HISTOIRE DES CORSES

TROISIÈME PARTIE — LA CORSE FRANÇAISE - LA GUERRE DE QUARANTE ANS

 

CONCLUSION. — LA CORSE AU XIXe SIÈCLE.

 

 

Les événements de 1814 et ceux de 1815 avaient prouvé que la Corse, territoire français depuis 1768, et département depuis 1789, était devenue, avec Napoléon Ier, un morceau de la patrie française. Elle le resta au xix e siècle. Sans interruption, depuis cent ans bientôt, elle connut les mêmes souffrances et les mêmes joies que la grande nation à laquelle le destin l’avait unie. A l’instabilité des dominations anciennes succéda la stabilité française. Durant un siècle, la France eut le loisir de continuer et d’achever l’œuvre entreprise par l’Empire, c’est-à-dire de fondre politiquement, moralement, économiquement l’île dans la masse continentale, la race corse dans la race française. Un examen rapide des efforts tentés dans ce but par les différents gouvernements qui se sont succédé à Paris doit terminer l'histoire de la civilisation corse et permettre d’apprécier les résultats. En d’autres termes, la Corse est française de cœur, l’est-elle aussi de fait ?

 

Ce qui frappe tout d’abord, c’est le piétinement sur place, la stagnation de cette civilisation. Telle elle était en 1815, telle elle est à peu près en 1914. On a accusé les habitants d’en être la cause, on n'a pas incriminé, autant qu’ils le méritaient, les gouvernements. Ceux-ci n’avaient pas les mêmes raisons affectueuses que Napoléon Ier de s’intéresser spécialement à l’île ; ils étaient même parfois mal disposés envers une terre qui avait donné naissance à l’usurpateur[1]. Quant aux insulaires, abandonnés à eux-mêmes, ils étaient immédiatement retombés dans les errements que leur avait légués le passé. La Restauration commença par supprimer la dictature militaire que l’Empire lui avait appliquée et par faire de la Corse un département. Si elle laissa subsister un gouverneur, comme commandant des troupes, elle rendit au préfet son indépendance, sans préciser exactement les attributions des deux fonctionnaires. Il en résulta bien vite un désaccord, qui favorisa la reconstitution des partis et des clans presque disparus. La population, déjà divisée en bonapartistes, fidèles au culte de Napoléon, et en royalistes, ralliés aux Bourbons, se trouva bientôt en proie au désordre politique. Le régime électoral le favorisa. En vertu de la Charte de 1814, la Corse n'élisait que deux députés ; le droit de suffrage appartenait aux électeurs âgés de trente ans et payant un cens de 300 francs ; pour être élu, il fallait être imposé pour une somme de 1.000 francs. En outre, les électeurs étaient désignés par le préfet, qui s’efforça de n’introduire dans le collège électoral que des citoyens dévoués au régime, sans se soucier au besoin du chiffre de leurs impositions. De cette manière, le premier collège qui fut réuni à Corte, en 1817 seulement, ne comprit qu’une cinquantaine d’électeurs, dont les voix se portèrent, conformément à l'injonction administrative, sur François Peraldi, d’Ajaccio, et sur l'ancien président de la cour royale, Castelli[2]. Or le premier ne put pas siéger, puisqu’il avait moins de quarante ans, âge légal, et le second eut un rôle insignifiant. L’arbitraire administratif, la candidature officielle, l’insuffisance de la représentation législative empêchaient toute vie politique sérieuse en Corse. Les habitants se dédommagèrent en se livrant aux rivalités de familles, dont les plus ardentes furent celles des Pozzo di Borgo et des Sébastiani ; la première eut pour chef l’ambassadeur, la seconde le maréchal dont l’influence et les ambitions électorales furent officiellement combattues.

 

Les préfets ne faisaient rien pour empêcher la renaissance de l’anarchie. Leur instabilité paralysait toute action bienfaisante, même quand ils la recherchaient, comme Lantivy. En quinze ans, neuf préfets se succédèrent qui, pendant les vingt mois en moyenne de leur administration, s’efforcèrent surtout de placer leurs créatures. L’autorité royale n'avait aucun souci d’améliorer cette situation. Elle gardait rancune à ce département d’avoir enfanté Napoléon et le laissa bien voir en différentes occasions. Ajaccio fut particulièrement punie, on lui enleva la Cour royale et le gouvernement militaire qui furent transférés à Bastia. Une ordonnance du 29 juin 1814 avait transformé la cour spéciale extraordinaire, établie par l’Empire, en cour de justice criminelle et maintenu la suppression du jury. C'était sans doute une violation de la constitution et de la loi ; le mécontentement qui agita à ce sujet une partie de l’opinion était légitimé par un régime d'exception qui atteignait la Corse seule, alors que tant de départements étaient affligés de troubles bien plus graves, auxquels l’histoire a donné le nom de Terreur blanche. Mais il ne semble pas que le jury eût guéri les maux insulaires qui caractérisèrent cette période de la Restauration en Corse. Le banditisme reparut avec la vendetta. Un magistrat put prétendre en 1820, qu’en deux mois la cour criminelle prononça 194 condamnations, dont 63 à la peine capitale[3]. Les exploits du bandit Théodore Poli défrayèrent la presse ou alimentèrent la curiosité publique. On raconta ses actes d’audace invraisemblable : l’arrestation du bourreau à Bastia même, et son exécution à 300 mètres de la gendarmerie et du tribunal ; sa présence au théâtre, à côté du gouverneur et du procureur royal. Il fallut instituer une gendarmerie spéciale dite des voltigeurs corses, qui, par sa mobilité, traqua sans trêve les bandits. Poli fut surpris et tué en 1827.

 

Comment dans un tel désordre et après une indifférence réelle du pouvoir central, la Corse aurait-elle pu progresser ? On accusait avec assez de raison les Bourbons de négliger l’instruction du peuple, les travaux publics, les encouragements à l’agriculture. Si l’administration fit construire un hôpital militaire aux bains de Guagno, elle laissa les eaux thermales dans le même abandon que par le passé. Bien mieux, elle supprima les privilèges que Miot avait jadis distribués à la Corse, pour lui faire aimer, suivant les mots d'un magistrat parisien, la nationalité française[4]. Les plaintes qui s’élevèrent de tous côtés furent si fortes, que les arrêtés Miot furent rétablis en 1817. En 1821, une ordonnance dut même autoriser les fonctionnaires à verser leur cautionnement en immeubles, tant le numéraire était rare. C’est en vain que l’ingénieur des mines, Gueymard, délégué du ministère dans l’île, en vanta la richesse et en plaignit la pauvreté ; en vain qu’il la recommanda à l’attention des Français et à la sollicitude du gouvernement, qu’il souhaita la voir « devenir, par son industrie, son commerce, sa marine, florissante et heureuse[5] ». La Restauration ne l’entendit pas ; elle ne fit rien et ne voulut rien faire. Les préoccupations intérieures et extérieures étaient trop grandes pour que l’on eût le loisir de s’intéresser à la misère de la terre napoléonienne.

