MICHEL LE TELLIER ET LOUVOIS

DEUXIÈME PARTIE. — LES GRANDES AFFAIRES

 

CHAPITRE XII. — LES AFFAIRES RELIGIEUSES (fin).

 

 

III. — Le protestantisme.

 

Le problème protestant fut sous Louis XIV, on le sait, le plus important et le plus grave des problèmes religieux, celui qui eut des répercussions incalculables. Les interprétations, divergentes, opposées à la fin, des édits de Nantes et d'Alès aboutirent à la révocation de ces actes en 1685 et à la mise hors le royaume du protestantisme. De cette transformation capitale de la politique monarchique il n'est donc pas surprenant que l'on ait recherché les auteurs responsables. Sur ce point extrêmement délicat les opinions des contemporains et, à leur suite, des historiens, sont fort variées, parfois contradictoires. Les uns se sont attachés à des responsabilités collectives, comme celles des assemblées générales du clergé de France, des intendants, des parlements. D'autres, bien plus nombreux, ont retenu les responsabilités individuelles et tenté de les expliquer, celles de Louis XIV, Madame de Maintenon, l'archevêque de Paris, Harlay de Champvallon, le confesseur du roi, le Père jésuite La Chaise, et, parmi les ministres, Châteauneuf, chargé des affaires de la Religion Prétendue Réformée, Seignelay de la marine, enfin Le Tellier et Louvois[1].

Le père et le fils ont été, semble-t-il, atteints par la réprobation la plus ardente, considérés comme les conseillers les plus zélés, les plus fanatiques, ceux qui auraient entraîné la décision déplorable du souverain. En réalité, pour eux, dont il s'agira seulement ici, le problème n'est pas aussi simple qu'on voudrait le faire croire. On s'en est tenu au seul acte de la révocation : on n'a pas étudié la politique religieuse des deux ministres depuis 1661. Or, la lecture de la correspondance conduit à distinguer, à cet égard, trois étapes tranchées. Dans la première, jusque vers 1672 ; Le Tellier seul s'occupe de la question protestante. Après la guerre de Hollande, Louvois, devenu ministre d'état, prend la direction en mains et joue un rôle très actif de 1678 à 1685. Pendant le même temps, Le Tellier, nommé chancelier, exerce, à côté de lui, une influence particulière et distincte, résultant de sa fonction. Pour cette étude qui n'a jamais été tentée dans les détails, l'analyse des documents est la méthode obligatoire. Si elle expose, peut-être, à des répétitions, elle permettra seule de définir avec exactitude l'attitude vraie du père et du fils.

 

A. — Le Tellier et les protestants, 1660-1672.

Le Tellier est un catholique pratiquant. Paroissien de l'église Saint-Gervais depuis qu'il habite un hôtel dans la rue des Francs-Bourgeois, il a été sensiblement touché, en 1660, d'avoir été nommé premier marguillier pour trois ans. Soit à Paris, soit à Chaville, sa femme et lui se montrent d'une générosité sans égale, multiplient les fondations pieuses, qu'ils font subsister grâce à leurs libéralités[2]. — Le Tellier est un légiste, connaissant fond les articles patents et secrets de l'édit de Nantes, décidé à les faire : respecter strictement par les deux parties, à réprimer les violations, de quelque côté qu'elles viennent, mais, en même temps, à n'accorder rien de plus que ce qui est inscrit sur l'acte officiel. — Le Tellier est un fidèle sujet du roi, résolu à obéir aux injonctions, d'abord de celui qui le représente, le premier ministre, et, ensuite, du souverain lui-même. Il conviendra de ne jamais oublier le triple aspect sous lequel se présente le secrétaire d'état.

Après avoir supprimé en 1629 les avantages politiques concédés aux réformés en 1598, Richelieu avait vécu en accord avec eux, ne manifestant à leur égard aucune méfiance, leur distribuant, au contraire, des fonctions fort importantes, au point même que, pendant la guerre contre les Habsbourgs, cinq armées furent commandées par des généraux protestants. Mazarin avait continué cette politique de pacification. S'il regrettait que les huguenots suivissent une voie religieusement fâcheuse, il estimait que le troupeau ne s'écartait pas. Après la Fronde, il accentua cette attitude conciliante, s'efforçant d'amener une entente entre catholiques et protestants, transmettant en 1654 à l'abbé de Bourzeis un mémoire du réformé La Muletière, rédigé pour travailler à la réunion des huguenots et attirer plusieurs ministres[3].

Le Tellier modèle son attitude sur celle du cardinal, soit par conviction, soit pour ne pas avoir de difficultés intérieures tant que dure la guerre contre l'Espagne. Si, édit de Nantes en mains, il ordonne, en Dauphiné, la démolition d'un temple construit en contravention à ce document, il s'en remet le plus souvent à Mazarin pour la solution des questions religieuses[4], ou attend, la paix conclue, que ce soit un ouvrage de quelque assemblée notable, qui se réunira prochainement[5], ou bien encore admet la justice des réclamations des huguenots et la nécessité de les satisfaire, mais en observant les formes légales[6]. En 1661, il n'apparaît pas qu'il existe déjà un péril protestant : aussi n'est-il pas étonnant que, dans ses derniers conseils à Louis XIV, Mazarin n'ait pas parlé de la secte huguenote, alors qu'il réclamait la destruction de la secte janséniste.

Au contraire, dans ses Mémoires pour l'année 1661, le nouveau souverain a précisé la conduite qu'il entendait tenir à l'égard des adeptes de la R.P.R., les empêcher de tenter des entreprises contre l'édit de Nantes et les réduire précisément dans les termes que mes prédécesseurs leur avaient accordés[7]. Dès le mois d'avril, des commissaires royaux furent nommés pour examiner, avec des commissaires réformés, les affaires de ladite religion, et surtout les contraventions apportées aux clauses de l'édit de 1598[8]. Ce n'est pas une offensive brutale, mais le début de l'offensive qui s'accentuera ensuite et se manifestera jusqu'aux moindres détails[9].

Pendant plusieurs années, Le Tellier, en s'adressant à des magistrats, des intendants, des gouverneurs, des chefs militaires, des évêques, va suivre la même ligne de conduite, en la modifiant quelque peu, pour modérer l'ardeur des divers subordonnés, éviter les excès des deux côtés, se montrer équitable envers tous, ramener dans le devoir ceux dont l'entêtement pourrait provoquer des troubles, et, tout en défendant la cause de notre religion, avoir avant tout le souci du maintien de l'ordre et de la paix.

A plusieurs reprises, ceux-ci menacent d'être compromis dans le Dauphiné pour divers motifs. En 1661, des religieux rebellés et des capucins veulent prêcher à Die et ailleurs pour détourner les particuliers d'entrer au service des religionnaires. Le premier président du parlement dauphinois est félicité pour avoir empêché ces menées dangereuses, ces sortes de prêches pouvant plutôt causer du scandale et du désordre que de produire aucun bon effet pour la religion et le repos du peuple. Mais, d'autre part, dans la même ville, un protestant, ayant commis une irrévérence à l'endroit du Saint-Sacrement que l'on portait dans une procession, devra être sévère ment puni, tandis qu'on ne peut qu'estimer la résolution prise à ce sujet par le synode pour empêcher de semblables inconvénients à l'avenir[10]. Et, quelques jours après, le secrétaire d'état expose au même magistrat, avec fermeté et précision, la théorie gouvernementale : Le roi approuvera toujours tout ce que vous ferez pour empêcher les zélateurs de notre religion de troubler les huguenots dans la liberté, qui leur a été accordée pour leurs exercices par les édits, Sa Majesté voulant qu'ils y soient maintenus de bonne foi et qu'il ne soit rien entrepris contre eux, tandis qu'ils demeureront dans les termes des mêmes édits et de leur devoir[11]. A Grenoble, la question du temple, autrefois dans le faubourg, maintenant dans la ville agrandie, met aux prises catholiques et protestants, les premiers voulant le faire transférer dans les nouveaux faubourgs, les autres s'y opposant : le conseil royal décide de ne rien changer[12]. Autre affaire dans la vallée de Pragelas et de Château-Dauphin, où les huguenots prétendent avoir été dépossédés d'un temple. Le Tellier enjoint au premier président du parlement de demander 'à celui qui s'est occupé de cet incident de lui montrer les ordres sur lesquels il a agi et généralement tout ce qui s'est passé[13]. Il prescrit à l'intendant Sarron-Champigny de lui envoyer des cartes du pays et d'examiner l'affaire avec le commissaire huguenot. Les deux délégués n'ayant pu tomber d'accord sur la procédure, au roi seul appartient la décision dernière[14] : l'incident avait duré pendant toute l'année 1662.

Cette modération conciliatrice continua en 1663 à se manifester dans des lettres contenant des considérations générales, qui dénotent chez leur auteur une largeur d'esprit et une réelle tolérance : voici quelques exemples, toujours dans le Dauphiné. Certains catholiques assemblés ayant voulu faire insulte à ceux de la R.P.R., sortant de leur prêche, le secrétaire d'état réprouve ainsi leur attitude : L'on connaît aisément que cette émotion avait été suscitée par ceux de la Propagation de la Foi, qui affectent avoir en cela plus de zèle que les autres. Mais ce zèle, s'il n'est malicieux, est certainement bien indiscret et mal réglé et pèche directement contre les maximes de la véritable piété, laquelle ne peut souffrir que, pour parvenir à un bien que l'on se propose, l'on se serve de méchants moyens[15]. Et encore ce renseignement, qui peut surprendre, de la part d'un ministre dévot : J'ai cru qu'il était à propos de vous faire savoir... que Sa Majesté. n'a jamais eu dessein d'empêcher les catholiques d'embrasser la R.P.R., cette liberté ayant été donnée par les édits des rois prédécesseurs de Sa Majesté[16].

Toutefois, parmi ceux qui suscitent des difficultés, sont au premier rang les officiers huguenots, membres de la chambre de l'édit de Grenoble. L'un, le président Périssol, refuse d'assister aux audiences parce qu'il ne peut y présider qu'à cause du règlement qui porte que, dans les arrêts qui y seront rendus, il y aura autant de juges de la R.P.R. que de catholiques. Contre la rareté des audiences et pour que la justice soit promptement rendue à ses sujets, afin qu'ils ne soient point obligés de se consommer en frais dans les lieux où ils attendent, le roi publie une première déclaration, portant que, dans la chambre, de l'édit, on pourra juger en nombre inégal, et une seconde précisant que les juges catholiques ne pourront juger en nombre inégal que lorsqu'il y aura moins de quatre conseillers de la R.P.R.. Les magistrats huguenots refusant d'opiner sur cet acte royal, Le Tellier leur enjoint de donner leur avis librement tout ainsi que les autres présidents et conseillers. L'incident est ainsi clos[17].

Avec l'année 1664 cesse cette correspondance jusqu'alors si fournie. Elle reprend en 1670 seulement, et encore, les documents, intéressant le protestantisme dauphinois, sont-ils d'une extrême rareté : ils concernent le consulat à Montélimar et à Nyons, ou bien les ministres étrangers[18].

Si la Provence n'est nullement troublée, les réformés y étant fort peu nombreux[19], en revanche la correspondance avec l'intendant du Languedoc, Bezons, présente un grand intérêt. Cet administrateur[20], tout à la dévotion de Le Tellier, l'ayant informé qu'a Bagnols les huguenots ont rouvert la porte de leur temple et que les catholiques ont voulu s'y opposer, le secrétaire d'état lui rappelle les principes directeurs de la politique royale : Sa Majesté voulant faire que les huguenots se contentent de ce qui leur a été accordé par l'édit de Nantes et n'empiètent rien au-delà Elle ne veut pas souffrir que les catholiques les maltraitent, ce qu'ils ont fait tout à fait hors de propos en cette occasion-là ; il faut donc punir les plus exaltés : travailler à la vérification des contraventions, ce qui obligera Bezons à ne pas prendre de congé[21]. Toute mesure excessive et capable de surexciter l'opinion répugne à Le Tellier : en mars 1662, propose-t-on de ne mettre au consulat d'Uzès que des catholiques, comme à Montauban, il réprouve cette mesure impolitique et s'écrie : Par la grâce de Dieu, l'affaire d'Uzès est encore en signature ! Et, quand elle sera de nouveau examinée en présence du roi, je ne doute point... que l'on ne laisse le consulat comme il était par le passé[22].

La question militaire ne lui réserve pas de moindres soucis. Il lui parait imprudent de laisser en garnison dans ce Languedoc protestant des officiers et des soldats huguenots, et sage de les transférer dans un pays catholique, par exemple à Perpignan : On convient, dit-il, qu'il serait bon qu'il n'y eût dans la citadelle de Montpellier aucun officier ni soldat, qui ne fût catholique. Mais, ajoute-t-il aussitôt, vous jugez bien qu'il est très difficile de connaître la créance des officiers subalternes, et très malaisé d'obliger les capitaines à n'admettre point dans leurs compagnies des soldats de la R.P.R.[23]. S'il approuve la démolition de quelques temples, ordonnée par l'intendant, il attire son attention sur le fait qu'un comte languedocien doit faire revenir son fils de l'Académie tenue à Genève par le ministre La Badie, qui enseigne à ses écoliers des maximes très pernicieuses à la royauté, et Sa Majesté lui laisse la liberté de l'envoyer partout ailleurs où il croira qu'il pourra être fort bien instruit[24].

Enfin, dans un mémoire adressé à Le Tellier, Bezons traite de deux usages, prêtant depuis longtemps à controverse, celui de l'exercice du culte protestant chez les gentilshommes et celui de la contribution financière des huguenots à la réparation des églises. Le ministre approuve le règlement de l'intendant sur la forme en laquelle l'assemblée se doit faire dans la maison-château des nobles gentilshommes, sur l'obligation pour eux d'avoir un ministre en son particulier, qui ne puisse prêcher ailleurs que chez lui et dont il déclarera le nom au magistrat royal. Il n'admet pas que puissent assister aux prêches les seuls habitants de la paroisse dont les gentilshommes sont seigneurs : ce serait apporter une restriction inadmissible aux articles 7 et 8 de l'édit de Nantes. Quant aux réparations des églises, on croit que M. de Bezons peut profiter de la jurisprudence, qui est observée dans le parlement de Toulouse[25]. Tout cela est dit avec calme, sans passion, rédigé dans un style neutre, administratif. Un peu plus animé est le ton quand il s'agit de ministres ou de faux ministres, qui sévissent dans un coin particulier du Languedoc, le Castrais : Sa Majesté juge nécessaire la punition de ces sortes de séditieux, qui semblent n'avoir autre chose dans l'esprit que celle de troubler, par toutes sortes de voies, le repos que le roi a procuré à la France par la paix et travaille tous les jours à lui affermir par son entière application à détourner les moindres choses qui le peuvent altérer[26].

Pour le sud-ouest et l'ouest jusqu'au Poitou, les documents sont plus rares et d'importance générale plus réduite. Auprès de l'évêque d'Oloron, Le Tellier défend les arrêts du parlement de Pau contre les réformés[27] : auprès de la cour de Bordeaux, il approuve les peines portées contre le ministre Borie, qui avait débité dans ses prêches des paroles pernicieuses[28]. L'évêque de Saintes ayant insisté en faveur d'une enquête au sujet des infractions commises à l'édit de Nantes, le ministre accepte, mais sans vouloir que l'on agisse avec précipitation : dans la même ville, au lieutenant général qui informe sur les causes de l'incendie du temple, attribué à tort aux catholiques, il enjoint de cesser les poursuites, cc afin de conserver, autant qu'il est possible, les peuples des deux religions clans la concorde ou il est nécessaire qu'ils se maintiennent et pour leur bien et pour le service du roi[29].

On ne s'étonnera pas si, dans le Poitou, province du département de Le Tellier, où vivent de nombreux protestants, la correspondance est abondante. De plus, l'avocat du roi au présidial de Poitiers, Jean Filleau, est un officier zélé et ardent catholique, en relations régulières avec Le Tellier, auquel il dédie en 1661 un de ses ouvrages[30]. Les incidents sont assez fréquents dans cette région. Les huguenots de Chandenier protestent contre la fermeture de leur temple : ils n'obtiendront rien avant que ceux qui sont parfaitement instruits de l'affaire auront été entendus, Filleau par exemple. Leurs agissements continuent-ils, on emploiera, au besoin, la force et, en effet, en 1663 la démolition du temple ayant été ordonnée par le parlement de Paris, des chevau-légers sont envoyés sur les lieux[31]. Par contre, si des protestants, qui s'étaient indûment établis à La Rochelle et en ont été expulsés[32], veulent s'installer dans Poitiers, on ne peut les en empêcher, comme le demande l'avocat du roi, parce qu'il est permis à ceux de cette croyance de s'habituer indifféremment dans toutes les autres villes du royaume sans aucune exception[33]. Filleau est chargé de faire exécuter l'arrêt du conseil, qui règle le temps dans lequel les enterrements de ceux de la R.P.R. se doivent faire et le nombre de personnes qui s'y pourront trouver[34] : de même pour les ordonnances rendues contre les ministres, qui ne se contiennent pas dans le devoir et encourent l'indignation de Sa Majesté[35].

