HISTOIRE DES CORSES

TROISIÈME PARTIE — LA CORSE FRANÇAISE - LA GUERRE DE QUARANTE ANS

 

CHAPITRE X — LA PREMIÈRE RÉVOLTE ET L’INTERVENTION AUTRICHIENNE (1729-1734).

 

 

L’état misérable de la Corse, tel qu’il nous apparaît au XVIIe siècle, avait brisé tout ressort dans le pays. Il est presque certain que jamais les habitants n’auraient eu l’énergie de se révolter, si leurs maîtres n’avaient pas oublié toute prudence et ne les avaient pas poussés au désespoir.

 

La tyrannie génoise devait en effet redoubler dans les premières années du XVIIIe siècle. Imprudences Au point de vue financier, le des Génois. Sénat se plaignit au conseil des Douze et des Six que l’île lui coûtât trop cher ; il fallait, ajoutait-il, se résoudre à l’établissement de nouveaux impôts, bien que l'état du budget communiqué aux délégués insulaires eût révélé que Gênes encaissait 628.938 livres et n’en dépensait que 506.862[1]. Au point de vue administratif, le même Sénat, se conformant à une ancienne demande bien oubliée de l’Au-delà des monts, divisa l’île en deux régions, qui avaient chacune son personnel de fonctionnaires, son système judiciaire, son gouverneur, de sorte que les charges de l’administration, déjà très lourdes pour les sujets, allaient doubler. Au point de vue économique, loin d’écouter les plaintes de la Corse au sujet de son régime protectionniste, la métropole interdit à ses sujets d’affréter un bâtiment quelconque. Des murmures éclatèrent. Cependant, dans la crainte que Gênes ne donnât suite à ses projets fiscaux, on eut recours à une transaction. Le gouverneur s’engageait à retirer toutes les armes qui avaient été mises en circulation et à en interdire la vente pour l’avenir ; de leur côté les Corses s'imposeraient extraordinairement, pour une durée de dix ans, de deux Seini, c’est-à-dire de treize sous quatre deniers (1715). Ainsi les deux parties se déclaraient satisfaites : l’une obtenait une augmentation de revenus et l'autre espérait mettre fin aux guerres privées et aux homicides qui ensanglantaient l'île. Mais à peine le retrait des armes eut-il été pacifiquement effectué que les employés subalternes se mirent à les revendre pour six livres seize sous huit deniers. On se retrouva bientôt dans la situation de jadis. Le gouvernement ne fit rien pour réprimer ce trafic clandestin. Bien mieux : il osa promulguer une amnistie générale en faveur de tous les bandits et exilés, à la condition qu'ils rachèteraient leur crime en versant une indemnité à leur victime. Les Corses, qui avaient l’habitude de répéter « qu’ils ne vendaient ? pas leur sang », s’en montrèrent affectés. « Ce fut, comme le dit l’historien Rossi, un os jeté entre deux chiens. » On commença à entendre prononcer les mots de révolte, qui semblaient oubliés.

 

Toutefois l’absence de chefs, le manque de munitions, l’habitude de la soumission auraient peut-être retenu les plus exaltés, si au même moment le gouverneur n’avait pas donné l’exemple de la plus grande faiblesse. Plusieurs incidents se produisirent de 1720 à 1725, qui servirent d’encouragement aux plus timides. Non seulement on avait appris qu'un Cervoni de Soveria avait été arraché à la prison de Corte par ses parents mutinés, mais que le Bargello lui-même ou commissaire de police de cette ville, après avoir maltraité le lieutenant génois, n’avait eu qu’à lui présenter ses excuses, pour éviter le châtiment. Un fait plus grave s’était produit en 1729, dans le village de Bozio. A l’instigation d’un de leurs concitoyens, les habitants avaient refusé de payer l’impôt de treize sous, qui aurait dû être aboli depuis trois ans, et repoussé un détachement de cinquante soldats qu'on avait envoyé contre eux. Quelques autres villages des environs les avaient imités ; Poggio de Tavagna refusa à son tour de verser les sommes exigées et fit mieux. Il accueillit avec affabilité les deux cents hommes chargés de le mettre à la raison, les désarma pendant la nuit et les renvoya à Bastia, pleins de confusion. Des incidents d’aussi minime importance allaient produire de grands résultats, car l’exemple était donné. On vit se grouper autour de Bastia les plus mécontents, les plus exaltés, les plus compromis, probablement aussi les moins recommandables d'entre les Corses, qui se mirent à piller les villages du Cap et surtout les dépôts d’armes établis pour la défense des côtes contre les Turcs. Le 22 février 1730, avec une audace extraordinaire, ils se dirigèrent sur Bastia, y entrèrent par surprise et y apportèrent le trouble ; quelques-uns se mirent à piller les boutiques et les maisons de Terra Vecchia. Le gouverneur ne fit rien pour les arrêter. Il fallut que l’évêque de Mariana, Saluzzo, les haranguât sur la place Saint-Angelo et, par la persuasion, obtînt leur retraite.