 

1830 survint. Charles X partit pour l'exil et fit place à la monarchie bourgeoise. Le gouvernement n’augmenta pas le nombre des sièges législatifs de l’ile, mais accrut celui des électeurs. Les Sébastiani, qui avaient souffert de la Restauration, prirent leur revanche. Le général Tiburce, frère du maréchal, fut élu député en 1830 et le resta pendant quinze ans. La stabilité préfectorale devint une heureuse règle qui porta bientôt ses fruits. Jourdan (du Var) administra la Corse pendant quatorze années consécutives. Louis-Philippe enfin, comme don de joyeux avènement, par une ordonnance du 12 novembre 1831, rétablit, malgré les avis contraires du conseil général, du procureur général de la cour de Bastia et du garde des sceaux lui-même, le jury, dont la suppression avait été maintenue en 1814 et qu’une partie de la population réclamait pour des raisons d’amour-propre. Le maréchal comte Horace Sébastiani[6] fut comblé d’honneurs ; il devint pair de France et ministre ; en cette qualité, il put prodiguer les faveurs à ses compatriotes et en particulier à ses partisans. Grâce à lui la Corse rentra sous le régime du droit commun, mais cela fut insuffisant. Pour améliorer une situation qui empirait chaque jour, il fallait un traitement de faveur auquel la royauté ne songeait pas encore. Mais un événement attira brusquement son attention. Le 28 juillet 1835, un Corse de Murato, Fieschi, fit éclater sur le passage du roi une machine infernale. Le maréchal Mortier et douze autres personnes furent tués. Le souverain en sortit indemne, mais on put craindre un moment que sa vengeance n'atteignît tous les Corses. Il n’en fut rien. Le duc d’Orléans, son fils, entreprit cette année même un voyage dans file, dont il apprécia « le mal social[7] ». Son récit provoqua l’étonnement de beaucoup de gens et une enquête célèbre fut confiée en 1836 à l’économiste Blanqui. Son rapport[8], qui fut lu en 1838, à l'Institut royal et publié peu après, étala les misères politiques, sociales, économiques dont souffrait la patrie de Napoléon. Il montra la corruption électorale, la misère des paysans, les mœurs arriérées, le mépris de la vie humaine, la désobéissance aux lois, l'absence de civilisation et de routes, l’ignorance du peuple. Le gouvernement reconnut qu’il était urgent de faire profiter la Corse des bienfaits que la science répandait alors en Europe.

 

Comment y arriver ? Les uns proposaient de revenir à la dictature militaire ou civile que Napoléon Ier y avait déjà appliquée. Mottet, procureur général à Bastia et député de Vaucluse, prononça à la Chambre un discours documenté et décrivit les plaies qui l’avaient touché lui-même ; « pour les guérir, dit-il, tout ce qu’il y a de mieux à faire, c’est ce qu’on avait fait sous Louis XV et Louis XVI : ne pas séparer l'idée d’une amélioration morale de -l’idée d’une amélioration matérielle ; concentrer l'autorité dans une seule main et l’accroître dans une juste mesure ». On n’osa pas aller jusque-là ; on écouta Limperani, représentant de la Corse, qui répliqua à son collègue : « La Corse ne consentira pas à ce que des lois d’exception lui soient appliquées. Nous sommes Français, et nous voulons jouir de toutes les prérogatives attachées à la qualité de français, dans toute l’étendue du mot. » Du reste, le réveil des idées bonapartistes, le retour des cendres de Napoléon rendaient le nom de Corse sympathique à la France. En 1837, une première allocation de 4 millions avait été votée pour la construction des routes et des ports ; en 1839, une deuxième subvention de 5 millions fut encore accordée. On amorça la construction d'un réseau vicinal, l’organisation d'un enseignement primaire et secondaire ; on encouragea même la culture du mûrier et du coton. De 1837 à 1842, le nombre des routes royales passa de deux à sept et l’on dépensa 11.400.000 francs à leur exécution. Les principales villes commencèrent à se transformer. Les faveurs allèrent d’abord à la patrie de Bonaparte : Ajaccio fut dotée d’un hôtel de ville, d’un théâtre, d’une préfecture ; son port fut agrandi, de même que celui de Bastia, où la jetée du Dragon fut commencée. Les lois de 1837 et 1839 avaient décidé la construction de quais, de môles, de phares à Ajaccio, à Bonifacio, à l’île Rousse, pour lesquels une somme de 2.766.491 fr. fut réservée. Mais l'œuvre à accomplir était de longue haleine ; la royauté eut trop de soucis au dehors, la colonisation de l’Algérie captiva trop l’attention pour que le programme dressé par Blanqui ait pu être réalisé. La Révolution de 1848 fit disparaître la royauté et ses projets possibles à l’égard de la Corse.

 

Du moins celle-ci sembla-t-elle n’avoir rien perdu au change. Elle eut d’abord six députés et put croire que la République s’occuperait activement d’elle. Le 19 octobre 1848, le citoyen Bodin déposait sur le bureau de l’Assemblée nationale le projet de loi suivant : « Il sera procédé, en 1849, aux études des travaux nécessaires à l’assainissement du littoral de la Corse et spécialement de la côte orientale, entre Bastia et Bonifacio. Le dessèchement des marais de Saint-Florent et de Calvi sera également entrepris en 1849. Une somme de 219.000 francs sera inscrite au budget du ministère des Travaux publics[9]. Espérance tôt déçue, car ces bonnes intentions du gouvernement provisoire disparurent avec lui. Un Napoléon monta sur le trône. Les insulaires se rallièrent sans hésitation à lui. Il n’est pas douteux que le second Empire ait eu des velléités d’amélioration vis-à-vis de la Corse. La preuve en fut fournie, dès 1852, par quelques lois utiles ; l'une d’entre elles interdit le libre parcours des troupeaux dont les dévastations annuelles empêchaient tout progrès agricole ; une autre, du 24 juin 1854, supprima la vaine pâture, une troisième interdit le port d’armes pour rendre la sécurité aux personnes (28 mai 1853). Grâce au préfet Thuillier, qui semble avoir été un homme énergique, la Corse profita des lois d’intérêt général qui furent promulguées de 1852 à 1860 : des bureaux de bienfaisance et des salles d’asile furent, par exemple, fondés dans les villes. Le 14 septembre 1860, l’empereur et l'impératrice, qui se rendaient en Algérie, s’arrêtèrent à Ajaccio[10]. Ils furent reçus solennellement par une population enthousiaste et par tous les conseils municipaux. Aux discours qui furent prononcés, Napoléon III répondit : « La Corse n'est pas pour moi un département comme un autre ; c’est une famille. Je suis venu pour étudier ses besoins et je serai heureux de les satisfaire. » Mais il avait ajouté : « Je ne veux rien changer, mais tout améliorer ». Comme le disait le maire d’Ajaccio, Braccini, « la Corse saluait avec des transports d’allégresse » l’arrivée de l’empereur. Elle escomptait que cet événement serait pour elle le commencement de la prospérité, à peine ébauchée par Louis-Philippe, et la fin de son abandon. Le programme établi alors comportait, en effet, d’abord l’achèvement et le perfectionnement des voies de communication intérieures, l’accroissement avec le continent français, l’exploitation méthodique des forêts, le dessèchement et l’assainissement des plaines marécageuses ; puis l’embellissement d’Ajaccio par un ensemble de travaux comportant la construction d’une jetée, le prolongement du quai, la dérivation des eaux de la Gravone pour l’alimentation de la cité, la mise en culture de Campo di l’Oro, la création d'établissements industriels et d’un chantier de construction ; Bastia se contenterait de la construction d’un nouveau port dans l’anse de Saint-Nicolas, qui aurait onze hectares de superficie ; l’île Rousse aurait une jetée contre les vents du Nord ; Propriano, un débarcadère. Enfin l’enseignement public serait favorisé par la création d’écoles et d’un lycée d’externes à Ajaccio ; les arrondissements de Cervione et de Vico seraient rétablis. Bref la régénération aurait été totale. Suivant l’expression d’un contemporain, « tout cela contribuera à porter les idées d’un peuple jeune encore vers les bienfaits d’une civilisation plus avancée[11] ».

