HISTOIRE DES CORSES

TROISIÈME PARTIE — LA CORSE FRANÇAISE - LA GUERRE DE QUARANTE ANS

 

CHAPITRE XV. — LE ROYAUME ANGLO-CORSE (1794-1796).

 

 

La défection de Paoli, en juillet 1793, eut pour conséquence l'occupation, pendant près de trois ans, de l’île de Corse par les Anglais. Conquise avec une très grande facilité par les ennemis, elle leur fut reprise non moins aisément. Ce double événement risquerait de surprendre, si l’on ignorait les conditions dans lesquelles se firent tour à tour l’occupation et l’expulsion.

 

Tout d’abord, il faut considérer la fondation du royaume anglo-corse comme l’un des nombreux incidents qui caractérisèrent l’anarchie dans laquelle la France était tombée. L’exécution de Louis XVI d’une part, l’expulsion des prêtres réfractaires de l'autre, le malaise économique et la détresse financière avaient causé sur tout le territoire un affaiblissement du patriotisme, qui se traduisait par des révoltes en Bretagne, en Vendée, à Bordeaux, à Marseille, à Toulon, à Lyon. A l’étranger, les différentes cours de l’Europe s’étaient déclarées contre un gouvernement criminel, en apparence, incapable de se défendre et digne d’un châtiment. Crise de séparatisme au dedans, menaces d'invasion au dehors étaient des dangers tellement immédiats qu’il aurait fallu le patriotisme le plus convaincu et le plus intangible pour résister au découragement. Comment la Corse, nouvellement soumise par la force, aurait-elle eu plus de foi dans les destinées françaises que certaines provinces de la République française, incorporées depuis plusieurs siècles au domaine national ? Comment ceux d’entre les Corses, qui avaient accepté la domination royale, dans l’espoir d’en retirer la prospérité et la tranquillité depuis longtemps souhaitées[1], auraient-ils eu plus de fidélité qu’un Normand ou un Breton ? Parmi ces insulaires que la Révolution avait déçus, il faut citer en première ligne Pascal Paoli. Le chef des Corses avait toutes les raisons du monde de déserter la cause française. Il n’aimait pas le pays qui l’avait jadis contraint à l’exil et, par un sentiment bien naturel, il lui préférait la Grande- Bretagne dont l’hospitalité l’avait nourri pendant vingt ans. Il comparait les institutions si libérales, la grandeur maritime et coloniale de celle-ci avec les défaites et la tyrannie de la Convention ; il souhaitait que sa patrie, protégée par l’Angleterre, participât à son développement économique et politique. Enfin il se sentait profondément blessé dans son orgueil et dans sa gloire, à la pensée que le comité de Salut public l’avait mis hors la loi, sous la surveillance de son compatriote Saliceti. Le sentiment, l’intérêt, le dépit et la raison poussaient Paoli à détacher son pays de la France.

 

Il le pouvait avec la plus grande facilité, car il était tout-puissant sur l’esprit de ses compatriotes. Le commissaire anglais, sir Gilbert Elliot, qui fut envoyé pour apprécier cette popularité, écrivait en effet : « (Les Corses) sont passionnément attachés à Paoli, et les menaces dont sa personne a été l’objet de la part de la Convention française ont été le signal de la révolte la plus générale et la plus instantanée que l’on ait jamais vue dans ce pays pourtant si sujet à des insurrections générales... Je ne crois pas qu'il y ait eu un seul homme, une femme ou même un jeune enfant, parmi les milliers de Corses que nous avons vus, qui soit venu sans crier : Viva Paoli ! » Il y avait chez tous les insulaires de l’admiration aussi bien que de la reconnaissance pour un homme qui les avait glorifiés à l’étranger et qui avait soigneusement conservé sa réputation de patriarche de la liberté. Paoli avait donc aisément converti ses partisans à l’idée que la Grande- Bretagne pourrait seule leur donner la prospérité et la liberté qu'ils avaient toujours rêvées. C’est pourquoi tous les cris de « Vive Paoli ! » se terminaient par ceux de « et la nation anglaise ».

 

Le ministère anglais convoitait d’ailleurs depuis 1745 au moins cette île dont la position maritime et les ressources forestières lui auraient été avantageuses. La France ne l’ignorait pas ; elle connaissait les tentatives avouées ou secrètes du cabinet de Londres sur la Corse et ses regrets de n'avoir pas réussi à les rendre effectives. La Législative et la Convention avaient été informées à maintes reprises des desseins du roi Georges, depuis -1792. Le 28 janvier 1793, sans remonter plus loin, Saliceti avait dit à la tribune combien cette question méritait la sollicitude des représentants du peuple : « Si les ennemis réussissent à s’emparer des principaux ports de Corse, il leur sera très facile de détruire notre commerce du Levant, de porter par là un coup mortel à tout le Midi de la France et à la florissante ville de Marseille en particulier ». Le 4 avril suivant, Barère prophétisait : « Pitt a rendu le cœur de Paoli anglais... et Pitt cherchera tous les moyens de s’emparer de l’île de Corse. Les Anglais l’envient... L’Angleterre veut tyranniser la Méditerranée, comme elle tyrannise l'Océan. » Le 23 mai, le même orateur répétait : « Nous devons craindre que la première entreprise des escadres anglaise et espagnole ait la Corse pour objet. Cette expédition sera infructueuse, si nous n’avons pas à craindre une grande division dans l’intérieur du pays, car à l’approche des ennemis, on verrait diminuer le parti de la République... »

 