 

Le grand tort des Génois fut de ne pas comprendre que ce coup de main était l’indice d’un grave mécontentement. La métropole eut recours aux menaces et à une répression sauvage. Le nouveau gouverneur, Veneroso, fit assassiner l'un des plus compromis, Fabio de Loreto ; son cadavre fut transporté à Bastia, traîné dans les rues et écartelé ; les morceaux en restèrent suspendus, pendant plusieurs jours, aux murailles de la cité. Furiani et Vico furent ensuite incendiés ; ces deux villages s’étaient en effet signalés par la véhémence de leurs plaintes. Ces actes monstrueux excitaient sans doute une forte colère, mais ils ne suffisaient pas à dresser les insulaires contre la domination génoise. C’est seulement peu à peu et les unes après les autres que les pièves, poussées par les maladresses successives du Sénat, allaient prendre les armes. Les révoltés de la première heure, réunis aux environs de Biguglia, s’étaient, il est vrai, donné deux chefs, André Colonna Ceccaldi et Louis Giafferi de Talassani, mais ceux-ci manquaient d’enthousiasme[2], et leurs troupes étaient isolées, indisciplinées, sans armes, sans but précis, sans plan de campagne. On se contentait de réclamer une amnistie, du sel, des armes, une justice intègre et le dégrèvement des impôts. Si le gouverneur avait consenti à cela, il est probable que tout serait rentré dans l’ordre, mais il refusait de répondre aux envoyés des rebelles, et ceux-ci se livraient à tous les désordres, se disputaient entre eux, pillaient les maisons de campagne, défonçaient les tonneaux dans les caves et s’enivraient.

 

C’est sans doute pour éviter ces désordres que les chefs corses décidèrent de tenter une attaque contre la position de Montserrato, que Veneroso avait fait quelque temps avant fortifier et qui défendait Bastia. Le fort, gardé par cent cinquante hommes, fut pris presque sans résistance, ainsi que les avant-postes de Saint-Joseph, Saint-Angelo et Saint-François. La capitale se trouva sérieusement menacée. Dans cette extrémité, le commissaire Doria, qui remplaçait le gouverneur, eut recours, comme son prédécesseur, à l’un de ces ecclésiastiques dont l’influence sur les Corses était énorme, à l'évêque Saluzzo. Sur les conseils du prélat, un traité fut signé qui donnait en partie satisfaction aux Corses par la libération des prisonniers, la légère diminution de l'impôt et surtout par la libre navigation de leurs bâtiments de commerce dans les ports de l’île. Un armistice de quatre mois fut conclu pour permettre au gouvernement génois de tenir ses promesses. Les révoltés se dispersèrent ensuite et rentrèrent chez eux. Mais la conduite déloyale du commissaire et la tentative d’assassinat qu’il fit faire sur la personne de Ceccaldi par Petruccio d’Orezza prouvèrent bientôt qu'il n’y avait aucun accord possible avec lui et que ses concessions n’étaient pas sincères. L’armistice fut donc ouvertement employé des deux côtés à préparer les hostilités définitives.

 

Du côté des Corses cependant la guerre semblait une folie. Ils n’avaient ni les armes, ni les munitions nécessaires à une entrée en campagne ; ils n’étaient même pas d’accord sur la nécessité d'une révolte, que beaucoup d'entre eux considéraient comme une violation du serment de fidélité prêté au souverain. L’île était en outre privée de ses meilleurs enfants ; elle ne pouvait même pas compter sur un secours étranger, car depuis trop longtemps l’Europe se désintéressait des Corses, qu'elle considérait comme des rebelles et des sauvages[3]. Les Génois avaient au contraire pour eux l’apparence du droit, la force que donne la richesse, le recrutement indéfini des mercenaires sur le continent, l'avantage du blocus maritime, la sympathie de presque toutes les puissances continentales et le concours même de beaucoup d’insulaires. Il est admirable de constater que les chefs improvisés en 1730 se sont efforcés de surmonter tous ces obstacles et n’ont pas perdu l’espoir. Ils devaient, avant tout, unir leurs compatriotes dans un même sentiment de haine contre l'oppresseur, leur représenter la révolte comme juste et sacrée et apaiser les inimitiés. Ceccaldi et Giafferi provoquèrent la réunion à Corte, en février 1731, d’une première consulte générale de deux procureurs par piève et lui firent édicter des lois répressives pour les meurtres[4] et un impôt de guerre de vingt sous par famille. Une seconde assemblée tenue à Orezza, une troisième à Bozio, en mai, de dix-huit théologiens délièrent les Corses de leur serment de fidélité et proclamèrent que la religion elle-même recommandait de punir les Génois, violateurs de la foi jurée. En même temps une circulaire était envoyée à tous les nationaux de l’Au-delà des monts[5], pour les informer de la nécessité où se trouvait File entière de secouer le joug de ses tyrans ; un appel était adressé à tous les insulaires émigrés sur la terre ferme[6]. Giafferi fut chargé de solliciter la nombreuse colonie corse établie à Livourne. Le chanoine Orticoni, ancien vicaire général de Corte, reçut la mission plus délicate de se rendre à Rome et, sinon d’offrir la Corse au pape, au moins de solliciter l’intervention pontificale.