Ministres ou non, il est des protestants poitevins qui commettent des violences contre des curés ou des sergents. Il est sans difficulté, écrit Le Tellier à l'avocat du roi, que votre siège peut recevoir la requête des plaignants et, de sa seule autorité, travailler au procès des coupables[36]. Il en est d'autres qui n'hésitent pas devant les impiétés : Le roi a une si grande aversion pour des crimes de cette nature qu'il entend que la troupe prête main-forte pour la capture des délinquants[37]. Le Tellier ne veut pas, en revanche, que l'on soulève contre les ministres des obstacles insoutenables et qu'on abuse sans raison de l'édit de Nantes pour leur chercher noise. Rien de plus explicite que cette lettre à Filleau, où le légiste se met au premier plan : J'ai lu l'article 7 de l'édit de Nantes pour voir si l'établissement de deux ministres dans Thouars y contrevenait. L'article porte qu'il ne sera permis aux seigneurs haut justiciers de faire l'exercice de leur religion que dans une de leurs maisons. Mais, comme il n'explique pas qu'ils ne pourront point avoir deux ministres, je ne crois pas qu'en cela l'on ait sujet de se plaindre de ce qu'il y en a plus d'un dans Thouars. Si vous savez quelque chose de plus particulier sur ce sujet que ce qui est porté sur cet article, vous pourrez me le faire savoir et j'en rendrai compte à Sa Majesté[38].

Malgré tous ces efforts de prudence et de modération, catholiques et protestants ne s'entendent guère dans la province et adressent des mémoires au roi[39]. En 1668, les huguenots décident d'envoyer à la cour Maximilien Aubéry pour protester contre les obstacles opposés aux réformés, en particulier contre l'arrêt du 6 août 1665 sur la démolition des temples[40]. Le délégué dut attendre à Paris le retour du roi, qui conquérait la Franche-Comté. Dans l'entretien qu'il eut à Saint-Germain avec lui, Le Tellier se serait montré impatient et violent : haussant le ton doux de sa voix en un accent plus élevé, il se mit à blâmer la conduite des synodes : il menaça de mettre à la raison les protestants, qui n'ont cessé de commettre des contraventions, par l'envoi de gens de guerre, faisant pendre trois ou quatre coquins, qu'on tenait déjà dans les prisons, qui avaient porté les esprits faibles à la désobéissance. La surprise d'Aubéry fut énorme : car M. Le Tellier était le seul canal par lequel on pouvait arriver au succès. Après cette fin de non-recevoir, le ministre permit seulement au délégué religionnaire de rester à Paris tant qu'il le voudrait et lui fit beaucoup d'offres civiles pour mon particulier. Voici donc un Le Tellier tout à fait différent de celui que les autres documents nous ont montré, perdant son sang-froid, coléreux, disposé à prendre des mesures cruelles : ne peut-on penser que l'opinion d'un protestant déçu n'est pas dépourvue de partialité[41] ?

Pour le reste du royaume, les documents sont épars. A Loudun, il s'agit de l'exil à Perpignan d'un ministre qui a tenu des discours scandaleux contre la Sainte Eglise[42]. A Caen et Bayeux, Le Tellier demande l'application de la loi contre des relapses, demoiselles protestantes qui, pour des raisons diverses, ont embrassé le catholicisme et sont ensuite revenues à leur première religion[43]. Il renseigne l'archevêque de Rouen sur un point de droit : les conseillers clercs du parlement ne peuvent être récusés par leurs collègues protestants, qui ont des procès devant eux[44]. A Saint-Quentin, un rapport signale que les huguenots essaient d'augmenter leur nombre déjà excessif : Le Tellier charge l'intendant Courtin d'éclaircir l'affaire, autant qu'il pourra et, réponse obtenue, estime qu'il ne convient pas de décourager ces réformés fidèles, en invoquant des arguments, qui seront repris bien souvent plus tard[45]. A Calais, les deux seules hôtelleries considérables sont tenues par un protestant : les catholiques, se rendant en Angleterre, devraient cependant pouvoir s'arrêter dans une maison appartenant à l'un des leurs. Le commissaire Nacquart doit donc demander au protestant acheteur de la seconde hôtellerie de résilier le contrat et au catholique vendeur de céder à un hôtelier de sa religion la maison qu'il aura reprise. Vous voyez bien, dit Le Tellier, qu'il faut négocier cette petite affaire avec adresse pour ne point donner sujet à ceux de cette religion-là de déclarer qu'on contrevient à l'édit de Nantes. Aussi sera-t-il à propos que votre négociation se fasse de vive voix et sans donner aucun écrit au vendeur ni à l'acquéreur[46]. A Dunkerque, les magistrats ont adressé une requête pour que le catholicisme soit protégé. Elle n'est pas assez spécifiée : il faut mentionner le nombre des habitants de la R.P.R., leurs professions, le temps depuis lequel ils y résident et la qualité de chacun d'eux : d'ailleurs, ajoute le ministre, Sa Majesté est très disposée à procurer le plus grand bien de la religion catholique[47].

Ce tour de France autorise à noter que ces textes, sauf de rares exceptions, ne dépassent pas l'année 1665 et que Le Tellier déclare n'avoir pas grande action en cette matière religieuse, qui n'est pas de son ressort. Les documents ne fournissent presque jamais des indications sur l'attitude du ministre d'état au conseil, et cette lacune est certainement fort regrettable. Néanmoins ils prouvent que, s'il est un fervent catholique, Le Tellier ne ressent aucune animosité, aucune hostilité de principe contre les huguenots, auxquels il veut et il sait rendre justice, sauf quand leurs agissements lui semblent devoir engendrer ou entretenir le désordre. Il reste dans la tradition, qui domine en France depuis Henri IV, respecter les avantages non politiques concédés aux protestants pour leurs exercices religieux, ne pas leur accorder davantage afin qu'ils ne puissent plus former un état dans l'état et supprimer les contraventions commises par eux aux actes de 1598 et de 1629.

 

B. Louvois et les protestants, 1678-1685.

La guerre de Dévolution, puis, après 1668, l'établissement et la consolidation de la nouvelle frontière, enfin le conflit avec la Hollande de 1672 à 1678 prirent la première place dans les préoccupations du secrétaire d'état de la guerre. Aussi, Louvois n'eut-il vraiment à intervenir dans les affaires protestantes qu'une fois la paix de Nimègue conclue, et surtout à partir de 1680. Jusqu'à ce moment-là en effet la politique royale ne s'est pas montrée plus agressive qu'auparavant. Sans doute, dès 1669, le vénitien Giustinian dit-il qu'elle vise à la destruction complète des huguenots : la soppresione delle camere d'ell'editto, la distruzione di tempii, la proibizione dei carichi yak a farli a poco a poco cadere, restando ancora in questione se in avvenire si abbia da usare piû forci rimedii[48]. Sans doute, aussi, en 1672, le baron de Tott affirme-t-il à Turenne que les catholiques se vantent fort que le roi veut entièrement abattre la religion protestante en Allemagne ; mais le maréchal lui répond que Louis XIV, en maintenant sa religion, laisserait l'exercice des autres libre hors de son royaume[49]. Et, au même temps, Madame de Maintenon recommandant à son frère les catholiques et les huguenots à la fois, lui dit : Il faut attirer les gens par la douceur : Jésus-Christ nous en a montré l'exemple[50].

Vraisemblablement l'affaire protestante a donc sommeillé pendant longtemps, et le petit nombre de lettres de Louvois avant 1678 vient à l'appui de ce sentiment. D'ailleurs elles ne concernent guère que des officiers ou soldats religionnaires qu'il faut changer de garnison, auxquels on doit garantir l'exercice de leur religion, en sorte que cela se fasse sans scandale et que l'endroit où ils s'assembleront soit éloigné de l'église du lieu[51]. Rien de nouveau : Louvois agit comme son père. Par contre, à mesure que l'on avance dans le temps, principalement depuis 1681, il transmet la pensée royale sur des mesures générales, par exemple obligation pour les religionnaires d'être autorisés à tenir leurs synodes par les gouverneurs ou commandants militaires dans les provinces, ceux-ci désignant comme observateurs deux commissaires, l'un catholique, l'autre protestant[52], — ou encore prescrire aux secrétaires d'état d'écrire aux intendants pour l'observation de l'arrêt concernant le baptême des enfants religionnaires[53], — ou bien pour interdire l'exercice du calvinisme sur les terres des ecclésiastiques[54], — ou pour supprimer l'exemption du logement des soldats, accordée aux nouveaux convertis[55], — ou enfin pour que les fermiers arrêtent les huguenots tentant de quitter le royaume[56]. Louvois écrit ainsi à ses collègues, au contrôleur général, aux intendants, aux chefs militaires. C'est là une innovation, sans que l'on puisse, cependant, tirer une conclusion précise sur ce que l'on appelle la responsabilité ou la non responsabilité du ministre.

Toutefois, ce n'est pas dans ces pièces de nature générale que l'on trouvera exprimée sa véritable pensée : comme pour Le Tellier c'est dans les lettres particulières traitant de questions multiples avec des personnages divers, laïques et ecclésiastiques. Il convient donc, ainsi que pour le père, de dépouiller cette correspondance fort abondante et fort instructive pour certaines régions[57].

Dans le nord, à Sedan, point sensible, se trouvait Vrevin, ancien commis de Le Tellier et déjà employé dans la querelle janséniste. Louvois lui recommande de laisser s'établir dans les environs les protestants qui s'y retirent, mais d'arrêter ceux qui, étant sortis depuis deux ans de votre département, veulent y revenir pour leurs affaires ou pour voir leurs parents[58]. A son frère, archevêque de Reims, qu'il informe de l'envoi de troupes dans cette ville, il indique son principal et constant souci, en quelque sorte son programme : Il faut songer à convertir la plus grande partie et non pas à s'opiniâtrer à tout réduire, y ayant souvent des gens d'un caractère opiniâtre, qui ne pourraient être vaincus que par des violences ou des excès de logement, qui ne conviennent point... Sa Majesté vous recommande de ménager les banquiers et les chefs de manufacture[59]. Et, en effet, quelque temps auparavant, il avait autorisé un chaudronnier protestant de Charleville à garder ses ouvriers, quoiqu'ils soient catholiques[60].

Pour Metz, correspondance assez réduite. Louvois se contente de demander aux chefs du parlement pourquoi plusieurs déclarations royales n'ont pas été transmises à certains présidiaux : il envoie à cette cour des arrêts pour restreindre la compétence des conseillers huguenots, s'informe si les preuves que l'on a de l'admission des relaps dans le temple de la ville sont bien nettes et assez fortes pour qu'on pût prononcer contre ledit temple et s'enquiert des conséquences possibles que pourrait avoir sa destruction[61].

Dans la région sarroise, le ministre approuve l'intendant La Goupillière d'avoir réprimé les excès du maire luthérien de Sarrebruck, qui a logé des soldats chez un nouveau converti. En lui ordonnant d'arrêter les huguenots français qui tenteront de passer à l'étranger, il ajoute : L'intention du roi n'est pas que l'on fasse exécuter dans votre département les édits et déclarations de Sa Majesté, rendus contre les gens de la R.P.R., puisque cela pourrait empêcher de repeupler le pays. Et Sa Majesté désire que vous vous contentiez de les obliger à laisser aux catholiques la liberté d'exercer leur religion. Ceci est écrit un mois avant la révocation[62].

En l'année 1665, à propos des affaires religieuses d'Alsace, Louvois se montre sous un double aspect. Avec l'intendant La Grange il s'agit de refréner les violences, surtout à Bouxwiller où deux dames luthériennes se sont déguisées en religieuses et où s'est réuni sans autorisation un consistoire[63]. D'autre part, il apparaît, pour une fois, comme un zélé convertisseur. Pendant six mois, il entreprend le strasbourgeois Güntzer pour qu'il fasse un pas si important pour les affaires de l'autre monde et de celui-ci. Il le presse d'abjurer : Puisque vous connaissez la vérité, insinue-t-il, vous ne devez point m'écrire et vous mettre en peine de vouloir accommoder les deux religions ensemble. Et vous devez songer à embrasser celle qui est la plus sûre pour votre salut et la plus ancienne. Ayant appris avec la dernière joie la conversion, il accorde à Güntzer une pension. Puis, mis en goût par ce succès, il désirerait que la femme suivit l'exemple du mari. Mais cela traîne d'avril à juillet, au point que le ministre suspecte la sincérité de Güntzer, qui laisse aller son fils au temple, au lieu de le mener à l'église avec lui[64].

A Lyon prédomine la question de l'entrée dans les maîtrises : un nouveau converti doit être admis, un religionnaire écarté[65]. Si des ministres demeurent dans la ville, Sa Majesté trouve bon que l'on dissimule d'en avoir connaissance[66]. L'intendant Bercy doit rechercher si un temple, dans les environs, a été bien ou mal établi et si l'on pourra l'attaquer : à défaut des permissions nécessaires, il procédera contre ledit temple à la requête du syndic du clergé après avoir fait appeler le commissaire de la R.P.R. établi par Sa Majesté, comme il se fait dans les autres généralités du royaume en pareil cas[67]. Il devra aussi intenter un procès aux huguenots arrêtés sortant du royaume... et demeurés opiniâtres dans leur erreur. Mais, si ce sont des marchands, il empêchera qu'il ne soit détourné aucun de leurs effets ni qu'il leur soit fait aucuns frais jusques à nouvel ordre[68].

Pour le Dauphiné, la correspondance reste aussi abondante qu'avec Le Tellier[69]. Louvois n'a d'abord à résoudre que des affaires militaires. Envoyant en 1681 des soldats dans la province agitée, il prie l'intendant Herbigny de démentir le bruit que les troupes n'y sont marchées... que pour contribuer à la conversion des huguenots en la même manière que l'on fait en Poitou. Sa Majesté ne voulant présentement faire aucune nouveauté à l'égard des religionnaires du Dauphiné, il est de son service de dissiper leurs alarmes. Toutefois, s'ils accueillent mal les militaires, logés chez eux, ils devront être condamnés à une lourde amende[70]. D'ailleurs, ce logement doit être également répandu sur les catholiques et les religionnaires, ou plutôt sur les premiers à proportion de leur force à peu de chose près, sur les seconds selon leur force et même un peu plus, en tout cas chez les habitants qui sont le plus à leur aise et nullement chez les ministres qui doivent en être exemptés[71].

Or, en juin-juillet 1683, à l'instigation de l'un d'entre eux, Blache, les protestants dauphinois se sont assemblés, l'agitation s'est accrue, il a fallu envoyer un maréchal de camp, Saint-Rhue, avec des troupes, un combat a été livré, à la suite duquel les séditieux ont commencé à rentrer chez eux. Louvois donne à Saint-Rhue des instructions précises. Dans les communautés fidèles, les soldats vivront en bon ordre : les autres subviendront à leur subsistance ; mais, pour leur éviter une ruine complète, elles devront payer 30 sols par place de cavalier ou de dragon. Saint-Rhue ira de canton en canton châtier les coupables et se saisira, avant tout, des ministres parce que, par toutes les nouvelles que Sa Majesté reçoit, il parait que cette émotion-là n'a été causée que par eux. Tous les dommages seront réparés aux frais des communautés rebelles, en sorte que, tant par les exemples de ceux qui seront exécutés à mort ou envoyés aux galères que par les impositions qui seront faites sur les communautés soulevées... la tranquillité soit solidement établie et toute envie ôtée aux religionnaires de plus faire de pareils mouvements. Berthelot est invité à révoquer la permission accordée aux protestants de vendre de la poudre. Le désarmement des rebelles est ordonné : Mais je suis persuadé que... on en tirera peu de fruit par le soin qu'ils prendront de cacher leurs armes dans des endroits où il sera difficile de les trouver. Aussi vaut-il mieux punir très sévèrement, raser des maisons, faire extrêmement fouler par tes troupes les communautés qui ont failli, afin que le traitement qu'elles recevront contienne la mauvaise volonté des autres. Cependant, l'agitation s'apaisant, le roi proclame l'amnistie sauf pour les ministres et les religionnaires les plus coupables, et encore ceux-ci bénéficieront-ils de la clémence royale, s'ils se convertissent. En définitive, pour l'exemple, on rasera seulement deux temples, et, sur leur emplacement, on élèvera une pyramide sur laquelle sera mise une inscription qui marque que ces deux temples ont été abattus pour punition de la rébellion de ces deux communautés[72].