 

Gomme au temps de Louis-Philippe, le programme fut ébauché. Les voies de communication surtout furent réellement augmentées. Les routes impériales avaient alors une longueur de 736 kilomètres ; les routes départementales, 37 kilomètres seulement. Un décret de 1852 avait décidé le réseau des routes forestières, qui furent classées par le décret du 1 er avril 1854. En 1860, elles avaient une longueur de 383 kilomètres. Les voies les plus importantes furent celles de Saint-Florent au Cap, de Cervione à Ponte-Leccia, de Sartène à Zicavo et la route de ceinture le long du littoral. Les chemins vicinaux étaient dans une situation particulièrement déplorable, malgré les énormes sacrifices du département qui ne pouvait pas faire davantage ; ils furent les plus négligés. On dessécha aussi les marais de Saint-Florent, de Calvi et de Porto-Vecchio ; on approvisionna en eau potable Ajaccio, Calvi et l’île Rousse ; on construisit un canal d’irrigation à travers la plaine de la Casinca. Les années qui précédèrent ou suivirent 1860 virent éclore une littérature abondante sur la colonisation de la Corse ; elle fut à l’ordre du jour. Un des écrivains de cette époque[12] déclarait qu’une somme de 56 millions était indispensable pour commencer la colonisation d’un pays où les sept huitièmes du sol étaient incultes ou mal cultivés. Cependant cinq comices agricoles, une pépinière départementale, un dépôt d’étalons à Ajaccio inauguraient quelque changement dans la routine agricole ; des hauts fourneaux à Toga et à Solenzara annonçaient un futur mouvement industriel. Mais ce fut tout. Pas un chemin de fer ne fut construit ; il faudra attendre 1888 pour voir la première locomotive. Les relations avec la métropole ne furent guère améliorées. La situation économique, en dépit des quelques travaux mentionnés, fut peu modifiée. On pouvait s’attendre à mieux de la part d’un Napoléon. Il en fut de même de la situation politique et morale. Le rétablissement du suffrage universel n’avait fait que favoriser les rivalités familiales. Les Abbatucci, dont un membre occupa le ministère de la Justice de 1852 à 1857 et un autre fut conseiller d’État, eurent beaucoup d’influence. Sans doute la candidature officielle empêchait la sincérité du vote ; le préfet écrivait à chaque fonctionnaire des lettres confidentielles pour recommander les amis du gouvernement, mais les luttes, si elles n’étaient pas engagées sur le terrain de l’opposition, existaient. D’une manière générale, la Corse, dont un grand nombre d’enfants était au service de l'État, se signala par sa fidélité impérialiste. Les passions locales absorbaient toutes les énergies. Bastia et Ajaccio continuaient à se jalouser ; les différentes régions se disputaient les faveurs gouvernementales, au détriment de l’intérêt général. « Plus de haine, plus de rivalité, plus de luttes intestines, écrivait un Corse[13] qui croyait aux résultats inespérés du programme impérial ; notre île a besoin de concorde et de paix. Mettons un terme à nos discordes. Il est du devoir de notre pays d’être tout entier préoccupé de son avenir et de sa moralisation. »

 

Efforts inutiles. Les désordres allaient continuer, même après la chute de l’Empire. Le gouvernement provisoire et la troisième République étaient trop occupés à réparer les désastres nationaux, que les défaites de 1870 avaient laissés après elles, pour entreprendre une œuvre de régénération en Corse ou continuer celle des gouvernements antérieurs. Puis la colonisation lointaine de la Tunisie, de l’Indochine, de l’Afrique occidentale détourna l’attention des Français d’une île qui s’obstinait à rester en partie bonapartiste. Les regards allaient au-delà de la Méditerranée, par crainte d'être attirés, tout près, vers les Vosges. Le suffrage universel, dans toute sa plénitude, fut restitué à la Corse ; la liberté de l’électeur, la sincérité du scrutin donnèrent aux luttes politiques toute leur acuité. Appelés à élire cinq députés et trois sénateurs, les habitants y consacrèrent toute leur énergie et tous leurs capitaux. La loi de 1884 sur les municipalités fit des plus petites communes des arènes électorales, le mal devint un vice[14]. L'influence d’un passé anarchique sur une période contemporaine saturée de liberté enfanta les plus tristes résultats. L'intérêt général fut étouffé par les ambitions particulières. La Corse végéta et retomba dans la situation qu’elle avait connue aux XVIIe et XVIIIe siècles. Les ministères se contentèrent de remporter, par l’intermédiaire de leurs préfets, quelques victoires républicaines. Ils n’oubliaient pas que plusieurs députés corses s’étaient, en 1871, à l'Assemblée de Bordeaux, élevés avec véhémence contre l’abolition de l’Empire. Au moment où la République était sans cesse en péril, il fallait à tout prix obtenir des électeurs, fût-ce dans la patrie de Napoléon, des élections hostiles à la monarchie. Le jour où un homme politique se fit fort de rallier le pays au régime nouveau, et tint parole, le gouvernement lui abandonna les citoyens dont il disposait à sa guise. La Corse devint un fief, comme au temps des Vincentello et des Leca. Grâce à cet habile homme, les grandes questions de régénération passèrent à l'arrière-plan. Les électeurs, par lassitude, par intérêt, par ignorance, imitèrent leur chef ; chacun sollicita, en récompense de son dévouement électoral, des places ou des faveurs. L’individualisme, une fois encore, et à l’aurore du XXe siècle socialiste, triompha en Corse.

 

C’est que le suffrage universel était une arme dangereuse entre les mains d’hommes ignorants, épris sans doute de liberté, mais qui, depuis un siècle, avaient perdu l'usage du bulletin de vote. Avant de leur rendre la puissance législative, dégagée de toute surveillance d'un pouvoir exécutif qui, comme au temps de Paoli et de Marbeuf, sait et peut réprimer les abus, il fallait instruire, de gré ou de force, ce peuple et lui donner le sentiment de sa responsabilité. Avant 1833, rien ou presque rien n’avait été fait pour créer un enseignement populaire dans l’île. Quelques écoles congréganistes existaient dans les villes, quelques instituteurs bénévoles exerçaient dans les chefs-lieux de canton, mais la majorité de la population disséminée dans les villages, isolée sur les hauteurs ou absorbée par la transhumance ne pouvait pas en profiter. La loi Guizot de 1833, qui décida la fondation des écoles primaires dans toutes les communes et d’une école normale dans les départements, était applicable à la Corse ; mais, comme le constatait récemment un ministre, les lois y sont violées plus que partout ailleurs.