Barère devinait juste, comme le prouvèrent les événements. La Convention aurait eu tout le temps de mettre à profit ces avertissements et d’organiser la défense de la Corse. La flotte anglaise de la Méditerranée, retenue par le siège de Toulon, dont elle devait s’emparer le 27 août, puis par la lutte contre les Français qui réassiégèrent cette place et la reprirent le 19 décembre, ne put intervenir en Corse que six mois après l’appel de Paoli. La Convention put donc décréter, le 1er juillet, que les républicains insulaires seraient secourus et un appel au patriotisme des autres rédigé. Elle divisa l’île en deux départements, pour en faciliter la défense, subissant à son insu l’antagonisme géographique des deux régions de l'En-deçà et de l’Au-delà. Elle consacra un fonds de 500.000 livres à la fortification des villes maritimes et invita son délégué, Lacombe Saint- Michel, dont les deux collègues, Delcher et Saliceti, avaient regagné le continent le 20 juin, à assurer la conservation de ce département à la République. Lacombe, député du Tarn, n’était connu jusqu’alors que par son vote en faveur de la mort du roi. Mais, à lire sa correspondance, il apparaît comme un des hommes les plus énergiques de son temps. On reste émerveillé par l’activité débordante qu’il déploya, par les efforts presque surhumains qu’il accomplit pour approvisionner les citadelles ou relever leurs remparts. Il est le plus glorieux des héros républicains : « Je me rends à Calvi, écrit-il le 22 juin, pour mettre la ville en état de défense... Si les ennemis viennent nous attaquer, ils ne nous prendront pas, dussé-je faire sauter la place et moi avec[2]. » Le 1er octobre : « J’attends avec impatience que les Anglais et les sujets fidèles de Pascal Ier viennent à Calvi. L’artillerie de cette place est malade, mais j’y suis et j’y exerce 210 canonniers qui leur feront plus de mal qu’ils ne pensent. » Le 23 janvier 1794 : « Si les ennemis veulent venir, je les recevrai à la baïonnette ; c’est là (à Bastia) que nous les attendons. Paoli répand le bruit que la famine nous assiège, que la ville va se rendre. Je lui ai fait dire de venir lui-même et que je me chargeais de lui en apporter les clefs. » Puis il énumère complaisamment les 7.000 quintaux de blé qu’il a entassés dans Bastia, les grils à rougir les boulets qu'il a réunis à Calvi, le bétail, le vin, dont il a garni les places fortes, les prises dont il est entré pour plus de deux millions de francs à Bastia en un mois, l’héroïsme des troupes placées sous ses ordres, l'énergie qu’il déploie envers les traîtres et auxquels il fera casser la tête, sans beaucoup de formalités. On pouvait croire qu’avec un tel homme la Corse serait réellement invulnérable. Malheureusement ce n’était là souvent que fanfaronnades ou exagérations. La réalité était tout autre. Lacombe avait déserté Bastia, sa capitale, pour Calvi, qu'il croyait plus facile à défendre. Il fallut une réclamation indignée des habitants pour qu'il y retournât. Sa conduite ultérieure montrera du reste qu’il n’était pas l’homme de la situation. La lettre[3] écrite par un de ses collègues au général en chef de l’armée d’Italie, dont il dépendait, dépeint la situation de la Corse d’une manière bien différente. L’armée manque de tout, même du nécessaire, tandis que les Anglais rôdent sur les côtes et viennent même de faire une tentative sur Saint-Florent. L’île restait en effet à la merci d’un coup de force. Par la négligence des uns et l’incapacité des autres, les Anglais pourront s’en rendre maîtres, dès qu’ils le voudront sérieusement.

 

C’est en janvier 1794 que leur escadre, rendue disponible par la perte de Toulon, parut sur les côtes de la Balagne. Les troupes françaises, pressées de tous côtés par les paolistes, s’étaient retirées dans les trois places de Calvi, Saint- Florent et Bastia. Lacombe avait envoyé une reconnaissance par mer contre Ajaccio[4] et par terre contre Biguglia, mais elles avaient été accueillies à coups de canon ici, à coups de fusil là. Les républicains franco-corsés n’étaient pas plus de 5 à 6.000 hommes ; ils n’osèrent rien entreprendre. Resserrés sur terre par les paolistes, ils furent bientôt assaillis du côté delà mer par la flotte anglaise de l’amiral Hood, dont les quarante bâtiments étaient signalés le 29 janvier dans le golfe de Saint-Florent. L’attaque de cette forteresse eut lieu le 5 février. Lacombe en personne y commandait avec un millier d’hommes et deux compagnies du 61e Vermandois « dont le patriotisme est inimaginable ». La principale défense était la redoute de Fornali, située sur une colline escarpée au-dessus du golfe et que le général en chef disait « inexpugnable ». Les Anglais y parvinrent cependant après des prodiges d’énergie et d’adresse ; « le capitaine Cook fit monter par deux cents marins quatre pièces de 18 et deux mortiers sur une colline plus élevée. On attacha de grosses cordes autour des rochers, puis on adapta à ces cordes les plus fortes poulies et les plus puissants palans. Les canons furent posés sur des traîneaux à l’un des bouts des palans et les hommes halèrent en tenant l'autre bout. » La surprise des Corses égala celle des Français. Pendant quatre jours, Fornali fut bombardée (du 14 au 17 février), et le 17, dans la nuit, l’assaut donné par l’ennemi épouvanta la garnison, qui abandonna le fort aux cris de : « Sauve qui peut ! » La panique gagna Saint-Florent, que Lacombe dut évacuer précipitamment le 19 février, et se propagea jusqu'à Patrimonio. Les fuyards ne s’arrêtèrent qu'à Teghime[5].

 

L’occupation de Saint-Florent permit aux Anglais de concentrer leurs efforts sur Bastia. Dès le 19 février (1er ventôse), ils essayèrent un débarquement à Miomo. Le 23, le siège devint effectif et débuta par un bombardement au cours duquel cinq navires anglais, commandés par le futur grand amiral Nelson, alors simple capitaine, lancèrent 500 boulets environ. La ville résista trois mois. Lacombe, assisté du général Gentili, avait mis en état de défense les forts de Montserrato, de Saint- François, San-Gaëtano, Straforello, brûlé Cardo, repaire des paolistes, et construit une batterie aux Capanelle. Pendant le mois de mars, un désaccord entre le commandant anglais des troupes de terre Doundas et Nelson empêcha le blocus d’être rigoureux, Au début d’avril, le remplacement de Doundas par le général Stuart, l’établissement d’une forte citadelle à Toga, à 1.600 mètres seulement de la citadelle et l’arrivée de toute la flotte ennemie avec Hood, accrurent les souffrances des assiégés ainsi que des 2.500 hommes de la garnison. Depuis le 11 mars, les vivres avaient commencé à manquer. Le 25 avril, Lacombe réussit à s’échapper de Bastia, désertant son poste ; il avait donné comme prétexte la nécessité d’aller lui-même à Gênes organiser le ravitaillement de la place. Tentatives bien vaines, car les Anglais, après avoir construit une sixième batterie, à 600 mètres de la ville, écrasaient les habitants sous la mitraille. En mai, la ration fut réduite à douze onces par jour. Néanmoins le maire Galeazzini répondait à la sommation des ennemis : « Nous rendrons bombe pour bombe et boulet pour boulet ». Le 19 mai, un secours envoyé par Lacombe n’ayant pu réussir à pénétrer dans le port, il fallut bien songer à la reddition. Elle fut discutée le 20 et accomplie le 22. Les assiégés avaient perdu 743 hommes, reçu environ 1.200 boulets et 7.370 bombes. Leur résistance durait malgré cela depuis trois mois. Ils eurent les honneurs de la guerre, le droit de conserver leurs armes et de se faire transporter à Toulon. Enfin, fait très rare dans l’histoire des capitulations, ils gardèrent le droit de reprendre immédiatement du service dans les armées de la République.

 

Bastia prise, il ne restait plus qu’à s’emparer de Calvi pour que toute la Corse fût anglaise. Le siège de cette citadelle, que Lacombe avait juré de défendre jusqu’à la dernière goutte de son sang, dura du 20 juin au 8 août 1794. Le général Raphaël Casablanca et le commissaire de la Convention, Arena, disposaient de faibles moyens, de mauvais canons et d’une petite garnison. Mais ils réussirent à communiquer leur patriotisme aux habitants et à faire de ce siège un des épisodes les plus glorieux de la guerre. C’est ici que Nelson fut blessé à la figure par la chute d’un boulet français et eut l’œil gauche crevé. Lorsque les munitions et les vivres manquèrent, quand la garnison fut réduite à 150 hommes, et quand presque toutes les maisons eurent été détruites, Calvi dut, le 5 août, accepter le sort de Bastia et les mêmes honneurs. « Elle aurait pu tenir plus longtemps, écrivait Casabianca à la Convention, si elle avait été mieux approvisionnée et mieux secourue. »

De sorte que l'expulsion des républicains de l’île était due surtout à l’insuffisance des renforts qu’ils y avaient envoyés depuis six mois et aux embarras de leur gouvernement. Les soldats mal vêtus, mal nourris, mal équipés avaient quelquefois lâché pied, mais en général ils avaient fait preuve de beaucoup de patriotisme. Lacombe eut à signaler des cas de trahison inévitables en temps de troubles, mais aussi des traits d'héroïsme. Un marin de la Fortunée n’avait pour tout costume qu’une culotte de toile déchirée. « Comment fais-tu, lui dit le général, pour te garer du froid (on était en février) ? — Je gèle, répondit-il, mais cela ne fait rien, vive la République ! » Un autre, le canonnier Clément, ayant la jambe cassée d’un éclat de boulet, disait à ses camarades qui s’apitoyaient : « Ce n’est rien, c’est pour la patrie ».