 

Ces efforts devaient être médiocrement récompensés. Le Nebbio, la Balagne et une partie de l’Au-delà des monts se déclarèrent pour les révoltés. Les Corses du continent promirent d’envoyer des munitions, des vivres, même des canons et des mortiers ; ils s’imposeraient en attendant une contribution en argent. Dès le mois de mai, des tartanes réussirent à débarquer leurs approvisionnements sur le littoral du cap Corse ; un bâtiment français devait apporter de l'artillerie, des bombes, cent barils de poudre, des fusils et du matériel de guerre. De son côté Orticoni s’était rendu à Rome, où il avait obtenu de Clément XII qu’il voulût bien demander aux Génois une meilleure administration de file, sur laquelle les papes, ses prédécesseurs, avaient eu jadis des titres[7]. Paroles imprudentes et démarche inutile, qui n’eurent aucun résultat. Gênes répondit par une lettre où elle accusait ses sujets « d’être plus barbares que les sauvages de l'Amérique du Nord et de ne mériter aucune pitié ». Le pape se déclara alors impuissant. Orticoni se rendit à Livourne et à Pise. On l'y accueillit avec la même sympathie qu’à Rome. L’archevêque de cette dernière ville lui conseilla de s’adresser à l’infant dom Carlos, héritier par sa mère, Elisabeth Farnèse, reine d’Espagne, des duchés de Parme et de Plaisance et à qui le traité de Madrid, en 1721, avait donné l’expectative du grand-duché de Toscane. Ce prince ambitieux aurait été peut-être enchanté de protéger les Corses et de se les attacher, mais il ne pouvait rien par lui-même et c’est à Madrid qu’il fallait aller solliciter le secours d’une femme à la fois reine et mère, qui avait bouleversé l’Europe à deux reprises pour assurer un domaine important à ses deux fils. La monarchie espagnole ne pourrait-elle pas accepter de faire revivre les droits qu’avait jadis possédés en Corse l’Aragon, dont elle était héritière ? N’avait-elle pas récemment manifesté l'intention de reprendre en Halie l’influence d’autrefois ? Orticoni, conseillé, croit-on, par dom Carlos lui-même, se rendit à Madrid. Malheureusement Philippe V était devenu prudent depuis l’échec d'Alberoni, malgré le concours de la France, et s’il est vrai, comme le dit un contemporain, que le chanoine corse ait réussi à obtenir un secours important de Patinho, alors premier ministre, celui-ci craignait trop le mécontentement du Habsbourg autrichien[8] pour agir énergiquement ; sa bonne volonté ne se manifesta en effet qu’après la soumission des Corses, c’est-à-dire trop tard. L’intervention étrangère aurait été capitale pour les événements de 1730, car les révoltés livrés à leurs seules forces étaient condamnés à un échec.

 

La résistance était d’autant plus difficile que les Génois avaient eu une meilleure fortune. En premier lieu, leur marine avait réussi à arrêter les principaux envois de Livourne. Les Corses, privés de leurs ravitaillements, étaient impuissants. En outre et surtout, Gênes venait de trouver un puissant allié dans la personne de l’empereur Charles VI. Celui-ci tenait à conserver l’amitié de la république ligurienne, gardienne de plusieurs passages des Alpes, et surtout à éviter qu’elle ne s’adressât à d’autres puissances[9]. Or es intrigues de l’Espagne alliée de la France, rivale traditionnelle de la maison d’Autriche, n’étaient pas sans l’inquiéter[10]. En outre, devenu depuis 1715 le prince le plus puissant de l’Italie, il lui était agréable de tenter l’unité morale de la péninsule, d’autant plus que le Milanais avait intérêt à vivre en bonne intelligence avec les Génois, ses voisins. Il permit donc au gouverneur de celle possession autrichienne, le général Daun, d’expédier un contingent militaire de 8.000 hommes pour concourir à la pacification de la Corse. Le Sénat prenait ces troupes allemandes sa solde et s’engageait à verser une somme de cinq cents florins ou cent écus pour chaque soldat disparu, déserteur ou mort. Cette intervention impériale allait décider du sort de la guerre, en obligeant les Corses, déjà découragés par la capture de leurs convois d’armes, à s'incliner devant une semblable disproportion de forces.