En 1836, Blanqui, trois ans après le vote de cette loi, reconnaissait que sur 335 communes, près de 100 n’avaient pas encore de maître ; le nombre des enfants était de 10.000 environ, soit 40 par école. En 1839, un inspecteur général fut chargé de vérifier l’application de la loi dans l’île ; il s’aperçut que 80 villages n'avaient pas encore d’école primaire ; 90 de celles qui existaient étaient mauvaises. La maison d’école manquait généralement ; n’avait-on pas installé l’école Paoli au-dessus de la prison de Corte ? Le mobilier était déplorable ; les élèves, souvent assis par terre, n’avaient ni papier, ni livres, ni plumes. La condition de l’instituteur était précaire ; mal rétribué avec 200 francs par an, il était obligé de travailler à quelque autre métier et de négliger son enseigne- ment. Il y avait trois écoles supérieures à Morosaglia, à Sollacaro, à l’île Rousse. L’enseignement secondaire était représenté à Bastia par un lycée, ailleurs par deux autres établissements. Une ordonnance du 31 mars 1836 avait en effet organisé le collège Paoli, conformément au vœu et au legs du héros de l’indépendance. Dans aucun département le désir de s’instruire n’était aussi manifeste. Blanqui faisait l’éloge de l’ardeur des élèves et de leur intelligence. Pour les filles, en revanche, rien n’était fait ou prévu ; le nombre des écolières, qui était, en 1850, de 493, était, en 1856, retombé à 41. Sous l’Empire, il y eut bien accroissement du nombre des établissements et de leurs auditeurs, 15.630 pour ceux-ci et 395 pour ceux-là, soit 6.000 de plus qu’en 1836, mais il faut attendre la troisième République et les lois Ferry pour que l’obligation étende l'enseignement primaire aux plus petites localités. On compte actuellement le double d’élèves, 774 écoles et 1.100 instituteurs ou institutrices. Est-ce à dire que les Corses sont désormais tous capables d’écrire ou de lire ? Non, car nulle part les lois démocratiques de 1881 et 1882 ne sont plus violées. Les obligations agricoles et pastorales, la négligence des parents, l’impossibilité pour les maires de sévir contre leurs électeurs laissent beaucoup d’enfants en dehors des écoles. La Corse, pourtant française de cœur, fait encore à son dialecte une place prépondérante dans la conversation, dans les transactions. Nous n’en voulons pour preuves que la nécessité pour le clergé de s’exprimer en patois dans les églises des campagnes, s'il veut être compris, pour les magistrats dans les tribunaux d’avoir un interprète ou d’apprendre le dialecte local. Les municipalités ont trop d’indifférence pour leurs écoles, qui manquent d’hygiène et de local souvent, de matériel scolaire presque toujours. Le nombre des illettrés reste encore trop grand et, quant à ceux qui fréquentent jusqu’à onze ans l’école primaire, ils ont tôt fait d’oublier leurs modestes connaissances, s’ils demeurent au village. L’enseignement primaire reste trop théorique et sans résultat immédiat appréciable. L’enseignement secondaire, avec ses quatre collèges ou lycées et ses deux mille élèves, est plus recherché qu’en aucun autre département, parce qu’il donne accès aux fonctions publiques[15].

 

Il ne faut pas cacher que l’instruction seule transformera la psychologie du peuple corse. Les paroles de Blanqui n'ont jamais été plus vraies : « Les enfants sont d'une vivacité et d’une intelligence remarquables. Toutes mes espérances de régénération morale, pour la Corse, reposent sur les enfants. Je n'en ai vu nulle part d’aussi attentifs, d’aussi graves, d’aussi précoces, d’aussi curieux. C’est une véritable race d’élite. Avec de tels enfants et une telle terre, la Corse doit devenir un des plus beaux départements de France. Tout l’espoir est en eux. Il ne faut pas se flatter de détruire les préjugés enracinés dans l’esprit de leurs aïeux, l’amour de la vengeance, la soif des places, l’ambition de dominer ; mais les enfants pourront comprendre à force d’études communes qu'il est des biens communs à tous. Ils appliqueront les facultés éminentes de leur intelligence à la poursuite plus glorieuse que les triomphes de coterie et de localité[16]. » Tableau très juste et applicable même au XXe siècle, car la psychologie du peuple corse a beaucoup de ressemblances avec celle de ses ancêtres du xvi e siècle. Mêmes qualités et mêmes défauts. Tel était en 1570 l'insulaire, tel il nous apparaît à peu près en 1913. Comme au temps des condottieri, la personnalité a tendance à s’exagérer. L’individu se considère comme supérieur à son voisin ; son amour de l’égalité, cependant indéniable, n’atténue pas l’orgueil qu’il éprouve en lui- même. Que cela tienne, comme on l’a dit[17], à son rôle de chef de famille, qui reste encore prépondérant et lui conserve l’influence sur ses parents et sur sa clientèle, il n’en est pas moins vrai que cette exagération conduit à l’individualisme, c’est-à-dire à une anomalie en notre XXe siècle. De là cette fierté traditionnelle dans son histoire ; le Corse n’a jamais supporté aucun joug ; les Génois l’ont appris à leurs dépens, et de même qu'il s’insurgeait jadis contre l'arbitraire administratif, de même il se révolte contre l’offense d’autrui. Il l’exagère, en fait une cause d’humiliation profonde, et, l'atavisme aidant, il en recherche la vengeance. En peu de pays, le mépris de la vie humaine est aussi grand[18] ; l’assassin par vengeance n’y est pas méprisé ; il trouve au contraire, pour échapper aux lois, le concours des habitants empressés à tromper le tribunal ou la police. Il ne faut pas nier que le montagnard préfère demander réparation à son fusil plutôt que de recourir à un jury qu’il suspecte ou à un tribunal qu'il croit débonnaire. A tort ou à raison, le sentiment de la justice est faussé en lui. Il espère que les magistrats seront indulgents pour son crime ou ceux des siens ; il désire qu’ils soient impitoyables pour ses adversaires ou pour les inconnus. A ses yeux, un criminel est moins coupable qu’un voleur ; les jurés condamnent plus sévèrement celui-ci que celui-là. Aussi les bandits jouissent d’une popularité incontestable, proportionnée aux bons tours qu'ils jouent à la force publique. Au temps du Roi des montagnes grecques, T. Poli fut roi delà Corse et sa mort, en 1827, surprit presque douloureusement ses compatriotes.

En 1835, Blanqui citait à l’Académie le cas du bandit Franceschini, coupable de huit meurtres ; il parcourait la campagne de Sartène, suivi de 200 ou 300 hommes armés, et déclamait contre les riches, comme au temps des Giovannali. Le préfet, qui tenta de le faire arrêter, fut contraint d’y renoncer devant l’accueil inquiétant des paysans. Franceschini quitta volontairement la Corse et se rendit à Rome, où il devint capucin. Son émule Bellacoscia, mort récemment, tint la campagne pendant plus de cinquante ans et eut une renommée presque européenne. De nos jours encore, certains bandits sont considérés comme de très honnêtes gens, malgré leur lutte ouverte avec la gendarmerie. A l’aurore du XXe siècle, le banditisme est redevenu une coutume telle que la connut le XVIIe.

