Consolidation de la
conquête. — Dernières années de Philippe Auguste. — Saint Louis et Henri III.
— Philippe le Bel et ses fils. — La Charte aux Normands.
Jean
sans Terre qui n'avait pas su garder la Normandie n'était pas de taille à la
reprendre. Du reste les Anglais se résignaient assez volontiers à la perte de
leurs possessions françaises. Les Plantagenets les sacrifiaient en effet le
plus souvent à leurs ambitions continentales, et, d'autre part, tant que les
rois d'Angleterre seraient ducs de Normandie et d'Aquitaine, ils auraient la
force de résister aux aspirations libérales de leurs sujets d'outre-mer. Tout
ce que Jean sans Terre put faire, ce fut de conserver l'Aquitaine. Bien
qu'Eléonore fût morte et enterrée à Fontevrault (1203), son ancien duché restait
réfractaire à Philippe Auguste. Cependant
la puissance de Philippe Auguste lui créait des ennemis. Une ligue se forma
contre lui : les comtes de Flandre et de Boulogne, l'empereur Otton de
Brunswick et Jean sans Terre en étaient le noyau (1214). La France est attaquée au sud
et au nord. Au sud, Jean sans Terre, débarqué à la Rochelle, avait été bien
accueilli et s'était avancé jusqu'à la Loire. Philippe Auguste, appelé à la
frontière du nord, lui oppose son fils Louis le Lion, retranché à Chinon.
Jean sans Terre passe la Loire et entre à Angers. Mais pendant qu'il
assiégeait le château voisin de la Roche-au-Moine, il est surpris par Louis
le Lion, la panique se met dans son armée, dont une grande partie est prise
ou noyée dans sa fuite au passage de la Loire (2 juillet). Cette défaite sans combat
ruinait le reste de prestige de Jean sans Terre. Ses
alliés ne furent d'ailleurs pas plus favorisés. Ils sont battus à Bouvines,
en Flandre (27 juillet).
Jean sans Terre fut trop heureux, grâce à la protection du pape Innocent III
dont il s'était reconnu le vassal, de conserver l'Aquitaine et de rentrer
sain et sauf en Angleterre à la suite de la trêve de Chinon. Mais, de retour
dans son royaume, il subit de nouveaux déboires. Les barons et prélats lui
imposent la Grande Charte (1215) qui limitait la puissance royale. Jean sans Terre
l'avait signée la rage au cœur et essaya de la violer. Les seigneurs alors
décidèrent de le détrôner et offrirent la couronne au fils de Philippe
Auguste, Louis le Lion, dont la femme, Blanche de Castille, était nièce de
Jean sans Terre. Innocent
III essaya de protéger Jean sans Terre. Il annula la Grande Charte comme
extorquée par la force en même temps qu'attentatoire aux droits de la royauté
et du Saint-Siège, il excommunia Louis le Lion et ses partisans. Philippe
Auguste fit mine de désavouer son fils, mais il l'aida de tous ses moyens.