Dans toute cette affaire, Louvois n'est donc pas mû par une hostilité religieuse et systématique contre les huguenots. Secrétaire d'état de la guerre, il voit en eux des fauteurs de troubles préjudiciables au royaume et ordonne une répression rigoureuse contre ceux qui méconnaissent l'autorité royale. Pendant les années suivantes, il traite encore avec Lebret du logement des troupes[73], des conversions et des mesures à prendre pour arrêter la désertion à l'étranger[74]. Il lui demande, aussi, de dresser un état des religionnaires par élection. Mais, apprenant quels sont les correspondants auxquels l'intendant a cru devoir recourir, il bougonne : Ce n'est pas le moyen de s'informer du nombre de religionnaires, qui sont dans votre département, que d'en demander des nouvelles à tous les curés, qui n'auront point la discrétion de le taire[75].

Le ton rude et âpre du ministre se retrouve à propos des événements du Languedoc, où se produisent en 1683 des émotions semblables à celles du Dauphiné[76], et où la canaille s'est assemblée dans le Vivarais et les Cévennes : Saint-Rhue doit y être envoyé. Mais, l'intendant d'Aguesseau lui ayant demandé un délai de huit jours pour disposer à la paix les esprits du Vivarais, Louvois ne peut comprendre qu'il ait inspiré au maréchal de camp la patience qu'il a eue de souffrir les insultes de ces canailles, et ne s'explique pas que, de son côté, le chef militaire ait différé d'attaquer les rebelles et de les traiter comme ils méritaient. Et le secrétaire d'état, irrité, ajoute que leur conduite a été contraire aux intentions de Sa Majesté et capable d'attirer de grands inconvénients[77] : il énumère donc, encore une fois, les sévères mesures à prendre contre les séditieux[78], toute négociation de la part du souverain contre les peuples n'étant bonne que pour les rendre plus insolents. Seule la question économique retient quelque peu Louvois : exclure les religionnaires des manufactures de Nîmes, cela n'entraînera-t-il pas la ruine de la province ? Il vaut mieux, pendant le quartier d'hiver, ne pas envoyer de soldats dans cette cité, n'étant pas bien aise d'exposer 5 ou 600 hommes au caprice d'une population aussi grande que celle qui habite cette ville-là. Il suffira d'un détachement de dragons pour donner moyen à l'intendant de procéder à l'arrestation de quelques rebelles notables[79].

La sédition terminée, Louvois ne s'occupe plus, en Languedoc, que d'affaires militaires : logement de troupes chez les huguenots les plus riches et les insurgés, étant d'un dangereux exemple d'obliger ceux qui se sont bien conduits à porter la peine des coupables de la rébellion, aucune charge sur les catholiques. Ces dragons seront retirés progressivement selon la disposition des peuples qui habitent ce pays-là : loin de les disperser, il faut les mettre en un ou deux corps, afin que les religionnaires ne scient pas tentés de les insulter. Aussi Louvois, en juillet 1684, ne croit-il pas fondés les bruits d'une reprise de l'agitation chez les réformés : En l'état présent des choses, il n'y a point d'apparence qu'ils osent penser à faire aucun mouvement : que l'on perquisitionne seulement pour voir s'il n'existe pas d'armes cachées ou de la matière propre à faire de la poudre[80]. Le secrétaire d'état de la guerre a retrouvé son calme : comme son père, il traite administrativement et sans éclat les affaires qui sont de son ressort. Il en est ainsi jusqu'à la révocation, à propos des réformés qui tentent de s'opposer aux conversions, de la mire qui sévit dans les Cévennes et le Vivarais, etc.[81]. Mais, que personne ne s'avise de modifier les instructions reçues : Il sera à propos, gronde le ministre, que, sans avoir d'autres vues que celles que vous donnent les ordres de Sa Majesté, vous vous conteniez à l'avenir dans leur exécution[82].

Dans le Béarn, Louvois eut à correspondre avec l'intendant Foucault, aux mémoires et aux lettres duquel il suffira de renvoyer pour connaître la situation protestante dans ce pays[83]. Ce fonctionnaire, a-t-on dit, eut le malheur de donner au reste du royaume un exemple, qui ne fut que trop suivi... Il n'eut besoin que de montrer les troupes...[84] Appréciation inexacte, puisque Foucault ne prit pas l'initiative de proposer l'installation de soldats chez les religionnaires pour les forcer aux conversions. Le 28 avril 1685 seulement, il aurait demandé au ministre des ordres en blanc dans ce but, lui assurant que l'approche des troupes activerait les abjurations et qu'il tiendrait la main à ce que les soldats ne fassent aucune violence, et il ajoute que Louvois fit droit à sa demande[85]. Comment concilier cette affirmation avec celle, tout à fait opposée, du secrétaire d'état, 2 mai 1685 : Le roi n'a pas juge à propos de vous envoyer, quant à présent, les ordres que vous demandez pour loger une ou plusieurs compagnies dans les villes de votre département, qui sont remplies de religionnaires[86] ? Ce ne sont ensuite que des félicitations pour le succès de l'intendant. Seuls quelques gentilshommes restant opiniâtres, Louvois lui suggère de les obliger à produire leurs titres de noblesse, tout en se gardant de ne pas se livrer à cette recherche sur les catholiques[87].

Dans les généralités de Bordeaux et de Montauban, Louvois est en rapports avec les intendants Ris et La Berchère et le commandant des troupes, Boufflers, surtout pendant l'année 1685. Trois ans plus tôt, les protestants de Bergerac étaient fort agités, déclarant qu'ils raseraient les maisons des juges, qui auraient ordonné la fermeture de leur temple et empêcheraient les marchands hollandais d'acheter le vin de ces magistrats. On enverra donc deux régiments de cavalerie, qui devront vivre dans la discipline. Ris, leur ayant laissé toute liberté, est invité à remédier au désordre et à faire rendre, en votre présence, tout ce qui a été exigé, par les officiers et cavaliers[88]. En 1685, de même, Boufflers doit envoyer des soldats chez les huguenots : il les délogera à mesure que se produiront les abjurations et il les fera vivre en bon ordre. Il portera les ministres à sortir de la province et même du royaume. Il ne s'attachera pas à obtenir des conversions générales ou des conversions des plus riches réformés ; il suffit, quant à présent, de diminuer considérablement le nombre des religionnaires. D'autre part, il est fort peu important au bien du royaume qu'il reste quelques gentilshommes de plus ou de moins dans les provinces, pourvu qu'il n'y reste plus de peuples pour les suivre, s'ils voulaient entreprendre quelque chose contre la tranquillité de l'état. On peut même s'assurer que la plupart changeront bientôt, quand ils n'auront plus de lieu d'exercice et qu'ils seront environnés de catholiques. Louvois n'accepte pas d'envoyer des visiteurs ou inspecteurs généraux pour surveiller la conduite des nouveaux convertis : des subdélégués sages, qui paraitront se promener dans le pays pour toute autre chose que pour cela, suffiront. Boufflers devra arrêter les nobles huguenots, qui retirent chez eux des coreligionnaires ou s'opposent aux conversions : A l'égard des femmes, qui tiendront une pareille conduite, il faut les faire enfermer dans leurs maisons et les y garder à leurs dépens[89]. Surtout, que le commandant n'écoute ni les ecclésiastiques ni les intendants, qui entendent convertir tout le monde, de quoi, sans miracle, ils ne viendront point à bout, et il faut compter que toutes les tentatives inutiles, qui se feront sur ce sujet, ne seront bonnes qu'à confirmer les religionnaires dans leur opiniâtreté et à rendre les conversions plus difficiles[90].

Inspiré par cet esprit pratique, Louvois désirerait que les évêques envoient des missionnaires pour donner aux peuples les instructions dont ils auront besoin et, aussi, qu'ils changent les curés, qui, par leur mauvaise vie ou ignorance, sont incapables d'en faire les fonctions[91]. En attendant, il réprime les excès de zèle des intendants, qui, tel Ris, chantent victoire pour les conversions rapides et innombrables alors réalisées ou qui, tel La Berchère, ont, par leur précipitation et en outrepassant les ordres royaux, compromis l'œuvre de conversion. Il en profite pour exposer, en détail et avec précision, les volontés du roi. S'il souhaiterait, dit-il, que les religionnaires de son royaume se convertissent tous en un jour, il ne croit pas que, par un grand nombre de troupes, on oblige les communautés à se convertir comme a fait la ville de Pau : c'est par des logements modérés qu'on diminuera considérablement le nombre des huguenots. Peut-être les plus fortunés n'abjureront-ils pas, mais leur richesse ne les mettra point en état de causer des troubles dans le royaume et d'empêcher les résolutions ultérieures de Sa Majesté[92]. A leur tour, les militaires se comportent comme les civils : l'un établit huit dragons chez l'unique protestant de Montignac, l'autre laisse les soldats vivre à discrétion chez les religionnaires. Tout cela, dit Louvois, est contraire aux intentions du roi : Quand il reste un opiniâtre en un endroit, il le faut laisser, et le mépris, que l'on fait de lui, joint aux charges qu'il sera aisé à un intendant de lui imposer, produira sa conversion sans que l'on soit obligé à faire de pareilles violences. On doit donc se contenir dans les bornes prescrites par les ordres de Sa Majesté[93].

Si, pour l'Angoumois, l'Aunis et la Haute Marche, la correspondance est, pour ainsi dire, inexistante[94], elle revêt, en revanche, une importance capitale pour les affaires du Poitou. Dans cette province, Louvoie fut en relations avec trois intendants successifs, Marillac, Lamoignon-Basville et Foucault.

Le premier a été toujours considéré comme l'instigateur et le réalisateur des dragonnades violentes et dévastatrices. De 1678 à 1681, il est en bons termes avec le ministre, qui le félicite de son zèle, le consulte, le met au courant des mesures prises en faveur des nouveaux convertis, et parfois le retient, etc.[95] Le 18 mars 1681, Louvois lui mande : Sa Majesté m'a commandé de faire marcher au commencement du mois de novembre prochain un régiment de cavalerie en Poitou : l'intendant désignera les lieux où il sera logé, le plus grand nombre des officiers et cavaliers chez les protestants. Et le ministre précise : Sa Majesté n'estime pas qu'il les y faille loger tous, c'est-à-dire que, de 26 maîtres, dont une compagnie est composée, si, suivant une répartition juste, les religionnaires en devaient porter dix, vous pourrez leur en faire donner vingt et les mettre tous chez les plus riches. L'intendant prétextera que ceux-ci doivent être les premiers chargés, quand il n'y a pas assez de troupes pour que tous les habitants en aient[96]. A cette lettre si importante Marillac répond avec d'autant plus d'empressement que Louvois constate que les conversions ne sont pas si nombreuses que par le passé. Le 4 mai, il est informé que quatre compagnies de cavalerie vont être envoyées incessamment du pays de Foix[97].

Tandis que le ministre discute avec l'intendant sur la légalité ou l'opportunité de la suppression des prêches ou sur des incidents particuliers[98], le désordre a commencé dans la province et s'est rapidement accru depuis l'arrivée des soldats. Le 2 juin commence le dissentiment qui ne fera que s'accentuer entre les deux hommes, Louvois étant amplement informé par des mémoires remis par des députés protestants et rapportant des faits précis et irréfutables.

Dès le début, son irritation éclate, parce que, secrétaire d'état de la guerre, il ne peut souffrir que les troupes vivent dans l'indiscipline. Des excès ayant été commis à Châtellerault, Marillac doit désormais veiller à ce que les cavaliers se contiennent chez les huguenots comme chez les catholiques. Il s'abs tiendra lui-même de menacer les religionnaires, qui refusent de se convertir, ne convenant pour le service de Sa Majesté qu'un homme de votre caractère tienne des discours très éloignés de l'exécution des édits dont les religionnaires jouissent dans le royaume. Ils ne doivent avoir aucun prétexte légitime qu'ils sont violentés ou menacés, quand ils ne veulent pas changer de religion. S'ils se plaignent de désordres constatés chez eux, que Marillac les écoute et ne leur donne pas lieu de se plaindre que vous leur refusez toute justice et les abandonnez à la discrétion des troupes[99].

Pendant quelques mois, le calme règne dans la correspondance. Le ministre approuve les mesures de l'intendant pour la protection des nouveaux convertis et son interprétation de l'arrêt du 19 mai 1681 interdisant les violences contre les religionnaires. Il lui demande d'examiner la situation irrégulière, semble-t-il, de certains temples ; il le rassure même sur les bruits fâcheux que fait courir la conduite de Marillac. Mais il refuse d'envoyer au Poitou des troupes aussi nombreuses que le désirerait l'intendant, auquel, à l'occasion, il rappelle qu'il ne doit pas se livrer à des démonstrations publiques pouvant justifier les plaintes que les religionnaires font à l'étranger[100].

Désormais, la mésintelligence s'accroît : les actes de Marillac sont soigneusement examinés et, le plus souvent, désapprouvés[101]. Les réclamations affluent, venant parfois de gens qui veulent se soumettre à toutes sortes de châtiments, s'ils ne prouvent pas ce qui y est rapporté. Mais comment faire des exemples des cavaliers qui se sont livrés à des violences, alors que l'intendant lui-même ordonne, non seulement qu'ils soient nourris gratuitement par leurs hôtes huguenots, mais encore qu'ils reçoivent d'eux journellement 30 sols par place et les officiers à proportion ? Aussi, le 19 septembre, Louvois lance-t-il la première menace : Sa Majesté prendra quelque résolution fâcheuse contre vous, si Elle apprenait que cela continuât[102]. Le 26 novembre, comme il ne convient pas de continuer à tenir à l'égard des religionnaires la conduite qui a été observée jusqu'à présent, la cavalerie, annonce le ministre, est retirée du Poitou pour être envoyée à Bayonne. Marillac prendra garde que les nouveaux convertis ne soient ni insultés ni maltraités et ne retournent pas au temple ; il surveillera les discours des ministres et appellera des missionnaires. Le roi s'attend à l'exécution des mesures prescrites : car il est persuadé que, lorsqu'un intendant ordonne quelque chose, il est obéi sans réplique[103]. Le gouvernement veut que, désormais, pour les conversions, on se serve seulement des gratifications et du soulagement dans les impositions des tailles, mais que soient sévèrement punis les relaps, ainsi que les ministres, qui, n'ayant point d'église, vont faire des baptêmes et des prières dans des maisons particulières[104]. Enfin, en février 1682, Marillac n'ayant pas, malgré les ordres du roi, mis en liberté des habitants de Niort, des anciens et des ministres, est rappelé et partira après avoir mis au courant son successeur[105]. L'étude des relations entre le ministre et l'intendant ne permet pas d'adopter l'opinion que la dragonnade a été ordonnée par Marillac, encouragée par Louvois, comme il a été soutenu bien à tort[106].

Après avoir reçu à la fin de février 1682 les derniers ordres de Sa Majesté[107], Lamoignon-Basville, fils d'un ami de Le Tellier, premier président du parlement de Paris, se rendit dans le Poitou, où il séjourna trois ans. Légiste et diplomate avant tout, il ne recourt pas aux moyens violents, il reste dans la légalité tout au moins apparente : il obtiendra ainsi des succès, tant par les missions que par le pouvoir que Sa Majesté vous a donné à l'égard de l'imposition des tailles[108]. Entre Louvois et lui se discutent seulement et sans éclat des problèmes techniques, par exemple la situation des nouveaux convertis et des relaps, la liberté pour les protestants de tenir leurs temples fermés autant qu'ils le désireront et de n'y point prêcher, quand ils les voudront ouvrir[109], la liste des huguenots poitevins, l'attitude de celui qui tient le four banal de Couhé, qui brûle ou retranche beaucoup de pain, que les nouveaux convertis y apportent à cuire[110], le jugement de partage des temples, etc. Tout est à la modération. Il était auparavant défendu aux ministres de quitter les temples pendant que leurs coreligionnaires y étaient assemblés : on le leur accorde pour qu'ils puissent préparer leur sermon, pendant que l'on psalmodie ou que l'on fera quelque lecture dans le temple, tout en restant responsables s'il se passe quelque chose qui serait préjudiciable au service du roi[111]. Il s'agit aussi d'obliger les ministres et les anciens des consistoires supprimés à porter aux greffes des justices royales les registres des mariages, baptêmes et mortuaires[112], et cela se poursuit pendant plusieurs années, défilé monotone de détails menus ou transmission d'arrêts du conseil par le ministre.