 

Faut-il attribuer au seul rétablissement du port d’armes ce mal regrettable ? Ne faut-il pas aussi en chercher la raison dans le tempérament des insulaires qui, depuis plusieurs siècles, ont pris l’habitude de ne sortir qu’armés ? Comme à l’époque de Sampiero, le Corse ne prise rien plus qu’un beau fusil ; le luxe du paysan consiste à posséder une arme perfectionnée, avec laquelle il s’exerce par le braconnage. Cette passion, que ses ancêtres lui ont transmise, ni l'autorité administrative, ni l’éducation ne l’ont encore calmée. Chasseur et bon tireur, le Corse reste mauvais agriculteur. Doit-on l’attribuer à la paresse ? Non, car il se donne plus de mal pour tirer sa modeste nourriture d’un sol parfois maigre que le Beauceron pour faire produire ses fertiles plaines. Mais un climat trop chaud, le dédain pour la terre, réservée aux Lucquois, la routine de ses méthodes, l'inutilité d'une trop grande production dont il ne saurait que faire, l’absence des capitaux nécessaires à la grande culture, le détournent d’un travail que les générations précédentes ne lui ont pas appris. Sobre par tempérament, malgré l’alcoolisme, il reste pauvre et flâneur, indifférent à tout ce qui fait la beauté d’une civilisation : la littérature et les arts. S’il goûte la poésie, c’est par instinct, non par éducation ; l’habitude de contempler les spectacles de la nature, qui, dans sa patrie, sont toujours merveilleux, l'empêche de s’enthousiasmer pour les conceptions artistiques de l’homme. Un marbre ou un tableau lui semble sans intérêt. De là ce vandalisme qui détruit si souvent et dont il est excusable. Ni le passé ni le présent ne lui ont appris qu’il y a des chefs-d’œuvre humains qu’on doit respecter.

 

Le voyageur qui voit le montagnard du XXe siècle peut se faire une idée de l’insulaire à l’époque de Sampiero, comme si l’ancien régime, Napoléon Ier et III ou la troisième République n’avaient rien fait pour lui. Son reste la base de la société. Une solidarité étroite continue à grouper tous les membres de cette famille, mais avec elle subsiste le clan qui a fait naître les rivalités profondes de village à village. Contre elles, il a cherché un protecteur politique ou social. Son esprit, si profondément démocratique, s’est adapté à une organisation aristocratique. Par goût et par ambition, le Corse recherche donc une clientèle à défendre, une fonction qui l’élève. Dans ce but, il réserve ses préférences au métier militaire, aucun ne peut donner plus d’autorité et plus de distinctions, aucun ne satisfait mieux les qualités de sa race : l’action et le courage. Aucun peuple ne préfère davantage les occupations guerrières aux arts de la paix. Le Suisse qui, en 1792, se faisait tuer aux Tuileries pour défendre la royauté, n’était pas plus fidèle au serment militaire que ne le sont aujourd'hui les insulaires devenus soldats. Jeunes hommes turbulents quand ils sont au village, ils deviennent, sous les drapeaux, respectueux de la discipline, serviteurs zélés, infatigables et débrouillards. Leur aptitude est supérieure à celle de la moyenne des Français[19]. Depuis un siècle, ils remplissent les régiments de leur patrie d’adoption et, tout en restant Corses, se font tuer bravement pour la gloire de cette patrie. Les fastes de l’armée coloniale sont pleins de leurs noms ; les annales de nos guerres content leur héroïsme ; le dévouement d’un Achilli[20], en 1870, en est un exemple connu. Le nombre des volontaires est supérieur chaque année à celui de tous les autres départements ; il fut, en 1870 pour la durée de la guerre, de 790 ; il a atteint, en 1910, le chiffre de 846. Si toutes les régions fournissaient le même contingent, il y aurait annuellement 85.000 engagés, au lieu de 40.000.

Depuis 1789, le sang de ces soldats s’est mêlé, sur tous les champs de bataille, à celui des Français continentaux, et rien n'a cimenté mieux que ces souffrances l'union morale de la Corse et de la France, que Napoléon avait faite. Aucun département, nous pouvons le dire sans hésitation, n’a plus de patriotisme que l’île de Paoli ; chaque incident de frontière fait vibrer longuement le peuple corse tout entier, sa colère s’exhale plus belliqueusement qu’ailleurs. Avec quelles protestations énergiques il accueillit récemment l'irrédentisme italien et les espoirs de conquête du royaume voisin, les journaux l’ont assez dit. Cependant il est Corse et entend rester Corse, car ce nom représente un patrimoine glorieux auquel il ne veut pas renoncer ; par toutes les fibres de son âme, il est Français ; par ses mœurs et ses idées, il demeure Corse. Il confond dans son cœur la grande et la petite patrie, mais les sépare dans son esprit. Contradiction apparente, qui tient à son histoire longtemps séparée de celle de la France, et à sa géographie qui est celle d’une île isolée par la mer.

 

Cette contradiction est, au fond, le trait le plus curieux du Corse au XXe siècle. Démocrate par tempérament, il envie la noblesse ; amoureux de l'égalité, il aime la domination. Nonchalant et rêveur dans son village, il devient un homme d'action et d’effort, un lutteur audacieux, quand il aborde au continent. -Son intelligence se réveille, son amour du combat le soutient. Les insulaires, disait Filippini au XVIe siècle, réussissent dans toutes les carrières. Ces paroles s’appliquent aussi bien à ceux du XXe siècle. Industriels, commerçants, administrateurs, diplomates, militaires, ils réussissent en tout. Les Cap-Corsins, émigrés au Venezuela ou aux Antilles, reviennent très souvent après richesse acquise. Les fonctionnaires s’élèvent jusqu'aux plus hauts emplois ; les généraux corses sont nombreux depuis Napoléon Ier. Transportez un insulaire loin de son pays, aussitôt les qualités qui sommeillaient en lui s’éveillent et agissent. L’ambition de la gloire ou de la fortune, qui dans l’île ne pouvait trouver aucun aliment, se révèle puissamment dès qu’un vaste champ d’action s’offre à l'individu. Une race dont l’adaptation se fait aussi vite, dont les aptitudes semblent aussi variées qu’étonnantes, pourrait donc transformer d’une manière merveilleuse le sol qu’elle habite. Les bras en effet ne manquent pas. Grâce à la paix, la population, du reste prolifique[21], a rapidement augmenté jusqu’en 1900. Elle était en 1774 de 120.000 ; en 1793, de 150.000 ; en 1815, de 175.000. En 1860, elle atteignit le chiffre de 240.000, et en 1900, celui de 295.000. Malgré la forte mortalité, l’excédent des naissances, qui prouve une race forte et jeune, est la seule cause de cet accroissement. Qu’a donc fait la nation corse pour prendre, au xix e siècle, l’essor économique que le nombre de ses membres et la nature de son sol lui permettaient d’avoir ?