Louis le Lion débarqua en Angleterre (mai 1216), entra à Londres sans coup
férir, mais la mort imprévue de Jean sans Terre compromit ses chances de
succès. Jean sans Terre laissait un fils de neuf ans, Henri III, qui ne
faisait peur à personne et à qui personne n'avait rien à reprocher. Il fut
sacré et reconnu. Innocent III était mort au même moment ; le nouveau pape
fit jurer la Grande Charte par Henri III, et Louis le Lion, abandonné, battu,
n'eut plus qu'à rentrer en France. Les Plantagenets conservaient le trône
d'Angleterre, mais très humiliés, à la fois sous la suzeraineté du pape et la
tutelle des barons. En Normandie, on ne songeait déjà plus à les regretter. Philippe
Auguste fut pris de sa dernière maladie en Normandie même, au château de
Pacy-sur-Eure. Il voulut regagner Paris, mais Mourut en route, à Mantes (14 juillet
1222). Prince
dévot, mais indépendant dans sa politique à l'égard du Saint-Siège, nullement
sentimental, médiocrement instruit, car on voit par les lettres d'Innocent
III qu'il ne savait pas le latin, laborieux et économe bien qu'adonné au
plaisir, Philippe Auguste laissait une œuvre durable. Son
fils, Louis le Lion, commença par la consolider. Le roi d'Angleterre
persistait à prendre le titre de « duc de Normandie ». Louis le Lion riposta
en lui enlevant le Poitou et la Saintonge et en menaçant l'Aquitaine. Une
guerre continentale en résulta, et aussi une guerre de corsaires, mais Louis
le Lion se lança dans la croisade des Albigeois et y mourut (1226). Pendant
la minorité de Louis IX ou saint Louis, Henri III se mêlera aux
coalitions féodales qu'eut à déjouer la régente Blanche de Castille. A
l'expiration des trêves signées précédemment, il fit une descente à
Saint-Malo (1229),
se croyant si sûr de reprendre les domaines de ses pères qu'il avait apporté
dans ses bagages un manteau de cérémonie, une couronne et un sceptre pour
figurer aux fêtes qui célébreraient son triomphe. Il n'en eut pas besoin. Au
lieu de pénétrer en Normandie, il alla jusqu'à Bordeaux, puis revint à
Nantes, après quoi il rentra dans son île pour se reposer des fatigues de la
campagne. Le tout finit par une nouvelle trêve, durant laquelle la régente
fit construire le célèbre château fort d'Angers, qui existe encore
aujourd'hui. Saint
Louis devenu majeur eut encore à défendre les conquêtes de son aïeul contre
un retour offensif d'Henri III. Cette nouvelle prise d'armes est due à la
veuve de Jean sans Terre, l'altière Isabelle, qui s'était remariée avec le
comte de la Marche, Hugues de Lusignan, son premier fiancé, et qui était
froissée de n'être pas traitée en reine par la cour de France. Elle entraina
son second mari et son fils Henri III à former une nouvelle ligue (1242). Henri III débarqua à Royan,
rencontra saint Louis sur les bords de la Charente, non loin de Taillebourg.
Menacé d'être cerné, il battit en retraite : c'est ce qu'on appelle
improprement le combat du pont de Taillebourg. Le lendemain il fut mis en
déroute près de Saintes. Les deux armées, encombrées de malades, en restèrent
là : les Français vinrent se refaire à Tours, les Anglais à Bordeaux. Une
trêve suspendit de nouveau les hostilités. Cependant
saint Louis voyait avec peine cette éternelle animosité entre la France et
l'Angleterre. Il avait d'ailleurs de l'affection pour Henri III. Ils avaient
épousé les deux sœurs et étaient aussi pieux l'un que l'autre. Saint Louis
prit une résolution dont il y a peu d'exemples dans l'histoire. Il rendit
spontanément au roi d'Angleterre une partie des provinces qui lui avaient été
enlevées, au sud de la Charente notamment, à la condition que ce dernier
renoncerait expressément à toute prétention sur la Normandie, l'Anjou, la
Touraine, le Maine et le Poitou. C'est la paix de Paris (1258) jurée au Temple. Ce traité fut
blâmé par les conseillers de saint Louis, mais il fut cependant ratifié et
exécuté. Il avait au moins l'avantage de régulariser l'annexion des provinces
conservées, comme la Normandie. Du reste, les Normands de France, dès ce
moment, sont complètement détachés de leurs anciens compatriotes
d'Angleterre. Bon nombre d'entre eux, chaque fois qu'éclatait une guerre
entre les deux royaumes, faisaient la chasse aux navires anglais. Saint
Louis dispose dès lors d'une autorité morale indiscutée. On le prend pour
arbitre dans les cas délicats. C'est ce qui arriva, entre autres, à propos
des affaires de l'Angleterre. Les barons avaient imposé au roi Henri III les Statuts
d'Oxford, qui renforçaient la Grande Charte (1258). Henri III ayant
essayé de les violer, les barons et le roi recoururent à l'arbitrage de saint
Louis. Celui-ci, en toute bonne foi, donna raison au roi et annula les
concessions arrachées à son beau-frère. C'est ce qu'on appelle le Dit
d'Amiens (1264).
Les barons n'acceptèrent pas cette décision, et la guerre civile recommença.