 

Les hostilités avaient cependant débuté par la prise de Saint-Florent et de l’Algaiola dont les Génois s’étaient enfuis presque sans résister ; puis par le blocus des places de Bastia et d’Ajaccio (juin 1731). Mais il aurait fallu, pour que ces sièges entraînassent une capitulation, que les assiégeants eussent de l’artillerie ; ils en étaient totalement privés et les petits canons de cinq livres que l’on tira de Saint-Florent et des tours du Cap pour les installer sur le mont Ricipello, qui domine Bastia, et intimider la capitale, se turent sous la riposte triomphante du mortier à bombes et des gros canons de la place. Du 9 au 12 août 1731, quatre bataillons d’Impériaux, deux escadrons de hussards, trente pièces de canon, commandés par le colonel de Wachtendonk, débarquèrent à Bastia, repoussèrent les cinq cents assiégeants, leur tuèrent quelques hommes, leur firent soixante prisonniers et capturèrent leurs quatre petits canons. Puis, se divisant en deux colonnes, les alliés se dirigèrent, les uns sous les ordres du commissaire Doria, vers Saint-Florent qui se rendit immédiate- ment, les autres, formant le gros de l’armée, contrôles Corses réunis à Furiani.

Si les rebelles, retirés sur leurs montagnes, s’étaient bornés à faire une guerre d'escarmouches, ils auraient fortement inquiété leurs adversaires. Ils commirent l’imprudence de livrer bataille dans la plaine de Saint- Pancrace, où la cavalerie les mit en fuite. Le baron de Wachtendonk arriva presque sans résistance jusqu’au fort San Pellegrino, près de Vescovato : les Corses abandonnèrent.

 

Peut-être la marche triomphante aurait-elle continué, si des obstacles imprévus n’avaient surgi. Les Génois, qui s’étaient engagés à fournir les vivres nécessaires aux troupes et le fourrage à la cavalerie, n’avaient pas tenu parole ; la mer, démontée depuis quelques jours par le libeccio, ne permettait à aucun navire d'aborder et, dans cette plaine orientale, la chaleur très forte du mois d’août non seulement incommodait les hommes, mais avait tari les sources. A ces craintes de manquer d’eau et de vivres, s’ajoutait la menace des Corses, dispersés pour les guérillas dans les montagnes, et prêts à décimer une armée épuisée ou à intercepter ses convois. Wachtendonk s'aperçut qu'il était allé trop vile et trop loin. Il négocia un armistice avec les insurgés et, au grand désespoir des Génois, il revint à Bastia, d’où il s’empressa de demander 1.500 hommes de renfort. Il attendit leur arrivée, en dépit de la république qui blâmait son indulgence et sa temporisation[11]. De septembre 1731 à avril 1732, il vécut dans une inaction presque complète : les troupes impériales se bornaient à quelques promenades militaires, dans le Nebbio, en Balagne où, près de Calenzana, elles essuyaient un échec, et à des razzias de bétail. La mésintelligence entre les alliés augmentait et donnait lieu à des plaintes continuelles de Doria auprès du général ou du sénat génois auprès de l’empereur. Elles étaient fondées sur les relations directes que le commandant des Impériaux entretenait avec les rebelles sans en informer jamais le commissaire de la république. Mais Wachtendonk avait déjà constaté que ce dernier profitait des succès de ses alliés pour se venger cruellement des Corses et commettre des atrocités. Les villages aux environs de la capitale et dans le Cap furent livrés aux flammes. Furiani, Biguglia, Borgo, Vignale, Castellare, subirent le même sort. Les rebelles, au contraire, témoignaient leurs sincères regrets d’en arriver à une lutte ouverte avec les soldats de l’empereur ; ils se déclaraient prêts à négocier, pourvu que leur soumission fût accueillie par Charles VI, non par les Génois.

Mais, au mois de mai, arriva le prince de Wurtemberg avec un nouveau renfort de 2.000 hommes, ce qui portait l’effectif de son armée à 11.500 combattants environ. Circonvenu par les Génois qui lui avaient conseillé la rigueur comme le seul moyen d'en finir vite avec les Corses, il avait occupé militairement le Nebbio et la Balagne (mai 1732) et lancé un véritable ultimatum aux habitants. Il leur enjoignait de se soumettre dans le délai de cinq jours et de s’en remettre aux dispositions favorables de la République. Véritable moquerie à laquelle les intéressés répondirent par un refus[12]. Heureusement pour eux, le prince, bientôt mieux renseigné sur les torts réciproques des deux adversaires, inquiété par les difficultés du ravitaillement et le prix d’une guerre d’escarmouches, se décida à promettre un pardon général avec la garantie impériale d’une paix honorable, pourvu que les Corses de la Terre du Commun consentissent à cesser les hostilités[13]. Il obtint d’autant plus de succès que les insurgés reconnaissaient l’inanité de la lutte et que l’espérance d’une intervention de l’empereur les rassurait. Dès le mois de juin, les soumissions commencèrent. Elles devinrent générales lorsque arriva la réponse aux suppliques adressées par les Corses l’année précédente. L’Empereur assurait aux révoltés qu’il leur ferait accorder une amnistie plénière et un règlement constitutionnel nouveau. Ceccaldi et Giafferi, entraînés par l’exemple de la majorité, se présentèrent devant le colonel de Wachtendonk et implorèrent leur pardon. La révolte se terminait donc sans victoire de part et d’autre et sur la seule promesse, faite par Charles VI, que le sort des Corses serait amélioré. Du reste la disproportion des forces, la préparation trop hâtive des hostilités par les rebelles auraient rendu la lutte inégale. Il était habile de s’incliner devant la toute-puissance de l’Empereur.

