un marquisat, insérait cette clause : Voulons que X... jouisse, lui et ses hoirs mâles et femelles, de tels et semblables droits, autorités et prérogatives, ainsi que jouissent les autres marquis (ou les autres comtes) de notre royaume, il employait une formule au fond de laquelle il n'y avait absolument rien, aucun droit, autorité ou prérogative n'étant réservé aux gentilshommes titrés. Le seul droit était celui de porter le titre, et avec la tolérance légale ; portait le titre qui voulait ; beaucoup se dispensaient donc des formalités longues et coûteuses de l'érection. Obtention de lettres patentes, présentation des lettres au Parlement, enquête de commodo et incommodo faite sur les lieux, information par le lieutenant général à la requête du procureur général, appellation de témoins..., arrêt du Parlement portant enregistrement des lettres ; puis enregistrement à la chambre des comptes, qui ordonnait souvent une nouvelle enquête, au point de vue de la consistance et valeur des terres, enfin enregistrement du tout au bureau des finances de la généralité[79] : telle était l'instruction réglementaire.

Un grand nombre de terres des environs de Paris furent régulièrement titrées sous Louis XIII, Louis XIV et Louis XV. C'étaient les maisons de campagne des magistrats ou des financiers, trop nouveaux nobles pour porter des titres faux. Sur cent fiefs, on trouverait peut-être en l'Île-de-France cinquante baronnies, comtés ou marquisats ; en Bretagne, en Languedoc ou en Champagne, on n'en trouverait pas cinq.

Les titres étaient attachés à la terre[80]. Le même titre ne pouvait être logiquement porté en même temps par plusieurs membres d'une famille, puisque plusieurs ne pouvaient posséder en même temps la même chose, et qu'un comté ne pouvait avoir à la fois qu'un comte, et une baronnie qu'un baron. Plusieurs non plus ne pouvaient prendre le même nom, en y mettant des titres décroissants comme il se pratique depuis le siècle dernier, et même depuis Louis XIV. Une terre érigée en marquisat ne donnait qu'un titre de marquis, et non pas un titre de comte, un de vicomte et un de baron en surplus[81]. Qui disait marquis d'un tel fief disait propriétaire, et si l'un était propriétaire du tout, un autre ne pouvait en être possesseur en second, et un autre en troisième. On raillait beaucoup les d'Estrées, sur ce qu'il y avait à la fois un maréchal d'Estrées, un marquis d'Estrées et un comte d'Estrées. Bautru disait qu'il n'était pas au monde une seigneurie qui eut tant de seigneurs. Plusieurs comtes d'Olac (Hohenlohe) étant venus saluer le maréchal de Gramont, celui-ci, impatienté de ce que ces seigneurs portaient tous le même nom, s'écriait : Serviteur à MM. les comtes d'Olac, fussent-ils un cent ![82]

Les gentilshommes, à leur entrée dans le monde, prenaient le nom d'un fief sous lequel ils étaient désignés. Quand l'usage des titres de noblesse se généralisa, ils firent précéder ce nom de fief d'un titre à leur convenance ; beaucoup de comtés et de marquisats n'ont pas d'autre origine.

D'autre part, les terres titrées étant, comme tout autre bien, matière a négociation, les titres se trouvèrent ainsi indirectement l'objet d'une transmission vénale. On en disposa par contrat gratuit ou onéreux. Par donation, par vente, par mariage, ils passèrent d'une famille dans l'autre[83]. Il est vrai que l'ancien propriétaire cessait de porter le titre de la terre dont il se dessaisissait[84] ; plus tard il le conservera, ce qui n'empêchera pas le nouvel acquéreur de le prendre, d'où une confusion que les tribunaux d'aujourd'hui ont eu maintes fois grand'peine à éclaircir.

Ceux qui jouissaient par engagement des domaines du Roi se disaient seigneurs d'une terre sur laquelle ils n'avaient qu'un usufruit. La chambre des comptes refusait d'enregistrer ces qualifications, mais partout ailleurs on les laissait passer[85].