 

Trois documents officiels nous permettent de le dire. Ils apprécient à des époques différentes la situation du pays. Le premier date de 1821 ; il nous est fourni par le savant qu’un ministre envoya rechercher les richesses minéralogiques de la Corse. « Cette île, a-t-il dit, d’une vaste étendue, n'a qu'une population de 170.000 âmes. Les grains qu’elle produit ne suffisent pas à sa consommation. On n’en exporte presque rien, il faut y importer 3 millions par an. Telles sont les raisons d’où l’on fait résulter la stérilité du pays. Les sciences, les arts, les manufactures, le commerce sont entièrement étrangers aux Corses. Tout le monde connaît la position de cette île. La température y est plus belle qu’en Provence et la terre naturellement fertile est propre à presque tous les produits. On y recueille du bon vin, des olives, des oranges, on y a fait des essais heureux de beaucoup de cultures ; 1/27 seulement de l’île est cultivé ; 21/27 sont occupés par les makis, 5/27 consistent en futaies ou en rocs pelés. Quant à la portion cultivée, il faut s’étonner de lui voir donner quelques produits ; faute d’écurie et de fumier, la terre est obligée de produire sans engrais etc.[22]. »

Quinze ans s’écoulèrent. En 1836, Blanqui reçut une mission d’enquête sur la Corse, au double point de vue social et économique. Son rapport nous fournit un tableau saisissant de la stagnation de la Corse : « Je ne sais ce que vaut la Mitidja d'Afrique, mais j’adjure mes concitoyens de se souvenir qu’il existe, à vingt-quatre heures de Toulon et à huit heures de Livourne, une Mitidja française comparable à la Terre promise et propre à toutes les cultures. Le chanvre, la garance, la betterave, la patate, la vigne, l’olivier, le coton, la canne à sucre, le mûrier, les fleurs à parfum y prospèrent à des degrés différents. Les premières prairies artificielles à irrigation y ont donné huit coupes de luzerne en une seule année. Avant vingt ans d’ici, ce beau pays aura changé de face. La plaine du Fiumorbo, celle de Campo dell’Oro ont leur caractère particulier, comme la Beauce et la Brie ; le cap Corse représente assez bien la Bourgogne et ses vins ; la Balagne, nos champs d’oliviers de Grasse et d’Antibes ; les environs de Sartène et la plaine de Propriano, le Languedoc entre Montpellier et la mer ; le Niolo, nos régions élevées et sauvages du Cantal. Etudiée avec soin dans sa constitution intime, la Corse offre des différences profondes entre les parties les plus rapprochées de son territoire. Elle a une Bretagne, une Alsace, une Provence, une Normandie.

« La Corse est un pays essentiellement agricole ; il n’y existe aucune industrie importante et le commerce n’y peut vivre que de l’échange des produits du sol contre les marchandises du dehors. Tous les efforts doivent donc tendre à l’amélioration de l’agriculture qui seule peut enrichir les habitants et contribuer efficacement à la prospérité de l’île. Mais l’agriculture y est essentiellement bizarre, comme la contrée elle-même qui ne ressemble à aucune autre. Nulle part en effet on ne rencontre une aussi grande quantité de terrains incultes ; les estimations les plus modérées les évaluent aux 9/10 de la surface générale de l’île. Le seul dixième cultivé ne doit qu'à son admirable fécondité les produits très bornés qu’on en retire... C'est l'anarchie dans l'ignorance et l'insouciance dans l'égoïsme (p. 29).

« On ne saurait trop se persuader en France que pour rendre le département de la Corse à lui-même, il faut de grands efforts de mise en œuvre et des préparations fort coûteuses Ce qu’on appelle parmi nous routes départementales, ce sont dans le pays d’affreux sentiers à peine praticables aux chamois et aux chèvres La mère patrie doit à la Corse les éléments primordiaux de cette civilisation, c’est-à-dire les avances que la puissance sociale ne saurait refuser à la faiblesse individuelle. Ce pays remarquable en est encore à la période patriarcale, à la vie de berger, de chasseur. Comment faudrait-il s’y prendre pour décupler, cet espoir est permis, les productions naturelles et pour y naturaliser toutes celles dont son beau territoire est susceptible ? Encore une fois, la France ne saurait, sans injustice pour nos concitoyens et sans dommage pour elle-même, abandonner aux broussailles, aux chèvres et aux bandits une terre où végètent avec une égale énergie les palmiers, les orangers, les mûriers, les châtaigniers et les pins ; où des haies de figuiers d’Inde et de cactus d’Afrique servent de clôture à des luzernes qui produisent huit coupes par année.

« Ce magnifique assortiment de toutes les richesses végétales des pays les plus chauds et les plus tempérés, ces plaines brûlantes et ces fraîches vallées ne sauraient demeurer plus longtemps stériles. 200.000 âmes de population dans un département, le second de France en étendue et le premier de tous par la variété des ressources qu’il offre à l’agriculture, en vérité, c’est trop peu. C’est trop peu quand on sait que le sol en pourrait nourrir trois fois davantage sans efforts surhumains. Mais, encore une fois, pour recueillir, il faut semer. La Corse a été jusqu'ici un sanctuaire fermé aux profanes ; il est urgent désormais de l’ouvrir. Elle ne possède pas les capitaux nécessaires à la meilleure exploitation des ressources, il faut que l’association les lui procure. Pour atteindre ce but, l’État doit lui fournir des routes à tout prix, des routes royales, s’entend, parce que le pays est incapable de suffire même à des routes départementales d’une certaine étendue. On doit en outre assainir les marais et achever dans les ports les améliorations indiquées. »

Louis-Philippe entreprit donc de guérir en partie le malaise de la Corse. Il n'en eut pas le temps, l’œuvre à accomplir était immense. Quand l’empereur débarqua, en 1860, les plaintes des insulaires prouvèrent que la civilisation, loin d’avancer, reculait. Le programme impérial eut le sort du programme royal. La Corse végéta jusqu’au jour où l’opinion publique, préparée par l’instruction que les insulaires recevaient sur le continent, se réveilla[23]. Les lamentations se firent éloquentes ; le gouvernement, poussé par la presse continentale, voulut mieux connaître l’état de l’île. Une commission d’enquête se rendit surplace et produisit un rapport sur les moyens de relever une fois pour toutes ce pays. Ce document, paru au Journal officiel[24], révéla une situation plus navrante encore que celle de 1836 : « La pauvreté du pays est extrême. Rien de comparable n’existe. Ni la Bretagne, ni les Hautes-Alpes, ni peut-être aucun pays d’Europe ne peuvent donner une idée de la misère et du dénuement actuels de la Corse. Dans la plupart des villages, on ne connaît d’autre viande que le porc. Peu de légumes. Le pain et le fromage de chèvre constituent l’élément essentiel de la nourriture. Le Corse vit avec quelques sous par jour. Dans certaines communes, on procède encore par échanges. Même dans une ville comme Sartène, le paysan écoule ses produits sur le marché contre d’autres produits de première nécessité, sans avoir recours au numéraire. Le receveur des finances en tournée ne peut trouver dans un village la monnaie d'une pièce de cinq francs. Tous les habitants de la commune réunis ne possédaient pas cette somme en argent. En Corse, il n’y a ni agriculture, ni industrie, ni commerce. Ce pays ne peut même pas nourrir ses habitants. Il importe annuellement 225.000 quintaux de farine et bien des habitants ne mangent que du pain de seigle ou de farine de châtaignes ; il importe plus d'un million de kilogrammes de pommes de terre, que son sol est apte à produire[25]. » Bref, c’est la misère, conclut le rapport. L’aveu est officiel. Retenons-le.