 

Il semble que les Génois eux-mêmes aient voulu rassurer leurs alliés et hâter leur départ. Le concours des Impériaux était non seulement très onéreux, puisqu’il coûtait plusieurs millions, mais embarrassant, puisqu’il empêchait les vainqueurs de faire payer leur révolte aux vaincus. Le 23 janvier 1733, furent publiées les Concessions gracieuses que la Sérénissime république de Gênes accordait aux populations et sujets du royaume de Corse, sous la garantie de l’Empereur. On ne peut en faire beaucoup d’éloges. Le préambule, qui vante la haute modération, la clémence et les bonnes grâces du doge et des procureurs génois, est peut-être trop mielleux. Mais les seize articles qui suivent seraient excellents, s’ils ne comportaient pas trop de restrictions. Il n’y a rien à ajouter aux deux premiers : ils promettent l’oubli complet du passé et l’abandon de toutes les sommes dues par le royaume à son suzerain, tant en impôts qu'en redevances, jusqu’au 1er janvier 1733[14]. Le rétablisse- ment de la noblesse dans tous ses droits et privilèges devait calmer et flatter les chefs si vaniteux du peuple, tandis que l’attribution des bénéfices ecclésiastiques de file aux seuls religieux corses pouvait attacher aux Génois le clergé insulaire toujours populaire. La fondation d'un collège « pour instruire la jeunesse nationale dans les sciences divines et humaines » et la réadmission de l’Orateur à Gênes étaient destinées à combattre l'ignorance et l’arbitraire dont souffrait tant la population. Mais, plus que tous, deux articles étaient de nature à révolutionner heureusement le pays : l’un préparait son relèvement économique, l’autre son relèvement moral. L’article XI créait une commission de trois députés nationaux, les honorait du titre de Promoteurs des arts et du commerce et les chargeait de travailler au développement du commerce et des arts mécaniques ; ils devaient indiquer toutes les mesures susceptibles d’atteindre ce but et remplir les missions qu’on leur confierait dans ce sens, « car le gouvernement génois, disait l’article, a toujours, avec une sollicitude infatigable, employé tous les moyens pour développer dans cette île la culture des terrains incultes et sauvages, en exposant à cet effet des sommes considérables ». L’article XII engageait même très vivement les insulaires à faire les plantations utiles à la création d'une industrie de la soie. L’article XIV n’était pas moins intéressant : il instituait une sorte de tribunal de la plèbe en faveur d’un Corse qui, « partout où résideraient le gouverneur, les magistrats et les juges », sous le nom de Protecteur des pauvres emprisonnés, prendrait en mains leurs causes ; un avocat ou piatese, choisi par les Douze et les Six, porterait plainte auprès du syndicat chargé de censurer les fonctionnaires, ou à son défaut auprès du Magistrat corse de Gênes, contre tout abus de pouvoir commis par un employé génois.

 

Il serait injuste de vouloir critiquer, dans son ensemble, ce Règlement ; il était tout à fait susceptible d’amener une réconciliation entre le souverain et les sujets, mais à la condition qu’il fût loyalement appliqué. Malheureusement pour la tranquillité de l’île, le Sénat de Gênes le fit suivre de « nouveaux arrêts et décrets qui seront observés dans le royaume de Corse pour le maintien du bon ordre dans l'île » (28 janvier). Ces décrets comprennent quarante articles où les restrictions d’ordre politique, judiciaire, financier, économique abondent. C’est ainsi qu’au point de vue financier, l’article III dispense momentanément la population de toute taille et autres impôts ; mais l’article IV les rétablit aussitôt « sur le même pied qu'en 1727, en attendant qu’une nouvelle répartition soit faite ». La République s’interdit, il est vrai, de créer des impôts nouveaux et extraordinaires, mais, sauf le cas où ses deux conseils de gouvernement « jugeraient à propos de le faire ». Au point de vue judiciaire, l’institution d’un podestat comme juge de paix, dans chaque paroisse, d'un auditeur comme tribunal civil dans chaque piève est aussi excellente ; de même les mesures prises pour assurer une bonne et prompte justice contre les criminels, les débauchés, les libertins. En revanche la procédure ex informata conscientia est rétablie par les articles VII et XVIII. Au point de vue économique enfin, le commerce avec l’extérieur devient libre, on peut exporter du blé, des grains, des légumes, de l’huile, mais on s’empresse d’ajouter : « à moins que cette exportation ne soit interdite par nous, en totalité ou en partie ».