Même au cours de l'année 1685, de cette correspondance ne se détache guère que la lettre de Louvois du 3 mars, dans laquelle le secrétaire d'état avait l'intention d'exposer sa conception. Bien que le passage ait été barré, peut-être parce que Louvois s'est souvenu qu'il avait exprimé déjà ces mêmes idées, il n'est pas négligeable. Le ministre supplie l'intendant de lui indiquer la manière dont il estime qu'il sera utile de faire vivre les dragons qui composeront ledit régiment (d'Asfeld), observant que, s'ils n'étaient point du tout à charge aux religionnaires, ils ne seraient peut-être pas portés à se convertir pour les faire sortir de chez eux. Mais, aussi, qu'il ne convient point au service de Sa Majesté qu'ils fassent chez ceux ou ils seront logés aucun désordre ni qu'il se fasse aucunes violences pareilles à celles dont on s'est plaint du temps de M. de Marillac[113]. Lettre caractéristique, auprès de laquelle pâlissent toutes les autres, qui concernent seulement la politique de Basville, recherchant les contraventions des quatre derniers temples, procédant à leur condamnation et à leur démolition pour la plus grande joie de Louis XIV et de Louvois (mai-juillet). L'habileté du négociateur et, aussi, sa fermeté pour forcer les dragons à vivre en bon ordre font que Basville a réalisé le programme qui lui avait été soumis, obtenir sans violence le plus de conversions possible, mais non pas toutes, réprimer tous excès d'.où qu'ils viennent. Dès le mois d'août, Le Tellier, en récompense, lui fait donner l'intendance du Languedoc, où Basville est destiné à devenir un roi[114].

Arrivé le 7 septembre à Poitiers[115], son successeur, Foucault, n'eut guère le temps d'agir avant la révocation. D'après ses instructions, il doit supprimer les titres de noblesse des gentilshommes huguenots opiniâtres, agrandir les églises pour que tous les catholiques puissent assister aux offices et solliciter les évêques de commettre des prêtres séculiers ou des religieux pour célébrer, les jours de fête et les dimanches, autant de messes qu'il sera nécessaire[116]. Il faut être prudent à propos des conversions et observer surtout de ménager les gros marchands de manière qu'ils ne soient point portés à cesser leur commerce ni à quitter leur demeure[117]. Louvois tient à cette modération, à cette mesure, même l'avant-veille de la révocation : ayant appris qu'à Poitiers on avait logé chez une femme une compagnie et demie de dragons pour l'obliger à se convertir, il réprimande vivement Foucault et ajoute, comme il l'avait fait pour Marillac : Vous avez grand intérêt de ne point manquer, à l'avenir de suivre strictement les ordres qui vous ont été si souvent réitérés[118].

Pendant les dernières années de l'existence légale du protestantisme en France, Louvois a donc préconisé, à l'égal de son père, la pénétration pacifique et mesurée. Mais, beaucoup plus que Le Tellier, il s'est trouvé en présence de faits graves. D'une part, des huguenots ont pris les armes en plusieurs endroits et combattu les troupes royales : Louvois les a traités comme des rebelles avec une sévérité explicable, mais en ne refusant pas l'amnistie aux repentis. D'autre part, l'installation de garnisaires chez les protestants a fortement menacé la discipline de l'armée : ému de ce désordre, le secrétaire d'état de la guerre n'a pas hésité à frapper ceux qui le toléraient, le favorisaient même et il a révoqué l'intendant Marillac comme son collègue, Seignelay, destituait l'intendant Demuin. Peut-être pourrait-on aller un peu plus avant et dire que, pour le ministre, la question religieuse ne vient qu'en dernier lieu, après la question politique et la question militaire.

 

C. — Le chancelier Le Tellier et les protestants, 1677-1685.

L'action, relative au protestantisme, du chancelier Le Tellier, devenu en octobre 1677 le chef de la justice royale, se présente, plus ou moins clairement, sous plusieurs aspects.

D'une part, avec les magistrats, qui sont sous son autorité immédiate, il ne décrète pas de mesure générale. On n'en trouve guère qu'une, prise en 1679 et concernant l'abolition des chambres de l'édit du Dauphiné, de Castelnaudary et de Guyenne. Etablies pour supprimer la crainte, manifestée par les huguenots, du ressentiment des officiers de justice dans les affaires concernant les intérêts de leurs familles, ces chambres, dit Le Tellier, composées de magistrats catholiques et protestants, n'ont plus  de raison d'être puisqu'il y a cinquante années qu'il n'est point survenu de nouveau, trouble, causé par ladite religion, et que les animosités se sont éteintes. Elles sont donc supprimées et leurs membres affectés aux parlements de Grenoble, de Toulouse et de Bordeaux. Ainsi sera facilitée l'administration de la justice, les catholiques ne pouvant plus perpétuer les procès dans les familles par des évocations ou par des règlements de juges, et le chancelier explique, en grand détail, comment seront, dans les parlements, répartis les conseillers des chambres mi-parties et quel rang leur est assigné[119].

Mais, généralement, il n'a à s'occuper, avec ses subordonnés, que de la situation réservée aux magistrats huguenots ou à leur fournir des renseignements précis sur des points spéciaux pouvant donner lieu à des interprétations diverses et parfois fâcheuses. Choisissons quelques exemples.

A Paris, il est en relations suivies avec Harlay, procureur général du parlement, auprès duquel sont portés les appels de jugements rendus dans- son ressort contre des réformés. S'agit-il de ministres n'ayant pas prêté le serment devant les juges de Cognac, le roi n'a pas admis cette nouveauté et considère que les pasteurs ont eu raison d'en appeler à Paris pour faire lever l'interdiction prononcée contre eux[120]. Si les nouveaux convertis retournent au temple, il faut les châtier, sans distinguer entre ceux qui déclarent vouloir vivre dans la R.P.R. et ceux qui prétendent n'y avoir été que par curiosité ou pour parler à leurs amis. Sans doute, les ministres soutiennent-ils qu'il leur est impossible de connaître tous ceux qui viennent dans le temple pour la communion dans un jour de solennité : Le Tellier les renvoie à l'édit de juin 1680, qui règle le différend. Il doit s'aboucher avec Harlay, le président de Nesmond et le premier président Lamoignon, examiner avec eux si peuvent être confirmées les condamnations à l'amende et au bannissement perpétuel de nouveaux convertis détenus à la Conciergerie et presser la chambre de La Tournelle du parlement de prendre une rapide décision à cet égard[121]. En tout cas, pour résoudre cette question si difficile et si délicate de l'abjuration, il ne veut pas que l'on force les curés à en faire signer les actes à l'avenir, parce qu'il n'est pas bon que ceux qui seraient mal intentionnés aient occasion d'espérer que l'inobservation de cette, formalité pût leur être un moyen de défense[122]. De même, il interdit aux catholiques, qui vont dans les temples, d'y parler publiquement ni réfuter les propositions des ministres sur les matières qui concernent la religion : ils ont seulement à remarquer ce que font les pasteurs, qui peut être contraire aux déclarations de Sa Majesté et arrêts de son conseil pour ensuite en faire le rapport à ceux qui ont l'autorité pour y pourvoir[123]. Mais il ne convient pas davantage de forcer l'interprétation des actes officiels. Il est impossible, par exemple, d'interdire l'exercice dans le temple de Lignières, parce que les huguenots y ont prié un peu de temps en attendant la venue du ministre : car la déclaration royale du 30 août 1682 interdit aux protestants de s'assembler dans leurs temples pour le cas seul où les pasteurs ne peuvent assister aux prières soit pour maladie ou par absence, mais non lorsque les prières se font aux heures ordinaires en attendant l'arrivée du ministre. Ainsi, dit Le Tellier à Harlay, vous pouvez vous régler sur ce pied-là[124]. Et ce souci de la légalité, le chancelier le montre encore au sujet d'un proposant huguenot, contre lequel le prévôt de Montargis veut procéder seul : l'article 67 de l'édit de Nantes, lui dit-il, s'y oppose, et il est de toute nécessité que vous cherchiez un gradué huguenot avec lequel vous puissiez faire votre procédure[125]. Multiplicité et diversité des cas, que le chancelier résout d'après les actes officiels.

En province, il donne une leçon de droit au premier président du parlement de Rouen, Pellot, à propos des procureurs : il est erroné de dire qu'ils peuvent être reçus à condition de prendre des provisions dans trois mois, et la cour normande a eu le tort de fixer à quatre le nombre de procureurs huguenots qui pourraient postuler : aucun acte officiel n'existant à ce sujet, je ne puis sceller des provisions pour des procureurs de cette religion. Il est inutile, aussi, d'invoquer la tolérance à l'égard de dix avocats protestants, qui n'ont pas besoin de provisions du roi, tandis que pour les procureurs elles sont une nécessité : on ne peut donc se départir de la règle que Sa Majesté a établie de n'en point donner à ceux de la religion[126]. Un magistrat normand veut-il appliquer les peines sévères, énoncées dans la déclaration du 15 mars 1679, à un relaps étant tombé en faute en 1667, Le Tellier s'y refuse absolument : car, d'avoir vécu dans son crime, il n'a pas mérité de plus grandes peines que celles qui lui étaient applicables quand il l'a commis[127]. Comme la Grand'Chambre à Rouen semble vouloir s'attribuer le jugement des appels relatifs à la démolition des temples, le chancelier lui rappelle que La Tournelle du parlement de Paris connaît, tous les jours, sans aucune contradiction de la Grand'Chambre, de tout ce qui concerne les temples de la R.P.R. et les contraventions aux édits : si donc, en Normandie, il n'y a pas quelque raison ou privilège particulier, il faut suivre cette procédure[128]. Même note avec les parlementaires bretons : les protestants, accusés de subornation, sacrilèges et profanations, ont eu raison de relever appel à la cour parisienne, puisque le roi a accordé aux huguenots de Bretagne de choisir entre les parlements de Rennes et de Paris[129].

Au Poitou, Le Tellier rencontre l'ardent Marillac, dont le souverain loue l'application et le zèle. A lui aussi il apprend la distinction entre procureurs et avocats : quant aux notaires, sergents, etc., réformés, que l'intendant propose d'interdire, il leur suffira de représenter leurs titres à Marillac, qui en enverra un état au chancelier, observant de ne pas omettre s'ils sont pourvus avec la clause de la R.P.R., et, deux mois plus tard, Louvois renouvelle cette demande à l'intendant négligent[130]. Et, à côté de celui-ci, à Poitiers, le procureur du roi est, lui aussi, combattit : ayant vu un ministre et un ancien embrasser un criminel de ladite religion, qu'on mettait ès mains du messager de Paris pour le jugement de son appel, il a cru qu'ils l'ont encouragé à demeurer ferme dans sa religion il veut donc les punir. Le chancelier refuse et ajoute : Il parait extraordinaire que vous vouliez appliquer, en cette occasion, la peine de la déclaration, qui défend aux ministres de recevoir dans leurs temples les catholiques qui ont abjuré, puisque c'est une espèce tout à fait différente[131].

Non loin de là à Saintes, le lieutenant général requiert des informations à plusieurs reprises, et Le Tellier répond sans humeur. Par exemple, les procureurs, notaires et sergents religionnaires, autorisés à exercer leurs charges, leur vie durant, par l'arrêt de 1665, ne doivent pas être inquiétés, s'ils justifient par bonnes quittances, qu'ils auront payé les sommes auxquelles ils auront été taxés. Le magistrat n'a pas à s'inquiéter davantage des mariages entre parents protestants, sans dispense royale et dans les temps prohibés par l'église : il suffit d'observer si les articles de l'édit de Nantes sur les degrés de consanguinité ont été respectés : des lettres de dispense ne sont pas nécessaires et n'ont d'autre effet que d'assurer l'état des enfants pour succéder aux états civils, etc.[132]

De même, à Sarlat, les juges sont parfois embarrassés. Que faire pour châtier un noble religionnaire qui a débauché une demoiselle catholique ? On doit le condamner, répond Le Tellier, à des peines pécuniaires si fortes qu'il se voie nécessité à épouser la demoiselle et à se convertir plutôt que de les payer. Plus sévère est le cas d'un protestant poursuivi par un prévôt : l'inculpé a le droit de demander que cet officier ne procède pas contre lui sans adjoint : D'ailleurs, l'ordonnance de 1667, qui a révoqué l'usage des adjoints, a spécialement réservé ce qui était porté à cet égard par l'édit de Nantes k[133].

En Guyenne, avec le premier président, les présidents, l'avocat général du parlement de Bordeaux et avec les intendants, les rapports sont suivis et ont trait à des questions particulières. Une procédure ayant été ouverte contre une femme relapse, qui s'est depuis convertie, on l'interrompra sans prononcer aucun jugement, afin que le parlement soit en état, en cas qu'elle retombât, de reprendre la procédure pour la châtier[134]. Ensuite se déroulent toutes sortes de problèmes relatifs au protestantisme, obliger les gentilshommes huguenots à établir des juges catholiques sur leurs terres, scruter les statuts des apothicaires bordelais avant de recevoir des religionnaires, réserver le jugement des relaps à la Grand'Chambre du parlement, et non à la Tournelle, qui est composée en partie d'officiers de la R.P.R., ne pas interdire aux réformés l'exercice de leur religion tant que le conseil n'a pas jugé le partage, ne plus souffrir de consuls protestants dans les villes de Guyenne[135].

D'autre part, une source de difficultés pour l'administration de la justice est la présence, dans la cour de Bordeaux, de magistrats de la religion. La thèse, constamment soutenue par le chancelier, est que ces juges doivent être considérés à l'égal des autres, avec cette réserve qu'un président huguenot ne peut avoir la première place et doit la céder à un président catholique, même moins ancien que lui : aucun magistrat protestant ne peut devenir doyen et jouir des avantages du décanat. Mais tous participent, comme les catholiques, à la distribution des procès de juridiction et font partie, à tour de rôle, de la chambre des vacations. Il n'y a qu'un seul point fort délicat, celui des causes intéressant les prêtres et le patrimoine de l'église. Rien n'empêche les religionnaires d'en être rapporteurs : seulement, il est de la prudence des présidents de ne faire la distribution de ces sortes de procès qu'à des catholiques. De même, il est peu raisonnable de confier à un conseiller clerc le procès dans lequel est engagé un huguenot, qui pourrait le récuser[136].

Dans toutes les affaires religieuses, les magistrats doivent donc agir avec une extrême circonspection. Quand ils vont recueillir les déclarations des malades protestants, ils n'ont pas à faire retirer les parents et autres gens qui les assistent. Sans doute, il n'est pas convenable de rien faire qui puisse favoriser ceux de ladite religion. Mais il ne faut pas, aussi, rien augmenter ou diminuer de ce que les déclarations leur ont accordé. Les curés, par exemple, ont le tort de prétendre que les bâtards huguenots mariés doivent être élevés dans le catholicisme selon la déclaration du 31 janvier 1682. Les magistrats bordelais n'ont pas à en tenir compte : sur l'éducation des enfants protestants, ils n'ont rien à prescrire aux curés et aux premiers juges : Il est bon de laisser agir les premiers et laisser juger les autres en première instance, ainsi qu'ils estimeront à propos. En appel seulement, le parlement donnera son avis. Mais il doit punir les religionnaires qui tiennent des assemblées illicites là où l'exercice du culte est interdit : Ce serait une illusion à la justice et aux ordres du roi, si les peuples avaient la liberté de l'y continuer, même sans ministre. On ne doit pourtant pas les condamner aux dépens, parce qu'il n'échet jamais de dépens ès affaires où le procureur général est seul partie et que le roi a voulu supporter ces frais des deniers de son domaine[137].

En Guyenne encore, mais à Montauban, l'intendant Foucault intervient à plusieurs reprises auprès du chancelier à propos des conversions au catholicisme ; les ministres des réformés y seraient bien disposés, mais demandent seulement la réunion de conférences pour discuter les points contestés. Au cours d'un voyage à Paris (novembre 1681-mars 1682), l'intendant en fit la proposition à Le Tellier, qui la rejeta absolument. Cette assemblée, dit-il, aurait le même sort que le colloque de Poissy et le pape n'accepterait pas d'en être exclu. Du coup, Foucault attribue à cette timidité naturelle du chancelier la ruine d'un si grand nombre de religionnaires et la perte du commerce et des arts ! Ce refus ne l'empêche pas, en décembre 1682, de demander à Le Tellier la démolition du temple de Montauban et de l'informer des diverses péripéties, d'ailleurs peu sensationnelles, de cette destruction[138].

Il continue la correspondance avec lui, quand il est transféré dans le Béarn. Il lui signale le fait que, dans ce pays, les protestants guident leurs enfants vers les études juridiques, de telle sorte qu'on y trouve 150 avocats huguenots contre 50 catholiques, proportion inacceptable aussi empêche-t-il le parlement de Pau d'en recevoir d'autres avant de nouveaux ordres du roi. Dans un voyage à Paris (août 1684-22 février 1685), après une longue entrevue avec Louis XIV, il remit ses mémoires au chancelier, à Le Pelletier, à Croissy et à Pussort, fut entendu par eux à plusieurs reprises et repartit au bout de cinq mois chargé des édits et arrêts que j'avais demandés et que lui avait expédiés Le Tellier pour hâter la conversion des Béarnais. De février jusqu'à son départ pour le Poitou en août 1685, il continue à tenir le chancelier au courant de la démolition successive de tous les temples et de l'augmentation rapide et surprenante des conversions[139].