 

En 1908, la Corse, « que les grands courants d'opinion et la civilisation contemporaine n’ont pas encore pénétrée », reste donc ce qu’elle était à l’époque génoise. Politiquement, le pays est aussi morcelé qu’il le fut jadis ; les pièves devenues cantons ont peu de relations ; l’En-deçà comme l’Au-delà, par leur mentalité, continuent à être séparés ; les rivalités locales absorbent toutes les énergies d’un peuple qui n’en manque pas ; les intérêts généraux ou les aspirations communes sont toujours ignorés. Les voies de communication, qui pourraient accélérer l'unité, ne sont pas encore suffisantes ; après l'effort de Louis- Philippe et de Napoléon III pour doter le pays d'un ensemble de voies commerciales, il y a eu ralentissement. Le réseau vicinal, qui est le plus facile et le plus utile, à proprement parler n’existe pas. Les voies ferrées n’ont commencé qu’en 1889 ; elles sont toujours trop incomplètes pour produire d’excellents résultats. Les côtes restent désertes et sans vie maritime, dans un pays dont Napoléon Ier disait que le cabotage devait être la principale communication. Les relations par mer avec le continent sont confiées au monopole d’une seule compagnie. Morcelée au dedans, la Corse n’est pas assez étroitement reliée à la France. Au point de vue social, les mœurs ont peu changé : l’individualisme, l’émigration, la passion des armes caractérisent encore la nationalité corse. Ces trois maux, auxquels la Chronique, après la mort de Sampiero, attribuait le dépérissement de la Corse, paraissent sur le point de produire le même effet. Après 1900, l’accroissement de la population, qui était régulier depuis cent cinquante ans, s’est ralenti ; le recensement de 1906 ne donne que 291.160 habitants au lieu de 295.000 ; celui de 1911 accentue la décadence, on ne compte plus que 288.820 insulaires sur une terre qui en nourrirait facilement un demi- million, alors qu’elle reste au premier rang des départements pour le chiffre des naissances. Quant à la situation économique, on la sait maintenant épouvantable. Depuis deux cents ans, la civilisation corse a donc fait peu de progrès.

 

Un tel jugement est moins exagéré qu’il ne paraît. Sans doute, la France a fait, au cours de ce siècle, sentir son action bienfaisante. Les villes embellies, les travaux d’art construits, les œuvres d’assistance fondées montrent qu’elle ne s’est pas désintéressée d'un pays qui se donna à elle en 1768, plus qu’elle ne le conquit. Mais son œuvre fut trop intermittente pour qu’elle ait remédié à vingt siècles d’histoire anarchique. Le malaise politique et social vient peut-être d’en bas, toutefois elle ne l’a pas combattu d’une manière suivie. Les régimes se sont trop vite succédé, les préfets ont été trop éphémères pour avoir eu le temps de guérir la Corse. A un mal épouvantable, créé par l’histoire et la géographie, il faut un remède approprié. Le plan de relèvement, indiqué en 1908, n’est peut- être pas le meilleur qui puisse être trouvé, mais il a l’avantage d’être un programme déjà tracé. Il n’y a qu’à l’exécuter. L’assainissement de la plaine orientale et l’achèvement du réseau des chemins de fer, qui viennent d’être décidés, sont des mesures heureuses, mais, pour que ces lois récentes et les promesses de 1908 aient un effet prochain, il sera nécessaire de posséder beaucoup d’esprit de suite, une grande patience et une forte énergie. Telles furent les qualités de Paoli et de Marbeuf ; aussi réussirent-ils mieux que tous dans l’œuvre de régénération. La Corse, livrée à ses seules forces, est un corps trop affaibli pour appliquer le régime qui lui est indiqué : il lui faut un tuteur à la fois riche et paternel, qui corrigera ses erreurs et la conduira sans défaillance jusqu’à la civilisation des peuples contemporains. La tâche est difficile. Est-elle trop lourde pour la France ? « Il faut agir, c’est nécessaire, a dit la commission interparlementaire de 1908 ; il faut agir immédiatement, c’est l'intérêt du pays tout entier, mais il faut procéder avec prudence et avec sagesse. Il faut surtout faire confiance à la race corse, à ses qualités de courage, de décision, d'énergie incomparables, à sa vitalité puissante, à ses qualités merveilleuses d’assimilation. » Comme l'a dit, dans une brochure remarquable par sa compétence et sa documentation, un historien qui parcourut tout récemment la Corse, c’est une terre qui meurt[26].

 

La France doit à elle-même, à son renom dans le monde, d’empêcher cette mort. Une république démocratique ne laisse pas périr une partie de ses enfants, les plus fidèles peut-être ! Un pays riche et civilisé comme le nôtre ne regarde pas se débattre au milieu d'une agonie un peuple qui se donna à lui et crut en ses promesses d’un avenir meilleur. Un État que ses rivaux mêmes ont placé à la tête de la civilisation contemporaine ne garde pas près de lui, en pleine Méditerranée, dans un siècle où tous les peuples concourent au progrès et au bonheur universels, une terre riche et fertile inculte et misérable. On pourrait l’accuser de faillir à ses devoirs.

Livrés à leurs seules forces, les insulaires sont impuissants à combattre les misères dont ils sont les victimes plutôt que les auteurs. Ils subissent les lois que la géographie intraitable impose à leur pays, les souffrances que l’histoire y a apportées. Pour adoucir les unes et les autres, il faut plus que leur faiblesse, il faut toute la puissance de l’État français.

Une partie de l’élite corse, réunie en congrès à Corte, en 1909, lui a fait entendre un grand cri de détresse. C’est le cri d'un enfant qui a conscience, enfin, du mal qui le mine et demande à sa mère secours et assistance. C’est l’appel d’un peuple qui, dans les mêmes circonstances, en 1729, rejeta pour toujours la domination génoise et qui, depuis cette époque, espéra obtenir de la France un remède à sa détresse. Tour à tour, l’ancien régime, l’Angleterre, Napoléon Ier, Louis-Philippe, Napoléon III lui promirent sa renaissance économique et morale. Des raisons historiques et géographiques l’ont toujours empêchée. La troisième République, dont la fondation remonte déjà à quarante ans, est assurée d’une assez longue vie pour réaliser le programme trop vaste pour les régimes antérieurs. « Pour la grandeur, pour la sécurité française, a-t-on dit, c’est un intérêt de premier ordre qu’une île dont la possession est si importante pour la France, si convoitée par l’Italie et par d'autres puissances, jouisse enfin des indispensables bienfaits de la solidarité nationale[27]. » Alors s’achèvera l’histoire proprement dite de la Corse. Après être devenue territorialement française en 1768, après avoir uni moralement ses destinées à celles des Français à partir de 1815, les Corses seront Français « par le sentiment qu’ils doivent à la France leur relèvement économique, une vie plus heureuse (enfin !) et aussi, car les besoins de dignité sont plus forts chez eux que les besoins du bien-être[28], par le sentiment qu’ils occupent une place d’honneur dans la grande famille française. »

 