La noblesse en France n'était point transmissible par les femmes, sauf en quelques localités[86]. La femme noble mariée à un roturier cessait même de jouir des privilèges de la noblesse[87] ; et par une singulière anomalie, les titres, qui ne devaient être en somme qu'un degré supérieur de noblesse, étaient apportés en dot par les filles, et légués par les mères à leurs enfants. Rien ne parait avoir mis obstacle à ce genre de transmission. Le fils du comte de Saint-Paul eut le marquisat de Fronsac de sa mère Anne de Caumont ; Nompar de Caumont eut le marquisat de la Force de sa mère Philippe Beaupoil ; les Crevant possédèrent par Jacqueline d'Humières le marquisat de ce nom. Halluin fut apporté aux Schomberg par la femme du maréchal, et son fils en eut le titre. Le marquis de Montglat (Clermont), le marquis de Villequier (Aumont), tenaient ces titres de leur mère ; Liancourt et la Roche-Guyon furent apportés par l'héritière de Liancourt à la famille de la Rochefoucauld.

On ne pourrait citer, au contraire, que très-peu d'exemples de noms de famille proprement dits transmis par les femmes. Encore dans les cas où la substitution fut admise, la maison s'éteignait. Tels furent, jusqu'à Louis XIII, les Chalanson, substitués aux Polignac, les d'Aure aux Gramont, les Blanchefort aux Créqui. Si le brevet de duc de Rohan, accordé à Henri Chabot, suscita au dix-septième siècle tant de réclamations de la part de la noblesse, ce ne fut pas à cause du titre même, ni de la terre, mais parce que le mari de mademoiselle de Rohan semblait s'approprier le rang que le chef de cette maison ne pouvait tenir que de sa naissance.

Il arriva en effet plus d'une fois, sans que nul le trouvât étrange, que le fief principal d'une famille, celui dont elle tirait son nom, passa à une autre, par le mariage d'une fille de la branche aînée. On voit ainsi un comte d'Harcourt qui n'est autre qu'un des princes de Lorraine, pendant que le chef de la maison d'Harcourt porte simplement le titre de marquis de Beuvron[88]. Charles Malon est seigneur de Bercy et de Conflans, pendant qu'Eustache de Conflans est vicomte d'Ouchy[89]. Un la Trémoille est comte de Laval, tandis qu'Urbain de Laval-Montmorency porte le titre de marquis de Sablé[90].

 

 

 



[1] Encore ceux à qui l'on offrait cette grâce ne l'acceptaient-ils pas toujours, témoin Fabert, pour le cordon du Saint-Esprit.

[2] Arrêt du conseil d'État, 31 mai 1634.

[3] MONGLAT, Mémoires, p. 18.

[4] Née Brissac.

[5] Courrier véritable arrivé en poste. — En 1632. (Bibliothèque nationale.) Nous attribuons cette publication à un nommé Sauvage.

[6] Voyez TALLEMANT, t. IX, p. 86.

[7] Entretiens, p. 505 (édit. Moreau). — Malherbe, issu pourtant d'une des plus vieilles familles de Normandie, exprimait plus vertement encore la même pensée : Il ne faut qu'une femme lascive pour pervertir le sang de Charlemagne et de saint Louis ; tel qui se pense issu de ces grands héros est peut-être venu d'un valet de chambre ou d'un violon. (TALLEMANT, t. I, p. 249.)

[8] KK. 624, fol. 212. (Le Laboureur.) On a vu des écus pareils à ceux des plus grands princes, à des cordonniers et des chirurgiens-jurés du Châtelet.

[9] FONTENAY-MAREUIL, Mémoires, p. 15.

[10] Ordonnance de janvier 1629, art. 211.

[11] Le duc de Bellegarde, Roger de Bellegarde ; le duc de Vendôme, César de Vendosme ; le duc de Mayenne, Henri de Lorraine ; le duc de La Rochefoucauld, Larochefoucauld ; le duc de Longueville, Longueville ; le comte d'Harcourt, Henry de Lorraine ; le marquis de Feuquières, Feuquières ; le maréchal de Turenne, Turenne ; le marquis de Cinq-Mars, H. d'Effiat de Cinq-Mars ; il en était de même à l'étranger. Richelieu, avant d'être cardinal, quand il ne signait pas l'Evêque de Luçon, signait Richelieu ou de Richelieu.