Comme son collègue bordelais, le premier président du parlement de Toulouse désire être informé sur le rang affecté aux magistrats protestants, leurs épices, leur service, les procès intentés aux religionnaires, la suppression des procureurs huguenots, etc. Le Tellier répond avec une méritoire patience, bien qu'il s'en remette quelquefois à des indications, déjà données par lui, et se borne à prier le haut magistrat provincial de tenir la main, selon l'autorité de votre charge, à ce qu'il ne soit point contrevenu à un édit, un arrêt, etc.[140] Quelques lettres offrent cependant un plus grand intérêt. Le Tellier, par exemple, approuve les capitouls toulousains de ne pas vouloir que l'on reçoive les artisans protestants aux jurandes des métiers, et le roi ne changera rien à cet usage. Un nouveau converti n'a pas le droit, dans un procès, de récuser les juges, huguenots, d'autant plus qu'un ecclésiastique, qui prétendrait la même chose à cause de son caractère, ne serait pas plus valable. Par contre, on ne peut refuser aux religionnaires prisonniers la consolation qu'ils demandent, puisqu'elle leur est accordée par un des articles secrets de l'édit de Nantes et le quatrième de la déclaration de 1669, qui explique la manière suivant laquelle cette consolation se devra faire[141].

Auprès de l'intendant du Dauphiné Herbigny, Le Tellier s'élève contre les fraudes d'un procureur, qui, en la grande chancellerie, a fait inscrire, sur ses lettres de provision, la clause de la religion catholique, apostolique et romaine, quoiqu'il soit de la prétendue réformée : toutes les provisions délivrées à Grenoble doivent donc être supprimées et remplacées par d'autres, qui seront délivrées par le grand sceau[142]. D'autre part, les conseillers clercs du parlement dauphinois n'ont pas le droit d'être rapporteurs dans des procès concernant les huguenots, pas même celui de dresser la moindre requête ni faire aucune procédure, quelle qu'elle puisse être, à cet égard. De leur côté, les conseillers protestants n'assisteront pas aux levées des impositions, effectuées par leurs coreligionnaires : ces levées, dans les endroits où l'exercice du culte est permis, doivent avoir lieu en présence du juge royal catholique auquel sera délivré un état de l'emploi des deniers, état qui sera envoyé de six mois en six mois au roi ou à moi. Toutes ces prescriptions sont rappelées conformément à l'article 43e des particuliers de l'édit de Nantes et au 35e de la déclaration de 1669[143].

Les lettres du chancelier aux magistrats et aux intendants de province sont suffisantes, en somme, pour permettre de définir clairement son attitude à l'égard des protestants. Il n'est pas possible de soutenir qu'envers eux il manifeste une hostilité déclarée. Bien souvent au contraire il donne son agrément à leurs réclamations. S'il est un catholique dévot, il ne peut être qualifié de sectaire. D'autre part, il a les actes législatifs en mains, les connaît à fond, les invoque fréquemment à l'appui de son opinion. S'il ne dégage pas l'esprit de ces édits, arrêts, etc., en les interprétant largement, du moins il en observe strictement la lettre. Il pratique ce que l'on pourrait appeler l'équité légale, et considère avant tout le point de vue judiciaire.

Mais ces lettres permettent-elles de conclure d'une manière irréfutable ? Je ne le pense pas. Il est, en effet, un second aspect, qui, faute de documents précis et sûrs, reste brumeux, échappe même à l'historien. Le Tellier est aux côtés du souverain et prend part aux délibérations du conseil. Quelle fut là son attitude ? On ne peut la définir avec certitude. On constate seulement que, comme chancelier, il scellé des déclarations, arrêts, édits, qui, à partir de 1679, deviennent beaucoup plus nombreux qu'avant. Qu'il les ait approuvés, il est plausible. Mais, au conseil et en dehors, a-t-il été l'instigateur ? Un mutisme prudent et obligé est de rigueur.

Un peu moins d'obscurité existe sur le rôle qu'a joué Le Tellier au sujet de la démolition des temples. En province, ce problème était examiné, de concert, par les commissaires du clergé et des huguenots : si l'intendant ne parvenait pas à les accorder, il partageait le litige et le renvoyait au secrétaire d'état chargé des affaires de la R.P.R., Châteauneuf. Celui-ci le rapportait devant une commission, présidée par le chancelier et comprenant, parmi ses membres, Colbert (jusqu'en 1683) et le maréchal de Villeroi. Sourches, qui fournit ces précisions, affirme que les temples bâtis et conservés en vertu de l'édit de Nantes, n'étaient pas menaces : les autres étaient condamnés et, comme les huguenots en avaient bâti un très grand nombre sans avoir aucun droit, il n'y avait presque point de semaine qu'on n'en ruinât deux ou trois[144]. Sourches donne ces renseignements en juillet 1682, mais n'en fournit aucun sur le rôle spécial du président de la commission. Bien qu'il s'agisse d'un éloge prononcé devant le grand conseil par l'avocat Le Camus en 1678 après la nomination de Le Tellier, on pourrait adopter, semble-t-il, l'opinion nettement formulée par l'orateur : Il est l'auteur de ces arrêts que la justice du roi a rendus pour la destruction des temples, où l'ambition et la révolte semblaient être encore respectées. Il ne les a point épargnés, et enfin il n'a laissé échapper que ceux que la seule foi des édits le force de conserver[145].

 

D. — La révocation de l'édit de Nantes

Et l'on arrive ainsi à la révocation, après avoir recherché la conversion des huguenots par plusieurs moyens.

Celui de l'obtenir par l'intermédiaire du clergé n'avait pas réussi. L'insuffisance et les mauvaises mœurs de nombreux curés en furent, au contraire, un empêchement. On avait songé, aussi, aux nouveaux convertis pour enseigner la jeunesse : on décida bientôt que, pendant deux ans encore, ils ne doivent pas continuer les fonctions de maîtres d'école, parce qu'ils doivent être mieux instruits de la religion qu'ils ont embrassée[146]. Restaient les missionnaires. Dès le 30 octobre 1685, immédiatement après la révocation, Louvois adresse en ce sens une circulaire aux intendants de son département : mais l'envoi de Bourdaloue en Languedoc et de Fléchier en Bretagne n'eut pas de résultat pratique[147]. On avait mis, enfin, un espoir exagéré dans la distribution de livres de piété : Vous pouvez faire imprimer le nouveau Testament, écrit le ministre à Foucault, et les Psaumes de la traduction de M. Godeau en français pour les donner aux nouveaux convertis, à condition d'en prendre tous les exemplaires pour le roi et de faire rompre ensuite les planches, et Foucault avait déjà reçu 5.110 volumes de l'Exposition de la doctrine de M. l'abbé Fleury, de l'Explication des parties de l'office et des cérémonies de la messe et des Courtes prières et Ordinaire de la messe[148].

Plus efficace, tout au moins au point de vue matériel, sinon moral, fut la caisse des convertis, tenue par Pellisson. Tout d'abord, les sommes, destinées à cet objet précis, étaient votées par les assemblées du clergé et distribuées par lui[149]. Puis, le gouvernement royal ajouta son aide pour multiplier les abjurations : Je vois Sa Majesté, dit Louvois, disposée à faire fournir tout l'argent nécessaire pour cela. Et encore : Elle est résolue de faire toute la dépense nécessaire, pour attirer à la véritable religion tous ses sujets... La volonté du roi me parait toujours être de contribuer par des libéralités à procurer la conversion de ses sujets[150]. Ces libéralités sont de diverses sortes[151]. Louvois, qui se préoccupe avant tout de convertir les militaires, les veut larges. Un ancien brigadier reçoit 2.000 écus de pension, des lieutenants 1.000, 500 ou 400 livres avec promesse d'une compagnie, quand il en vaquera. Un capitaine, qui avait dilapidé 2.000 écus, touchés pour lever une compagnie de cavalerie, est libéré et remise lui est faite de sa dette. Le ministre en arrive à tarifer la conversion : sergent 4 pistoles, fantassin 2, maréchal des logis 6, cavalier 3. Il exempte du logement militaire la mère d'un anspessade qui a abjuré, et accorde à un soldat condamné un brevet de grâce. Seulement, dit le ministre méfiant, il faut prendre garde que des soldats ne feignent d'être huguenots pour avoir cette gratification sous prétexte de se convertir[152].

Pour les civils, même variété et inégalité. Au fils du comte de Roye, 2.000 écus de pension. Avec le consentement de Louis XIV, le marquis de Vérac traite de la charge de lieutenant de roi en Poitou et le roi paiera la moitié du prix. Deux enfants d'un parlementaire rouennais, dit Le Tellier dès 1664, recevront une pension de 3.000 livres. Un pasteur qui a abjuré ne doit pas être assujetti au logement militaire, puisqu'il en était exempt quand il était protestant. A Luçon, les filles nouvelles converties continueront à recevoir 1200 livres annuellement, et Louvois insiste auprès de Pellisson pour qu'il prenne en considération les demandes de subvention formulées par des femmes de capitaine réformé ou de sénéchal. Lui-même délivre un passeport pour sortir du royaume à la, belle-mère d'un sujet devenu catholique ainsi que sa femme et ses enfants, et il accorde à la ville de Loudun une diminution de 1.000 livres de taille, parce que tous les huguenots ont changé de religion[153].

Ces faveurs de toutes natures n'ayant pas eu le résultat escompté, il fallut, on le sait, recourir, à partir du printemps de 1681, au logement des troupes chez les religionnaires. Les violences, que le zèle trop ardent d'intendants leur laissa commettre, en particulier dans le Poitou, et la menace de les appeler dans d'autres provinces, eurent un double effet, le départ de nombreux protestants pour l'étranger et l'accroissement rapide des conversions, soit individuelles, soit générales par délibération communale. Après la séparation de l'assemblée du clergé en juillet 1685, les nouvelles encourageantes affluèrent à la cour : en septembre et octobre, les mémorialistes en notèrent, peut-on dire, chaque jour[154].

Quelle fut l'attitude de Louvois en recevant ces renseignements ? il en fait part à son père, félicite chefs militaires et intendants de leurs succès, à la réalité desquels il semble vraiment croire en septembre. Le 7 encore, il écrit à Le Pelletier : La nouvelle que je reçus hier au soir est trop considérable pour ne vous en pas faire part. Et cette nouvelle, dont il envoie le détail le même jour à Le Tellier, c'est 60.000 conversions dans la généralité de Bordeaux et 20.000 dans celle de Montauban, de telle sorte que, dans la première, au lieu de 150.000 religionnaires, il n'en restera bientôt plus que 10.000[155].

Cependant, cet afflux extraordinaire et sans arrêt lui inspire quelque suspicion, et bientôt les formules dubitatives apparaissent dans ses lettres : Quoique Sa Majesté connaisse bien tout ce qu'il y a à dire sur la précipitation avec laquelle ces conversions se sont faites, mande-t-il à l'un. Etant bien difficile que, parmi tant de nouveaux convertis, il n'y en ait quelques-uns qui ne le soient point de bonne foi, avoue-t-il à un autre. Il parait que..., écrit-il à son frère et à d'Asfeld à propos des abjurations en Dauphiné[156]. Ce doute ne fut-il pas accentué par la lettre si nette et si caractéristique de l'archevêque de Narbonne, Bonsi, président des états du Languedoc[157] ? Pour pouvoir acquérir une conviction ferme et sûre, il aurait fallu à Louvois des états du nombre de protestants dans chaque généralité. Il y avait songé dès 1682, ayant demandé à plusieurs intendants de procéder à cette enquête en grand secret, mais leur avait laissé la liberté de prendre tout le temps nécessaire pour effectuer ce dénombrement[158]. En 1685, il revient à la charge : il gourmande l'intendant Lebret pour s'être adressé aux curés du Dauphiné qui ne conserveront pas la discrétion, l'intendant Bercy qui lui a adressé un mémoire inexact pour le Lyonnais, et sept autres intendants auxquels il demande des rectifications[159]. Bref, lorsque l'édit de révocation est publié[160], Louvois manque d'informations sérieuses et convaincantes.

Quel fut le rédacteur de cet acte, dont il est inutile de souligner ici l'extrême importance ? Le Tellier, comme le soutiennent de nombreux auteurs ? Châteauneuf, comme l'affirment certains ? Laissons parler les textes.

Dans le manuscrit primitif de la biographie de son protecteur, Le Pelletier déclare formellement que, tenant séance à Chaville, le chancelier, le jeudi 18 octobre... fit lire l'édit de révocation de celui de Nantes, qu'il avait dressé par ordre du roi. De son côté, dès le 15, Louvois, qui est avec la cour à Fontainebleau, écrit à son père : J'ai lu au roi la déclaration, dont vous m'avez remis le projet, que Sa Majesté a trouvé très bien. Vous verrez, par la copie qui sera ci-jointe, que Sa Majesté y a fait ajouter quelques articles, sur lesquels Elle sera bien aise de recevoir votre avis, aussitôt que faire se pourra. Ce document, ajoute-t-il, sera expédié partout sans délai, parce qu'en l'état présent des choses, c'était un bien de bannir au plus tôt les ministres, qui ne se voudront pas convertir[161]. Le même jour, Louvois l'adresse aux secrétaires d'état Colbert de Croissy et Châteauneuf, auxquels, le lendemain 16, il apprend que son père a demandé une modification dans l'endroit de l'édit, dont je vous adressai hier le projet, où le roi ordonne au parlement de le faire enregistrer : de l'avis de Le Tellier, il faut ajouter ces mots, même en vacations, et le roi a approuvé[162]. Cet édit parvient enfin au quatrième secrétaire d'état, Seignelay, qui, le 20, le renvoie au chancelier à l'effet de le sceller[163]. Entre temps, le 18, le procureur général du parlement de Paris, Harlay, était parti de Fontainebleau pour faire procéder à l'enregistrement, qui eut lieu le 22 dans toutes les cours de France[164].

Il paraît donc incontestable que Louis XIV, tout en ayant depuis 1684 de fréquentes conversations avec Le Tellier et Châteauneuf, a choisi pour dresser l'édit capital le chef de la justice, le juriste réputé, à l'œuvre personnelle duquel il a apporté quelques retouches. Les secrétaires d'état ont simplement reçu communication de cette rédaction : ils n'y ont eu aucune part[165]. La joie du chancelier se manifesta sans réserve. D'après Bossuet, renseigné par son ami Maurice Le Tellier, il s'écria qu'après ce triomphe de la foi et un si beau monument de la piété du roi, il ne se souciait plus de finir sets jours. Et les autres orateurs, Fléchier, Maboul, Hersan, suivent[166]. Dans ce XVIIe siècle, où aucune tolérance n'existait réellement nulle part, le contentement de Le Tellier est très explicable : catholique sincère et pratiquant, il ne pouvait qu'être satisfait de la suppression, tout au moins légale, de l'hérésie : fidèle serviteur du roi, il ne pouvait qu'être satisfait du triomphe, en apparence définitif, de sa politique[167].

***

A qui les contemporains ont-ils attribué la responsabilité véritable non seulement de cet acte final, mais de la rigueur gouvernementale contre les huguenots ? Louvois est celui qu'ils accablent le plus souvent et accusent d'avoir agi pour des raisons non religieuses, mais politiques. Pour Choisy et Spanheim, il voulut combattre l'influence, à ses yeux suspecte, de l'archevêque de Paris et du confesseur du roi. Pour La Fare, il poussa l'affaire à l'extrémité et aux cruautés. L'auteur anonyme du Mémoire sur le ministère de Louvois déclare que cette action lui a donné toute l'autorité, mais qu'elle porta au royaume des blessures, dont il se ressent encore. D'après Madame de Caylus, le secrétaire d'état, craignant d'être supplanté par les autres ministres, aurait trompé Louis XIV en lui annonçant chaque jour, tant de gens se sont convertis, comme je l'avais dit à Votre Majesté[168]. Plus modéré est Le Pelletier, qui, sans nier que Louvois ait été un partisan de la révocation, le montre enclin à la douceur, ainsi que son père. Selon l'auteur des Mémoires ou Essai pour servir à l'histoire de Louvois, le fils aurait été entraîné par Le Tellier et aurait cru en cette occasion, devoir sacrifier la bonne politique à sa tendresse paternelle et aux devoirs de sa religion[169]. Le chancelier d'Aguesseau va plus loin en affirmant que ce ne fut pas ce ministre qui fit prendre au roi la résolution de révoquer l'édit de Nantes, qu'il y résista même : mais il ajoute qu'ensuite il eut du moins la principale part à l'exécution[170]. Enfin viennent les témoins qui exposent les variations et les hésitations de Louvois, suivant les circonstances, Saint-Hilaire et Gourville[171].