 

La conquête de la Corse par les Anglais avait été faite en moins de six mois. Leur action s’était, il est vrai, bornée à l'attaque des places maritimes, tandis que Pascal Paoli leur avait garanti la possession de l’intérieur du pays, où il commandait réellement en maître. Dès le 22 avril, l’amiral Hood et le chevalier Gilbert Elliot, commissaire de Sa Majesté Britannique en Corse, lui avaient demandé de convoquer une assemblée de ses compatriotes pour décider de l’organisation future de leur patrie, « car Sa Majesté Georges III est décidée à ne rien conclure sans le libre et général consentement du peuple corse ». Le 1er mai, Paoli adressait donc aux habitants une lettre circulaire dans laquelle, après avoir récapitulé les motifs de la révolte et les avantages qu’ils retireraient « d’une union politique avec le royaume de Grande-Bretagne », il les invitait à nommer des délégués, qui se réuniraient le 8 juin, à Corte, pour rédiger la future constitution.

L'Assemblée ouvrit ses séances le 10 juin et les continua jusqu’au 21. Par un vote unanime, elle choisit comme son président, Paoli ; celui-ci désigna comme secrétaire Charles-André Pozzo di Borgo, procureur général syndic du département, et André Muselli, secrétaire général du directoire départemental. Paoli prononça, le 14 juin, un discours où il rappela à ses auditeurs les griefs qui les avaient indisposés contre la République française. Il ajouta : « Demandez-vous maintenant s'il convient au bonheur de votre patrie de vous placer sous la protection et le gouvernement du roi de la Grande-Bretagne, avec une constitution qui garantisse votre liberté et vous rende invulnérables ». Le lendemain 15, les députés se conformaient, à l’invitation de l’orateur ; ils adoptaient, à l’unanimité, le décret qui prononçait la séparation définitive de la Corse et de la France. Le préambule en énumérait les raisons : désordres provoqués dans l’île par la Révolution, violences des Marseillais, tyrannie des commissaires de la Convention, mise hors la loi de Paoli « dont la vertu et la popularité atterraient les mécontents », attaques à main armée de la garnison de Bastia contre les Corses, la religion bafouée, etc. En conséquence, les Corses reprenaient leur liberté et, en leur nom, l’assemblée nommait une commission de 36 membres chargés de rédiger la constitution qui régirait désormais le pays.

 

Les travaux de celte commission durèrent deux jours. Le 18, elle donnait une première lecture de son œuvre, et le 19, celle-ci était approuvée. En voici l’acte préliminaire : « Les représentants du peuple corse, libre et indépendant, réunis en assemblée générale, sous les auspices de l’Etre suprême, ont adopté les décisions suivantes :

« 1° La constitution de la Corse est monarchique ;

« 2° Le pouvoir législatif appartient au roi et aux députés du peuple ;

« 3° La législature est composée du roi et des députés qui forment la chambre du Parlement. »

La Constitution comprend douze chapitres divisés en soixante-quinze articles. Les trois premiers chapitres sont réservés au pouvoir législatif. Est électeur tout habitant, né de parents corses, propriétaire et âgé de vingt-cinq ans. L’éligibilité est réservée à ceux qui possèdent 6.000 francs de biens fonciers (art. 3). Chaque piève ou place maritime a droit à deux députés. Les évêques font partie de droit du Parlement, les fonctionnaires en sont exclus (art. 4). Les députés doivent assister aux séances, sous peine d’amende de 200 francs ; ils choisissent leur président, pourvu que la moitié d’entre eux soient présents, et deux secrétaires ; ils font leur règlement. Enfin ils sont rééligibles, inviolables, mais non rétribués.

Le Parlement discute et vote les taxes, les contributions et les lois, mais le roi les sanctionne. C’est également lui qui convoque, proroge, dissout le Parlement ; dans ce dernier cas, il doit en réunir un autre avant quarante jours. Son délégué ouvre les sessions, au nom de Sa Majesté Britannique, et dispose du pouvoir exécutif ; il est assisté d’un secrétaire d’État désigné par le roi, et d'un Conseil d’Etat. Le souverain dispose de la force militaire, nomme tous les fonctionnaires pris parmi les Corses, déclare la guerre et conclut la paix, mais sans pouvoir abandonner ni aliéner un seul morceau du territoire corse. Par son action sur le pouvoir législatif, il est en réalité l'élément principal de cette constitution.

 

Le pouvoir judiciaire dépend également de l’exécutif qui le choisit. Un podestat dans chaque piève, un président et un avocat royal dans chaque juridiction, un tribunal suprême avec cinq juges et un avocat, tels sont les trois degrés essentiels de la hiérarchie. Tous ces magistrats sont désormais indépendants du peuple, qui les avait jusqu’ici nommés, soit lors de la constitution paoliste, soit avec la Révolution française. Les deux seules garanties qui lui sont laissées résident dans le maintien du jury et dans la promesse que toutes les causes civiles, criminelles ou autres, seraient jugées, en première et en dernière instance, dans l’île (VI, 9). Une cour extraordinaire de cinq juges désignés par le roi est appelée à juger les cas de prévarication et de haute trahison que lui défèrent le Parlement ou le roi ; elle ne se réunit que pour des cas spéciaux.

Enfin les libertés dont bénéficiaient les Anglais étaient promises aux Corses : liberté individuelle, dont la jouissance oblige le juge à se prononcer dans les vingt-quatre heures sur toute arrestation ; liberté de la presse ; liberté de conscience ; liberté de circulation dans l’île et vers le continent ; droit de pétition auprès du vice-roi et d’accusation contre ce dernier lui-même auprès du roi ; élection des municipalités de chaque commune. Enfin l’article 1er du chapitre X décrétait que la religion catholique, apostolique et romaine serait la seule officielle en Corse. Les Anglais oubliaient leur haine du papisme romain et renonçaient à introduire l’anglicanisme dans leur nouvelle possession.

 

La constitution anglo-corse, dont voici les grandes lignes, fut approuvée définitivement après une triple lecture et contresignée par tous les députés. On y sent très nettement l’influence de Paoli et on y découvre le désir de revenir à la constitution de 1755. Mais on y voit aussi les principes du gouvernement aristocratique, tel qu’il était pratiqué à ce moment dans le royaume d'outre- Manche. On s’était en réalité efforcé de concilier une double tendance démocratique et monarchique sans y bien parvenir. La prédominance du pouvoir exécutif, qui était étranger, lointain et peu fait aux mœurs insulaires, la nomination des magistrats par ce pouvoir, le caractère antidémocratique des élections législatives contrastaient absolument avec les habitudes des Corses. Certains historiens[6] en rendent responsable Pozzo di Borgo ; sir Elliot l’avait convaincu de la nécessité d’incorporer entièrement l’île à la Grande-Bretagne, tandis que Paoli aurait désiré laisser à cette puissance un simple protectorat ou même une base navale.