[12] Voyez le chapitre États généraux. — Le pouvoir législatif.

[13] Mémoires de M. le C. de R. (Rochefort), par SANDRAZ DE COURTILS, p. 6.

[14] Transaction du 28 février 1640.

[15] Archives nationales, KK, 634.

[16] Les autres parents mâles étaient le prince Henri de Condé (1588-1646) et ses fils enfants, et le comte Louis de Soissons (1604-1641). Tous deux étaient cousins issus de germains du Roi ; petits-fils de Louis Ier de Condé, frère d'Antoine de Bourbon, qui fut père de Henri IV. Le père du prince de Condé (Henri Ier) était mort avant la naissance de son fils ; son oncle, le premier prince de Conti (François), était mort en 1614. Le frère de ce dernier, père du comte de Soissons, était mort en 1615.

[17] En 1472.

[18] Le comte de Provence eut pour apanage le duché d'Anjou, les comtés du Perche et du Maine ; le comte d'Artois eut le Berry et le Poitou.

[19] Mémoires, t. I, p. 395. — L'intention du feu Roi était, dit-il, que l'on donnât à Gaston de grosses pensions, mais non pas un apanage, comme on avait donné aux autres Enfants de France.

[20] Lettres patentes de juillet 1626. — Déclaration de mars 1628. — Édit de janvier 1630. Par brevet du 5 août 1526, le duc d'Orléans avait, outre son apanage, une pension de cinq cent soixante mille livres sur l'épargne. — Montargis devait constituer le douaire de la duchesse d'Orléans avec quarante mille livres de rente. Les deux époux étaient communs en tons biens, meubles et acquêts. (Contrat du 5 août 1626.)

[21] Sauf pour les cas royaux, qui continuaient d'appartenir aux sièges présidiaux.

[22] Il n'en usa pas, et se servit de la chambre des comptes de Blois ; la dernière chambre des comptes d'apanage fut celle du duc d'Alençon, frère de Henri III.

[23] Arrêt du conseil d'État, 20 septembre 1639.

[24] Il lui était notamment défendu de faire démolir des forteresses. (Lettres patentes, 31 juillet 1626.)

[25] L'usage des apanages était si invétéré que le seigneur de Rohan, dit Richelieu, prétendait avoir droit au comté de Fois pour son apanage du royaume de Navarre. (Mémoires, t. I, p. 508.)

[26] César de Vendôme (dit César-Monsieur), né en 1594, légitimé en 1595, gouverneur de Bretagne, plus tard duc de Mercœur, d'Étampes, de Beaufort et de Penthièvre, prince de Martigues, comte de Buzançais, † 1665 ; son frère Alexandre (le grand prieur de Vendôme), né en 1598, ambassadeur à Rome, † 1620 ; Catherine-Henriette, leur sœur, mariée au duc d'Elbeuf, étaient les enfants de Gabrielle d'Estrées.

Henri-Gaston, évêque de Metz, prince du Saint-Empire, abbé de Saint-Germain des Près, plus tard marquis et duc de Verneuil, en 1652, né en 1601 † 1682 ; sa sœur, Gabrielle-Angélique (1602-1627), mariée au duc de la Valette, étaient les enfants de Henriette d'Entragues, marquise de Verneuil.

Antoine, comte de Moret, abbé de Savigny, de Saint-Victor de Marseille, et d'autres abbayes (1607-1632), était fils de Jacqueline de Rueil. Avec les abbesses de Chelles et de Fontevrault, le nombre des légitimés de Henri IV était de huit.

[27] Mss Godefroy, CXXX, fol. 133. Biblioth. de l'Institut. (En 1620.) Ce terme de neveu est curieux envers le fils naturel de son mari.

[28] Lettres patentes 19 juillet 1653.