Pour Le Tellier, les appréciations sont, elles aussi, diverses. Nous venons de voir l'auteur de la biographie de Louvois tenir le chancelier pour responsable de la révocation. Le Pelletier note de son côté : L'on engagea le roi à la révocation : il a effacé les mots M. le chancelier[172]. Plus nombreux sont ceux qui pensent que Le Tellier a agi soit par complaisance aveugle envers le roi, soit par les préjugés que le temps était venu de ne souffrir plus qu'une religion dans le royaume[173]. Enfin, il ne sera pas indifférent de recueillir l'opinion formelle d'un protestant bien connu, Ancillon, émigré dans le Brandebourg, où il acquit une grande réputation : Du temps du dernier chancelier, tout le monde le croyait auteur de nos malheurs : il était l'inspirateur de toutes les persécutions, qui s'élevaient contre nous. Il est temps de détruire cette erreur : C'était lui, au contraire, qui rabattait les coups et il n'a pas plutôt eu les yeux fermés que.des esprits plus bouillants et moins remplis de prudence ont tout sacrifié à leur ambition[174].

De tous ces jugements si variés, si disparates, que conclure ? Faisons abstraction de la révocation elle-même, dont on ne peut pas soutenir que Le Tellier et son fils soient seuls responsables et examinons simplement leur politique générale à l'égard du protestantisme. Les documents prouvent qu'ils ont recherché vraiment la conciliation, la modération et l'équité. Comme Colbert et Seignelay d'abord, ils ont recommandé d'user envers les huguenots de la douceur. Encore après la révocation, le 7 novembre, Louvois écrit à Boufflers : Il faut prendre garde de ne pas tomber dans l'inconvénient de leur (les nouveaux convertis) fait croire que l'on veuille établir en France une inquisition, et il vaut mieux se servir de la voie de la douceur que de toute autre[175]. Comme dans toutes les affaires qui lui ont été confiées, Le Tellier a recherché les compromis pour éviter le désordre, l'agitation et une atteinte quelconque au pouvoir royal. Avant tout secrétaire d'état de la guerre, Louvois a réagi vivement, traitant en rebelles les huguenots qui ont pris les armes, mais en même temps a protesté avec vigueur auprès des intendants, qui, par complaisance ou par zèle, laissaient agir les soldats et compromettre la discipline militaire. Ce n'est qu'à la fin, en juillet 1685, après la dissolution de l'assemblée générale du clergé, que le père et le fils ont dû, avec beaucoup d'autres, suivre le torrent et ont été alors englobés dans une responsabilité collective.

 

 

 



[1] Sur tout ceci, v. paragraphe D, ci-dessous.

[2] V. le chapitre XIV.

[3] Deslyons, Doc. d'hist., 1911, p. 62.

[4] A. N., Guerre A1, 162 min., Le Tellier à Bezons, 20 août 1660.

[5] Id., 163 min., f° 13, à Lesdiguières et au premier président du parlement de Dauphiné 3 septembre 1660.

[6] Id., 163 min., f° 329, à Bezons, 10 décembre 1660 : Vous avez tout à fait raison de croire que l'on doit faire justice aux huguenots sur la démolition de leur temple à Saint-Gilles. Aussi Monseigneur le prince de Conti est-il tout à fait dans ce sentiment-là Mais il désire seulement que, comme l'arrêt, qui leur a fait défense de faire leurs exercices dans ledit bourg, ne leur permet de les faire dans le faubourg que par provision, on diffère d'obliger les catholiques à le rebâtir jusques à ce qu'ils en aient obtenu la permission par un arrêt contradictoire.

[7] Louis XIV, Mém., II, 418-419, 456-457.

[8] Mémor., I, 153, séance du 7 avril 1661, nomination de François Sarron-Champigny, intendant du Dauphiné et Lyonnais, comme commissaire dans les provinces de Lyonnais, Dauphiné et Provence, où il n'y aura aussi qu'un commissaires de la R.P.R..

[9] Mémor., I, 289, séance du 13 mai 1661 : Le roi a ordonné à Le Tellier d'avertir M. de Brienne de ne plus expédier des ordres pour l'ordre de Saint-Michel au profit de ceux qui se trouveront de la religion prétendue réformée.

[10] A. N., Guerre A1, 169 min., f° 33, Le Tellier à La Berchère, 11 juin 1661.

[11] Id., f° 108, au même, 29 juin 1661.

[12] Mémor., III, 53-54, séance du 12 août 1661. Ce conflit est éteint, non pas en 1661, mais en 1685 seulement lors de la destruction de tous les temples : V. Bellet, Vie de Mons. Le Camus, p. 333-346, passim. — Cf., en particulier, sur ces incidents, A. N., Guerre A1, 258 min., f° 144-146, let. de Le Tellier à Dugué et à La Berchère, 27 juillet 1671.

[13] A. N., Guerre A1, 170 min., Le Tellier à La Berchère, 2 et 8 octobre 1661.

[14] Id., 172 min., f° 69, 284 et 344, — 173 min., f° 286, — 175 min., f° 385, Le Tellier à Sarron-Champigny, 20 janvier, 7 et 24 mars, — à La Berchère, 9 juin, — au cardinal Grimaldi, 15 décembre 1662. En attendant, pour ne pas accroître l'agitation. il approuve que les réformés tiennent leur synode, non pas dans le Pragelas, mais à Embrun ou à Briançon : A. N., Guerre A1, 173 min., f° 359, — et 175 min., f° 258, Le Tellier à La Berchère, 24 juin et 21 novembre 1662. — En 1663, de même, les huguenots se réuniront en synode à Cap ou plutôt à Pont-en-Royans, et le roi se déclarera satisfait de ce qui s'est passé : Id., 178 min., f° 23 et 290, — et 180 min. ; f° 24, au même, 4 mai, 12 juin et 18 septembre 1663.

[15] Id., 177 min., f° 30-31, au même, 7 mars 1663.

[16] Id., 178 min., f° 235, au même, 1er juin 1663 : assertion qui sera démentie en 1680.

[17] Id., 174 min., f° 183, — 176 min., f° 307-310, — 177 min., f° 27, 238 et 247, — 178 min., f° 232 et 235-236, — 179 min., f° 13, 123 et 365, let. de Le Tellier, 28 juillet 1662, 17 février, 7 mars, 13 avril, 1er juin, 3 et 20 juillet, 18 août 1663. — Le 14 juin 1664, Le Tellier prescrit à Sarron-Champigny de s'informer si, vraiment, Messieurs les présidents et conseillers du parlement de Grenoble, qui font profession de la R.P.R., se font mettre devant eux un tapie parsemé de fleurs de lys, pendant qu'ils sont dans leur temple : Id., 185 min., f° 360. Il en est aussi question dans la lettre de Lesdiguières à Le Tellier, 3 janvier 1672 : Id., 299, orig., pièce 1.

[18] A. E., Mém. Doc., France, 915, p. 168, Le Tellier à Dugué, 7 décembre 1670 : Il est vrai que Sa Majesté a résolu que les étrangers ne pourraient servir en qualité de ministres dans aucun des consistoires de ceux de la R.P.R. de son royaume, dans lequel toutefois ils pourront demeurer, si bon leur semble, pourvu qu'ils ne s'ingèrent de faire aucun exercice de leur ministère. — A. N., Guerre A1, 266 min., janvier f° 14, au même, 9 janvier 1672 ; Les consuls et conseillers catholiques de la ville de Nyons ont fait de grandes plaintes à Sa Majesté des oppressions qu'ils souffrent de la part de ceux de la R.P.R. de ladite ville, qui se sont emparés des deux tiers des charges du consulat et des revenus communs au préjudice du règlement fait par le feu roi en l'année 1630 : ils demandent de faire surseoir les nouvelles élections, et le roi accorde. — Id., 299 orig., pièce 1, Lesdiguières à Le Tellier, 3 janvier 1672 : il exécutera les ordres du roi, mais demande au ministre une grince : lorsque les instructions envoyées pourraient apporter quelque altération dans les esprits, si loua étaient moins soumis à ses volontés, Le Tellier voudra bien les adresser à lui, gouverneur, pour prendre en leur exécution les précautions et les ménagements nécessaires pour le bien du service de Sa Majesté et pour la tranquillité publique.

[19] Je n'ai trouvé qu'une seule mention, relative aux officiers protestants tenant garnison dans les îles Saint-Honorat et Sainte-Marguerite et accusés d'avoir fait bâtir un temple et de pratiquer l'exercice public de leur religion. Le Tellier se félicite de la fausseté de ce bruit, A. N., Guerre A1, 187 min., f° 214, et 188 min., f° 148, à l'évêque de Grasse, 30 septembre, et à Guitaud, 2 décembre 1664.

[20] V., sur lui, chapitre X, paragraphe relatif aux intendants.

[21] A. N., Guerre A1, 168 min., f° 328, let. du 2 mai 1661, pub. en partie dans Mémor., I, 124, note 6, En effet, en 1662, un congé est refusé à Bezons, parce que les affaires de ceux de la R.P.R. en recevraient du retardement : Id., 173 min., f° 237, 29 mai.

[22] Id., 172 min., f° 265-266 et 342, Le Tellier à Bezons, et à l'évêque d'Uzès, 3 et 24 mars.

[23] Id., 172 min., f° 223 et 247, — 183 min., f° 256, le même à Bezons et à Macqueron, 17 février 1662, et à Gassion, 22 janvier 1664.

[24] Id., 183 min., f° 663, — et 184 min., f° 153, le même à Bezons, 29 février et 18 mars 1664.

[25] Id., 185 min., f° 181, réponse du 24 mai 1664.

[26] Id., 170 min., le même à l'évêque de Castres, 13 novembre 1661. — Cf., Id., 177 min., f° 28 et 239, au même, 7 mars et 13 avril 1663 : dans cette dernière lettre, Le Tellier parle de l'arrêt du parlement de Toulouse, portant défense aux protestants de faire aucune assemblée sans y appeler le curé et d'avoir un autre syndic qu'un catholique.

[27] La lettre mérite d'être citée : Le zèle que le roi a pour la religion portera toujours Sa Majesté à protéger lei catholiques dans les différends qu'ils auront avec eux de la R.P.R., pour peu que leur droit soit juste. Sur ce fondement, vous n'avez point dû être surpris de ce qu'il a plu à Sa Majesté d'ordonner au sujet des arrêts que le parlement de Pau a rendus contré ceux de la R.P.R. J'ai eu si peu de part à ce qu'ils ont fait en cela que je ne mérite nullement les remerciements qu'il vous plaît de m'en faire : A. N., Guerre A1, 191 min., f° 326, 8 février 1665.

[28] A. N.. Guerre A1, 181 min., foi 46-7, — et 187 min., f° 145, let. de Le Tellier, 4 novembre 1663 et 21 septembre 1664. — Cf., pour Montauban., la lettre du roi à Saint-Luc : Id., 180 min., f° 255, 17 octobre 1663.

[29] Id., 169 min., f° 168, — 173 min., far 203 et 205, — 177 min., f° 79. — 180 min., f° 234, Le Tellier à l'évêque de Saintes, 16 juillet 166h 21 mai 1662, 18 mars et 14 octobre 1663 : — 184 min., f° 206, au lieutenant général et procureur du rai, 22 mars 1664. — Cf. Id., 181 min., f° 325, sur le synode de Pons, à Jonzac, 4-5 décembre 1663 : — 184 min., f° 155, sur les contraventions au lieutenant général d'Angoulême, 18 mars 1664. — Pour La Rochelle, v. Louis XIV, Mém., II, 419, et A. N., Guerre A1, 177 min., f° 11, Le Tellier à l'évêque de La Rochelle, 2 mars 1663.

[30] Jean Filleau, 1600-1682, auteur d'ouvrages importants relatifs au protestantisme. Le 4 mai 1661, Le Tellier lui écrit : Comme les commissions du roi pour examiner les contraventions, qui ont été faites à l'édit de Nantes, ont été envoyées à messieurs les intendants des provinces pour y travailler incessamment avec les commissaires de la R.P.R., je crois que vous jugerez bien qu'il n'est pas maintenant possible d'en surseoir l'exécution. Mais cela n'empêchera pas qu'on ne profite des soins que vous avez pris de composer un recueil de tous les actes qui ont été donnés sur cette manière, puisqu'avant que l'affaire soit décidée, votre livre sera imprimé et que, sur les contestations, qui arriveront entre les commissaires des deux religions, l'on y pourra avoir recours : A. N., Guerre A1, 168 min., f° 341. Le titre de l'ouvrage dédié à Le Tellier en 1661 est Décisions catholiques ou Recueil général des arrêts rendus en toutes les cours souveraines de France, en exécution ou interprétation des édits concernant la R.P.R. : approuvé par l'assemblée générale du clergé en 1661, ce recueil parut seulement en 1668 à Poitiers, in-f°, v. L. André, Sources..., VI, n° 5119.

[31] A. N., Guerre A1, 169 f° 112 et 235, — 179 min., f° 263, Le Tellier à Filleau, 20 juin et 2 août 1661, 5 août 1663.

[32] Id., 169 min., f° 168, — 173 min., far 203 et 205, — 177 min., f° 79. — 180 min., f° 234, Le Tellier à l'évêque de Saintes, 16 juillet 166h 21 mai 1662, 18 mars et 14 octobre 1663 : — 184 min., f° 206, au lieutenant général et procureur du rai, 22 mars 1664.

[33] A. N., Guerre A1, 170 min., fu 196, Le Tellier à Filleau, 13 novembre 1661 : Sa Majesté, néanmoins, n'a pas laissé de beaucoup louer votre zèle pour la religion.

[34] Id., 177 min., f° 146 et 276, let. des 23 mars et 18 avril 1663.

[35] Id., 178 min., f° 5 et 114, à Filleau, 2 et 16 mai 1663.

[36] Id., 183 min., f° 322, let du 27 janvier 1664 : — Cf. Id., f° 437, let. du 6 février 1664.

[37] Id., 188 min., f° 58, let. du 13 novembre 1664.

[38] Id., 184 min., f° 157, let. du 14 mars 1664.

[39] Le Tellier charge Colbert du Terron, intendant de la marine à Rochefort et commissaire départi par Sa Majesté dans la généralité de Poitiers, de procéder à une enquête sérieuse : Id., 191 min., f° 21, — 196 min., f° 165, à Filleau, 2 janvier et à du Terron, 23 novembre 1665.

[40] La relation de ce voyage (26 janvier-30 mars 1668) a été publiée par Barbier dans Arch. hist. Poit., 1901, t. 31, 427-471 : elle est analysée par L. André, Sources..., VI, n° 5237.

[41] Après 1668, il n'existe plus que trois pièces de 1671, dont deux concernant les prêches de Thouars, où viennent les ministres du Poitou et des provinces voisines, ce qui est interdit par la déclaration de 1669 : sur l'intervention de la princesse de Tarente, le roi, dit Le Tellier, consent à pardonner aux ministres coupables : A.N., Guerre A1, 258 min., f° 110, 162 et 164, let. des 10 juin et 26 août 1671. — Le troisième document vise les plaintes des religionnaires, auxquels les membres du clergé demanderaient des sommes immenses pour dépenses et frais des démolitions des temples. Le Tellier charge l'intendant Rouillé de s'aboucher avec les députés du clergé et d'accommoder les choses que les religionnaires ne soient pas dans l'impuissance de satisfaire au paiement des tailles : Id., 258 min., f° 164, 26 août 1671.

[42] Id., 181 min., f° 599, 30 décembre 1663.

[43] Id., 185 min., f° 15 et 347, 1er mai et 13 juin 1663.

[44] Id., 166 min., f° 112,  et 187 min., f° 151, 22 août et 24 septembre 1664.

[45] Id., 186 min., f° 92, 14 juillet 1664 : — 187 min., f° 254, 5 octobre 1664, L'on croyait que le nombre de ceux de la R.P.R. dans Saint-Quentin était plus grand qu'il n'est et Sa Majesté n'estime point que celui des autres personnes de leur créance (domestiques), qui s'y trouvent, soit excessif. Et, comme elle les reconnaît très fidèles à son service, qu'Elle remarque que ce sont ceux qui font le plus grand commerce de la ville et que, s'il sortait de leurs mains, les catholiques ne se trouvant pas en état de le soutenir, il est certain qu'il cesserait, qu'ils le porteraient à Valenciennes et dans les autres villes de Flandre où ils se retireraient, Sa Majesté a estimé qu'il est important à son service et avantageux aux catholiques de ne point diminuer le nombre de ceux de la R.P.R. de ladite ville ni même d'empêcher l'établissement de ceux qui voudront s'y aller habiter.

[46] Id., 184 min., f° 154 et 263, Le Tellier à Nacquart, 18 et 30 mars 1664.