 

Malgré tout, il y avait, dans l’ensemble, d’excellentes innovations dont l’application était susceptible d’atténuer les malaisée de la Corse. Si les Impériaux avaient désiré ce résultat, leur devoir eût été d’exiger le respect des concessions promises et de ne quitter l’île qu'après une réconciliation loyale, sinon sincère, des opprimeurs et des opprimés. Ils n’en firent rien. Satisfaits en apparence par les déclarations solennelles du Sénat, heureux de quitter un pays où ils avaient rencontré la mauvaise foi génoise et une guerre peu glorieuse[15], effrayés par les pertes considérables qu’ils avaient faites, les généraux de l’Empereur commencèrent à embarquer leurs troupes à Bastia, dès le 24 juin 1732. Le prince de Wurtemberg partit le 16 juillet, pour aller recevoir à Gênes l’épée d'or garnie de brillants, de la valeur de 30.000 florins, que la république lui offrait en récompense de ses services. Seul le baron de Wachtendonk devait prolonger son séjour de quelques mois encore. Et cependant un esprit clairvoyant devait avoir l'impression que les Génois n’étaient pas sincères dans leurs promesses et qu’ils attendaient l’occasion de les oublier pour se venger. On en eut la preuve quand, en juillet 1732, leur commissaire Rivarola fit arrêter, emprisonner et transporter dans les cachots de la métropole, en dépit de l’amnistie et de la parole impériale, les quatre personnages qu’elle considérait avec raison comme les plus compromis dans la révolte : Ceccaldi, Giafferi, l’abbé Aïtelli et le docteur Raffaelli. Hyacinthe Paoli, qui vint à Bastia se plaindre de cette violation de la parole donnée, fut également incarcéré avec deux de ses compagnons. Le prince de Wurtemberg, complètement gagné par les Génois, ne protesta pas. Il fallut que le chanoine Orticoni, recommandé par le grand-duc de Toscane, se précipitât à Vienne et que, grâce à l'intervention indignée du prince Eugène, le glorieux vainqueur des Turcs, il obtint de l'Empereur l'ordre formel de libérer les prisonniers qui se réfugièrent à Livourne, à Venise et à Rome.

Ainsi se terminait l'intervention de la maison d’Autriche en Corse. La solution bâtarde, que Charles VI avait solennellement faite sienne, n’était même pas respectée du Sénat. La famille des Habsbourg subissait un réel échec moral. Les Génois, auxquels elle avait porté secours, n’avaient promulgué leur Règlement que pour se débarrasser d’un allié trop curieux et trop autoritaire. Les Corses avaient feint de se soumettre, pour ne pas lutter contre un ennemi trop fort ; ni les uns ni les autres n’étaient sincères ; ceux-ci par méfiance, ceux-là par intérêt vont se préparer à une nouvelle guerre. Elle éclatera dès qu’ils se retrouveront seuls et face à face. Le baron de Wachtendonk, plus avisé que son chef, mieux renseigné sur la déloyauté génoise et sur la haine corse, avait prédit avec raison, en évacuant l’île avec les dernières troupes impériales (fin 1733, début 1734), que les hostilités allaient recommencer.

 

RÉSUMÉ

I. La révolte de 1729 et ses causes. — La tyrannie de Gênes sur la Corse redoubla dans les premières années du XVIIIe siècle. Le malaise économique devenait intolérable ; la métropole augmentait les impôts, facilitait les meurtres, empêchait tout commerce. Des troubles éclatèrent ; on osa refuser l’impôt, entrer de vive force dans Bastia, piller le vieux faubourg, s’emparer du fort de Montserrato. Les Génois effrayés promirent des améliorations, mais sans tenir parole. On se prépara à la guerre, avec Louis Giafferi de Talassani pour chef.

II. Les hostilités de 1730 à 1732. — Les Corses essayèrent de s’unir et de faire appel aux compatriotes du continent. Ils sollicitèrent en vain l'appui de l'Espagne. Gênes, plus heureuse, arrêta sur mer les approvisionnements et convois destinés aux rebelles et trouva un allié, l’Empereur ; il lui prêta 11.000 hommes, tirés du Milanais, sous les ordres du prince de Wurtemberg. Les Corses furent facilement repoussés ; ils comprirent vite que toute résistance était impossible. Comme l’Empereur garantissait une paix honorable, ils déposèrent les armes (juin 1732).

III. Les conditions de la paix (1733). — L’amnistie devait être générale, les concessions de la république avantageuses. Celle-ci devait respecter les titres de noblesse, favoriser le clergé national, créer un collège, encourager l’industrie et le commerce, instituer un magistrat corse pour défendre les pauvres en justice et attaquer les abus de pouvoir. Mais les Génois n’étaient pas sincères : un nouveau règlement annula les concessions et, malgré l’amnistie, les quatre principaux chefs de la révolte furent emprisonnés. En 1733, les troupes autrichiennes regagnèrent le continent. En 1734, les Corses se préparèrent à une nouvelle révolte.

 

LECTURES

1° LETTRE DES CORSES DE CORSE AUX CORSES DU DEHORS

Bien chers compatriotes corses qui habitez sur le continent et dans les îles d’Italie, ou qui vous trouvez disséminés en Europe, salut à vous de la part des chefs et des peuples de la Corse.