[29] Philippe-Emmanuel de Lorraine, duc de Mercœur, était fils de Nicolas de Lorraine, comte de Vaudémont et premier duc de Mercœur. Il avait épousé l'unique héritière de Sébastien de Luxembourg, duc de Penthièvre. Tous ses biens passèrent ans Vendôme, par le mariage de sa fille Françoise, mariée à dix-sept ans en 1609 ; † 1669.

[30] Charles de Valois, comte d'Auvergne, puis duc d'Angoulême (1573-1650). Colonel de la cavalerie légère en 1617, frère d'Henriette d'Entragues, marquise de Verneuil. — Il était comte de Clermont, de Ponthieu, de Lauraguais et d'Alais, seigneur de Cognac et de Merpins. Les Mémoires du temps parlent fréquemment  de son humeur d'escroc et de son avarice. Ainsi que disait Richelieu, autant il était copieux en harangues, autant il était réservé en festins. Du reste, brave, spirituel, et habile à la guerre.

[31] Henri II d'Orléans, duc de Longueville et d'Estouteville, prince souverain de Neufchâtel et Wallengin en Suisse, comte de Dunois, de Chaumont et de Tancarville, connétable héréditaire de Normandie, gouverneur pour le Roi en ladite province. (1595-1663.) Sa mère était Catherine de Gonzague, fille du duc de Nevers. Il se distingua en Franche-Comté, 1637 ; en Allemagne, 1639 ; et en Piémont, 1642. Son fils Charles passait pour appartenir au duc de la Rochefoucauld. D'un premier mariage il eut Marie d'Orléans, mariée au duc de Nemours.

[32] Quand Louis XIV éleva ses bâtards au rang de princes du sang, il ne voulut pas faire moins pour ceux de son grand-père, et la duchesse de Verneuil, veuve d'un des légitimés de Henri IV, bénéficia de cette mesure en 1692. Comme dit Saint-Simon, ce duc de Verneuil fit sa femme princesse du sang, dix ans après sa mort.

[33] Le comté d'Angoulême, propriété personnelle de François Ier, avait été érigé par lui en duché pour sa mère ; le comté d'Étampes, créé en 1327, venait de la Reine Marguerite.

[34] De deux mille deux cent soixante livres. Il est vrai que la chambre des comptes refusait de l'approuver. (Plumitif, P. 2760, Fol. 56. Archives nationales.) Elle lui refusait aussi la qualité de prince de Sedan. (Ibid., P. 2760, fol. 165.)

[35] En 1620, cent quarante-quatre mille livres. Le duc de Lorraine recevait aussi treize mille cent trente livres Four ses appointements et ceux de sa compagnie de gens d'armes du Roi. (Plumitif de la chambre des comptes, P. 2756, fol. 374.) Ce prince était, comme duc de Bar, sujet et tout au moins vassal du Roi de France. Le duché de Bar ressortissait en appel au parlement de Paris. (Arrêt du conseil d'État du 9 septembre 1623.)

[36] TALLEMANT, t. II, p. 123. Henri de la Tour (1555-1619). Maréchal de France, 1592 ; épousa : 1° Charlotte de la Marck, héritière de la principauté de Sedan, morte sans enfants ; 2° une fille du prince d'Orange, dont Frédéric-Maurice et Henri (le célèbre Turenne). La principauté aurait dû revenir aux la Marck, mais Henri IV la maintint à Henri de la Tour contre toute justice. Ce dernier était par sa femme duc de Bouillon, prince de Sedan, Raucourt et Saint-Manges. Il était, du chef de son père, vicomte de Turenne (Limousin). Son fils, dépossédé de Sedan en 1651, eut le comté d'Auvergne en échange, et les La Tour se firent appeler dès lors la Tour d'Auvergne (en 1657). La vicomté de Turenne leur venait de la maison de Beaufort (1444).

[37] Lettres patentes de mars 1642. — Les terres de Crest, Grave, Sauzet, Savasso, les domaines de Montélimar et de Romans, la baronnie du Buys, le sestenage de Valence et plusieurs péages. (Cf. RICHELIEU, Mémoires, t. I, p. 241.)