[47] Id., 176 min., f° 51 v°, Le Tellier à Montpezat, 10 janvier 1663 : Cf. Louis XIV, Mém., II, 419. — De même à propos du collège de Sedan, le roi voulant l'enlever aux protestants, qui l'ont usurpé : le président Colbert (de Croissy) doit aller dans cette ville, afin de voir ce qu'il y aura à faire pour le bien du service de Sa Majesté, et l'avantage des catholiques : Id., 177 min., f° 228, let. du 12 avril 1668. — Cf., à propos des juifs de Thionville et des protestants, de Marville, Le Tellier à Colbert de Croissy, 1661 : Id., 169 min., f° 225. — Sur les protestants de Jametz, qui doivent sortir de la ville : Id., 169 min., f° 292, Le Tellier à Morel, août 1661 : — Mémor., III, 52, séance du 12 août 1661 : — Louis XIV, Mém., II, 419.

[48] Relazioni..., Francia, III, 176.

[49] A. N., Guerre A1, 278 orig., pièce 218, — 287 tr., pièce 2, Turenne à Louvois, 22 septembre 1672. Le maréchal, non sans humour, attribue ce faux bruit à ce qu'il n'y a rien de si chaud qu'un moine ou un ministre et que les discours, qui se font dans le peuple, viennent de leur suggestion.

[50] Maintenon, let. du 27 septembre, édit. Lavallée, I, 167.

[51] V., p. ex., A. N., Guerre A1, 302 min., f° 114, Louvois à Turenne, 8 mars 1673 : — 305 min., juillet f° 226, à Gadagne, 26 juillet 1673 : — 305 min., août f° 228, à l'évêque de Tournai, 23 août 1673 : — 380 tr., f° 298, à La Vieuville, 12 juillet 1674.

[52] Id., 656 min., f° 438 ou 463, Louvois à Châteauneuf, 31 juillet 1681 : — 675 min., p. 412, à Pardaillan, 18 mars 1682.

[53] Id., 746 min., p. 289, mémoire pour les secrétaires d'état, 16 juin 1685.

[54] Id., 747 min., p. 404, Louvois aux intendants, 24 juillet 1685.

[55] Id., 750 min., p. 329, le même aux commandants, 15 octobre 1685.

[56] Ib., 750 min., p. 224, — et 756 tr., le même au contrôleur général, 8 octobre 1685.

[57] Outre les références citées ci-après, il conviendra de consulter les lettres de Louvois mentionnées par L. André, Sources..., VI, n° 5249, 5269, 5273, 5288, 5317, 5327 et 5343. — V., aussi, B. N., f. fr., 7044. Collect. relatives à la question protestante de 1669 à 1689, et, pour l'année 1685, A. N., Guerre A1, 741-4 min., ou 755-8 tr., Recueils des ordres du roi... (janvier-décembre).

[58] A. N., Guerre A1, 745 min., p. 144, 319 et 524, Louvois à Vrevin, 5, 15 et 24 mai 1685.

[59] Id., 750 min., p. 197 et 331, Louvois à son frère, 7 et 15 octobre 1685 : — p. 332, Vrevin, même date.

[60] L'intention du roi n'ayant pas été d'empêcher, par sa dernière déclaration, les religionnaires d'employer des catholiques dans les manufactures dont ils font profession : Id., 749 min., p. 41, Louvois Vrevin, 8 septembre 1685. Au moment de la révocation, il écrira au même : Il ne faut pas souffrir que les apothicaires de la R.P.R., à qui l'on interdit l'exercice de leur art, envoient leurs drogues hors du royaume : Id., p. 455, 18 octobre 1685.

[61] Id., 682 min., Louvois à son frère, 21 novembre 1682 : — 741 min., p. 309, à Corberon, 17 janvier 1685 : — 742 min., p. 563, à de Sève, 28 février 1685.

[62] Id., 720 min., p. 366, 18 décembre 1684 : — 743 min., p. 534, 28 mars 1685 : — 756 tr., 9 septembre 1685.

[63] Id., 755 tr., let. du 26 février et du 22 avril : — 756 tr., ou 750 min., p. 372, let. du 16 octobre.

[64] Id., 741 min., p. 131 et 436, — 742 min., p. 225 et 459, — 743 min., p. 345, 744 min., p. 38 et 446, — 746 min., p. 445, — 747 min., p. 219, let. de Louvois, du 7 janvier au 14 juillet 1685.

[65] Id., 692 min., p. 409, — 697 min., p. 324, — 746 min., p. 330, Louvois à d'Ormesson, 20 avril et 17 octobre 1683, et à Bercy, 18 juin 1685.

[66] Id., 692 min., p. 286 et 296, Louvois à d'Ormesson, 15 avril 1683.

[67] Id., 744 min., p. 246, — 746 min., p. 309, — 747 min., p. 200, Louvois à Bercy, 12 avril, 17 juin et 13 juillet 1685.

[68] Id., 750 min., p. 247 et 355, Louvois à Bercy, 9 et 15 octobre 1685.

[69] Outre les références citées, v. A. E., Mém. Doc., France, 1549 : pièces intéressantes sur le protestantisme en Dauphiné.

[70] A. N., Guerre A1, 657 min., p. 145, 7 août 1681 : — 659 min., p. 222, 22 octobre 1681.

[71] Id., 657 min., p. 145, 7 août 1681 : — 690 min., p. 92, 330, 580 et 675, au président de Saint-André, 3, 14, 23 et 28 février 1683.

[72] Les documents sont dans A. N.. Guerre A1, 695 à 698 min., let. de Louvois à Saint-André, Saint-Rhue et Lebret, du 8 août au 8 novembre 1683.

[73] A. N., Guerre A1, 699 min., p. 493, — 711 min., p. 339, 25 décembre 1683 et 19 mars 1684.

[74] Id., 748 min., p. 89 et 165, — 749 min., p. 436, — 750 min., p. 154, 217 et 349, let. du 6 août au 15 octobre. — Cf. Id., 750 min., p. 397, Louvois, le 16 octobre 1685, félicite l'évêque de Gap d'avoir converti tous les religionnaires de son diocèse et d'avoir refusé le présent, qu'ils projetaient de lui faire.

[75] Id., 748 min., p. 284, 14 août 1685. — On peut voir encore, pour des faits menus et très particuliers, Id., 578 min., p. 94, 10 septembre 1678 : 678 min., p. 344, 16 juin 1682 : — 682 min., p. 225, 10 novembre 1682 : — 741  min., p. 350, 19 janvier 1685.

[76] Sur les protestants qui se sont réfugiés à Orange ou dans le comtat Venaissin en 1685, v. Id., 750 min., p. 167 et 217, Louvois à Noailles et Lebret, 6 et 8 octobre 1685 : — Id., 756 tr., à Croissy, 14 octobre 1685 : — Spanheim, 406-408.

[77] Sur tous ces faits, v. A. N., Guerre A1, 700 tr., pièce 1, 28 juillet-1683 : — 696 min., p. 665 et 741, 28 et 30 septembre 1683 : — 697 min., p. 1, 22-3, 124, 247, 528, 578, 600 et 618, let. des 1er, 8, 12, 26, 29 et 30 octobre 1683. — Sur les appointements des commissaires, v. Id., 699 min., p. 198 et 584, 11 et 29 décembre 1683 : — 709 min., p. 61, 4 janvier 1684.

[78] Pas d'amnistie pour ceux qui ont continué la rébellion, logement des troupes chez eux, procès des coupables, raser leurs maisons et 8 ou 10 temples, désarmer non pas généralement les huguenots ni les catholiques, mais seulement dans les endroits où il y a eu de la sédition, et notamment dans Uzès et Nîmes, paiement de 500 livres par mois aux commissaires. des guerres par les religionnaires, mais pas d'autres appointements, etc.

[79] Id., 697 min., p. 112, — 698 min., p. 191 et 533, 5 octobre, 19 et 22 novembre 1683.

[80] Sur tout ceci, v. Id., 709 min., p. 176, — 710 min., p. 464, — 711 min., p. 485 et 491, — 714 min., p. 429, — 715 min., p. 234, 449 et 528, let. des 9 janvier, 23 février, 27 mars, 21 juin, 9, 18 et 22 juillet 1664. — Cf. Id., 748 min., p. 430, Louvois à d'Aguesseau, 24 août 1685.

[81] Id., 716 min., p. 127, — 718 min., p. 570, — 719 min., p. 417, — 720 min., p. 218 et 467, let. des 14 août, 29 octobre, 19 novembre, 12 et 25 décembre 1684.

[82] Id., 719 min., p. 618, Louvois à Montanègre, 27 novembre 1684.

[83] Nicolas Joseph Foucault, 1643-1721 : dans ses Mémoires, voir l'introduction, paragraphe 11 et, dans l'appendice, de nombreuses lettres de Louvois, de 1674 à 1689.

[84] Chancelier d'Aguesseau, Vie de son père (l'intendant du Languedoc), cité par Rulhières, Eclaircissements..., chap. 15.

[85] Foucault, Mém., 118-119.

[86] A. N., Guerre A1, 745 min., p. 60.

[87] Id., 747 min., p. 281, 16 juillet 1685. — En août, Foucault fut nommé intendant du Poitou, où il arriva le 7 septembre : Mém., 128. — Le 9 octobre, Louvois mande à Vaubourg, en Béarn, que, si un nouveau converti empêche les autres d'aller à la messe, il le faut faire arrêter pour le remettre entre les mains du parlement, qui lui fera un procès comme à un relaps : A. N., Guerre A1, 750 min., p. 242.

[88] Id., 676 min., p. 38, — 678 min., p. 20, let. des 2 avril et 1er juin 1682.

[89] Id., 747 min., p. 527, — 748 min., p. 432 et 562, — 756 tr., 8 septembre, — 749 min, p. 389, — 750 min., p. 277, let. à Boufflers, 31 juillet, 24 et 30 août, 8 et 19 septembre, 12 octobre 1685. — Cf. Id., 749 min., p. 391, à La Berchère, 19 septembre, — 750 min., p. 354, à Du Saussay, 15 octobre 1685 : — Sourches, I, 296, note 1.

[90] Id., 748 min., p. 562, à Boufflers, 30 août 1685.

[91] Id., 748 min., p. 331, — 749 min., p. 160, let. des 18 août et 12 septembre 1685.

[92] A. N., T. T., 447, dossier de Philippe Blanchet, let. de Ris, 4 septembre 1685 : — A. N., Guerre A1, 748 min., p. 398, 405, 406 et 432, let. de Louvois, 22 et 24 août 1685.

[93] A. N., Guerre A1, 756 tr., let. à Boufflers, 19 septembre 1685. — A Barbezieux, seigneurie possédée par le ministre et dont la population est protestante, Louvois désire qu'on procède plus durement qu'ailleurs et qu'on envoie des troupes : l'intervention de l'intendant de Ris arrange l'affaire : Id., 748 min., p. 491, — 750 min., 307, ou 756 tr., let. de Louvois, 27 août et 14 octobre 1685.

[94] Id., 749 min., p. 231 et 392, — 750 min., p. 2, — 756 tr., 8, 14, 19 septembre et 1er octobre 1685.

[95] Id., 578 min., p. 300, — 621 min., pièce 1, Par juin 1679, — 642 min., pièce 113, 7 mai 1680, — 653 min., f° 410, 18 mars 1681, — 654 min., p. 153, 287 et 482, 15, 20 et 28 avril 1681, let. de Louvois.

[96] Id., 653 min., f° 410, 18 mars 1681.

[97] Id., 654 min., p. 482, — 654 bis min., p. 107, 28 avril et 6 mai 1681.

[98] Id., 654 bis min., p. 147, 272 et 403, 7, 13 et 19 mai 1681.

[99] Id., 655 min., p. 43, 2 juin 1681 (félicitations pour les conversions) : — p. 66, même date (reproches pour excès).

[100] Id., 655 min., p. 150, 8 juin 1681, — 656 min., p. 32 et 409 v°, 3 et 27 juillet, — 657 min., p. 89, 156 et 202, 4, 7 et 11 août. Les arrêts ou édits, utiles pour le commentaire de ces lettres, sont, dans Isambert, XIX, 250 (juin 1680), 268 (19 mai 1681), 273 (4 juillet 1681).

[101] V., p. ex., Id., 658 min., p. 7, 199, 203 et 268. 1, 8, 9 et 11 septembre 1681.

[102] Id., 657 min., p. 484, — 658 min., p. 272 et 477, 23 août, 11 et 19 septembre 1681. — Pour les détails précis sur les violences, v. Jean Migault, Journ., septembre-décembre 1681.

[103] Id., 659 min., novembre p. 376, 26 novembre 1661 : — 660 min., p. 444, 15 décembre.

[104] Id., 661 min., p. 217 et 346, 24 et 30 décembre 1081 : 673 min., p. 316 et 380, 16 et 20 janvier 1682.

[105] Id., 674 min., p. 111 et 523, let. de Louvois, 6 et 24 février 1682. — V. Sourches, I, 74, note 6, appréciation juste sur Marillac. — Sur l'effet des dragonnades, il n'est pas inutile de lire les nouvelles de Londres et de Hollande, 25-9 août 1681 : A. N., Guerre A1, 668 orig., pièces 105, 113 et 115.

[106] Guitard, p. 37-38. — Parmi les correspondants de Louvois, se trouve l'évêque de Poitiers : A. N., Guerre A1, 600 min., 450, 15 décembre 1681, — 674 min., p. 360, 17 février 1682, — 678 min., p. 382, 19 juin 1682. De la première de ces lettres de Louvois, j'extrais le passage suivant : Le roi a été informé que, depuis les conversions qui se sont faites en Poitou, il se glisse un grand abus dans les paroisses de la campagne, en ce que les maîtres d'école, qui étaient de la R.P.R., et même des catholiques enseignent dans les hameaux éloignés d'une lieue desdites paroisses, et que là n'étant pas observés par les curés, ils enseignent aux enfants des huguenots la religion de leurs pères, tout comme ils font notre catéchisme à ceux des catholiques. D'où il arrive que les enfants se confirment dans l'opinion que l'une et l'autre religion sont également bonnes, qui est le prétexte lequel a causé jusques ici l'opiniâtreté des hérétiques... Vous ordonnerez qu'aucun maitre d'école catholique ne pourra enseigner dans aucune paroisse sans votre approbation, qu'il sera tenu de loger près de l'église et non ailleurs et qu'il ne pourra montrer d'autre catéchisme que le nôtre.

[107] A. N., Guerre A1, 674 min., p. 412, Louvois à Basville, 20 février 1682.

[108] Id., 679 min, p. 572, le même au même, 30 juillet 1682.

[109] Id., 681 min., octobre p. 54, le même au même, 2 octobre 1682.

[110] Id., 683 min., p. 359, le même au même, 14 décembre 1682.

[111] Id., 690 min., p. 13 et 463, le même au même, 1er et 19 février 1683.

[112] Id., 692 min., p. 470, — 696 min., p. 184, let. des 23 avril et 7 septembre 1683.

[113] Id., 743 min., p. 68 et sq. — Cette longue correspondance est dans A. N., Guerre A1, volumes de minutes 678-683, 689-690, 692, 694-6, 699, 709-710, 718-719, 741-749, 755-758 : elle va de juin 1682 à septembre 1685.

[114] Id., 748 min., p. 305-6, Louvois à Basville et à Foucault, 7 septembre 1685.

[115] Foucault, Mém., 128. Entrevue orageuse avec Basville, d'après Louvois. Id., 749 min., p. 491.

[116] A. N., Guerre A1, 749 min., p. 174-176, let. de Louvois, 12 septembre 1685 : — Id., 750 min., p. 46, 2 octobre.

[117] Id., 749 min., p. 226 et 231 v°, à Foucault et Asfeld, 14 septembre 1685.

[118] Id., 750 min., p. 391, ou 756 tr., 16 octobre 1685.

[119] Les textes des édits de suppression et de leurs ampliations juillet-décembre 1679, sont à la B. S. C., Rec. des édits, première partie. p. 43-67, 73-77, 98-100, ou dans Isambert, XIX.

[120] B. N., f. fr., 5267, p. 216, — ou 21118, p. 231, let. du 25 mai 1680.

[121] Id., 5267, p. 427 et 430, — ou 10985, pièce 306, — ou 21118, p. 485 et 488, let. de Le Tellier, 25 janvier et 18 février 1682 : — A. N., Guerre A1, 677 min., p. 87 et 271, let. de Louvois, 5 et 11 mai 1682 : — Isambert, XIX, 250, édit de juin 1680.

[122] B. N., f. fr., 5267, p. 449, — ou 21118, p. 515, Le Tellier à Harlay, 6 juin 1682.

[123] Id., 5267, p. 532, — ou 10985, pièce 408, — ou 21118, p. 634, let. du 29 août 1683.

[124] Id., 5267, p. 556, — ou 10985, pièce 429, — ou 21118, p. 671, let. du 30 janvier 1684 : — Isambert. XIX, p. 407, déclaration du 30 août 1682.