 

Quoi qu'il en soit, on ne vit pas à ce moment les dangers que pourrait renfermer l’acte constitutionnel. Sir Elliot félicita les députés de l’œuvre accomplie : « Je suis heureux de pouvoir vous appeler mes frères, dit-il ; vous et nous trouverons avantage à ce contrat sacré. Il n’est pas le résultat d’un hasard, mais l’accomplissement de vos antiques souhaits. Nous vous donnons aujourd’hui les mains, mais il y a longtemps que nos cœurs sont unis et notre devise doit être : Amici, non di ventura (amis, non du hasard). Ce que vous désirez, c’est la liberté à l'intérieur, la sécurité à l'extérieur. Sa Majesté vous donnera l’une et l’autre et vous assurera en outre une croissante prospérité... J’accepte en son nom la couronne et la souveraineté de la Corse, suivant la constitution et les lois fondamentales contenues dans l’acte qui vient d’être voté, et je jure en son nom de maintenir la liberté du peuple corse, suivant la constitution et les lois. » A son tour, chaque député répéta : « Je jure au nom du peuple que je représente, de reconnaître pour mon souverain et roi Sa Majesté Georges III, roi de la Grande-Bretagne, et de lui prêter foi et hommage, conformément à la constitution ».

 

La séparation avec la France semblait consommée. Paoli, suivant le vœu de ses compatriotes, désigna quatre de ses amis[7] pour apporter à Georges III l’adresse que Pozzo di Borgo avait rédigée et les hommages de ses nouveaux sujets. Paoli était convaincu que sur leurs indications le roi laisserait le gouvernement de l’île à l’homme qui lui en avait fait don et dont la popularité était toujours énorme, c’est-à-dire à lui-même. Le jour de la clôture des travaux de l’assemblée fut celui du triomphe de Paoli. Le comité de constitution proposa et fit voter par acclamation la déclaration suivante : « Paoli, par son patriotisme si élevé, par son zèle infatigable, par ses talents sublimes, est le meilleur des citoyens de la Corse ; il mérite les titres de père de la patrie, de fondateur et de restaurateur de la liberté nationale. En conséquence, un buste en marbre lui sera érigé dans la salle des sessions du Parlement avec une inscription destinée à perpétuer ces titres. » Honneurs considérables que les quatre délégués pourraient faire connaître au gouvernement anglais dans le but de guider son choix ! Mais, quand ils arrivèrent à Londres, il était trop tard. Elliot avait pris les devants. Il s’était fait nommer vice-roi, avait choisi Pozzo di Borgo pour président du conseil d'Etat et North, le fils d’un ancien ministre, pour secrétaire. Cesari Rocca et ses trois compagnons, après avoir trouvé à Londres un accueil sympathique et reçu les compliments de la cour Saint-James, ne purent que rapporter à Paoli l’attestation platonique de la reconnaissance royale pour sa personne. Il n’est pas exagéré de dire que le choix du gouvernement anglais fut un acte impolitique. En mécontentant Paoli et en le subordonnant à Elliot et à Pozzo di Borgo, il s’aliénait le seul homme auquel il devait la Corse, le seul qui pouvait la lui conserver. C’est là certainement l’une des raisons de l’échec d'Elliot dans Elle. Mais le vice-roi ne s’en aperçut que beaucoup trop tard. A ce moment (juin 1794), il était tout à la joie de ses nouvelles fonctions et aveuglé par l’enthousiasme qu’il ressentait pour la Corse. « Il n’y a jamais eu, écrivait-il, de plus beau pays que cette partie montagneuse de l'île ; c’est l’Écosse avec un beau climat. L’air est parfumé par les plantes aromatiques, suaves et pénétrantes. J’ai songé à choisir une belle situation et à bâtir un palais d'été. Ma première idée avait été de le construire en jaspe et en porphyre ; mais, comme vous pourriez me taxer d’extravagance, je me bornerai à l’ériger en marbre. »

 

Il s’installa provisoirement à Bastia et appela sa famille auprès de lui. Cette fin d’année 1794 fut employée à compléter l’organisation de l’île. Le Conseil d’État entra en fonctions ; le pouvoir judiciaire fut installé et confié à un tribunal suprême de six membres résidant à Corte et jouant le rôle d’une cour d’appel au civil et au criminel ; à un tribunal de première instance de trois membres dans chacune des neuf circonscriptions ; à un shérif ou juge de paix dans chaque piève. Mais tous ces magistrats tenaient leurs fonctions du roi, non du peuple. La seule garantie accordée aux justiciables était celle du jury auquel était réservé le jugement. Au même moment furent créés les quatre bataillons indigènes, groupés en deux régiments, dont les colonels furent anglais et les autres officiers exclusivement corses. Un grand nombre d’émigrés qui rentraient alors dans leur patrie trouvèrent leur récompense dans l’obtention de ces grades. Il en fut de même pour les royalistes français qui se réfugièrent en masse du continent dans l'île pour fuir la persécution conventionnelle ; Sir G. Elliot créa pour eux un régiment spécial.

 

L’année 1795 devait apporter au vice-roi de très fortes désillusions. Dès les premiers mois, les difficultés commencèrent. Elles étaient dues à l’état social du pays autant qu’à l'incompatibilité d’humeur des Anglais et des Corses. La plupart des habitants qui espéraient des places ou des faveurs entouraient le gouvernement d’un réseau d’intrigues qu’il avait delà peine à déjouer. « Les prétentions de tout Corse, noble ou non, sont poussées à un degré partout inconnu. On a à lutter contre la vanité et l'égoïsme des gentilshommes, et il faut aussi tenir tête à la population entière. Pas un berger qui ne croie mériter le rang d'officier ; pas un gentilhomme qui ne se considère comme négligé s'il n’a pas un bataillon. Comme il est impossible de salarier toute une nation, nous sommes obligés de mécontenter toute la masse des habitants. »

Le nombre des mécontents ne cessait d’augmenter ; deux partis venaient de se former, l'un attaché à Pozzo di Borgo, qui disposait des faveurs, l’autre dévoué à Paoli, qui conservait sa popularité. Chacun des deux s’accusait réciproquement de vouloir perdre l’autre dans l’esprit du vice-roi : « On me fait un grand reproche, disait celui-ci, de ce que je recommande à tous les partis l’union et la charité. Je ne veux pas que l’on se serve de mon autorité et des soldats britanniques pour ou contre une faction corse. Je crois de mon devoir de préférer les paolistes aux autres, non à l’exclusion des autres. »

Une autre cause de mécontentement tenait à la partialité scandaleuse de certains tribunaux. Le jury, sur lequel le gouvernement anglais avait fondé beaucoup d’espérances, ne servait qu'à enfanter des haines. « Depuis que Sa Majesté a accepté la Corse, il n’y a pas un seul individu convaincu d’un crime, même quand il n’y avait aucun doute sur la culpabilité de l’accusé. Cela tient à l’esprit de clan et aux liens de parenté et d’amitié. » Six mois seulement après l’arrivée des Anglais, les défauts inhérents au tempérament corse reparaissaient et rendaient le gouvernement difficile.