[38] Voisine de la Savoie, dans le département actuel de l'Ain.

[39] En 1642, la principauté des Dombes fut conquise en pleine paix par Fabert, au nom du Roi, sur mademoiselle de Montpensier, et réunie au domaine de la couronne.

[40] Mémoires, t. I, p. 576. BODIN, République, p. 99, dit que les seigneurs de Berne réclamaient le duc de Longueville comme leur bourgeois, à cause de Neufchâtel.

[41] TALLEMANT, t. V, p. 3, et autres. Marie de Médicis eut en 1616 l'idée d'acheter la principauté de la Mirandole, et en 1617, le duché de Ferrare. (RICHELIEU, Mémoires, t. I, p. 111. 154.)

[42] Guillaume de Chitons, prince d'Orange, jadis fait prisonnier par le Roi, en passant sur ses terres pour aller prés du duc de Bourgogne, avait été condamné à payer quarante mille écus de rançon. Il vendit pour ce prix l'hommage de sa principauté au Roi. — (29 juin 1473, Mémorial de la chambre des comptes, P, fol. 1. Voyez PONTCHARTRAIN, p. 407 ; RICHELIEU,  t. I, p. 496 ; t. II, p. 227 ; TALLEMANT, t. II, p. 134.)

[43] RICHELIEU, Mémoires, t. I, p.435. Il faut ajouter le Comtat, capitale Avignon, administré par un vice-légat au nom du Pape. Quand le Roi y demeurait, la justice y était rendue en son nom, mais c'était pure courtoisie. (FONTENAY-MAREUIL, p. 172.)

[44] L'ordonnance de 1629 ordonna qu'il n'en serait plus reçu sans titre, et que toutes les terres sans seigneur seraient censées relever du Roi. Plusieurs coutumes allodiales (celles de Troyes, Chaumont, Auxerre, Nivernais, Vitry, Auvergne et Languedoc) admettaient le franc-alleu sans titre.

[45] On décria les doubles de cette monnaie, à cause de leur trop grand nombre par rapport aux pièces d'argent. (Arrêt de la cour des monnaies, 6 juin 1636.) La principauté d'Henrichemont, Enrichemont ou Enricmont, avait été confirmée dans ses droits en 1598.

Maximilien de Béthune, marquis de Rosny, duc de Sully, le célèbre ministre de Henri IV, né en 1560 ; surintendant des finances, 1599-1610 ; maréchal de France, 1634 ; mort en 1641. Il avait épousé Anne de Courtenay. Tallemant dit qu'il n'était pas de la maison de Béthune de Flandre, et qu'il venait d'un Écossais nommé Béthun. Cette assertion ne semble pas justifiée.

[46] TALLEMANT, t. VIII, p. 218.

[47] Arrêt du conseil d'État du 13 juillet 1633. — D'autres terres avaient encore des droits souverains, comme le Dauphiné d'Auvergne, placé sur la même ligne que le Dauphiné de Viennois dans une ordonnance de Philippe le Bel. Il avait pour capitale Issoire (basse Auvergne). Il fut légué par la Grande Mademoiselle à Monsieur, frère de Louis XIV, qui l'aurait vendu aux la Tour sans l'opposition du Roi.

[48] Le 10 mars 1629, vente faite au Roi par madame la princesse de Conti des terres souveraines de Château-Regnault, l'Inchamps, Mohon, la Tour à Glaire, et autres souveraines, outre et deçà la rivière de Meuse. Marillac, d'Effiat et Boschard de Champigny traitèrent pour le Roi de la réunion et incorporation de ces terres à son royaume. La princesse de Conti, Marguerite de Lorraine, les tenait de sa mère la duchesse de Guise. Elles avaient droit de monnayage. On les paya dix-sept cent vingt mille livres, à raison du denier quarante. (Mss 140, fonds Brienne, Bibliothèque nationale.)