LECTURE

LES FONDEMENTS DE LA PSYCHOLOGIE DU PEUPLE CORSE

Je trouve dans la chaîne des révolutions que ce peuple a éprouvées, depuis qu'il appartenait aux Carthaginois, jusqu’à ce jour, que ces insulaires ont presque toujours vécu dans un état violent ; .passant continuellement et contre leur gré d'une puissance à une autre, sans vouloir jamais en reconnaître aucune ; sans gouvernement suivi ou adopté ; sans lois observées ; sans police ; presque toujours les armes à la main ou disposés à les prendre ; n’ayant d’autre règle de conduite que leurs passions, leurs animosités ou leur volonté ; ne se soumettant jamais qu’à la nécessité ou au plus fort ; divisés par une infinité départis ; déchirés de factions ; se faisant la guerre à eux-mêmes ; le plus fort disposant ou vendant le plus faible ; aigris de leur situation ; humiliés de se voir toujours opprimés et méprisés de ce qu’ils ne sont pas assez forts pour résister ; et assez riches pour désaltérer la soif de leurs maîtres ; doués d’un caractère inflexible, ne pouvant se plier à la contrainte et encore moins à la servitude ; jaloux à l’excès de leur liberté et pourtant toujours accablés sous le joug le plus dur ; restant néanmoins assez vigoureux par leur caractère, aidés par la situation avantageuse de leur île pour réclamer constamment leur liberté comme le souverain bien et manquant de force pour se la procurer ; leurs efforts les faisant passer continuellement de cette lueur d’espérance à une servitude encore plus dure : le désespoir ne les arrachant de la tyrannie que pour les replonger dans l’anarchie ; dans cet état, cherchant partout un protecteur et ne trouvant qu’un tyran. Ne doit-on pas convenir que le peuple le plus vertueux vivant dans cette crise pendant des siècles devait nécessairement contracter tous les vices qu’on lui reproche ?

Mémoires d'un officier de Picardie, p. 236 (Bulletin de la S. des Sciences corses).

 

 

BIBLIOGRAPHIE

Bulletin des Lois.

Délibérations du conseil général.

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ALBERT QUANTIN. — La Corse : la nature, les hommes, le présent, l'avenir ; Paris, Perrin, 1914.

Ajouter la bibliographie indiquée à l'intérieur du chapitre.

 

FIN DE L'OUVRAGE

 

 

 



[1] Un contemporain de Louis XVIII écrivait en 1819 : « Depuis quelques années on se déchaîne contre lui, le Corse, avec une sorte de fureur ; chacun l’insulte, personne ne te défend et le plus mince employé croit, en entrant dans l’île, que le droit d’en traiter les habitants en ilotes fait partie des attributions de sa place. Le Corse n’est point heureux aujourd’hui et je doute que son sort puisse s’améliorer de sitôt. » Cf. SIMONOT, Lettres sur la Corse, Chaumerot, Paris, 1821.

[2] FRANCESCHINI, Un préfet de la Corse sous la Restauration, M. de Saint-Genest (1815-1818). (Bulletin de la Société des sciences corses, 1913.)

[3] RÉALIER-DUMAS, Mémoire sur la Corse ; Paris, 1819.

[4] Il s’agit de Dupré-Lasale, conseiller à la cour, qui employa ces paroles dans un arrêt du 23 janvier 1875.

[5] GUEYMARD, Voyage géologique et minéralogique. (Bulletin de la S. des Sciences corses, 1883.)

[6] Il mourut en 1851.

[7] « En agissant avec persévérance et fermeté, on parviendra à modifier les mœurs corses, qui sont le seul obstacle à cette amélioration. Que le Corse ne sorte plus armé, que les fonctionnaires d’ordre inférieur étant choisis parmi les hommes du continent n'encouragent plus la guerre civile et l'impuissance des lois. » (Lettre à M. Dupin, dans Mémoires de Dupin, p. 543.)

[8] Il faut lire ce rapport. Jamais étude n’a été plus précise et plus vraie, encore de nos jours.

[9] Rapport fait au nom du Comité de l'agriculture et du Crédit foncier sur la proposition des citoyens Casablanca, Napoléon et Pierre Bonaparte, Conti, Pietri et Abbatucci, relative à l’assainissement et à la colonisation du littoral de la Corse.

[10] Cf. Voyage de l’empereur en Corse et ses conséquences, par JEAN DE LA ROCCA ; Bastia, Fabiani, 1860.

[11] JEAN DE LA ROCCA, ouvrage cité.

[12] CONTE GRANDCHAMPS, La Corse, sa colonisation et son rôle dans la Méditerranée ; Hachette, 1859.

[13] JEAN DE LA ROCCA, ouvrage cité, p. 57.

[14] Le sombre tableau qu’un journaliste fit, il y a quelque vingt ans, des mœurs électorales corses, n'est malheureusement pas tout à fait inexact (PAUL BOURDE, En Corse, Paris, Calmann- Lévy).

[15] Chaque année, il se présente 250 élèves au baccalauréat et 650 aux divers brevets, plus que dans un autre département d’égal peuplement (cf. Journal officiel du 26 septembre 1908).

[16] Ouvrage cité, p. 84.

[17] L. VILLAT, La Corse et l'esprit corse (Revue Bleue du 5 août 1911).

[18] Conte Grandchamps écrivait en 1859 (ouvrage cité, p. 72) : « Le nombre des assassinats qui se sont commis en Corse depuis 1821 jusqu’en 1852 est de 3.419. » Blanqui disait déjà en 1838 : « Le ministère public a poursuivi de 1831 à 1837 (après le rétablissement du jury en 1831) le jugement de 944 assassinats. » Si les crimes ne sont pas aussi nombreux aujourd’hui, nulle part le rôle des assises n’est aussi chargé qu’en Corse, où le banditisme reflorit.

[19] Grandchamps le signalait déjà en 1859 (cf. p. 40).

[20] On sait que le colonel Achilli se fit tuer à la tête de son régiment pour protéger la retraite de l’armée française en Suisse.

[21] La Corse est le second département de France pour l’importance des naissances annuelles ; on compte 410 enfants pour 100 familles. Seule la Lozère a un chiffre plus élevé. La moyenne de la France entière est au contraire de 293 enfants par 100 familles. Il y a en Corse 4 enfants par famille, en France 2. (Cité par la Renaissance de la Corse, 9 janvier 1913).

[22] GUEYMARD, ouvrage cité.

[23] Cf. l’historique de cet éveil dans le remarquable article de M. Aulard paru dans la Grande Revue du 10 septembre 1911 : France et Corse.

[24] Numéro du 26 septembre 1908.

[25] Depuis quarante-quatre ans, la production en céréales a diminué de moitié ; l'enquête officielle de 1861 sur l’état de l’agriculture en France évaluait la quantité de froment récoltée à 610.000 hectolitres valant 12 millions de francs ; aujourd’hui elle atteint à peine 313.000 hectolitres valant 7 millions (cité par la Renaissance de la Corse du 12 décembre 1912).

[26] H. HAUSER, Une terre qui meurt (Paris, Revue du Mois, 1909) ; Maux et remèdes (Revue politique et parlementaire, 1909). Elle vaut la peine d’être lue. Aucune enquête plus impartiale, plus complète, plus vraie n'est capable de donner une idée plus frappante et plus triste de la Corse au XXe siècle.

[27] AULARD, article cité.

[28] AULARD, article cité.