 

Abandonné lui-même par sa patrie, qui, plusieurs mois après que la Corse eut fait don d’elle-même, « n’avait même pas dit merci », Elliot se tourna naturellement vers Pozzo di Borgo, qui lui avait inspiré beaucoup de sympathie et qui était « sa grande ressource ». Il écouta ses conseils et réalisa ses desseins. De toutes les mesures qui lui furent suggérées, l’une fut des plus impopulaires ; elle aliéna de nombreuses sympathies à la Grande-Bretagne et viola les clauses formelles de la capitulation de Bastia ou de Calvi. Les Anglais s’étaient engagés à respecter les biens des émigrés corses qui désiraient quitter l’île avec les Français. Au mois de mai 1795, on décida de les confisquer sous prétexte que l’émigration était une trahison envers la patrie. Décision malencontreuse qui transformait en ennemis déclarés les émigrés et leurs parents restés dans l’île.

 

De son côté le clergé corse avait à se plaindre des négociations entamées par l'Angleterre avec la papauté, au sujet de l'île. Le souverain pontife avait vu avec dépit une puissance protestante s’établir dans le pays. Il avait aussitôt fait valoir ses droits séculaires « que Paoli, déclarait-il, avait jadis reconnus ». Mais Sir G. Elliot les avait énergiquement repoussés. « Nous n’admettrons jamais ses prétentions sur la Corse. Au sujet de la religion de l’île, notre règle sera de ne pas en avoir. On ne pourra pas dire que nous n’avons pas pour la religion les égards et le respect qui lui sont dus ; mais je n’ai pas pour la chaire de ce pouvoir spirituel une sympathie extraordinaire. » L’antipathie était en effet réciproque ; elle rendait l’entente difficile, d’autant plus que l’Angleterre anglicane ne cachait pas son désir de confiner strictement la cour de Rome dans les affaires ecclésiastiques. Un projet de règlement élaboré par le Conseil d’État fut très mal accueilli par le Saint-Siège. Au désir du pouvoir laïc de se concerter et de s’entendre sur la limitation des évêchés à trois « très suffisants dans un pays pauvre », sur leur indépendance vis-à-vis de Gênes et de Pise, sur les nominations épiscopales, sur le serment des ecclésiastiques envers la Constitution, sur la création des paroisses, sur la réduction de la fiscalité, sur l’interdiction des vœux avant vingt et un ans, sur la nécessité d’une forte instruction pour les religieux, le pape répondit par un refus dédaigneux ou par la nécessité de respecter les décisions du concile de Trente. Des vingt-deux articles soumis à sa sanction, quatre seulement furent approuvés le 30 septembre 1795. Elliot pouvait écrire : « Je ne connais pas de meilleur moyen de faire des athées que de voir les papes réclamer à l’heure actuelle des souverainetés temporelles au nom de la religion ».

 

Mais de tous les soucis que causait au vice-roi la situation de la Corse au mois de juillet 1795, le plus grave était, sans hésitation possible, l’attitude de Paoli à son égard. Celui-ci, retiré dans le Rostino, boudait le vice-roi et critiquait la plupart de ses actes. Les amis qui l’entouraient se complaisaient dans l’opposition, et quiconque avait à se plaindre de l'administration anglaise était certain de trouver bon accueil auprès d’eux. L’irritation de Paoli provenait peut-être du dépit que lui avait causé la nomination d’Elliot, mais surtout du dédain que le ministre anglais semblait témoigner pour un homme qui avait tant fait pour la Grande-Bretagne. Pour le calmer, en septembre 1795, le roi Georges III lui fit allouer une pension de mille livres par an et donner en cadeau son portrait enrichi de brillants qui devait être porté en sautoir. Cette décoration ne parvint jamais à l’intéressé, si bien que Paoli pensa qu'on s’était moqué de lui ou qu’Elliot avait fait lui-même disparaître l'objet, « accusation, écrivait le vice-roi, qui m’a fait perdre complètement patience ». Sur ces entrefaites, un nouvel incident se produisit. Le buste de Paoli, qui se trouvait dans une salle de bal à Ajaccio, fut enlevé pour permettre au vice-roi de danser. Le bruit courut aussitôt qu’on avait jeté à terre et brisé la statue. Paoli fulmina contre cet « assassinat ». Elliot écrivit : « Il fait le diable à quatre et furieusement ». Le général corse redoubla ses critiques contre l’administration de son rival, lui reprochant d'employer des gens de tous les partis au détriment des paolistes, de favoriser ses ennemis et de mécontenter ses amis, de ne pas tenir les promesses faites précédemment sur la mise en état de la Corse, de ne pas encourager le développement économique de cette île, de songer secrètement à l’évacuer, etc. Il laissait même entendre à ses partisans qu'il jouissait de la faveur du souverain et qu’il ne larderait pas à supplanter le vice-roi. « Le calme étonnant et la tranquillité ferme de Sir Gilbert, remarquait lady Elliot, n’ont jamais été plus nécessaires, mais la vie est pénible. »

 

Les entraves que cette attitude de Paoli apportait à la pacification de l’île pouvaient devenir dangereuses. « Il est en guerre ouverte avec le gouvernement, ajoutait lady Elliot. Il fait profession de loyauté envers le roi ; mais il veut être le chef de l’État. » Elliot prit une résolution énergique. Il demanda son rappel ou le départ de Paoli et un témoignage d’approbation royale pour lui-même, ajoutant : « Si cette île est incapable d’un bon gouvernement, il vaut mieux que nous l'abandonnions La trahison est ici à l’ordre du jour. » Il fut écouté : « J’ai la satisfaction de vous annoncer que Sa Majesté accueille avec faveur vos services et qu’elle approuve entièrement votre conduite, au cours de votre administration. Quant au général Paoli, si grande que soit l’indulgence à laquelle peuvent me porter à son égard et lez désenchantement de son ambition et les infirmités de son âge... je suis convaincu que, tant qu’il sera en Corse, vous n’aurez jamais le respect absolu et la pleine confiance qui vous sont si désirables » (septembre 1795). En conséquence, Paoli fut prié de se rendre en Angleterre pour y finir ses jours, avec un supplément de pension de 2.000 livres. Il était impossible de refuser sans se jeter dans une révolte ouverte qui aurait été le désaveu même de toute sa politique et la répétition des événements de 1769. Paoli voulut éviter à sa patrie une nouvelle guerre civile. Il s’embarqua pour l’exil une troisième et dernière fois.