[49] K, 617. Archives nationales. — Pour l'érection de Portien, le Roi prend soin de stipuler que les appels ressortiront au bailliage. Dans les lettres patentes, on emploie les formules semblables à celles des créations de marquisats, comtés et baronnies : — rien de commun avec les duchés. Pour Soubize : Nous érigeons en titre de principauté la terre et la baronnie de Soubize, dont le seigneur de Rohan porte le nom, qui est l'une des quatre baronnies de Xaintonge. (Mars 1667.) Nous voyons une nouvelle érection de Mercœur en principauté (1719) en faveur de L. de Nadaillan de Lesparre, comte de Lassay. Il est vrai que depuis l'érection de 1563, Mercœur avait été érigé en duché (1569). Il n'y avait donc plus de principauté. Autrement elles se transmettaient par les femmes.

[50] L'éditeur des Lettres et papiers d'État cite la principauté de Guéménée, érigée, dit-il, en faveur de Louis de Rohan, 1547 (t. I, p. 617). Nous n'avons rien trouvé qui confirme cette assertion.

[51] Chabanais (Angoumois) passa à Charles d'Escoubleau, marquis de Sourdis, qui est ainsi qualifié dans les lettres patentes de février 1660. Ce titre était du reste confondu avec plusieurs autres sans aucune prétention. Il vint dans la suite aux Colbert.

Le comte de Gramont est qualifié souverain de Bidache (basse Navarre) dans la vérification de ses pouvoirs aux états généraux de 1614. (Mss Godefroy, CCLXXX, fol. 64.) Les Tablettes généalogiques, chronologiques, etc. (en 1751), disent que Guéménée (basse Bretagne) aurait été érigé en principauté en 1570. Martigue (Provence) passa plus tard aux Villars.

Richelieu avait acheté Mortagne de Loménie.

Marie d'Albret était, dit-on, princesse de Béseilles en Bearn, et eut pour héritière la maison de Lorraine.

[52] Ces derniers ne commencèrent à porter ce titre que sous Louis XIV. Celui qui le porte, disait plaisamment M. de Guéménée ; devrait dire : Le Roi mon père, comme le Dauphin, et non Monsieur mon père. (TALLEMANT, t. VI, p. 145.)

[53] HURAULT, Libre Discours en 1591. Les princes de Lorraine appliquèrent le titre de prince, qui leur était personnel, à de 5imple3 seigneuries dont ils étaient propriétaires. Ainsi l'un deux, héritier da comté d'Harcourt, se fit appeler le prince d'Harcourt.

[54] FONTENAY-MAREUIL, Mémoires, p. 26, 290.

[55] D'ESTRÉES, Mémoires, p. 376. — PONTCHARTRAIN, p. 309. (En 1611.)

[56] FONTENAY-MAREUIL, p. 65.

[57] FONTENAY-MAREUIL, p. 25.

[58] RICHELIEU, Mémoires, t. II, p. 172.

[59] Fontenay-Mareuil laisse échapper à cette occasion un mot qui décèle l'esprit de la monarchie nouvelle : Le Roi, dit-il, n'est pas obligé, lorsqu'il donne à diverses personnes des dignités pareilles, de regarder si elles sont de la même qualité. (Mémoires, p. 291.)

[60] De Bretagne, comte de Vertus-d'Avaugour, issu d'un frère bâtard de la Reine Anne de Bretagne. Il épousa la fille de Fouquet la Varenne.

[61] FONTENAY-MAREUIL, p. 144, 292. Quand on nommait son beau-frère le duc de Guise, prince, en sa présence, le comte de Saint-Paul s'en moquait en disant : Vous parlez allemand en français, pour faire entendre que la principauté était chose exclusivement allemande. (Ibid., 26.)

[62] État de la France en 1648. — Observations de Brienne sur Mém. de la Châtre, p. 299.

[63] KK. 624, Archives nationales.

[64] K. 616, Archives nationales. Voyez le Pouvoir exécutif. Les Officiers de la couronne.

[65] Esprit des lois, p. 492.