Vous ne devez pas ignorer que, depuis deux ans déjà, nous luttons contre l’implacable persécution des Sérénissimes Seigneurs de Gênes. Mais les armes impériales sont intervenues en leur faveur et nous sommes résolus à combattre jusqu’à la dernière goutte de notre sang. Il n’y a pas un souverain, nous le voyons, qui veuille avoir compassion de nous, qui veuille nous entendre. Mais il y a Dieu, qui est le père des pauvres, et il voit nos misères, il entend nos lamentations, il juge entre nous et ces Monarques de la terre qui nous condamnent...

Et vous, frères bien-aimés, venez à notre secours, unissez-vous à nous dans ce dernier effort de la patrie. Sa cause nous est commune, pourriez-vous survivre à sa mort ? Venez partager notre sort et terrasser nos ennemis vaincus ou mêler votre sang au nôtre ; ainsi son flot grossi retentira plus fortement jusqu'au tribunal de Dieu, non pour lui demander vengeance, mais miséricorde. Le Tout-Puissant l’acceptera comme un témoignage du martyre que nous subissons pour nos lois ancestrales. Les siècles à venir conserveront la mémoire de ces Corses qui préfèrent mourir tous que de vivre plus longtemps dans l’esclavage. Votre foi et votre honneur n’ont pas besoin de stimulants ; il nous suffit de vous crier : « La patrie est en danger », pour qu’aussitôt vous accouriez vers nous. Allons, surmontez tout obstacle, faites l’impossible pour nous venir en aide. Vos avis jusqu’ici furent les bienvenus. Mais ils sont trop lointains pour servir nos desseins ! Ah ! laissez vos plumes et saisissez vos armes. Le moment est venu de répandre du sang, non de l'encre, de lutter dans les périls, non de nous conseiller en restant à l’abri. Nés avec nous, venez mourir avec nous. Mourir dans sa patrie est un sort agréable.

Château de Vescovato, résidence des chefs des peuples corses, 1er février 1732.

Traduit sur le document qui est tiré du ministère des Affaires étrangères et reproduit par M. l’abbé LETTERON dans la Correspondance des agents de France à Gênes, p. 98 à 106.

 

2° PROCLAMATION DU PRINCE DE WURTEMBERG

La Majesté Impériale de notre Très Auguste Empereur, résolue à demander à ses armes victorieuses les moyens les plus efficaces pour soumettre et réduire de nouveau les populations de Corse soulevées depuis quelque temps contre la Sérénissime République de Gênes, contrairement à l’obéissance qu’elles doivent à leur souverain légitime, nous a envoyé dans cette île avec des forces si nombreuses que les populations rebelles verront là une raison suffisante pour ouvrir les yeux sur le châtiment qui les menace et rentrer dans l’obéissance.

De plus, S. M. I. C. ayant vu sa clémence personnelle implorée dans une supplique très humble par les chefs Colonna et Giafferi, à la date du 8 janvier (1732), se sentant portée à prendre leur sort en compassion et désirant les préserver du carnage et de la ruine ; assurée d’ailleurs delà droiture des intentions et des principes de justice... de la Sérénissime République approuvant la généreuse condescendance de cette même République, a daigné nous charger de faire savoir combien il importe à tous de répondre ouvertement aux gracieux appels de la (dite) République... en livrant, déposant et remettant immédiatement les armes et les otages.

Sa Majesté nous a ordonné de déclarer formellement qu'elle veut garantir aux populations du royaume de Corse non seulement le pardon général que leur accorde la Sérénissime République, mais encore toutes les mesures de justice et d’équité que (Sa Majesté le promet) la République prendra pour l’avantage et le soulagement du royaume et des populations de la Corse... S. M. I. C. s'engage à protéger ladite République contre tous ceux qui oseraient à l’avenir porter atteinte à ses droits souverains dans ce royaume, déclarant qu’elle châtiera avec la sévérité qu'ils méritent ceux qui auront abusé d'une preuve aussi éclatante de sa clémence auguste, qui s’intéresse tant au soulagement des populations et veut rendre la paix au royaume. — Le 1er mai 1732.

Mémoires de ROSTINI, I, p. 142.

 

BIBLIOGRAPHIE

SOURCES :

BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ DES SCIENCES CORSES : Mémoires de l'abbé Rostini, traduits et publiés par M. LETTERON (1881-1883) ; Annotazioni particolari per il governo di Corsica de Félix PINELLO, rédigées en 1722 ; Journal de deux campagnes en Corse, par les troupes impériales (1731-1732), publié par le colonel ESPÉRANDIEU ; Mémoire sur l'expédition des troupes allemandes en 1731-1733, par J.-Marie Toso, secrétaire du commissaire général Pallavicino (1733) ; Mémoire sur les campagnes de 1731 et 1768 (Archives du ministère de la Guerre), publié par A. MARIOTTI ; Mémoires d'Antoine Buttafoco (1729-1748), publiés par le baron CERVONI ; Memorie per servire alla storia delle Rivoluzioni di Corsica, del 1729 al 1764, del padre Bonfiglio GUELFUCCI, publiés par les frères LUCCIANA (1882) ; Correspondance des agents de France à Gênes (documents tirés du ministère des Affaires étrangères et publiés par M. LETTERON, 1901).