[125] Id., 5267, p. 506, — ou 10985, pièce 385, — ou 21118, p. 595, let. du 20 avril 1683.

[126] Id., 5267, p. 13 et 17, — ou 10985, pièces et 10, — ou 21118, p. 13 et 17, Le Tellier à Pellot, 30 juin et 3 juillet 1678.

[127] Id., 5267, p. 598, — ou 10985, pièce 494, — ou 21118, p. 743, let. du 9 février 1685 : — Isambert, XIX, 184, déclaration du 15 mars 1679.

[128] Id., 5267, p. 612, — ou 10985, pièce 510, — ou 21118, p. 765, let. du 29 mars 1685.

[129] Id., 5267, p. 282 et 288, ou 10985, pièces 195 et 200, — ou 21118, p. 305 et 312, let. des 18 septembre et 24 octobre 1680.

[130] Id., 5267, p. 328, ou 10985, pièce 230, — ou 21118, p. 361, 8 mars 1681 : — A. N., Guerre A1, 654 bis min., p. 338, Louvois à Marillac, 15 mai 1681 : Cf. Id., 654 min., p. 287, 21 avril. — En août 1685, Marillac est intendant à Rouen : interprétant mal l'arrêt de 1680, il a mis en liberté un nouveau converti en lui faisant payer seulement l'aumône : Le Tellier lui reproche de l'avoir dispensé d'acquitter les intérêts civils et qui tiennent lieu de peine afflictive pour ainsi dire : B. N., f. fr., 5267, p. 634, — ou 10985, pièce 532, ou 21118, p. 798, 13 août 1685.

[131] Id., 5267, p. 362, — ou 10985, pièce 258, ou 21118, p. 404, 11 juin 1681.

[132] Id., 5267, p. 167, 349 et 359, — ou 10985, pièces 116, 246 et 256, — ou 21118, p. 177, 387 et 400, 11 février 1680, 5 mai et 9 juin 1681. — Cf. pour Bordeaux, Id., 5267, p. 633, — ou 10985, pièce 531, — ou 21118, p. 797, à l'intendant de Ris, 6 août 1685.

[133] Id., 5267, p. 338 et 545, — ou 10985, pièce 236, — ou 21118, p. 374 et 545, au lieutenant criminel et au procureur du roi, 29 mars 1681 et 27 décembre 1683.

[134] Id., 5267, p. 68, — ou 10985, pièce 45, — ou 21118, p. 71 et 358, à l'avocat général Dalon, 17 juillet 1679.

[135] Id., 5267, p. 135, 185, 202, 204, 218, 222, 243, 261 et 358, — ou 10985, pièces 92, 128, 142, 144, 156, 169, 18 let. 255, — ou 21118, p. 142, 196, 215, 217, 234, 261, 282 et 399, let. de Le Tellier entre le 7 décembre 1679 et le 6 juin 1681. — A propos des juges seigneuriaux, Le Tellier émet une déclaration de principes : Il ne peut être convenable que des juges non royaux connaissent de l'exécution des édits ou des contraventions qui y sont faites. Je dis de l'exécution des édits, parce que l'exercice de la R.P.R. ne se fait dans le royaume qu'en vertu des édits et déclarations des rois prédécesseurs de Sa Majesté : B. N., f. fr., 5/67, p. 491, — ou 10985, pièce 370, — ou 21118, p. 574, à l'avocat général Du Sault, 5 janvier 1683.

[136] Id., 5267, p. 270, 280, 350, 366, 373, 431, 493, 513 et 626, — ou 10985, pièces 193, 248, 261, 267, 310, 372. 392 et 525, — ou 21118, p. 292, 303, 390-392, 409, 417, 490, 574, 605 et 786, let. de Le Tellier entre le 16 août 1680 et le 14 juillet 1685. — Cf. B. S. G., Rec. des édits, première partie, p. 193, arrêt du 12 janvier 1682.

[137] Id., 5267, p. 455 et 629, — ou 10985, pièce 335, — ou 21118, p. 524 et 790, 3 juillet 1682 et 13 juillet 1685. — Sur l'interdiction des arpenteurs et des arbitres, Id., 5267, p. 455 et 497, — ou 10985, pièces 335 et 377, — ou 21118, p. 524 et 583, 3 juillet 1682 et 27 février 1683.

[138] Foucault, Mém., 80-88.

[139] Foucault, Mém., 107-126.

[140] B. N., f. fr., 5267, p. 84, 102, 181, 208, 304, 420, 443 et 589, — ou 10985, pièces 56, 68, 126, 148 et 321, — ou 21118, p. 87, 106, 192, 221, 332, 475, 506 et 717, let. de Le Tellier entre le 19 août 1679 et le 11 septembre 1684.

[141] Id., 5267, p. 106, 378, 408 et 606, — ou 10985, pièces 272, 291 et 504, — ou 21118, p. 109, 423, 461 et 757, let. de Le Tellier, 22 septembre 1679, 22 juil. let et 18 septembre 1681, 8 mars 1685.

[142] Id., 5267, p. 112 et 134, — ou 10985, pièces 75 et 91, — ou 21118, p. 116 et 141, 15 octobre et 7 décembre 1679.

[143] Id., 5267, p. 329 et 469, — ou 10985, pièces 231 et 348, — ou 21118, p. 363 et 541, 10 mars 1681 et 27 juillet 1682. — V., en outre, sur des points déjà signalés, Id., 5267, p. 117 et 186, — ou 10985, pièces 78 et 129, — ou 21118, p. 122 et 198, 25 octobre 1679 (rang des magistrats protestants), 19 mars 1680 (justice des seigneurs). — Les protestants de Provence et de Bourgogne, mais non les nouveaux catholiques du Languedoc, ont la liberté de demander que leurs procès soient portés devant le parlement de Grenoble, comme autrefois devant la chambre de l'édit de cette ville : Id., 5267, p. 346, 415 et 477, — ou 10985, pièces 244 et 296, — ou 21118, p. 384, 470 et 552, 28 avril et 17 octobre 1681, 3 septembre 1682.

L'une des dernières lettres de Le Tellier, relatives aux protestants, est adressée, le 12 octobre 1685, à Seignelay : J'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire le I ana de ce mois, par laquelle vous me faites savoir que le roi m'ordonne de donner mon avis sur la prétention qu'ont les marchands français nouvellement convertis de se servir du bénéfice de l'arrêt de surséance pour trois ans (accordé aux nouveaux catholiques) dans les affaires qu'ils ont pour leur commerce avec les marchands étrangers. Je vous prie, M., de vouloir dire au roi que je n'estime pas que lesdits marchands français nouvellement convertis doivent jouir du bénéfice dudit arrêt, parce que le commerce y serait trop intéressé et que cette surséance n'a pas été étendue dans les affaires de toute nature, comme lettres de change, reliquat de compte de tutelle et autres, moins favorables que n'est la conservation du commerce avec les étrangers : B. N., f. fr., 7044, p. 165.

[144] Sourches, I, 131 et note 3 : — Cf. A. N., Guerre A1, 710 min., p. 428, Louvois à Lebret, 22 février 1664. — Daniel de Cosnac dit (II, 115) que le Tellier, puis Louis XIV l'autorisèrent à renverser les deux seuls temples qui subsistaient dans son diocèse.

[145] B. N., f. fr., 16521, f° 274-275.

[146] A. N., Guerre A1, 751 min., p. 569, Louvois à Seignelay, Châteauneuf et Croissy, 23 novembre 1685.

[147] Id., 750 min., p. 675, 30 octobre 1685 (9 intendants) : — Dangeau, I, 233 : — Sourches, I, 321.

[148] Id., 750 min., p. 650, 28 octobre 1685 : — Foucault, Mém., 123.

[149] V. A. N., G 8, 829, 830, 831 A, 831 B et C, des états des pensions, 20 février 1657, 23 mai 1661, 1666 et 2 juillet 1680. Très instructifs, ils concernent 80 à 100 ministres, proposants et gratifiés. Le minimum des pensions pour les premiers est 300 livres, pour les seconds 200, pour les derniers 100 : le maximum varie entre 400 et 1200. Le total annuel se tient autour de 31.000 livres. L'état de 1680 est divisé par généralités, et, dans chacune d'elles, par diocèse : celui de Rouen est le plus fortement taxé (2985 livres 12 sols 10 deniers), celui de Carpentras le plus faiblement (1 livre 12 sols 6 deniers). — Cf. Foucault, Mém., année 1677 (à propos de Coras, ministre de Montauban.

[150] A. N., Guerre A1, 653 min., p. 46 et 207, — 676 min., p. 140, à l'évêque de Poitiers, Marillac et Basville, 2 et 10 mars 1681, 7 avril 1682.

[151] Dans une lettre de mai 1680, Seignelay mentionne que des familles entières se sont converties pour une pistole, cité dans Guitard, p. 32. — Rulhières, Eclaircis..., chap. 7, dit 6 livres par converti, 42 pour une famille nombreuse. Toutes ces estimations sont trop absolues : en réalité elles varient et en nature et en importance.

[152] Dangeau, I, 257 : — A. N., Guerre A1, 654 min., p. 311, — 661 min., p. 251, — 676 min., p. 12 et 30, — 678 min., p. 291, — 693 min., p. 82, 720 min., p. 491, — 742 min., p. 161 et 373, — 748 min., p. 218 et 244, 752 min., p. 262 et 284, let. de Louvois entre le 21 avril 1681 et le 10 décembre 1685.

[153] Sourches, I, 147. — A. N., Guerre A1, 186 min., f° 412 v°, let. de Le Tellier, 22 août 1664 : — Id., 528 min., p. 590, — 689 min., p. 557, 718 min., p. 115, — 742 min., p. 14, — 743 min., p. 68, — 745 min., p. 392, 542 et 675, — 750 min., p. 251 et 301, let. de Louvois entre le 25 octobre 1677 et le 14 octobre 1685.

[154] V., p. ex., Sourches, I, 303-7, 311, 313 : Dangeau, I, 201, 216, 218, 224, 226-228, 230-233 : — Foucault, 119-121, 125, 127, 129, 130 : —.Cf. Rulhières, Eclaircis..., chap. 15.

[155] A. N., Guerre A1, 749 min., p. 31 et 33. Même note dans Id., 749 min., p. 260, 314, 331 et 489, — 750 min., p. 151, 223, 249, 277-278 et 345, let. de Louvois entre le 15 septembre et le 15 octobre 1685.

[156] A. N., Guerre A1, 756 tr., 8 septembre : — 749 min., p. 391, — 750 min., p. 148 et 197, 19 septembre, 6 et 7 octobre 1685.

[157] Id., 795 orig., pièce 45, 16 octobre : Vous ne doutez pas, M., que le plus grand nombre des conversions ne sont pas sincères, quoiqu'il y en ait beaucoup de bonne foi. Il faut espérer que la plupart se rectifieront. Mais la plupart aussi ne songent qu'à sortir du royaume dans quelque temps sous l'ombre d'une abjuration simulée. Il serait peut-être à propos, pour les en empêcher, de ne pas souffrir qu'ils vendissent leurs biens d'un an ou deux, ni qu'ils retirassent l'argent qu'ils ont sur la province et sur des particuliers, à moins qu'ils ne fussent obligés de l'employer en terres ou en officiers.

[158] A. E., Mém. Doc., 954, f° 252, à Dugué (Lyon), 26 mars : — A. N., Guerre A1, 678 min., p. 291, à Basville (Poitou), 15 juin.

[159] A. N., Guerre A1, 748 min., p. 284, — 749 min., p. 57, 350 et 353, —750  min., p. 198, let. des 14 août, 8 et 18 septembre et 7 octobre 1685. Dans Id., 795 orig., la pièce 40 (30 août 1685) est l'état des religionnaires dans la région de la Sarre (4511) : la pièce 62 (26 août 1686) est celui des protestante du Languedoc (182.787).

[160] Texte dans Isambert, XIX, 530, ou A. N., O 1, 29, 465, ou dans Elie Benoist, V, 183-6.

[161] Le Pelletier, Vie..., p. 105, note 1 : — A. N., Guerre A1, 750 min., p. 330. C'est l'article IV qui concerne le bannissement des ministres. En effet, à la fin du texte de l'édit, le roi enjoint à tous les officiers de justice de faire lire, publier et enregistrer ; même en vacations, notre présent édit en leurs cours et juridictions. On comprend l'importance de cette addition lorsque l'on sait que les vacations duraient du 15 août à la Saint-Martin : l'édit sera donc enregistré dans les chambres de vacations le 22 octobre.

[162] A. N., Guerre A1, 750 min., p. 378.

[163] B. N., f. fr., 17420, f° 144, Le Tellier au procureur général Harlay, 20 octobre.

[164] A. N., Guerre A1, 750 min., p. 488, Louvois à Le Tellier, 19 octobre 1685 : — Dangeau, I, 237.

[165] Des transcriptions fautives d'une lettre de Louvois au gouverneur du Languedoc, Noailles, pourraient conduire à des opinions inexactes. Le 5 novembre 1686, le ministre ordonne à son subordonné d'envoyer des soldats loger chez les nobles et les bourgeois religionnaires, qui seront ainsi détrompés de l'erreur où ils sont sur l'édit que M. de Châteauneuf vous a adressé : A. N., Guerre A1, 751 min. et 757 copie. La province du Languedoc se trouve, en effet, dans le département de ce secrétaire d'état. — Or, Elie Benoist, t. V, écrit nous a dressé, et P. Clément, La police..., 267-269, vous a dressé. Le sens de la phrase est, par suite, totalement changé et ne correspond nullement à la véritable pensée de Louvois.

[166] Bossuet, édit. Rébelliau, 454-455 : — Fléchier, 189 : — Maboul, 46-47 : — Hersan, 34-3. — La Fare, I, 183-184, raconte que Le Tellier s'écria avec joie : Nunc dimittis servum tuum, Domine. — B. N., f. fr., 23251, n° 1862 (mélanges Delamare), Le Tellier dit tout haut qu'il mourrait content après avoir rendu ce service-là à la religion et à l'état : — Cf. Choisy, I, 177.

[167] Les conséquences de la politique anti-protestante de Louis XIV ont été maintes fois exposées. Je signale cependant les deux documents suivants : B. N., f. fr., 21773, mémoire adressé au lieutenant de police le 31 mars 1684, p. 143 ; — A. N., Guerre A1, 1183, mémoire écrit par Chamlay en 1688.

[168] Choisy, I, 174 : — Spanheim, 415 : — La Fare, 183-184 : — A. N., Guerre A1, 1099, pièce 92, pub, dans Saint-Simon, t. XXVIII, append. 3, p. 492 : — Caylus, 20. — Cf. ci-dessous Les héros de la ligue..., et Voltaire. Siècle..., 697-8, 700. Je laisse délibérément de côté les lettres de Mme de Maintenon, dont beaucoup sont d'une authenticité douteuse. Si ce n'était cette suspicion, on pourrait tenir compte des deux suivantes, 24 août 1681 et 13 août 1684, éd. Lavallée, II, 200 et 381.

[169] Le Pelletier, Mém., p. 143 et notes 6 et 8, et p. 145 : — Mémoires ou Essai..., p. VIII.

[170] Aguesseau (chancelier), Œuv., XIII, p. 51.

[171] Saint-Hilaire, II, 39-40 : — Gourville, II, 157-8.

[172] Le Pelletier, Mém., p. 143 et notes 6 et 8, et p. 145 : — Mémoires ou Essai..., p. VIII : — Cf. Voltaire, Siècle..., 697-698, 700.

[173] Spanheim, 327. — Dans la Lettre d'un réfugié à un gentilhomme du Poitou, il est dit du grave chancelier : Pendant la plupart de sa vie, il avait marqué des sentiments tout opposés (à la violence) et ce n'a été que sur le fin de ses jours qu'il s'est laissé entraîner au torrent par complaisance pour son prince, p. 47. — D'autre part, dans Les héros de la ligue..., on voit un portrait-caricature de M. Le Tellier chancelier qui signa la révocation de l'édit par complaisance, et, au-dessous, sont les vers suivants :

Je signai de l'édit la révocation.

De Louvois et de Reims à cela m'incitèrent :

Afin de plaire au roi, tous deux persécutèrent

Plutôt par intérêt que par dévotion.

[174] Ch. Ancillon, Réflex. polit., 54-5 : — Elie Benoist, t. V, 843, soutient que le chancelier fut longtemps fort équitable dans les affaires de la religion, mais poussa à la révocation, parce qu'il était malade et voulait accomplir cet acte avant de mourir.

[175] A. N., Guerre A1, 751 min., p. 161 : — Cf. Id., 750 min., p. 641, 642. — Comparer la lettre de Louvois avec celle de Colbert ou de Seignelay, 10 juillet 1682, pub. p. Guitard, 37 : ce sont les mêmes idées et les mêmes termes.