 

Son départ fit croire à Elliot que désormais toutes les difficultés seraient aplanies, et qu’une entente étroite entre la population et lui allait être réalisée : « J’ai toujours déclaré que nous n’entendions gouverner cette île que du consentement de ses habitants, et il serait absurde de vouloir maintenir ce gouvernement par la force. » Or cet accord était impossible. Le départ de Paoli avait augmenté le nombre des mécontents et accru la haine contre Pozzo di Borgo, qu'on accusait d’avoir fait expulser le héros. C’est contre le président du Conseil d’État qu’intrigues et complots furent désormais dirigés. On adressa au vice-roi des pétitions pour demander le renvoi du premier ministre Pozzo di Borgo. Il refusa : « Rien ne pourra m’amener à accueillir cette requête, qui n’est basée sur aucun fondement sérieux, si ce n’est que Pozzo est un homme très capable et que d’autres, qui ne le valent pas, voudraient le remplacer ». On eut alors recours à la cour de Londres elle-même, qui transmit à Elliot les accusations dont on chargeait son collaborateur. « Savelli a dit que Pozzo di Borgo était un homme d’un caractère fort critiquable, qu’il était très intrigant et très ambitieux... Un sujet de plainte contre vous est d’avoir convoqué le Parlement à Bastia et non à Corte... Un autre a été l'introduction d’émigrés français, prétendant que vous aviez une tendance à préférer les étrangers aux Corses. Enfin le peuple aurait, paraît-il, éprouvé une déception, en ne voyant pas prendre par son Parlement certaines mesures auxquelles il s’attendait. »

Tout cela prouvait que les esprits commençaient à s’échauffer et que beaucoup d’insulaires croyaient de bonne foi avoir le droit d'être mécontents. Elliot essaya de calmer les esprits ; dans une proclamation, il rappela les avantages que la Corse retirait de l’Angleterre : gouvernement d’ordre et de paix, libertés assurées, religion respectée, sécurité sur mer, dépenses militaires supportées par l’État. Rien n’y fit. En décembre 1795, le Parlement décida de supprimer le jury de jugement, qui donnait lieu à de continuels dénis de justice, et d’étendre les pouvoirs du roi pour qu’il pût faire régner l'ordre dans l’île. Le ministère anglais approuva cette violation de la constitution : « J’accepte en entier les raisons qui vous ont induit à adopter cette mesure de suspension et j’approuve toute votre conduite à cet égard. » Mais les Corses n’accueillirent pas aisément cette réforme. Dans beaucoup de villages, il y eut une très vive agitation, on brûla même Pozzo di Borgo en effigie. Ce n’était pas encore une protestation contre la domination anglaise, mais contre l’agent le plus dévoué de cette domination.

 

Des événements allaient se produire, au début de 1796, qui, plus que tout, contribuèrent à entretenir l’agitation. En Italie les troupes françaises reprenaient l’avantage : les Piémontais battus, le roi de Sardaigne soumis, les Autrichiens chassés de Mantoue, le général Bonaparte vainqueur glorieux de plusieurs combats, telles étaient les nouvelles qui faisaient frémir la population corse : « La conquête de l’Italie, écrivait Elliot le 5 juin 1796, aura sur nous l’influence suivante : la flotte et l’armée s’approvisionnent uniquement à Livourne et, là-bas, l'on va nous refuser toute aide à l’avenir, ainsi que dans les États du pape et le royaume de Naples. » A cette crainte du dehors, venaient s’ajouter les troubles intérieurs. Des émigrés corses, revenus secrètement dans leur patrie avec de l'argent, appelaient le peuple aux armes. Des révoltes éclatèrent à Bocognano, à Corte. Le courrier du vice-roi fut enlevé à Ponte- Leccia. Des pétitions contre Pozzo di Borgo et le personnel administratif furent adressées au gouverneur. Une demande de dissolution du Parlement fut rédigée ; une diminution des impôts réclamée. Elliot fit un accueil favorable à quelques-unes de ces demandes, mais sans rétablir l’ordre. Une nouvelle insurrection éclata près d'Ajaccio. « Nous ne pouvons pas garder la Corse, écrivait le vice-roi, contre la volonté du peuple entier : nous le pourrions que nous ne le devrions pas .... Mais comment abandonner un peuple qui nous est fidèlement attaché, malgré quelques troubles ? »

L’idée d’une évacuation possible était donc déjà venue à l’esprit du délégué britannique. Le succès grandissant des opérations françaises en Italie allait la préciser, en rendant précaire la situation des Anglais dans l’île. Le 15 mai 1796, un traité de paix était signé entre la France et la Sardaigne ; les ducs de Parme et de Toscane se laissaient dépouiller par le vainqueur ; le pape implorait sa pitié ; le roi d’Espagne se préparait à mettre sa flotte au service du Directoire. La Méditerranée occidentale se trouvait ainsi placée sous la domination de la République, et la flotte anglaise, enfermée de tous côtés par le vainqueur, risquait d’être écrasée. Le gouvernement britannique s’effraya. Le ministre écrivit, le 31 août, de Londres : « Sa Majesté sent le besoin de concentrer sur terre et sur mer des forces respectables. C’est avec une extrême répugnance qu'elle se voit forcée à retirer la protection qu’elle a été conduite à accorder aux Corses à la suite de sollicitations répétées dont elle a été l’objet de la part de ceux-ci pour les aider à s’affranchir de la tyrannie du gouvernement français. Votre Excellence prendra donc immédiatement toutes les dispositions nécessaires pour la prompte évacuation de la Corse. » Il se plaignait en outre « de la versatilité et de l’ingratitude des Corses » ; il y trouvait un prétexte suffisant à l’évacuation.

 

Cet ordre parvint à Elliot le 29 septembre. Il le trouva prématuré et déloyal. Sans doute les insulaires ne s’étaient pas montrés jusque-là aussi soumis qu’on était en droit de le souhaiter ; mais ils pouvaient revenir à de meilleurs sentiments, et il n’était pas convenable de les laisser exposés aux représailles françaises[8]. Sans doute il avait conscience d’avoir écrit à plusieurs reprises que la défense de la Corse était impossible et que, si la France l’attaquait, « tout le pays serait contre les Anglais ou garderait la neutralité ». Il l’avait encore répété plus catégoriquement le 28 août 1796, en y ajoutant : « Pourquoi l’Angleterre s’obstinerait-elle à garder un pays qui ne veut d'aucun gouvernement et pour la conquête duquel une expédition française s'organisait dans les ports de Gènes et de Livourne ? » Mais le vice-roi, ainsi que le commodore Nelson, qui commandait un vaisseau sur les côtes de l’île, pensait qu’il aurait mieux valu conserver une position capable de servir de base aux opérations militaires futures et venir en aide à l’Italie. Toutefois, en dépit de l’erreur commise par son ministre et dont il était en partie responsable, il fallait obéir. Elliot tint, pendant quinze jours, le contenu des dépêches ministérielles secret. C’est seulement quand les convois destinés au transport des troupes furent arrivés, à partir du 10 octobre, qu’il laissa le bruit de l'évacuation se répandre.