Henri III battit et prit le chef de l'aristocratie anglaise, le comte de
Leicester, fils de Simon de Montfort. Il ne put cependant revenir sur les
concessions faites, et à sa mort (1272), les libertés anglaises étaient fondées. Saint
Louis était mort peu de temps auparavant (1270) au cours de la huitième croisade, sous les murs de
Tunis. Son
fils, Philippe le Hardi, ne se montre pas moins conciliant avec les Anglais.
Par un accord signé à Amiens (1279), il laissait au nouveau roi d'Angleterre, Édouard Ier, le pays
d'Agen, ce qui était du reste conforme au traité de saint Louis. Sous
Philippe le Bel, la Normandie et l'Angleterre font peu parler d'elles. Il y
eut bien une guerre en Guyenne et sur mer, provoquée par les pirateries
réciproques des Normands et des Anglais et par des rixes de matelots, mais
elle fut peu sérieuse. Edouard Ier, embarrassé par les incursions des Gallois
et des Ecossais, n'avait aucune intention belliqueuse. Philippe le Bel essaya
de lui confisquer la Guyenne, mais les Flamands firent cause commune avec les
Anglais, les démêlés de Philippe le Bel avec le pape Boniface VIII le
paralysèrent, et finalement on en revint au statu quo. Seulement le
fils d'Édouard Ier devait épouser une fille de Philippe le Bel, la belle et
autoritaire Isabelle. Edouard Ier mourut en 1307, et le mariage eut lieu
l'année suivante. C'est ce mariage qui explique les prétentions ultérieures
des rois d'Angleterre à la couronne de France, prétentions qui amèneront la
Guerre de Cent Ans. La
nouvelle reine d'Angleterre est en partie cause d'un scandale qui eut son
épilogue au Château-Gaillard. C'est elle qui dénonça ses belles-sœurs, les
héroïnes des tragiques aventures de la Tour de Nesles. La tradition et la
légende ont brodé durant des siècles sur cette affaire restée très
mystérieuse. Ce qu'on en sait en toute certitude se réduit à peu de chose.
Philippe le Bel avait trois fils. L'aîné, Louis le Hutin, avait épousé
Marguerite, fille du duc de Bourgogne ; le second, Philippe le Long, avait
épousé Jeanne, cousine de la précédente, et le troisième, Charles le Bel,
avait épousé Blanche, sœur de Jeanne. Au commencement de 1314, toutes les
trois furent arrêtées par ordre du roi ; Marguerite et Blanche furent
enfermées au Château-Gaillard, comme coupables d'une intrigue avec deux
chevaliers, les frères d'Aunay ; Jeanne fut simplement détenue au château de
Dourdan, comme coupable uniquement de n'avoir pas dénoncé les deux autres. La
torture arracha aux deux gentilshommes des aveux qui ne prouvent peut-être
pas grand'chose, et ils furent écartelés à Pontoise. Leurs complices ou
confidents subalternes furent expédiés avec moins de formalités. La reine
Isabelle, qui fit elle-même périr plus tard son mari dans des conditions
atroces, était une délatrice sujette à caution. Quant aux fils de Philippe le
Bel, on ne voit pas qu'ils aient essayé d'intervenir en aucune manière.