[66] Arrêt du Parlement en 1555, jugeant que le vassal ne peut être dispensé de foy et hommage à son seigneur, quand bien même le Roi érigerait la terre de l'arrière-vassal en comté, duché ou marquisat. — (BODIN, République, p. 103.)

[67] Le bruit courut en janvier 1641 que le Roi voulait, par une déclaration au Parlement, créer des archiduchés. (O. TALON, Mémoires, p. 73.) Ce projet n'eut pas de suite.

[68] Nous avons adopté le masculin pour le mot duché, d'accord avec Ménage, qui, dans la Requête des dictionnaires publiée en 1649, dit :

Ils veulent malgré la raison

Qu'on dise aujourd'hui la poison,

Une reproche, une duché.

[69] PONTCHARTRAIN, p. 319 ; FONTENAY-MAREUIL, p. 142. — En 1621, la chambre des comptes députa au Louvre le président Tambonneau et quatre conseillers pour faire des observations sur le don du duché d'Angoulême à Charles de Valois.

[70] FONTENAY-MAREUIL, Henri-Guy de la Trémouille, duc et pair de Thouars, comte de Laval, prince de Talmont, né en 1599. Sa mère, Charlotte de Nassau, était fille du prince d'Orange. Il était chevalier des Ordres, et mestre de camp de la cavalerie légère. Se fit catholique en 1628.

[71] Ce fut sous Louis XIV que, pour la première fois, une fille de duc (mademoiselle de la Force) consentit à accepter la place de fille d'honneur de la Dauphine.

[72] L'édit du 17 août 1579 exigeait qu'une baronnie fût composée de trois châtellenies, qu'un comté fût composé de deux baronnies et de trois châtellenies, qu'un marquisat fût composé de trois baronnies et de trois châtellenies, et qu'un duché eût une étendue considérable, avec une ville ou un gros bourg pour chef-lieu.

[73] Edit de juillet 1556.

[74] États généraux, t. XVI, p. 193.

[75] Témoin Puylaurens (Ambroise de Läge), qu'on obligea, pour devenir duc, à acheter une terre qui fût duché, ou épouser une duchesse, auquel cas on ferait revivre en sa personne le titre. (RICHELIEU, t. II, p. 311.) Pour gagner le duc de Bracciano (Orsini), on lui promit l'érection d'une terre, s'il l'achetait en France, en duché-pairie. (Lettres et papiers d'État, t. VII, p. 896.)

[76] On peut citer en ce genre les ducs à brevets de la Roche-Guyon (1621), de Frontenay (1626), d'Aumale (1631), les ducs héréditaires, mais non pairs, de Beaupréau (1562), de Roannais (1566), de Croy (étranger) (1598), de Villars (1626). Plusieurs femmes avaient aussi, bien que leurs maris ne fussent pas ducs, une partie des honneurs ducaux. (BRIENNE, p. 14 ; FONTENAY-MAREUIL, p. 125.)

[77] Le premier duc anglais et le prince de Galles, créé en 1331 duc de Cornouailles. Le premier marquis fut le comte d'Oxford, créé marquis de Dublin. Les ducs en Angleterre avaient la baguette dorée ou sceptre, le bonnet fourré avec la couronne, le manteau orné d'un collet d'hermine.

[78] Les grands étaient traités d'Excellence ; ils avaient le dozel ou dais dans leurs maisons, une sorte de sceptre, une épée qu'ils faisaient porter devant eux par un héraut. La Reine se levait pour les femmes des grands, et leur donnait un coussin près de son estrade. La première classe de grands comprend ceux à qui le Roi ordonne de se couvrir avant qu'ils lui parlent ; la deuxième, ceux qui parlent au Roi découverts, et qui se couvrent après pour l'écouter ; la troisième, ceux qui parlent et écoutent découverts, mais qui se couvrent ensuite. (Archives nationales, KK. 627e.) Les grands allaient de pair au dix-septième siècle avec les potentats d'Italie.