 

Il y eut, dans une partie de la population, un réel regret : « les excellentes dispositions que montra le pays entier à l'égard du gouvernement anglais et de tous les membres de la nation » permirent à Elliot d’organiser le départ « au milieu du plus grand ordre et de la plus parfaite tranquillité ». Les habitants des principales villes formèrent aussitôt des comités qui, avec l’approbation tacite du vice-roi, envoyèrent des députés aux républicains de Livourne ; ils demandaient seulement une amnistie générale et la liberté religieuse : « Je ne pouvais pas désirer pour notre gouvernement, écrivait Elliot, de meilleur hommage que celui que viennent de lui rendre la Corse et ses habitants par leur manière d'agir. » Du 15 au 25 octobre, les Anglais embarquèrent à Saint-Florent et à Bastia tous les approvisionnements, munitions, bagages et autres objets. Le départ de Calvi fut fixé au 23, celui d'Ajaccio et de Bonifacio au 22. Au même moment, un corps de républicains, qui formait l’avant-garde du corps expéditionnaire du général Gentili, sous les ordres du général Casai ta, débarquait dans le cap Corse à Macinaggio et marchait immédiatement sur Bastia où se trouvaient encore les troupes anglaises. Un conflit était imminent, et déjà les Bastiais suppliaient en vain les Français d’attendre quelques jours pour occuper leur ville. Mais le commodore Nelson, qui disposait de trois vaisseaux ancrés dans le port et surveillait l’embarquement de ses compatriotes parla haut et ferme. L’énergique marin, qui avait dit à son amiral : « Vous pouvez compter sur moi ; je ne négligerai rien de ce qu’il faudra faire et, si cela est nécessaire, je jetterai même Bastia à terre », menaça de tenir sa promesse. Casalta s’établit donc tranquillement sur les hauteurs qui dominent Bastia et le 19 octobre, au coucher du soleil, la ville était évacuée. Les Anglais se retiraient à l’île d’Elbe et à Capraja, car le ministère anglais, renonçant après coup à évacuer la Méditerranée, avait décidé de concentrer ses forces dans la même région.

À la fin du mois d’octobre 1796, la Corse était retombée, sans effusion de sang, au pouvoir de la République française. Les victoires de Bonaparte en Italie avaient précipité ce résultat, l'exil de Paoli en Angleterre, le caractère turbulent des Corses l’avaient préparé. La domination britannique dans l’île avait duré environ deux ans, soit de juillet 1794 à octobre 1796, et pendant cette période les Anglais n’avaient pas plus gagné l'affection du peuple, qui s’était donné à eux avec enthousiasme, que celui-ci n'avait su se faire apprécier et comprendre des représentants de la Grande-Bretagne. Le divorce s’accomplissait donc par consentement mutuel et pour incompatibilité d’humeur. Rien ne peut mieux caractériser l’inutilité des efforts anglo-corses pour vivre sous la même loi que cette phrase écrite par Sir Gilbert Elliot quelques semaines avant son départ : « Je crois que ce peuple est une énigme dont personne ne peut être sûr de posséder la clef[9] ».

 

RÉSUMÉ

La Corse n’était pas française en 1794 ; les événements le prouvèrent cette année même.

I. Occupation de la Corse par les Anglais. — L’anarchie révolutionnaire, la persécution contre les prêtres, la mise en accusation de Paoli, héros des Corses, détachèrent ceux-ci de la Convention. Paoli avait une grande sympathie pour l’Angleterre ; il savait que son gouvernement convoitait la Corse ; il espérait que la puissance anglaise donnerait à sa patrie la prospérité économique. Il appela donc les Anglais. En vain le délégué de la Convention, Lacombe Saint-Michel, essaya de défendre l’île. Il fut abandonné par les habitants et paralysé. La flotte anglaise bombarda et occupa Saint-Florent, Bastia, Calvi (1794). Tout le pays fut dans la possession des ennemis.

II. Le royaume anglo-corse. — Paoli convoqua une assemblée à Corte, en juin. Les députés, à l’unanimité, rejetèrent la domination française. Une constitution anglo- corse fut votée ; chacun jura de reconnaître Georges III comme souverain. Sir Elliot devint vice-roi de la Corse, au grand dépit de Paoli, Pozzo di Borgo fut président du Conseil d’État. Alors les difficultés commencèrent. Paoli critiqua tous les actes d’Elliot, qui l’obligea à s’exiler encore à Londres ; le jury corse, qui se montrait trop partial, fut aboli, malgré les protestations. Le clergé catholique combattit Elliot, qui était anglican : on réclama enfin le départ de Pozzo, très impopulaire. En 1796, l’Angleterre était découragée.

III. Évacuation de la Corse par les Anglais. — A ce moment les victoires françaises émerveillaient le monde. Dans une campagne militaire qui commença sa gloire, Bonaparte conquérait l’Italie ; l’Espagne devenait l’alliée de la France. Les Anglais se sentaient isolés dans la Méditerranée et mal établis en Corse. Apprenant que Bonaparte préparait une expédition vers cette île, ils résolurent de l'évacuer. Elliot partit à la fin d’octobre, avec ses compatriotes, tandis que le général Gentili, envoyé par Bonaparte, occupait Bastia. Les Corses s’empressèrent d'accueillir les Français ; l’île changea de maître sans effusion de sang.

 

LECTURES

1° DÉFENSE DE PAOLI PAR NAPOLÉON BONAPARTE

Représentants, Vous êtes les vrais organes de la souveraineté du peuple. Tous vos décrets sont dictés par la nation. Un seul a profondément affligé les citoyens de la ville d’Ajaccio : c’est celui qui ordonne à un vieillard septuagénaire, accablé d’infirmités, de se traîner à votre barre, confondu un instant avec le scélérat corrupteur ou le vil ambitieux.

Paoli serait-il donc corrupteur ou ambitieux ?

Corrupteur ! et pourquoi ? Est-ce pour se venger de la famille des Bourbons dont la perfidie politique accabla sa patrie de maux et l’obligea à l’exil ? Mais ne venez-vous pas d’assouvir son ressentiment, s’il en conserve encore, dans le sang de Louis ?

Corrupteur ! et pourquoi ? Est-ce pour rétablir l'aristocratie nobiliaire et sacerdotale ? lui qui détruisit les fiefs qui existaient, lutta, il y a trente ans, contre Rome et fut excommunié.

Corrupteur ! et pourquoi ? Pour donner la Corse à l'Angleterre, lui qui ne l'a pas voulu donner à la France, malgré les offres de Chauvelin, qui ne lui eût épargné ni titres, ni faveurs !

Livrer la Corse à l’Angleterre ! Qu’y gagnerait-il de vivre dans la fange de Londres ? Que n’y restait-il pas, lorsqu'il y était exilé ?

Paoli serait-il ambitieux ? Que peut-il désirer de plus ? Il est l’objet de l’amour de ses concitoyens, qui ne lui refusent rien ; il est à la tête de l’armée et se trouve à la veille de devoir défendre le pays contre une agression étrangère.

Rendez-vous à ma voix, faites taire la calomnie et les hommes profondément pervers qui l’emploient. Représentants ! Paoli est plus que septuagénaire, il est infirme : sans quoi, il serait allé à votre barre pour confondre ses ennemis. Nous lui devons tout, jusqu’au bonheur d’être République française. Il jouit toujours de notre confiance. Rapportez, en ce qui le concerne, votre décret du 2 avril et rendez à tout ce peuple la joie.

GREGOROVIUS, Corsica, III (extraits de la lettre de Napoléon Bonaparte à la Convention).