Marguerite mourut au Château-Gaillard, au bout de peu de temps, ce qui donna
à penser qu'on l'y avait aidée. Blanche y resta sept ans : elle en avait
dix-huit au moment de son incarcération. Quand son mari devint roi, il
parvint à faire casser son mariage sous un prétexte canonique. Il prétendit
qu'il avait eu pour marraine la mère de sa femme. Le pape, qui résidait alors
à Avignon et qui n'avait rien à refuser au roi de France, n'y regarda pas de
trop près et lui donna satisfaction. Blanche prit le voile dans l'abbaye de
Maubuisson, où elle mourut peu après. La plus heureuse des trois, Jeanne,
avait été mise définitivement hors de cause : Philippe V, son mari, la
rappela et lui fit don de l'hôtel de Nesle sur le bord de la Seine, qu'elle
habita une fois veuve jusqu'à sa mort. C'est le seul rôle que la Tour de
Nesles ait joué dans ce drame ténébreux que l'imagination romantique
d'Alexandre Dumas a popularisé. Le
mariage d'Isabelle avait été l'occasion de graves mécontentements. Le roi
avait le droit de demander à ses vassaux un impôt exceptionnel, appelé l'aide
féodale, pour le mariage de sa fille. Mais Philippe le Bel, besogneux comme
tous les souverains de son temps, avait essayé de percevoir cette aide
féodale, même sur ceux qui n'étaient pas ses vassaux directs. Il y eut des
réclamations, notamment en Normandie. « Des nobles et des non-nobles des
diverses régions de Normandie, écrit le roi lui-même en septembre 1308, se
sont présentés devant nous, révoquant en doute que nous eussions le droit de
lever en Normandie le subside pour le mariage de notre fille à la fois sur
nos vassaux et sur les hommes de nos vassaux. » On voit que les Normands
tiennent à leurs privilèges et défendent leur droit. Nous
les retrouvons de même à la fin du règne, dans le mouvement de protestation
contre tout nouvel impôt (1316). Philippe le Bel renonça à ses projets fiscaux, et son fils,
Louis le Hutin, dut accorder aux ligues seigneuriales qui s'étaient formées
dans la plupart des provinces une satisfaction plus durable. Il leur octroya
des garanties insérées dans des documents dont le plus célèbre est la Charte
aux Normands de 1315. Il n'y
avait certainement pas dans toute l'ancienne France de province qui fût plus
jalouse de ses franchises ni plus attachée à son originalité que la
Normandie. Lors de l'annexion, Philippe-Auguste n'avait pas ménagé les
promesses. Mais en réalité la royauté capétienne avait restreint
singulièrement les privilèges qu'elle avait d'abord confirmés. Philippe
Auguste lui-même, dès 1207, était venu à Rouen avec une armée, bien qu'il n'y
eût aucune rébellion, et avait imposé aux habitants une contribution considérable.
En matière de justice, contrairement aux promesses faites, on voyait les
arrêts souverains de l'Echiquier de Normandie déférés à la Cour du roi, d'où
sort à l'époque de Philippe le Bel le Parlement de Paris. Pour
apaiser le mécontentement, Philippe le Bel rendit, peu avant sa mort, une
ordonnance (19 mai 1314),
que Louis le Hutin complétera par une seconde ordonnance du 22 juillet 1315.
Ce sont ces deux ordonnances dont l'ensemble est connu sous le nom de Charte
aux Normands. Dans la première il n'est parlé que des barons et des
prélats, dont les « humbles prières » ont ému le roi ; dans la seconde il est
question du menu peuple et de la bourgeoisie. Les clauses principales
concernent d'ailleurs presque exclusivement les seigneurs, mais il y en a qui
intéressent toute la province. Le roi
s'engage à rétablir la monnaie du temps de saint Louis. On sait que Philippe
le Bel, qu'on a appelé souvent le « faux-monnayeur », avait pris de
singulières libertés en cette matière. Le roi ne peut lever en Normandie de
tailles ni de subventions extraordinaires « sauf le cas d'absolue nécessité
». Il ne peut ni retenir ni rappeler sous la bannière ses feudataires
normands, une fois leur temps de service militaire accompli. Aucun homme
libre ne sera mis à la question, c'est-à-dire à la torture, sauf présomption
très forte de crime capital, et, même en ce cas, la torture ne pourra aller
jusqu'au risque de la vie ou d'un membre. Les épaves appartiendront aux
seigneurs côtiers. L'Echiquier de Rouen sera une vraie cour souveraine, dont
les arrêts seront sans appel. Cette vieille institution, plus ancienne que
Guillaume le Conquérant, était une cour des comptes en même temps qu'une cour
de justice, et son nom vient, dit-on, de ce que le tapis de la table
représentait un échiquier, dont on se servait pour les calculs. Tout
cela constituait une consécration des vieilles libertés de la Normandie et
des anciens privilèges des barons. On célébra ce succès à Rouen par une
grande fête, où les officiers du roi jurèrent sur l'Evangile fidélité à la
nouvelle charte, qui fut solennellement déposée au trésor de la cathédrale.