OUVRAGES PARTICULIERS :

A. ROSSI (abbé). — Osservazioni storiche sopra la Corsica, VI, 1705-1733 (publiées par la Société des Sciences corses).

 

 

 



[1] ROSSI, VI, p. 7. — Les Osservazioni de l’abbé Ambroise Rossi, que la Société des Sciences corses a publiées, sont un monument unique de la vie corse au XVIIIe siècle. Elles comprennent douze volumes remplis de documents, d’observations précises et de faits, que Rossi a puisés, grâce à la faveur impériale, dans les archives les plus fermées. Il sera donc notre source la plus constante pour l'étude de cette période gallo-corse.

[2] Rostini (p. 44) et Guelfucci (p. 17) sont d'accord pour reconnaître que les deux élus n’avaient accepté le commandement « qu’à contre-cœur ».

[3] L'attitude de Louis XIV envers eux en était bien la preuve. Cf. la lecture du chapitre précédent.

[4] Ces lois furent appliquées avec une réelle sévérité. Cf. Mémoires de ROSTINI.

[5] Elle commençait par ces mots : A tutti i veri nazionali, saluti e félicita. (Guelfucci, p. 17.)

[6] Nous donnons comme lecture la traduction de cet appel vibrant d’enthousiasme et de patriotisme.

[7] Le bref du pape, à ce sujet, est connu par les mots de : Paterna caritate movemur.

[8] Après une brouille passagère, la France venait par le traité de Séville (1729) de garantir à l'Espagne l'occupation militaire de la Toscane, dont le grand-duc, miné par la débauche, pouvait disparaître d’un instant à l’autre et du duché de Parme, dont le possesseur mourut au commencement de 1731. Louis XV avait ainsi partie liée avec Philippe V en Italie ; les Bourbons s’unissaient contre les Habsbourg ; la rivalité de la France et de la maison d’Autriche se poursuivait en Italie. (Cf. DRIAULT, Recueil des instructions données aux agents de Florence, Modène et Gênes ; Alcan, 1912.)

[9] Bien que la Monarchie française n’eût pas encore jeté les yeux sur la Corse, elle manifesta quelque dépit de voir Gênes s’adresser à l'Autriche, sa rivale, comme le prouvent les instructions envoyées à son agent dans la république, M. de Campredon (Cf. DRIAULT, ouvrage cité, introduction).

[10] Les intrigues de l'Espagne et les multiples négociations diplomatiques, si obscures jusqu’ici, que les Bourbons de Madrid, le cardinal Dubois et les Habsbourg d’Autriche conduisirent à cette époque, ont été magistralement étudiées et expliquées par M. Bourgeois dans ses trois récents volumes : I, le Secret du Régent ; II, le Secret des Farnèse ; III, le Secret de Dubois (Colin, Paris, 1910).

[11] Le général a été nettement accusé par l'un des colonels de l’armée impériale d’avoir favorisé les Corses et suspendu sans raison les opérations. Il est incontestable qu’un mois à peine après son débarquement les insulaires lui soient devenus sympathiques. Il disposait de 6.000 hommes d'infanterie, d'une cavalerie devant laquelle, en rase campagne, les rebelles étaient obligés de fuir, d’une artillerie qui les épouvantait, et cependant il renonça à s’emparer de Vescovato. Pour atténuer l’impression de sa retraite, il réunit ses lieutenants et leur dit : « Je vous ai fait appeler ici pour vous demander si vous croyez que, lorsque nous aurons pris le lieu de Vescovato, la guerre avec les rebelles corses sera finie ; que chacun me réponde catégoriquement oui ou non. » Sur une réponse négative, il ordonna le retour sur Bastia, où il conclut l’armistice de trois mois. (Cf. Journal de deux campagnes en Corse, p. 22.)

[12] Les paysans des Costere auraient dit : « Se li Tedeschi vorrebbero le nostre armi e dopo ancora tutti li capi per ostaggii per ammazzarne quei disarmati, ma noi li daremo schioppettate e non schioppi. » (Journal de deux campagnes en Corse, p. 43.)

[13] D’après le même document, cette région avait fourni un contingent de 16.000 combattants, dont 3.000 pour la Balagne, 2.000 pour le Cap et autant pour l'Orezza et l’Ampugnani.

[14] L’article II renferme cette phrase caractéristique : « Nous avons en tout temps fait éprouver aux Corses notre extrême bienveillance en épuisant même notre trésor pour le bien, la conservation et la défense du royaume. » (Cf. ROSTINI, Mémoires, p. 170.)

[15] Le Journal des deux campagnes impériales de 1731 et 1732 avoue que les Autrichiens perdirent 452 tués, 318 blessés et 783 morts de maladie (p. 74). Les Corses, ajoute-t-il, se battirent bravement, mais sans cavalerie, abrités derrière des rochers et sans aucun ordre.