 

2° IMPORTANCE DE LA CORSE POUR L’ANGLETERRE

Sir Gilbert Elliot écrivait au duc de Portland, ministre des Affaires étrangères, le 21 septembre 1796 :

Tout cela m’amène à me poser une grave question : celle de savoir si la Corse et la Méditerranée ne méritent pas un grand effort de la part de la Grande-Bretagne. Je considère la Corse non comme une possession de rapport, mais comme une des conquêtes les plus importantes de la Grande-Bretagne ; et quand cela ne serait pas, je trouve qu’à l'heure actuelle la Corse nous est absolument nécessaire, parce que la Méditerranée est devenue le principal théâtre de la guerre et que l’Europe lutte pour le seul grand État qui reste, je veux dire pour l’Italie. Eh bien ! ce pays aurait été perdu depuis longtemps sans la Corse et sans la flotte anglaise et, du jour où disparaîtront ces deux protections, l’Italie tombera. Si on les maintient, au contraire, l’Italie peut être sauvée et l’on écartera ainsi le danger d'un empire universel.

Correspondance de sir Gilbert Elliot, vice-roi de Corse, publiée par le Bulletin corse.

 

Lettre de Nelson, le grand amiral anglais, à l'un de ses amis, le 7 février 1795 :

La perte de la Corse a été grande pour les Français ; tous les navires construits à Toulon ont leurs côtés, leurs baux, leurs ponts, leurs mâts et vergues tirés de cette île. Le pin de Corse a le plus beau bois que j'aie jamais vu ; le goudron, la poix, l’étoupe étaient beaucoup employés sur les chantiers de Toulon. Cette île nous est donc utile pendant la guerre, et, quand sera conclue la paix, je ne vois pas pourquoi elle rapporterait moins à l’Angleterre qu’une toute autre possession du Roi. Les vastes bois d’oliviers doivent produire de grandes quantités d’huile fine et les vins sont de beaucoup préférables à ceux d’Italie. Nos chantiers de constructions navales seront approvisionnés d’excellents bois ; je ne crains pas de le dire, les frais qu’il nous faudra exposer pour conserver cette île seront insignifiants, et l'importance de cette possession sera très grande pour nous. Les autres puissances nous envieront certainement.

Correspondance de lord Nelson, publiée par le Bulletin corse.

 

BIBLIOGRAPHIE

Voir le chapitre précédent.

SOURCES :

BULLETIN DE LA S. DES SCIENCES CORSES. — Vie et Lettres de sir Gilbert Elliot, publiées par S. de Caraffa ; Correspondance de sir Gilbert Elliot, vice-roi de Corse, avec le gouvernement anglais, publiée et traduite par S. de Caraffa, 2 vol. ; Procès-verbaux des séances du parlement anglo-corse, en 1795, publiés par l’abbé Letteron, 2 vol. ; Correspondance de lord Nelson, pendant sa croisière dans la Méditerranée de 1794 à 1797, publiée et traduite par S. de Caraffa.

OUVRAGES PARTICULIERS :

Abbé ROSSI. — Osservazioni storiche, t. XV, 1794-1799 (Bulletin corse).

DE MAYER. — Malte, Corse, Minorque et Gibraltar, 1797.

RIBAULT DE LAUGARDIÈRE. — Etude sur le code anglo-corse. Bastia, Ollagnier, 1863.

MAGGIOLO. — Pozzo di Borgo (1764-1842). Paris, Calmann-Lévy, 1890.

M. JOLLIVET. — Le royaume anglo-corse. Paris, Chailley, 1896.

SERVEILLE. — Le siège de Caloi en 1794 (Bulletin corse, 1912).

 

 

 



[1] Laurent Giubega, parrain de Napoléon, après avoir combattu contre les Français, disait : « Puisque l'indépendance est perdue, honorons-nous d’appartenir au peuple le plus puissant du monde et soyons de bons Français. » Beaucoup de Corses pensaient comme lui. Cf. A. CHUQUET, article de la Nouvelle Revue, 1er août 1908.

[2] Cf. Extraits de l'ancien Moniteur (Bulletin corse, 1911).

[3] « Je ne puis, citoyen général, que me plaindre amèrement de l’état d’abandon où nous laisse l’armée d’Italie, dont cette division fait partie. Au lieu de nous envoyer les secours que nous avions lieu d’en attendre, elle rendra notre situation pire en retirant une partie des vivres qui nous étaient destinés. J’ai fréquemment exposé nos besoins urgents, j'ai demandé des paillasses, des chemises, des couvertures, des souliers. Je n’ai cessé de solliciter des fonds en numéraire et en assignats. Je n’ai rien reçu. Qu’en est-il arrivé ? Le soldat forcé à coucher sur le pavé a contracté des maladies, des bataillons ont été moissonnés presque entiers et nos hôpitaux se trouvent encore remplis de 8 à 900 malades dans cette place seule. Nos forces... se réduiront enfin à zéro. » (Cf. Pièces et Documents, II, p. 72 : lettre du général Saint-Martin, 24 septembre 1793.)

[4] Napoléon faisait partie de l'expédition. Après cet échec, il revint à Calvi et partit pour le continent, où il devait se distinguer au siège de Toulon.

[5] Voici la curieuse lettre par laquelle Lacombe Saint-Michel annonçait à Saliceti la chute de Saint-Florent [1er ventôse (19 février) 1794] : « Je suis entouré de traîtres, mon cher Saliceti, et ajoutes-y quelques jean-foutres... J’ai donné l’ordre d’évacuer Saint-Florent ; je vais réunir toutes les troupes sur le Tichimé et sur Bastia, nous serons en masse et prêts à tomber en forces sur les traîtres et sur les ennemis. Ah ! dans quel bois je suis placé ! mais j’en imposerai à tous ces stileteurs et à une grande partie des Français, qui ne valent pas mieux. Heureusement j’ai de braves gens, à la tête desquels je mourrai s’il le faut. Je suis très pressé, adieu. » (Pièces et Documents pour servir à l'histoire de la Corse, II, p. 129.)

[6] Par exemple, Renucci, II, 43.

[7] Voici comment Elliot, dans ses Lettres, caractérise les quatre personnages : « M. Colonna (Cesari Rocca) appartient à une des familles les plus distinguées de Corse. C’est un très beau spécimen du gentilhomme campagnard d’Ecosse ou d’Angleterre. Galeazzi est très considéré, a une bonne fortune, mais il n’est pas aussi représentatif. Pietri est un très brave homme et un érudit, nous avons lu Dante ensemble, et il ressemble au comte Hugolin. Le quatrième, Savelli, est lui aussi un lettré ; il est très sensé, très fin, mais très modeste. » (p. 41.)

[8] Le gouvernement anglais offrit, à ceux qui craignaient ces représailles, un refuge au Canada et aux Antilles. Mais il était difficile que sa générosité fut appréciée, « car les Corses, répondait Elliot, sont trop attachés à leur pays et à leurs foyers ». Soixante-dix Corses seulement, des meilleures familles, devaient émigrer (lettre du 22 novembre 1796). Pozzo di Borgo quitta l'île en même temps que les troupes anglaises. Il se retira à Londres, alla à Vienne, prit du service dans la diplomatie russe, se signala par sa haine contre Napoléon Ier, contribua à la chute de l'empereur, devint l’ambassadeur du tsar à Paris, puis à Londres, et mourut en 1842.

[9] Correspondance de sir G. Elliot (trad. de Caraffa) : lettre à H. Dundas, p. 449. Même source pour toutes les citations.