Jusqu'à la Révolution, les Normands ont considéré ce document comme la base
et le symbole de leur individualité provinciale. Mais il
faut bien avouer que la Charte aux Normands, comme celles qui furent,
à la même date, accordées aux Bourguignons, aux Picards, aux Champenois, n'a
jamais été observée. Sous Philippe de Valois, une vingtaine d'années plus
tard, les Etats de Normandie s'en plaignent et obtiennent une confirmation
qui elle-même ne servit pas à grand'chose. Des confirmations ultérieures sous
Charles VI, Louis XI, Charles VII, Henri III, n'auront pas plus d'efficacité.
D'ailleurs le roi avait inséré dans le texte quelques réserves qui lui
permettaient de n'en faire qu'à sa guise, comme celle que nous avons
mentionnée, « sauf le cas d'absolue nécessité ». Dès 1316, un an après la
promulgation de sa propre ordonnance, Louis le Hutin fait juger par le
Parlement de Paris deux seigneurs qui avaient insulté le maire de Rouen dans
l'exercice de ses fonctions. Il avait raison en l'espèce, mais ce n'en était
pas moins une atteinte aux droits de la Cour de l'Echiquier. Les exemples de
telles interventions abondent. Il est du reste à remarquer que le plus
souvent la royauté intervient en faveur d'hommes du peuple ou de bourgeois
maltraités ou séquestrés par des seigneurs que l'Echiquier aurait absous. La
royauté a l'habileté de se poser en protectrice du peuple contre la
féodalité, et c'est ainsi qu'elle se concilie la sympathie des classes
populaires au moment même où elle foule aux pieds ses engagements. Le XIIIe
siècle est intéressant au point de vue littéraire, mais la Normandie n'y
tient pas une grande place. Villehardouin, Joinville sont des Champenois.
Cependant un trouvère inconnu, qui ne peut être qu'un Normand de France ou
d'Angleterre, nous a laissé une Vie de Guillaume le Maréchal, qui est
aussi précieuse pour l'histoire que pour la littérature. Ce vaste poème de
19.000 vers, dont personne n'avait parlé, a été retrouvé récemment en
Angleterre. Il a l'accent de la vérité et une sobriété vigoureuse qui est
rare à cette époque. Guillaume le Maréchal, seigneur poitevin, a joué un rôle
considérable durant un demi-siècle, d'Henri II Plantagenet à Henri III. Il
mourut à quatre-vingts ans, comte de Pembroke et régent d'Angleterre, au
début du règne de ce dernier (1219). Le poème a dû être écrit peu de temps après sa mort, vers 1225.
D'autre part il ne faut pas oublier que c'est par les Normands qu'a été connu
en Europe le cycle des légendes celtiques des héros de la Table Ronde,
rapportées du Pays de Galles, et qui ont eu une fortune si extraordinaire et
si prolongée — Tristan et Iseult, le Saint-Graal, Perceval
ou Parsifal, etc. En architecture, le XIIIe siècle marque le triomphe du gothique. Nulle part il ne s'est épanoui plus largement qu'en Normandie. La simple liste des principaux monuments de cette époque est éloquente. La cathédrale de Lisieux, le chœur de celle de Bayeux sont de ce siècle ; la cathédrale de Coutances a été construite de 1251 à 1274 ; celle de Sées est commencée ; l'église d'Eu, celles du Petit-Andely et de Fécamp, Saint-Jacques de Dieppe, l'abbaye de Saint-Wandrille, et tant d'autres, sortent du sol à l'appel d'architectes de génie dont nul ne sait les noms. La cathédrale de Rouen, qu'un incendie avait détruite le jour de Pâques 1200, était presque rebâtie en 1300, et nous croyons connaître le nom du premier « maître de l’œuvre », Jean d'Andeli. « De telles œuvres, écrit M. Hanotaux, indiquent dans les générations qui les ont élevées la portée d'esprit, le sérieux, le souci de l'achevé et du durable qui caractérisent les grandes civilisations. » Par là encore, la Normandie est le « pays de sapience » entre tous. L'école normande revendique même l'honneur d'avoir inventé la « croisée d'ogives », c'est-à-dire le système d'arcs diagonaux s'entrecroisant à la clef de voûte, qui est l'élément fondamental du style gothique. A l'appui de cette prétention, on cite la cathédrale anglaise de Durham, commencée dès la fin du XIe siècle par des artistes anglo-normands, et qui est déjà de structure gothique. |