[79] Les seigneurs de terres titrées auraient dû, à chaque ouverture de fief et a chaque avènement nouveau, faire hommage à la chambre des comptes. Le protocole de cet hommage était réglé d'avance. Il se faisait tête nue, sans épée, à genoux et les mains jointes, comme au moyen âge, devant le président ou l'un des conseillers de la chambre. Un acte de réception était dressé par le greffier. D'après le Dictionnaire géographique d'EXPILLY, on comptait au dix-huitième siècle soixante-dix mille fiefs, dont trois mille titrés.

[80] L'ambassadeur d'Angleterre dit que chez lui, quand le Roi trouvait les personnes dignes, il leur conférait des titres à eux et à leurs enfants, sans les attacher à aucune terre. (RICHELIEU, Mémoires, t. III, p. 302.) Mais jamais dans la Grande-Bretagne deux personnes n'ont porté le même titre.

[81] Nous ne citerons qu'un exemple en ce genre : le duché de Valentinois était érigé en même temps en marquisat et comté pour le fils du duc.

[82] TALLEMANT, t. IV, p. 100.

[83] Voyez D'ESTRÉES, Mémoires, p. 379. — Richelieu n'avait donc aucune raison de dire : Pour obtenir en ce temps une terre titrée, il faut la mériter de cette nature. (Lettres et papiers d'État, t. VI, p. 608.)

[84] Un gentilhomme, pour obtenir l'érection d'une terre en marquisat sous Louis XIV, se fonde sur ce fait qu'avant vendu le seul marquisat qu'il avait, il n'y en avait plus dans sa famille. (Lettres patentes, août 1662. Mss. Godefroy, CXXXVI.) — Les souverains étrangers conservaient tous le titre d'États qu'ils n'avaient plus. Le Roi d'Espagne et l'Empereur d'Autriche se qualifiaient tous deux ducs de Bourgogne ; les ducs de Lorraine prenaient le titre de comtes de Provence ; le Roi d'Angleterre, de Roi de France ; le duc de Savoie, celui de comte de Genève ; le Roi de Pologne, celui de Suède ; le Roi d'Espagne, celui de Roi de Jérusalem ; le Roi de Hongrie, celui de Roi de Dalmatie. (Ibid., CXXXII, fol. 2.)

[85] Godefroy, Mss. CXXXVI, fol. 246. Voyez aussi arrêt du conseil d'Etat, 20 septembre 1639.

[86] Le ventre anoblit d'après les coutumes de Troyes, de Châlons et de Chaumont. (Il en fut de même en Artois et à Bar.) Voyez LAURIÈRE.

[87] KK. 624. Les femmes roturières ne devenaient pas nobles en épousant un noble, mais elles jouissaient pendant leur mariage des privilèges de noblesse qu'elles perdaient en se remariant. La grandesse en Espagne se transmettait par les femmes qui l'apportaient à leurs maris. En Angleterre, deux ou trois pairies femelles seulement : les comtés d'Arundel, de Salisbury et de Divers, la vicomté de Mardstone (créée par Charles Ier). Mais les femmes conservaient toujours le rang de leur naissance ou de leur premier mariage, témoin la duchesse de Norfolk, mariée au colonel Maxwell en 1692.

[88] Le marquis de Beuvron (Harcourt) avait épousé Renée d'Espinay Saint-Luc, fille du maréchal de ce nom et d'une Bassompierre. Son fils portait le titre de marquis d'Ectot. Beuvron figure comme témoin dans le duel de Bouteville (1627).

[89] Et baron de Sommevelle, chevalier des Ordres, 1597. Député de la noblesse aux états de Blois, 1588 ; capitaine de cinquante hommes d'armes, gouverneur de Saint-Quentin, chevalier d'honneur de Marie de Médicis. On l'avait sus-nommé la Grande Barbe. † 1628.

[90] Urbain de Montmorency-Laval, marquis de Sablé, seigneur de Bois-Dauphin, 1557-1629, fit ses premières armes à Ivry en 1375 ; maréchal de France, 1598. — Commanda l'armée royale en 1615. Il était fort brave, mais assez médiocre capitaine. Il se retira de la cour sons Richelieu et mourut dans la retraite.